16/01/2009

Affaire Folefack (150508)

Article publié dans l'hebdomadaire "Paris Match" (Belgique), le 15 mai 2008.

 

Une lettre dont personne ne parle

 

dyn001_original_121_160_pjpeg_38869_8e4f93785bcea3f11e764059a3ac548cLe camerounais qui se serait suicidé au centre de Merksplas avait décrit dans un écrit les « services corporels » dont il affirmait avoir été victime lors de la tentative d’expulsion du 27 avril dernier.

 

Ce mercredi 7 mai, le parquet de Turnhout a communiqué plusieurs informations de nature à confirmer la thèse du suicide dans le cadre de l’instruction ouverte suite à la mort, le jeudi 1er mai, du jeune camerounais de 32 ans « Martial » Folefack, au centre fermé de Merksplas.

 

D’après les autorités judiciaires, l’homme a laissé une lettre d’adieu destinée à une amie, lettre par laquelle il explique son acte. Cette information nous a été confirmée par l’avocat de la victime. Ce 8 mai, lors d’une visite à l’Office des Etrangers,  Mme Elodie Nankeng, une amie proche de M. Folefack a pu prendre connaissance de cette lettre d’adieu.  Par ailleurs, selon le parquet, l’autopsie confirme l’hypothèse d’une mort par strangulation : le jeune se serait donc bel et  bien pendu avec des draps de lit. On se souviendra néanmoins que des amis de la victime qui se sont rendus à Merksplas pour voir son corps avaient déclaré n’avoir vu aucune trace résiduelle au niveau du cou de M. Folefack.

 

Selon les autorités judiciaires, « aucune trace de violence n’a été découverte sur le corps du Camerounais d’après les résultats de l’autopsie ». Une information étonnante et qui semble être en contradiction évidente avec le contenu d’une lettre écrite le 29 avril par M. Folefack, soit deux jours après la tentative d’expulsion ou encore trois jours avant son suicide.

 

Dans ce document rédigé à Merksplas, le sans papiers faisait état - à l’attention de la direction du Centre-  des violences qu’il aurait subies lors de son expulsion avortée. Il détaillait aussi les séquelles physiques qui en résultaient. A en croire l’autopsie, les coups qui ont été décrits par M. Folefack et qui lui faisaient mal au point de « ne plus savoir dormir » n’ont laissé aucune trace.

 

Voici le contenu de ce document inédit : 

 

« Je viens par (cette lettre) raconter les sévices corporels dont j’ai été victime à l’aéroport de Zaventem en date du 27 avril 2008. C’était samedi matin que j’ai été remis à la police de l’immigration (…) J’ai été conduit dans une cellule appelée ‘cachot’. Tout allait bien entre nous jusqu’au moment où ils m’ont dit qu’on devait partir et que j’allais porter la ceinture et les menottes. J’ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit que c’était la procédure. J’ai refusé d’être ceinturé et menotté comme un animal car je ne suis pas un criminel. Et tout s’est dégradé à ce moment. »

 

« J’ai été battu et maîtrisé par cinq hommes depuis ma cellule. Il y a un (illisible) qui m’a appuyé le genou sur le cou lorsque j’étais par terre. Ils m’ont enfilé la ceinture et les menottes, ils m’ont emmené dans une camionnette qui nous a conduit jusqu’à l’escalier de l’avion. Ensuite, ils m’ont attaché les cuisses et les jambes avec une espèce de ceinture et ils m’ont porté comme un colis de la camionnette jusqu’à l’avion. Ils m’ont fait asseoir au milieu du dernier siège et ils étaient autour de moi, un à gauche, l’autre à droite et les trois autres devant nous. »

 

« J’avais très mal au corps ; mal au cœur ; étouffé. Et j’ai commencé à crier. Pendant que je criais les passagers du SN 351 ont pris des photos de moi. Ensuite, le commandant de bord a demandé de me faire descendre de l’avion. Ils m’ont emmené dans la camionnette où j’ai reçu également des coups de poing et ils m’ont ramené en cellule »

 

« Ils ont attendu l’arrivée du docteur pour m’enlever la ceinture et les menottes. Entretemps, je criais. Bilan de ma santé depuis samedi : je n’arrive pas à manger car mes mâchoires me font très mal, j’ai les deux tibias écorchés, une blessure dans la bouche, mal de dos, mal de rein, mal au cou et je ne dors pas la nuit car j’ai mal partout ».

 

Signé : « Folefack-Sontso Ebenizer , le 29 avril 2008. » 

 

 

10:11 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : refugies, office des etrangers, asile, folefack |  Facebook |

14/10/2008

Affaire Folefack (0405 et 080508)

Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match/TVI, le 4 mai 2008 et dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 8 mai 2008.

Centre fermé de Merksplas

"Martial" Folefack s'est-il vraiment suicidé?

 

 

arton14236Le 1er mai, une dépêche de l’agence Belga indiquait qu’un sans-papiers camerounais, Ebenizer Folefack Sontsa (32 ans), venait de se « suicider » au centre fermé de Merksplas. Selon l’Office des étrangers, cet homme a mis fin volontairement à ses jours « durant une pause, après son repas, dans des toilettes, à l’aide de draps ». Mais dans la communauté camerounaise de Bruxelles où on le connaissait sous le prénom de « Martial », personne ne veut croire au suicide du jeune homme. Elodie Laure Nankeng, une amie proche qui lui a encore parlé le jour précédent sa mort, a lancé un appel ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match » : « Il faut qu’une enquête soit ouverte, qu’une autopsie soit faite, que la justice établisse clairement les circonstances de ce décès suspect ». De fait, les témoignages recueillis par Paris Match et corroborés par le journal de R.t.l.-t.v.i. sont troublants : ils devraient inciter la justice à lever toute ambiguïté sur les circonstances du décès de M. Folefack.

 

Ebenizer « Martial » Folefack est arrivé en Belgique en juillet 2005. La demande d’asile qu’il avait alors introduite n’avait pas abouti. Depuis lors, il avait continué à résider sur le territoire et, selon son avocat, Me Alexis Deswaef, sa situation correspondait aux critères prévus dans l’accord de gouvernement pour qu’il soit bientôt régularisé : attaches durables en Belgique, possibilité de trouver un travail… C’est donc à un moment où il était tout près d’avoir atteint son but de vivre en Belgique que Martial a été contrôlé et arrêté par la police fédérale qui l’a ensuite transféré au centre fermé de Merksplas, près d’Anvers, dans la perspective d’un rapatriement forcé vers le Cameroun.

 

Le 26 avril dernier, une première tentative d’expulsion a échoué. Conduit de force à bord du vol de 10 h 40 de SN Brussels Airlines pour Douala, Martial a résisté par des cris. A la suite de plaintes de passagers, il a été ramené à Merksplas. En ayant subi préalablement des violences ? Serge Ngajui Fosso, un homme d’affaires qui était à bord de l’avion, en témoigne dans une lettre ouverte qui circule sur Internet ; quatre fonctionnaires chargés du rapatriement auraient tenté d’étouffer les plaintes du jeune expulsé. Ce témoin écrit notamment : « Lors de mon entrée dans l’avion (…), je suis bien accueilli par les hôtesses, je vais rejoindre mon siège, le N° 41H qui se trouve vers le fond de l’avion, à cinq ou six rangées de mon siège. Lorsque j’y arrive, il y a au fond de l’engin à la dernière rangée des hommes habillés en tenue grise et qui essayent de maîtriser un homme de couleur noire. Celui-ci se débat et crie : ‘‘Au secours, laissez moi, je ne veux pas partir !’’. Les hommes en gris essaient de l’empêcher de parler en l’étouffant. Le jeune homme se débat comme il peut et continue de crier car il y a sur lui quatre colosses. D’autres policiers en civil ont établi un périmètre de sécurité et personne ne peut aller vers le lieu du drame qui se déroule sous nos yeux. Je me rends compte que c’est une expulsion. L’homme que l’on expulse est toujours maîtrisé et étouffé. Il pousse des cris que l’on n’entend plus bien ».

 

Finalement, d’autres passagers s’indigneront et Martial sera sorti de l’avion. Quant à M. Fosso, il sera interpellé… Et mis au cachot pendant quelques heures avant d’être interdit de vol SN Brussels Airlines pour les six prochains mois. Elodie Laure Nankeng, une amie proche de Martial que nous avons invitée dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match », confirme la violence de cette tentative d’expulsion :

 

« Martial m’a dit qu’il avait été l’objet de maltraitance. Il m’a dit aussi que les fonctionnaires en charge du rapatriement l’avaient traité de ’’sale nègre’’. Après cette tentative d’expulsion, lorsque je lui ai rendu visite à Merksplas, il avait très mal au cou. Il ne pouvait plus tourner la tête. Il avait des égratignures sur le corps et avait mal au dos. Ce jour-là, il n’a pas su m’aider à transporter la poussette de mon enfant car il ne pouvait pas se courber. Toutefois, il ne semblait pas avoir perdu le moral. En d’autres termes, il n’avait pas du tout l’allure d’un dépressif prêt à mettre fin à ses jours. Comme tout ceux qui l’ont connu, j’ai beaucoup de mal à imaginer qu’il aurait pu se suicider. Cela ne correspond en rien à sa personnalité. Dans un petit carnet qu’il gardait sur lui, il avait noté une devise : ‘‘La patience est l’école de la sagesse’’. C’était quelqu’un de fort, de sage. Quand on avait un problème, c’est chez lui qu’il fallait aller se confier pour retrouver le moral. Il vous redonnait le goût à la vie. Martial avait déjà surmonté des choses bien plus graves dans le passé. Notamment quand il avait été brûlé sur tout le corps. Il avait la rage de vivre ! ».  

 

Le scepticisme d’Elodie est largement partagé par les nombreux membres de la communauté camerounaise que nous avons rencontrés à Bruxelles. L’un d’entre eux nous dit que : « Non seulement la thèse du suicide ne correspond pas au caractère de Martial mais, en plus, un tel acte est aussi totalement étranger à la culture africaine ! ».

 

Deux témoignages d’amis de Martial qui, eux-mêmes, ont séjourné à Merksplas, retiennent particulièrement l’attention. M. B. se déclare étonné par la manière dont le drame se serait déroulé : « On dit qu’il s’était isolé dans la chambrée avec un Chinois après le repas… Je vous assure que quand j’ai séjourné plusieurs mois dans ce centre fermé, il n’a jamais été question de laisser deux résidents seuls dans un dortoir. On devait toujours se déplacer en groupe. Logiquement, s’il avait voulu se reposer, on l’aurait envoyé dans la salle de séjour ». Dominique Ernould,  porte-parole de l’Office des étrangers conteste (lire aussi l’encadré) conteste : « A Merksplas, les résidents peuvent obtenir d’aller se reposer dans leur chambre » P., un autre ami de Martial, s’interroge aussi : « Je connais le local où on dit que Martial s’est suicidé en se pendant avec un drap. C’est tellement petit que j’ai du mal à imaginer que c’est possible ».

 

Les doutes de ce témoin se sont renforcés lors- qu’il a pu voir le corps de son ami : « Il n’avait aucune trace sur le cou, c’est vraiment très étrange pour un pendu ! ». Dans l’émission « Controverse » et ensuite dans le journal de R.t.l.-t.v.i. de dimanche dernier, un autre témoin a confirmé : « C’était mon meilleur ami, on était au centre d’accueil de Morlanwelz ensemble. (…) Quand j’ai appris qu’il s’était suicidé, je me suis rendu au centre fermé de Merksplas. J’ai demandé à voir le corps de Martial. Je l’ai déshabillé pour voir les traces de pendaison et je ne les ai vraiment pas vues. C’est inadmissible qu’on nous dise qu’il s’est pendu puisque c’est quelqu’un qui avait un moral vraiment très bon ».

 

En outre, ceux qui ont vu le corps de Martial ont découvert des traces sur ses poignets. Celles-ci ne sont pas niées par la direction du centre fermé, laquelle a toutefois souligné que « ces marques pourraient avoir été causées par la résistance opposée par l’homme, notamment lorsque des menottes lui ont été passées ». Le fait que le décès de Martial ait été classé « décès non suspect » par la police fédérale sans qu’aucune autopsie du corps n’ait été faite renforce les doutes et les suspicions dans la communauté camerounaise. Raison pour laquelle Elodie Laure Nankeng a lancé un appel ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match » : « Il faut qu’une enquête soit ouverte, qu’une autopsie soit faite, que la justice établisse clairement les circonstances du décès de Martial ».

 

Ce vœu est partagé par Me Alexis Deswaef : « Une enquête indépendante et une autopsie me paraissent évidemment nécessaires  Il y a trop de questions sans réponse et  les autorités ont tout intérêt à faire la clarté. C’est une mort suspecte et j’ose espérer que le procureur du Roi mettra ce dossier à l’instruction ». Martial s’est-il suicidé ou est-il mort de mauvais traitements liés à la première tentative d’expulsion ? Ce n’est pas ici et maintenant que cette question doit être tranchée, mais elle devra l’être absolument dans le cadre d’une enquête judiciaire sérieuse et approfondie.

 

«Pour nous c’est un suicide. De toute évidence»

Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des étrangers, maintient le cap : M. Folefack s’est bel et bien suicidé. « C’est une évidence », nous dit-elle. « Son corps a été retrouvé par un résident chinois. Il s’était pendu à l’encadrement de la porte d’une toilette avec un drap de lit. Un surveillant, l’infirmière de garde et les services d’urgence ont pu le constater également. Il a été tenté sans succès de réanimer ce résident. On lui a fait un massage cardiaque qui est resté malheureusement inutile ». Le fait qu’il n’y ait pas de trace sur le cou de Martial ? Mme Ernould émet l’hypothèse que « peut-être, des traces de strangulation sont moins visibles sur une peau noire que sur une peau blanche » et que « peut-être, un drap laisse moins de traces qu’une corde qui est plus coupante ». Mme Ernould signale aussi que Martial aurait laissé un tout petit mot adressé à une amie et qui a été remis à la police dans lequel il y a la phrase : « Tu comprendras pourquoi j’en suis arrivé là ». La porte-parole de l’Office des étrangers est d’accord de considérer avec nous que, quelle que soit l’issue de cette affaire, il serait bon que la justice apporte des réponses claires et définitives sur les circonstances de la mort de M. Folefack.

 

 

 

19:43 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : office des etrangers, asile, folefack, merksplas |  Facebook |