04/12/2008

CILE (30/11 et 04/12/08)

Dossier évoqué sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 30 novembre 2008 et publié dans l'hebdo Paris Match (Belgique), le 4 décembre 2008

A Liège, certains transformaient-ils l’eau en or ?

En juin dernier, des perquisitions avaient lieu dans les  locaux de la Compagnie Intercommunale Liégeoise des Eaux (CILE) à Angleur. En cause, les allégations d’un informateur qui dénonçait des entorses aux règles sur l’attribution de marchés publics, des surfacturations et des faux et usage de faux. Ce témoin, Benoît Nicolay se confie pour la première fois dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match ».

 

LA SUITE DANS L’EDITION DE L'HEBDOMADAIRE PARIS MATCH (Edition Belge) PARUE CE JEUDI 4 DECEMBRE 2008

 

Complément à l’article publié dans Paris Match

Effet d’annonce ?

Le 2 mai 2007, dans son rapport de gestion, la SA VerSô déplorait une perte de 291.000 euros et expliquait ce mauvais résultat par « l'absence de chiffre d'affaire » et « les aléas du marché ». Ce même document attaquait Benoît Nicolay sans citer son nom : « Depuis la clôture de l'exercice au 31 décembre 2006, la société Proxibel et la société VerSô ont été victimes de propos indélicats, mensongers et calomnieux tenus par un salarié suite à son licenciement pour faute grave notifié par la société Proxibel. Ces faits ont porté atteinte à l'image et à la réputation de la société VerSô ainsi qu'à celle de ces mandataires sociaux. En conséquence, nous vous informons que les conseils de la société Proxibel ont été mandatés par le Groupe Proxiserve pour déposer plainte contre ce salarié ».

Réaction amusée de Benoît Nicolay : « C’est du vent comme le reste. Cette plainte je ne l’ai jamais venu venir ! Maintenant qu’ils vont me lire, peut-être vont-ils la déposer pour avoir un autre effet d’annonce mais cela ne m’impressionne pas ». Au Parquet de Liège, on nous indique qu’à la date du 28 novembre 2008 aucune plainte en diffamation n’avait été enregistrée à charge de M. Nicolay… Hector Magotte (CDH), le président du CA de Verso reconnaît n’avoir jamais vu cette plainte : « C’est les gens de Proxibel qui en ont parlé. Moi, je ne suis pas au courant du contentieux entre les Français et M. Nicolay dans le cadre de Proxibel… ».

 

Jean-Claude Phlyppo : « Je tombe des nues »

 

Au moment où Benoît Nicolay a commencé à remplacer des compteurs pour la CILE et quand Proxibel est entré en scène, trois personnes composaient le Comité de direction de l’intercommunale. José Stes, désormais pensionné, se refuse à commenter les propos de M. Nicolay. « Je ne veux pas polémiquer dans les médias. Si les enquêteurs ou le juge m’interpellent, je leur répondrai ». Roger Husson, l’actuel directeur ff de la CILE  ne désire pas non plus s’exprimer, vu qu’une instruction est en cours. Jean-Claude Phlypo (PS) qui a aussi été président du CA de VerSô au moment de sa création en 2005 explique qu’il lui semble tout à fait impossible que la CILE ait attribué des marchés à Proxibel ou à n’importe quel autre prestataire de travaux sans appel d’offre préalable. Il affirme n’avoir jamais entendu parlé de surfacturations ou de manipulation des stocks par Proxibel. « Je n’ai pas été entendu par la justice. Je ne connais même pas ce Monsieur Nicolay. S’il avait passé des contrats avec la CILE, j’aurais du le savoir. Je tombe des nues ».

M. Phlypo explique aussi avoir été à la manœuvre pour la constitution de la société VerSô qui est née à la suite de contacts avec les français de Véolia. Il admet que cette société n’a pas très bien réussi… Raison pour laquelle lui et les autres administrateurs ont renoncé après un an de participation au CA d’être rémunérés. M Phlypo signale enfin que, depuis deux ans, il ne joue plus aucun rôle au sein de la CILE ou de VerSô.

 

No comment…

Les numéros de téléphone des sociétés Proxibel SA et Proxibel Holding ne sont plus attribués. Le message que nous laissons sur le portable de P.L. qui a assuré la gestion journalière de VerSô et de Proxibel SA est resté sans suite.

Jean Quéau, secrétaire général de Proxiserve, administrateur délégué de Proxibel et de VerSô déclare n’avoir « aucun commentaire à formuler », lorsque nous lui annonçons notre intention de publier les propos de M. Nicolay : « Je suis pour la liberté d’expression. L’affaire est entre les mains de la justice belge en laquelle nous avons entièrement confiance ».

C’est  aussi le point de vue de Jean-Géry Gobeau (PS), l’actuel président du CA de la CILE. Via son porte-parole, il nous dit : « M. Nicolay a le droit d’exprimer son point de vue mais on ne va pas commenter cette affaire alors qu’elle est entre les mains de la justice ».

M. Goldine (MR) qui a participé à la création de Proxibel et est administrateur dans VerSô explique que VerSô est en dissolution et qu’il n’est pas habilité à faire des commentaires sur les propos de M. Nicolay. Et de nous conseiller de nous adresser à… Jean Quéau de Proxiserve.

Hector Magotte (CDH) qui a succédé à Jean Claude Phlypo à la présidence du CA de VerSô explique qu’il est en train de gérer la fin de cette société qui a échoué « parce que Proxibel n’a pas rempli sa part du contrat avec la CILE en ne trouvant aucun client ». Pour le reste, cet interlocuteur ne sait rien du conflit qui oppose Proxibel et M. Nicolay. Pour information, on signalera que le capital de VerSô, société naufragée, n’a pas seulement été alimenté par Proxibel Holding. Il l’a été aussi, à hauteur de 240.600 euros, par la Caisse des Pensions et de Secours du personnel de la CILE.

15:18 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cile, proxibel, nicolay, verso |  Facebook |

09/11/2008

Lionel Vandercam (11 et 150508)

Affaire évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match", le 11 mai 2008 et dans Paris Match (Belgique), le 15 mai 2008.

LES CONTRIBUABLES DOIVENT-ILS PAYER POUR L’ASSUREUR ?

 

lionel« L’assureur pourrait économiser plus de 2 millions d’euros en indemnités et ce sont les contribuables qui paieront cette somme à sa place », dénonce Lionel Vandercam.

 

« A mon admission à l’hôpital, mon score de Glasgow était de 5 sur 15… On considère que quelqu’un est décédé lorsqu’il obtient 3 sur 15. Je suis resté aux soins intensifs pendant sept semaines durant lesquelles j’étais entre la vie et la mort. J’ai fait trois arrêts cardiaques. On m’a opéré quatre fois. J’ai surmonté plusieurs pneumothorax, une méningite post-opératoire. J’ai souffert d’une perforation de l’estomac, d’une hémorragie pulmonaire… Et bien entendu mon corps a aussi reçu la visite d’un invité-surprise qui ne m’a plus quitté : un staphylocoque doré, autrement appelé « bactérie hospitalière ». Ensuite, j’ai passé près de huit mois de revalidation au C.t.r. (N.d.l.r : le Centre de traumatologie et de réadaptation). J’ai récupéré ce que j’ai pu et le combat continue. Mais la réalité est là : je suis paraplégique. Je ne sens plus rien depuis mes pieds jusqu’à la moitié du torse. Sauf avancée extraordinaire de la médecine, je ne marcherai plus jamais. »

 

Lionel Vandercam a 25 ans. C’est un survivant. Le 12 février 2004, alors qu’il était passager, son corps a été littéralement éjecté d’une voiture qui a fait une embardée dans une rue de Lasne pour cause de vitesse excessive. Avant ce coup du destin, Lionel était un jeune homme bien servi par le hasard de la naissance et dont la vie était programmée pour être un long fleuve tranquille. Un milieu aisé, une belle villa dans le Brabant wallon, assez de moyens pour financer sa passion pour le sport… automobile. Des études de droit et, à 21 ans déjà, la perspective de reprendre l’entreprise florissante de son père. « Avant cet accident, les amis étaient nombreux. La vie était douce », résume-t-il.

 

En nous rendant chez Lionel, nous nous étions préparés à rencontrer un homme en souffrance. Mais ce n’est pas du tout une image de douleur qu’il nous transmet. Ne niant nullement son handicap, cet homme-là continue résolument à regarder la vie en face. Il lui tend encore les bras. Prêt à accueillir le meilleur du possible. « Je n’ai pas toujours été dans cet état d’esprit » confie-t-il. « Mais Rudy Bogaerts m’a secoué après mon accident et cela m’a fait du bien. » Rudy Bogaerts ? Il s’agit de feu le précepteur du prince Laurent qui a aidé Lionel à réussir le jury universitaire. Tel un sage, Lionel déclare : « J’accepte ce qui m’est arrivé. Il n’y a pas de meilleure solution. Je me dis que j’ai la chance de vivre dans un milieu protégé avec des parents disponibles. J’ai conscience que certaines personnes doivent cumuler handicap, problèmes sociaux, familiaux ou autres… ». Pas de haine, pas de reproches à l’égard de celui qui conduisait la voiture le soir du drame. Même pas un bras d’honneur à ce foutu destin qui lui a craché au visage alors qu’il semblait tant vouloir lui sourire.

 

Personne ne s’en étonnera : la justice n’en a pas encore terminé avec ce dossier. Il a fallu attendre le 13 septembre 2007 pour qu’un premier débat sur la responsabilité soit définitivement clôturé en degré d’appel par le tribunal correctionnel de Nivelles : Lionel doit être indemnisé par l’assurance du conducteur. « Cette réparation doit m’aider à retrouver un confort de vie similaire à celui qui était le mien avant l’accident. Un débat très complexe. Que vaut un préjudice esthétique ? Comment indemniser la perte de telle ou telle fonction du corps ? Etc. »

 

Le 4 février 2008, le tribunal de police de Nivelles prononçait un jugement intermédiaire portant sur l’évaluation de quelques-uns des nombreux dommages supportés par Lionel ; son dispositif confirmant de manière éloquente que la procédure est lourde et compliquée : les cinquante pages de considérants de cette première décision ne suffisent pas à clôturer l’affaire… après d’âpres débats opposant le conseil de l’assurance à celui de Lionel.

 

Par exemple, ce dernier demandait le remboursement de sommes avancées pour l’achat de médicaments, de matériel divers (lit adapté, table de traitement), etc. Pour diminuer cette facture, l’assurance du conducteur a plaidé qu’« il y a lieu de déduire du coût total de ces frais, le coût normal de l’entretien journalier de la victime que celle-ci eut dû normalement supporter si elle n’avait pas été blessée et hospitalisée ». Le tribunal lui répondra que « s’il est possible que “certaines économies” aient été faites durant l’hospitalisation », l’argument soulevé par la compagnie d’assurance était nul et non avenu dans la mesure où Lionel ne réclamait pas le remboursement de frais de nourriture, de lecture ou de téléphone…

 

Autre « joli » débat que celui portant sur le montant de l’indemnisation de l’« incapacité temporaire » de Lionel durant son hospitalisation. Pour son avocat, ce dommage devait être calculé sur base de 37,50 euros par jour… Mais l’assurance a objecté que durant les quatre premières semaines, ce dommage ne valait que 4 euros par jour. Argument ? Une personne dans le coma souffre moins, tant sur le plan moral que physique… Le tribunal a rétorqué « qu’il n’est nullement établi que M. Vandercam n’aurait eu aucune conscience durant cette période (de coma), ni qu’il n’aurait eu aucune souffrance morale. Aucun élément objectif, aucun élément médical ne permet de l’affirmer ».

 

Venons-en à la raison pour laquelle Lionel a pris la peine de se déplacer sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match », dimanche dernier. Dans son jugement, le tribunal de police note que toutes les parties au procès admettent, sur base du rapport circonstancié d’un expert, que le jeune homme aura besoin de l’aide d’une « tierce personne » pendant tout le reste de son existence. A savoir, une « aide familiale  » devant pouvoir prester sept heures par jour, en service coupé, 365 jours par an. Et ce, « pour la préparation des repas, la lessive, le repassage, les courses, l’aide à l’habillage, à la toilette, au transfert, au placement de la chaise roulante dans la voiture… ».

 

Lionel raconte : « Avec notre avocat, nous avons calculé ce que nous coûtera cette tierce personne. En tenant compte de tout – salaire, cotisations sociales, travail de week-end, remplacements pendant les vacances etc. – ce poste représentera un coût de 21,8 euros l’heure. Devant le tribunal, l’assureur a répliqué que s’agissant d’une personne non qualifiée, je n’avais qu’à recourir au système des titres services déductibles ; cela réduisait sa contribution à quelque 7 euros de l’heure. Mon avocat a heureusement pu faire entendre aux juges que cette solution ne m’aurait pas garanti un service donné par un personnel de qualité qui ne soit pas amené, au surplus, à changer fréquemment. Disposant de plus d’un tour dans son sac, l’avocat de la partie adverse proposera alors au tribunal d’ordonner le recours aux services offerts par la Fédération aide et soins à domicile (F.a.s.d.) du Brabant wallon. Et le tribunal a suivi cette idée ! Il m’impose de passer par ce service subsidié par la Région wallonne pour autant qu’il puisse assumer l’aide qui m’est nécessaire. Le 19 mai prochain, une nouvelle audience aura lieu pour en débattre ».

 

Renseignement pris par Lionel, la F.a.s.d. affirme pouvoir fonctionner en tandem avec « Gardes à domicile », une association également subsidiée : « Pour les gardes à domicile, le coût est de 4,55 euros l’heure (en journée), de 5,7 euros (la nuit) et de 6,25 euros (le week-end). Ces gardes travaillent en équipe et se relayent. Elles ont un rôle similaire à celui d’un garde malade et apportent un “soutien moral à la personne”… Pas vraiment, ce dont j’ai besoin. Le coût horaire des aides familiales est de 8,2 euros. Elles interviennent en fonction de la disponibilité du service avec un maximum de 200 heures par trimestre, ce qui, au rythme de 7 heures par jour, n’aboutit jamais qu’à 28 jours… sur trois mois. Mais une demande de dérogation pourrait éventuellement être faite. Ces aides travaillent également en équipe, ce qui signifie que plusieurs personnes devront entrer dans mon intimité. De plus, le service est restreint, voir inexistant lors des congés ».

 

« EN M’IMPOSANT CETTE TOURNANTE D’AIDES FAMILIALES, LE TRIBUNAL NE FAIT PAS ÉPARGNER DE L’ARGENT AU TRÉSOR PUBLIC. C’EST MÊME EXACTEMENT LE CONTRAIRE »

 

Lionel est indigné car cette décision de justice le prive du choix de la personne à engager comme aide familiale. A savoir, quelqu’un qui pourrait le suivre sur un long terme dans une relation de confiance. « Le tribunal m’impose une solution au rabais. Je vais devoir subir un défilé permanent de personnes à mon domicile alors que certaines prestations dont je dois être l’objet demandent beaucoup d’attention et sont de nature intime (aide à l’habillage, toilette, transfert). J’accepterais une telle décision si elle correspondait à l’intérêt général. Mais ce n’est pas du tout le cas ! En m’imposant cette tournante d’aides familiales et de gardes dont les salaires sont en grande partie payés par des subsides de la Région wallonne, le tribunal ne fait pas épargner de l’argent au trésor public. C’est même exactement le contraire. Le seul bénéficiaire de sa décision est l’assureur qui pourrait ainsi économiser jusqu’à 2 millions d’euros ! »

 

De fait, le jeune homme a fait ses calculs : « Le coût horaire normal d’une aide familiale que je pourrais choisir moi-même, c’est-à-dire une personne non subsidiée par le contribuable, est d’environ 22 euros de l’heure. J’ai besoin de 2 555 heures par an. J’ai actuellement 25 ans et si je tiens compte de l’espérance de vie moyenne, je pourrais bénéficier de ce service pendant encore cinquante-deux ans. Dont coût pour l’assurance : 2 922 920 euros. Par contre, le coût horaire moyen du service bancal qui me sera offert par la  tournante des aides familiales subsidiées sera de 6,195 euros. Ce qui nous conduit à une somme de 823 067 euros d’indemnité pour une vie qui me conduirait jusqu’à l’âge de 77 ans. Voilà comment j’arrive à chiffrer une économie pour l’assurance de plus de 2 millions d’euros ! Et ce sont les citoyens qui payent la différence, sans le savoir, au travers de leurs impôts… »

 

 

Des avis très divers

 

Selon un avocat spécialisé dans les assurances, Lionel Vandercam a tout à fait raison de s’indigner du fait qu’une partie de son préjudice ne sera pas assumé par l’assureur du tiers responsable mais par la collectivité, au travers des subsides dont bénéficient les « aides à domicile » désignées par le tribunal : « Il n’est pas normal que la compagnie d’assurance échappe ainsi à une partie de sa responsabilité », nous dit cet avocat spécialisé.

 

Toutefois, l’un de ses confrères dit n’être « pas choqué par le principe d’un recours aux aides familiales subsidiées ». Pour lui, l’essentiel, c’est « la solution concrète permettant à la victime de retrouver une situation de vie aussi proche que possible de celle qu’elle a perdue. Le jugement qu’il critique a cette intention ». Quand à l’objection relative à l’économie incontestable que la compagnie d’assurance pourrait faire, ce juriste rétorque que « ce problème n’est pas celui de la victime ! Eventuellement, ce pourrait l’être du pouvoir subsidiant. La Région wallonne pourrait saisir un tribunal pour s’opposer à l’idée de contribuer à la réparation d’un préjudice assuré par une société privée qui est plus que largement solvable ».

 

Un troisième avocat confirme tout à fait ce point de vue et il le complète en évoquant « une erreur de stratégie de la victime » : « D’après ce que vous m’expliquez, Lionel a jusqu’à présent fait appel à ses parents pour recevoir les soins qui pourraient lui être attribué par la « tierce personne ». C’est ce qui se passe souvent dans ce genre d’affaire, mais ce n’est pas nécessairement une bonne idée. Certes, le magistrat ne pourrait pas tirer argument de cette situation pour estimer que l’aide d’une tierce personne (dans le passé, le présent et l’avenir) ne coûterait rien. Toutefois, il ne peut procéder qu’à une estimation. Et pour ce faire, il se référera à la jurisprudence. Laquelle renseigne qu’il est donné dans les environs de 10 euros l’heure pour ce type de prestation. Dès lors, si la victime a les moyens d’engager quelqu’un et de soumettre des factures déjà payées au tribunal, je lui conseillerais de prendre les devants : le juge et la partie adverse pourraient encore difficilement contester le vrai coût du service sur base des factures à payer ou déjà payées ! ».

 

Des avis divergents, mais il y a un point sur lequel les trois spécialistes consultés par Paris Match s’accordent : 7 euros l’heure pour une aide familiale, c’est fort peu. Combien cela vaut-il vraiment ? La réponse est vague. On pourrait la résumer ainsi : cela dépend du juge sur lequel on tombe… L’indemnisation pourrait monter jusqu’à 15 euros, voire 18 euros l’heure nous dit un avocat. Alors qu’un autre spécialiste nous affirme n’avoir jamais eu connaissance d’une décision qui octroierait plus de 10 euros l’heure…

 

« Embarras de conscience »

 

Ce manque d’uniformité dans ce domaine juridique complexe est dénoncé au sein même de l’appareil judiciaire. « Le droit de la réparation du préjudice corporel est en pleine turbulence. En l’absence de balises légales, les artisans de la réparation du préjudice corporel tentent au fil des ans d’approcher le Graal », écrit Thierry Papart, juge au tribunal de police de Liège. Ce magistrat a publié une étude intitulée « Préjudices particuliers : le juste prix ? » dans laquelle il relève que « le processus d’indemnisation est encore perfectible à bien des égards », car il ne répond pas toujours à des critères d’égalité et de transparence pour les justiciables. Cette homme de loi évoque d’ailleurs « le grand malaise qui envahit parfois le magistrat », ses « embarras de conscience (…) lorsqu’au détour de conclusions (…), il découvre que la demande de la victime est en deçà des légitimes prétentions qu’elle pourrait formuler, ou à l’inverse que le tiers responsable est sans raison apparente d’une étrange générosité voire complaisance… ».

 

La victime dont le préjudice est jaugé par des experts, des avocats et des juges est en fait confrontée à une sorte de loterie. A propos du « prix de la douleur », par exemple, le juge Papart note que, selon que vous serez jugé au nord ou au sud du pays, vous n’aurez pas une indemnité comparable. Qu’en ce qui concerne les « préjudices esthétiques », il n’y a pas une procédure d’évaluation unique mais bien sept méthodes différentes utilisées par des experts travaillant dans la plus grande cacophonie. Conséquence : « Des écarts de 1 à 10 sont constatés pour un même préjudice esthétique » et, note le magistrat, on constate trop souvent « des motivations contradictoires qui annoncent qu’il est tenu compte de l’âge et du sexe de la victime et qui, pourtant, allouent des montants inversement proportionnels aux critères évoqués ». De même en matière de préjudice sexuel (troubles physiologique, du plaisir, de la procréation), les indemnisations sont très variables d’un tribunal à l’autre et un critère comme l’âge de la victime, par exemple, n’intervient pas de manière précise pour fixer un montant…

 

Pour revenir au cas de Lionel, aucune loi ne contraint le juge à lui imposer le recours à un service d’aides familiales subsidié plutôt qu’à une personne de confiance, rémunérée et choisie. Un dossier qui illustre, si besoin en est, qu’une justice fonctionnant sans balises claires et objectives ne peut être satisfaisante pour personne car, alors, elle nourrit toujours un sentiment d’arbitraire.

 

20:52 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : assurances, vandercam |  Facebook |

16/10/2008

Méthadone (12 et 16/10/08)

Dossier évoqué dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match-RTL/Tvi », le 12 octobre 2008 et publié dans l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 16 octobre 2008.  

 

Depuis près de 15 ans, le docteur Luc Leclercq a aidé des dizaines de toxicomanes à quitter définitivement l’enfer de la drogue

 

« L’héroïne n’est pas du tout invincible, mais en Belgique elle est mal combattue »

 

300_129751Ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match/TVi », le Dr Luc Leclercq a lancé un débat sur la qualité de la prise en charge thérapeutique des héroïnomanes : « Cela fait de nombreuses années que je prescris de la méthadone. Mon expérience enseigne qu’avec un bon dosage de ce produit de substitution, l’arrêt sans souffrance de l’héroïne est garanti pour le toxicomane qui éprouve le désir sincère de ne plus consommer ! Mais en Belgique, par frilosité ou par méconnaissance, trop d’intervenants prescrivent des doses de méthadone trop faibles. Cette manière de faire débouche sur des cures inutiles qui condamnent les toxicomanes à des rechutes cruelles et incontournables. Elles les enferment aussi dans l’idée fausse que la drogue est invincible ».

 

Lire la suite dans Paris Match (Belgique) paru ce 16 octobre 2008.

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Complément relatif au dossier publié le 16 octobre 2008 dans Paris Match (Belgique)   

 

« Certains patients auront besoin de 50 mg/jour de méthadone, d’autres peuvent avoir besoin de 850 mg/jour ! »

 

Marc Reisinger est vice-président de l’Association Européenne de Traitement de la Dépendance aux Opiacés (EUROPAD). Ce pionnier en matière de traitements de substitution en Belgique, et même au plan mondial, confirme très largement les propos tenus par le Dr Luc Leclercq dans l’édition de Paris Match Belgique de ce 16 octobre.

 

Votre confrère Luc Leclercq explique qu’en utilisant correctement la méthadone, c’est-à-dire en cherchant avec le patient, une « dose idéale », ce dernier pourra arrêter l’héroïne sans souffrir. C’est un discours de charlatan ?

Pas du tout ! Je connais Leclercq. C’est un homme compétent et consciencieux. Avec le nombre très important de patients qu’il a traité, il n’a jamais eu à déplorer d’overdose. Cela démontre qu’il sait être très prudent dans la première phase – la plus délicate - de la prise en charge de ses patients. S’il vous explique qu’ensuite il est à leur écoute pour trouver une « dose idéale » de méthadone, cela me semble tout à fait adéquat. C’est exactement ce que je préconise aussi. Voici ce que j’en disais encore tout récemment dans une conférence.

 

« Il faut monter progressivement la dose pour arriver à la disparition successive de quatre symptômes : 1) Suppression du manque et arrêt de l’usage quotidien d’héroïne. (…) 2) Arrêt de l’abus d’alcool et de tranquillisants. Ce type d’abus pouvant d’ailleurs être le signe de la recherche d’une compensation chez des patients sous dosés en méthadone. 3) Disparition des envies spontanées et des rêves d’héroïne (parfois précurseurs de rechutes). 4) Enfin, la dose adéquate est atteinte lorsqu’un patient peut résister aux « tentations », c’est-à-dire aux offres d’héroïne. »

Très peu de médecins ont conscience de nécessaire et possible recherche des paliers 3 et 4. Quand quelqu’un est arrivé au stade 4, on peut lui déposer une dose d’héroïne devant lui et il va savoir décliner une invitation, même pressante, à la consommer.

 

Le Dr Leclercq dit en effet qu’au moment où la « dose idéale » a été trouvée, plus que le manque, c’est l’envie d’héroïne qui disparaît totalement.

Il suffit d’aller pas à pas avec le patient jusqu’à cette dose adéquate. En dialoguant avec lui.  En lui expliquant où il en est. Quand les gens arrivent à la « dose adéquate », il y a une métamorphose et les gens ne consomment plus tout. Il repense à travailler, à fonder une famille etc… C’est gagné.

 

Mais peut-on définir quantitativement la « dose adéquate » ?

Non, car cela dépend du métabolisme individuel. D’un patient à l’autre, l’effet de méthadone peut varier d’un ordre de grandeur de 1 à 17. Pour atteindre un taux sanguin efficace, certains patients auront besoin de 50 mg/jour de méthadone, d’autres pourront avoir besoin de 850 mg/jour ! Pour définir, cela il n’est pas nécessaire de procéder à une mesure du taux sanguin de méthadone. On peut, simplement se fier aux quatre symptômes décrits plus haut en écoutant ce qu’en dit le patient. Ensuite, il sera essentiel de résister à leurs demandes de diminution, tant que les 4 symptômes n’auront pas totalement disparu. Cela se fera très lentement, pas doses «homéostatiques», imperceptibles, car toute perception physique de diminution entraîne des effets psychiques déstabilisants.

 

Partagez-vous le sentiment du Dr Leclercq que trop de patients sont « sous dosés » en méthadone et que trop de thérapeute ne sont pas du tout à la recherche de ce que vous appelez la « dose adéquate » ? 

Tout à fait… Je crains qu’il y ait beaucoup de médecins qui n’aient pas eu les formations nécessaires en la matière. Il y a parfois de fausses prudences qui sont l’expression de vraies ignorances.

 

Certains pointent du doigt une culture de la « faible dose » qui se serait installée chez certains thérapeutes. La méthadone n’étant plus considérée comme un outil pour en finir définitivement avec l’héroïne mais comme une aide permettant seulement de baisser la consommation de drogue. De la rendre seulement moins problématique …

C’est une aberration.

 

Vous ne serez sans doute pas d’accord avec votre collègue généraliste Leclercq quand il dit : « Pour le patient qui veut arrêté et a atteint sa dose idéale, ce n’est pas si difficile tant physiquement que psychologiquement de quitter l’héroïne »…

Si je suis tout à fait d’accord. C’est facile. Il faut juste du temps. Mais la durée du traitement importe relativement peu puisqu’il n’y a pas de souffrance.

 

Ce serait comme arrêter la cigarette avec du « Champix », dit-il…

C’est une bonne comparaison.

 

Pour Leclercq, cela implique que certains patients peuvent guérir par le seul bon usage d’un contrepoison, c’est à dire sans être l’objet de longues psychothérapies les aidant à trouver les « douleurs morales inconscientes » qui les ont conduit au bord du gouffre…

C’est certainement vrai aussi. Tous les toxicomanes ne relèvent pas de la psychiatrie.

Donner une dose de méthadone trop faible à un patient qui veut arrêter l’héroïne, n’est-ce pas dévaloriser le produit de substitution, au point de lui donner un sentiment d’impuissance face à l’héroïne ?

C’est évident, oui.

 

Certains partisans de la  « psychothérapie à tout prix » ne donnent-ils pas des doses trop faibles parce qu’ils ne peuvent accepter l’idée que le seul usage adéquat d’un « produit » rendrait leur intervention inutile.

Il y a des personnes qui veulent absolument vendre leur camelote psychanalytique.

 

Quand une de vos consoeur me dit que « la méthadone est une aide médicamenteuse à un accompagnement psycho médicosocial »…

Je vous réponds qu’il y a des gens qui n’y connaissent rien et que cela donne en plus le sentiment qu’ils ont quelque chose à vendre. C’est évidemment faux de prétendre que les toxicomanes ont toujours besoin de ce type d’accompagnement. On dit parfois que 80% des personnes qui sont tombés dans la toxicomanie y étaient prédisposés par des problèmes psychiatriques ou psychologiques. Honnêtement, je n’ai jamais partagé ce sentiment là. Qu’il y ait plus de cas psychiatrique que dans la population générale, c’est possible mais ce n’est pas si criant que cela.

 

Leclercq affirme que si n’importe quel psychothérapeute parfaitement équilibré prend de l’héroïne pendant deux semaines, il sera aussi accroc que n’importe quel autre consommateur…

Affirmer qu’une personne équilibrée ne pourrait devenir toxicomane, c’est une manière de se protéger… Mais c’est aussi n’importe quoi !

En Suisse, un soignant de toxicomane a voulu faire l’expérience. Il a commencé à consommer en se disant qu’il parviendrait à contrôler… Et bien sûr, il a eu les pires difficultés à s’en sortir. J’ai compris beaucoup de choses avec un patient, il y a longtemps déjà. Je cherchais les raisons psychologiques qui avaient poussé un jeune marocain à consommer de l’héroïne. Je ne trouvais rien de particulier chez ce garçon qui me semblait équilibré et calme. Il m’a dit : « Vous savez, depuis l’âge de 12 ans, je zone avec toute une bande de copains. L’héroïne était dans la rue à portée de nous. On est tous devenu héroïnomanes et vous croyez qu’on a tous besoin d’un psy ? ». Dans sa question, il y avait la réponse.

 

 

« Un soutien médicamenteux à un accompagnement psycho-médico-social ».

 

Le Dr Sophie Lacroix est coordinatrice du Réseau Alto. Cette association réunit 400 médecins généralistes en Région Wallonne qui accompagnent des usagers de drogues dans le cadre de leur pratique privée, soit près de 3000 patients.  Pour elle, « c’est se fourvoyer que de focaliser le débat sur la seule question de la dose de méthadone ». Elle nous a demandé de pouvoir s’exprimer au travers de ce texte.

 

« L'accompagnement des usagers de drogues est un long parcours qui ne peut se résumer à la prescription de méthadone. La dose de méthadone est d'ailleurs très variable au cours du suivi, commençant autour des 20 mg, évoluant vers des valeurs parfois élevées et diminuant progressivement (sur plusieurs années parfois) pour se terminer par de très petits dosages. Même si le rapport 2007 de l'IPhEB (institut de pharmaco-épidémiologie belge) nous apporte des données intéressantes en terme de santé publique, on ne peut donc se contenter de calculs de moyennes pour évaluer un traitement. Au delà de ce travail de prescription, nous défendons l'importance de l'accompagnement psycho-médico-social. Dans le colloque singulier, le traitement de substitution, la méthadone en l'occurrence, n'est que le soutien médicamenteux à cet accompagnement. Il nous faut bien sûr tenir compte du métabolisme de chaque patient. Un usager de drogues n'est pas l'autre. L'écoute et les symptômes présentés par lui sont des guides importants dans l'évaluation de la dose. Ecouter le patient et déterminer avec lui la dose de méthadone n'a rien de nouveau : c'est ainsi que nous pratiquons depuis toujours !

 

Le but est que le patient soit bien dans sa peau, qu'il ne soit ni en manque, ni en « envie ». De plus, il n'y a aucune corrélation entre la dose ingérée et la concentration dans le sang. La prise en charge globale du patient reste l'élément clé d'un accompagnement de qualité.

 

En d’autres termes, il est vrai que la priorité pour le médecin généraliste, c’est l’écoute et l’empathie envers son patient. Mais quand il y a des problèmes psychologiques sous-jacents plus importants – et c’est souvent le cas – il faut un suivi parallèle vers lequel nous, médecins généralistes, conduisons le patient. Car, on n’arrive pas n’importe comment « en toxicomanie ». Il peut y avoir des début récréatifs pour des personnes sans problèmes au départ, mais le plus souvent, c’est le résultat de souffrances qui durent depuis très longtemps. Un psychologue ou un psychiatre, formé à l'accompagnement des patients avec assuétudes, est une personne-ressource souvent nécessaire. Bien que souvent, des patients consultant un généraliste cherchent à se contenter de la méthadone, un gros travail d’accompagnement pourra leur ouvrir la porte vers d’autres intervenants qu’ils soient psychologues, médecins (dépistages et traitements spécialisés divers) ou assistants sociaux. C’est tout cela l’accompagnement et cela se passe sur des années. »

 

 

Le pharmacien Jean-Paul Brohé et le sociologue Yves Ledoux ont menés des études sur la délivrance de méthadone pour le compte de l’Association des Pharmaciens de Belgique (1). Ils nous indiquent que les chiffres cités par le docteur Leclercq sont exacts (dose moyenne de 47,2 mg/jour par patient en Belgique) et qu’il n’ont gère évolué à la hausse depuis 2003.

 

(1) : Voir notamment « Evaluation de la Délivrance de Méthadone en Belgique, Recherche-Action sur le rôle du Pharmacien d’officine, la mise en place

d’un Observatoire des cures substitutives et le suivi de patients, par Yves Ledoux, Association Pharmaceutique Belge, Promoteur : Jean-Paul Brohée Rapport de fin de phase au 20/10/2003)

 

« 10 mg chez l’un, cela peut avoir le même effet que 170 mg chez un autre »

 

Les données de l’étude réalisée en 2003 sont-elles encore d’actualité. 47 mg/jour en moyenne, ¾ des patients belges en dessous de 60mg/jour de méthadone ?

 

J.P. Brohé : Grosso modo, ces chiffres n’ont pas évolué.

 

Le médecin décide-t-il seul des quantités de méthadone qu’il donne à son patient ?

La liberté thérapeutique du médecin est évidemment garantie. Il existe des commission médicales provinciales : si un médecin dérape en estimant que tous ses patients doivent avoir 250 mg, cela va être repéré et là, il devra aller s’expliquer devant des paires.

 

La dose moyenne de 47 mg/jour en Belgique, qu’en dites-vous?

C’est trop peu, oui.

 

Nous allons publier un article pour dire que l’on donne des doses trop faibles en Belgique.

C’est une bonne idée. Cela dit, le repérage des doses n’est pas encore tout à fait au point. Nos recherches n’étant pas de voir le dosage mais de repérer des fraudes. De détecter si monsieur Untel (anonymisé dans l’étude, bien entendu) va voir plusieurs médecins et plusieurs pharmaciens.

 

Des gens ne font-ils pas du shopping chez plusieurs intervenants parce qu’ils reçoivent difficilement la dose dont ils ont vraiment besoin pour ne plus ressentir de manque ?

C’est une hypothèse mais ce n’est pas la seule. Il y a des médecins qui prescrivent trop peu, un  peu par peur. Il faut tout de même insister sur le fait qu’une dose de 60 mg qui est la dose théoriquement idéale pour une personne qui a développé une dépendance aux opiacés est une dose toxique et mortelle pour une personne qui n’est pas toxicomane. On peut comprendre que les médecins soient prudents. Dans le même temps, des doses de 20 à 30 mg sont parfois limites pour éviter le manque. Maintenant, cela correspond parfois à une demande de toxicomanes qui veulent simplement mieux gérer leur consommation d’héroïne, sans la supprimer totalement.

 

C’est éthiquement défendable ?

Sans doute que non. Mais des médecins peuvent considérer que c’est un premier pas vers une resocialisation. Le toxicomane consomme moins, peut-être pas tous les jours. Il ne doit plus trouver de l’argent quotidiennement. Et par conséquent, devenir délinquant, voler le sac des petites vieilles. C’est une gestion de la toxicomanie qui est moins regrettable qu’une déchéance totale.

Et puis, il y a aussi des gens qui se sentent très bien avec des doses faibles. Des gens tout à fait resocialisés, qui ne consomment plus de drogue. Et enfin des patients qui sont en dose régressives. Des gens à 10 mg qui tire la moyenne vers le bas.

 

Peut-on dire qu’il y a une dose maximum de méthadone ?

Non. Selon le type de personne, son métabolisme, ce qui va rester comme méthadone dans le sang va très fort varier. La variation est incroyable : c’est de 1 à 17. A l’extrême, 10 mg chez l’un, cela peut avoir le même effet que 170 mg chez un autre.

 

On peut déduire de ce constat là que le patient doit être acteur de son traitement en aidant son thérapeute à trouver ce qui sera, pour lui, la bonne dose d’équilibre ?

Absolument.

 

Le thérapeute ne doit pas avoir des tabous du genre : « Oh là, je ne dois pas dépasser 60 mg »…

Certainement pas. Le bon dosage se trouve par tâtonnement. La qualité de la relation entre le médecin et son patient est essentielle. La personne en dose d’équilibre se sent tout à fait bien. Elle n’est pas prête à piquer du nez parce que la dose serait trop forte et elle n’est pas en manque à 4 heures de l’après midi.

 

Cela peut aller jusqu’où…

120, 200, j’ai même vu un cas d’un patient qui prenait 400 mg par jour. Et il s’en portait très bien. Il faut encourager les médecins à s’affilier à des réseaux comme Alto pour les décomplexer par rapport à l’utilisation d’un tel produit. Ils doivent se renseigner.

 

Que pensez-vous du docteur Leclercq ?

C’est un homme compétent et d’un dévouement exceptionnel, un homme de conviction. Mais c’est aussi quelqu’un qui, à un moment donné, s’est laissé débordé par sa patientèle. Je pense qu’à un moment, il a un peu dérapé en allant faire des ordonnances à la gare, là c’est un peu de la médecine foraine. Quand vous êtes confronté en permanence à des toxicomanes qui n’ont pas de limites, vous pouvez vous-même un peu perdre vos repères. Il n’a pas su mettre les limites qu’il fallait au bon moment. D’un autre côté, on était tout de même bien content de l’avoir à Mons parce que quand il a été mis sous les verrous, cela a semé un vent de panique avec tous ces toxicomanes qui débarquaient chez les pharmaciens en disant qu’ils n’avaient plus leur doc !

 

De manière empirique, Leclercq conclut qu’il y a non seulement une « dose idéale » qui permet au patient de perdre totalement l’envie d’héroïne ?

Je peux le croire. Toute la littérature scientifique américaine confirme son constat.

 

Avec de trop faibles doses, on n’arrive pas à ce seuil de disparition totale d’envie… Dans un tel cas, cela condamne le toxicomane à un échec inévitable ?

C’est exact

 

Il y a un gros problème en Belgique, en termes de délivrance de méthadone, non ?

Peut-être mais ce n’est pas si net que cela en a l’air. C’est vrai sur le papier, dans les études, mais au cas par cas, c’est plus compliqué que cela. Il ne faut pas jeter la pierre aux petites doses. Il faut aussi voir la demande réelle de nombre de patients. Il y aussi de facteurs qui perturbent une bonne administration de méthadone comme les consommations parallèles d’autres produits (alcools, médicaments).

 

Yves Ledoux : « On peut déduire de ces chiffres qu’il y a tout de même un sous dosage en Belgique »

 

Au sein de l’Association Belge des Pharmaciens, le sociologue Yves Ledoux a dirigé diverses études sur l’évolution de la délivrance de méthadone en Belgique. Il confirme les propos tenus par M. Brohé en termes de dosages : « Cela n’a pas fort évolué ces dernières années, tant pour le chiffre moyen que pour le chiffre relatif patients recevant des doses de plus de 6O mg/jour (environ 25%). Or, quand on regarde toute la littérature abondante sur les dosages de méthadone, on constate tout de même qu’il convient de travailler avec des doses supérieures à 60 mg/jour. Ce qu’on peut déduire de ces chiffres, c’est qu’il y a tout de même un sous dosage en Belgique. Par ailleurs, on peut dire que 6 à 7% des patients font du shopping médical.

 

Sur combien de personnes qui prennent de la méthadone en Belgique ?

 

Il y avait environ 15.000 patients qui se voyaient prescrire de la méthadone en Belgique en 2007 (1). Cette population est répartie inégalement en termes de communauté : 9.000 en Région wallonne, 2500 à Bruxelles et 4500 en Région flamande… Maintenant, le nombre de patients méthadone plus important en Wallonie n’implique pas nécessairement qu’il y ait plus d’héroïnomanes dans cette partie du pays. La bonne question est peut-être de savoir si toutes les personnes qui ont besoin de méthadone en Flandre en reçoivent. Les doses de méthadone prescrites dans le Nord du pays sont d’ailleurs encore plus faibles –en moyenne – que dans le Sud du pays, ce démontre une certaine frilosité par rapport à ce produit.

 

Que peut-on dire de la fidélité des patients à leur médecin ?

A cet égard, les données belges sont relativement positives. 2/3 des patients restent fidèles à leur prescripteur de méthadone durant toute leur cure de substitution. Mais pour revenir à la question du sous dosage, il faut signaler que cela ouvre surtout le débat de la poursuite de consommation d’héroïne par des patients qui sont en traitement de substitution.

 

Un traitement de substitution ne devrait-il pas viser à l’arrêt de la drogue plutôt qu’à une consommation plus « confortable » d’héroïne pour des patients un peu socialisés parce légèrement moins en situation de manque au quotidien ?

Oui, c’est un débat important. Beaucoup de thérapeutes ne semblent cependant pas désireux de l’ouvrir.

 

Est-ce que cela veut dire que la norme thérapeutique est devenue de donner des doses un peu faibles de méthadone tout en acceptant l’idée que le patient continue à consommer de l’héroïne ?

Exact. C’est mon sentiment, en tous les cas…

 

(1) En 1996, M. Ledoux a aussi fait une étude dont la conclusion était que l’on pouvait estimer à 24.000 le nombre de consommateurs d’héroïne, rien qu’en communauté française de Belgique. 20.000 en Wallonie, 4000 à Bruxelles.

 

 

Paroles de patients

 

En près de 15 ans de prise en charge de patients toxicomanes, le Dr Leclercq peut revendiquer un très beau succès thérapeutique : plus de 100 héroïnomanes sont arrivés au bout de la cure de substitution qu’ils suivaient chez lui. C'est-à-dire qu’ils ne consomment plus du tout d’héroïne et qu’après plusieurs années de traitement, par prise dégressives, ils ont en également terminés avec la méthadone. Plusieurs de ces patients nous confirmé que prise à bonne dose, la méthadone permettait un arrêt de l’héroïne sans les énormes souffrances et crises d’angoisses redoutées par certains toxicomanes. « Le principale désagrément que cause l’administration de ce produit, c’est la transpiration abondante qu’il occasionne parfois. Je crois que c’est lié au système nerveux central », nous explique l’un des patients du Dr Leclerq. Parmi ceux-ci, il y a Isabelle (prénom fictif) qui prend 245 mg par jour de méthadone depuis plusieurs années : Le Dr Leclercq m’a permis de retrouver un équilibre, une vie normale et le goût de l’avenir », dit-elle. Prochainement, cette dame qui est infirmière va devenir chef de son service. Parmi ceux qui sont arrivés en bout de cure, on pourrait parler de Thierry (prénom fictif) qui est manager dans une société de transport. De Patrick qui est chauffeur poids lourds international ou de Serge (prénom fictif) qui est gérant dans la restauration sur la Grand place de Mons etc… Des vies sauvées. Des preuves vivantes que l’héroïne n’est pas invincible.

 

14/10/2008

Affaire Folefack (0405 et 080508)

Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match/TVI, le 4 mai 2008 et dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 8 mai 2008.

Centre fermé de Merksplas

"Martial" Folefack s'est-il vraiment suicidé?

 

 

arton14236Le 1er mai, une dépêche de l’agence Belga indiquait qu’un sans-papiers camerounais, Ebenizer Folefack Sontsa (32 ans), venait de se « suicider » au centre fermé de Merksplas. Selon l’Office des étrangers, cet homme a mis fin volontairement à ses jours « durant une pause, après son repas, dans des toilettes, à l’aide de draps ». Mais dans la communauté camerounaise de Bruxelles où on le connaissait sous le prénom de « Martial », personne ne veut croire au suicide du jeune homme. Elodie Laure Nankeng, une amie proche qui lui a encore parlé le jour précédent sa mort, a lancé un appel ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match » : « Il faut qu’une enquête soit ouverte, qu’une autopsie soit faite, que la justice établisse clairement les circonstances de ce décès suspect ». De fait, les témoignages recueillis par Paris Match et corroborés par le journal de R.t.l.-t.v.i. sont troublants : ils devraient inciter la justice à lever toute ambiguïté sur les circonstances du décès de M. Folefack.

 

Ebenizer « Martial » Folefack est arrivé en Belgique en juillet 2005. La demande d’asile qu’il avait alors introduite n’avait pas abouti. Depuis lors, il avait continué à résider sur le territoire et, selon son avocat, Me Alexis Deswaef, sa situation correspondait aux critères prévus dans l’accord de gouvernement pour qu’il soit bientôt régularisé : attaches durables en Belgique, possibilité de trouver un travail… C’est donc à un moment où il était tout près d’avoir atteint son but de vivre en Belgique que Martial a été contrôlé et arrêté par la police fédérale qui l’a ensuite transféré au centre fermé de Merksplas, près d’Anvers, dans la perspective d’un rapatriement forcé vers le Cameroun.

 

Le 26 avril dernier, une première tentative d’expulsion a échoué. Conduit de force à bord du vol de 10 h 40 de SN Brussels Airlines pour Douala, Martial a résisté par des cris. A la suite de plaintes de passagers, il a été ramené à Merksplas. En ayant subi préalablement des violences ? Serge Ngajui Fosso, un homme d’affaires qui était à bord de l’avion, en témoigne dans une lettre ouverte qui circule sur Internet ; quatre fonctionnaires chargés du rapatriement auraient tenté d’étouffer les plaintes du jeune expulsé. Ce témoin écrit notamment : « Lors de mon entrée dans l’avion (…), je suis bien accueilli par les hôtesses, je vais rejoindre mon siège, le N° 41H qui se trouve vers le fond de l’avion, à cinq ou six rangées de mon siège. Lorsque j’y arrive, il y a au fond de l’engin à la dernière rangée des hommes habillés en tenue grise et qui essayent de maîtriser un homme de couleur noire. Celui-ci se débat et crie : ‘‘Au secours, laissez moi, je ne veux pas partir !’’. Les hommes en gris essaient de l’empêcher de parler en l’étouffant. Le jeune homme se débat comme il peut et continue de crier car il y a sur lui quatre colosses. D’autres policiers en civil ont établi un périmètre de sécurité et personne ne peut aller vers le lieu du drame qui se déroule sous nos yeux. Je me rends compte que c’est une expulsion. L’homme que l’on expulse est toujours maîtrisé et étouffé. Il pousse des cris que l’on n’entend plus bien ».

 

Finalement, d’autres passagers s’indigneront et Martial sera sorti de l’avion. Quant à M. Fosso, il sera interpellé… Et mis au cachot pendant quelques heures avant d’être interdit de vol SN Brussels Airlines pour les six prochains mois. Elodie Laure Nankeng, une amie proche de Martial que nous avons invitée dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match », confirme la violence de cette tentative d’expulsion :

 

« Martial m’a dit qu’il avait été l’objet de maltraitance. Il m’a dit aussi que les fonctionnaires en charge du rapatriement l’avaient traité de ’’sale nègre’’. Après cette tentative d’expulsion, lorsque je lui ai rendu visite à Merksplas, il avait très mal au cou. Il ne pouvait plus tourner la tête. Il avait des égratignures sur le corps et avait mal au dos. Ce jour-là, il n’a pas su m’aider à transporter la poussette de mon enfant car il ne pouvait pas se courber. Toutefois, il ne semblait pas avoir perdu le moral. En d’autres termes, il n’avait pas du tout l’allure d’un dépressif prêt à mettre fin à ses jours. Comme tout ceux qui l’ont connu, j’ai beaucoup de mal à imaginer qu’il aurait pu se suicider. Cela ne correspond en rien à sa personnalité. Dans un petit carnet qu’il gardait sur lui, il avait noté une devise : ‘‘La patience est l’école de la sagesse’’. C’était quelqu’un de fort, de sage. Quand on avait un problème, c’est chez lui qu’il fallait aller se confier pour retrouver le moral. Il vous redonnait le goût à la vie. Martial avait déjà surmonté des choses bien plus graves dans le passé. Notamment quand il avait été brûlé sur tout le corps. Il avait la rage de vivre ! ».  

 

Le scepticisme d’Elodie est largement partagé par les nombreux membres de la communauté camerounaise que nous avons rencontrés à Bruxelles. L’un d’entre eux nous dit que : « Non seulement la thèse du suicide ne correspond pas au caractère de Martial mais, en plus, un tel acte est aussi totalement étranger à la culture africaine ! ».

 

Deux témoignages d’amis de Martial qui, eux-mêmes, ont séjourné à Merksplas, retiennent particulièrement l’attention. M. B. se déclare étonné par la manière dont le drame se serait déroulé : « On dit qu’il s’était isolé dans la chambrée avec un Chinois après le repas… Je vous assure que quand j’ai séjourné plusieurs mois dans ce centre fermé, il n’a jamais été question de laisser deux résidents seuls dans un dortoir. On devait toujours se déplacer en groupe. Logiquement, s’il avait voulu se reposer, on l’aurait envoyé dans la salle de séjour ». Dominique Ernould,  porte-parole de l’Office des étrangers conteste (lire aussi l’encadré) conteste : « A Merksplas, les résidents peuvent obtenir d’aller se reposer dans leur chambre » P., un autre ami de Martial, s’interroge aussi : « Je connais le local où on dit que Martial s’est suicidé en se pendant avec un drap. C’est tellement petit que j’ai du mal à imaginer que c’est possible ».

 

Les doutes de ce témoin se sont renforcés lors- qu’il a pu voir le corps de son ami : « Il n’avait aucune trace sur le cou, c’est vraiment très étrange pour un pendu ! ». Dans l’émission « Controverse » et ensuite dans le journal de R.t.l.-t.v.i. de dimanche dernier, un autre témoin a confirmé : « C’était mon meilleur ami, on était au centre d’accueil de Morlanwelz ensemble. (…) Quand j’ai appris qu’il s’était suicidé, je me suis rendu au centre fermé de Merksplas. J’ai demandé à voir le corps de Martial. Je l’ai déshabillé pour voir les traces de pendaison et je ne les ai vraiment pas vues. C’est inadmissible qu’on nous dise qu’il s’est pendu puisque c’est quelqu’un qui avait un moral vraiment très bon ».

 

En outre, ceux qui ont vu le corps de Martial ont découvert des traces sur ses poignets. Celles-ci ne sont pas niées par la direction du centre fermé, laquelle a toutefois souligné que « ces marques pourraient avoir été causées par la résistance opposée par l’homme, notamment lorsque des menottes lui ont été passées ». Le fait que le décès de Martial ait été classé « décès non suspect » par la police fédérale sans qu’aucune autopsie du corps n’ait été faite renforce les doutes et les suspicions dans la communauté camerounaise. Raison pour laquelle Elodie Laure Nankeng a lancé un appel ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match » : « Il faut qu’une enquête soit ouverte, qu’une autopsie soit faite, que la justice établisse clairement les circonstances du décès de Martial ».

 

Ce vœu est partagé par Me Alexis Deswaef : « Une enquête indépendante et une autopsie me paraissent évidemment nécessaires  Il y a trop de questions sans réponse et  les autorités ont tout intérêt à faire la clarté. C’est une mort suspecte et j’ose espérer que le procureur du Roi mettra ce dossier à l’instruction ». Martial s’est-il suicidé ou est-il mort de mauvais traitements liés à la première tentative d’expulsion ? Ce n’est pas ici et maintenant que cette question doit être tranchée, mais elle devra l’être absolument dans le cadre d’une enquête judiciaire sérieuse et approfondie.

 

«Pour nous c’est un suicide. De toute évidence»

Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des étrangers, maintient le cap : M. Folefack s’est bel et bien suicidé. « C’est une évidence », nous dit-elle. « Son corps a été retrouvé par un résident chinois. Il s’était pendu à l’encadrement de la porte d’une toilette avec un drap de lit. Un surveillant, l’infirmière de garde et les services d’urgence ont pu le constater également. Il a été tenté sans succès de réanimer ce résident. On lui a fait un massage cardiaque qui est resté malheureusement inutile ». Le fait qu’il n’y ait pas de trace sur le cou de Martial ? Mme Ernould émet l’hypothèse que « peut-être, des traces de strangulation sont moins visibles sur une peau noire que sur une peau blanche » et que « peut-être, un drap laisse moins de traces qu’une corde qui est plus coupante ». Mme Ernould signale aussi que Martial aurait laissé un tout petit mot adressé à une amie et qui a été remis à la police dans lequel il y a la phrase : « Tu comprendras pourquoi j’en suis arrivé là ». La porte-parole de l’Office des étrangers est d’accord de considérer avec nous que, quelle que soit l’issue de cette affaire, il serait bon que la justice apporte des réponses claires et définitives sur les circonstances de la mort de M. Folefack.

 

 

 

19:43 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : office des etrangers, asile, folefack, merksplas |  Facebook |

02/10/2008

Affaire Coller (28/09 et 02/10/08)

Une enquête à lire dans son intégralité dans l'édition de ce 2 octobre 2008 de Paris Match Belgique

 

A Molenbeek une fausse carte d’identité pour étranger était vendue pour quelques milliers d’euro…

 

Le testament d’un ex-employé communal en colère

 

« J’ai été la victime d’une enquête expéditive de la police de la zone Bruxelles-Ouest ! Les vrais coupables travaillent encore au sein de l’administration communale ». Dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match-RTL/TVI », Marc Coller se confie pour la première fois. Jusqu’il y a peu, cet administratif travaillait au bureau des Etrangers de la commune de Molenbeek où il était considéré comme un employé modèle. Désormais, c’est un homme en colère ; Indigné d’avoir croupi 119 jours en prison et plus encore d’avoir été licencié sans bénéficier de la présomption d’innocence. Révélations sur un trafic de fausses cartes d’identité pour étrangers qui, depuis dix mois, fait l’objet d’une instruction très discrète menée par la juge bruxelloise Geneviève Tassin. (La suite dans Paris Match)

 

Compléments d'infos à l'enquête publiée dans Paris Match

 

Marc Coller : « La commune m’a donné trois C4 différents ! »

 

« Quelques jours après mon arrestation, j’ai demandé à ma fille de prendre contact avec mon chef de service afin de savoir quelles dispositions avaient été prises à mon égard », témoigne encore Marc Coller. Et de poursuivre : « Richard V. lui a donné rendez-vous à 7 h 30 du matin : il fallait qu’elle croise le moins de monde possible dans la maison communale. Il l’a envoyée chez le directeur du personnel qui lui a dit que j’étais viré. Elle a alors reçu une copie de mon C4. Celui-ci était daté du 28 novembre 2007 et il indiquait « faute grave » comme motif du licenciement qui avait pris cours le 14 novembre 2007. Ma fille a introduit ce document auprès du CPAS et des allocations familiales. En sortant de prison, je me suis rendu à la commune pour obtenir l’original de mon C4 afin de m’inscrire au chômage. C’est alors que j’ai constaté que l’original qui m’avait été transmis était différent de la  « copie » qui avait été donnée à ma fille. Cette fois le document était daté du 14 novembre 2007 (au lieu du 28 novembre 2007). A côté de la mention « faute grave », avait été ajoutée « faux commis dans les cartes d’identité et passeports ». Je n’ai jamais travaillé aux passeports ! En plus c’était une manière de me juger avant que la justice l’ait fait. Enfin, l’un des deux C4 était donc juridiquement un faux ! »

 

L’ex employé communal continue : « En avril 2008, j’ai écris à Philippe Moureaux pour lui dire que cela n’était pas acceptable. Qu’il aurait été plus équitable de me mettre en indisponibilité, le temps que l’enquête se fasse… Aucune réponse. Mes tentatives d’entrevues lors des permanences du bourgmestre sont restées vaines. Pas de dialogue possible. Finalement, mon syndicat s’en est mêlé et, à la fin mai 2008, j’ai reçu un troisième C4 ! Cette fois, il n’y avait plus de faute grave ! Le motif officiel de mon départ devenait « réorganisation du service » et je recevais une indemnité. Deux semaines plus tôt, le service juridique de la Commune de Molenbeek écrivait pourtant à mon syndicat : « Il a été mis fin au contrat de travail de l’intéressé pour faute grave, étant donné que les faits rendent toute poursuite de la collaboration immédiatement et définitivement impossible, ayant un impact sur la bonne réputation de l’Administration communale ». C’est plutôt le non respect par cette administration de la présomption d’innocence qui est de nature à jeter une ombre sur son image. Et je crois aussi que ce qui reste à découvrir dans cette affaire pourrait certainement beaucoup plus ternir la réputation de cette administration.»

 

Alphonse R. « Je n’en reviens pas de la décision judiciaire »

 

Vous dites être innocent de ce pourquoi vous avez été condamné en première instance ?   

Tout a fait. Cette affaire a commencé à cause de Madame D., la psychologue de l’école où allait mon fils. Déjà, il y a plusieurs années, elle m’avait mis en cause et le tribunal de la jeunesse n’avait pas donné de suite à ses accusations. Elle m’en a toujours voulu cette femme, je ne sais pas pourquoi. (…) On a beaucoup exagéré les choses parce que mon fils peut d’ores et déjà revenir chez moi le week-end. C’est le juge de la jeunesse qui l’a autorisé.

 

Donc là, vous avez été condamné à cinq ans avec sursis ?

Non, non, c’est cinq ans avec trois ans de prison ferme.

 

Mais sans arrestation immédiate ?

Ils ont demandé l’arrestation immédiate mais cela n’a pas eu lieu alors j’ai pu partir.

 

Quels chefs d’accusations ont été retenus contre vous ? Viol avec la circonstance aggravante d’avoir autorité sur la victime ?

Oui, c’est cela. Comme on dit, je suis le co-auteur.

 

On vous reproche d’avoir laisser votre enfant être abusé par un voisin et qu’en échange, vous en tiriez un bénéfice ?

Oui, c’est cela. En échange, j’aurais eu la possibilité de me brancher sur son compteur électrique, mais c’est une fausse accusation.

 

Vous niez formellement tout ?

Ah oui, je n’ai rien à me reprocher par rapport à mon fils.  Je l’aime bien. Je suis prêt à l’aider pour trouver du travail et tout cela… Il vient tous les jours chez moi.

 

Est-ce que cela a eu des conséquences professionnelles pour vous ?

Non, non. A mon travail, ils savent bien que ce n’est pas vraie cette histoire. J’ai un très bon soutien de mes collègues, de mes supérieurs. Même du bourgmestre qui sait très bien que je n’ai pas fait cela. J’ai toujours ma place. J’ai tout de même 32  ans de carrière ; si je devais perdre cela, c’est fini pour moi.

 

Vous avez eu le soutien de Mr Delatouwer, notamment.

Oui… En fait, j’ai un très mauvais moral en ce moment. Je songe souvent à cette affaire. Surtout que je n’ai rien à me reprocher. Je n’en reviens pas de la décision judiciaire.

 

Elle est bien basée sur quelque chose, non ?

Mon fils a témoigné chez le juge. Il était pour moi : il a dit que je ne lui ai jamais rien fait de mal sur le plan sexuel et que cela se passait avec le fameux Thomas Daniel. Je ne comprends plus rien dans ce dossier.

 

Mais donc, au niveau de la commune, on vous laisse tranquille ?

Oui, oui. Je n’ai jamais perdu mon emploi.

 

Mais vous avez fait deux mois de préventive, non ?

Oui mais ensuite je suis passé devant le collège et Mr Moureaux, je veux dire le Collège, a accepté ma reprise de travail. Et ce que j’avais perdu pendant que j’étais en prison, ils m’ont tout remboursé ! Tous mes arriérés.

 

En fait, ils considèrent que vous êtes présumés innocent dans l’affaire qui vous vaut actuellement des poursuites judiciaires ?

Oui. D’ailleurs, je suis vraiment innocent dans cette affaire.

 

Julien Delathouwer, président de la section locale du PS de Molenbeek et responsable du personnel ouvrier de la commune : « Il y a vice de forme »

 

Dans le dossier Alphons R., la ligne de défense aura donc été de respecter la présomption d’innocence ?

Oui… Sincèrement, je suis allé au procès… C’est vrai qu’il a été condamné à 5 ans mais il est en appel. Donc, on attend. On ne sait rien faire. L’appel pourrait l’innocenter.

 

Et c’est pour cela qu’en attendant il peut continuer à travailler ?

Exactement. C’est un fait que s’il était condamné définitivement, le collège prendrait certainement une décision. Mais pour l’instant, on n’est même pas en droit de la prendre.

 

Mais pourquoi n’applique-t-on ces mêmes principes de présomption d’innocence dans l’affaire de M. Coller ?

Monsieur Coller c’est une autre affaire. En ce qui le concerne, il s’agit plutôt d’une faute professionnelle. Les faits éventuellement commis par Alphons R. se passent dans sa sphère privée alors que Marc Coller a été mis en cause pour des fautes commises dans l’exercice de sa fonction. Secundo, le balayeur R. est nommé définitivement, tandis que monsieur Coller était contractuel.

 

La décision de le renvoyer sur le champ n’était-elle pas un peu radicale ? 

Cela, il faut le demander au collège. A première vue, je me suis dit aussi que c’était un peu dur comme décision mais d’après les renseignements que j’ai pu avoir, après avoir écouté Monsieur Coller, il y a tout de même eu des fautes de sa part, vous savez.

 

Il y a eu trois C4 dans cette affaire et le dernier n’évoque pas du tout une faute grave…

Oui, je sais. Ce que moi j’ai conseillé à Monsieur Coller, c’est de prendre un avocat spécialisé parce qu’il y a un vice de forme là. Et ils doivent le reprendre. Ca c’est sur. (…) Il lui ont donné un premier C4 où il n’avait pas droit au chômage. Il a rouspété et ils lui ont fait un deuxième et puis un troisième pour qu’il récupère ses droits. C’était pour lui faire plaisir. Vous allez passer avec cela chez Vrebos ?

 

Oui.

Faites attention. Quand j’ai reçu M. Coller, je me suis dit aussi qu’il y avait une chance qu’il n’avait rien fait. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Je me suis orienté vers d’autres sources et ce n’est pas tout à fait cela. Il a certainement des responsabilités. Et je vais vous dire une chose, on ne vous tient pas quatre mois en préventive si il n’y a rien. C’est mon idée. Il y a des sources selon lesquelles il y a tout de même des preuves de chipotages. Son plus grand défaut, c’est de dire « je sais qui c’est » et de ne pas donner de nom.

 

A notre connaissance, il a tout dit à la justice.

Et bien même s’il a donné les noms à la justice, personne ne semble être inquiété.

 

C’est cela qui est étonnant. Vous croyez que c’est le seul coupable ?

Je ne sais pas. Quand il est venu me voir, sincèrement je l’ai cru, mais après j’ai gratté plus loin et il y a tout de même des choses qui ne collent pas. Je ne dis pas qu’il est 100% en tort, mais il a tout de même des torts.

 

On va laisser la justice trancher, non ?

Tout a fait. A mon avis, si un jour il est innocenté, ils vont le reprendre.

 

Mais en attendant, si tel devait être le cas, il n’aurait plus eu de boulot.

C’est vrai mais ce ne serait pas le premier que la commune devrait indemniser dans un tel cas. Dans le temps, on a eu les cas de deux policiers. Ils avaient été remerciés. Il y avait eu vice de forme. Ils ont du être repris et des années d’arriéré de salaire ont du être payées. C’est le collège qui décidera.

 

Richard V., chef du département «démographie » de la commune de Molenbeek : « Il n’est pas étonnant qu’il y ait de temps en temps une erreur »

 

On dit que vous avez fait un rapport déterminant dans ce dossier, un rapport accablant pour Marc Coller.

Je n’ai pas fait ce rapport tout seul. En âme et conscience, je n’ai pas appuyé dans un sens ou dans un autre. C’est la justice qui tranchera et je ne suis pas tenu au courant des investigations actuelles. La seule chose que j’ai faite, en temps que responsable de service, c’est d’établir les erreurs éventuelles qui avaient pu être commises. Ce n’était pas à moi de déterminer si ces erreurs étaient volontaires ou s’il s’agissait de simples fautes, d’oublis ou de maladresses. D’autant que dans la masse des 2500 ou 3000 dossiers que l’on traite chaque année, il n’est pas étonnant qu’il y ait de temps en temps une erreur. Surtout que les lois qui sont très complexes changent tout le temps et qu’elles ne sont pas toujours très claires. Ce n’est pas à moi de dire qui est coupable ou pas. Tout ce que j’espère, c’est qu’un jour, la justice établira la vérité.

 

Dans cette affaire, il est question de la disparition de « dossier papier »

On a 2500 dossiers, cela peut arriver tous les jours qu’un dossier ne se trouve pas à sa place. Un collège en a besoin, puis un autre… Les dossiers ne sont pas toujours à leur place.

 

Ce n’est pas parce qu’un « dossier papier » manque que Coller doit être suspecté alors…

Non, non. Mais l’Office des Etrangers est tombé sur cette affaire parce qu’il n’avait pas délivré sa lettre autorisant le séjour à une personne qui s’était tout de même vu délivrer une carte d’identité.

 

Théoriquement, les fraudes qui ont été mises à charge de Monsieur Coller auraient pu être commises par d’autres personnes à la Commune ?

En termes de capacité, oui. A ce compte-là, elles auraient pu l’être même par moi… On peut tout imaginer.

 

M. Coller a tout perdu du jour au lendemain, ce n’est pas un peu violent ?

Cela ne relève pas de mes compétences. C’est le Collège qui a pris cette décision, peut-être à juste titre, peut-être un peu hâtivement. Ce n’est pas à moi d’en juger.

 

Combien de dossier litigieux a-t-on finalement retrouvé ?

Je ne saurais vous le dire. On est toujours occupé avec cela en ce moment.

 

Vous recherchez encore des dossiers litigieux ?

Oui. Il se peut que cela continue… Enfin je veux dire qu’on vérifie tout encore plus attentivement qu’auparavant. Mais c’est une matière très complexe.

 

Est-il dans l’ordre du possible que dans la pile de dossiers qu’il avait sur son bureau, Monsieur Coller ait eu une lettre de l’office des étrangers qui aurait ensuite disparue, voire un faux document qui aurait été glissé dans le « dossier papier » ?

Oui. C’est possible. Surtout si c’était de nouvelles personnes qui travaillaient… Tout dépend de comment la personne qui a voulu faire passer cela pour un dossier correct a travaillé. Mais Monsieur Coller aurait pu le voir, il travaille là depuis huit ans. 

 

Des gens ont-ils été déplacés de votre service après toutes ces histoires ?

Non. Il y a régulièrement des changements de service mais ce n’est pas lié à cette affaire.

 

 

 

16:22 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : molenbeek, faux papiers, coller |  Facebook |

18/09/2008

Assassinat de Laurence Mathues (27/4 et 30/0408)

Dossier évoqué sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match-RTL/TVI", le 27 avril 2008 et dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 30 avril 2008

Le procureur général s’en mêle

 

Comme le papa de la victime, Cédric Visart de Bocarmé estime que tout n’a pas encore été fait pour trouver la vérité dans ce dossier vieux de seize ans

 

Près de seize ans après l’assassinat de sa fille, Philippe Deleuze n’a toujours pas trouvé la sortie du labyrinthe de douleur dans lequel la tragique disparition de Laurence l’a enfermé. Perdu, angoissé, apeuré, Philippe Deleuze survit avec une question obsessionnelle : « Qui a tué ma fille et pourquoi ? ». Ce dimanche, sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match » sur R.t.l.-t.v.i., ce papa meurtri a révélé que le parquet général de Liège vient de demander à la justice namuroise d’approfondir son enquête. Plusieurs devoirs complémentaires sont sollicités par Cédric Visart de Bocarmé, mais le papa de Laurence n’obtiendra pas, comme il l’espérait, la désignation d’un « profiler ».

 

Dans le premier tome de « Millenium », la trilogie du romancier suédois Stieg Larsson, l’histoire contée est celle d’un riche et vieux magnat de l’industrie qui, trente ans après la disparition d’une nièce adorée, cherche encore la clé de l’énigme. Tous les jours pendant trois décennies, Henrik Vanger –  c’est le nom de l’industriel – ne pense qu’à cela. Lisant, relisant l’enquête minutieuse menée par la police ; recueillant toutes les informations possibles et imaginables, recoupant, classant des milliers de documents et de photos. L’oncle éploré cultivera son obsession jusqu’au point d’abandonner la direction du groupe d’entreprise familial à un neveu. Au crépuscule de sa vie, il engage les services d’un journaliste d’investigation lequel, aidé d’une détective privée peu ordinaire, va trouver des réponses inespérées à ses questions… 

 

Technicien à l’université libre de Bruxelles et domicilié dans une petite maison à Orp-Jauche, Philippe Deleuze a certainement quelque chose d’Henrik Vanger. Sa compagne et ses beaux-enfants qui partagent sa vie au quotidien en savent quelque chose, eux qui entendent tellement souvent parler de l’inoubliable absente : Laurence, enlevée à la vie dans des circonstances tragiques à une date que la justice a estimé être le 28 août 1992.

 

Très affable et volubile, le papa inconsolable se confie facilement : « Je m’isole souvent dans un petit bureau qui se situe à l’arrière de la maison… Je lis et relis le dossier répressif dont j’ai reçu la copie. Je regarde les photos de sa vie, celles que j’ai prises et les photos de sa mort, celles qui sont issues d’un dossier froid et terrible réalisé par la police. Ces images affreuses me rappellent que je n’ai pas le droit d’abandonner. Quand je sens que je perds la force, je me rends au cimetière pour parler à Laurence. Elle me rappelle alors qu’elle ne trouvera jamais la tranquillité avant que l’on sache ce qui lui est vraiment arrivé ».

 

Il faut dire qu’à ce jour, les seules certitudes de l’enquête judiciaire sont très minces : alors âgée de 16 ans, Laurence Mathues est morte en raison d’une absorption massive de barbituriques. Elle a été vue pour la dernière fois à Wavre où elle travaillait comme jobiste dans un parc d’attraction. Elle a disparu le 28 août 1992 et, selon les conclusions de la médecine légale, elle serait morte le jour même. Toutefois, son corps n’a été retrouvé que le 7 septembre 1992, le long d’une route à hauteur de Noville-les-Bois (Fernelmont).

 

Pour le reste, on est déjà dans les suppositions. Il est pratiquement certain que son cadavre, recouvert de branchages, a été déplacé peu de temps avant qu’il ne soit découvert par un promeneur. En fait, le corps de Laurence aurait reposé pendant plusieurs jours dans un endroit qui reste à découvrir (voyez notre encadré). Ensuite seulement, il aurait été déposé au bord de la route de Franc Waret. Ce scénario implique donc forcément la participation d’une tierce personne et, partant, rend peu pertinente la thèse du suicide qui avait été privilégiée dans les premiers temps de l’enquête policière. A part cela ? Pas grand-chose. Il n’y a pas de trace de viol, pas de témoin direct de l’assassinat présumé. Et après ? Rien. Des indices trop peu exploités comme, par exemple, d’éventuelles traces de coups sur le corps de la victime, des témoins entendus tardivement, certains rapports d’expert au contenu très limité pour ne pas dire indigent, un climat d’incompréhension renvoyant aux heures sinistres de l’affaire Julie et Melissa.

 

Aujourd’hui encore Philippe Deleuze reste avec des hypothèses et des points d’interrogation qui ont littéralement figé son existence. « Pour moi tout s’est arrêté en 1992 », confirme-t-il. « Je n’ai plus le même goût pour la vie. Parfois, j’ai une impulsion ; je me dis que je pourrais un peu m’amuser, penser à autre chose. Dans ces moments-là, je voudrais retrouver mes amis, aller boire un verre quelque part, voir un bon film au cinéma. Mais l’impulsion passe vite et, finalement, je ne fais rien du tout. Je préfère penser à Laurence… C’est une vie de misère.»

 

Toute l’énergie du papa de Laurence est galvanisée par une conviction claire et définitive : on a assassiné sa fille. « Et ça, c’est une certitude en béton armé ! », explique-t-il. « C’est une certitude plus forte que tous les rapports de police. Plus solide encore que toutes les conclusions d’expert. Le matin du jour où Laurence a disparu, je l’ai déposée à Walibi où elle prestait son job de vacances et j’ai lu dans son regard. Ma certitude est celle d’un père qui a vu le bonheur de vivre dans les yeux de sa fille. Il est impossible que Laurence se soit suicidée. Elle a été tuée. Peut-être ai-je déjà croisé les yeux de son assassin. Lui seul le sait. » 

 

A la différence de celle d’Henrik Vanger, la vie de Philippe Deleuze ne se passe pas dans un roman. Ainsi, le papa de Laurence n’a pas les moyens financiers d’un grand patron d’industrie et, ces dernières années, il a dû faire plusieurs emprunts, uniquement pour s’offrir les services d’un avocat. En 2004, au bout de douze années de combat, il a même cru qu’il devrait renoncer à encore poser des questions à la justice… « J’étais épuisé nerveusement et financièrement. » L’A.s.b.l. « Marc et Corine », fondée par l’ex-député Jean-Pierre Malmendier, est heureusement restée à ses côtés.

 

Dans le roman « Millenium », les héros s’évertuent à trouver des pistes que l’enquête judiciaire, très fouillée, n’aurait pas assez explorées. Dans la vraie vie de Philippe Deleuze, c’est plutôt l’inverse. Les questions ouvertes restent trop nombreuses aux yeux de ce père en quête de vérité et de son avocat. Et le combat qu’ils mènent vise plutôt à obtenir de certains acteurs du monde judiciaire peu motivés qu’ils daignent encore explorer des voies qui pourtant semblent évidentes.

 

Rappelons que cette enquête judiciaire a connu un démarrage pour le moins chaotique : « Quand on a retrouvé un corps à Fernelmont, j’ai toute de suite craint qu’il s’agisse de celui de ma fille. Mais des policiers m’ont alors dit que je m’inquiétais exagérément : le cadavre était celui d’une toxicomane d’Auvelais disparue depuis quelques jours ; d’ailleurs ses parents l’avaient reconnue. Et puis… Juste avant son enterrement annoncé dans les médias, la « morte » avait téléphoné pour dire qu’il y avait une erreur ! C’était bien le corps de Laurence qui avait été retrouvé ! Ensuite, il a fallu qu’avec Me Sneyers (N.d.l.r. : son avocat de l’époque qui l’a accompagné pendant douze années avant d’entrer dans la magistrature), nous nous battions pour que le dossier ne soit pas clôturé très rapidement avec le suicide pour seule explication. Depuis toutes ces années, le bras de fer se poursuit. Ma détermination ne m’a pas valu que de l’amitié et de la considération dans le monde judiciaire, mais peu m’importe », raconte Philippe Deleuze.

 

Parmi trop de péripéties malheureuses qui ne pourraient toutes être évoquées dans ces pages, on se souviendra de l’épisode du polygraphe. En 2003, le procureur du Roi, Cédric Visart de Bocarmé, demande qu’un suspect passe le détecteur de mensonge. La juge d’instruction Bourgeois refuse, trouvant la démarche inutile à la manifestation de la vérité. En 2003, elle est contrainte à poser cet acte d’instruction par une décision de la chambre des mises en accusation de Liège. En réaction, Philippe Deleuze est lui aussi invité à devoir le passer, par équité...

 

Au début de cette affaire, du temps où elle était encore instruite par le juge Marotte, Philippe Deleuze avait déjà pu expérimenter cette « stratégie du boomerang ». Anecdote racontée par le papa de Laurence : « Je n’acceptais pas la thèse du suicide prenant notamment argument du fait que le corps de ma fille avait été déplacé après sa mort. Le juge Marotte me contrera alors en me disant que je pouvais être suspecté d’avoir moi-même déplacé le corps et qu’il m’aurait inculpé de ‘‘recel de cadavre’’ s’il en avait eu la possibilité légale ! ».

 

Début du mois d’octobre 2006, Philippe Deleuze a appris par hasard que la juge d’instruction Bourgeois – qui a repris l’affaire en 2000 – avait « communiqué » son dossier depuis plusieurs mois. Dans le sabir de la corporation des juges, cela veut dire qu’elle estimait en avoir fini avec le dossier « Mathues » lequel, après réquisitoire du parquet de Namur, allait donc se clôturer sur des questions sans réponses et un inévitable non-lieu.

 

Depuis lors, comme l’a révélé Philippe Deleuze sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match », les choses ont évolué positivement. Le parquet général de Liège, fait marquant, vient officiellement de demander à la juge d’instruction d’encore réaliser plusieurs devoirs complémentaires. Ce qui donne du crédit au combat du papa de Laurence, qui estime que tout n’a pas encore été tenté dans ce dossier pour trouver la vérité.

 

On lira dans l’encadré ci-contre les axes qui, pour le parquet général, doivent encore être explorés. Mais comment ne pas souligner ici l’espoir qui renaît un peu pour Philippe Deleuze ? Il s’en confie en ces termes : « J’ai un profond respect pour le procureur général de Liège. Cédric Visart de Bocarmé est véritablement à l’écoute des victimes. Je ne sais pas quel est le degré d’espérance qui doit être le mien aujourd’hui par rapport aux devoirs qu’il demande. Mais j’estime comme lui que tout n’a pas été fait pour découvrir la vérité ; qu’en rester là serait inacceptable. Ce qui me met aussi un peu de baume au cœur, c’est le sentiment d’avoir été compris par l’un des plus hauts magistrats du pays. Le serai-je enfin par Madame la juge d’instruction ? Elle peut refuser les devoirs demandés. Alors, on sera reparti pour un tour de procédure… Je lui lance un appel : pour Laurence, pour moi, acceptez ces ultimes démarches ».

 

« Parfois, je fais un rêve », conclut Philippe Deleuze. « Je me lève et il apparaît qu’une collaboration nouvelle s’est installée avec la justice. Le climat est plus détendu. Je parviens à me faire entendre. On me comprend. Et on finit enfin par arrêter celui ou celle qui a tué Laurence. »

 

 

Il n’y aura pas de « profiler » mais…

 

Avant sa demande de devoirs complé-mentaires, le parquet général de Liège s’est livré à une lecture approfondie du dossier Mathues. Cette ultime analyse au plus haut niveau de la magistrature a tenu compte des observations formulées pour Philippe Deleuze, via son avocat Me Julien Pierre. Une réunion a eu lieu pour favoriser un dialogue et une lettre officielle a été envoyée, le 10 avril dernier, par le ténor du barreau liégeois, dans laquelle ce dernier exposait des pistes qui nécessitent des investigations complémentaires.

 

Selon les informations de Paris Match, les souhaits du papa de Laurence et de son conseil ont été jugés pertinents par le parquet général de Liège. Un certain nombre d’entre eux, en tout cas. Par exemple, en ce qui concerne les questions cruciales qui restent encore ouvertes sur l’endroit où aurait séjourné le corps de Laurence pendant plusieurs jours avant d’être déposé sur le bord de la route à Fernelmont. La désignation d’un expert entomologiste pourrait faire progresser ce débat essentiel, estime le parquet général. Ce dernier recommande aussi au parquet de Namur l’exécution d’autres devoirs de police scientifique (par exemple, en ce qui concerne l’A.d.n. des cheveux trouvés sur le corps de Laurence).

 

Pour ne pas contrarier le cours de l’enquête – le ou les auteurs potentiels étant encore dans la nature –, il serait imprudent d’en dire plus… Soulignons simplement que le papa de Laurence – qui a eu un contact téléphonique avec le procureur général de Liège ce vendredi – se dit « rassuré ». Même si, en définitive, la désignation d’un « profiler » réclamée haut et fort par Philippe Deleuze pour analyser ce dossier qui a été marqué par des dysfonctionnements, n’a pas reçu l’assentiment du parquet général.

 

« On donne aujourd’hui du crédit à ma détermination. Avant tout, c’est cet élément très positif que je veux retenir… », commente le papa de Laurence. « Même si , bien sûr, je n’oublie pas qu’en 2002, la juge d’instruction estimait déjà devoir clôturer le dossier. A l’époque, elle avait écrit que c’était pour assurer la sérénité de tous et ‘‘préserver mon équilibre mental’’ ! Je reste choqué par cette phrase qui, non seulement, était blessante, mais qui allait à l’encontre du bon sens élémentaire. Tant il est évident que je ne pourrai regarder à nouveau vers l’avant, redormir et revivre enfin, que le jour où j’aurai la conviction que tout aura été fait pour trouver la vérité. Et ce jour-là seulement ! Je voudrais simplement dire à Madame la juge, qui a peut-être des enfants, qu’il ne s’agit pas là de la manifestation d’un déséquilibre mental présent ou à venir. Il s’agit seulement des paroles d’un père. »

 

Contacté par Paris Match, le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé nous a confirmé la volonté de son office d’aller jusqu’au bout dans cette affaire. Il a eu ce commentaire relativement bref mais très clair : « L’espoir d’encore trouver la vérité dans l’affaire Mathues est mince après autant d’années. On ne peut pas me demander de faire saigner une pierre. Toutefois, le devoir de la justice est de ne rien laisser au hasard, de fermer toutes les portes ».

 

 

08:27 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : philippe deleuze |  Facebook |

11/09/2008

Communauté française (0709 et 110908)

Dossier évoqué le dimanche 7 septembre 2008 sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris-Match/RTL-TVI et publié dans l’hebdomadaire Paris Match, ce 11 septembre 2008

 

Internat autonome de la Communauté Française

Madame l’administratrice fait du « camping » !

 

Ce dimanche, sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match –RTL/TVI », Madame l’Administratrice faisant fonction de l’Internat Autonome de la Communauté Française (IACF) de Forest, a témoigné de conditions de travail inacceptables. Victime de promesses audacieuses d’un cabinet ministériel et d’un imbroglio administratif, Muriel Libert attend depuis presque deux ans que la Communauté française lui fournisse le logement de fonction auquel elle a droit ou, à défaut, une indemnité compensatoire. En désespoir de cause, depuis plusieurs mois maintenant, l’administratrice sans domicile fixe s’est mise à « camper » littéralement dans des locaux insalubres sur son lieu de travail où elle dispose d’un minimum de confort (pas de chauffage, pas d’eau courante). In extremis, avant d’être bouclée, l’enquête de « Paris Match » fait éclore un possible happy end

 

Lire suite dans l’hebdomadaire Paris-Match

 

 

Happy end ?

 

C’est ainsi qu’apparaît un « plan C » que nous suggérons à nos interlocuteurs ministériels : l’appartement actuellement occupé de manière irrégulière pourrait-il se libérer au profit de Muriel Libert ? Les deux chefs de cabinet se concertent. Ils marquent leur accord. Mme Libert se déclare aussi satisfaite de cette solution. « Je voudrais tout de même voir ce que c’est mais de toute manière, il ne me faut pas le grand luxe. J’ai plus vraiment l’habitude » commente-t-elle avec un certain sens de l’humour. 

 

« Cette solution pourrait être acceptable pour notre affiliée. A condition qu’on ne la fasse pas à nouveau languir pendant des mois. Et si on l’indemnise pour les mois de galère qu’elle vient de vivre… C’est tout de même incroyable qu’on en soit là, seulement aujourd’hui… Cette solution se présentait déjà depuis près d’un an puisque Léona B a été démise en juillet 2007 ! », commente Valérie De Nayer. Un dossier d’indemnisation est en cours nous confirme-t-on tant chez Mme Simonet que chez M.Dupont…

 

Le bout du tunnel est peut-être très proche pour Mme Libert. Encore faudra-t-il aussi que les actes de vandalisme et de sabotage s’arrêtent à l’IACF. A cet égard, la CGSP-Enseignement par la bouche de Valérie De Nayer suggère « qu’il faudrait sérieusement songer à sécuriser le site dans l’intérêt de tous les travailleurs de l’internat ». Encore une évidence, comme le fait qu’il s’agit d’une affaire à suivre…