02/12/2007

Enfants mort nés (14-18/10/07)

Témoignage évoqué sur le plateau de "L'info confidentielle Paris Match - RTL/TVI, le 14 octobre 2007 et dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 18 octobre 2007 

Pour eux, elle s’appelle Juliette, pour la loi, elle n’est personne

 

SPL_R_P680629-Foetus-SPLCe dimanche, les téléspectateurs de « L’info confidentielle Paris Match » ont entendu le témoignage interpellant de Valérie Antoine; l’appel à débat d’une maman sur un sujet tabou : la non-existence civile des enfants mort-nés avant un terme de 180 jours de grossesse (26 semaines). Valérie et Didier ont reçu Paris Match Belgique à leur domicile de Blégny (Liège) pour développer leur point de vue : « Pour la loi, notre enfant né trop tôt n’est pas une personne. C’est un « produit de conception », une « chose » qui ne peut avoir de nom, même pas un prénom. Nous ne l’acceptons pas. Pour nous, Juliette est notre deuxième enfant ». Co-gérants indépendants d’une agence bancaire, Valérie et Didier laissent libre cours à leur douleur. Pour qu’enfin, comme beaucoup d’autres couples dans leur cas, ils puissent un jour faire leur deuil.

 

 

Paris Match Belgique. Vous avez une façon particulière de décrire votre famille...

 

Valérie. Didier et moi, nous nous aimons depuis sept ans. Nous attendons notre troisième enfant. Nous avons un petit garçon, Maxime, né en mars 2003. Et puis, il y a Juliette, née en mars 2005, alors qu’elle n’était attendue que pour le mois de juillet. Et nous attendons avec impatience l’arrivée de Valentin, qui devrait être parmi nous en mars prochain.

 

Mais Juliette n’a jamais vu le jour…

 

 

Didier. Valérie veut dire qu’elle est « née sans vie ». En termes juridiques, Juliette est ce qu’on appelle un « enfant mort-né ». Pour nous, c’est évident, c’est une personne à part entière, l’un de nos enfants. Pour la loi, cet être humain n’a jamais existé. Valérie a mis au monde une « chose », un « truc », un « machin » sans nom. Un fœtus anonyme qui ne peut avoir de tombe. En mars 2005, l’enfant que je tenais dans mes bras avait pourtant un visage, des mains, des pieds...

 

Valérie. Cet enfant, ce bébé, je l’ai porté pendant près de 20 semaines, je l’ai senti bouger en moi. C’est une partie de moi, de nous. Il a un nom. Nous l’aimons. C’est une personne. Le législateur peut-il le comprendre ? Qui cela dérangerait que notre enfant ait une existence reconnue officiellement ?

 

C’est bien sûr le débat qu’implique votre témoignage. Mais d’abord, expliquez-nous les circonstances qui ont conduit à la naissance sans vie de cet enfant…

 

Valérie. Au moment où je portais Juliette, j’avais 36 ans. Vu cet âge, ma gynécologue – qui nous a toujours bien entourés – m’a logiquement conseillé de faire une amniocentèse. Il s’agit d’un prélèvement par ponction du liquide amniotique en vue de l’analyser.

 

Didier. Nous étions en parfait accord avec la gynécologue. Pratiqué dans un centre spécialisé, cet examen permet de détecter les problèmes chromosomiques (en particulier la trisomie 21), les maladies héréditaires liées au sexe de l’enfant ou encore les maladies du système nerveux central. On avait bien pesé les enjeux d’un tel test. Si les résultats faisaient apparaître une anomalie du caryotype fœtal, nous aurions été placés devant la décision d’un avortement thérapeutique. Nous y avions réfléchi. Nous ne nous sentions pas capables d’assumer un enfant trisomique. D’autres couples sont partisans de la vie à tout prix et nous respectons cela. L’idée n’est pas de porter un jugement de valeur.

 

Valérie. J’étais enceinte de 18 semaines quand je me suis rendue à l’hôpital Saint-Vincent de Rocourt. Très sincèrement, j’étais assez relax. Ma grossesse se passait bien. Certes, je savais que cette amniocentèse présentait un très petit risque pour l’enfant (N.d.l.r. : les spécialistes estiment en effet que 0,5 % à 1% des amniocentèses peuvent provoquer des complications, parfois des fausses couches), mais j’étais déjà passée par là, et sans la moindre difficulté, avant la naissance de mon premier enfant. La ponction s’est déroulée sans problème. Mais quand je suis rentrée chez moi, en fin d’après-midi, j’ai constaté des écoulements importants.

 

Didier. Nous sommes remontés dare-dare à l’hôpital sur les conseils d’un médecin. Arrivé dans le service des grossesses à haut risque, j’ai tout de suite compris au regard des gens qui étaient là que c’était grave. Une fissure de la poche des eaux a été diagnostiquée. Elle avait été causée par la ponction. C’est un accident extrêmement rare. On ne peut en vouloir à personne. Notre propos n’est pas de mettre en cause le médecin qui avait effectué l’amniocentèse.

 

Quel était le pronostic vital pour l’enfant ?

 

Valérie. Il n’y avait pas moyen de réparer cette fissure. On a fait une échographie, il y avait encore du liquide. Je sentais Juliette qui bougeait en moi. On m’a d’abord conseillé de rester couchée sans bouger dans l’espoir que la poche tienne comme cela. Mais cela pouvait rompre à tout moment. Après deux jours, on a fait un bilan plus clair. Il y avait très peu de chances d’arriver au bout de cette grossesse. Une infection pouvait aussi se déclarer à tout moment.

 

Didier. En fait, il y avait 90% de chances que l’enfant ne soit pas viable ou qu’il vienne au monde avec de très graves séquelles. En plus, il existait aussi un grand risque pour la vie de Valérie ! Nous avons donc beaucoup réfléchi. Nous avons parlé avec notre gynécologue et nous sommes arrivés à la conclusion que pour Maxime, pour Juliette et pour nous, il ne fallait pas s’acharner. Le conseil d’éthique de l’hôpital s’est réuni et a estimé, lui aussi, qu’une interruption de grossesse était la décision la plus sage.

 

Valérie. Vu le temps qu’avait pris notre propre décision et celui dont le comité d’éthique avait eu besoin, une bonne semaine s’était encore écoulée. Finalement, j’étais dans la 19e semaine quand il a fallu programmer l’intervention. Une question m’obsédait. Qu’allait devenir le corps de Juliette ? A l’hôpital, une assistante sociale nous a dit que notre enfant pouvait être enterré dans un endroit spécifique au cimetière de Juprelle. Nous sommes allés voir le cimetière alors que le bébé bougeait encore dans mon ventre. Je ne sais pas comment mettre des mots là-dessus… Comme sur un autre traumatisme, qui ne disparaît pas d’ailleurs…

 

Lequel ?

 

Valérie. Quarante-huit heures avant l’intervention proprement dite, j’ai été invitée à avaler deux comprimés. Une sorte de pilule du lendemain… En fait, il s’agit d’un médicament qui arrête le travail du placenta; l’enfant n’est plus nourri… On ne vous fait pas une piqûre, vous devez porter ce médicament à votre bouche. C’est insupportable ! Trop culpabilisant... Le 3 mars 2005, j’ai avalé cette drogue. Mais je suis certaine que Juliette était déjà morte le jour précédent car je ne la sentais plus bouger. Le 5 mars 2005, son corps sans vie a été mis au monde. Cela s’est passé comme un accouchement. Avec un travail, des contractions pendant plusieurs heures.

 

Didier. Quand vous voyez un enfant de 19 semaines, il a tout. C’était un petit bout de femme avec une expression sur le visage. C’était un être humain à part entière, sauf pour la loi qui n’y voyait qu’un fœtus ne méritant pas d’être nommé. Si vous regardez dans un dictionnaire, fœtus veut dire « produit de la conception présentant les formes de l'espèce ». Je suis notamment le père d’un « produit »! Et un « produit », cela n’a pas de droits ou si peu. Moins de droits, en tous cas, qu’un chien. Car, dans la région, si vous payez, vous pouvez faire enterrer votre labrador avec une pierre portant son nom… Pour Juliette, ce n’était pas possible !

 

Pourquoi ?

 

Valérie. Au regard de la loi belge, elle est née trop jeune. Trop jeune pour être enterrée normalement dans un cimetière, trop jeune pour avoir un prénom, trop jeune pour laisser une quelconque trace de son existence sur cette terre.

 

Didier. Si Juliette avait eu six semaines de plus au moment de sa naissance, elle aurait au moins pu faire l’objet d’une « déclaration d’enfant sans vie » officielle auprès de la Commune. Ce droit est ouvert aux parents dont l’enfant mort-né est issu d’une grossesse qui a duré au minimum 180 jours, soit un peu plus de 25 semaines. Dans un tel cas, il peut être demandé à l’officier d’Etat civil d’inscrire un prénom dans les registres. Pour tous les enfants plus jeunes, il n’y a rien de prévu.

 

Valérie. Sauf la possibilité, dans certaines communes, d’être enterré dans une parcelle réservée aux fœtus sans nom. Avec une stèle commune pour tous. Les petites boîtes s’entassent les unes sur les autres et, tous les cinq ans, on retourne la terre pour laisser la place aux suivants. C’est sans doute mieux que ce qui existait il y a quelques années, c’est-à-dire rien. Mais moi, cela ne me convenait pas. L’endroit que j’ai vu est esthétiquement correct, mais je ne peux m’empêcher de me dire qu’il s’agit d’une fosse commune.

 

Didier. Nous avons donc décidé de faire incinérer le corps de Juliette. Pour ce faire, nous avons dû aller chercher la petite boîte qui contenait son corps et la porter nous-même à l’incinérateur. Nous l’avons déposée et puis, nous avons repris la voiture pour rouler sans but pendant une bonne heure. Quand nous sommes revenus, une dame a lancé à un des ses collègues : « Le bébé, il est fait ? » ! Nous avons repris ses cendres et des ouvriers du cimetière, heureusement très respectueux, les ont dignement dispersées. Voilà comment est parti cet enfant sans nom officiel. Notre deuxième enfant. Notre Juliette. 

 

En 2002, la sénatrice Sabine de Béthune (CD&V) a déposé une proposition de loi visant à adapter la limite légale de viabilité. L’idée étant de passer de 180 à 140 jours de grossesse, soit 20 semaines après la conception, ce qui équivaut à 22 semaines d’âge postmenstruel (A.p.m.). Elle voulait que la loi belge tienne compte des progrès de la néonatologie et qu’elle constate « qu’on a aujourd’hui connaissance d’enfants nés viables après 22 semaine d’A.p.m. et qui sont devenus des bébés en bonne santé ». Elle faisait aussi remarquer que l’O.m.s. fixe cette limite de viabilité à 22 semaines d’A.p.m.… Par conséquent, elle considérait qu’un enfant mort-né après 140 jours de grossesse devait être considéré, non plus comme un « produit de conception », mais comme un être humain à part entière pouvant bénéficier de la reconnaissance officielle de son existence… 

 

Didier. Si une telle loi avait été votée, cela aurait été déjà un progrès… Cela dit, Valérie et moi, nous voyons les choses autrement. La loi sur l’interruption volontaire de grossesse prévoit que celle-ci doit intervenir avant la fin de la 12e semaine à partir de la conception. Si une telle limite a été fixée par le législateur, c’est évidemment par respect pour l’embryon qui est considéré à juste titre comme un être vivant. Tout être humain vivant ne devrait-il pas avoir droit à une existence légale, à un prénom et à un nom ? Pourquoi ne pas reculer le seuil légal à 12 semaines et 1 jour ?

 

Valérie. Nous avons écrit à plusieurs partis politiques pour leur demander de réfléchir aux parents qui vivent la même chose que nous. Résultat : aucune réponse concrète au-delà des accusés de réception. Apparemment, un enfant sans nom, cela n’intéresse pas grand monde. Une assistante du Délégué général aux droits de l’enfant est toutefois venue nous rendre visite et elle semblait être sensible à ce que nous lui exposions.

 

Didier. Je voudrais insister sur la question que Valérie posait tout à l’heure. Qui aurait été dérangé si ma fille avait eu un nom, un enterrement normal et une sépulture rappelant qu’elle a existé ? Nous, cela nous aurait permis de faire notre deuil plus facilement, c’est tout.

 

Valérie. C’est une question de dignité. Juliette a vécu en moi. C’est un être humain qui n’a pas eu la chance de trouver le bonheur sur cette terre. Pour elle, c’est une terrible injustice. Ne pas reconnaître son existence est une injustice de plus. C’est inacceptable pour elle comme pour nous, ses parents pour toujours.

 

Valérie et Didier ont créé un blog consacré au drame qu’ils ont vécu :

 

http://julietteestsonnom.spaces.live.com/

 

Ils peuvent également être contactés par courriel :

 

julietteestsonnom@hotmail.com

21:56 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ethique |  Facebook |

02/07/2007

Olivier Chastel (310507)

Entretien publié dans l’hebdomadaire belgo-français « La Libre Match », le 31 mai 2007.

Olivier Chastel : «Un retour aux urnes serait la meilleure solution»

ChastelphotoIntronisée dans la foulée des "affaires" pour "gouverner autrement", la tripartite PS-CDH-MR n'aura duré que six mois. Et voici qu'à quelques jours à peine des législatives, la cité carolo, sa mauvaise réputation et son interminable liste de casseroles, plus fondamentalement aussi le thème de l'éthique en politique, reviennent au centre du débat électoral. L'homme qui, une nouvelle fois, a mis le feu aux poudres s'appelle Olivier Chastel. Avec son collègue Philippe Sonnet, un fin stratège en politique qui est aussi son conseiller, il vient de claquer la porte du collège des échevins carolos. Côté francophone, ce sera sans aucun doute l'évènement-clé d'une campagne électorale qui était restée très morne jusque là. "Je suis certain d'avoir pris la bonne décision", dit Chastel.

La Libre Match. Voilà, c’est fini. Vous n’êtes plus échevin de la ville de Charleroi. En un seul mot, quel est votre état d’esprit alors que vous préparez vos caisses?

Olivier Chastel. Soulagé!

Mais encore?

J’ai ressenti les dernières manoeuvres de communication du PS pour créer la confusion dans la population à propos de la démission de l’échevin Jean-Pol Demacq comme une véritable trahison. C’est la goutte qui a fait déborder le vase. De trop nombreux événements avaient déjà alourdi le climat dans la majorité à Charleroi et ils avaient contribué à rendre très difficile le travail de fond auquel nous nous employions depuis le 4 décembre. Malgré cela, le MR avait fait preuve d’une loyauté exemplaire et spontanée. Nous attendions une même loyauté de la part du PS et ce que nous avons reçu, c’est un coup de couteau dans le dos!

Lors de la conférence de presse annonçant votre dé mission, vous sembliez avoir les larmes aux yeux...

On n’abandonne pas un travail entrepris aussi facilement. Mais je suis certain d’avoir pris la bonne décision. Je suis intimement persuadé que Charleroi avait besoin de cet électrochoc. Par la faute du Parti socialiste, on allait revivre une banalisation de l’infraction. Quand j‘ai entendu Elio Di Rupo dire qu’il n’y avait rien de neuf dans ce dossier et qu’il ne devait donc pas y avoir de conséquences, j’ai bien compris que le PS ne prenait pas conscience de la gravité de la situation. Quand j’ai entendu un collègue échevin du PS, M. Massin, dire qu’il devait d’abord analyser le dossier avant de se prononcer sur ce que devait faire M. Demacq, je me suis dis qu’il n’y a pas de rupture par rapport au passé dans ce parti. Lors de l’élaboration du pacte de majorité, les échevins socialistes ont signé un document par lequel ils s’engageaient à démissionner sur le champ en cas d’inculpation. Entendre de la bouche d’Elio Di Rupo d’un côté, d’un échevin socialiste dit rénovateur de l’autre, ce genre de considérations, m’a démontré, en vingt-quatre heures, combien le fossé était grand entre eux et nous.

Disons les choses sans langue de bois: n’était-il pas naïf d’espérer arriver à quelque chose de positif pour Charleroi en entrant dans un collège notamment composé de trois échevins PS issus de l’ancienne majorité socialiste absolue?

Je vais répondre franchement: oui, nous avons commis une erreur de naïveté! Nous avons été naïfs de croire la parole du PS qui nous garantissait qu’il n’y aurait plus de problèmes de justice aux conséquences graves pour la ville. Au moment de la négociation de cette majorité, nous aurions dû être plus fermes sur la présence au sein du collège de ceux qui avaient exercé des responsabilités sous la législature précédente. Au lendemain des élections communales, nous avons accordé notre confiance au PS quand il a choisi ses échevins. Nous l’avons maintenue quand, après l’inculpation du bourgmestre Jacques Van Gompel, il a fallu remanier l’équipe avec l’intervention de M. Di Rupo lui-même. Ce que nous venons de vivre nous montre que nous nous sommes trompés.

Ces derniers événements ne sont-ils pas du pain béni pour les écolos, seul parti démocratique de la ville à ne pas s’être embarqué dans ce navire qui prend l’eau?

Ce n’est du pain béni pour personne.

Quel est le processus de réflexion qui vous a conduit à dire, dans un premier temps, que vous alliez continuer dans la tripartite qui dirigeait la ville et puis, dans un second mouvement, deux jours plus tard, d’annoncer votre démission et celle de votre collègue Philippe Sonnet?

D’abord, il faut savoir que Jean-Jacques Viseur et moi, samedi dernier, nous avons dû négocier pendant quatre heures avec les socialistes pour obtenir la démission de Jean-Pol Demacq!

Ce dernier n’en voulait pas?

Dans un premier temps, non. M. Demacq estimait n’avoir pas grand chose à se reprocher et je peux le comprendre. Les chefs d’inculpation précisent globalement qu’il a manqué de réaction lorsque l’ancien collège s’est lancé dans des procédures douteuses. Il n’empêche: nous avions convenu qu’une inculpation, quelque soit son motif, équivalait à une démission.

Pourquoi alors a-t-il fallu discuter de cela pendant quatre heures?

Parce que ce débat a été émaillé de multiples suspensions de séances demandées par la majorité socialiste qui était, de son propre aveu, en liaison permanente avec M. Di Rupo et son entourage. Et qu’à ce niveau supérieur des instances socialistes, la consigne était très claire tout faire pour éviter que M. Demacq démissionne pendant la campagne électorale.

En contradiction avec l’accord de majorité?

C’est très clair, oui. Quand nous sommes entrés en réunion, samedi matin à 10 heures, Jean Jacques Viseur (CDH) et moi, nous avons tout de suite dit au bourgmestre que pour surmonter cette énième crise, il faudrait une attitude sans équivoque. La première phrase de Léon Casaert a été d’une toute autre nature: «En ce qui nous concerne, on ne voit pas très bien pourquoi M. Demacq démissionnerait ! ». Il a fallu trois heures de discussion, un long cheminement, étape par étape, pour arriver à la démission. D’abord, M. Demacq voulait tout de même terminer l’année scolaire. Il imaginait réunir un conseil communal pendant les vacances afin d’officialiser sa démission à ce moment-là.

Pour quelles raisons?

Il voulait faire les remises des prix dans les écoles! On lui a dit non. Stade suivant: il voulait démissionner au conseil communal du 25juin en continuant son mandat jusque là pour «régler un certain nombre de problèmes». On lui a signifié que c’était impossible éthiquement ; qu’on ne pouvait délivrer un tel message négatif à la population. On ne pouvait imaginer qu’il continue, après son inculpation, à participer au collège, à des manifestations publiques, qu’il prenne encore des décisions pour compte de son département. Et finalement, à 13 heures, M. Demacq nous a rédigé sa lettre de démission, un acte uni latéral et sans délai. On a encore discuté pendant une heure sur la question de la redistribution des compétences au sein du collège. Viseur et moi, nous étions arrivés à nos fins. J’étais rassuré et, le samedi après-midi, c’est dans cet état d’esprit que j’ai participé à une conférence de presse avec le bourgmestre et l’échevin des finances. Ce n’est que quelques heures plus tard que j’ai compris que le PS nous avait poignardé dans le dos. Le CDH autant que le MR d’ailleurs...

De quelle manière?

Je me suis rendu compte en écoutant des commentaires que me faisaient des journalistes et au travers d’une dépêche Belga que le mes sage était brouillé. La presse semblait vouloir annoncer que Demacq resterait provisoirement en fonction, qu’il continuerait dans l’intérêt de l’enseignement carolo d’exercer son mandat jusqu’à la fin de l’année scolaire, qu’il présenterait sa dé mission au conseil communal du 25juin... Dès lors, je me suis demandé qui était allé communiquer ce genre d’information alors que nous avions été très clairs en conférence de presse. J’ai téléphoné à l’auteur de la dépêche Belga qui m’a révélé que c’était un communiqué officiel de la ville sur papier à en-tête, au nom du collège, qui avançait toutes ces contre-vérités!

Qui est l’auteur de ce vrai-faux « communiqué»?

Au moment où je vous parle, je ne le sais toujours pas! J’ai pourtant essayé de contacter le bourgmestre et son entourage que l’on sait performant puisqu’il a été désigné par M. Di Rupo... Personne n’a su m’expliquer pourquoi, alors que nous étions en discussion pour imaginer la sortie de cette crise, quelqu’un a profité des nombreuses suspensions de séances, dans le dos de Jean-Jacques Viseur et de moi-même, pour rédiger un communiqué de presse et le publier au nom du collège. C’est de la trahison ! Le communiqué a été diffusé une heure avant la fin de la négociation. Et on y explicitait l’inverse de ce à quoi nous allions aboutir!

Comment décodez-vous cette stratégie du « communiqué parallèle»?

C’est une stratégie de campagne électorale du PS. Ce parti a voulu brouiller le message au tour de l’« affaire Demacq », afin de minimiser l’impact de la démission et de l’inculpation de l’un de ses échevins. Le PS a fait en sorte que la population de Charleroi n’y comprenne plus rien. Samedi, vers 18heures 30, j’ai découvert le contenu du communiqué. C’est là que j’ai pris conscience de ce travail de sape et de désinformation; du piège électoral qui avait été tendu par les socialistes. A ce moment-là, je voulais déjà faire un esclandre. Mais le dimanche, je me suis rendu compte que la situation était encore plus grave que cela...

C’est-à-dire?

Comme tous les dimanches matins, je me suis promené sur le marché de Charleroi. Quel contraste dans l’accueil des gens par rapport aux dimanches précédents! C’était affolant. Effectivement, ils ne comprenaient plus rien et les questions critiques fusaient: «Demacq ne dé missionne pas tout de suite ? », «Vous êtes tom bés sur la tête ? », «Vous le laissez en fonction jusqu’à la fin de l’année scolaire? ».

Comme si le MR était prêt à avaler n’importe quelle couleuvre pour rester au pouvoir à Charleroi?

Exactement ! Toute une série de commentaires allaient dans ce sens-là. Sur ce marché, j’ai rencontré ma collègue Véronique Salvi (CDH). Je lui ai fait lire ce communiqué de la ville dont elle n’avait aucune connaissance. Elle était effondrée et scandalisée. Elle m’a dit alors qu’elle comprenait mieux l’hostilité des gens sur le marché... Le piège du PS avait parfaitement bien fonctionné. Alors, je me suis dit que des milliers d’autres personnes à Charleroi avaient dû être abusées par la manoeuvre des socialistes. Qu’elles devaient être révoltées en ayant perçu comme message que le pouvoir communal semblait accepter sans broncher une inculpation de plus d’un échevin... Et que toutes les familles politiques de Charleroi réagissaient en ce sens de manière soudée, sans trop s’émouvoir, puisqu’on laissait à M. Demacq la possibilité de terminer l’année scolaire. Pour moi qui me suis inscrit dans un combat pour retrouver l’éthique et l’efficacité à Charleroi, c’était parfaitement insupportable. Comme je vous l’ai dit, avant de prendre attitude, j’ai essayé d’avoir plusieurs fois le bourgmestre au téléphone pendant ce long week-end, mais sans succès. En fait, le seul responsable politique socialiste qui m’a répondu, c’est Jean-Pol Demacq lui-même. Je lui ai visible ment révélé l’existence du communiqué. Il m’a dit: «Si j’avais participé à la rédaction d’un tel texte, je ne pourrais plus te regarder en face. C’est exactement l’inverse de ce à quoi je m’en gage dans ma lettre de démission ». Quand il a découvert que ce communiqué était sorti alors que nous étions encore en cours de négociation, il m’a dit qu’il ne voyait qu’une possibilité: une intervention d’une autorité supérieure à Casaert.

Autrement dit, le communiqué aurait été inspiré par le boulevard de l’empereur?

Je pense en effet que c’était clairement une stratégie électorale diligentée par les instances supérieures du PS.A Charleroi, je vous le rap pelle, Léon Casaert et son entourage ne répondent qu’à Elio Di Rupo...

Dans le même temps, vos adversaires politiques ne cessent de répéter que votre démission n’est pas votre décision, mais celle de Didier Reynders...

C’est faux. Si Didier Reynders m’avait de mandé de démissionner contre ma volonté, je ne l’aurais pas accepté. Philippe Sonnet et moi, nous avons consulté nos mandataires communaux. Après l’exposé de la chronologie des faits, ils ont ressenti une telle trahison qu’ils nous ont très clairement demandé de démissionner. Pour être tout à fait clair, sachez qu’en entrant en réunion au siège du MR avec nos mandataires, Philippe Sonnet et moi, nous n’avions pas cette intention! Nos mandataires nous ont convaincu que c’était l’intérêt de Charleroi de poser un acte fort. En allant vers la maison de la presse pour annoncer cette décision, j’ai appelé Didier Reynders. Il m’a répondu: «Es-tu certain de la décision qui a été prise ? ». Je veux dire par là qu’il n’a donné aucun ordre. Il était plutôt sur pris, mais il a respecté le débat démocratique au sein du MR de Charleroi.

Sans le PS, il n’est pas possible de former une majorité pour gouverner Charleroi. Dès lors, ne se trouve-t-on pas désormais dans une impasse?

C’est ce que prétendent certains en criant à «l’irresponsabilité» des échevins MR. Moi, je vois que le CDH n’est pas du tout embarrassé de travailler avec le partenaire socialiste dans ces conditions. Ils ont une majorité. Si le CDH estime devoir mettre son éthique et ses convictions de côté pour continuer avec le PS sans rien changer, c’est son problème. Son cas de conscience à lui.

André Antoine (CDH) a clairement dit aussi qu’il faudra un troisième partenaire pour reformer un pacte de majorité à Charleroi...

C’est le seul CDH à dire cela! Et c’est de nouveau une façade électorale! Qu’a déclaré Joëlle Milquet dès le lundi soir? «Nous restons! ». Le CDH est très accroché à son siège d’échevin. Et pour cela, il en arrive à cautionner les manoeuvres du PS après en avoir été scandalisé. Ce parti, comme à son habitude, est capable de toutes les contorsions pour avoir un petit bout de pouvoir! Pour que l’on ne parle plus de tout cela jusqu’aux élections, la majorité résiduelle a décidé de mettre la ville en affaires prudentes. On fait miroiter qu’après le scrutin, dans le calme revenu, toutes les familles démocratiques reviendront autour de la table, que le MR pourrait même revenir dans la majorité... Tout cela n’est que stratégie électorale ! Nous le savons de mandataires CDH: dans ce parti, on connait déjà les noms des échevins qui nous remplaceront. Leur stratégie consiste à mettre le voile pendant les dix jours qui nous séparent de l’élection. Ensuite, mais ensuite seulement, vous verrez que tout sera limpide! D’ailleurs, le PS est beaucoup plus clair sur ce point. Il a déjà annoncé la couleur en laissant entendre que le pacte de majorité modifié le conduira à gouverner avec le seul CDH. Bien évidemment!

Et si on vous propose tout de même, de revenir?

Dans les circonstances actuelles, c’est niet. Mais nous avons énoncé lundi plusieurs conditions indispensables pour accepter une éventuelle discussion d’ouverture. Une communication sans ambiguïté sur la démission de Demacq. Que le collègue décide collégialement de la redistribution des compétences de cet échevin démissionnaire; que la majorité prenne conscience de la véritable ampleur de la situation dans la quelle se trouve l’administration communale de Charleroi : sans une administration motivée, performante et bien gérée, aucune politique ne peut être mise en place.

Vous pourriez donc envisager de retravailler avec des personnes comme MM. Casaert et Parmentier, qui ont appartenu à l’ancienne majorité socialiste absolue?

Non, aujourd’hui, je ne commettrais pas la même erreur.

Si c’est pour revenir, ce serait donc sans Casaert?

Oui.

Un retour aux urnes serait-il souhaitable?

Ce serait la meilleure solution. On nous a déjà volé les élections en octobre 2006 puisque l’appareil judiciaire s’était calmé durant le mois de septembre qui précédait... Pour inculper Jacques Van Gompel au lendemain du scrutin communal alors qu’il était tête de liste ! On ne m’enlèvera pas de l’idée que si le judiciaire avait suivi son cours normal, le résultat de ce vote au rait été bien différent. Oui, je pense que la situation exceptionnelle que connaît Charleroi aujourd’hui mériterait un remède exceptionnel. Que l’on consulte une nouvelle fois l’électeur !

 

 

19:54 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : charleroi, affaires, ethique |  Facebook |