21/01/2009

Harcèlement moral (25 et 29/05/08)

Enquête évoquée le 25 mai 2008 sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match" (RTL-TVI) et publiée dans Paris Match (Belgique), le 29 mai 2008.

Un athénée où ce ne sont pas les élèves qui se battent dans la cour de récré

Ca balance pas mal à Uccle II

 

De nombreux témoins dénoncent à Paris Match des faits de harcèlement, du chantage à l’emploi, un contrôle paranoïaque, un système de délation organisé par la préfète. Celle-ci affirme être victime d’une cabale

 

Actuels ou anciens travailleurs d’Uccle 2, seize témoins affirment être ou avoir été victimes d’une préfète autoritaire, injuste et insultante… En résumé, d’un vrai dictateur prêt à tout pour mater ceux qui lui contesteraient un pouvoir absolu ! Deux de ces accusateurs ont obtenu gain de cause en première instance devant le tribunal du travail où ils avaient introduit des actions en « cessation de harcèlement moral ». Confrontée à ces mises en cause, la préfète s’inscrit en faux. Elle revendique le soutien d’une grande majorité des enseignants, des administratifs et des ouvriers qui travaillent à  Uccle 2. L’association des parents lui maintient également sa confiance et estime que la qualité de l’enseignement dans cette école n’est pas menacée par ces conflits jugés « lamentables ». Du point de vue de la préfète, c’est elle qui serait la victime d’un groupe bien organisé de manipulateurs qui cherchent à lui nuire…

 

Par où commencer ? Il y a une telle profusion de témoignages… Cette enquête nous a conduit à rencontrer de nombreuses personnes qui affirment avoir été profondément atteintes dans leur dignité. Des éducateurs, des profs, des « administratifs », des ouvriers aussi qui nous ont dit être blessés ; plusieurs d’entre eux ne pouvant retenir leurs larmes lorsqu’ils nous ont conté leur vécu. Seize témoins ! Pas moins. Et tous mettent en cause un climat de travail détestable à l’Athénée Royal d’Uccle 2 (A.r.u.2). Leurs récits sont concordants. Ils sont accablants. Parfois même effrayants. Tous dénoncent un « système » oppressant et invivable qui aurait été mis en place par Mme la préfète de l’établissement. Ils parlent d’« autoritarisme », de « chantage à l’emploi ». Ils dénoncent la « garde rapprochée » de la préfète composée de « fidèles privilégiés » bénéficiant d’avantages indus ; carrément illégaux parfois. Ils pointent un « système de contrôle paranoïaque du personnel » dont la clé de voûte serait la « délation exigée de chaque membre du personnel ». Beaucoup d’entre eux disent avoir été victime de mesures vexatoires, parfois même d’insultes. Ils se plaignent aussi d’avoir subi un « pourrissement volontaire de leur conditions de travail », d’avoir été victimes de « rumeurs défavorables », de « fausses accusations », voire de  « mise en quarantaine ».

 

De son côté, la préfète ne répond pas aux questions des journalistes – le climat est trop délicat, chaque mot doit être pesé. C’est donc Me Geoffroy Generet, son avocat, qui s’exprime à sa place. Et il contre-attaque avec fermeté. Selon lui, Mme Gisèle V. n’a absolument rien d’un bourreau. Et ce serait plutôt elle qui serait en position de se plaindre. « Mme la préfète est victime d’un système », s’indigne-t-il, avant de décrire une sorte d’association de malfaiteurs : « Un groupe d’une petite dizaine de membres du personnel actuel ou ancien témoignent les uns en faveur des autres en fonction des actions mues par les uns et les autres. Sans aucun état d’âme, ils lancent de fausses allégations et les autres membres de ce “système” produisent des témoignages et autres attestations pour enfoncer le clou. C’est une mécanique dangereuse, cruelle et bien huilée… Si il est bien une victime de harcèlement à Uccle 2, c’est de ma cliente qu’il s’agit ! Elle est attaquée par une véritable machine de guerre dont le but est de la mettre en pièce parce qu’elle a remis de l’ordre dans cet établissement qui périclitait avant son arrivée. C’est pour cela qu’elle est toujours soutenue par l’immense majorité des personnes qui travaillent à Uccle 2 et que l’association des parents a produit un communiqué clair et précis qui la loue pour le travail qu’elle accomplit ».

 

Ce communiqué a été rédigé en décembre 2006 lorsque la situation conflictuelle existant à l’A.r.u.2 a commencé à intéresser les médias. Evoquant une « école qui marche », l’association des parents décrivait alors « un endroit où chacun œuvre avec respect à un objectif commun : assurer à 700 élèves d’évoluer dans un cadre structuré ». Les parents concluaient sans ambages : « Nous maintenons notre confiance en la communauté éducative de l’A.r.u.2 et en Mme la préfète ». Deux ans plus tard, le conflit est toujours ouvert. Et les membres de cette association maintiennent leur soutien à la direction, mais ils nous expriment aussi leur ras-le-bol : « Sans prendre partie pour les uns ou pour les autres, c’est à la justice de trancher, il est à nos yeux regrettable que cette situation perdure depuis si longtemps ». Toutefois, estiment ces parents, « l’affaire n’influence pas la qualité de l’enseignement à Uccle 2 ». Dont acte.

 

Pour sa défense, Gisèle V. dispose aussi du soutien de plusieurs professeurs et membres du personnel : « Sur une septantaine de personnes employées à l’A.r.u.2, près de soixante la soutiennent », clame haut et fort son avocat. Et de fait, de nombreuses attestations ont été signées en faveur de Mme la préfète. Il y a notamment ce communiqué commun signé par plus de soixante membres du personnel en septembre 2007. Lesquels exprimaient leur « soutien total à Mme Gisèle V., préfète des études dans le cadre des accusations calomnieuses dont elle fait l’objet devant le tribunal du travail ». « Nous certifions n’avoir jamais fait l’objet de harcèlement de sa part, ni d’avoir assisté à de tels comportements à l’égard d’autrui », concluaient-ils. A titre personnel aussi, une quinzaine de professeurs et autres membres du personnel d’Uccle 2 ont signés des attestations toutes plus élogieuses les unes que les autres pour Gisèle V…

 

Pourtant, ce flot de témoignages n’impressionne pas du tout dans le camp de ceux qui se plaignent de Mme la préfète. Parole d’un enseignant : « Dans cette école où règne la peur, beaucoup de personnes seraient prêtes à signer n’importe quoi pour avoir la paix. Et puis, il y a aussi ceux qui bénéficient du système mis en place par Mme V… Ce qui se passe à Uccle 2 est un phénomène tout à fait comparable à ce que l’on constate dans tous les systèmes dictatoriaux où il y a toujours beaucoup de gens qui acceptent de porter des drapeaux dans les rues lorsqu’il s’agit de saluer les dirigeants… Alors que tout le monde se rend bien compte que de telles démonstrations ne collent en rien avec l’état de l’opinion publique ! ».

 

Procès d’intention ? Difficile pour l’observateur extérieur de faire la part des choses entre les mains sur le cœur des uns, les larmes des autres, les accusations et contre-accusations, les conclusions d’avocats des uns et des autres. Avec, bien sûr, les inévitables mises en gardes culpabilisantes du genre : « Croyez-vous vraiment que la presse doit s’intéresser à ce conflit ? Cela pourrait perturber le calme et la concentration des élèves… »… On répondra que le calme médiatique qui a régné ces deux dernières années autour de ce dossier n’a absolument rien réglé et que le simple constat que des fonctionnaires – quels que soient ceux qui ont raison ou tort –  dépensent tellement d’énergie à régler leurs comptes est un sujet de débat incontournable du point de vue de l’intérêt général.

 

Revenons à ce qui est objectivable pour constater qu’à tout le moins, les attestations de soutien rédigées en faveur de Gisèle V. sont en parfaite contradiction avec une multitude de témoignages recueillis par Paris Match. Et pas seulement par nous. Des policiers et des juges ont eu aussi à connaître d’accusations récurrentes et concordantes contre la préfète. Comme nous aussi, ils ont vu des larmes couler sur certains visages. Comme nous, ils ont entendu des témoins évoquant des souffrances, voire de véritables traumatismes. Tous des comédiens, des pervers ?

 

Au début de cette année, deux personnes se disant victimes de Mme la préfète et de son « économe », un certain Driss S., ont aussi obtenu gain de cause devant le tribunal du travail. Les magistrats ordonnant à Gisèle V. de « cesser toute conduite abusive constitutive de harcèlement moral » à l’encontre d’une éducatrice, Yvienne C., et d’une cuisinière, Nicole A. Un professeur attend encore le jugement du tribunal tandis qu’un quatrième plaignant a été débouté de son action ; les juges estimant, dans ce cas précis, qu’il n’y avait plus lieu d’ordonner l’arrêt d’un éventuel harcèlement puisque ce dernier avait changé d’établissement scolaire.

 

Cependant, ces deux premières victoires judiciaires des victimes présumées de la préfète sont contestées par son avocat : « Nous sommes allés en appel de ce jugement. Dans ce dossier, à l’occasion des devoirs accomplis par la police, aucun témoin à décharge n’a été entendu, pas même ma cliente ! On reparlera de tout cela devant la cour du travail dans quelques jours. Mais je soulignerai déjà que seulement sept faits sur les vingt-trois qui étaient reprochés à ma cliente ont été jugés établis en première instance et que les juges n’ont pas constaté l’existence du fameux “système” que Mme V. aurait mis en place pour contrôler le personnel de l’école ».

 

De son côté, lors des plaidoiries en appel, le 16 juin prochain, Me Suzanne de Lannoy, qui défend certains travailleurs se disant victime de harcèlement, maintiendra exactement la thèse contraire. En première instance, elle avait déjà plaidé que « Mme la préfète s’est entourée d’une garde rapprochée et elle a mis en place un système de délation, de contrôle paranoïaque de son personnel (…). Chacun est sommé de “choisir son camp”. Ceux qui acceptent de participer à la délation sont récompensés par des privilèges. Ceux qui refusent de participer ou qui choisissent la neutralité sont l’objet de brimades, d’intimidations, de pression diverses. Ceux qui résistent sont mis en quarantaine, isolés, intimidés, harcelés jusqu’à ce qu’ils donnent leur démission. Ils sont alors remplacés systématiquement par des fidèles de la préfète ou de sa garde rapprochée ».

 

Accusations des uns, défense et contre-attaque des autres, ce dossier est à vrai dire un véritable sac de nœuds mais, quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, il ne donne, en tout cas, pas une image positive du monde enseignant : « Les choses sont en train de pourrir depuis des années », résume un professeur qui veut rester neutre. « Et quand vous laissez quelque chose pourrir, les bactéries qui se développent ont finalement leur vie propre. Je te cherche, tu me cherches. Je te fais un rapport défavorable. Je dépose plainte… C’est la stratégie de la tension et, finalement, dans un tel contexte, tous les acteurs se mettent un peu à dysfonctionner. Toutes les passions se trouvent exacerbées. Tout le monde devient exagérément susceptible. En plus, je trouve que ce qui se passe est parfois très puéril ».

 

Parmi les accusateurs de la préfète, plusieurs témoins se déclarent néanmoins très choqués par les propos qui relativisent le « climat détestable » régnant dans cette école. Paroles d’un autre prof : « Celui qui vous a dit que c’était un peu puéril veut simplement botter en touche ! Vous ne vous rendez pas compte : dans cet établissement scolaire, la suspicion est permanente. C’est vraiment de la folie ! La préfète nous juge non pas sur la qualité de notre travail mais sur nos opinions à son égard. Pour contrôler “son” école, elle est prête à tout ! ». Dans une lettre remise à la police, un enseignant abondait récemment dans le même sens : « Mme V. a instauré un climat hostile, intimidant et de délation lui permettant d’asseoir son autorité… Elle se fait aider de sa cour composée de personnages qui lui sont redevables (secrétaires, éducateurs, professeurs, ouvriers…) afin d’espionner tous les faits et gestes des personnes qui ne lui plaisent pas ».

 

Pour étayer le propos, de nombreuses sources nous font part de plusieurs faits de gravités très diverses. Impossible de relater ici toutes les paroles de membres du personnel  notées au fil de nos rencontres et lectures. Mais il y a vraiment de tout. Des témoignages font état de propos vexatoires, de harcèlement, d’espionnage du personnel, de management de la peur, de discriminations, de faux et usage de faux et même d’abus de bien social.  Nous avons noté scrupuleusement tous ces propos qui sont aussi connus de la justice. Mais nous avons aussi entendu ceux de la partie adverse… Et dans l’« autre camp », il y a des personnes qui ne tarissent pas d’éloges pour Mme V. et qui accusent les accusateurs. Selon eux, certains détracteurs de la préfète seraient animés par l’esprit de lucre en voulant in fine toucher des dommages et intérêts (1), d’autres par un désir de vengeance parce qu’ils auraient été sanctionnés à la suite de rapports défavorables de Mme V., d’autres enfin n’auraient pas supporté le retour de l’autorité à Uccle 2 qui naguère « était devenu une sorte de Club Med ». Signalons ici que Paris Match aurait pu encore exposer dans ces pages plusieurs dizaines de faits et accusations et ensuite publier des réponses des personnes accusées… Mais cela donnerait un débat interminable qui ne pourrait tenir que dans un livre…

 

Qui a raison, qui a tort ? La justice tranchera. Vite espérons-le. C’est d’ailleurs aussi le souhait du ministre de l’Enseignement, Christian Dupont qui rappelle que « dans ce dossier très difficile, il y a déjà eu des tentatives de médiation qui sont malheureusement restées infructueuses. Désormais, pour agir, je suis dépendant des décisions de justice. C’est regrettable mais on est dans une situation de blocage parfait. On a mis sur pied un comité d’accompagnement pour faire face mais ce n’est évidemment pas une situation idéale. Dans ce type de conflit, on perd beaucoup d’énergie. C’est une mécanique infernale qui s’est mise en marche et je suis persuadé qu’en bout de course, il faudra écarter l’une ou l’autre personne. Quand on ne peut plus vivre ensemble, on divorce. C’est parfois la seule solution qui reste pour éviter que les choses empirent encore ».

M. Dupont n’aurait-il pas pu suspendre Mme la préfète de manière provisoire après les premières décisions du tribunal du travail comme le suggère une syndicaliste (voir plus bas) ? « Certainement pas, tant qu’il n’y a pas de jugement définitif dans ce dossier, toute mesure de sanction de ma part aurait été imprudente, ouvrant ainsi de possibles voies de recours devant le Conseil d’Etat », nous dit le ministre.

 

La vraie question de ce dossier reste donc de savoir quand et comment on sortira de toutes ces polémiques. A cet égard, les derniers développements du dossier Uccle 2 ne sont guère rassurants (lire encadrés) mais le ministre Dupont annonce que dès qu’il pourra statutairement intervenir, il ne s’en privera pas : « Quelle que soit la décision judiciaire, elle aura des conséquences pour la partie à cette cause qui perdra. Je prendrai alors toutes les mesures qui s’imposent pour restaurer la sérénité dans cette école, ce qui pourrait notamment se traduire par un ou plusieurs écartements ». Mais de quelle décision judiciaire parle-t-on ? Celle de la cour du travail qui devrait intervenir dans quelques semaines à peine ou celle de la justice pénale, également saisie dans cette affaire, qui prendra sans doute quelques années avant de prononcer un jugement ? Un éminent juriste calé en droit administratif nous indique que « le ministre de l’Enseignement sera en droit d’intervenir et même aura le devoir d’intervenir dans l’intérêt du service, dès qu’une première décision définitive tombera dans ce dossier, c’est-à-dire après la décision de la cour de travail. A condition, bien entendu, que la décision de ce tribunal ne soit pas de se dessaisir du dossier au profit de la justice pénale. Ce qui est rare quand ce dernier a déjà pris une position en première instance… ».

 

Une telle « rareté » serait une catastrophe car elle impliquerait un pourrissement du dossier pendant plusieurs années encore, sans que le ministre de l’Enseignement ne puisse écarter l’une ou l’autre pomme moisie…

 

(1) Nous n’avons connaissance à ce stade que d’une seule demande de dommages et intérêts dans ce dossier et elle a été formulée à hauteur de 30 000 euros par une des personnes appartenant… au « camp » de la préfète.

 

 « J’ai été sa première victime »

Mme L. ne travaille plus à Uccle 2 depuis quatre ans et cette ouvrière nous explique en être « soulagée » : « J’ai quitté cet enfer sans demander de préavis. J’ai retrouvé du boulot chez un ancien employeur et je suis de nouveau heureuse. N’empêche, je n’ai rien oublié. Les choses sont allées très loin. J’ai été poussée à bout. Au point d’être hospitalisée. Je n’ai reçu aucun appui du côté syndical et si je m’en suis sortie, c’est grâce à la médecine du travail ». Des phrases dites par ce témoin renvoient à ce qui est dénoncé par des travailleurs qui sont encore à Uccle 2 aujourd’hui : « Du jour au lendemain, j’ai été mise à l’écart dans un local sans fenêtre. Je ne pouvais même plus aller me servir une tasse de café. J’ai été la première sur la liste des personnes harcelées et, contrairement à ceux qui, aujourd’hui, sont en mesure de faire bloc et d’être solidaires face aux agressions de la préfète, j’étais très seule et prise dans la gueule du loup. Tout a commencé parce que j’avais eu un petit conflit d’ordre privé avec une copine à elle. Gisèle V. a donc interdit aux membres du personnel d’encore m’adresser la parole et je vous assure que beaucoup d’entre eux ont suivi la consigne. J’étais devenue une pestiférée. Ce qui est terrible, c’est que certaines personnes qui, par lâcheté ou insouciance, avaient participé à ce mauvais traitement ont ensuite été elles-mêmes victimes de la même chose. C’est notamment le cas de Nicole A., la cuisinière, qui vient de gagner un procès contre Gisèle V. et l’un de ses sbires. Nicole m’a appelée pour implorer mon pardon. Elle avait compris ce par quoi j’avais dû passer… »

 

« Elle a remis de l’ordre »

Monsieur D. est enseignant à l’Athénée Royal d’Uccle 2 depuis quinze ans. Dans une attestation, il donne pour sa part un soutien inconditionnel à la patronne. Pour lui, cet établissement scolaire « ne parvenait pas à se débarrasser d’une mauvaise réputation de Club Med qui lui était injustement attachée. L’arrivée de Madame V. à la tête de cet établissement a été providentielle et sa reprise en main après une absence de quatre ans et demie a permis à l’établissement d’asseoir sa réputation de “bonne école”. Ce ne fut pas sans effort, mais la majorité de la communauté éducative s’est engagée à soutenir le chef d’établissement dans sa volonté de redresser l’école. Nous jouissons aujourd’hui des fruits de notre investissement. Bien sûr, ce management participatif ne s’est pas toujours fait sans heurs. Il a fallu secouer l’inertie de certains qui n’appréciaient pas d’être bousculés ou de devoir se bousculer : travailler en équipe et s’investir dans un projet d’établissement étaient peu compatibles avec leur esprit individualiste et fonctionnaire. De là, les ressentiments ou les rancunes qui sont sans doute à l’origine de certains reproches exagérés ».

 

A quand la fin de ce mauvais feuilleton financé par l’argent des contribuables ?

Ce 10 janvier 2008, le tribunal du travail de Bruxelles reconnaissait à Nicole A., une cuisinière, le statut de victime : « Le tribunal constate des faits de harcèlement (…) et ordonne à Madame V. (et à Monsieur S.) de cesser toute conduite abusive constitutive de harcèlement moral à l’encontre de Madame A. ». Au début de l’année, ce jugement a fait l’objet de nombreuses relations dans la presse. Le Soir, notamment, évoquait un « jugement innovant ». Et le Syndicat libre de la fonction publique (S.l.f.p.) se réjouissait d’« une immense avancée de la justice », précisant dans un communiqué relayé par l’agence Belga : « Pour la première fois, l’attitude d’une direction d’école, les actes de harcèlement commis et dénoncés sont condamnés ». Mais, quelques mois plus tard, l’enthousiasme du syndicat est retombé. « On est en quelque sorte revenu à la case départ », explique Pascale Vanderstraeten, permanente au syndicat libéral. « Le 31 janvier 2008, Nicole a réintégré ses fonctions. Et le processus de harcèlement s’est très vite remis en route. Le pouvoir organisateur aurait pu empêcher cela ; par mesure de précaution, vu le jugement du tribunal en première instance, la préfète et son bras droit auraient dû être suspendus par la Communauté française ! Une telle mesure provisoire n’aurait en rien mis en péril la présomption d’innocence de ces personnes, mais elle les aurait empêché de nuire avant que la justice se prononce en appel (N.d.l.r. : Comme on peut le lire ci-dessus, le ministre de l’Enseignement a estimé que, juridiquement, cette solution ne tenait pas la route). Le bilan de ce dossier est désastreux : Madame A. est une victime reconnue par la justice mais cela lui fait une belle jambe. Deux semaines après avoir rejoint son poste, elle a dû s’enfuir pour ne pas se laisser détruire une nouvelle fois… ». La syndicaliste dit avoir dénoncé plusieurs faits nouveaux à la police et à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (D.g.e.o.). Réponse de l’avocat de Mme V. : « Nous démentons formellement ces nouvelles accusations comme les précédentes. Comment peut-on croire que, dans cette école sous haute surveillance de la justice, de l’administration, voire même des médias, de tels faits aient pu être commis ? ». Une chose est certaine : il est temps que ce mauvais feuilleton financé par l’argent des contribuables prenne fin !