19/09/2007

Santé publique (090907) (130907)

Informations révélées sur le plateau de "L'info confidentielle Match" (RTL-TVI), le 9 septembre 2007 et étayées dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 13 septembre 2007

Amiante dans les écoles

La situation est-elle vraiment sous contrôle ?

 

Depuis des mois, des parlementaires posent des questions précises à la ministre-présidente Marie Arena : quand existera-t-il un cadastre complet de l’amiante dans les bâtiments scolaires en Communauté française ? Quelle est la stratégie exacte de son gouvernement pour remédier à cet enjeu de santé publique, avec quels fonds, quel délai ? « On est dans le brouillard », constatait la semaine dernière l’écolo Yves Reinkin, un député qui piste la présence d’amiante dans les écoles depuis longtemps. Après le témoignage choc d’un enseignant sur le plateau de « L’info confidentielle Match », le 2 septembre, Mme Arena se voulait rassurante : « La situation est sous contrôle ». Dans l’émission « Controverse » de dimanche dernier : elle modérait son propos. « Je ne dis pas que tout est sous contrôle. Si une situation n’est pas connue de l’autorité, elle doit être portée à notre connaissance le plus rapidement possible ». C’est ce que La Libre Match a fait, immédiatement après ce débat, en lui donnant des documents révélés quelques minutes plus tôt pendant la séquence de « L’info confidentielle ». Où il était question de l’Athénée Royal d’Esneux qui attend depuis un an que les fonds soient débloqués pour réparer des colonnes contenant de l’amiante qui « s’effritent » dans « différentes classes »…

 

Ce 2 septembre, dans le cadre de « L’info confidentielle Match », un professeur faisait part de sa forte inquiétude quant à la présence d’amiante dans de nombreuses constructions scolaires en Communauté française. Comme l’a démontré La Libre Match (voir notre précédente édition), la question de la présence de ce matériau – dont l’utilisation est interdite depuis 1998 – dans nos écoles ne doit même pas être posée : l’amiante est bel et bien là, dans de nombreuses constructions, et particulièrement dans les préfabriqués de type R.T.G. qui ont poussé comme des champignons dans les années 1960 et 1970, lesquels occupent une surface de plus de 300 000 m2 en Communauté française. Le vrai débat est évidemment de savoir si le risque est contrôlé, si l’ampleur du problème est bel et bien mesurée par les autorités. En d’autres mots : s’il y a une situation de danger pour les enfants et les enseignants qui fréquentent les établissements scolaires concernés.

 

Par la magie d’une opération de communication bien menée par le cabinet Arena, la discussion s’est plutôt portée, dans les premiers jours qui ont suivi ces révélations, sur la démarche du témoin qui s’était exprimé – pourquoi parlait-il de manière anonyme ? –, sur le fait que la ministre aurait cherché en vain à connaître « l’établissement concerné par les déclarations du professeur », avant de se focaliser enfin sur « l’école en question » où la ministre s’est rendue pour rassurer tout le monde. Fin de l’épisode « amiante » ? Loin s’en faut.

 

Précisons d’abord que le témoin avait choisi de s’exprimer de manière anonyme pour  que le débat ne se limite pas à son établissement scolaire car, pour lui comme pour tout ceux qui connaissent un tant soit peu ce dossier, la question de l’amiante ne se réduit bien évidemment pas à une école en Communauté française. Dans La Libre Match de jeudi dernier, le témoin déclarait d’ailleurs : « La direction de mon école fait tout son possible malgré l’inertie du système ». Ajoutons ensuite qu’il n’a pas fallu trois jours pour que Mme Arena reçoive « le nom de l’établissement scolaire concerné » comme cela a été relayé abondamment par Le Soir et la RTBF. La réalité est plutôt que cette demande d’information complémentaire est venue trois jours après l’émission et que la réponse positive a été transmise au cabinet de la ministre… trois heures plus tard. Ont suivi la communication du nom de l’établissement aux médias par le cabinet Arena et une visite médiatique de la ministre sur les lieux, à savoir l’Athénée royal d’Aywaille en région liégeoise. Résultat ? « Tout est sous contrôle ».

Ce point de vue est d’ailleurs aussi développé par la direction de cet athénée sur son site internet(http://www.ecoles.cfwb.be/araywaille/LPC.htm). On peut y lire ceci : « Comme dans beaucoup d’établissements et de lieux publics, il y a certes présence d’amiante, cependant, la gestion du prétendu risque est assurée par des ingénieurs et architectes responsables et compétents. Il est bien évident que si un danger existait, les élèves et le personnel de l’établissement n’auraient plus l’accès aux locaux. Ce qui n’est pas le cas. Un inventaire de l’amiante a été réalisé dans tous les établissements scolaires en 2001 par des entreprises spécialisées et agréées (N.d.l.r. : Une information démentie par la ministre-présidente Arena elle-même : loin d’être terminé, cet inventaire confié à la société AIB Vinçotte est encore en cours dans 120 écoles de la Communauté française). L’administration responsable de la gestion des risques et des bâtiments a ensuite analysé chaque dossier et a inventorié tous les travaux de toutes les écoles selon des critères de priorité. Suite à l’émission de ce dimanche, Madame la ministre Marie Arena a dépêché ce mercredi 5 septembre Madame Dassonville, architecte, directrice générale adjointe responsable de l’ensemble du patrimoine de la Communauté française, et Monsieur Gillet, ingénieur et architecte responsable du Fonds des Bâtiments pour la zone de Liège, afin de vérifier si tout était en conformité dans notre établissement. Leur visite a duré 4 heures et s’est effectuée en présence des délégations syndicales et de la direction. Afin de rencontrer les différents acteurs scolaires responsables de la gestion de l’amiante pour notre établissement et rétablir la vérité par rapport à ce qui avait été dit, Madame Arena s’est rendue en notre établissement ce jour. La rencontre a été positive : tout est réglementaire sur les 2 implantations de notre athénée et il n’y a aucun risque particulier encouru ».

 

Un « prétendu risque » ? Les documents de l’administration sont parfois plus limpides que les communiqués de presse. On rappellera par exemple ce « rapport de visite du 7 février 2007 » rédigé par Caroline Delrée-Mambourg pour le compte de l’Administration Générale de l’Infrastructure (A.g.i.), service régional de Liège : « D’après l’inventaire amiante, il appert que de nombreuses parties du bâtiment contiennent ce matériau. Notamment dans les linteaux, les appuis de fenêtre, la protection des colonnes. Pour les locaux 43 et 55, il y a lieu de trouver une solution rapidement car les linteaux, les appuis de fenêtre, les parois (derrière les radiateurs) et les protections des colonnes sont abîmés et pour certains fortement. (N.d.l.r. : voir les photos publiées dans La Libre Match la semaine dernière) De plus, dans le local 43, une partie du faux-plafond menace de s’effondrer (N.d.l.r. : C’est déjà en découvrant une planche tombée du plafond et contenant de l’amiante effritée… il y a trois ans que le professeur anonyme avait entamé son questionnement). Dans un premier temps, il faudrait « fixer » les parties abîmées. L’enlèvement et l’encapsulage seront proposés à la prochaine programmation ». 

 

On n’oserait douter que toutes les « parties abîmées » ont été « fixées », toutefois on remarquera que la presse invitée à rencontrer la ministre à Aywaille, le jeudi 6 septembre, ait été reçue dans l’implantation « enseignement général » de cet athénée, plutôt que dans les bâtiments évoqués dans le rapport du 7 février 2007 par l’architecte de la Communauté française. « C’est dans certaines classes de la partie enseignement technique et professionnel, particulièrement au deuxième étage, que se situent les principaux problèmes d’amiante », nous confirme, sans demander un quelconque anonymat, Jean-Luc Degée, délégué syndical C.g.s.p. à Aywaille. Et d’ajouter : « Le contrôle n’est pas suffisant. Ce sont des classes où il y a un danger potentiel, où la préoccupation d’une dissémination de particules d’amiante dans l’air est constante. On a d’ailleurs demandé à la ministre (N.d.l.r. : qui  n’a pas visité personnellement ces classes-là lors de sa visite à Aywaille) que les syndicats puissent contrôler l’état de ces classes mensuellement et qu’une signalisation précise des endroits à risque soit faite. Ce sont des classes où l’on n’oserait pas faire tourner un ventilateur parce qu’on aurait peur des faire circuler dans l’air des particules nocives. Bien sûr, il n’y a pas de raison d’y mettre un ventilateur… ».

 

« Un prétendu risque ? ». Alors que nous faisions état de ces propos le 9 septembre sur le plateau de « L’info confidentielle », le lendemain, « des appuis de fenêtre endommagés et contenant de l’amiante étaient rejointoyés » dans ces classes, comme l’a révélé le quotidien « La Dernière Heure » (voir encadré).

 

Plutôt que d’ouvrir un débat sur la qualité du travail mené par la ministre, par son administration ou des directeurs d’écoles – personne, évidemment, n’accuse toutes ces personnes de ne pas être préoccupées par la santé des enseignants et des enfants – plutôt aussi que d’en faire un enjeu politicien opposant la majorité et l’opposition au parlement de la Communauté française, ne serait-il pas plus constructif de communiquer clairement sur ce dossier de l’amiante ; d’expliquer qu’il est très complexe à gérer parce que Mme Arena a hérité d’un dossier qui n’avait pas été fort bien géré avant qu’elle arrive aux commandes, et qu’elle fait de son mieux avec des moyens limités ? Plutôt que de chercher des coupables, ne faudrait-il pas un effort commun de tous les partis démocratiques présents au parlement de la CF pour trouver des solutions plus rapides et plus radicales ?

 

« Il faut protéger les occupants de ces locaux »

 

Car la situation actuelle implique d’insoutenables lenteurs auxquelles il conviendrait tout de même de remédier. Un autre exemple. Un vent favorable nous donne à connaître les rapports du « Comité de concertation de base » (Cocoba) de l’Athénée Royal d’Esneux, en région liégeoise. Cet organe est présidé par le préfet de l’établissement, on y trouve aussi une secrétaire, un instituteur en chef, l’économe, le conseiller en prévention et les délégations syndicales. Il transmet ses observations à l’administration de la Communauté française.

 

Que lit-on dans le rapport du 26 juin 2006 ? « Dossier amiante : Dans les différentes classes, les colonnes sont dans un réel état d’effritement. Il serait indispensable qu’elles soient recouvertes de panneaux de bois pour éviter la dispersion de l’amiante dans l’air. Une demande a été faite à Monsieur Gillet pour nous octroyer un montant qui permettrait de faire réaliser ces travaux par notre personnel ouvrier. Les plafonds de la cave du bâtiment Acomal sont en amiante. Attention danger car certaines plaques sont endommagées. Il est urgent de faire le nécessaire ». Ce même 26 juin 2006, le conseiller en prévention écrit une lettre portant la mention « urgent besoin d’aide » à l’Administration Générale de l’Infrastructure (Fonds des bâtiments) : « Pourriez-vous intervenir pour qu’une somme soit débloquée pour réaliser les travaux de recouvrement des colonnes par notre personnel ouvrier, dans les classes où l’amiante s’effrite ? »

Un an plus tard… Rapport daté du 12 juin 2007 du même organe « Cocoba » : « Dossier Amiante : dans différents locaux, les colonnes s’effritent. Il devient indispensable qu’elles soient recouvertes de panneaux de bois pour protéger les occupants de ces locaux. Une demande a été adressée à M. Gillet. Toujours pas de réponse. J’ai reçu à ce propos une lettre des élèves de 4T. Les plaques des plafonds des caves Acomal sont en amiante et endommagées. A surveiller ». Difficile de constater une évolution positive entre ces deux rapports à un an d’intervalle !

 

Toutefois, le rapport de juin 2007 mentionne aussi une visite du Fonds des Bâtiments scolaires suite à laquelle « la neutralisation de l’amiante par encapsulage ou enlèvement est proposée à la programmation 2007 ». Ce qui doit se traduire en langage officiel par « la situation est sous contrôle » ? Renseignements pris auprès de la direction de l’école : il s’avère que la « neutralisation programmée » n’a toujours pas eu lieu. Alors ? Alors, nous dit la préfète, « je gère la situation en bonne mère de famille. Des panneaux en bois sont mis dans les endroits à risque. Cela ne coûte pas trop cher. Les ouvriers protègent d’abord l’endroit avec du silicone pour ne pas forer dans l’amiante. On a encore cinq classes à faire par mesure de précaution, mais d’abord, la semaine prochaine, on va s’occuper de la salle d’étude. Pour l’instant, on a mis les bancs en retrait pour que les élèves ne soient pas à proximité de la zone à risque où il y a une colonne qui s’effrite, mais j’estime que ce n’est pas une mesure de protection suffisante ». Comment se fait-il que ces colonnes se soient effritées ? « Des enfants ont parfois la drôle d’idée de gratter dans les murs. Cela s’est passé avant qu’on soit sensibilisé à l’amiante », nous dit la préfète.

Pour éviter tout débat stérile, ce dimanche 9 septembre, nous avons transmis les documents en notre possession à Mme Arena après les avoir évoqués sur le plateau de «L’info confidentielle ». Dès le lundi, l’administration est descendue dans l’école concernée et a constaté qu’en effet, des colonnes d’amiante s’effritaient. Par mesure de précaution, il a été décidé par l’administration de Mme Arena que deux d’entre elles seraient « encapsulées » dès le mardi.

 

In fine, tout serait bien sous « contrôle »…

 

Dimanche 2 septembre : Témoignage du professeur dans « L’info confidentielle Match » sur R.t.l.-t.v.i.

 

Dimanche 2 et lundi 3 septembre : La ministre-présidente Arena déclare partout que « la situation est sous contrôle ». Le débat porte finalement plus sur l’anonymat du témoin que sur la problématique de l’amiante.

 

Mercredi 5 septembre : R.t.l.-t.v.i. vient de recevoir la demande du cabinet Arena de communiquer le nom de « l’établissement concerné » par les déclarations du prof. Dans la matinée, Pascal Vrebos transmet cette demande à La Libre Match. A 13 h 45, nous communiquons le renseignement demandé au chef de cabinet de Mme Arena et, dans l’après-midi, l’administration de l’infrastructure inspecte Aywaille pendant quatre heures et communique déjà l’info à certains médias comme quoi, à Aywaille « tout est sous contrôle ».

 

Jeudi 6 septembre : La ministre-présidente Arena reçoit la presse dans les bâtiments de l’implantation « enseignement général » à Aywaille. Les endroits les plus dégradés, soit des classes situées dans l’implantation technique, ne sont pas visitées par la ministre et ne sont pas montrées aux journalistes (voir photos d’encadrement de fenêtres contenant de l’amiante publiées ce jour-là par La Libre Match). Le mythe selon lequel Mme Arena aurait dû attendre trois jours pour que R.t.l. et La Libre Match daignent lui communiquer l’info sur le nom de l’établissement est abondamment relayé par certains médias. Ce faux débat devient le débat principal dans certains journaux.

 

Dimanche 9 septembre : Sur le plateau de « L’info confidentielle », nous relevons que les bâtiments de l’implantation technique n’ont pas été montrés à la presse et nous citons le syndicaliste de la C.g.s.p. Jean-Luc Degée qui évoque les fenêtres de certaines classes où l’on enseigne aux élèves de technique : «Le contrôle n’est pas suffisant. Ce sont des classes où il y a un danger potentiel, où la préoccupation d’une dissémination de particules d’amiante dans l’air est constante. On a d’ailleurs demandé à la ministre que les syndicats puissent contrôler l’état de ces classes mensuellement et qu’une signalisation précise des endroits à risque soit faite. Ce sont des classes où l’on n’oserait pas faire tourner un ventilateur parce qu’on aurait peur des faire circuler dans l’air des particules nocives ». Il n’est pas question de « danger de mort » dans cette déclaration mais, sur le long terme, prendre le risque de respirer des « particules nocives » n’est évidemment pas la meilleure des assurances-vie…

 

Mardi 11 septembre : Le quotidien « La Dernière Heure » révèle que des travaux ont été fait dans l’après-midi du lundi 10 septembre… à Aywaille : « Le 2 septembre dernier dans leur info confidentielle, La Libre Match/R.t.l.-t.v.i. affirmaient qu’un problème d’amiante se posait à l’athénée d’Aywaille. Marie Arena s’y était rendue en grande pompe et avait rassuré tout son monde. Tout ne semble pas aussi simple que cela, puisque ce lundi, quelques heures avant des réunions de parents, des appuis de fenêtre endommagés et contenant de l’amiante étaient rejointoyés ». Notre confrère ne précise pas que ces réparations ont été faites… dans certaines classes de l’implantation « technique ». Celles dont Mr Degée parlait le 9 septembre dans « L’info Confidentielle ». In fine, tout serait bien sous contrôle...

09:00 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : amiante dans les ecoles |  Facebook |