04/10/2007

Implants électroniques pour humains 300907/041007

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL/TVI, le 30 septembre 2007 et publée dans Paris Match, le 4 octobre 2007

verichipUn jour serons-nous tous « pucés » pour des raisons de santé, de sécurité ou de confort ?

Ce débat éthique majeur n’a pas encore été abordé par le monde politique belge 

Depuis plusieurs années, la puce électronique se trouve sur notre carte bancaire. On l’aperçoit aussi sur les nouvelles cartes d’identité et elle est présente sur nos passeports dans sa version R.f.i.d., de l’anglais Radio Frequency Identification. En d’autres termes, elle peut être lue à courte distance par un scanner. La technologie actuelle propose aussi des puces R.f.i.d. qui émettent des signaux captables à plus grande distance, voire sur toute la terre lorsqu’elles sont équipées d’une balise G.p.s. Il y aussi les puces modifiables à distance, même celles implantables dans le corps humain. Bien plus vite qu’on le pense généralement, notre société devra se déterminer : après les animaux de compagnie, les chevaux et de plus en plus d’objets vendus dans le commerce, acceptera-t-elle que les hommes aussi soient « tagués » ? Des sociétés privées, principalement aux Etats-Unis, investissent déjà dans ce marché prometteur. Une discothèque en Espagne propose à ses clients un implant sous-cutané permettant de contrôler plus facilement leur entrée et leurs consommations… Choisirons-nous bientôt de « pucer » certaines catégories de la population au nom d’enjeux de santé, de sécurité ou de confort ? En Belgique, une proposition de loi déposée l’année dernière visait à implanter les délinquants sexuels… Un énorme débat éthique frappe à notre porte mais, très en retard, le monde politique belge ne s’en est pas encore emparé.

 Pour paraphraser une pub du temps jadis : «Elle est mini, mais elle fait le maximum». A peine plus grande qu’un grain de riz, la puce implantable sous la peau de l’être humain est prête à inonder un marché immensément prometteur pour ses fabricants. Utilisant la technologie R.f.i.d., le tag «sous-cutané» vecteur d’un identifiant unique pourra contenir des tonnes d’informations sur l’identité de son porteur. «Elle est déjà commercialisée aux Etats-Unis via le secteur médical, lequel s’avère un très bon cheval de Troie pour les fabricants d’implants électroniques», précise Françoise Gilboux, l’une des animatrices d’un groupe de citoyens belges inquiets, le Collectif de Résistance à la Puce (C.r.a.p.).(1)  De fait, en octobre 2004, la société Applied Digital Solution (A.d.s.), qui produit la puce VeriChip, a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (F.d.a.) américaine l’autorisant à commercialiser des implants électroniques à des fins médicales. Et, fin 2006, ce leader mondial dans le secteur des puces sous-cutanées annonçait fièrement que, d’ores et déjà, plus de 600 médecins au sein de 180 hôpitaux américains adhéraient à son réseau Verimed. Ces praticiens disposent d’un kit de présentation publicitaire  visant à convaincre leurs patients qu’il est dans leur intérêt de se faire mettre une puce dans l’avant-bras. Coût : 200 $, plus le prix d’un abonnement mensuel s’élevant à 10 $. Avantage vanté : avoir en permanence sur soi un identifiant électronique permettant aux médecins, en cas d’urgence, de scanner la puce avec un lecteur pour avoir accès immédiatement au dossier médical du patient, ce qui, dans certaines circonstances, peut s’avérer vital. Les fabricants de puces électroniques espèrent aussi beaucoup du marché de la mort au travers des catastrophes naturelles et autres attentats terroristes : l’identification des cadavres étant perçue comme un vecteur de développement très intéressant. Imaginez le 11 septembre 2001, l’ouragan Katrina, le tsunami : si les victimes humaines avaient été préalablement «taguées», elles auraient immédiatement été localisées et identifiées par un appendice au système Verichip, le Verytrace. Dans le rayon «cadavres», on a aussi prêté à A.d.s. le projet de négocier avec l’armée américaine le remplacement des traditionnelles plaques d’identification que les soldats portent au cou (dog tags) par des puces sous-cutanées. Double avantage : grâce à la R.f.i.d., les marines pourraient être localisables et identifiables. Morts ou vifs. La sécurité est un autre grand créneau d’avenir de la puce. Pourquoi ne pas «implanter» tous les prédateurs qui font courir des risques à la société?, se disent les défenseurs de la traçabilité. D’un point de vue technologique, il est évident que, bientôt, le bracelet électronique déjà utilisé en Belgique et dans le monde entier paraîtra être un objet encombrant et obsolète, certaines puces R.f.i.d. permettant à la fois de localiser leur porteur et de stocker des informations actualisables à distance. Par exemple, un certificat de bonne vie et mœurs, des extraits de dossiers judiciaires, etc. En Belgique, le 10 juillet 2006, le sénateur Jacques Brotchi (MR) déposait une proposition de loi qui préfigurait peut-être l’avenir. Son but : «taguer» certains types de délinquants sexuels pour lesquels on craint une récidive.  Dans un hebdomadaire, quelques jours plus part, ce neurochirurgien précisait : «J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition (...) Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être strictement encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés. Elle rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. Les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Elles ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes».(2)  «Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes !» La question qui se pose est de fait celle des barrières à placer pour empêcher une dérive dans l’utilisation des puces R.f.i.d. Marie-Rose Cavalier, une ex-députée wallonne d’Ecolo qui a rejoint le C.r.a.p., lance ce cri d’alarme : «On se dirige comme des moutons vers une société de l’hyper contrôle. Lorsque nous aurons tous une puce électronique implantée sous la peau, plus personne ne sera libre. Pour le moment, il n’est bien sûr pas question d’implants électroniques obligatoires en Belgique, ni en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, dans des assemblées parlementaires, on a déjà discuté de projets comme l’implantation des migrants clandestins, voire de tous les Américains dès la naissance. Et puis, la technologie évolue très vite, et les mentalités ne sont pas imperméables aux arguments du marketing. Ne va-t-on pas convaincre petit à petit les opinions publiques de la nécessité pour tout un chacun d’être «pucé» pour des raisons de confort, de sécurité et puis, finalement, parce qu’on vivra dans une société où ce ne sera plus possible de faire autrement?»  Questionnement trop alarmiste ? Mme Cavalier objecte que «il y a dix ans, personne n’aurait osé imaginer que le gouvernement fédéral nous impose sans aucune consultation populaire de nous promener en permanence avec une puce électronique en poche ou dans le sac ! C’est pourtant bel et bien la réalité d’aujourd’hui avec les nouvelles cartes d’identité »... Comme en écho, Françoise Gilboux ajoute que «cette carte électronique, dont on ne sait pas clairement quelles sont les données lisibles et par qui, est en plus promise à bel avenir. Dans les années futures, il est évident qu’elle sera rendue nécessaire pour de plus en plus d’accès : services communaux, tels que les parcs à conteneurs, les bibliothèques, les piscines, divers services en ligne. Et le privé suivra le mouvement – il s’y prépare déjà – : la C.i. électronique sera alors indispensable pour les accès en ligne aux sites bancaires, pour les achats en ligne, les réservations d’hôtel, les accès à une messagerie sur Internet... Et puis, pourquoi pas, pour entrer dans des lieux publics comme les magasins, les transports en commun... On entrevoit aisément la suite logique : pourquoi ne pas se faire « implanter » cette puce dont on aura tout le temps besoin ? Cela pourrait paraître tellement plus pratique... Entre une obligation légale et une obligation sociale, plus hypocrite mais presque tout aussi contraignante, la frontière est extrêmement ténue».  Cette cheville ouvrière du C.r.a.p. prévoit aussi des dérives inquiétantes : «Si on généralise l’implant électronique sans garde-fous, cela ouvrira des perspectives qui font vraiment peur. Par exemple, la possibilité de trier la population entre ceux qui ont accès ou pas à certains lieux, à certains services, voire à certains droits ! Sans parler de la possibilité de localiser tout le monde à tout moment... Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes ! Prenons garde à ce que ne se crée une vaste toile qui, si elle tombe entre de mauvaises mains, rendra possible l’avènement d’une dictature totale».  Il ne faut pas nécessairement prendre des repères dans le passé pour comprendre ce qui pourrait être effrayant dans une utilisation à mauvais escient des technologies R.f.i.d.. Très récemment, un site complètement dédié à la R.f.i.d. (www.filrfid.org) évoquait une actualité qui fait plutôt froid dans le dos.  "60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes, c’est évidemment très peu" Nous citons : «La Chine est en train de construire le plus vaste réseau de surveillance des individus grâce à un mélange de vidéo-surveillance et de R.f.i.d.. C’est dans la ville de Shenzhen que cette expérimentation est en cours. Le réseau utilise 20 000 caméras numériques « intelligentes » et des cartes R.f.i.d. afin de suivre les 12,4 millions d’habitants vivant dans ce port du Sud de la Chine. Le système repose sur les cartes de résidents, lesquelles sont toutes équipées de puces R.f.i.d.. Les données contenues dans la puce contiennent non seulement le nom et l’adresse du citoyen, mais elles incluent aussi un historique sur sa condition sociale, sa religion, son appartenance ethnique, son dossier de police, le statut de son assurance médicale. (...) L’objectif de ce dispositif est de réduire considérablement le nombre de crimes et délits, de pouvoir intervenir instantanément en cas d’accident ou d’incident en fournissant aux services sociaux, médicaux et légaux toutes les données pour réagir sur le champ. L’amusant (si l’on peut dire dans cette parodie de « 1984 »), c’est que ce chantier n’a pas été confié à une firme chinoise (elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le secteur de la R.f.i.d.), mais à une société américaine... L’histoire ne dit pas si l’accès aux informations et à leur rectification est garanti par la loi de la République du Milieu»...  Au travers de cet exemple, on voit bien que nos parlementaires prendraient une excellente initiative en s’emparant de ce débat qui aura une importance de plus en plus vitale pour nos libertés démocratiques. Las ! Alors qu’au cours de ces cinq dernières années, la technologie du «puçage» s’est spectaculairement développée, on constate que, sur le même laps de temps, celle-ci n’a fait l’objet que d’une seule question au parlement fédéral. Dix lignes d’interpellation, dix lignes d’une réponse d’un ministre qui dit que le gouvernement belge ne compte pas favoriser l’utilisation des implants électroniques pour les citoyens en Belgique. 60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes sur toute la planète, c’est évidemment très peu. Fin juillet 2007, le Conseil d’éthique et de santé mentale de l’U.c.l. constatait lui aussi cette inertie. Dans Le Soir, son président Francis Martens évoquait les «graves dangers que les technologies R.f.i.d. peuvent représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale», alors que les «choses se mettent en place sans sensibilisation de l’opinion», sans «débat sociétaire», dans un «vide politique». Ceux qui ne sont pas sourds ou aveugles peuvent pourtant parfaitement entrevoir la société qui pourrait bientôt éclore. Par exemple, il suffit de lire le dernier ouvrage fort bien documenté de Jacques Attali : « Une brève histoire de l’avenir »(3). L’essayiste français y décrit l’avènement d’une société de l’hyper contrôle dont on entrevoit déjà les prémisses. Un nouveau monde plus dépendant que jamais de son rapport à la machine et qui s’appuiera notamment sur les implants R.f.i.d. – des biocapteurs – pour vérifier à tout moment la disponibilité, l’employabilité, la santé, la civilité... de tout un chacun. «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing des fabricants de puces» Voulons-nous de ce «progrès»-là? Un petit peu ou pas du tout ? Nos élus pourraient aussi prendre comme base de réflexion ce que Giorgio Agamben, professeur de philosophie à l’Université de Venise, écrivait dans Le Monde en janvier 2004... La carte blanche était intitulée : «Non au tatouage biopolitique» et elle résumait fort bien quelques craintes justifiées à propos de la société de l’hyper contrôle qui, insidieusement, prend ses marques : «On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. (...) L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. (...) Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.» «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing», redoute Marie-Rose Cavalier. Et, de fait, les fabricants de puces abordent déjà un marché jugé très prometteur au travers du public jeune en vantant «le confort» d’utilisation et le côté «ludique» de leur technologie. Par exemple, pour entrer dans certains endroits branchés, comme des boîtes de nuit, être «pucé» pourrait bientôt servir de sésame. Plus besoin de carte de membre, de carte d’identité, ni même de portefeuille pour payer ses consommations...  Anticipation ? Si peu : le système existe déjà. Dans les discothèques Baja Beach Club en Espagne et aux Pays-Bas, la puce « VeriChip » est implantée dans le bras de clients qui l’acceptent afin d’accélérer les commandes de boissons et leur paiement. Fièrement, le site Internet de cette discothèque affiche les photos de plusieurs de ses clients en train de se faire injecter leur puce électronique au moyen d’une seringue (http://www.baja.nl).  Un mouvement encore ultra-minoritaire ? Oui, mais pour combien de temps ? On notera par exemple ce sondage d’un think tank de l’industrie agro-alimentaire relayé et commenté par le Times en octobre 2006 : d’ores et déjà 8% des Britanniques de 13 à 19 ans et 5% des 25-40 ans se déclarent totalement disposés à payer leur achats au moyen d’une puce sous-cutanée!  «Des implications majeures sur le plan éthique» Alors qu’elle ne semble guère tracasser le monde politique belge, la question des implants électroniques a fait l’objet d’une étude fouillée de Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (G.e.e.). Sous le titre «Aspects éthiques des implants T.i.c. dans le corps humain» (N.d.l.r. : T.i.c., pour technologies de l’information et de la communication), les scientifiques faisaient état de leur perplexité : «L’idée de se laisser implanter ces dispositifs sous la peau en vue non seulement de restaurer, mais aussi d’améliorer certaines capacités fonctionnelles éveille des visions de science-fiction effrayantes et/ou prometteuses. L’implantation de micropuces se pratique pourtant déjà, avec le risque corrélatif de formes de contrôle de l’individu et de la société. (...) Ces implants dans le corps humain, qu’ils existent déjà ou ne soient encore qu’envisagés, ont des implications majeures sur le plan éthique».  A propos des «dispositifs d’identification et de localisation», les experts du G.e.e. recensent trois formes de puces.  Celle qui est «à lecture seule» : «Similaire à celle aujourd’hui utilisée pour l’identification des animaux (cette puce) a de nombreuses applications potentielles, par exemple le repérage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mineures ou inconscientes. Plus largement, elle pourrait être utilisée comme une sorte de carte nationale d’identité, fonctionnant avec un numéro d’identification intégré».  Celle «à lecture/écriture» qui «contient une série d’informations pouvant êtres complétées (...) à distance. A supposer qu’elle contienne le dossier médical d’une personne et que celui-ci évolue, les informations correspondantes pourraient être ajoutées sans qu’il soit pour cela nécessaire de retirer l’implant. Les puces à lecture/écriture pourraient également faciliter et permettre l’enregistrement des transactions financières et/ou le casier judiciaire». Celles qui ont, de surcroît, «une fonction de localisation» : «Outre les fonctions de lecture/écriture, certains dispositifs peuvent également émettre un signal radio localisable. (...) . Avec un tel implant, un suivi constant deviendrait possible (...) par simple appel du bon signal. Le récepteur étant mobile, cette localisation serait partout possible.»  Les scientifiques du G.e.e. notent encore que «des millions de R.f.i.d. se sont vendues depuis le début des années 1980 (...) pour l’identification du bétail, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire et des espèces menacées». Et que cet implant «ne contient ni produit chimique, ni batterie. La puce ne se décharge jamais et a une espérance de vie de 20 ans». Ils qualifient la « VeriChip », déjà évoquée plus haut, de « code barre humain » et soulignent, eux aussi, que cette « R.f.i.d. sous-cutanée qui s’implante dans le tissu adipeux en dessous du triceps » a un bel avenir devant elle. « Ses applications pourraient s’étendre à la sécurité des transports publics, à l’accès aux bâtiments ou installations sensibles et au suivi des personnes en liberté conditionnelle. Actuellement, le porteur doit se tenir à une courte distance d’un scanner pour que la puce soit «réveillée». Par conséquent, celle-ci ne permet de suivre ses déplacements qu’à proximité du scanner. Pour le moment », soulignent prudemment les experts du G.e.e., «la puce VeriChip n’est donc pas un système implantable de positionnement par satellites». Toutefois, «la société américaine Applied Digital Solutions (A.d.s.) a déclaré qu’un implant prototype de localisation par satellites avait été testé avec succès.» Une avancée technique, précisons-le, dont A.d.s. se vantait déjà en 2003. On n’arrête pas le progrès… Le G.e.e. a aussi fait le point sur quelques recherches en cours à propos des implants électroniques pour humain : «La société bavaroise Ident Technology (http://www.ident-technology.com/) propose des dispositifs utilisant le corps humain (en particulier la peau) comme transmetteur de données numériques ; (...) le brevet d’un implant télécommandé déclenchant un orgasme féminin par simple pression sur un bouton a été déposé aux Etats-Unis en janvier 2004». Il y a aussi les «biocapteurs» : «implantés dans le corps humain pour un suivi précis de certaines parties inaccessibles. Organisés en réseau, ils contrôlent de manière collective l’état de santé de leur hôte. Cela va de la collecte de données sur des paramètres physiologiques comme la pression sanguine ou le taux de glucose à la prise de décisions fondées sur ces données (par exemple, le corps médical sera averti d’un éventuel risque pour la santé)». Tout profit, notamment, pour les compagnies d’assurance qui pourraient ainsi disposer d’une «boîte noire» retraçant les dysfonctionnements comportementaux de ses clients.  Les experts du G.e.e. évoquent aussi «l’hippocampe artificiel». Soit «l’implantation dans le cerveau d’une puce capable de restaurer ou d’améliorer la mémoire : les informaticiens ont annoncé que, dans les vingt prochaines années, des interfaces neuronales seraient conçues qui, non seulement, augmenteraient la gamme dynamique des sens, mais amélioreraient aussi la mémoire et permettraient la «cyber-pensée» – c’est-à-dire la communication invisible avec les autres». Dans cette gamme, on verra notamment apparaître «l’implant prothétique cortical», que ces scientifiques présentent comme un «amplificateur sensoriel ou d’intelligence». Un article extrêmement fouillé publié par la revue française Quasimodo explore ces «modifications corporelles» que pourrait subir l’homme du futur (4). Parmi d’innombrables recherches scientifiques, ses auteurs évoquent celles du cybernéticien britannique Kevin Warwick, qui fait des «tentatives d’intégration homme-machine» : «Il a projeté d’échanger des signaux et des émotions avec son épouse par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans son bras devrait reconnaître les messages nerveux transitant dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquerait alors ce message par Internet à une seconde puce implantée dans le bras de sa dulcinée (...). La télépathie par Internet.» D’autres recherches visent à l’implantation dans le cerveau d’un émetteur-récepteur miniature pouvant relier directement l’individu au Web et au réseau téléphonique afin de communiquer des messages par la seule force de la pensée. Il y a aussi des recherches vivant à robotiser... des rats en leur plaçant une puce agissant sur le centre du plaisir. L’animal «implanté» se montre capable d’ignorer une femelle pour aller au bout d’une mission télécommandée par ses maîtres en blouses blanches...  A vrai dire, toutes sortes de puces sont à l’étude qui, c’est évident, n’ont pas que des aspects négatifs : elles permettront à l’aveugle de voir, au paralysé de marcher, au parkinsonnien de ne plus trembler, au sourd d’entendre et au muet d’exprimer enfin ses pensées... «La question est bien entendu de savoir jusqu’où ira l’interdépendance de plus en plus grande de l’humanité avec les machines », s’interroge Marie- Rose Cavalier. « Conçue pour aider l’homme, cette technologie ne va-t-elle pas finalement le contraindre, l’enfermer dans un monde infernal qu’il ne maîtrisera plus ? Des chercheurs, des philosophes nous invitent dès aujourd’hui à réfléchir au point de non-retour que l’on risque un jour d’atteindre. L’armée américaine, par exemple, finance des recherches sur des implants qui sont de nature à influencer la volonté de ses soldats pour les rendre plus combatifs. Jusqu’où iront de telles applications ? Sera-t-il un jour question de contrôler les émotions, les pensées de populations entières ? »  Dans «The Age of Spiritual Machines» (5), l’informaticien américain Ray Kurzweil a tenté d’imaginer cette avenir des implants neuronaux. Pronostic ? «Dès le milieu du 21ème siècle, des neuro-implants biocompatibles permettront d’augmenter à volonté les capacités de calcul et de mémoire du cerveau. Des liaisons directes entre le cerveau humain et l’ordinateur permettront en outre de scanner le contenu de chaque cerveau et de transférer les souvenirs et la personnalité de l’individu dans une banque de données». Notre cerveau serait donc appelé à devenir de plus en plus performant grâce aux puces électroniques. Toutefois, nous ne devrions pas être les seuls bénéficiaires de ce «progrès».   Ces dernières années des parties d’échec hyper médiatisées ont régulièrement opposé des grands maîtres de ce jeu de stratégie à l’ordinateur. Il ne s’agissait là que de la représentation cathodique de l’un des grands axes des recherche actuelle : donner à la machine, les aptitudes nécessaires qui in fine devrait lui permettre d’accéder à un niveau d’intelligence… humain; Ce qui inclut bien évidemment la capacité de réagir à un stimulus émotionnel. Selon les estimations prospectives de Ray Kurzweil - relayée par le New York Times et le Courrier International- la machine pourrait bien être cet égal de l’homme -et donc son concurrent- dès avant la moitié de ce 21ème siècle… Avant de le dépasser ?   Les recherches de Ray Kurzweil ont aussi été vulgarisées dans la revue Quasimodo. On y lit qu’à terme, «la puissance brute de traitement d’informations de l’ordinateur devrait s’avérer incommensurablement supérieure à celle du cerveau humain, notamment avec le remplacement de puces de silicium par des nanotubes de carbone. La partie logicielle de l’intelligence, quant à elle, serait obtenue en copiant les plans du cerveau, afin de le rétroconcevoir. (…) Le cerveau serait scanné de l’intérieur par des milliards de nanorobots, envoyés explorer le moindre capillaire cervical et étudier en gros plan tous les détails nerveux. (…) Il serait alors possible de ‘recréer ces assemblages dans des ordinateurs neuronaux suffisamment avancés qui, dès cet instant, dépasseront à une vitesse fulgurante le niveau d’intelligence humain’.»  «De son côté, l’humain, en fusionnant avec ‘ses propres avancées technologiques’ pourra, lui aussi, étendre le champ de sa réflexion et de son expérience. Des nanorobots intelligents implantés dans nos cerveaux permettront d’en gonfler les capacités, augmentant ‘de manière prodigieuse notre mémoire et en améliorant de façon insoupçonnable l’ensemble de nos capacités sensitives, logiques et cognitives’. Ils nous donneront surtout la possibilité de nous immerger complètement dans ‘une réalité virtuelle aussi détaillée que la “vrai” réalité’, en remplaçant les données communiquées par nos sens réels par des ‘flux artificiels de données sensorielles (…)».  Ce n’est pas tout : «Comme tous ces implants pourront communiquer entre eux, grâce à un réseau sans fil, s’interconnecter ou se déconnecter à volonté, ils créeront de nouveaux réseaux hybrides (à la fois biologiques et non biologiques). À partir de 2030, il ne sera même plus besoin d’une intervention chirurgicale pour implanter ces nanorobots qui pourront être «injectés dans l’organisme ou même tout simplement ingurgités. La distinction deviendra alors de plus en plus floue, entre des ‘cerveaux entièrement artificiels qui seront des copies hautement améliorées de cerveaux humains’ et des cerveaux humains massivement implantés de nanorobots différemment programmés. La question de savoir qui, de l’ordinateur ou de l’être humain, est le plus intelligent n’aura plus de sens, puisque les deux auront fusionnés. Pour Ray Kurzweil ‘le terme logique de tout ça, c’est un cerveau maintenu en survie artificielle sous perfusion qui contrôlerait des batteries d’ordinateurs surpuissants. Quel cauchemar!’ A la fin du siècle dernier, dans les colonnes du quotidien «Le Monde», un chercheur en intelligence artificielle, Hugo de Garis décrivait ce qui pourrait être la fin de cette histoire : l’apparition de clivages nouveaux dans une société divisée entre partisans et opposants des robots. La question pourrait être alors de savoir si nous voulons tous devenir des cyborgs (6). Esméralda et Maxence Grugier dans la revue Quasimodo partageait cette même conclusion : «Selon différents auteurs, au siècle prochain, l’humain et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition.»       Elucubrations ? Fantasme ? Peut-être. Mais en 1940, qui aurait cru que l’on marcherait sur la lune moins de 30 ans plus tard ? Qui aurait imaginé que nous ayons tous notre petit téléphone portatif ? Peut-être sommes-nous encore éloignés des cauchemars évoqués par des spécialistes de la prospective. Si éloignés ? Ne faudrait-il pas accorder plus d’intérêt aux conclusions des experts du GEE lorsqu’ils relevaient, il y a deux ans déjà, que «notre société contemporaine est confrontée à des changements qui touchent à l’essence anthropologique des individus. Un changement progressif est à l’oeuvre: après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité.Parallèlement à cette érosion toujours plus grande des prérogatives individuelles (qui va jusqu’àla transformation du corps humain), une attention croissante doit être portée à cette question (…) Un vaste débat social et politique s'impose sur le type d’applications qui devrait être accepté et légalement approuvé, notamment pour ce qui concerne la surveillance et l'amélioration des capacités fonctionnelles.».  Puissent-ils être entendus ! Dans son roman d’anticipation intitulé «1984», Georges Orwell faisait à dire à l’un des ses personnages que «dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment». A n’y prendre garde, la réalité pourrait-elle un jour dépasser largement cette fiction ? Il n’y aura plus besoin de policiers, si la technologie permet un jour de contrôler les pensées. Il n’y aura plus de liberté non plus. Juste l’uniformité des esprits, ce qui équivaut à la prison à vie pour tous... (1) : Voir aussi le site www.stoppuce.be(2) Le Vif/L’express, 28 juillet 2006.(3) Jacques Attali, «Une brève histoire de l’avenir», Fayard, Paris, 2006.(4) http://www.revue-quasimodo.org. N° 7 de cette revue intitulé « Modifications corporelles » 384 pages, illustré, couleur. Épuisé dans sa version papier, mais intégralement consultable en ligne.(5) Voir la revue «Quasimodo» mais aussi «Le Courrier International», n°513 du 9 novembre 2000.(6) Hugo de Garis, «Le siècle des robots», 9 novembre 1999, in Le Monde, Paris.   Elle est déjà partout... et bientôt elle vous suivra à la trace !

Comme son homonyme du monde vivant, les puces R.f.i.d. se multiplient de manière exponentielle. Un site spécialisé (www.pcinpact.com) estime qu’«en 2008, les ventes de puces électroniques dans les domaines de l’identification des médicaments, bagages, animaux, livres, billets... représenteront 6,8 milliards d’étiquettes R.f.i.d.». Cette petite étiquette «intelligente» se compose d’une puce et d’une antenne. Elle se distingue aussi par un identifiant unique. Ce qui permet à l’objet ou à la personne qui la porte d’être «tracé». L’année dernière, Hitachi a présenté la plus petite puce R.f.i.d. au monde : 0,15 mm de côté et 7,5 µm d’épaisseur. Comme l’explique un site Internet spécialisé (www.piecesetmaindoeuvre.com ), « invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui pilotent la machine ». De plus en plus d’objets sont tagués et de plus en plus d’entreprises, dont les supermarchés, les collectivités locales, les bibliothèques s’équipent de lecteurs R.f.i.d.. Les polices vont inévitablement suivre le mouvement. Couplée à une carte d’identité biométrique, comme celle que les Français porteront très bientôt, la puce R.f.i.d. permettra d’innombrables recoupements entre les informations sur les déplacements et les habitudes de vie, voire les opinions de tout un chacun.

Les Grenoblois du site Internet «Pièces et main d’œuvre» décrivent de manière éloquente le type de données qui pourront être recueillies dans un proche avenir sur les individus «tagués». Par exemple, lors d’une manifestation : « Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14 h 11. Manifestation des étudiants. Présence des individus X (carte d’identité n°98729872), Z (carte d’identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l’individu G (carte d’identité n°816539837) fiché pour participation au fauchage d’un champ d’O.g.m. dans la Drôme le 27/07/07. » Ou en fonction de leurs achats : « Le manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de la Grand-Place aujourd’hui à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre « 30 recettes pour maigrir en famille » emprunté à la bibliothèque du centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan’Tag de Sonia Chabert ».

15:12 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : libertes individuelles |  Facebook |

28/09/2007

Affaire Marc et Corine (16 et 21/09/07)

Quinze ans après l’assassinat de sa sœur, Cathy Malmendier (23 ans) parle pour  la première fois du drame qui a bouleversé sa vie. C’était sur le plateau de l’Info Confidentielle-Match sur RTL/TVI, le 16 septembre 2007 et le 21 septembre 2007 dans «La Libre Match»

 

«Muselle ne devrait jamais sortir de prison »

 

Condamné à la prison à perpétuité en décembre1996, Thierry Muselle est entré dans les conditions légales pour obtenir une libération conditionnelle. Entre le 10 et le 18 juillet 1992, avec son complice Thierry Bourgard, ce prédateur avait semé la terreur dans le Sud du pays : multiples agressions d’une extrême violence, vols, viols. Trois meurtres aussi. Celui de Lucien Schmitz, un père de famille âgé de 36 ans ; ceux de Marc Kistermann et Corine Malmendier, deux jeunes amoureux en excursion. Ils étaient âgés de 21 et 17 ans à peine. Il y a trois mois, lors d’une rencontre en prison avec Jean-Pierre Malmendier, le père de Corine, Thierry Muselle a avoué ce qu’il niait depuis quinze ans : oui, il a bien tué la jeune femme. L’homme regrette ses méfaits et se dit prêt à recommencer une nouvelle vie… Qu’en pense Cathy, la sœur de Corine ?

 

Vous n’aviez que 8 ans quand votre sœur a été sauvagement séquestrée, violée, puis assassinée par le duo Muselle-Bourgard. A l’époque, vous n’avez sans doute pas perçu toute l’horreur des faits…

 

C’est vrai, il y a des mots qu’on ne vous dit pas quand vous avez 8 ans ; des mots que l’on ne comprend pas aussi. Il y a des actes si horribles qu’on n’imagine même pas qu’ils puissent être commis par des êtres humains. La souffrance qui a dû être celle de Corine, je ne l’ai appréhendée que plus tard, pour autant que ce soit possible. Par contre, sa disparition du jour au lendemain, j’en ai bien souffert. Immédiatement. Malgré mes 8 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je vois encore très distinctement ce matin de juillet 1992 où j’ai dit à ma maman que Corine n’était pas là. A l’époque, on dormait ensemble dans le même grand lit et, cette nuit-là, elle n’était pas rentrée. J’ai encore l’image de ma mère en pyjama dont les traits se décomposent à l’idée qu’il pouvait être arrivé quelque chose à ma sœur. Corine était une personne fort attentionnée et prévoyante. Elle pensait beaucoup au confort moral de ceux qu’elle aimait. Impossible qu’elle disparaisse sans prévenir. Maman a tout de suite pensé que quelque chose de grave avait dû arriver. Je l’ai très fort ressenti. A 8 ans, on comprend tout de même beaucoup de choses, sauf peut-être la mort. La disparition à tout jamais d’un être aimé, on ne s’imagine pas très bien ce que cela représente. Il m’a fallu du temps pour intégrer ce concept…

 

Dans votre univers d’enfant, Corine était quelqu’un d’important…

 

Quelqu’un d’essentiel. Elle avait neuf ans de plus que moi. Ce n’était pas qu’une sœur, il y avait aussi quelque chose de maternel dans son attitude. Ce sentiment protecteur, je le ressentais d’autant plus que mes parents travaillaient beaucoup. Corine était une ancre, un repère. Un élément solide dans un environnement qui se fragilisait déjà avant sa disparition. A cette époque, mes parents étaient en instance de divorce, leur séparation était déjà annoncée. Et puis, il y a eu Corine. Dans les premiers jours qui ont suivi sa disparition, on m’a mise à l’écart pour me protéger. J’ai été trimballée à droite et à gauche. Je me vois revenir à la maison… Ce n’était plus ma maison. Il y avait beaucoup de monde, des gens partout, la police. Mon frère aîné ne m’avait jamais semblé aussi froid. Tétanisé. En état de choc. De nous tous, il était la personne la plus proche de ma sœur. Mon père et ma mère m’attendaient dans le salon. Je vois encore leur tête, j’entends encore leurs mots. Ils m’ont dit : « Il est arrivé quelque chose de très grave ». Je n’ai pas compris. J’ai cru que ma sœur était à l’hôpital et qu’il fallait partir pour aller la voir. Et puis, mon père m’a dit : « Ils l’ont tuée ». Ce moment a bouleversé ma vie. Pour très longtemps, sans doute pour toujours.

 

De quelle manière ?

 

J’ai trop bien perçu que tout pouvait s’écrouler. Très vite. Le temps d’un souffle. Que tout était fragile. Cela a débouché sur un sentiment de peur permanente, sur des crises d’angoisse qu’aujourd’hui seulement – à 23 ans et après des visites chez un psy – je commence à mieux gérer. Pendant tout un temps aussi, j’ai voulu croire que Corine reviendrait. Même si j’avais assisté à son enterrement, je rêvais qu’elle réapparaissait… Bien sûr, elle n’est jamais revenue et, désormais, j’étais seule dans mon lit. Mes parents ne vivaient plus ensemble. Mon père s’est lancé dans un combat admirable, mais cela le prenait entièrement. Mon frère est parti vivre avec lui. Il n’était plus le même. Traumatisé, lui aussi, il s’était refermé comme une huître. Avec le temps, il a magnifiquement remonté la pente, réussissant sa vie de famille, sa carrière. C’est un exemple pour moi. Mais aujourd’hui encore, il ne veut pas parler de ce drame qui a bouleversé notre vie. Ma mère, bien sûr, était envahie par une souffrance indicible. Elle aurait pu être noyée dans cette douleur, mais elle n’a jamais baissé les bras. Bref, après la disparition de ma sœur, il ne restait que des ruines du bonheur passé. Il a fallu des années pour que l’on reprenne pied. Pendant l’adolescence, ce vécu m’a obsédé. Je dormais mal. C’est alors que j’ai découvert par moi-même la signification des mots que je ne comprenais pas quand j’étais petite : viol, séquestration, torture. Mort. Je me suis enfermée dans un monde très macabre, sombre et sans espoir. Je faisais des cauchemars : les visages de Muselle et Bourgard que j’avais vus dans les journaux, l’impression trop réelle d’être pourchassée, d’être une proie dans un bois. Pendant toute une période, quand je rentrais dans une pièce, je cherchais immédiatement par où il était possible de m’enfuir si nécessaire. Que pouvais-je prendre en main pour me défendre ?, etc. Aujourd’hui, cela va beaucoup mieux.

 

Et voilà que Muselle demande sa libération. Vous réagissez comment ?

 

Je voudrais d’abord m’inquiéter de la manière dont on a rapporté les propos de mon père sur cette question.

 

Il a dit qu’il était « favorable » à cette libération conditionnelle, sous réserve d’une expertise psychiatrique préalable du meurtrier, non ?

 

Ce n’est pas tout à fait cela. Mon père prend acte de la situation : il sait que, vu la législation actuelle, Muselle sortira tôt et ou tard. Il n’est pas « favorable » ; il admet simplement que la décision est du ressort du tribunal parce qu’il respecte les institutions.

 

Quel est alors son avis ?

 

Je doute qu’il se réjouisse à l’idée qu’un personnage pareil, même s’il exprime des regrets depuis peu, se retrouve dans la nature. Cela étant, je ne veux pas parler à la place de mon père. (N.d.l.r. : lire plus bas l’interview de Jean-Pierre Malmendier).

 

Parlons alors de votre avis sur la question de la libération de Muselle ?

 

Pour moi, c’est évident, Muselle ne devrait jamais sortir de prison. Rien que d’imaginer qu’il puisse être libéré, je recommence à angoisser, à faire des cauchemars. S’il sort, il me faudra une aide psychologique que je ne peux pas me payer en ce moment. Je ne suis pas prête ! Au-delà de mon cas, je trouve qu’une libération après quinze ans, alors qu’il a été condamné à la perpétuité, serait amorale, totalement injuste. La vie de ma sœur, il l’a prise à tout jamais. Je ne suis pas partisane de la peine de mort, cela n’a pas de sens d’ajouter de la mort à la mort. Par contre, je trouve indispensable que la sanction soit réelle et proportionnée. Il n’y a aucun esprit de vengeance dans ce que je dis. Je pense simplement qu’il n’y a rien qui justifie que l’on prenne le risque de remettre ce prédateur en situation d’être à nouveau dangereux pour la société.

 

Au moment de son procès, les experts psychiatres ont dit de Muselle qu’il avait tous les traits de caractère correspondant à ceux d’une « personnalité antisociale ». La littérature scientifique est peu rassurante sur les capacités d’évolution et de non-récidive de ce type de personnage…

 

C’est bien pour cela que mon père a demandé au tribunal de le faire encore examiner par des psys avant de prendre une éventuelle décision de libération conditionnelle. Mais c’est désormais la responsabilité des magistrats. Ils devront assumer leur décision si cela tournait mal. En tant que victime, on nous permet de donner un avis. Pour le reste, on est impuissants. Tout ce que je peux faire, c’est témoigner de mon inquiétude. Rappeler aussi que Muselle avait déjà été condamné à une lourde peine avant de tuer ma sœur et son ami. Par conséquent, on ne lui donnerait pas une seconde chance en le libérant, mais une troisième ! Ma sœur, elle, n’a pas eu de seconde chance. Quoique ce gars fasse, il n’y a rien de rattrapable. Il ne suffit pas de dire, quinze ans après : « J’avoue et je regrette ». Même si c’est sincère, ce qui est loin d’être garanti !

 

Pourquoi ?

 

Cet homme a été décrit par les experts comme extrêmement manipulateur. Peut-être que la seule chose qu’il regrette, c’est d’être encore derrière des barreaux et ne pouvoir entamer une nouvelle vie avec son amie qui l’attend à l’extérieur. Alors, pourquoi ne pas dire aux familles des victimes ce qu’elles attendent, si c’est le prix à payer pour sortir plus vite ? Pendant le procès, je sais que cet homme a regardé mon père droit dans les yeux en lui prétendant qu’il était totalement innocent de l’assassinat de ma sœur. Sa conviction était aussi grande que celle avec laquelle il exprime ses regrets actuels. Aujourd’hui, cela ne lui coûte plus rien d’avouer. Par contre, il sait très bien que cela peut lui rapporter.

 

Evoquant sa rencontre avec Muselle, il y a trois mois, votre père a déclaré à un confrère : « Il n’y a pas deux sortes d’êtres humains : d’un côté, les victimes ; de l’autre, les criminels. Cette rencontre m’a permis de voir Muselle sous un autre jour. Il regrette et je le crois sincère ». Un commentaire ?

 

Muselle était présent lors de la récente audience du tribunal d’application des peines  à Arlon. L’apercevant, je me suis dit que je n’avais jamais vu des traits pareils. Il était terriblement accablé, vieilli, usé. S’il ne regrette pas vraiment, ce serait une comédie, comment dirais-je, vraiment monstrueuse ! Je compte le rencontrer moi-même pour me faire une idée. Je voudrais qu’il me fasse alors des aveux complets, parce qu’il n’a pas encore tout dit sur ce qu’il a infligé à Corine. Je n’ai pas envie de donner de détails, mais il n’a pas tout raconté à mon père. Je veux aussi qu’il assume ses responsabilités.

 

Qu’entendez-vous par là ?

 

Je sais qu’il a dit à mon père qu’au moment de commettre ses viols et ses meurtres, il n’était pas lui-même. Qu’il était habité par le diable. C’est de la foutaise ! Il est l’auteur de ce qu’il a fait. « Le diable », c’est encore une manière de fuir ses responsabilités, après avoir nié pendant des années. C’est une façon de dire qu’il n’en peut rien, qu’il ne comprend pas ce qui lui est arrivé… Quand j’entends cela, je crains que « le diable » décide de lui rendre encore visite après sa sortie de prison.

 

On laisse entendre que tout ne s’est pas très bien passé à Arlon lorsque vous avez dû donner votre avis aux magistrats du tribunal d’application des peines…

 

En soi, c’était déjà une épreuve de me rendre en un tel lieu, dix jours à peine après avoir reçu une lettre annonçant que ce meurtrier pourrait éventuellement être libéré à plus ou moins court terme. J’ai préparé un texte, je l’ai raboté jusqu’à ce qu’il représente sept minutes de parole. Durant l’audience, j’ai dû insister à trois reprises pour aller au bout. Je prenais enfin la parole après quinze ans de silence mais, pour l’une des magistrates présentes à l’audience, ce n’était pas assez rapide. Pour avoir suivi de près le combat de papa, je savais que les victimes sont un peu dérangeantes dans le processus judiciaire. Là, j’en ai eu un aperçu concret.

 

Que pensez-vous du combat mené depuis des années par votre père ?

 

Il a tout sacrifié pour aller au bout de ses idées. Je me demande où il va puiser cette énergie qui lui permet de ne jamais s’arrêter. On lui a parfois fermé des portes, il a été critiqué, mais il est toujours resté debout. Il a une faculté incroyable de toujours garder son calme et de tenir un discours positif. J’admire son combat. Je l’admire en tant qu’homme. Je suis fière d’être sa fille.

 

Mortelle randonnée

Muselle et Bourgard font connaissance dans l’appartement d’une toxicomane verviétoise et, dès le lendemain de cette rencontre, le samedi 11 juillet 1992 à l’aube, ils agressent le veilleur de nuit d’une maison de passe à Angleur, lui volant son portefeuille et la recette. Deux jours plus tard, sur un parking d’autoroute à Eysden, ils donnent plusieurs coups de couteau à un livreur de journaux pour lui voler son portefeuille.

 

Le 14 juillet, le duo braque une station-service à Jemeppe. L’exploitant se rend compte que l’arme n’est qu’un pistolet d’alarme et demande aux deux agresseurs de s’en aller. Thierry Bourgard saute par-dessus le comptoir et assène de violents coups sur la tête du pompiste au point de briser son arme, puis, après avoir reçu un jet de bombe lacrymogène, lui porte trois coups de poignard et s’enfuit.

 

Le 15 juillet, les prédateurs décident de se procurer une voiture et une arme. Dans une armurerie liégeoise, ils achètent un riot-gun, une boîte de cartouches et une grenade factice, puis s’arrêtent sur une aire de repos de l’autoroute E42, à hauteur de Liège. Dans l’habitacle d’une Passat, deux jeunes étudiants de Plombières, Corine Malmendier (17 ans) et Marc Kistermann (21 ans), les voient venir vers eux et sont séquestrés. Muselle et Bourgard les forcent à quitter l’autoroute E42 pour celle des Ardennes. Ils sortent à Lierneux. Corine est violée, puis abattue de deux balles de riot-gun dans le dos. Marc est tué de la même manière.

 

Leurs corps ne seront retrouvés que le 22 juillet, le long d’une route, à 3 km de la sortie de Lierneux. Le 16 juillet, en début d’après-midi, à Angleur, Bourgard et Muselle surgissent dans la propriété d’une dame qui parvient à s’enfuir en hurlant. Quelques heures plus tard, sur les hauteurs de Verviers, à Ensival, ils agressent les deux passagers d’une Ford Escort au moment où ceux-ci regagnent leur véhicule. Le conducteur, Lucien Schmitz (36 ans), est enfermé dans le coffre tandis que sa compagne prend place dans l’habitacle. La voiture prend une nouvelle fois la direction de Lierneux avant de s’enfoncer dans les bois. La passagère est violée. Le conducteur sera tué : quatorze coups de couteau.

 

Au cours de la même soirée, Thierry Muselle et Thierry Bourgard braquent une station-service à Neupré. Muselle est arrêté le samedi 18 juillet à Angleur. Le lendemain, Thierry Bourgard, accompagné de ses parents, se présente à la prison de Verviers. A l’époque des faits, ce dernier était en congé pénitentiaire et Muselle en… liberté conditionnelle. Celui qui exprime aujourd’hui des regrets a eu, en effet, des démêlés avec la justice depuis son adolescence.

 

En octobre 1982, à 19 ans, une première peine de deux mois sanctionne deux vols. Deux ans plus tard, le tribunal correctionnel de Liège prononce une peine de deux ans, avec sursis pour la moitié, pour vols, recels et faux. Mais surtout, en novembre 1984, la cour d’appel de Liège le condamne à dix ans pour homicide involontaire, viol sur une mineure de plus de 16 ans et non-assistance à personne en danger. La petite amie de l’époque de Thierry Muselle, âgée de 16 ans, était morte des suites d’une overdose alors qu’elle inhalait du Sassi en compagnie de Muselle et d’un autre homme. Constatant son décès, Muselle et son complice avaient décidé d’abandonner le corps de la jeune fille dans les bois de Seraing… Avant de participer aux recherches aux côtés des parents de l’adolescente.

 

Lors des deux procès qui ont suivi la meurtrière randonnée de 1992, le collège d’experts psychiatres et de psychologues avait exclu une application de la loi de défense sociale ou toute atténuation de responsabilité pour Bourgard et Muselle en dépit de la drogue qu’ils avaient consommée pendant les faits. Il concluait que ces deux « personnalités antisociales », faisant preuve d’un « égoïsme forcené » et d’une « absence d’altruisme », représentaient un « risque majeur pour la société ».

 

Entretien réalisé en collaboration avec mon confrère Olivier Mukuna et publiée dans La Libre Match du 21 septembre 2007.

Jean-Pierre Malmendier

 

« Je ne ressens aucune clémence pour ces individus »

 

Fin septembre, le tribunal d’application des peines d’Arlon devrait se prononcer sur l’éventuelle libération conditionnelle de Thierry Muselle. Une attente difficile pour Jean-Pierre Malmendier. Légaliste, le père de Corine s’en remet à la clairvoyance de la justice. Mais reste circonspect quant à la « sincérité » des regrets tardifs émis par l’assassin de sa fille. Mise au point avec l’ex-sénateur MR sur la lente évolution du droit des victimes.

 

Certains médias ont laissé entendre que vous seriez « favorable » à la libération conditionnelle de Thierry Muselle…

 

Que je sois favorable ou non à sa libération ne change rien. C’est le tribunal d’application des peines qui décidera.

 

Quel est votre point de vue ?

 

Si le tribunal décide de le libérer, je veux avoir le maximum de garanties possibles. Et il en va de la responsabilité des magistrats de prendre celles-ci… La principale d’entre elles, c’est une expertise psychiatrique approfondie. J’attends que soit soumis aux juges un rapport d’expertise fouillé à partir duquel ils pourront rendre leur décision.

 

Les assassins de Corine ont été décrits comme des personnalités antisociales, voire psychopathes …

 

« Psychopathe » est un terme un peu générique qui englobe tellement de choses. Je n’ai aucune qualification pour définir ce qu’ils sont. Par contre, j’aimerais que leurs personnalités ne présentent plus les mêmes caractéristiques que lorsqu’ils sont entrés en prison. Qu’il y ait une amélioration et des chances, plus que raisonnables, de voir réussir la réinsertion prévue !

 

Si la décision d’accorder cette libération vous revenait, que souhaiteriez-vous ?

 

Si la décision ne dépendait que de moi ? Muselle resterait en prison jusqu’à la fin de ses jours ! Je ne ressens aucune clémence envers ces individus. A lire certains journaux, on pourrait penser que je suis favorable à leur libération. Ce n’est pas le cas, mais je n’ai aucune influence sur la décision du tribunal. Je n’ai aucun outil pour mesurer les possibilités de succès de leur réintégration sociale. Après mon entretien avec Muselle, mon impression a été positive. Il reconnaît les faits, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. Il m’a dit que c’était irréparable… Il allait peut-être me demander pardon, mais j’ai pris les devants en lui signalant d’emblée que ce qu’il avait commis était impardonnable. Sur cette base, on peut croire qu’il regrette, mais il ne faut pas oublier à qui on a affaire : un manipulateur et une personne qui résiste très peu à la frustration. 

 

Muselle a-t-il adopté ce comportement dans le seul objectif d’obtenir sa libération conditionnelle ?

 

C’est possible. Je l’ignore …

 

En marge de l’« affaire Aït Oud », un psychiatre nous disait que ce type de personnalité antisociale n’évolue pas : il reste tel quel toute sa vie…

 

Je le crains… J’ai tendance à partager cet avis, mais je n’ai aucune qualification pour en parler. Raison pour laquelle je renvoie ce problème aux experts psychiatres. 

 

Aujourd’hui, la victime peut s’exprimer. Est-ce

suffisant ?

 

Non, il en faudrait davantage. Concernant le droit des victimes, il y a eu des avancées. Puisque nous venions de nulle part, ce qu’on a obtenu n’est pas mal du tout. Avant, on octroyait à la victime une certaine somme censée réparer le préjudice et puis, basta ! Aujourd’hui, la victime bénéficie d’un accueil dans les palais de justice et d’une proximité de la part des assistantes de justice durant un procès d’assises. C’est le cas au parquet d’Arlon, mais pas encore dans tout le pays. En revanche, une fois que le verdict est tombé, la victime n’est plus tenue au courant. Jusqu’au jour où elle reçoit un pli judiciaire lui signalant que Monsieur X est admissible à la libération conditionnelle. La lettre précise aussi que vous pouvez vous exprimer par rapport aux conditions que vous souhaitez voir imposées au libérable dans votre propre intérêt… Moi, j’ai eu le triste privilège de me battre pendant des années et de rencontrer des personnes qui m’ont humainement soutenu. Ce qui m’a permis d’aborder cette nouvelle avec une relative sérénité. Mais la plupart des gens concernés n’y entendent rien ! Ils reçoivent un pli judiciaire les informant de l’examen de la libération de celui qui a tué leur proche. Eh bien, ils disent « Non ! » Il est indispensable qu’il y ait un meilleur accompagnement des victimes durant l’accomplissement des peines. Une aide qui prépare non seulement à la sortie du criminel, mais surtout à aider les victimes à reprendre pied, le plus sereinement possible, dans la société. Au long de ces quinze années, j’ai connu plusieurs victimes qui sont mortes d’alcoolisme ou du cancer, d’autres qui souffrent de maladies psychosomatiques ou sont devenus dépendantes aux médicaments…

 

Vous critiquez aussi le fonctionnement des SAV (Services d’Aide aux Victimes)…

 

Organisées par les Communautés, les asbl d’aide aux victimes évoluent. Mais je souhaiterais que le personnel qui y travaille soit mieux formé. Je ne leur en veux pas, ils sont généralement de bonne volonté. La victimologie est une matière spécifique qui nécessite un véritable approfondissement de la compréhension de la victime. Parmi les personnels des SAV, certains suivent les cours de l’Institut belge de victimologie, un institut privé dont le minerval s’élève à 1 700 euros par an. C’est donc peu accessible et je plaide pour que cette formation soit prise en charge par les pouvoirs publics. 

 

En matière d’accès au dossier, les choses n’ont-

elles pas évolué favorablement pour la victime ?

 

Oui, le « petit Franchimont » a ouvert des portes essentielles. Néanmoins, la consultation d’un dossier requiert matériellement l’aide d’un avocat. Selon le conseil que vous choisirez, cela aboutira vite à débourser une petite fortune ! Depuis 2000, la loi que j’ai fait passer permet à certaines catégories de victimes d’obtenir une copie gratuite du dossier. Il s’agit principalement de parents d’enfants concernés par un acte criminel. Cet accès à l’entièreté de la copie du dossier est donc gratuit, mais la procédure pour l’obtenir reste payante via les services d’un avocat. Je pense qu’il y a là une belle mission pour les associations d’aide aux victimes. Il ne s’agit pas de prendre le pain de la bouche des avocats, mais de rendre accessible un droit. Disposer d’un droit qu’on ne peut finalement pas se payer, cela n’a aucun sens …

 

Vous êtes aussi à l’origine d’une autre évolution positive concernant les soins…

 

Ce fut un succès presque inespéré ! La loi prévoit désormais que les soins soient entièrement remboursés à la victime qui en fait la demande. Sans aucune limite de montant ni de temps. Une victime d’un acte intentionnel de violence qui a besoin de soins jusqu’à la fin de ses jours devra être intégralement remboursée. Maintenant, il ne faudrait surtout pas négliger les soins psychologiques. Si vous laissez quelqu’un s’enfoncer dans son traumatisme, qu’il soit physique ou psychique, il ne faut pas s’attendre à ce que cette personne soit sereine lorsque, dix ou quinze ans plus tard, vous lui annoncez : « Le gars qui t’a fait ça, on va lui donner une seconde chance » … 

 

Laurette Onkelinx avait le projet de « mutualiser » les frais de Justice. Qu’en pensez-vous ?

 

J’avais déposé une proposition de loi qui organisait l’intervention de l’assurance familiale à raison de 3 millions dans le cas d’une atteinte à la personne… Laurette Onkelinx, elle, voulait une mutualisation pour tout, tant au pénal qu’au civil. Ce qui, à mon sens, ressemblait plus à un attrape-nigaud qu’à une réelle justice accessible. En résumé, vous aviez des « chèques-justice » qui vous permettaient de vous constituer partie civile et d’avoir deux ou trois consultations avec votre avocat. Après cela, le chèque était épuisé et vous deviez y aller de votre poche ! Certaines personnes se seraient laissé entraîner par l’illusion de ces chèques et se seraient retrouvées coincées à mi-parcours en devant payer des sommes importantes. Finalement, aucun des projets n’a été retenu. Rien n’a bougé …

Vous n’êtes plus sénateur. Que faites-vous à présent ?

 

Il me reste pas mal de boulot pour faire fonctionner ce que je suis parvenu à faire voter. Sur un plan plus privé, je continue à m’occuper de victimes en lien avec l’asbl Marc et Corine. Au MR, je vais remplir une fonction de consultant pour avancer dans le même domaine, mais en l’élargissant aux victimes d’erreurs médicales, d’accidents de la route ou de catastrophes naturelles et techniques.

 

Que pensez-vous de l’« affaire Maddie » ? Les parents sont désormais soupçonnés d’avoir tué leur fille et d’avoir fait disparaître son cadavre…

 

Dans cette affaire, j’estime que le relevé des traces de sang vient un peu tard. Pourquoi cela n’a-t-il pas été réalisé au lendemain de la disparition ? La première chose à faire est de sécuriser les lieux où il était possible de retrouver des traces, notamment la chambre de l’enfant ! Lorsque vous rencontrez des lacunes dans le démarrage d’une enquête, finalement, quelqu’un doit porter le chapeau. En général, ce sont les victimes proches… En dirigeant la suspicion vers les parents McCann, je me demande si la police portugaise n’essaie pas de faire diversion sur son incapacité ou sur l’impossibilité de trouver une réponse.

 

Votre combat a-t-il davantage progressé en tant que politique que comme citoyen engagé dans l’asbl Marc et Corine ?

 

Oui. D’ailleurs, malgré nos différends, je suis rassuré du fait que Carine Russo se soit aussi engagée en politique. Je n’y suis plus, mais il y a quelqu’un qui peut prendre la relève. C’est important parce qu’il s’agit d’une présence dans la conscience des autres parlementaires. Votre parole n’est pas perçue sur le plan de la philosophie politique, mais sur un plan humain. Je ne dis pas que toutes les victimes doivent faire de la politique, mais il est vrai que ça fait avancer les choses plus vite. Par exemple, au départ, au Sénat, tout le monde était contre la gratuité des soins dont je vous ai parlé  et puis, grâce à mon argumentation, le vote a été unanimement favorable. Mais la proposition n’était pas encore passée par la Chambre en fin de législature. Elu député lors de la suivante, j’ai donc recommencé mon plaidoyer. En commission, beaucoup craignaient l’impact budgétaire de la proposition et semblaient s’y opposer. Le jour du vote, elle a été acceptée à l’unanimité ! Un autre parlementaire n’aurait peut-être pas eu la force de persuasion qui a été la mienne à ce moment-là. Sur le plan humain, je crois aussi qu’il était impossible de voter contre…

 

Dans le champ politique, avez-vous le sentiment que cela reste une priorité de préserver la société d’assassins tels que Bourgard, Muselle, Dutroux ou Fourniret ?

 

A la suite de l’« affaire Dutroux », des choses concrètes ont quand même été mises en place, dont la Cellule nationale des disparitions d’enfants. Par contre, il y a aussi eu des aspects négatifs comme la création de Child Focus afin de neutraliser l’asbl Marc et Corine. Cet organisme a été la réponse dont Jean-Luc Dehaene avait besoin pour dire : « Je m’en occupe ! » Face à toutes les interpellations, il avait cette réponse : Child Focus ! L’asbl Marc et Corine était devenue un tel groupe de pression qu’elle est apparue insupportable sur le plan politique. On avait sorti une pétition – signée par 2700.000 concitoyens – rapidement appelée : « Pétition pour des peines incompressibles ». Or, si on lit le texte, nous disions que nous approuvions la suppression de la peine de mort ainsi que son remplacement par des peines pédagogiques, dont les peines incompressibles. Celles-ci étant destinées à signaler aux victimes que la gravité des faits avait été prise en compte. L’instauration des peines incompressibles était donc un aspect de notre pétition, mais beaucoup ont préféré faire le raccourci. Aujourd’hui, je reste un défenseur des peines incompressibles, y compris de la perpétuité effective pour les cas extrêmes tant que ne seront pas mis en place les outils et les moyens nécessaires à un bon accompagnement des victimes durant l’exécution de la peine. Sur ces questions, si la pression citoyenne est démobilisée, le politique ne va pas se fatiguer…

 

Pendant ces quinze années de combat pour les victimes, à quoi vous êtes-vous raccroché dans les moments de doute ou de déprime ?

 

Au souvenir de Marc et Corine. Celui-ci a toujours énormément de valeur. Il est également important de transmettre un témoignage à mes deux autres enfants. Leur montrer qu’il y a des choses vraiment importantes dans la vie… Quand François Kistermann a lancé l’asbl Marc et Corine avec moi, on avait zéro moyens et que des dettes ! J’ai dit aux autres personnes du conseil d’administration : « Tout dépendra de l’intensité de la volonté avec laquelle on veut atteindre nos objectifs ». Cela ne s’est jamais démenti… Le but ultime est d’arriver à une société où chacun est considéré comme un être humain et qu’on arrête de nous leurrer avec des beaux principes qui cachent, en réalité, des considérations bassement matérielles, financières, politiques voire démagogiques.

 

 

Marc Nève : « En quinze ans, Muselle a beaucoup évolué »

Avocat réputé au barreau de Liège, Me Marc Nève est le conseil de Thierry Muselle depuis quinze ans. Il tient à préciser que son client « n’a pas demandé sa remise en liberté comme l’ont résumé un peu vite certains médias. En fait, la procédure d’examen de son éventuelle libération conditionnelle s’est enclenchée automatiquement après quatorze ans de détention. C’est la loi qui trouve ici à s’appliquer, ni plus ni moins. Cela dit, il est exact que Thierry Muselle se dit prêt à sortir, à entamer une vie respectable. En quinze ans, cet homme a beaucoup évolué. Je crois aussi à la sincérité des regrets qu’il exprime et dont il a fait part personnellement au papa de Corine Malmendier. »

15:32 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

24/09/2007

Philippe Van Cauwenberghe (280607)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 28 juin 2007

 

Philippe Van Cauwenberghe : «Je

n’ai pas dit mon dernier mot » 

 

pxy_17266578_12550641_256Ces derniers jours, Philippe Van Cauwenberghe (33 ans), le fils de Jean-Claude, était à la croisée des chemins. Soit il acceptait d’être écarté de toutes responsabilités au sein du futur collège CDH-PS-MR qui dirigera la ville de Charleroi. Soit il refusait cette éviction réclamée par le CDH – qui lui reproche d’être inculpé dans le cadre d’une affaire portant sur une querelle de colleurs d’affiche lors de la campagne électorale pour les communales – et il risquait de provoquer une crise de plus. Enorme. De nature à rendre la première cité de Wallonie ingouvernable et à forcer l’organisation de nouvelles élections communales. Confronté à ce dilemme, à cette « injustice » préfère dire l’intéressé, Van Cau Jr avait choisi l’option du bras de fer avec Jean-Jacques Viseur, mais les élus socialistes de Charleroi, d’abord solidaires, ont finalement choisi de ne pas le suivre. Une nouvelle majorité se mettra donc en place. Sans lui. Dans l’entretien qu’il a accordé à La Libre Match, «le petit du crocodile» démontre que sa carapace est déjà relativement épaisse et que ses dents sont aussi aiguisées que celles de son célèbre paternel. Et il accuse : «J’ai découvert une capacité de duplicité extraordinaire de la part du CDH et, en particulier, de Jean-Jacques Viseur». Ou encore à propos de son propre parti : «Les élus socialistes qui désiraient me soutenir ont été véritablement mis sous pression. Le jeu démocratique n’a pas été respecté». Philippe parle aussi Jean-Claude, son père. Lui-même au centre de la tourmente depuis deux ans...

 

 

- La Libre Match. Comment vivez-vous cette période pour le moins troublée de votre jeune carrière politique ?

 

- Je reste serein et combatif. En ce moment, c'est moi qui remonte le moral de mes collaborateurs ! J'ai déjà reçu pas de mal de coups et, paradoxalement, j'ai l'impression que, chaque fois, j'en sors renforcé...

Cette fois, votre avenir politique immédiat est en jeu. Ce ne doit pas être évident… L'incertitude dans laquelle j’ai été plongé ces derniers jours n’était certainement pas agréable à vivre, c'est exact.  Beaucoup de choses se sont passées en coulisses. C'est une situation dans laquelle on ne sait pas vraiment comment il faut agir, contre qui il faut se battre.

Jusqu’il y a peu, vos alliés du CDH à Charleroi n'exigeaient pas votre départ du collège. Jean-Jacques Viseur vous avait même soutenu dans les heures qui avaient suivi votre inculpation.

 

- Comment décodez-vous son changement d'attitude ?

 

- J’ai découvert une capacité de duplicité extraordinaire de la part du CDH et, en particulier, de Jean-Jacques Viseur. C’est blanc et, du jour au lendemain, cela devient noir. Quand on s’est installé au collège, il y a six mois, tout était magnifique. On était les meilleurs, on allait marcher la main dans la main. Le grand amour ! Et puis, voilà... A vrai dire, je suis particulièrement écœuré. Très déçu. Peut-être que Viseur a découvert en moi un gros défaut : je ne suis pas quelqu’un qui se laisse faire ! Il pensait peut-être que je n’étais qu’un «fils de», comme on m’a déjà qualifié, mais j’ai ma personnalité. L’un de mes traits de caractère, c’est d’être très combatif. Comme les joueurs de foot anglais, je joue toujours jusqu’à la dernière minute !

 

- Si, par extraordinaire, le PS avait pu peser sur le CDH pour qu’il modifie sa position à votre égard, vous auriez été contraint de retravailler avec Jean-Jacques Viseur...

 

- Cela ne fait pas si longtemps que je fais de la politique, mais j’ai compris que, dans cette profession, on pouvait quasiment s’insulter à l’occasion de certaines périodes tendues... Et ensuite s’embrasser sur la bouche.

Pas de regret de vous être lancé dans une carrière politique?

Certainement pas. D’ailleurs, j’ai toujours baigné dans ce milieu. Quand j’étais petit, je suivais déjà papa dans les meetings et j’ai toujours été affilié au parti socialiste. A 20 ans, c’est vrai, je ne pensais pas vraiment à m’engager. Je sortais beaucoup... Et puis, vers 25 ans, lorsque je suis venu m’installer à Montignies-sur-Sambre,  la volonté de me rendre utile dans une carrière politique locale s’est littéralement imposée à moi. J’ai le goût des autres et de la proximité. Dans cette commune, les gens n’avaient plus d’échevin, plus de vrais relais. Cela m’a donné des ailes. Je me suis aussi investi dans le monde associatif, dans le syndicat d’initiative. Cet engagement est devenu ma vie. Cela me plaît. Pas rien qu’à moi d’ailleurs si j’en juge par les 3 140 voix de préférence que j’ai obtenues lors des communales. Après tout ce que l’on a vécu, après tout ce que l’on a dit sur mon père, c’était tout de même un bon score !

 

- Votre père s’est indigné parce que  M. Viseur devient bourgmestre alors qu’il n’a recueilli que 762 voix de préférence. On peut supposer que vous partagez ce point de vue ?

 

- Il n’y a pas que mon père qui soit choqué par cet aspect de l’accord de majorité. Je suis convaincu qu’il choque aussi beaucoup l’opinion publique. Il ne faut pas être dupe : le CDH a profité d’un moment-clé pour exercer un chantage dont la portée allait au-delà de Charleroi : si le PS ne suivait pas ce que les humanistes voulaient pour la ville, ils ne votaient pas les modifications du décret Courard à Namur... C’était du donnant-donnant. Quant à la volonté de l’électeur de Charleroi dans tout cela... Moi, on me demandait de faire hara-kiri pour tout le monde ! Je n’avais pas du tout envie d’accepter cette profonde injustice.

 

- Les élus socialistes au conseil communal ne vous ont pas suivi. Vous ne serez donc plus échevin et la nouvelle majorité va pouvoir se mettre en marche... 

 

- Pourtant,  le 21 juin dernier, au sortir d’une première réunion de crise, je disposais du soutien à la quasi unanimité des conseillers communaux de mon groupe politique. Dans les jours qui ont suivi, la donne a changé parce que les élus socialistes qui désiraient me soutenir ont véritablement été mis sous pression. Le jeu démocratique n’a pas été respecté. Avec le soutien du boulevard de l’Empereur, Paul Magnette a utilisé une méthode de travail que je conteste.  La décision de me sacrifier sur l’autel de la nouvelle majorité n’a pas été acquise par le vote d’une assemblée : c’est le fruit de réunions en tête à tête de l’informateur avec chacun des conseillers socialistes. Certains d’entre eux qui étaient réticents se sont vus menacer de rétorsions s’ils restaient solidaires avec moi. Par exemple d’être privés de certains mandats dans des intercommunales, des choses de ce genre-là. Je ne peux en vouloir à mes amis. Ce qu’ils m’ont raconté est éloquent. J’en ai vu qui pleuraient... 

 

- Dans cette période tourmentée, votre père vous conseille ?

 

- Pour l’instant, vu l’injustice dont je suis la victime, il est exact qu’il me donne des conseils. Cela dit, si je suis fier de m’appeler Van Cauwenberghe, ces six derniers mois, j’ai décidé de casser cette image de «fils de» en travaillant énormément et en étant parfaitement autonome. Quand mon père allait quelque part, je n’y allais pas. J’ai décidé de me démarquer, de la jouer en solo. Il m’arrive de lui donner tort dans des réunions internes du parti socialiste.

 

- Vous n’êtes donc pas « papa m’a dit » ?

 

- Pas du tout. Si je fais de la politique, ce n’est pas à l’initiative de mon père. Bien au contraire ! Quand j’ai eu ce projet-là, il a d’abord insisté sur les désavantages du métier. Je ne serais jamais chez moi, je verrais peu mes enfants... Des choses comme cela. Mais en tant que « fils de », il ne m’apprenait rien !

 

- Vous perdez votre poste d’échevin. Qu’allez-vous devenir?

 

- Je suis demandeur d’emploi. Ce n’est pas avec ce que gagne un conseiller communal que je rembourserai l’emprunt de ma maison.

 

- Vous abandonnez la politique ?

 

- Certainement pas. Je n’ai que 33 ans. Des gens m’ont fait confiance en votant pour moi. Pas question de les décevoir. Je ne considère pas que j’ai dit mon dernier mot. Par exemple, il faut envisager que je pourrais obtenir un non-lieu de la justice pendant la législature en cours. Une fois blanchi, je pourrais briguer à nouveau le poste d’échevin dont on m’a privé. Certaines personnes me disent de patienter ; que je reviendrai plus  fort dans quelque temps...

 

- Vous avez quel bagage scolaire ?

 

-Je suis gradué en marketing de l’ISEC. J’ai aussi vécu un an aux Etats-Unis où j’ai appris à m’exprimer en anglais et où j’ai réussi l’examen permettant aux étudiants étrangers d’entrer dans les universités américaines. C’est pour cela que, dans mes compétences d’échevin, j’avais les relations internationales. Au moins, dans le collège, quelqu’un savait s’exprimer en anglais...

 

-Vous avez l’ambition de devenir un jour bourgmestre de Charleroi ?

- Honnêtement, pas pour l’instant. De toute façon, dans une carrière politique, ici peut-être plus qu’ailleurs encore, il est difficile de faire des prévisions...

 

- Une future carrière au fédéral ou au niveau régional ?

 

- Certains ont laissé entendre qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour moi, que si cela n’allait pas bien à Charleroi, je serais sur la liste lors des prochaines élections régionales. C’est bien gentil, mais cela ne m’intéresse pas. Je veux faire de la politique au plan local. Je veux réaliser des choses très concrètes, dont je peux apprécier la portée.

 

- Quoi qu’il arrive, on vous retrouvera donc comme candidat aux prochaines communales ?

 

- Il faut évidemment que je sois sur les listes... Bon, je ne crois pas qu’on me ferait un croche- pied pareil !

 

- Et si...

 

- Alors là, je ferais une liste moi-même sur mon nom et ce serait réglé. Mais, encore une fois, je ne crois pas qu’on puisse en arriver là. Par contre, il n’est pas impossible qu’à un certain moment, je sois à la tête d’un groupe, dans le parti, qui ne serait pas content de la manière dont la crise aura été gérée à Charleroi...

 

- Votre père a mené une carrière politique bien remplie et on dit qu’il est loin d’être sur la paille. Pourquoi, alors qu’il est l’objet de tellement de critiques, n’envoie-t-il pas tout balader pour aller profiter de la vie dans sa maison du sud de la France ou ailleurs ?

 

- Je crois qu’il a une mentalité de crocodile : «J’y suis, j’y reste»! Charleroi, c’est son pays. Quand j’ai commencé en politique, il m’a donné un conseil : «Si tu reçois un coup de couteau dans le dos, tu dois te relever et aller de l’avant avec le sentiment d’être encore plus fort». Il a une capacité hors du commun à rebondir et à se défendre. Il y a quelques jours encore, il a donné une conférence de presse pour répondre comme il se devait aux attaques de Jean-Jacques Viseur.

 

- Il paraissait un peu plus troublé qu’à d’autres occasions. Comme s’il commençait à ressentir le poids des accusations qui se répètent à son égard...

 

- Viseur l’a attaqué violemment et gratuitement. Et puis, je suppose qu’il est aussi touché par le fait que certains s’en sont pris à moi alors que je n’ai rien à me reprocher. Le CDH, c’est clair, a parfaitement surfé sur la vague de la dernière affaire en date pour nous obliger à signer un accord de majorité qui n’est pas bon pour les socialistes. C’est dans le cadre de cette stratégie que Viseur en a remis une couche à la télé : il fallait dramatiser au maximum pour nous embarquer dans cet accord. En coulisses, Viseur a même téléphoné à des gens de chez nous pour que l’on s’empresse de signer parce que, soi-disant, la tête de Van Cau allait bientôt tomber...

 

- On a beaucoup parlé du « système Van Cau ». Votre père, c’est un parrain ? Un tueur en politique ?

 

- C’est quelqu’un d’autoritaire. Quand il était au sommet de sa gloire, il a usé de cette autorité et je trouve cela parfaitement légitime. Il a son franc-parler, mais de là à en faire un parrain ou un tueur, il y a de la marge ! C’est surtout quelqu’un de très fidèle en amitié. Quand il donne une parole, il ne la reprend pas. La loyauté, c’est d’ailleurs quelque chose qui se perd un peu, en ce moment, à Charleroi. Pour l’instant, du côté du CDH, je ressens une énorme hypocrisie. Par contre, même si c’est parfois à couteaux tirés avec le MR, j’y ai toujours trouvé de vrais adversaires et, en même temps, des gens réglos.

 

- Entre Di Rupo et votre père, cela se passe aussi de manière réglo ?

 

- Je vais vous étonner, mais j’estime qu’Elio Di Rupo est resté loyal vis-à-vis de mon père. On lui reproche même aujourd’hui de ne pas avoir agi plus vite à Charleroi. Le président du PS ne l’a pas soutenu plus que cela à certains moments mais il y avait énormément de pression et il ne savait pas faire grand chose. Il ne l’a pas descendu non plus. Di Rupo n’a jamais demandé à mon père de faire un pas de côté.

 

- Des gens veulent la peau de votre père au PS ?

 

- Oui.

 

- Qui cela ? 

 

- Philippe Courard a été limite quelques fois... Je n’ai pas envie de m’étendre, cela ne sert à rien.

 

- Vous avez vu votre père craquer pendant ces deux ans de mises en cause répétées ?

J’ai senti sa gorge se nouer quand il tentait d’expliquer à quelqu’un du CDH que son fils n’avait rien fait qui justifie son éviction du collège de la ville de Charleroi. C’était la première fois.

 

- Vous connaissez ses projets ? Son mandat de député wallon se terminera en 2009...

 

- Et après ? Je ne sais pas. Il lui est arrivé de dire qu’il retournerait encore au combat. Mais dans le contexte actuel, je suppose qu’il réserve sa décision. S’il continue à être attaqué de toutes parts, je ne crois pas qu’il sera assez fou pour aller se mettre lui-même la corde au cou.

 

- C’est tout de même clair qu’il y a eu un énorme problème de mal-gouvernance à Charleroi à cause des socialistes…

 

- Qu’il y ait eu des problèmes, c’est difficilement contestable ! Je suis d’avis que la justice doit faire son travail jusqu’au bout, ce qui veut dire qu’elle doit déterminer les vraies responsabilités. Beaucoup d’échevins ont été victimes d’un système qui a été mis en place par deux ou trois personnes.

 

- Vous pouvez en dire plus ?

- Il y a eu une tricherie organisée par deux ou trois personnes, et certains échevins, aujourd’hui inculpés, ont été abusés.

 

- Qui visez-vous ?

- Ce n’est pas à moi de les identifier, c’est à la justice de faire son travail.

 

- Quand on voit tout ce qui a été révélé sur des pratiques contestables à Charleroi, votre père n’éprouve-t-il pas certains regrets ?

 

-On mange ensemble tous les dimanches. Il ne m’a jamais fait part de regrets. Quand il était à Charleroi, les échevins ne mouftaient pas parce qu’ils avaient peur de lui. Il était très exigeant, il vérifiait tout. Et puis, quand il a quitté la ville pour des responsabilités régionales, certains se sont sentis pousser des ailes, faisant des choses qu’ils n’auraient pas osé faire auparavant. Ces dernières années, mon père ne s’occupait plus du tout de ce qui se passait ici. Soyons clairs : cela fait vingt mois que la justice et les médias le cherchent. Non seulement il n’a pas été inculpé, mais on ne l’a même pas interrogé. Même pas comme témoin, ce qui ne nécessiterait pas une levée de son immunité.

 

- Pour vous, il n’est impliqué dans rien ?

 

- J’en suis certain. J’ai 100 % confiance en lui. Des journalistes téléphonent tous les jours au Parlement wallon pour voir si la justice n’a pas demandé sa levée d’immunité. On a prédit dix fois sa chute, sa fin, etc... Il ne lui arrivera rien parce qu’il est tout à fait droit dans ses bottes.

 

-Vous avez l’impression que l’on veut sa peau ?

 

- Je crois en effet que cela plairait à certaines personnes. Je crois aussi que l’on est maintenant entré dans une mécanique fantasmagorique : le moindre truc qui va mal à Charleroi, c’est la faute à Van Cau... Dans l’opinion publique, des rumeurs incroyables circulent...

 

- On dit par exemple que votre père est immensément riche !

 

- Ouais, c’est cela... Hier encore, je lui ai dit que l’histoire de son argent aux Bahamas, ce n’était pas sympa pour moi qui doit péniblement rembourser un emprunt hypothécaire ! Plus sérieusement, je tiens vraiment à démentir : il n’est pas immensément riche, il n’a pas fêté son milliard ou ses trois milliards comme le veut la rumeur. Moi, son fils, quand j’ai eu ma première voiture, c’était la vieille Renault 5 pourrie de ma sœur. Si je me retrouve au chômage demain, je devrai me débrouiller. Je ne veux pas faire du Zola : on a toujours bien vécu. Mais ce n’était pas l’opulence de tous les instants et, en tous cas, pas l’argent jeté par les fenêtres. En plus, je n’ai jamais eu de passe-droit où que ce soit !

 

- Finalement, c’est plus facile ou difficile d’être « fils de » pour se lancer en politique ?

 

- Quand tout va bien, c’est certainement plus facile. On bénéficie d’un capital sympathie dans la population et on a plus aisément accès aux médias. Par contre, dans une période troublée comme celle-ci, ce n’est pas du tout un avantage. Il ne faut pas se leurrer : actuellement, c’est le symbole que représente le nom de « Van Cau » que l’on cherche à atteindre au travers de ma personne.

 

- Qu’auriez-vous envie de dire à Jean-Jacques Viseur ?

 

- «Jean-Jacques, j’ai du mal à te suivre. Tu as voulu que je dégage, mais il y a quelques minutes à peine, je t’ai encore entendu déclarer sur l’antenne de Télésambre que je suis une personnalité d’avenir, pleine de compétences et de qualités. Tu as relevé que j’étais quelqu’un de loyal qui a bien traité ses dossiers durant sa participation au collège». Je lui demanderais : «Comment un démocrate comme toi a-t-il pu utiliser des méthodes aussi basses pour m’éliminer du collège ?» Je lui dirais que je croyais travailler avec des honnêtes hommes.

 

 "Il n’y a pas d’'affaire Philippe Van Cau' !"

 

- A travers vous, on essaie de tuer votre père ?

 

- Je le crois, en effet. C’est à cause de mon nom que l’on a voulu que je parte du collège car l’inculpation dont je suis l’objet n’a absolument rien à voir avec des faits de mauvaise gouvernance que j’aurais posés dans le cadre de mes fonctions d’échevin.

 

- C’est une inculpation, tout de même…

 

- Une inculpation pour rien du tout. Il est évident qu’il y aura un non-lieu. Même des policiers m’ont dit que c’était n’importe quoi. On n’a jamais poursuivi personne pour cela. Il n’y a pas d’«affaire Philippe Van Cauwenberghe» ! Je suis inculpé pour menaces verbales et destruction de bien d’autrui alors que je n’ai menacé personne et que je n’ai rien détruit. D’ailleurs, personne n’a déposé plainte contre moi !

 

- Quelle est votre version des faits ?

 

- Pendant la campagne électorale pour les communales, j’ai eu un conflit avec un candidat MR de Charleroi qui est exploitant de café. Le litige portait sur une question d’affichage. Je me suis rendu dans son établissement pour me plaindre de son attitude que je trouvais incorrecte. Il n’était pas là. Ensuite, on a eu une conversation téléphonique durant laquelle, dit-il, je l’ai menacé verbalement par cette phrase : « Je vais tout casser si tu continues à afficher ». Je démens formellement.

- C’est tout ?

 

- Oui, c’est tout.

 

- Parole contre parole...

 

- Exactement. Aucun témoin ne vient d’ailleurs confirmer que je lui aurais dit une chose pareille. Inculper un homme politique sur de telles bases est inquiétant pour notre démocratie. Ce l’est encore plus, alors qu’il s’avère que c’est une raison suffisante pour priver cet homme politique d’un mandat exécutif ! C’est vraiment facile d’éliminer temporairement quelqu’un de gênant. Je vais vous dire : aujourd’hui, je n’oserais plus faire pipi contre un arbre. On ne sait jamais, cela pourrait me valoir une inculpation supplémentaire !

13:04 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/09/2007

Santé publique (090907) (130907)

Informations révélées sur le plateau de "L'info confidentielle Match" (RTL-TVI), le 9 septembre 2007 et étayées dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 13 septembre 2007

Amiante dans les écoles

La situation est-elle vraiment sous contrôle ?

 

Depuis des mois, des parlementaires posent des questions précises à la ministre-présidente Marie Arena : quand existera-t-il un cadastre complet de l’amiante dans les bâtiments scolaires en Communauté française ? Quelle est la stratégie exacte de son gouvernement pour remédier à cet enjeu de santé publique, avec quels fonds, quel délai ? « On est dans le brouillard », constatait la semaine dernière l’écolo Yves Reinkin, un député qui piste la présence d’amiante dans les écoles depuis longtemps. Après le témoignage choc d’un enseignant sur le plateau de « L’info confidentielle Match », le 2 septembre, Mme Arena se voulait rassurante : « La situation est sous contrôle ». Dans l’émission « Controverse » de dimanche dernier : elle modérait son propos. « Je ne dis pas que tout est sous contrôle. Si une situation n’est pas connue de l’autorité, elle doit être portée à notre connaissance le plus rapidement possible ». C’est ce que La Libre Match a fait, immédiatement après ce débat, en lui donnant des documents révélés quelques minutes plus tôt pendant la séquence de « L’info confidentielle ». Où il était question de l’Athénée Royal d’Esneux qui attend depuis un an que les fonds soient débloqués pour réparer des colonnes contenant de l’amiante qui « s’effritent » dans « différentes classes »…

 

Ce 2 septembre, dans le cadre de « L’info confidentielle Match », un professeur faisait part de sa forte inquiétude quant à la présence d’amiante dans de nombreuses constructions scolaires en Communauté française. Comme l’a démontré La Libre Match (voir notre précédente édition), la question de la présence de ce matériau – dont l’utilisation est interdite depuis 1998 – dans nos écoles ne doit même pas être posée : l’amiante est bel et bien là, dans de nombreuses constructions, et particulièrement dans les préfabriqués de type R.T.G. qui ont poussé comme des champignons dans les années 1960 et 1970, lesquels occupent une surface de plus de 300 000 m2 en Communauté française. Le vrai débat est évidemment de savoir si le risque est contrôlé, si l’ampleur du problème est bel et bien mesurée par les autorités. En d’autres mots : s’il y a une situation de danger pour les enfants et les enseignants qui fréquentent les établissements scolaires concernés.

 

Par la magie d’une opération de communication bien menée par le cabinet Arena, la discussion s’est plutôt portée, dans les premiers jours qui ont suivi ces révélations, sur la démarche du témoin qui s’était exprimé – pourquoi parlait-il de manière anonyme ? –, sur le fait que la ministre aurait cherché en vain à connaître « l’établissement concerné par les déclarations du professeur », avant de se focaliser enfin sur « l’école en question » où la ministre s’est rendue pour rassurer tout le monde. Fin de l’épisode « amiante » ? Loin s’en faut.

 

Précisons d’abord que le témoin avait choisi de s’exprimer de manière anonyme pour  que le débat ne se limite pas à son établissement scolaire car, pour lui comme pour tout ceux qui connaissent un tant soit peu ce dossier, la question de l’amiante ne se réduit bien évidemment pas à une école en Communauté française. Dans La Libre Match de jeudi dernier, le témoin déclarait d’ailleurs : « La direction de mon école fait tout son possible malgré l’inertie du système ». Ajoutons ensuite qu’il n’a pas fallu trois jours pour que Mme Arena reçoive « le nom de l’établissement scolaire concerné » comme cela a été relayé abondamment par Le Soir et la RTBF. La réalité est plutôt que cette demande d’information complémentaire est venue trois jours après l’émission et que la réponse positive a été transmise au cabinet de la ministre… trois heures plus tard. Ont suivi la communication du nom de l’établissement aux médias par le cabinet Arena et une visite médiatique de la ministre sur les lieux, à savoir l’Athénée royal d’Aywaille en région liégeoise. Résultat ? « Tout est sous contrôle ».

Ce point de vue est d’ailleurs aussi développé par la direction de cet athénée sur son site internet(http://www.ecoles.cfwb.be/araywaille/LPC.htm). On peut y lire ceci : « Comme dans beaucoup d’établissements et de lieux publics, il y a certes présence d’amiante, cependant, la gestion du prétendu risque est assurée par des ingénieurs et architectes responsables et compétents. Il est bien évident que si un danger existait, les élèves et le personnel de l’établissement n’auraient plus l’accès aux locaux. Ce qui n’est pas le cas. Un inventaire de l’amiante a été réalisé dans tous les établissements scolaires en 2001 par des entreprises spécialisées et agréées (N.d.l.r. : Une information démentie par la ministre-présidente Arena elle-même : loin d’être terminé, cet inventaire confié à la société AIB Vinçotte est encore en cours dans 120 écoles de la Communauté française). L’administration responsable de la gestion des risques et des bâtiments a ensuite analysé chaque dossier et a inventorié tous les travaux de toutes les écoles selon des critères de priorité. Suite à l’émission de ce dimanche, Madame la ministre Marie Arena a dépêché ce mercredi 5 septembre Madame Dassonville, architecte, directrice générale adjointe responsable de l’ensemble du patrimoine de la Communauté française, et Monsieur Gillet, ingénieur et architecte responsable du Fonds des Bâtiments pour la zone de Liège, afin de vérifier si tout était en conformité dans notre établissement. Leur visite a duré 4 heures et s’est effectuée en présence des délégations syndicales et de la direction. Afin de rencontrer les différents acteurs scolaires responsables de la gestion de l’amiante pour notre établissement et rétablir la vérité par rapport à ce qui avait été dit, Madame Arena s’est rendue en notre établissement ce jour. La rencontre a été positive : tout est réglementaire sur les 2 implantations de notre athénée et il n’y a aucun risque particulier encouru ».

 

Un « prétendu risque » ? Les documents de l’administration sont parfois plus limpides que les communiqués de presse. On rappellera par exemple ce « rapport de visite du 7 février 2007 » rédigé par Caroline Delrée-Mambourg pour le compte de l’Administration Générale de l’Infrastructure (A.g.i.), service régional de Liège : « D’après l’inventaire amiante, il appert que de nombreuses parties du bâtiment contiennent ce matériau. Notamment dans les linteaux, les appuis de fenêtre, la protection des colonnes. Pour les locaux 43 et 55, il y a lieu de trouver une solution rapidement car les linteaux, les appuis de fenêtre, les parois (derrière les radiateurs) et les protections des colonnes sont abîmés et pour certains fortement. (N.d.l.r. : voir les photos publiées dans La Libre Match la semaine dernière) De plus, dans le local 43, une partie du faux-plafond menace de s’effondrer (N.d.l.r. : C’est déjà en découvrant une planche tombée du plafond et contenant de l’amiante effritée… il y a trois ans que le professeur anonyme avait entamé son questionnement). Dans un premier temps, il faudrait « fixer » les parties abîmées. L’enlèvement et l’encapsulage seront proposés à la prochaine programmation ». 

 

On n’oserait douter que toutes les « parties abîmées » ont été « fixées », toutefois on remarquera que la presse invitée à rencontrer la ministre à Aywaille, le jeudi 6 septembre, ait été reçue dans l’implantation « enseignement général » de cet athénée, plutôt que dans les bâtiments évoqués dans le rapport du 7 février 2007 par l’architecte de la Communauté française. « C’est dans certaines classes de la partie enseignement technique et professionnel, particulièrement au deuxième étage, que se situent les principaux problèmes d’amiante », nous confirme, sans demander un quelconque anonymat, Jean-Luc Degée, délégué syndical C.g.s.p. à Aywaille. Et d’ajouter : « Le contrôle n’est pas suffisant. Ce sont des classes où il y a un danger potentiel, où la préoccupation d’une dissémination de particules d’amiante dans l’air est constante. On a d’ailleurs demandé à la ministre (N.d.l.r. : qui  n’a pas visité personnellement ces classes-là lors de sa visite à Aywaille) que les syndicats puissent contrôler l’état de ces classes mensuellement et qu’une signalisation précise des endroits à risque soit faite. Ce sont des classes où l’on n’oserait pas faire tourner un ventilateur parce qu’on aurait peur des faire circuler dans l’air des particules nocives. Bien sûr, il n’y a pas de raison d’y mettre un ventilateur… ».

 

« Un prétendu risque ? ». Alors que nous faisions état de ces propos le 9 septembre sur le plateau de « L’info confidentielle », le lendemain, « des appuis de fenêtre endommagés et contenant de l’amiante étaient rejointoyés » dans ces classes, comme l’a révélé le quotidien « La Dernière Heure » (voir encadré).

 

Plutôt que d’ouvrir un débat sur la qualité du travail mené par la ministre, par son administration ou des directeurs d’écoles – personne, évidemment, n’accuse toutes ces personnes de ne pas être préoccupées par la santé des enseignants et des enfants – plutôt aussi que d’en faire un enjeu politicien opposant la majorité et l’opposition au parlement de la Communauté française, ne serait-il pas plus constructif de communiquer clairement sur ce dossier de l’amiante ; d’expliquer qu’il est très complexe à gérer parce que Mme Arena a hérité d’un dossier qui n’avait pas été fort bien géré avant qu’elle arrive aux commandes, et qu’elle fait de son mieux avec des moyens limités ? Plutôt que de chercher des coupables, ne faudrait-il pas un effort commun de tous les partis démocratiques présents au parlement de la CF pour trouver des solutions plus rapides et plus radicales ?

 

« Il faut protéger les occupants de ces locaux »

 

Car la situation actuelle implique d’insoutenables lenteurs auxquelles il conviendrait tout de même de remédier. Un autre exemple. Un vent favorable nous donne à connaître les rapports du « Comité de concertation de base » (Cocoba) de l’Athénée Royal d’Esneux, en région liégeoise. Cet organe est présidé par le préfet de l’établissement, on y trouve aussi une secrétaire, un instituteur en chef, l’économe, le conseiller en prévention et les délégations syndicales. Il transmet ses observations à l’administration de la Communauté française.

 

Que lit-on dans le rapport du 26 juin 2006 ? « Dossier amiante : Dans les différentes classes, les colonnes sont dans un réel état d’effritement. Il serait indispensable qu’elles soient recouvertes de panneaux de bois pour éviter la dispersion de l’amiante dans l’air. Une demande a été faite à Monsieur Gillet pour nous octroyer un montant qui permettrait de faire réaliser ces travaux par notre personnel ouvrier. Les plafonds de la cave du bâtiment Acomal sont en amiante. Attention danger car certaines plaques sont endommagées. Il est urgent de faire le nécessaire ». Ce même 26 juin 2006, le conseiller en prévention écrit une lettre portant la mention « urgent besoin d’aide » à l’Administration Générale de l’Infrastructure (Fonds des bâtiments) : « Pourriez-vous intervenir pour qu’une somme soit débloquée pour réaliser les travaux de recouvrement des colonnes par notre personnel ouvrier, dans les classes où l’amiante s’effrite ? »

Un an plus tard… Rapport daté du 12 juin 2007 du même organe « Cocoba » : « Dossier Amiante : dans différents locaux, les colonnes s’effritent. Il devient indispensable qu’elles soient recouvertes de panneaux de bois pour protéger les occupants de ces locaux. Une demande a été adressée à M. Gillet. Toujours pas de réponse. J’ai reçu à ce propos une lettre des élèves de 4T. Les plaques des plafonds des caves Acomal sont en amiante et endommagées. A surveiller ». Difficile de constater une évolution positive entre ces deux rapports à un an d’intervalle !

 

Toutefois, le rapport de juin 2007 mentionne aussi une visite du Fonds des Bâtiments scolaires suite à laquelle « la neutralisation de l’amiante par encapsulage ou enlèvement est proposée à la programmation 2007 ». Ce qui doit se traduire en langage officiel par « la situation est sous contrôle » ? Renseignements pris auprès de la direction de l’école : il s’avère que la « neutralisation programmée » n’a toujours pas eu lieu. Alors ? Alors, nous dit la préfète, « je gère la situation en bonne mère de famille. Des panneaux en bois sont mis dans les endroits à risque. Cela ne coûte pas trop cher. Les ouvriers protègent d’abord l’endroit avec du silicone pour ne pas forer dans l’amiante. On a encore cinq classes à faire par mesure de précaution, mais d’abord, la semaine prochaine, on va s’occuper de la salle d’étude. Pour l’instant, on a mis les bancs en retrait pour que les élèves ne soient pas à proximité de la zone à risque où il y a une colonne qui s’effrite, mais j’estime que ce n’est pas une mesure de protection suffisante ». Comment se fait-il que ces colonnes se soient effritées ? « Des enfants ont parfois la drôle d’idée de gratter dans les murs. Cela s’est passé avant qu’on soit sensibilisé à l’amiante », nous dit la préfète.

Pour éviter tout débat stérile, ce dimanche 9 septembre, nous avons transmis les documents en notre possession à Mme Arena après les avoir évoqués sur le plateau de «L’info confidentielle ». Dès le lundi, l’administration est descendue dans l’école concernée et a constaté qu’en effet, des colonnes d’amiante s’effritaient. Par mesure de précaution, il a été décidé par l’administration de Mme Arena que deux d’entre elles seraient « encapsulées » dès le mardi.

 

In fine, tout serait bien sous « contrôle »…

 

Dimanche 2 septembre : Témoignage du professeur dans « L’info confidentielle Match » sur R.t.l.-t.v.i.

 

Dimanche 2 et lundi 3 septembre : La ministre-présidente Arena déclare partout que « la situation est sous contrôle ». Le débat porte finalement plus sur l’anonymat du témoin que sur la problématique de l’amiante.

 

Mercredi 5 septembre : R.t.l.-t.v.i. vient de recevoir la demande du cabinet Arena de communiquer le nom de « l’établissement concerné » par les déclarations du prof. Dans la matinée, Pascal Vrebos transmet cette demande à La Libre Match. A 13 h 45, nous communiquons le renseignement demandé au chef de cabinet de Mme Arena et, dans l’après-midi, l’administration de l’infrastructure inspecte Aywaille pendant quatre heures et communique déjà l’info à certains médias comme quoi, à Aywaille « tout est sous contrôle ».

 

Jeudi 6 septembre : La ministre-présidente Arena reçoit la presse dans les bâtiments de l’implantation « enseignement général » à Aywaille. Les endroits les plus dégradés, soit des classes situées dans l’implantation technique, ne sont pas visitées par la ministre et ne sont pas montrées aux journalistes (voir photos d’encadrement de fenêtres contenant de l’amiante publiées ce jour-là par La Libre Match). Le mythe selon lequel Mme Arena aurait dû attendre trois jours pour que R.t.l. et La Libre Match daignent lui communiquer l’info sur le nom de l’établissement est abondamment relayé par certains médias. Ce faux débat devient le débat principal dans certains journaux.

 

Dimanche 9 septembre : Sur le plateau de « L’info confidentielle », nous relevons que les bâtiments de l’implantation technique n’ont pas été montrés à la presse et nous citons le syndicaliste de la C.g.s.p. Jean-Luc Degée qui évoque les fenêtres de certaines classes où l’on enseigne aux élèves de technique : «Le contrôle n’est pas suffisant. Ce sont des classes où il y a un danger potentiel, où la préoccupation d’une dissémination de particules d’amiante dans l’air est constante. On a d’ailleurs demandé à la ministre que les syndicats puissent contrôler l’état de ces classes mensuellement et qu’une signalisation précise des endroits à risque soit faite. Ce sont des classes où l’on n’oserait pas faire tourner un ventilateur parce qu’on aurait peur des faire circuler dans l’air des particules nocives ». Il n’est pas question de « danger de mort » dans cette déclaration mais, sur le long terme, prendre le risque de respirer des « particules nocives » n’est évidemment pas la meilleure des assurances-vie…

 

Mardi 11 septembre : Le quotidien « La Dernière Heure » révèle que des travaux ont été fait dans l’après-midi du lundi 10 septembre… à Aywaille : « Le 2 septembre dernier dans leur info confidentielle, La Libre Match/R.t.l.-t.v.i. affirmaient qu’un problème d’amiante se posait à l’athénée d’Aywaille. Marie Arena s’y était rendue en grande pompe et avait rassuré tout son monde. Tout ne semble pas aussi simple que cela, puisque ce lundi, quelques heures avant des réunions de parents, des appuis de fenêtre endommagés et contenant de l’amiante étaient rejointoyés ». Notre confrère ne précise pas que ces réparations ont été faites… dans certaines classes de l’implantation « technique ». Celles dont Mr Degée parlait le 9 septembre dans « L’info Confidentielle ». In fine, tout serait bien sous contrôle...

09:00 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : amiante dans les ecoles |  Facebook |

14/09/2007

Santé publique (020907) (060907)

Enquête évoquée sur le plateau de "L'info confidentielle" (RTL-TVI), le dimanche 2 septembre 2007 et publiée dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 6 septembre 2007

Amiante dans les écoles

Enfants et enseignants en danger ?

 

RTG-2

Craignant une sanction disciplinaire, ce professeur de secondaire qui donne cours au sein d’un établissement du Sud du pays préfère s’exprimer de manière anonyme. En 2004, il a la mauvaise surprise de découvrir un morceau de faux plafond contenant de l’amiante dans sa classe. Se renseignant plus avant, l’enseignant inquiet constate que ce matériau dangereux est quasi omniprésent dans plusieurs locaux de son école. Il alerte sa direction, ses collègues. En vain. « C’est un sujet tabou », dénonce-t-il. Obtenant le soutien de son syndicat, il poursuit sa petite enquête pour constater que la question de l’amiante se pose dans de très nombreuses écoles de la Communauté française : « Certaines constructions préfabriquées en sont remplies ! ». Et de mettre en question « la politique actuelle du gouvernement Arena qui consiste à « gérer » le risque avec des moyens insuffisants, sans même avoir fait un inventaire complet de la situation, plutôt qu’à l’éradiquer au nom du principe de précaution. C’est de la non-assistance à personnes en danger ! » « Du côté du cabinet Arena, on rétorque fermement que « ce professeur fait peur à la population pour rien car la situation est sous contrôle ». Totalement ? Ce n’est certainement pas l’avis d’un parlementaire et d’une syndicaliste qui témoignent aussi dans le cadre de ce dossier…  Précision : La photo qui est jointe à cet article montre un bâtiment de type « RTG » à titre d’exemple. L’école où il se trouve n’est pas spécifiquement concerné par cette enquête.  



La Libre Match. Dans quelles circonstances avez-vous découvert qu’il y avait un problème d’amiante dans votre établissement ? 

Le professeur. Un élève m’a montré une sorte de planche tombée du plafond. Ce gosse, qui était issu d’une section technique, m’a tout de suite dit : « Monsieur, je crois bien que c’est de l’amiante ». A cette époque, je n’y connaissais pas grand-chose et, plutôt sceptique, j’ai décidé de faire analyser la « pièce à conviction ». En effet, il s’agissait bien d’amiante… 

Comment avez-vous réagi ?  

Comme n’importe quel enseignant est en droit de le faire en Communauté française : je me suis rendu au secrétariat de l’école et j’ai demandé à consulter un document que tous les établissements scolaires doivent normalement tenir à disposition. Cela s’appelle « Inventaire des matériaux contenant de l’amiante et programme de gestion du risque d’exposition ». Rien que l’intitulé pose question : la politique actuelle ne consiste donc pas à éliminer le risque mais à le « gérer ». Ce n’est pas tout à fait la même option que dans le dossier du Berlaymont à Bruxelles où l’on a dépensé énormément d’argent pour totalement désamianter le bâtiment au nom d’un élémentaire principe de précaution. 

Qu’avez-vous trouvé dans l’inventaire « amiante » de votre école ? 

Cet audit réalisé par A.i.b.-Vinçotte m’a fait tomber de ma chaise ! Dans mon école, il y a de l’amiante partout ! (N.d.l.r. : il nous donne le document pour prouver sa bonne foi.) Il y en a dans les classes, dans l’internat, dans le réfectoire, dans la salle de gym, dans la conciergerie. C’est impressionnant.Sous quelle forme ?Des allèges de fenêtres et des habillages de portes en Glasal, des faux plafonds en Pical, des tablettes de fenêtres en Masal, des regards de cheminée, des cloisons de séparation, des panneaux peints et même des tableaux noirs en amiante-ciment… La liste est interminable.  

Glasal, Pical, Masal ? 

Tous ces noms renvoient à des matériaux à risque contenant de l’amiante… J’ajouterai que mon inquiétude n’a fait que s’accroître en constatant que l’inventaire dont j’ai pu prendre connaissance datait de 2001.Et alors ?Au moment où je l’ai consulté, nous étions en 2004. Trois années s’étaient écoulées depuis la réalisation de ce rapport alors que sa conclusion prévoit explicitement que « cet inventaire doit être tenu à jour annuellement ». Cela démontre l’importance que l’on accorde à cette question. Plus tard, j’ai appris que de nombreux établissements scolaires, particulièrement dans le Hainaut, ne disposent pas d’inventaire du tout !

C’est incroyable ! 

De plus, les gens qui ont pour mission d’actualiser ces inventaires au sein des écoles  n’ont généralement pas les compétences techniques suffisantes. Il s’agit du préfet en tant que responsable de la sécurité ou de son adjoint. Et de conseillers en prévention, soit des gens du personnel d’entretien, de profs qui disposent d’un crédit d’heures. Des personnes qui ne sont, en tout cas, pas des spécialistes du désamiantage. On a donc envoyé Vinçotte pour le constat de départ et, pour le suivi, il a fallu se débrouiller. 

Comment se fait-il qu’il y ait tant d’amiante dans une école comme celle où vous enseignez ? 

C’est vrai qu’avec ce que l’on sait aujourd’hui des dangers que représente l’amiante, l’omniprésence de ce matériau paraît démentielle. Pourtant, la situation de mon établissement n’a rien d’exceptionnelle. En cause, principalement, le fait que nous utilisons beaucoup de bâtiments de type « R.T.G. ». Ces initiales renvoient aux noms des ingénieurs qui les ont conçus : Reubsaets, Thibaut et Gilles. C’était dans les années 1960, une époque dorée pour les industriels de l’amiante. Ces bâtiments préfabriqués en bois, bourrés de Glasal, Pical, Masal ou encore de Foorflex, un autre produit amianté, avaient été pensés pour être rapidement mis sur pied vu qu’il fallait faire face au baby-boom de l’après-guerre. Il y a en partout en Communauté française. Normalement, leur durée de vie ne devait être que de dix ou quinze ans, mais ils sont toujours là.  

En piteux état ? 

Dans certaines classes, la situation est catastrophique. Je vous parle bien de classes où l’on donne cours, pas d’une arrière-cave visitée de temps en temps par le personnel d’entretien. Je vous ai raconté la mésaventure qui m’a alerté : le « morceau » d’amiante tombé du plafond. Je pourrais aussi vous parler d’appuis de fenêtres brisés où l’on voit les fibres d’amiante à l’œil nu… Dans un local où nos élèves mangent, ils posent leurs boîtes à tartines sur l’un de ces appuis de fenêtre. Certains d’entre eux ont parfois été « rescellés », passez-moi l’expression, avec des vis… Je veux dire que des ouvriers de l’école ont foré là-dedans sans aucune mesure de protection spéciale. Quand on regarde derrière, c’est encore plus incroyable, parce qu’il y a des plaques dans une espèce de carton constitué à base d’amiante complètement amoché. Là, on est dans le danger absolu. 

Partout où il y a des bâtiments R.T.G., c’est du pareil au même ? D’abord, le problème ne se pose pas que dans les bâtiments R.T.G. Dans notre école, jusqu’il y a peu, les patins de frein d’un ascenseur situé dans une construction en dur étaient en amiante. Ce qui, par déplacement d’air, libérait des fibres dans un espace collectif… Cela dit, il est évident les constructions R.T.G. ont beaucoup vieilli. Au fil des ans, elles ont été entretenues vaille que vaille. En forant, en clouant, en découpant… En utilisant des systèmes « D » pour réparer des vieilles portes et châssis pourris, des murs endommagés… 

Que faire d’autre ? 

La vraie solution, surtout depuis que l’on connaît très précisément les dangers de l’amiante, aurait dû être de raser tous ces bâtiments et d’en construire d’autres à la place.  

Cela coûterait une fortune… 

Moi, je trouve que la santé de nos gosses n’a pas de prix. Mais les politiques estiment peut-être qu’ils peuvent se permettre de prendre certains risques parce que l’exposition actuelle de cette population n’aura de répercussions que dans plusieurs dizaines d’années. Si c’est cela le raisonnement, c’est de la non-assistance à personnes en danger !  

Cette question n’est pas gérée avec le sentiment d’urgence qu’elle requiert ?  

Exactement. Je reviens au cas de mon établissement. Cela fait donc trois ans que je m’active, que je dénonce, que j’interpelle en interne. En plus, la direction de mon école fait tout son possible malgré l’inertie du système. Par conséquent, je crois que l’on est mieux suivi qu’ailleurs : sous l’impulsion de l’administration générale de l’infrastructure (A.g.i.), des réparations sont faites à droite et à gauche… Mais cela revient, la plupart du temps, à placer des emplâtres sur une jambe de bois. Un récent rapport de l’A.g.i. montre bien la philosophie de ces « rénovations », cette « gestion du risque », comme ils disent. Après avoir inspecté nos bâtiments au début de cette année, cette administration diagnostiquait que : « D’après l’inventaire amiante, il appert que de nombreuses parties du bâtiment contiennent ce matériau. Notamment, dans les linteaux, les appuis de fenêtres, la protection des colonnes. (…) Il y a lieu de trouver une solution rapidement car les linteaux, les appuis de fenêtres, les parois (derrière les radiateurs) et les protections des colonnes sont abîmés et pour certains assez fortement. De plus, dans un local, une partie du faux plafond risque de s’effondrer ». Et de préconiser ceci : « Dans un premier temps, il faudrait « fixer » les parties abîmées. L’enlèvement ou l’encapsulage sera proposé à la prochaine programmation. » Ces gens font certainement ce qu’ils peuvent avec les moyens dont ils disposent, mais c’est loin d’être suffisant ! Quand on se contente de surcoller une plaque en matière plastique sur un panneau en amiante de manière à ce que les élèves ne puissent pas être en contact direct avec les fibres, je trouve cela un peu juste…     

Pourquoi préférez-vous témoigner de manière anonyme ? 

En temps que fonctionnaire, je suis tenu à un devoir de réserve. En clair, je n’ai pas le droit de dire que l’on donne parfois cours dans des taudis où la santé des gosses est mise en péril. Formellement, on pourrait me reprocher une faute grave. Bien que si tel devait être le cas, je défendrais chèrement ma place car un juge pourrait estimer que, vu le danger potentiel couru par les enfants, il était de mon devoir d’en témoigner. Et puis, ne pensez-vous pas que d’autres personnes que moi devraient se retrouver devant un tribunal ? Par exemple les préfets et les adjoints à la sécurité de certaines écoles où des situations intolérables perdurent. Sans parler des responsabilités politiques… 

L’amiante dans les écoles, c’est un sujet tabou ? 

Très clairement. C’est l’omerta. Une chape de plomb pèse sur ce sujet. Des enseignants sont obligés de prendre des risques, et d’en faire prendre à leurs élèves, en raison d’un véritable chantage à l’emploi : pour les pouvoirs organisateurs, c’est la crainte de la mauvaise réputation de leurs établissements, de la chute des inscriptions, qui domine.  

 

Un matériau particulièrement dangereux

Les fibres d’amiante sont particulièrement dangereuses pour la santé de ceux qui les manipulent et/ou les respirent. C’est scientifiquement établi : l’inhalation de ces particules peut déboucher – au bout d’une période de latence qui peut durer jusqu’à trente ou quarante années – sur l’apparition de plusieurs maladies très graves : asbestose, mésothéliome (tumeur de la plèvre ou du péritoine) et cancers du poumon ou du larynx. Certains milieux professionnels particulièrement exposés en ont déjà fait l’expérience malheureuse. On connaît, par exemple, le cas des anciens de l’usine Coverit dans le Hainaut où l’on travaillait en contact direct avec les fibres d’amiante : 129 des 250 travailleurs qui travaillaient sur ce site fermé en 1987 sont morts et les « survivants » ayant établi un lien de causalité entre le nombre élevé de cancer chez les anciens de Coverit et leur travail ont créé un collectif pour obtenir réparation. On estime généralement que, dans les vingt prochaines années, plus ou moins 20 000 décès en Belgique seront encore liés à l’amiante. Une estimation fiable ? Difficile à dire quand l’on constate qu’en Communauté française, où l’équivalent de 3 500 000 m2 de bâtiments n’échappent pas au risque de contenir de l’amiante (écoles, crèches, IPPJ, centres sportifs, centres culturels et bâtiments administratifs), l’inventaire de la présence de ce matériau dangereux reste encore largement à faire.   

 

Yves Reinkin (Ecolo) :  «Ce n’est pas une priorité du gouvernement Arena» 

Député au parlement de la Communauté française, Yves Reinkin (Ecolo) a aussi mené sa petite enquête pour essayer de déterminer l’ampleur du problème « amiante » dans les établissements scolaires. Résultat ? « On est dans le brouillard. Je ne veux pas affoler la population, mais il faut tout de même se dire que l’absence de données fiables est particulièrement préoccupante », déplore-t-il. 

En juin dernier, pour forcer le gouvernement de la Communauté française à, au moins, déterminer l’ampleur du risque, le parlementaire Yves Reinkin a déposé une « proposition de résolution visant à éradiquer l’amiante dans les écoles et autres bâtiments de la Communauté française ». Il y dépeignait un tableau peu réjouissant qu’il nous confirme être toujours d’actualité : « Il est aujourd’hui impossible de savoir combien d’écoles contiennent de l’amiante, quel est le volume de travaux urgents à réaliser et quelle stratégie la Communauté française entend mettre en place pour remédier à ce problème. Il n’existe pas non plus d’estimation des fonds qui seraient nécessaires pour assurer le désamiantage de l’ensemble des écoles de la Communauté française. En ce qui concerne les autres réseaux d’enseignement, il est tout bonnement impossible de se faire une idée de l’état d’avancement des inventaires amiante. Aucune démarche de sensibilisation n’a, par ailleurs, été réalisée par la Communauté française à l’attention de ces réseaux. Au niveau des fonds disponibles pour effectuer les travaux de désamiantage des écoles, même constat de gestion laxiste : en 2006, le programme de travaux de première nécessité n’a simplement pas été utilisé à sa pleine mesure ».   Par conséquent, M. Reinkin pose une question somme toute logique : « Comment gérer cet important dossier de santé publique sans données fiables, sans planning de travail et avec un budget pour le moins limité ? En juin dernier, j’ai conclu mon interpellation au Parlement de la Communauté française par une requête claire et précise afin que l’on sorte de l’impasse. J’ai demandé au gouvernement Arena de réaliser, dans un délai de douze mois, les inventaires non encore effectués. Notamment dans de trop nombreuses écoles du Hainaut, la province de la ministre-présidente, où il y a beaucoup de bâtiments en R.T.G… J’ai aussi insisté pour qu’il y ait une mise à jour systématique et générale des inventaires qui ont été déjà effectués… Ma proposition de résolution a été renvoyée en commission et le Parlement ne l’a pas encore abordée. Ce qui démontre que ce n’est pas une priorité du gouvernement Arena ».  

« La Communauté française pratique la politique de l’autruche... » 

Permanente au Syndicat Libre de la Fonction Publique, Pascale Vander Straeten y préside la « Cellule amiante » et elle abonde dans le même sens que le parlementaire Ecolo. Ayant pris connaissance du témoignage du professeur qui s’est exprimé anonymement sur le plateau de « L’info confidentielle Match », elle affirme sans ambages que « tout ce que dit cet enseignant est parfaitement exact. J’ajouterai simplement que la question de l’amiante ne se pose pas uniquement dans l’enseignement relevant de la Communauté française. Dans une mesure moindre (bâtiments plus anciens ayant échappé à l’heure de gloire de l’amiante), le réseau libre et subventionné est certainement aussi concerné ».  Quel est, selon elle, l’état du malade ? « Je dirais que la situation est devenue catastrophique car la Communauté française pratique la politique de l’autruche. Pour preuve, prenez l’inventaire de la présence d’amiante dans tous les établissements : cela fait douze ans qu’il aurait dû être bouclé. Dans certains endroits, cela a été fait depuis des années sans jamais être actualisé, et dans d’autres, dans le Hainaut par exemple, beaucoup d’établissements n’en disposent toujours pas! Se rend-on compte que l’on joue avec une potentielle bombe à retardement ? Ce qu’on économise aujourd’hui en gérant cette question importante de santé publique avec légèreté et un manque de moyens évident, la Communauté risque de le payer un jour ou l’autre… Lorsque des gens malades viendront frapper à sa porte pour lui demander des comptes. »  Faisant allusion, elle aussi, au dossier du Berlaymont, Mme Vander Straeten estime que « dans le dossier des écoles, il n’y a pas que des enjeux financiers. C’est avant tout une question d’éthique, de respect des enfants et des enseignants : comme les fonctionnaires européens, ils ont le droit que toutes les précautions soient prises pour les protéger de risques sanitaires aussi importants». La permanente SFLP dénonce également le fait que « les conseillers en prévention des écoles de la Communauté française n’ont qu’une formation de base. Il s’agit d’ouvriers du personnel d’entretien, de chefs d’ateliers, de profs, de chefs d’établissements qui ne disposent que de quelques heures par semaines pour s’occuper de sécurité, se former et s’informer… Pour eux, la question de l’amiante qu’ils ne maîtrisent pas nécessairement s’ajoute à mille autres problèmes. Un tel boulot demanderait un temps plein pour chaque école et, pour des raisons d’indépendance, un engagement par l’administration de Mme Arena plutôt que par les chefs d’établissements… ».  

« La situation est sous contrôle », rassure-t-on au cabinet de la ministre-présidente  

A la Communauté française, Tony Pelosato, le directeur de cabinet de la ministre-présidente Marie Arena, tempère : « La situation est sous contrôle. Il est faux de prétendre que l’on prendrait cette question de l’amiante à la légère. On a donné l’impulsion pour que des inventaires soient réalisés dans toutes les provinces». Nous soulignons que la réglementation sur la protection du travail oblige explicitement tous les employeurs du Royaume à disposer d’inventaires amiante pour tous leur bâtiments… Et ce depuis 1995 ! «Ce qui montre bien que la question de ces inventaires est antérieure à notre arrivée à la tête de la Communauté française. On a hérité de ce dossier et on le gère avec tout le sérieux nécessaire pour rattraper certains retards qui ne peuvent nous être imputables ». Ainsi, le cabinet Arena admet que 120 écoles dans le Hainaut ne devraient disposer que « prochainement » d’inventaire amiante.  L’art de gouverner est difficile, la critique est aisée... Une réflexion qui s’impose avec force dans ce dossier, surtout au regard de certaines données chiffrées que nous communique M. Pelosato : les bâtiments R.T.G. en Communauté française occupent l’équivalent d’une surface de 300 000 m2. Si l’on devait raser ces préfabriqués contenant beaucoup de matériaux en amiante pour les remplacer par des constructions en dur, il faudrait investir un montant avoisinant les 360 millions d’euros ! Une somme colossale dont ne dispose pas le gouvernement. Pour donner un ordre de grandeur, le budget annuel du Fonds des bâtiments n’est que de 31 millions d’euros, dont l’essentiel (25 millions d’euros) est mangé par les frais d’entretien (remplacement des chaudières, réparations diverses, …). Pour débloquer la situation et donner ce coup de jeune tant nécessaire aux bâtiments scolaires – tous réseaux confondus –, le gouvernement de Marie Arena travaille sur un projet de parteneriat privé-public qui « devrait permettre de débloquer des fonds à hauteur d’un milliard d’euros ».  En attendant, on ne saurait trop conseiller aux professeurs qui se sentiraient concernés par cette problématique de l’amiante de se rendre au secrétariat de leur établissement scolaire pour demander à consulter le document intitulé : «Inventaire des matériaux contenant de l’amiante et programme de gestion du risque d’exposition ». La loi impose non seulement la présence de cet audit, mais aussi sa mise à jour annuelle.      

 

« L’amiante n’est dangereux que par inhalation… »

Le « Service interne de prévention et de protection du travail » (SIPPT) de la Communauté française dispose d’un site Internet dont le but est « d’assurer l’information continue des personnes ressources ayant en charge la sécurité au sein des établissements » scolaires : http://www.espace.cfwb.be/sippt/index.htm. Si le cadastre global de la présence d’amiante dans les écoles de la Communauté française se fait dramatiquement attendre, on constate en cliquant sur les pages de ce site que la problématique des bâtiments R.T.G. a été clairement cernée par l’administration de la ministre-présidente Arena.  Photos édifiantes à l’appui, le SIPPT explique notamment que «ces bâtiments contiennent de nombreux matériaux contenant de l’amiante, dont notamment l’amiante-ciment ou encore fibro-ciment qui contient entre 10 et 15 % d’asbeste », avant de donner un descriptif « pas exhaustif », mais assez impressionnant. Nous citons : « Les caniveaux sont des tuyaux d’asbeste-ciment qui servent pour les entrées des canalisations électriques et autres. Ils sont en général posés dans le sol en tranchée à 70 ou 80 cm de profondeur (…). Les plinthes extérieures sont en « masal » constituées de bandes étirées de plaques en asbeste-ciment (…). Les seuils des portes extérieures sont constitués d’une bande étirée de plaques d’asbeste-ciment (…). Les allèges et les frises au-dessus des châssis sont constituées de revêtements extérieurs en glasal, panneaux sandwich plaques planes d’asbeste-ciment (…). Les sous-toitures sont des plaques de menuiserite composées d’un mélange de fibre d’asbeste et de ciment additionnées de fibres organiques (…) La couverture de toiture est en ardoises d’asbeste-ciment (…). Avant l’installation du chauffage central, de nombreux R.T.G. étaient encore chauffés par des poêles à mazout ou encore au charbon. Les conduits de fumées sont en tuyaux d’asbeste-ciment, la protection des pièces en charpente et en plafond étant constitué de plaques d’amiante de 10 mm d’épaisseur, au passage de plafond de bandes d’amiante entourant le tuyau et d’une couronne en amiante de 10 mm. La souche, quant à elle, est constituée de pièces spéciales moulées en asbeste-ciment de 8 mm. Les plafonds intérieurs sont en plaques isolantes à base d’asbeste-ciment ou en recouvrement sur la face du plafond d’une plaque en asbeste-ciment émaillée et souvent perforée. Les éléments de cloison et revêtement sur une paroi des allèges sont également en plaques planes d’asbeste-ciment comprimées et émaillées sur une ou sur les 2 faces. Certains pignons (rares) sont parfois revêtus de plaques d’asbeste mais souvent les tuyaux d’aération des combles sont en asbeste-ciment. Dans certains R.T.G. ateliers où nous avons des forges, les plafonds, parfois les murs sont en glasal et les hottes en fibro-ciment (Eternit©) Dans certaines classes, on trouve encore parfois des lave-mains à dosserets moulés sur panneaux en asbeste-ciment. La protection anti-feu des cuisines et restaurants scolaires est assurée dans ces pavillons par des revêtements intérieurs en glasal, plaques d’asbeste-ciment comprimées et émaillées, les plafonds incombustibles étant en plaques d’asbeste-ciment surfacées et émaillées. Enfin, pour la décoration extérieure, on a installé des cuvelles ou des vasques en asbeste-ciment pour les plantations. ». Rassurant ? Le SIPPT prend le soin de rappeler  que « l’amiante n’est dangereux que par inhalation et que, pour ce faire, il doit être sous forme de fibres microscopiques. Aussi, soyez attentif et vigilant à ne pas abîmer ces matériaux (par forage, disquage, friction, bris, …) ».  

 

Vos réactions, vos témoignages : infomatch@saipm.com 

 

10:25 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

04/07/2007

Léopold 1er (060607)

Article publié dans l’hebdomadaire franco-belge «La Libre Match», le 6 juin 2007.

Les descendants oubliés de Léopold 1er

ClaretIl y a quelques années, la révélation de l’existence de Deiphine Boël, fruit d’une relation extraconjugale entre la baronne Sybille de Selys Longchamps et l’actuel souverain Albert II avait fait grand bruit. Aujourd’hui, une enquête minutieuse et patiente de Victor Capron, un historien amateur passionné de généalogie, met en lumière de nombreux aspects inédits d’une autre royale et secrète saga amoureuse. Tout commence en 1844 lorsque Léopold 1er, le premier Roi des Belges qui est à ce moment un homme marié âgé de 54 ans, tombe éperdument amoureux d’une jeune fille encore mineure d’âge (pour l’époque). Elle s’appelle Arcadie Claret, c’est la fille d’un militaire et elle n’a que 18 ans... De cette union interdite naîtront deux enfants que le Roi voulut préserver du besoin en leur léguant, via un fonds secret et de nombreux investissements immobiliers, une partie de son immense fortune privée. Plus de 150 ans ont passé. Il ne subsiste plus rien du patrimoine financier qui a été dilapidé par Georges et Arthur von Eppinghoven, les fils adultérins de Léopold 1er. Mais la lignée, elle, s’est poursuivie: plusieurs descendants naturels du Souverain vivent aujourd’hui très loin de la Belgique. Au Canada et en Afrique du Sud. Victor Capron les a retrouvés. «Ce sont des personnes qui vivent tout simplement des revenus de leur travail, Ils connais sent leurs origines royales, mais ces cousins éloignés du Roi, forts sympathiques au demeurant, ne revendiquent rien. Ils préfèrent regarder vers l’avant plutôt que vers le passé. Leur vie est désormais si éloignée de notre pays »...

Un grand bureau trône au milieu de son appartement bruxellois. Pas d’ordinateur ou de scanner, mais des kilos d’archives rangées méthodiquement dans des armoires. Et puis, accrochés aux murs -sur tous les murs !- comme autant de trophées, des cadres protégeant des photos et des correspondances échangées au cours des quarante dernières années avec divers chefs d’Etat de la planète. Quand vous entrez chez lui, Victor Capron aime à répéter que tous les présidents américains, de Dwight Eisenhower jusqu’ à Ronald Reagan, ont personnellement répondu à ses lettres courtoises.

Pour sûr, ce petit homme au regard malicieux est un original mais, bardé de diplômes, ce francophone des Flandres, qui parle quatre ou cinq langues, est loin d’être un farfelu. Passionné de généalogie et d’histoire, « la petite histoire» dit-il modestement, il a un jour décidé de se lancer sur les traces de la dénommée Arcadie Claret. Une femme de toute beauté qui, au milieu du XIXème siècle, défraya la chronique, surtout dans les milieux «informés» du pouvoir, parce qu’elle était «l’amie du Roi », du premier de nos rois, nous avons nommé Léopold de Saxe-Cobourg Gotha, mieux connu sous le nom de Léopold 1er.

Balayée par l’histoire officielle, effacée (comme une tache ?), Arcadie a ensuite totale ment disparu. Pas de trace d’elle, bien entendu, dans les manuels scolaires, voire même dans certains ouvrages consacrés au fondateur de notre dynastie. Un véritable déni. Il y a quinze ans, au moment où Victor Capron a commencé ses recherches, personne ne savait même plus où cette belle du temps jadis reposait en paix. C’est donc cet historien amateur qui a retrouvé le lieu véritable de sa dernière demeure en Allemagne. Mais s’il n’y avait que cela. Tel un Colombo des registres de naissance, en fouillant aussi des bottins téléphoniques néo-zélandais, canadiens et sud-africains, au prix de la rédaction d’innombrables lettres qu’il serait plus aisé de quantifier au kilo, après moult déplacements en Allemagne mais aussi à plusieurs heures d’avion de la capitale de l’Europe, il a retrouvé les descendants d’Arcadie et de Léopold. D’autres méconnus de l’histoire officielle, tellement ignorés que selon certains historiens réputés sérieux, ils n auraient jamais existé!

A écouter l’histoire que nous raconte Victor Capron, à le lire aussi dans l’ouvrage qu’il vient de publier à compte d’auteur, on se dit que les aventures de Mazarine en France ou, plus près de chez nous, celles de Delphine ne sont que des remakes un peu pâles. On comprend mieux aussi la position socialement difficile de ces enfants d l’amour. Ces enfants du désir... Du tabou et di non-dit surtout. Parmi les nombreux documents retrouvés par M. Capron, il y en a un qui en témoigne parfaitement. Et on peut dire, d’ailleurs, qu’il garde une certaine actualité. Il s’agit d’une note écrite en 1910 par un conseiller du ministre des Affaires Etrangères Julien Davignon, qui évoquait la position de notre pays vis-à-vis de ce type de « questions les plus délicates » : « Nous n’avons jamais traité les affaires relatives aux descendants naturels ou adultérins du roi Léopold 1 comme des affaires d’Etat. On les ignore officiellement en Belgique »...

Encore bien des décennies après qu’elle se passa, et plus encore pour les contemporains des faits, cette histoire d’amour, cette véritable passion, sentait le soufre. Victor Capron raconte: «Au moment où il rencontre Arcadie Claret en 1844, Léopold 1 est le père de trois enfants en bas âge et, de plus, la santé de sa seconde épouse, la reine Louise-Marie, est chancelante. A cela s’ajoute le fait qu’au regard de la législation de l’époque, l’élue du coeur royal est encore mineure d’âge: elle n’a que 18 ans quand commence cette relation alors que le Roi a déjà largement passé la cinquantaine. Dès lors, le père d’Arcadie, un lieutenant-colonel de l’armée belge, n’était guère favorable à cette idylle».

On imagine aisément les préoccupations royales du moment : éviter le scandale tout en essayant tant que faire se peut de soustraire la jeune tourterelle à l’autorité parentale. Comment? En organisant, dès 1845, le mariage blanc de la belle avec un homme de confiance, un écuyer cobourgeois oeuvrant à la Cour de Léopold et répondant au nom de Ferdinand Meyer. «Il est évidemment étonnant que ce soit le chef de l’Etat, gardien des lois, qui ait organisé cette mascarade», juge sévèrement Victor Capron. Officiellement, le couple Meyer-Claret existera pendant près de vingt ans avec plusieurs années de vie commune. Enfin, il serait plus juste d’écrire que ce couple connut plusieurs années de domiciliation officielle à la même adresse...

Très rapidement, le Roi aimant prouve à sa clandestine moitié qu’il peut se montrer très généreux. Comme preuve d’amour, il lui permet d’acquérir de nombreux biens immobiliers. Notamment un hôtel particulier sis rue Royale à Bruxelles, où la jeune femme tiendra des salons de conversation et de musique. « Celle que certains surnommaient «l’amie du Roi» ou «la Meyer» y recevait des hommes politiques, des artistes », relève Victor Capron. En d’autres termes, le « tout Bruxelles» connaissait l’état amoureux de Léopold, mais la chose restait plus ou moins non dite. Dès 1850, Arcadie se voit aussi offrir le domaine d’Eppinghoven, 123 hectares comprenant un ancien couvent, des fermes et des terres, à Holzheim en Allemagne. L’année suivante, elle reçoit le château du Stuyvenberg à Laeken (N.d.l.r. : il sera racheté par Léopold II en 1889). Cela s’ajoute, bien entendu, à des versements en liquide qui permettent à Arcadie de développer un haut train de vie. «Elle aimait parader dans les rues de Bruxelles à bord de beaux carrosses», précise M. Capron.

Résidant le plus clair de son temps à proximité du Palais, Arcadie reçoit souvent Léopold. Elle le rejoint aussi dans ses divers déplacements à l’étranger. « D’évidence, le Roi était très amoureux », avance Victor Capron qui, dans les greniers de descendants naturels du Souverain, a trouvé certains documents assez parlants. Il s’agit par exemple de petits mots doux signés d’un « L » orné d’un petit coeur avec des déclarations écrites du genre: «Arcadie,je t’aime et je t’adore ». Dans des archives qu’il a pu découvrir en Afrique du Sud, Victor Capron amis la main sur une autre pièce inédite : un agenda personnel d’Arcadie datant de 1854. Au jour le jour, l’amante, qui a alors 28 ans, rend compte de l’intensité de sa relation amoureuse avec un Léopold, certes âgé de 64 ans, mais apparemment encore plein de vivacité. Dans ce « diary », les annotations de la jeune femme sont courtes mais relativement parlantes. «J’ai vu trois fois mon ami, il a été si bon pour moi» ; «Très grande fête. Passion» ; « Grande fête, très voluptueux»; «Le matin, sa visite m’a rendue heureuse, il était bien aimant» ; «Visite le matin, camélias, visite l’après-midi, bouquet délicieux. Doux serments» «Délicieux! Amour passion ». Etc...

De cette idylle clandestine qui durera plus de vingt ans naîtront deux enfants. «Le premier fils d’Arcadie voit le jour à Liège, le 14 novembre 1849», explique Victor Capron. « Cet enfant, doublement adultérin, est prénommé Georges, Frédéric, Ferdinand, Henri. Georges et Frédéric sont des prénoms de Léopold 1 tandis que Ferdinand est le prénom de Meyer, le faux mari d’Arcadie », relève notre fouineur. A l’époque, la reine Louise-Marie est encore en vie. Elle n’a que 38 ans, mais elle est très malade. Elle mourra un an plus tard. Dans un tel contexte, il va de soi que la naissance de Georges se passe en toute discrétion... Au couvent Saint-Joseph des Filles de la Croix, rue Louvrex, à Liège.

Moins de précautions sont prises lors de la venue au monde du second fils naturel de Léopold 1 Capron explique que «cet enfant naît le 25 septembre 1852 au château de Stuyvenberg et se prénomme Chrétien Frédéric Arthur. Chrétien et Frédéric sont des prénoms de Léopold 1 Arthur, qui deviendra son prénom usuel, renvoie indubitablement au souve nir du duc de Wellington, né Arthur Wesley, dé cédé le 14 septembre 1852, soit une dizaine de jours auparavant».

Dans les dernières années de sa vie, Léopold 1” n’aura de cesse de vouloir assurer l’avenir de sa jeune amante et de ses fils naturels. «Dès avril 1857, il rédige un testament qui vise à ce que ses héritiers ne puissent intenter une action en revendication contre sa petite famille il légitime », détaille Victor Capron. On y lit notamment cette phrase: «Tout ce que j’aurai donné de mon vivant, toutes les sommes aux quelles j’aurai donné une destination de mon vivant, de quelle nature qu’elles puissent être, tout cela ne fait pas partie de ma fortune à partager entre quatre parts, et n’est et ne sera susceptible d’aucune réclamation».

En 1859, Léopold fait un pas de plus. Il crée une fondation de bienfaisance à Cobourg, la Leopoldstiftung für Krankenpflege (ndlr: Fondation léopoldienne pour les soins aux malades), qu’il dote de ressources provenant de sa cassette personnelle. Elle sera gérée par cinq administrateurs, tous des hommes de confiance du Roi, tous des Cobourgeois. « Les historiens ne s’étaient jamais fort intéressés aux activités de cette fondation », explique Capron. «De rares auteurs se sont contentés d’en signaler l’existence afin de souligner les mérites du roi philanthrope... Cependant, des recherches approfondies en Allemagne m’ont permis de mettre à jour la véritable vocation de la Leopoldstiftung. Elle a été mise sur pied pour gérer la constitution d’un fonds secret destiné à fournir une rente à Arcadie et à ses enfants après la mort de Léopold ».

Prouvant le sérieux de ses recherches, M. Capron produit de nombreux documents inédits rédigés par le roi Léopold. Des actes notariés que l’Histoire officielle avait fort opportunément oubliés en Allemagne. Ainsi en va-t-il d’« instructions pour la gestion des fonds secrets par la Leopoldstiftung » données par un souverain très déterminé à protéger les enfants nés de sa passion amoureuse. Tout en remettant aux administrateurs de la Fondation une enveloppe fermée à ouvrir après sa mort et dans laquelle sont précisées les identités d’Arcadie, de Georges et d’Arthur, il donne les consignes écrites suivantes : le capital de la fondation «ne doit en aucun cas être remis à d’autres membres de la famille, si ce n’est aux deux frères (N.d.l.r. Georges et Arthur) ou à leur descendance légitime. Au cas où ces personnes n’accepteraient pas ce capital, il reviendrait à Nos Princes. Les intérêts du capital sont destinés à assurer la subsistance aussi bien d’une troisième personne, également dévoilée dans l’annexe scellée et qui est la mère de ces deux frères, que des deux frères eux-mêmes jusqu’à leur 25’ anniversaire. Dès mon décès, sur les intérêts produits par les fonds secrets, il y a à payer à la mère des deux frères, c son vivant, une rente de 60 000 francs (N.d.l.r.: ce qui équivaut à 307 690 euros actuels ou encore 12 412 200 millions de francs, selon une estimation qui nous est communiquée par la Banque nationale de Belgique), à verser par mensualités...»

Ce long document, impossible à citer intégralement ici -mais qui est détaillé dans le livre de Victor Capron- prévoit aussi le versement d’une pension alimentaire pour chacun des enfants: 10000 francs de l’époque jusqu’à leurs 16 ans (soit 51 280 euros actuels ou 2 068 000€ francs), 15 000 francs (soit 79920 euros ou 3103000 francs) jusqu’à leurs 25 ans, et ensuite versement de la moitié du capital. «Au cas où les deux frères seraient décédés, sans descendance légitime, avant leur 25ème année, le capital ainsi libéré reviendrait à notre prince cadet Philippe, Comte de Flandres », précise encore Léopold 1”…

Afin de sécuriser un peu plus encore la situation de ses enfants illégitimes, le Roi formulera aussi le projet de leur donner un titre de noblesse. Mais, selon les recherches de Victor Capron, « il se heurtera au refus du gouvernement belge ». Qu’à cela ne tienne. Le Roi adressera alors une demande d’anoblissement à son neveu, le duc Ernst II de Cobourg. C’est ainsi qu’aux âges de 10 et 13 ans, Arthur et Georges Meyer obtiennent un titre de noblesse allemand. Nous sommes en 1862: ils s’appelleront désormais baron von Eppinghoven, du nom du domaine offert quelques années plus tôt à Arcadie. Par la même voie, elle-même sera anoblie, avec un titre de baronne en 1863.

En décembre 1865, le roi Léopold meurt. A l’époque, la rumeur court que peu de temps avant l’issue fatale, il aurait contracté mariage avec Arcadie Claret à l’occasion d’un voyage en Angleterre ou en Italie. Malgré de nombreuses recherches, Victor Capron n’a pu étayer cette information. Par contre, il a pu retracer le parcours de la descendance illégitime du Roi. Après la disparition de Léopold, Arcadie part vivre en Allemagne avec ses deux fils. «Elle mène grand train», explique l’auteur. «Attelages, chasses, serviteurs, jardin artistique, linge personnalisé avec ses initiales surmontées d’une couronne à sept branches, nombreux séjours à la Riviera, etc... La fortune est immense mais les dépenses aussi. Avec ses fils, elle se lancera dans d’innombrables opérations immobilières, pas toujours heureuses. Pressée par des fils joueurs, dépensiers et toujours à court d’argent, elle va aussi plusieurs fois demander des avances sur le capital constitué par la fondation ».

Lorsqu’elle meurt en 1897, Georges et Arthur se partagent ce qui reste. Soit environ 1 million de marks, ce qui est toujours une somme très considérable... Mais pas encore suffisante pour eux. L’alcool, les chasses, le jeu, la dévaluation du mark et une gestion calamiteuse du parc immobilier constitué par leur père concourront à tout dilapider sur le seul temps de leur existence. Née en 1894, une fille d’Arthur nommée Louise-Marie vivra en région bruxelloise, rue Gérard à Etterbeek, jusqu’en 1966. Elle na pas eu de descendance. Il est intéressant de relever que, malgré ses origines cachées, elle bénéficiera jusqu’à sa mort du soutien financier de plusieurs membres de la famille royale, dont la reine Elisabeth, le prince Charles ou encore le roi Baudouin.

Du côté des enfants de Georges, c’est plus compliqué. Les petits-enfants de Léopold 1er eux-mêmes furent aussi «illégitimes» dans un premier temps. Georges les ayant conçus avec une servante de sa mère qui deviendra sa femme officielle sur le tard. Née en 1891, Marianne von Eppinghoven, sa fille aînée, était atteinte de schizophrénie. Elle est morte seule, oubliée de tous, dans un hôpital psychiatrique allemand en 1973.

Georg Il, né en 1892, fut un héros de l’armée... prussienne pendant la première guerre mondiale. Ce qui provoqua des dissensions dans la famille, vu que Arcadie, la troisième petite-fille naturelle de Léopold 1 avait épousé, quant à elle, un officier de l’armée britannique. Cette situation de conflit a contribué à la mauvaise gestion des derniers biens qui restaient en possession des von Eppinghoven et à l’immigration de Georg II vers l’Afrique de 1’ Est. Et puis, plus tard, n y ayant pas trouvé fortune, vers le Canada, à Toronto. C’est là que l’un de ses fils vit encore. L’arrière-petit-enfant de Léopold 1 soit Alarich von Eppinghoven, né en 1930. Lequel a eu des jumeaux : Armin et Ralph, qui ont vu le jour en 1960. Les derniers né des von Eppinghoven sont Konrad, né à Vancouver en 1997, Derek né à Mississauga (Ontario) en 1999 et Alexander né à Toronto en 2001. Troisième petite-fille naturelle de Léopold 1 Arcadie von Eppinghoven a eu également une abondante descendance que l’on retrouve principalement en Afrique du Sud, à Johannesburg, où elle immigra après le décès de son mari, l’officier britannique Eric Tebbitt.

Au cours de ses patientes recherches, Victor Capron a rencontré beaucoup de ces descendants naturels de Léopold 1 «Selon les cas, ils étaient plus ou moins conscients de l’importance de leur histoire familiale. J’ai aidé à ce que certains contacts puissent avoir lieu entre la branche sud-africaine et celle installée au Canada. Je crois que je leur ai aussi donné pas mal d’informations qui les ont fortement intéressés. Ils me l’ont bien rendu en étant très coopératifs. Ce sont des personnes ordinaires. Des gens qui, généralement, vivent de manière aisée mais uniquement des revenus de leur travail. Une sorte de revanche sur certains de leurs ancêtres qui ont dilapidé le patrimoine familial. Ils connais sent ou ont mieux découvert leurs origines royales, mais ces cousins éloignés d’Albert II, fort sympathiques au demeurant, ne revendiquent rien. Ils préfèrent regarder vers l’avant plutôt que vers le passé. Leur vie est désormais si éloignée de notre pays»....

Pour en savoir plus: Victor Capron a publié ses recherches dans un livre édité â compte d’auteur: « Sur les traces d’Arcadie Claret, le grand amour de Léopold 1”. » Renseignements : Victor Capron, BP28, 1050 Bruxelles 5. Tél:02/640.27.63. Prix : 25 €

10:12 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : monarchie, belgique, histoire |  Facebook |

02/07/2007

Olivier Chastel (310507)

Entretien publié dans l’hebdomadaire belgo-français « La Libre Match », le 31 mai 2007.

Olivier Chastel : «Un retour aux urnes serait la meilleure solution»

ChastelphotoIntronisée dans la foulée des "affaires" pour "gouverner autrement", la tripartite PS-CDH-MR n'aura duré que six mois. Et voici qu'à quelques jours à peine des législatives, la cité carolo, sa mauvaise réputation et son interminable liste de casseroles, plus fondamentalement aussi le thème de l'éthique en politique, reviennent au centre du débat électoral. L'homme qui, une nouvelle fois, a mis le feu aux poudres s'appelle Olivier Chastel. Avec son collègue Philippe Sonnet, un fin stratège en politique qui est aussi son conseiller, il vient de claquer la porte du collège des échevins carolos. Côté francophone, ce sera sans aucun doute l'évènement-clé d'une campagne électorale qui était restée très morne jusque là. "Je suis certain d'avoir pris la bonne décision", dit Chastel.

La Libre Match. Voilà, c’est fini. Vous n’êtes plus échevin de la ville de Charleroi. En un seul mot, quel est votre état d’esprit alors que vous préparez vos caisses?

Olivier Chastel. Soulagé!

Mais encore?

J’ai ressenti les dernières manoeuvres de communication du PS pour créer la confusion dans la population à propos de la démission de l’échevin Jean-Pol Demacq comme une véritable trahison. C’est la goutte qui a fait déborder le vase. De trop nombreux événements avaient déjà alourdi le climat dans la majorité à Charleroi et ils avaient contribué à rendre très difficile le travail de fond auquel nous nous employions depuis le 4 décembre. Malgré cela, le MR avait fait preuve d’une loyauté exemplaire et spontanée. Nous attendions une même loyauté de la part du PS et ce que nous avons reçu, c’est un coup de couteau dans le dos!

Lors de la conférence de presse annonçant votre dé mission, vous sembliez avoir les larmes aux yeux...

On n’abandonne pas un travail entrepris aussi facilement. Mais je suis certain d’avoir pris la bonne décision. Je suis intimement persuadé que Charleroi avait besoin de cet électrochoc. Par la faute du Parti socialiste, on allait revivre une banalisation de l’infraction. Quand j‘ai entendu Elio Di Rupo dire qu’il n’y avait rien de neuf dans ce dossier et qu’il ne devait donc pas y avoir de conséquences, j’ai bien compris que le PS ne prenait pas conscience de la gravité de la situation. Quand j’ai entendu un collègue échevin du PS, M. Massin, dire qu’il devait d’abord analyser le dossier avant de se prononcer sur ce que devait faire M. Demacq, je me suis dis qu’il n’y a pas de rupture par rapport au passé dans ce parti. Lors de l’élaboration du pacte de majorité, les échevins socialistes ont signé un document par lequel ils s’engageaient à démissionner sur le champ en cas d’inculpation. Entendre de la bouche d’Elio Di Rupo d’un côté, d’un échevin socialiste dit rénovateur de l’autre, ce genre de considérations, m’a démontré, en vingt-quatre heures, combien le fossé était grand entre eux et nous.

Disons les choses sans langue de bois: n’était-il pas naïf d’espérer arriver à quelque chose de positif pour Charleroi en entrant dans un collège notamment composé de trois échevins PS issus de l’ancienne majorité socialiste absolue?

Je vais répondre franchement: oui, nous avons commis une erreur de naïveté! Nous avons été naïfs de croire la parole du PS qui nous garantissait qu’il n’y aurait plus de problèmes de justice aux conséquences graves pour la ville. Au moment de la négociation de cette majorité, nous aurions dû être plus fermes sur la présence au sein du collège de ceux qui avaient exercé des responsabilités sous la législature précédente. Au lendemain des élections communales, nous avons accordé notre confiance au PS quand il a choisi ses échevins. Nous l’avons maintenue quand, après l’inculpation du bourgmestre Jacques Van Gompel, il a fallu remanier l’équipe avec l’intervention de M. Di Rupo lui-même. Ce que nous venons de vivre nous montre que nous nous sommes trompés.

Ces derniers événements ne sont-ils pas du pain béni pour les écolos, seul parti démocratique de la ville à ne pas s’être embarqué dans ce navire qui prend l’eau?

Ce n’est du pain béni pour personne.

Quel est le processus de réflexion qui vous a conduit à dire, dans un premier temps, que vous alliez continuer dans la tripartite qui dirigeait la ville et puis, dans un second mouvement, deux jours plus tard, d’annoncer votre démission et celle de votre collègue Philippe Sonnet?

D’abord, il faut savoir que Jean-Jacques Viseur et moi, samedi dernier, nous avons dû négocier pendant quatre heures avec les socialistes pour obtenir la démission de Jean-Pol Demacq!

Ce dernier n’en voulait pas?

Dans un premier temps, non. M. Demacq estimait n’avoir pas grand chose à se reprocher et je peux le comprendre. Les chefs d’inculpation précisent globalement qu’il a manqué de réaction lorsque l’ancien collège s’est lancé dans des procédures douteuses. Il n’empêche: nous avions convenu qu’une inculpation, quelque soit son motif, équivalait à une démission.

Pourquoi alors a-t-il fallu discuter de cela pendant quatre heures?

Parce que ce débat a été émaillé de multiples suspensions de séances demandées par la majorité socialiste qui était, de son propre aveu, en liaison permanente avec M. Di Rupo et son entourage. Et qu’à ce niveau supérieur des instances socialistes, la consigne était très claire tout faire pour éviter que M. Demacq démissionne pendant la campagne électorale.

En contradiction avec l’accord de majorité?

C’est très clair, oui. Quand nous sommes entrés en réunion, samedi matin à 10 heures, Jean Jacques Viseur (CDH) et moi, nous avons tout de suite dit au bourgmestre que pour surmonter cette énième crise, il faudrait une attitude sans équivoque. La première phrase de Léon Casaert a été d’une toute autre nature: «En ce qui nous concerne, on ne voit pas très bien pourquoi M. Demacq démissionnerait ! ». Il a fallu trois heures de discussion, un long cheminement, étape par étape, pour arriver à la démission. D’abord, M. Demacq voulait tout de même terminer l’année scolaire. Il imaginait réunir un conseil communal pendant les vacances afin d’officialiser sa démission à ce moment-là.

Pour quelles raisons?

Il voulait faire les remises des prix dans les écoles! On lui a dit non. Stade suivant: il voulait démissionner au conseil communal du 25juin en continuant son mandat jusque là pour «régler un certain nombre de problèmes». On lui a signifié que c’était impossible éthiquement ; qu’on ne pouvait délivrer un tel message négatif à la population. On ne pouvait imaginer qu’il continue, après son inculpation, à participer au collège, à des manifestations publiques, qu’il prenne encore des décisions pour compte de son département. Et finalement, à 13 heures, M. Demacq nous a rédigé sa lettre de démission, un acte uni latéral et sans délai. On a encore discuté pendant une heure sur la question de la redistribution des compétences au sein du collège. Viseur et moi, nous étions arrivés à nos fins. J’étais rassuré et, le samedi après-midi, c’est dans cet état d’esprit que j’ai participé à une conférence de presse avec le bourgmestre et l’échevin des finances. Ce n’est que quelques heures plus tard que j’ai compris que le PS nous avait poignardé dans le dos. Le CDH autant que le MR d’ailleurs...

De quelle manière?

Je me suis rendu compte en écoutant des commentaires que me faisaient des journalistes et au travers d’une dépêche Belga que le mes sage était brouillé. La presse semblait vouloir annoncer que Demacq resterait provisoirement en fonction, qu’il continuerait dans l’intérêt de l’enseignement carolo d’exercer son mandat jusqu’à la fin de l’année scolaire, qu’il présenterait sa dé mission au conseil communal du 25juin... Dès lors, je me suis demandé qui était allé communiquer ce genre d’information alors que nous avions été très clairs en conférence de presse. J’ai téléphoné à l’auteur de la dépêche Belga qui m’a révélé que c’était un communiqué officiel de la ville sur papier à en-tête, au nom du collège, qui avançait toutes ces contre-vérités!

Qui est l’auteur de ce vrai-faux « communiqué»?

Au moment où je vous parle, je ne le sais toujours pas! J’ai pourtant essayé de contacter le bourgmestre et son entourage que l’on sait performant puisqu’il a été désigné par M. Di Rupo... Personne n’a su m’expliquer pourquoi, alors que nous étions en discussion pour imaginer la sortie de cette crise, quelqu’un a profité des nombreuses suspensions de séances, dans le dos de Jean-Jacques Viseur et de moi-même, pour rédiger un communiqué de presse et le publier au nom du collège. C’est de la trahison ! Le communiqué a été diffusé une heure avant la fin de la négociation. Et on y explicitait l’inverse de ce à quoi nous allions aboutir!

Comment décodez-vous cette stratégie du « communiqué parallèle»?

C’est une stratégie de campagne électorale du PS. Ce parti a voulu brouiller le message au tour de l’« affaire Demacq », afin de minimiser l’impact de la démission et de l’inculpation de l’un de ses échevins. Le PS a fait en sorte que la population de Charleroi n’y comprenne plus rien. Samedi, vers 18heures 30, j’ai découvert le contenu du communiqué. C’est là que j’ai pris conscience de ce travail de sape et de désinformation; du piège électoral qui avait été tendu par les socialistes. A ce moment-là, je voulais déjà faire un esclandre. Mais le dimanche, je me suis rendu compte que la situation était encore plus grave que cela...

C’est-à-dire?

Comme tous les dimanches matins, je me suis promené sur le marché de Charleroi. Quel contraste dans l’accueil des gens par rapport aux dimanches précédents! C’était affolant. Effectivement, ils ne comprenaient plus rien et les questions critiques fusaient: «Demacq ne dé missionne pas tout de suite ? », «Vous êtes tom bés sur la tête ? », «Vous le laissez en fonction jusqu’à la fin de l’année scolaire? ».

Comme si le MR était prêt à avaler n’importe quelle couleuvre pour rester au pouvoir à Charleroi?

Exactement ! Toute une série de commentaires allaient dans ce sens-là. Sur ce marché, j’ai rencontré ma collègue Véronique Salvi (CDH). Je lui ai fait lire ce communiqué de la ville dont elle n’avait aucune connaissance. Elle était effondrée et scandalisée. Elle m’a dit alors qu’elle comprenait mieux l’hostilité des gens sur le marché... Le piège du PS avait parfaitement bien fonctionné. Alors, je me suis dit que des milliers d’autres personnes à Charleroi avaient dû être abusées par la manoeuvre des socialistes. Qu’elles devaient être révoltées en ayant perçu comme message que le pouvoir communal semblait accepter sans broncher une inculpation de plus d’un échevin... Et que toutes les familles politiques de Charleroi réagissaient en ce sens de manière soudée, sans trop s’émouvoir, puisqu’on laissait à M. Demacq la possibilité de terminer l’année scolaire. Pour moi qui me suis inscrit dans un combat pour retrouver l’éthique et l’efficacité à Charleroi, c’était parfaitement insupportable. Comme je vous l’ai dit, avant de prendre attitude, j’ai essayé d’avoir plusieurs fois le bourgmestre au téléphone pendant ce long week-end, mais sans succès. En fait, le seul responsable politique socialiste qui m’a répondu, c’est Jean-Pol Demacq lui-même. Je lui ai visible ment révélé l’existence du communiqué. Il m’a dit: «Si j’avais participé à la rédaction d’un tel texte, je ne pourrais plus te regarder en face. C’est exactement l’inverse de ce à quoi je m’en gage dans ma lettre de démission ». Quand il a découvert que ce communiqué était sorti alors que nous étions encore en cours de négociation, il m’a dit qu’il ne voyait qu’une possibilité: une intervention d’une autorité supérieure à Casaert.

Autrement dit, le communiqué aurait été inspiré par le boulevard de l’empereur?

Je pense en effet que c’était clairement une stratégie électorale diligentée par les instances supérieures du PS.A Charleroi, je vous le rap pelle, Léon Casaert et son entourage ne répondent qu’à Elio Di Rupo...

Dans le même temps, vos adversaires politiques ne cessent de répéter que votre démission n’est pas votre décision, mais celle de Didier Reynders...

C’est faux. Si Didier Reynders m’avait de mandé de démissionner contre ma volonté, je ne l’aurais pas accepté. Philippe Sonnet et moi, nous avons consulté nos mandataires communaux. Après l’exposé de la chronologie des faits, ils ont ressenti une telle trahison qu’ils nous ont très clairement demandé de démissionner. Pour être tout à fait clair, sachez qu’en entrant en réunion au siège du MR avec nos mandataires, Philippe Sonnet et moi, nous n’avions pas cette intention! Nos mandataires nous ont convaincu que c’était l’intérêt de Charleroi de poser un acte fort. En allant vers la maison de la presse pour annoncer cette décision, j’ai appelé Didier Reynders. Il m’a répondu: «Es-tu certain de la décision qui a été prise ? ». Je veux dire par là qu’il n’a donné aucun ordre. Il était plutôt sur pris, mais il a respecté le débat démocratique au sein du MR de Charleroi.

Sans le PS, il n’est pas possible de former une majorité pour gouverner Charleroi. Dès lors, ne se trouve-t-on pas désormais dans une impasse?

C’est ce que prétendent certains en criant à «l’irresponsabilité» des échevins MR. Moi, je vois que le CDH n’est pas du tout embarrassé de travailler avec le partenaire socialiste dans ces conditions. Ils ont une majorité. Si le CDH estime devoir mettre son éthique et ses convictions de côté pour continuer avec le PS sans rien changer, c’est son problème. Son cas de conscience à lui.

André Antoine (CDH) a clairement dit aussi qu’il faudra un troisième partenaire pour reformer un pacte de majorité à Charleroi...

C’est le seul CDH à dire cela! Et c’est de nouveau une façade électorale! Qu’a déclaré Joëlle Milquet dès le lundi soir? «Nous restons! ». Le CDH est très accroché à son siège d’échevin. Et pour cela, il en arrive à cautionner les manoeuvres du PS après en avoir été scandalisé. Ce parti, comme à son habitude, est capable de toutes les contorsions pour avoir un petit bout de pouvoir! Pour que l’on ne parle plus de tout cela jusqu’aux élections, la majorité résiduelle a décidé de mettre la ville en affaires prudentes. On fait miroiter qu’après le scrutin, dans le calme revenu, toutes les familles démocratiques reviendront autour de la table, que le MR pourrait même revenir dans la majorité... Tout cela n’est que stratégie électorale ! Nous le savons de mandataires CDH: dans ce parti, on connait déjà les noms des échevins qui nous remplaceront. Leur stratégie consiste à mettre le voile pendant les dix jours qui nous séparent de l’élection. Ensuite, mais ensuite seulement, vous verrez que tout sera limpide! D’ailleurs, le PS est beaucoup plus clair sur ce point. Il a déjà annoncé la couleur en laissant entendre que le pacte de majorité modifié le conduira à gouverner avec le seul CDH. Bien évidemment!

Et si on vous propose tout de même, de revenir?

Dans les circonstances actuelles, c’est niet. Mais nous avons énoncé lundi plusieurs conditions indispensables pour accepter une éventuelle discussion d’ouverture. Une communication sans ambiguïté sur la démission de Demacq. Que le collègue décide collégialement de la redistribution des compétences de cet échevin démissionnaire; que la majorité prenne conscience de la véritable ampleur de la situation dans la quelle se trouve l’administration communale de Charleroi : sans une administration motivée, performante et bien gérée, aucune politique ne peut être mise en place.

Vous pourriez donc envisager de retravailler avec des personnes comme MM. Casaert et Parmentier, qui ont appartenu à l’ancienne majorité socialiste absolue?

Non, aujourd’hui, je ne commettrais pas la même erreur.

Si c’est pour revenir, ce serait donc sans Casaert?

Oui.

Un retour aux urnes serait-il souhaitable?

Ce serait la meilleure solution. On nous a déjà volé les élections en octobre 2006 puisque l’appareil judiciaire s’était calmé durant le mois de septembre qui précédait... Pour inculper Jacques Van Gompel au lendemain du scrutin communal alors qu’il était tête de liste ! On ne m’enlèvera pas de l’idée que si le judiciaire avait suivi son cours normal, le résultat de ce vote au rait été bien différent. Oui, je pense que la situation exceptionnelle que connaît Charleroi aujourd’hui mériterait un remède exceptionnel. Que l’on consulte une nouvelle fois l’électeur !

 

 

19:54 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : charleroi, affaires, ethique |  Facebook |