27/07/2006

ICDI (220606)

Enquête publiée dans l'hebdomadaire belge  "Ciné-Télé Revue", le 22 juin 2006

«Les gens qui ont fait cela étaient irresponsables»

 

Comme nous le révélions au début de ce mois, l’ICDI (Intercommunale de collecte et de destruction des immondices) a bel et bien déversé des milliers de tonnes de déchets hautement toxiques (ils contenaient des métaux lourds et des dioxines) dans une ancienne carrière située à Bouffioulx (entité de Châtelet). Ce crime environnemental est d’autant plus grave que le dépotoir utilisé à cet effet est décrit par les géologues comme un site extrêmement fragile (sol calcaire perméable, eaux souterraines). Tant devant le nouveau comité directeur de l’ICDI que dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet de Charleroi plusieurs membres du personnel de l’ICDI dont le directeur d’exploitation de l’époque, ont d’abord admis les faits… Suivis ensuite par le président du nouveau comité de direction de l’ICDI, Roland Marchal (PS). Par ailleurs, une instruction a été ouverte sur les deux autres volets révélés par nos investigations : faux et usage de faux dans le cadre du pesage des camions au parc à conteneur de Couillet et broyage de matériaux amiantés dans des conditions qui ont pu mettre en péril la santé des travailleurs du site. A cet égard, on signalera que tous les témoins que nous avions pu rencontrer dans le cadre de notre enquête journalistique ont confirmé en justice ce qu’ils nous avaient révélé. A ce nombre, au cours de ces deux dernières semaines, se sont ajoutés de nouveaux témoins et des aveux «partiels» de certaines personnes mises en causes. Cette semaine, nous donnons la parole au professeur Léonard Hocks (Institut supérieur industriel de Bruxelles). Ce spécialiste qui étudie notamment les aspects environnementaux des productions industrielles n’est pas tendre pour les anciens gestionnaires de l’ICDI. A propos des «cendres volantes» déversées sans aucune mesure de précaution à Bouffioulx, il est très clair : «Il faut plus parler ici d’un manque de sens des responsabilités que d’une inconscience liée à une époque où l’on ne savait pas ce que l’on faisait». «Sidéré» par les pratiques de l’ICDI pendant l’ère Cariat, ce professeur de chimie industriel annonce aussi une mauvaise nouvelle aux riverains du dépotoir Moreau : «Il faudra encore être vigilant pendant des dizaines d’années.» Comme nous le confiaient des membres du personnel de l’ICDI, cette décharge de Bouffioulx est bel et bien une bombe à retardement… Enfin, nous avons aussi continué notre enquête de terrain, à Bouffioulx. Celle-ci nous a permis de trouver un témoignage aussi inédit qu’interpellant, celui d’Hervé Lardinois qui habite à cent mètre de l’ancienne carrière Moreau : «L’eau de mon puit a été polluée par leurs déchets toxiques», révèle-t-il.

 

Le 7 juin dernier, devant le nouveau comité de direction de l’ICDI, Freddy S. un employé de l’intercommunale a confirmé ce que nous avions révélé quelques jours auparavant : entre 1978 et 1995, les cendres volantes de l’incinérateur de Pont de Loup ont bel et bien été déversées à Bouffioulx, dans une ancienne carrière que l’ICDI utilisait comme dépotoir.  Le même jour, dans l’après-midi ces premiers aveux étaient complétés par ceux de Jean-Louis P., le directeur d’exploitation de l’ICDI. Au lendemain, c’est Roberto F., un autre employé de l’ICDI qui a une formation de chimiste, qui complétait les témoignages de ses deux collègues devant les nouveaux dirigeants de l’Intercommunale. De bonne source, nous savons par ailleurs que les déclarations formulées en interne par les membres du personnel de l’ICDI ont aussi été confirmées tant dans le cadre des interrogatoires réalisés par la DPE (police de l’environnement) que dans celui de l’information judiciaire ouverte par le parquet de Charleroi. Dans les débats dominicaux du 11 juin, par la bouche de son président ad interim, Roland Marchal (PS), l’ICDI a donc bien dû reconnaître les faits, tout en cherchant à en minimiser la portée au travers d’arguments douteux sur le plan scientifique.

 

Pour comprendre les termes du débat, il n’est sans doute pas inutile de rappeler ici quelques notions de bases relatives au fonctionnement des incinérateurs d’ordures ménagères. Après incinération des déchets, deux types de résidus doivent être évacués. D’une part, il y a les mâchefers : des déchets solides qui ressemblent à des cailloux et qui sont formés par tout ce qui a résisté à l’incinération. Par ailleurs, et c’est nettement plus problématique à gérer sur le plan environnemental, les usines d’incinération doivent aussi veiller à épurer les fumées qu’elles rejettent dans l’atmosphère. C’est ainsi que des électrofiltres récupèrent les poussières fortement toxiques provoquées par l’incinération. Ce sont ces poussières que l’on appelle les «cendres volantes», les «suies» ou encore les «fines» dans le langage courrant utilisé par les professionnels de l’incinération.

 

Alors que, désormais, il est établi que plusieurs milliers de tonnes de ces «cendres volantes» ont été déversées dans une carrière au sol calcaire très perméable à Bouffioulx, il nous a semblé utile de faire le point avec un expert indépendant qui connaît particulièrement bien la problématique des poussières d’electrofitre. Le professeur Léonard Hocks enseigne la chimie industrielle et les aspects environnementaux des productions industrielles à l’ISIB (Institut supérieur industriel de Bruxelles) et vous allez constater qu’il n’est pas tendre à l’égard des anciens responsables de l’ICDI.

 

- Afin de relativiser la portée de l’acte qui a consisté à déverser des milliers de tonnes de cendres volantes dans le dépotoir de Bouffioulx, le président actuel du conseil de direction de l’ICDI, Roland Marchal (PS), a notamment déclaré qu’au moment des faits, soit entre 1978 et 1995, on ne connaissait pas grand-chose de la toxicité de ces déchets. Est-ce un argument recevable ?

- Cet argument ne me semble que très partiellement recevable. Soyons un peu logique : dès que l’on a créé des usines d’incinération d’ordures ménagères en Belgique, celle-ci ont été pourvues d’électrofiltres dont le but était justement d’éviter que ces cendres volantes s’évacuent dans l’atmosphère. Si on a décidé de «dépoussiérer» ces fumées, c’est tout de même parce qu’on avait conscience que les cendres volantes n’étaient pas sans danger pour l’environnement et la santé publique! On savait donc d’emblée que ces fines particules très volatiles étaient des déchets qui méritaient d’être traités avec beaucoup de précaution. Bien sûr, on peut ergoter. Et par exemple défendre l’idée que dans la période qui se situe entre 1978 et la fin des années ’80, on ne connaissait pas encore avec précision, c’est-à-dire au travers d’études scientifiques spécifiques, la composition exacte de ces cendres volantes… Mais encore une fois, cette attitude me paraît peu crédible car le simple bon sens permettait de se douter que ces poussières étaient inévitablement chargées de métaux lourds et d’autres produits toxiques issus de l’incinération des ordures. C’était une évidence depuis que l’on a créé des incinérateurs.

 

- Soyons très précis. Vous nous dites qu’avant la fin des années ’80, on pouvait se douter que ces «cendres volantes» étaient dangereuses et qu’ensuite ce danger est objectivé par des études scientifiques?

- Oui, à partir de la fin des années’80, on connaît très précisément la composition de ces particules qui sont chargées de toutes sortes de métaux lourds (cadmium, plomb, zinc, mercure, nickel, chrome, manganèse …). On a donc objectivé d’une manière scientifique qu’il s’agissait de déchets très dangereux.

 

- Or, il est établi que l’ICDI pratique son déversage à Bouffioulx jusqu’à fin 1995. Et en plus, dans une ancienne carrière dont le sol calcaire se trouve au dessus de nappes d’eau souterraine… Comment qualifier cet acte ?

- En fonction de ce que je viens de vous expliquer, il faut bien admettre qu’il faut plus parler ici d’un manque de sens des responsabilités que d’une inconscience liée à une époque où l’on ne savait pas ce que l’on faisait. En d’autres termes, même dans les années ’80, une gestion raisonnablement prudente de ce type de déchets impliquait qu’on ne les déverse pas dans un site géologique de cette nature. Il fallait plutôt chercher un endroit avec du sol argileux, c’est-à-dire un sol très peu perméable, certainement pas une ancienne carrière avec un sol calcaire et fissuré qui bien évidemment laisse passer beaucoup plus facilement les éléments polluants vers les nappes d’eau. 

 

- C’est d’ailleurs ce qu’ont fait d’autres intercommunales. Par exemple, en 1980, Ipalle qui brûle les ordures ménagères dans le Tournaisis a demandé à des géologues de lui indiquer un site où les mâchefers et les cendres volantes pourraient être déversés sans faire trop de casse sur le plan environnemental. Ce n’est qu’une fois que ce site a été trouvé à Thumaide qu’un permis d’exploiter a été demandé à la députation permanente du Hainaut et que l’on a construit un incinérateur à proximité immédiate pour éviter le transport de ces matières dangereuses sur les routes…

- Oui cela montre que l’argument du passé doit être fortement relativisé. Je connais aussi d’autres exemples où les gestionnaires d’incinérateurs envoyaient les cendres volantes en décharge de classe 2. Ce n’était sans doute pas l’idéal mais c’était déjà plus raisonnable que ce qui a été fait à Bouffioulx.

 

- Un autre argument qui est utilisé par le président de l’ICDI pour minimiser la gravité des faits est de prétendre que son intercommunale mélangeait les mâchefers et les cendres volantes. Et que, partant, les cendres volantes étaient «inertées», ce qui voudrait dire qu’elles devenaient moins toxiques ? 

- Alors là, franchement, c’est un argument qui n’a aucune pertinence sur le plan scientifique. Ca ne correspond à rien de sérieux que d’aller affirmer des choses pareilles! Et puis de quel mélange parle-t-on ? J’ai lu les témoignages des ouvriers de l’ICDI dans votre magazine : les chauffeurs de camions de cette intercommunale allaient mettre leur conteneur en dessous du silo à cendres volantes et puis ils déversaient les mâchefers au dessus… J’y vois plus une forme de camouflage que d’inertage! Si c’est cela un «inertage», je ne vois pas alors à quoi serviraient les sociétés spécialisées qui récupèrent les cendres volantes pour les retraiter avant de les déposer avec précaution dans des décharges de classe 1.

 

- Dans la ligne du temps, on constate d’ailleurs qu’à partir de début 1996, soit quelques semaines après que la justice ait interdit à l’ICDI d’encore aller décharger quoi que ce soit dans le dépotoir de Bouffioulx, l’intercommunale a fait appel une société spécialisée pour «inerter» ses cendres et les évacuer dans une décharge de classe 1 en Flandre…    

- Ceci est une confirmation très claire du fait qu’ils ne maîtrisaient pas la technique en interne pour «inerter» ces cendres! Ils n’avaient plus l’ancienne carrière à disposition et, de toute évidence, à ce moment, ils n’ont plus osé aller déposer cela n’importe où.

 

- On peut aussi s’interroger sur les conditions de transport de ces «cendres volantes». Les sociétés spécialisées en retraitement utilisent des camions citernes et le chargement des cendres se fait par un tube hermétique, tandis que les ouvriers qui procèdent à l’opération sont hyperprotégés par des combinaisons spéciales avec masque… 

- Oui bien sûr. Et je découvre, comme tout le monde en vous lisant, qu’à l’ICDI les chauffeurs n’avaient ni combinaison, ni masque. Qu’en plus ils déversaient les cendres dans une banale benne qui ensuite assurait le transport jusqu’à la décharge sans même être bâchée. Il était inévitable que le chargement et le déchargement des cendres volantes occasionnaient d’importants dégagements de poussières, ce qui a inévitablement mis les travailleurs concernés en danger.

 

- Des travailleurs qui nous ont confié – et ils l’ont confirmé dans le cadre de l’information judiciaire actuelle- qu’ils ont respiré ces poussières…

- Dans de telles circonstances, c’était inévitable. Ces personnes devraient faire l’objet d’un suivi médical. Si on les examine, je ne serais pas étonné que l’on trouve des traces de contamination dans leur organisme.

 

- Des témoignages recueillis à ce stade, il ressort aussi que des cendres volantes aient été aussi mises en monticules, à même le sol, à proximité immédiate de l’incinérateur de Pont de Loup. Dans ce cas de figure, le chargement des camions se faisait à l’aide d’une pelle mécanique…

- C’est insensé ! Encore une fois ces particules sont très volatiles. Sous l’effet du vent ou de la pelle mécanique, une certaine quantité a certainement dû passer dans l’air…

 

- De même que dans les rues, durant le transport dans les camions non bâchés. Des riverains ainsi des chauffeurs témoignent du fait que ces camions faisaient pas mal de poussière par temps sec…

- Que dois-je répondre à cela ? C’est sidérant. Même si les camions n’ont certainement pas répandu des cendres volantes en grande quantité, on a violé là un principe de précaution élémentaire. Ce n’est pas un hasard si les spécialistes du traitement des cendres volantes utilisent des camions citernes!

 

- Les gens qui habitent dans les rues où ces camions passaient doivent-ils être inquiets ?

- Actuellement, je ne crois pas. Depuis le temps, l’eau de pluie qui tombe en abondance en Belgique a lavé tout cela. Quand à savoir si cela a contaminé des gens à l’époque, seule une étude épidémiologique pourrait donner une réponse.

 

- La Spaque (Société Publique d’Aide à la Qualité de l’Environnement) a procédé à des forages pour récolter des échantillons d’eau dans le sous-sol de la carrière Moreau. Si ces résultats s’avéraient bons, pourrait-on être définitivement rassuré et refermer définitivement ce dossier ?

- Certainement pas à long terme. Il faudra encore être vigilant pendant des dizaines d’années. La question qui se pose ici est celle de la diffusion d’éléments polluants à travers le sol et les échanges entre le sol et la phase aqueuse. Or, ceux-ci peuvent être très lents. En d’autres termes, les métaux peuvent se fixer pendant un certain temps puis être relâchés des années par après.

 

- Donc, si après le résultat des examens de la qualité de l’eau pratiqués par la Spaque, le ministre de l’Environnement nous dit : «Dormez braves gens, il n’ y a rien à signaler»…

- Je lui répondrais qu’un tel discours est très imprudent! Il faudra aussi veiller à ce que les analyses pratiquées aient été faites avec une très haute précision parce qu’il est tout de même question dans ce dossier de métaux extrêmement toxiques, mais aussi de dioxines.

 

- Il y a aussi la problématique des gens qui ont consommé de l’eau provenant de puits situés à proximité de la carrière Moreau ?

- Ca, c’est potentiellement le problème le plus grave. Je ne serais pas très étonné que certaines de ces personnes en aient subi des conséquences dommageables pour leur santé. Les puits de ces gens devraient être condamnés (ndlr : Au lendemain de cette interview, M. Hocks a pris l’avion pour la Chine a

 

- Tout à l’heure, vous nous avez dit qu’il faudrait être vigilant dans les années à venir. Mais que fait-on du passé ? Ceux qui vivaient à proximité de la carrière au moment où on y déversait des produits toxiques ne pourraient-ils pas souffrir aujourd’hui ou dans quelques années d’une éventuelle contamination du passé ?

- Il me semble évident que ce passé peut difficilement être mis entre parenthèses en se contentant d’un examen de la qualité de l’eau d’aujourd’hui. Encore une fois, pour y voir clair par rapport à cette question, il faudrait réaliser une étude épidémiologique dans les alentours de la décharge. Mais cela coûte très cher et il faudra donc voir si le gouvernement wallon aura la volonté politique de réaliser cet effort budgétaire…

 

- Et s’il aura la volonté de découvrir une vérité qui pourrait alimenter un scandale de plus touchant cette fois directement à la santé des gens?

- Ca c’est votre commentaire…

 

- En tous cas, les membres du personnel de l’ICDI qui se sont confiés n’avaient-ils pas raison de craindre qu’ils aient participé à la mise en place d’une «bombe à retardement» à Bouffioulx ?

- Quand on voit les suites judiciaires, budgétaires, éventuellement sanitaires et politiques de cette affaire, on ne peut pas leur donner tort !

 

 

Témoignage

 «L’eau de mon puit a été polluée par leurs déchets toxiques»

 

Discret de nature, Hervé Lardinois ne s’était jamais confié à un journaliste avant que nous le rencontrions dans sa maison de la rue des Potiats à Bouffioulx. Pendant un peu plus de deux mois en 1994, cet installateur en sanitaires a consommé l’eau de son puit situé une centaine de mètres de la décharge «Moreau» Son histoire est édifiante : «L’eau de ce puit était alimentée par la nappe qui se trouve en dessous de la carrière. Elle était réputée potable depuis plus d’un siècle dans le village. Mon voisin la consommait aussi. Vers 1997, il est mort d’un cancer. Moi, je me suis arrêté à temps grâce à des analyses sanguines que j’ai fait parce que j’étais anormalement fatigué. Leurs résultats étaient alarmants (manque de globules rouges, taux de plaquettes sanguines extrêmement bas). A l’époque, des analyses de l’eau du puit ont aussi été réalisées par un laboratoire de Gembloux et elles ont démontré des teneurs très importantes en polluants tels que du cadnium, du mercure, du plomb, nickel… ». Est-ce un hasard s’il s’agit exactement des poisons recelés par les tonnes de cendres volantes qui étaient déversées illégalement par l’ICDI à cette époque, et ce depuis 1978 ?

 

- Depuis quand habitez-vous ici?

- J’ai acheté ma maison en mai 1994. A l’époque, c’était Gaston Willart qui vendait. Ce monsieur habitait dans la maison juste à côté. Dans les années ’70, il avait lui-même acheté ce terrain, sur lequel se trouvait un ancien puit communal, à la ville de Châtelet. Lorsque je me suis installé, il m’a expliqué qu’il consommait l’eau du puit depuis des années et qu’il s’en portait fort bien. C’était, il est vrai, un homme bien bâti, un sportif. Et puis, étant du coin, je savais que ce puit avait une histoire. Pendant très longtemps, déjà au 19ème siècle, il avait alimenté en eau potable de nombreuses maisons qui se situaient dans ses alentours. Il n’y avait donc, à priori, aucun problème à consommer son eau.

 

- C’est donc ce que vous avez fait ?

- Oui… Et moi seulement, parce que ma femme et ma fille ont tout de même préféré consommer l’eau de ville. Et elles avaient bien raison! Vers les mois de juillet-août 1994, j’ai commencé à ressentir une grande fatigue. J’étais fort affaibli. Dans un premier temps, je ne me suis pas trop inquiété : j’ai mis cela sur le compte d’un éventuel surmenage.

 

- Vous pouvez décrire cette «grande fatigue» ?

- Avant que je ne me décide à consulter mon médecin, j’en étais arrivé à rester couché 20 heures sur 24 ! J’étais devenu blanc comme un linge. Une sorte de mort-vivant…

 

- D’autres symptômes ? De la fièvre ? Un état grippal ?

- Non, simplement, j’étais sans force. Littéralement vidé. Je ne saurais dire autrement… Finalement, je me suis décidé à prendre un rendez-vous chez mon médecin traitant qui m’a conseillé de faire une prise de sang. Celle-ci a révélé que je n’avais pratiquement plus de plaquettes sanguines (risques d’hémorragie et de trombose). Je me souviens d’un chiffre : mon médecin m’a dit que je n’avais plus que 80.000 plaquettes. Alors qu’il en aurait fallait 240.000. Il y avait aussi un important déficit en globules rouges, ce qui expliquait mon état de fatigue… On a fait immédiatement un nouveau test. Quelques jours plus tard, le résultat était encore plus inquiétant : je n’avais plus que 60.000 plaquettes! Le médecin m’a dit que, dans ce cas, il faudrait bientôt me faire hospitaliser. Alors, bien sûr, on a réfléchit à ce qui pouvait causer un tel état d’affaiblissement. Je n’étais pas certain que cela avait un lien avec l’eau du puit, mais j’ai tout de même décidé d’arrêter de la consommer à ce moment-là. Quelques jours plus tard, on a fait une troisième prise de sang et les résultats étaient déjà meilleurs. C’était donc bien lié à l’eau du puit! Depuis cette expérience, mon médecin m’impose une prise de sang chaque année et, bien heureusement, tout est redevenu normal.

 

- Avez-vous pu savoir ce que contenait cette eau qui vous avait rendu malade ?

- Oui car quelques semaines après avoir vécu cet empoisonnement, ma femme en a parlé à Laurentia Giaviarni, une connaissance qui était active dans le comité de riverains qui luttait à cette époque contre la pollution émise par l’incinérateur de l’ICDI à Pont de Loup. Laurentia a porté un échantillon de l’eau du puit dans un laboratoire. Quelques temps plus tard, elle m’a faxé les résultats. Dans cette eau, il y avait des tas de métaux lourds en quantités trop importantes : mercure, cadnium, plomb, phénol, nickel… Quand j’ai lu cela, j’étais horrifié !

 

- Comment avez-vous réagit ?

- Très honnêtement, je suis de nature discrète. Je n’ai pas fait de vagues. Comme je ne buvais plus de cette eau, j’estimais être hors de danger. Je me suis donc contenté d’aller avertir mon voisin, Gaston Willart. Il m’a répondu : «Ce n’est pas cela qui va me faire mourir. Cela vingt ans que j’en consomme et je suis encore là !». Deux ou trois ans plus tard, il est mort d’un cancer. Je ne sais pas si il y a un lien avec l’eau empoisonnée du puit mais en tous les cas cet homme avait une vie saine. Il était sportif et il ne fumait pas. Peut-être que la justice devrait s’intéresser son dossier médical…

 

- Pourquoi parlez-vous aujourd’hui ?

- Parce que j’ai été fortement interpellé par les récentes révélations sur le déversage de «cendres volantes» de l’incinérateur dans l’ancienne carrière Moreau. Tous les métaux lourds que l’on dit retrouver dans ces cendres volantes, on les a retrouvé aussi dans l’eau de mon puit en 1994. Or, l’eau de mon puit, c’est aussi celle de la nappe qui se trouve en dessous de la carrière. Aujourd’hui, il n’y a peut-être plus de problème mais je crois que mon témoignage montre au moins que cela n’a pas toujours été le cas !

 

Précisions

- Laurentia Giaviarni, que nous avons retrouvé à Pont de Loup, nous a confirmé le témoignage d’Hervé Lardinois : elle a bien commandé une analyse de l’eau de son puit en 1994 et, selon elle, son résultat était bien celui décrit par M. Lardinois. Soit une trop importante teneur dangereusement importante en divers métaux lourds. Ces deux témoins sont prêts à confirmer tout cela en justice. Par souci d’objectivité, on mentionnera cependant qu’ils n’ont pas pu remettre la main, à ce stade, sur les documents du laboratoire. Néanmoins, ce dernier devrait disposer d’archives accessibles à la justice, ce qui devrait définitivement trancher d’éventuelles questions sur la pertinence de ces témoignages.

 

- Madame G., l’ex-femme de Gaston Willart nous a confirmé le récit d’Hervé Lardinois : son mari buvait l’eau du puit et il est mort d’un cancer alors qu’il menait une vie tout à fait saine. Madame G., quant à elle, utilise l’eau du puit pour ses sanitaires mais elle ne la boit pas. Elle nous explique aussi qu’au lendemain de la parution de l’article de Ciné-Télé Revue consacré au déversage de déchets toxiques dans l’ancienne carrière Moreau, la commune de Châtelet est venu installé un fût de 1.000 litres d’eau devant son domicile. «Ils m’ont dit qu’ils passeraient régulièrement et que jusqu’à nouvel ordre, je ne pouvais plus utiliser l’eau du puit pour quelqu’usage que ce soit».

 

- Monsieur J. qui vit actuellement avec l’ex-épouse de Gaston Willart, nous explique qu’il a consommé l’eau du puit à quelques reprises quand il s’est installé rue de Pottiats : «Je me suis arrêté le jour où j’ai constaté que l’eau était envahie d’une sorte de mousse blanche. Ca m’a fait trop peur!».

 

- Madame G. a fait faire une analyse de l’eau du puit en octobre 1997 par Xanatex, une société spécialisée dans la vente de matériel pour le conditionnement, le traitement et la potabilité de l’eau. Un premier test –elle nous donne le document qui en atteste- faisait apparaître d’importantes teneurs en nitrates et en chlorures, ainsi que la présence de «composés très toxiques» (benzène, éthylbenzène, toluène et xylènes) en ultratrace. A l’époque, ce premier test devait être confirmé par un autre, mais Madame G. n’a pu nous fournir de documents relatifs à la seconde analyse.

 

Visite guidée de l’ancien dépotoir

Conseiller communal MR à Châtelet, Thierry Lardinois connaît particulièrement bien l’ancienne carrière Moreau : «Quand j’étais enfant, j’allais y jouer. Il y avait un petit plan d’eau, des poissons. C’était un vrai paradis». Jusqu’au jour où des camions, «d’abord ceux de la ville de Châtelet en 1974, puis ceux de l’ICDI à partir de 1978 et bien d’autres encore parfois avec des plaques étrangères», sont venus déchargés des tonnes de déchets de toutes natures. Lors d’une visite du site, M. Lardinois attire notre attention sur plusieurs choses très étonnantes. Ainsi, il faut emprunter un chemin légèrement pentu d’environ cinq cent mètres pour arriver au site proprement dit du dépotoir. «Quand il y avait trop de boue par temps de pluie ou quand le chemin était enneigé ou verglacé, les camions de l’ICDI avaient du mal à arriver jusqu’à leur lieu de déversage. Dans ce cas, ils déversaient leurs mâchefers bien avant, sur les côtés du chemin» (ndlr : ce témoignage nous est confirmé en interne par des membres du personnel de l’ICDI). Traduction : il y a le site officiel de déversage des mâchefers et des cendres volantes, celui qui a fait l’objet d’une réhabilitation partielle mais il y a eu aussi des zones officieuses de déversages où des tonnes de déchets ont été jetés et qui n’ont-elles connues aucun début de réhabilitation! Mieux, le chemin sur lequel nous marchons pour arriver à la décharge est lui-même composé de mâchefers. «Il y a environ un mètre de mâchefers sous vos pieds, ils ont mis cela pour rendre le chemin plus carrossable pour leurs camions». Un peu plus loin, nous arrivons sur le site «réhabilité» : «Ils ont planté des arbres mais ce qui m’inquiète c’est que la moitié d’entre eux au moins sont morts. Avec tout ce qu’il y a en dessous, ce ne guère étonnant…».

 

 

 

22:04 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Parlement européen (180506)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 18 mai 2006

«L’orgueil de la France coûte 200 millions d’euros par an aux contribuables européens»

 

La majorité des députés européens en ont assez de devoir se partager entre Bruxelles et Strasbourg. Pour l’essentiel, leurs activités se déroulent dans notre capitale mais, une fois par mois, ils doivent boucler leurs valises pour aller siéger pendant quatre jours dans l’hémicycle alsacien. L’eurodéputée Frédérique Ries (MR) fulmine : «Ce parlement européen à double tête est un non-sens qui perturbe le travail de près de 4.000 personnes (députés, assistants parlementaires et fonctionnaires) : à cause de cette caravane mensuelle, on perd beaucoup trop de temps et d’énergie. De plus, cela à un coût prohibitif : 200 millions d’euros par an ! Tout le monde en assez mais les parlementaires français, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, ne veulent rien entendre : pour eux, le maintien du siège officiel du parlement européen à Strasbourg est une question de prestige national. Cela dit, je doute que leurs électeurs connaissent vraiment le dessous des cartes!»

 

- Donc, vous en avez marre de faire vos valises une fois par mois pour aller siéger à Strasbourg ?

- En ce qui me concerne, cela fait déjà sept ans que cela dure. Alors, à force, je m’y suis habituée. Sur le plan personnel, cela demande un peu d’organisation mais ce n’est pas un vrai problème. Je vis à Bruxelles et c’est dans cette ville que se déroule l’essentiel de mon activité. De plus, voyager n’est pas en soi une difficulté, il y a des tas de professions qui impliquent de nombreux déplacements. En l’espèce, ce qui me choque, comme d’ailleurs une majorité de parlementaires européens, c’est que l’on dépense beaucoup de temps, d’énergie et d’argent de manière tout à fait inutile. Il n’y a aucune nécessité sur le plan pratique ou en termes d’efficacité à organiser des séances plénières dans le parlement de Strasbourg. On a tout ce qu’il faut pour cela à Bruxelles!

 

- L’hémicycle qui se trouve dans le quartier Léopold à Bruxelles convient en effet parfaitement et il accueille déjà de nombreuses séances du parlement européen…

­- Bien sûr, mais il n’y a pas que cela. C’est à Bruxelles aussi que travaillent la commission et ses services. C’est dans notre capitale que logent les fonctionnaires européens indispensables pour l’accomplissement de notre travail parlementaire mais également la quasi-totalité des députés européens et de leurs assistants. Conséquence, chaque mois, tout ce petit monde doit déménager. Dans notre jargon, on appelle cela la «caravane». Elle concerne environ 4.000 personnes - qui emportent des tonnes d’archives- qu’il faut ensuite loger aux frais du contribuable européen en Alsace.

 

- Dont coût financier?

- On estime la facture globale à environ 200 millions d’euro par an. La facture n’a fait que gonfler, bien évidement à chaque élargissement.

 

- Vous parliez aussi d’un coût en énergie ?

- Pour la parlementaire belge que je suis, c’est encore vivable même si ce n’est pas très agréable. Une fois par mois, je prends ma voiture et je roule pendant cinq ou six heures pour me rendre en Alsace. C’est un peu plus d’une demi journée de travail perdu mais bon… Par contre, pour les députés d’autres pays, ce déplacement est une véritable galère. Les communications aériennes dont Strasbourg bénéficie ne sont pas aussi performantes que celles de Bruxelles. Pour ne prendre que l’exemple des représentants des pays baltes, ils mettent plus de huit heures pour arriver sur leur lieu de travail! Et puis, il y a tous les préparatifs qu’implique le déplacement de la «caravane». Dès le vendredi qui précède le départ (ndlr : les plénières de Strasbourg ont lieu du lundi au jeudi), tout se met à tourner au ralenti à Bruxelles. Encore du temps inutilement perdu…

 

- Cette manière de fonctionner ne donne pas vraiment une image d’efficacité au parlement européen…

- C’est évidemment un très mauvais signal. Je dirais même que c’est du pain béni pour les eurosceptiques qui se servent régulièrement de cette question pour pointer les gaspillages et les dysfonctionnements de l’Union européenne. En Belgique, c’est vrai, on ne parle que rarement dans les médias de cette bizarrerie historique que constitue ce parlement européen à deux têtes. Mais il faut se rendre compte que dans bien d’autres pays, en Angleterre, en Hollande et chez la plupart des nouveaux adhérents de l’Union, ce débat fait régulièrement la «une» ; Suscitant tantôt de la raillerie et des caricatures, tantôt un réelle incompréhension, voire même un certain dégoût pour les institutions européennes. Les citoyens, en ce compris les Français, n'auraient pourtant pas de mal à comprendre que ces 200 millions d'euros par an pourraient plus utilement financer des projets destinés à améliorer le bien-être collectif!

 

- Comment en est-on arrivé à la mise en place de ce parlement bicéphale ?

- C’est une vieille histoire. Il faut remonter à 1951, date de la création de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), soit l’ancêtre de l’Union européenne actuelle. A l’époque, les membres fondateurs étaient tous d’accord pour installer le siège de cette nouvelle institution à Bruxelles. Tous sauf un…

 

- La France ?

- Non la Belgique! Elle était alors représentée par un premier ministre catholique en la personne de Joseph Pholien, lequel plaidait la cause de… Liège. Faute d’un accord sur Bruxelles ou sur la cité ardente, le choix s’est finalement porté sur Luxembourg. (ndlr :Aujourd’hui, c’est encore dans cette ville que se trouve le secrétariat général du parlement européen). Seulement voilà, le Grand Duché ne disposait pas d’un hémicycle adapté pour accueillir les assemblées parlementaires de la CECA. Alors, pour cette raison pratique, il a été décidé que les séances plénières se tiendraient… à Strasbourg où l’on utiliserait des locaux appartenant au Conseil de l’Europe. Quelques années plus tard, la CEE (Communauté économique européenne) a vu le jour et la commission (ndlr : le gouvernement européen) a concentré la plus grande partie de ses activités à Bruxelles. Les parlementaires européens ont suivi ce mouvement. Dès les années ‘80 donc, il est évident que  Bruxelles était leur principal lieu de travail! Pour mieux coller à cette réalité, il a été décidé en 1989 que les députés pourraient également se réunir dans un hémicycle à Bruxelles…

 

- Tout en conservant celui de Strasbourg ? 

- Et bien oui… Selon le compromis boiteux issu des négociations de l’époque, on organisait toujours les séances plénières à Strasbourg et le bâtiment bruxellois n’accueillait que les séances «additionnelles». Et puis, au Conseil européen d’Edimbourg (1992), on s’est encore un peu empêtré dans l’absurde : la Belgique a alors accepté que Strasbourg devienne à terme le siège officiel du parlement européen (avec 12 sessions plénières par an) à condition que les autres activités politiques (les réunions des commissions du parlement, celles des groupes politiques et les plénières additionnelles) demeurent à Bruxelles… En quelque sorte, on a institutionnalisé le dysfonctionnement! Et comme si l’on voulait être certain de ne plus pouvoir le corriger, cet accord a été consacré par le traité d’Amsterdam en 1999. Depuis lors, bien entendu, c’est le statu quo…

 

- Si cette situation porte préjudice à l’image de l’Europe et qu’une majorité de députés est désormais d’avis de déménager l’ensemble des activités du parlement à Bruxelles, pourquoi ne passet-on pas à l’acte ?

- Tout simplement parce que le Conseil, et seulement le Conseil (ndlr: soit les gouvernements européens) est compétent en la matière. Sur cette question, il doit trancher à l'unanimité. Et comme le veto de Paris est catégorique sur cette question...! Cela dit, nos collègues parlementaires français, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, ne veulent rien entendre non plus.

 

- Quels sont leurs arguments ?

Officiellement, leur discours est d’affirmer que le maintien du siège officiel du parlement européen à Strasbourg est un magnifique symbole de la réconciliation franco-allemande. Je suis très attachée moi aussi aux symboles, nous construisons notre avenir sur notre expérience du passé, mais je pense que l'Union est assez adulte aujourd'hui pour les interpréter de façon dynamique et pragmatique.

Derrière tout cela, il y a aussi une question de prestige national. Sans doute, s’agit-il pour nos collègues français de flatter leur opinion publique mais c’est un pêché d’orgueil qui coûte très cher à l’Europe! Et je doute que leurs électeurs connaissent vraiment le dessous des cartes…

 

- A savoir ?

- Leurs représentants évitant soigneusement de débattre en profondeur de cette question, les Français ignorent ce que leur coûte vraiment l’entretien du bâtiment, vide les trois quart du temps, qui abrite le parlement de Strasbourg. Surtout, ils ne sont pas assez, voire pas du tout, informés des compensations dont ils pourraient bénéficier en cas de déménagement du parlement à Bruxelles.

On a proposé la création d’une Université européenne, un Institut européen pour la technologie qui serait à la pointe de la recherche, une école de la diplomatie européenne. Bref, toutes sortes de projets qui valoriseraient Strasbourg… Mais rien n’est assez beau pour eux. Ce qui se passe est vraiment déplorable!

 

Le Parlement européen, mode d’emploi

Le Parlement européen est l'organe législatif de l'Europe. Son assemblée est composée de 732 députés qui représentent l'ensemble des habitants du territoire de l'Union européenne, soit 457 millions de citoyens. Ils sont élus tous les cinq ans depuis 1979. Le Parlement européen a pour missions de ratifier la nomination de la Commission (qu'il peut renverser à la majorité des deux tiers), contrôler le programme de la Commission et la bonne marche des politiques européennes (via les questions écrites et orales adressées à la Commission et au Conseil), d’examiner les pétitions des citoyens, d’exercer le pouvoir budgétaire avec le Conseil, d’exercer le pouvoir législatif avec le Conseil (les directives et règlements émanent de la Commission). Son hémicycle est situé Rue Wiertz, à 1047 Bruxelles. Site web : http://www.europarl.eu.int

21:31 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/06/2006

ICDI (080606)

 

Enquête publiée dans l'hebdomadaire belge Ciné-Télé Revue, le 8 juin 2006

 

Des membres du personnel de l’ICDI nous le confient :

 

«En matière d'environnement, nous étions obligés de nous comporter comme des bandits».

 

Début mai, en parallèle à « Questions à la une », le magazine de la RTBF, « Ciné-Télé Revue » publiait une enquête fouillée sur de présumés malversations et détournements de fonds dont se seraient rendus coupables divers membres de la direction de l’ICDI (Intercommunale de destruction des immondices) de Charleroi. Nous annoncions qu’il s’agissait sans doute d’une « affaire de la Carolo au carré ».Depuis lors, les inculpations et les mandats d’arrêts se sont succédés. Lucien Cariat et Christian Blondeel, respectivement président et directeur financier de l’intercommunale, sont en prison. De même que Claude Pireau, le chef du service de gardiennage de l’ICDI, lequel est mis en cause pour avoir menacé des membres du personnel suspectés par lui d’être trop bavards avec les autorités judiciaires ou avec des journalistes.On sait aussi que, désormais, un dossier bis a été ouvert par le parquet de Charleroi après la découverte de 1.071 photos à caractère pédopornographique sur l’ordinateur personnel du directeur de l’ICDI, Christian Blondeel. Poursuivant nos investigations, nous avons pu rencontrer plusieurs membres du personnel de l’ICDI qui n’avaient pas encore eu de contacts avec les médias. Ils révèlent des faits d’une incroyable gravité.

 

1. « Pendant des années, l’intercommunale a déchargé des déchets hautement toxiques dans une ancienne carrière »

 

Nous les rencontrons à deux reprises dans un lieu discret du côté de Marchienne-au-Pont. L’air grave, deux membres du personnel de l’ICDI, un employé et un ouvrier, nous font des confidences sur la gestion très particulière de certains déchets hautement toxiques provenant de l’incinérateur de Pont-de-Loup. Les faits dont ils nous parlent relèvent du droit de l’environnement mais aussi, sans doute, du droit pénal. Ils sont relativement anciens, mais en termes de santé publique et d’environnement, il y a parfois un effet retard... Et c’est exactement ce que craignent nos deux témoins : « Si on vous parle, c’est parce qu’on se demande si l’ICDI n’a pas déposé une bombe à retardement dans la région de Châtelet ! » Ces deux témoins, précisons-le, sont prêts à déposer en justice, si comme nous l’avons fait, cette dernière leur garantit l’anonymat.

 

— Pour quelles raisons témoignez-vous aujourd’hui ?

— Parce que les faits nous semblent très graves : l’ICDI a déposé des milliers de tonnes de déchets hautement toxiques dans l’ancienne carrière Moreau à Bouffioulx. Cela a commencé vers 1979 pour s’arrêter vers la fin 1995. Honnêtement, on n’a pas eu le courage d’en parler plus tôt parce qu’avant l’éclatement du scandale de l’ICDI, le président de l’intercommunale nous apparaissait tout puissant. On ne se sent pas très bien par rapport à cela, mais il faut qu’on se l’avoue aujourd’hui, au sein de cette entreprise, on a tous participé à une certaine culture de l’omerta. Faut dire, même la délégation syndicale CGSP mangeait dans la main de Cariat. Par conséquent, on savait très bien que ruer dans les brancards équivalait à se retrouver, sans protection, face à la colère du seigneur des lieux. Quand on a une famille, un prêt de maison à rembourser, ce n’est pas évident de tout mettre en péril... Même si on en a gros sur la conscience.

— Désormais, Cariat est en prison. Vous pourriez peut-être apparaître au grand jour ?

— Pas question ! C’est trop tôt. Surtout, arrangez-vous pour qu’on ne puisse pas nous reconnaître... Malgré ce qui s’est passé, il y a encore beaucoup de « cariatistes » à l’ICDI. Il y a aussi des gens dangereux parmi les « gardes » de l’intercommunale. Et puis, Cariat va sortir un jour ou l’autre. Honnêtement, on craint qu’il veuille se venger de ceux qui auront été trop bavards.

— Mais ne faut-il pas raison garder ? C’est un homme politique inculpé d’abus de bien, sociaux et de détournement de fonds, pas un truand accusé de crime de sang...

— Nous, on le connaît sous les traits d’un dictateur qui régnait sans partage sur son fief. Nous sommes certains qu’il n’accepte pas ce qui lui arrive, voire même qu’il n’y comprend rien. A la limite, il doit se sentir victime d’une injustice. On parle parfois de l’ivresse du pouvoir. Eh bien, lui, il avait le pouvoir absolu et il mettra du temps à désaouler ! Tant qu’il n’y sera pas parvenu, ce type sera dangereux... C’est notre point de vue et s’il vous semble excessif, sachez qu’il est pourtant partagé par beaucoup de membres du personnel au sein de l’entreprise.

— En ce qui concerne la carrière Moreau, de quels types de «déchets hautement toxiques » parlez-vous ?

— De ce qu’on appelle les « cendres volantes », autrement dit les poussières retenues par l’électrofiltre qui dépollue les fumées de l’incinérateur...

— Pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas en incinérateur, c’est du chinois !

— Ce n’est pas si compliqué. Les ordures ménagères récoltées par l’ICDI sont brûlées dans des énormes fours. A la fin du processus de combustion, il subsiste plusieurs types de résidus. D’une part, il y a ce qu’on appelle les « mâchefers ». C’est ce qui ressort du four, soit des résidus cendreux solides formés par les morceaux de déchets qui ont résisté à l’incinération. D’autre part, il y a les REFIOM...

— Vous dites ?

— Les REFIOM ! C’est une abréviation qui désigne les « résidus d’épuration des fumées d’ordures ménagères ». Les riverains des usines d’incinération s’en rendent compte tous les jours : en brûlant, les déchets produisent énormément de fumées. Celles-ci sont chargées d’une quantité très importante de poussières hautement toxiques qu’on appelle aussi « cendres volantes ». Si on rejetait ces fumées dans l’atmosphère sans les « dépoussiérer », ce serait criminel !

— C’est donc là qu’intervient l’électrofiltre ?

— Voila ! L’électrofiltre retient les cendres volantes pour qu’elles ne se répandent pas dans l’environnement. L’incinération d’une tonne d’ordures ménagères produit environ 15 à 30 kilogrammes de cendres volantes.

— A l’échelle d’un incinérateur comme celui de l’ICDI, cela donne quelles quantités de poussière ?

— Ces chiffres se trouvent dans les rapports d’activité présentés chaque année par la direction de l’ICDI à son conseil d’administration. Par exemple, pour l’année 2002, l’intercommunale a produit 1337 tonnes de cendres volantes. Il faut savoir que les fours fonctionnent sept jour sur sept : on a donc plus de 3,6 tonnes de poussières à évacuer toutes les 24 heures. Enfin, ça, c’est la situation actuelle...

— Avant, c’était différent ?

— Très différent ! Pour rappel, l’incinérateur de Pont de Loup a été crée en 1976. A l’époque et pendant de nombreuses années qui ont suivi, on produisait beaucoup plus de cendres volantes parce qu’on brûlait plus de déchets. C’était avant les collectes sélectives et les parcs à conteneurs. Avant aussi qu’une réglementation européenne ne nous limite dans les quantités à incinérer. Jusqu’au milieu des années 1990, la quantité de poussière était de l’ordre de 6 à 7 tonnes par jour.

— Quelles sont les caractéristiques des cendres volantes ?

— Extrêmement volatiles, ces poussières sont chargées de tout ce que l’on peut imaginer comme produits hautement toxiques. Des fluranes, de la dioxine, des métaux lourds comme le plomb, le cadnium, le zinc, le mercure ou l’arsenic. En fait, on y retrouve tous les polluants qui étaient à l’origine dans les déchets incinérés. Très dangereuses pour l’homme et pour l’environnement, ces cendres volantes doivent donc être stockées dans des silos avant d’être emportées par une firme spécialisée qui va procéder à leur « inertage » et à leur « solidification ». C’est-à-dire que les cendres vont être mélangées avec du ciment et différents additifs, ce qui va donner des cubes qui seront ensuite stockés dans des centres d’enfouissement technique pour produits dangereux (décharges de classe 1).

— C’est comme cela que l’on procède à l’ICDI ?

— Depuis dix ans, en effet, on a recours aux services d’une société spécialisée basée dans le nord du pays (la firme OVMB). Mais auparavant, pendant plus de dix-sept ans, au mépris de la législation et de toute mesure de précaution en termes de santé publique et d’environnement, on s’est contenté de déverser des milliers de tonnes de cendres volantes dans l’ancienne carrière Moreau à Bouffioulx. Tout allait dans cette décharge dont le sol et les flancs très perméables interdisent formellement le dépôt de déchets toxiques (lire l’encadré intitulé : « Un site fragile »)

— Des milliers de tonnes de déchets toxiques ?

— Faites le calcul vous-même en vous basant sur une moyenne très raisonnable pour l’époque de 2000 tonnes par an... On a commencé à exploiter cette décharge, sans aucune autorisation administrative d’ailleurs, à partir de 1978-1979 et on a dû s’arrêter vers la fin 1995 à la suite d’une action des riverains devant le conseil d’Etat. Les gens de la localité se plaignaient essentiellement des allées et venues des camions, qui, de jour comme de nuit, venaient décharger. Ils se doutaient bien qu’on y déposait un peu de tout, mais jusqu’à ce jour, personne n’a osé leur dire jusqu’à quel point on est allé...

— Comment procédait l’ICDI ?

— D’abord, une mise en garde. Si vous posez la question à Cariat et à son directeur d’exploitation, sans doute qu’ils nieront ou alors ils vous lanceront que les cendres volantes étaient inertées (rendues moins polluantes) avant d’être envoyées vers la carrière Moreau. Tout cela est complètement faux. Nous n’étions pas du tout équipés pour procéder à un quelconque inertage des poussières d’électrofiltre ! Prétendre que, dans ces années-là, une intercommunale était capable de faire ce type d’opération, cela fera rire tous les scientifiques qui travaillent dans le domaine. D’ailleurs, si on savait le faire nous-même, pourquoi aurait-on alors recouru aux services d’une firme spécialisée dès que l’ancienne carrière Moreau ne nous a plus été accessible ?

— Mais comment cela se passait-il ?

— Officiellement, c’était des mâchefers et uniquement cela que l’on déversait à Bouffioulx. Alors, un système très simple a été imaginé par la direction pour se débarrasser dans le même temps de cendres volantes. Les chauffeurs procédaient systématiquement à deux chargements. D’abord, ils plaçaient leur benne en dessous du silo de cendres volantes et ensuite, ils recouvraient celles-ci avec des mâchefers qui étaient encore un peu chaudes et humides. Cela garantissait un effet de liant provisoire pour les cendres qui sont très volatiles. S’il était obligatoire de procéder de la sorte, c’était à dessein : les cendres devaient être dissimulée par les mâchefers. Trois camions le matin, trois camions l’après-midi, trois camions pendant la nuit. Ça n’arrêtait pas ! A la carrière Moreau, on était chez nous. Pas de contrôle, on faisait ce qu’on voulait. C’était balancé comme cela sans outre forme de procès, sans qu’il y ait un quelconque traitement adéquat du sol ou des flancs pour éviter la percolation. Freddy S., un membre de la famille du président qui a été ensuite engagé à l’ICDI, avait aussi à l’époque une société qui déchargeait des trucs là-bas. En échange de cette faveur, il avait laissé un bull sur place et, de temps en temps, il égalisait. C’est tout... Aujourd’hui, on a mauvaise conscience. En termes de pollution, on craint que ce qu’on a déversé là pendant autant d’année soit une véritable bombe à retardement ! Et même si cela ne devait pas être le cas, la loi a été violée en toute impunité pendant des années et il faut que les responsables assument leurs actes...

 

« S’ils ont fait cela, c’est de la folie »

Située dans la région de Bordeaux, Europlasma est une Société d’ingénierie à la pointe du progrès dans le traitement des déchets ultimes tels que les « cendres volantes » produites par les incinérateurs d’ordures ménagères. « Notre unité de Cenon utilise un procédé de vitrification », explique Christophe Lefebvre qui y occupe la fonction de chef de projet. Pour cet ingénieur, les poussières d’électrofiltre n’ont donc aucun secret et lorsque nous lui donnons connaissance du témoignage des ouvriers de l’ICDI, il se déclare « complètement abasourdi ».

« S’ils ont fait cela, c’est de la folie », explique cet expert. « Dans le secteur des incinérateurs, la toxicité extrêmement forte de ces particules est une évidence connue de tous. Des matières aussi dangereuses doivent faire l’objet d’un traitement par des firmes spécialisées et elles doivent impérativement se trouver en décharge de classe 1. Il est totalement exclu d’aller déverser ces déchets dans une classe 2 car il y a un risque très important de pollution par lixiviation : sous l’effet de l’eau de pluie, par exemple, ces poussières ont une forte tendance à relâcher leurs éléments polluants qui peuvent ensuite pénétrer le sol jusqu’à une éventuelle nappe phréatique. Même si les dépôts dont vous me parlez se sont arrêtés il y a dix ans, il me semble indispensable que les autorités sanitaires et environnementales de votre pays étudient ce cas avec beaucoup de vigilance. Quel est le degré de pollution actuelle en cet endroit ? Au cours de ces dernières années, a-t-on vu une augmentation de certains types de maladies comme des cancers ou de certaines maladies chroniques dans les environs immédiats ? Je ne veux par être alarmiste. Ces questions n’auront pas nécessairement des réponses positives mais elle ne peuvent certainement pas être éludées ».

Quel pourrait être le mobile des imprudences qui ont été commises ? Comme pour l’amiante (voir plus loin), peut-être faut-il chercher du côté financier. En tenant compte du prix de stockage en décharge de classe 1 et du coût de retraitement de ces déchets (environ 300 euros la tonne), sur les dix-sept ans d’utilisation de la carrière Moreau, l’ICDI a économisé beaucoup d’argent. On compte ici en centaines de millions d’anciens francs.

 

«Un site fragile sur le plan géologique »

Dans divers documents officiels, comme par exemple un arrêté du 16 février 1995 de la députation permanente du Conseil provincial du Hainaut, le site de la carrière Moreau est décrit comme «sensible sur le plan géologique». Aussi, une étude réalisé en novembre 1994 par le bureau d’étude indépendant IRCO, y constatait déjà une importante teneur en plomb. Elle disait explicitement ceci : «Il apparaît que la mise en décharge exclusive de mâchefers, sous réserve d’une teneur en plomb inférieure à celle trouvée dans le cadre de notre étude, est envisageable. Par contre, la mise en décharge d’autres déchets de type ménagers, boues... aurait un impact très important sur la nappe et ce considérant le caractère karstique et l’absence d’imperméabilité à sa base». Dans un arrêt du 17 novembre 1995, qui a interdit l’utilisation de la décharge par l’ICDI, le Conseil d’Etat relevait que l’intercommunale y avait non seulement «déversé ses mâchefer depuis 1978 sans autorisation» mais aussi «le site naturel litigieux ne présente pas un degré d’imperméabilité suffisant» et qu’en plus «aucune protection adéquate n’est assurée sur le fond ou les flancs de la décharge ». A l’époque de cet arrêt, on ne suspectait pas que les mâchefers déversées en ce lieu ait pu être accompagnées de tonnes de cendres volantes...

 

2. « Des ouvriers ont été contraints de passer de l’amiante au broyeur. Et une partie de celle-ci a été enterrée dans un parc à conteneurs »

 

Au cours de cette enquête, nous avons également rencontré trois autres ouvriers de l’ICDI. Ils nous ont fait un récit similaire. On peut le synthétiser ainsi : «Il nous arrive de réceptionner de l’amiante (tuiles, tuyaux). Entre 2000 et 2003, des ouvriers devaient passer cela dans un broyeur. A partir d’un certain moment, ils ont eu des masques et des gants, mais cela n’a pas toujours été le cas. C’était fait en dépit de toute règle de sécurité en produisant énormément de poussières. Cela se passait à proximité immédiate de la rue du Déversoir, mais les riverains n’ont jamais eu conscience de ce qui se passait chez nous. Pendant tout un temps, au lieu d’aller transporter cette saloperie chez des sous-traitants spécialisés, de l’amiante a donc été enterré avec un bull dans le parc même.»

 

L’une des trois sources précise : « Je pourrais indiquer à la justice où cela se trouve. Ce n’est pas un problème». «Pour l’amiante, cela ne fait plus comme cela aujourd’hui », ajoute l’un de nos témoins. « A partir du moment où la direction s’est rendue compte que ces pratiques illégales risquaient de se savoir à l’extérieur, l’amiante a été tapée dans des conteneurs soi-disant spéciaux... En fait, ces conteneurs n’avaient rien de particulier ».

 

« Je suis sidéré»

 

Quel est le degré de gravité des pratiques dénoncées par ces ouvriers ? Un spécialiste en désamiantage nous dit qu’il est « sidéré » par ces témoignages :

« Ce qui m’inquiète surtout, c’est la santé des ouvriers qui ont dû faire ce type de travail. La poussière d’amiante, tout le monde le sait, est extrêmement dangereuse. L’inhaler conduit quelques années plus tard au cancer du poumon ou de la plèvre. A priori, je serais moins inquiet pour les riverains. Sauf à imaginer qu’ils se trouvaient à proximité immédiate du lieu où ce broyage était fait car la poussière dégagée ne s’est certainement pas propagée sur des centaines de mètres. Par ailleurs, le fait de mettre ce produit en terre n’est évidemment pas légal. Selon leur type — amiante libre ou amiante liée —, ces déchets doivent suivre des filières de retraitement très précises qui sont mises en œuvre par des sociétés spécialisées qui travaillent dans des conditions de sécurité optimale. Soit cela part dans un centre comme celui de Morcenx (près de Bordeaux), où l’on inerte le matériaux pour arriver in fine à la recycler sous forme de verre. Soit cela doit partir vers une société comme Reymat près de Geel, où l’on mélange l’amiante avec du ciment. On obtient alors des cubes qui sont stockés dans une décharge de classe 1 (produit les plus dangereux qui ne peuvent être recyclés) près d’Anvers. A condition d’être entreposés et manipulés avec la plus grande précaution, des matériaux d’amiante liée comme les tuiles peuvent aussi de retrouver en décharge de classe 2, après un entreposage dans des conteneurs bâchés. Il ne s’agit donc pas de ‘’taper” ces matériaux dans des conteneurs normaux comme l’expliquent vos témoins ! »

 

Quel pourrait être la logique de tout cela ? « Dans ce que dénoncent ces ouvriers, il y a évidemment un éventuel mobile financier qui saute directement aux yeux. Le retraitement de l’amiante coûte cher. Cela tourne aux alentours de 2.500 euros la tonne... Et j’imagine qu’une intercommunale de destruction des immondices doit collecter beaucoup de tonnes d’amiante. Les enjeux financiers doivent donc être énormes pour ceux qui seraient en mesure de manipuler certains chiffres ».

 

3. « Le pesage des camions est truqué à la demande de la direction »

 

A l’ICDI, la direction aime bien les chiffres. Peut-être parce qu’en les manipulant, ils permettent d’économiser beaucoup d’argent et de donner une image de « bonne gestion ». Combien de rapports, combien de communiqués de presse trouve-t-on qui vantent les grandes compétences en gestion des déchets du président Cariat et de ses troupes... Des phrases comme celle-ci que nous extrayons du « Rapport de l’assemblée générale extraordinaire du 28 mai 2003 » :«Nos résultats de parcs à conteneurs sont en constante progression au niveau du nombre de visiteurs, mais aussi par une augmentation des quantités apportées à des volumes à recycler. Un tableau annexe du rapport vous montrera l’ampleur des volumes et du tonnage des déchets maîtrisés par notre intercommunale ».

«N’allez pas vous fier à ce genre de statistiques. Tout est manipulé !», s’insurge un employé de l’ICDI. «Essayez plutôt de trouver des ouvriers qui s’occupent de la ‘’bascule”. C’est l’outil électronique qui est utilisé pour peser les camions qui entrent et qui sortent des parcs à conteneurs. Vous allez vite comprendre... ».

 

Nous avons suivi le conseil et force est de constater qu’il était avisé. Des ouvriers qui ont travaillé à la « bascule » expliquent en effet que «tout est truqué à la demande de la direction ». L’un d’eux précise qu’«il s’agit de trafiquer le résultat des pesages pour faire pencher les statistiques de l’ICDI dans un sens ou dans un autre... Prenons l’exemple des encombrants. Il fallait régulièrement trafiquer les chiffres à la hausse. Le verre aussi, il fallait augmenter. Par contre, les camions de la ville, il fallait les faire moins lourds. Avec l’informatique, tout est possible ! On peut non seulement changer le poids réel d’un véhicule ou bien même tout simplement ajouter dans la liste deux ou trois camions qui ne sont jamais passés par la bascule. Il y a parfois jusqu’à deux ou trois tonnes de différence par rapport au poids réel d’un seul transport. Un spécialiste n’a qu’à analyser les listings de pesages. Il verra que certains chiffres sont tout à fait impossibles. Soit que le poids du chargement renseigné pour un camion est supérieur à la quantité maximale qu’il peut effectivement contenir. Soit qu’un camion précis fait un nombre improbable d’aller et retour au parc à conteneurs sur une même journée. Dans ce cas, on a évidemment la trace matérielle de convois fictifs. Il y a certainement des enjeux financiers derrière toutes ces combines, mais c’est à Cariat qu’il faudrait demander de préciser lesquels... »

 

«Benoît Lutgen : «C’est effarant. Je vais saisir la police de l’environnement !»

 

Avant publication, nous avons donné connaissance des résultats de nos investigations au ministre de l’Environnement du gouvernement de la Région Wallonne. «Consterné par la gravité pratiques dénoncées par les ouvriers de l’ICDI», Benoît Lutgen nous a répondu qu’il allait «demander l’ouverture de plusieurs enquêtes à la police de l’environnement», ainsi que «la réalisation d’un audit de l’ICDI sur la manière dont elle a géré ses déchets durant ces dernières années». 

 

- D’un point de vue général, quel commentaire avez-vous envie de formuler sur les informations que nous vous révélons ?

- Je ne puis qu’être choqué par des révélations comme celles-là. Si l’enquête que je vais demander à la police de l’environnement confirme tout cela, il faudra constater avec beaucoup d’étonnement et de tristesse que des responsables de cette intercommunale ont fait prendre beaucoup de risque à leurs travailleurs et peut-être aussi à la population. Dans ce que vous me dites, il y a la trace potentielle d’atteinte graves à la santé publique mais aussi des indices de détournements et de fraude fiscale. Je suis déterminé à ce que l’enquête aille jusqu’au bout avec tous les moyens légaux disponibles. (ndlr : Dès après cet entretien des fonctionnaires de la région wallonne et la police de l’environnement saisis par M. Lutgen se sont ainsi attelés à déjà tirer au clair les accusations relatives à l’ancienne carrière «Moreau» et aux potentielles manipulation des listings de pesage des camions de l’ICDI) 

 

- Il y a trois aspects distincts dans notre dossier. Le premier est relatif au déversage allégué de milliers de tonnes de cendres volantes, un déchet que vous savez hautement toxique, dans l’ancienne carrière «Moreau» à Bouffioulx. Votre réaction ?

- Il faut d’abord rappeler que l’ICDI a utilisé cette décharge de manière illégale pendant de nombreuses années. Elle n’avait pas les autorisations requises à cette fin comme l’a d’ailleurs clairement souligné un arrêt du conseil d’Etat en 1995. Je vais donc demander une enquête très précise à la police de l’environnement sur toute la période d’exploitation du site, c’est-à-dire entre 1978 et 1995. Mais je me pose aussi beaucoup de questions sur la période qui a suivi : l’ICDI a du déposé un cautionnement de quelques 50 millions d’anciens francs, à charge pour l’intercommunale de récupérer cet argent si elle avait procédé à la réhabilitation du site. Des premiers éléments du dossier administratif dont je dispose, il ressort que cette réhabilitation qui devait être terminée au plus tard pour fin 2003 n’a été faite que très partiellement. D’ailleurs, vu cette situation anormale, l’Intercommunale n’a pas demandé à ce jour à pouvoir récupérer les cinquante millions de francs de caution. Il faudra donc réaliser une série d’analyse et de mesures. A priori, heureusement, les premiers renseignements dont je dispose ne sont pas trop inquiétants : la Société wallonne de distribution d’eau et Aquasambre m’indique que les 8 captages d’eau les plus proche du site ne posaient pas de problèmes particulier de pollution.

 

- On peut être totalement rassuré ?

- Pour l’être tout à fait, il pousser les investigations plus loin. Il y aurait un piézomètre qui aurait été installé sur place par l’ICDI (ndlr : un appareil qui plonge dans le sol pour en mesurer le taux de pollution). Dès demain (vendredi 2 juin), on va vérifier sur place si cet appareil a été bien placé et il faudra aussi qu’on puisse analysé ses résultats. Je suppose que l’ICDI en dispose puisque de manière assez étonnante l’intercommunale ne les a jamais communiqué à l’autorité de tutelle. En fonction de tout cela, il faudra peut-être encore prendre des mesures complémentaires d’analyse du site. Je voudrais aussi que l’on dispose d’éclairages complémentaires quand aux conditions dans lesquels des travailleurs de l’ICDI ont du manipuler ces déchets hautement toxiques. Il y a encore beaucoup de zones d’ombres (ndlr : Certaines d’entre elles pourraient être déjà levée au moment de la parution de cet article puisque les investigations officielles ont commencé le 1er juin à la suite de notre contact avec le ministre de l’Environnement).

 

- Le deuxième aspect concerne le broyage et la dissimulation d’amiante entre 2000 et 2003 dans le parc à conteneurs de Couillet ? Cela vous interpelle ?

- Plus que cela… Si cette information se vérifie, je parlerais volontiers d’acte tout bonnement criminel ! Je vais demander à la police de l’environnement de vérifier les témoignages et de sonder les terrains concernés. Les gens qui ont manipulé cela aurait alors pris des risques très graves pour leur santé.

 

- Reste enfin la manipulation des données relatives aux pesages des camions…

- Il s’avère que ce que disent vos témoins recoupe parfaitement des observations émises par la Cour des Comptes sur la gestion des déchets à l’ICDI. Des critiques qui ont d’ailleurs conduit des fonctionnaires de mon administration à ouvrir un dossier, il y a quelques semaines déjà.

 

- Qu’avait relevé la coup des comptes ?

- Qu’il y avait des difficultés évidentes à vérifier si les quantités de déchets déclarés par l’Intercommunale correspondaient à la réalité. En d’autres termes, les documents fournis par l’ICDI à la DIE (Division de l’Instrumentation Economique) ne brillent pas par leur transparence. La cour des comptes a notamment constaté des corrections en cours d’exercice sur le volume déclaré des déchets de la ville de Charleroi qui lui ont semblées suspectes.

 

- Indépendamment des témoignages révélés par notre enquête, il y avait donc déjà des suspicions de manipulation des chiffres de pesage ?

- Oui, c’est très clair.

 

- Quel pourrait être le mobile d’un tel délit ?

- La cour a relevé qu’il y avait un risque que l’ICDI ait réparti la quantité globale de déchets récoltés de manière frauduleuse entre les différentes communes de sa zone d’activité.

 

- Vous pouvez traduire ?

- Au dela d’un volume de 240 kilos d’ordures ménagères par habitant, les communes doivent payer une taxe sanction. L’enquête que je vais demander devra déterminer si on n’a pas chipoté dans les chiffres pour que toutes les communes qui sont partenaires de l’ICDI ne dépassent pas ce seuil de 240 kilos. Dans cet ordre d’idée, je suis évidemment très interpellé quand un de vos témoins vous dit : «les camions de la ville de Charleroi, il fallait les faire moins lourd». A la lumière de ce que vos témoins racontent, il faut aussi s’interroger sur une autre manière dont on aurait chercher à atteindre cet objectif frauduleux : c'est-à-dire en augmentant fictivement la quantité de certains déchets pour faire diminuer le volume déclaré d’ordures ménagères.

 

- Derrière tout cela, il y a donc des enjeux financiers considérables ?

- Evidemment et cela pour toutes les communes qui lesquelles travaille l’ICDI. Si ces chipotages se vérifient, on sera clairement dans une affaire de fraude fiscale.

 

 

 

09:22 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

01/06/2006

Marielle Floriduz +  ICDI (010606)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 1er juin 2006

Marielle Floriduz, conseillère communale PS à Charleroi :

«Il faut en finir avec la dictature de Van Cau, De Clercq et consorts !»

 

DSCN1910Militante au PS depuis 1980, conseillère communale à Charleroi depuis 1994, vice-présidente du CPAS et titulaire de plusieurs autres mandats, Marielle Floriduz est la première élue du parti socialiste carolo a oser attaquer de front Jean-Claude Van Cauwenberghe et son ami de trente ans, le député permanent Jean-Pierre De Clercq, récemment inculpé de détournement de fond par la juge d’instruction Baeckeland. Elle nous le déclare, mais elle l’a écrit aussi noir sur blanc dans une lettre postée le 24 mai dernier à l’attention du président du PS : «La coupe est pleine ! Il faut enfin oser dire publiquement la vérité : ni Van Cau, ni De Clerq ne représentent un courant majoritaire à Charleroi. La majorité (malheureusement passive et silencieuse) des socialistes carolos ne fait que subir, avec résignation et découragement, la dictature et les manipulations de ces individus. Quelques exclusions du parti et une refonte totale des listes à Charleroi serait majoritairement bien accueillie par une écrasante majorité de nos militants dans un premier temps et par un grand nombre d’électeurs par la suite!». Et de lancer cet appel direct au camarade Elio : «Nous sommes à la croisée des chemins et l’avenir de Charleroi t’appartient. L’assainissement de Charleroi restera une des grandes réalisation de ta présidence et un plus pour toute la politique qui ne peut se résumer à ce mauvais exemple, à ce cauchemar qui plonge la ville dans un climat qui rappelle Berlin en avril 1945…»   

 

- De toute évidence, vous ne digérez plus ce qui se passe au sein du PS de Charleroi ?

- D’abord, comme n’importe quel citoyen, je suis choquée par un certain nombre de comportements et d’actes qui sont mis en évidence par la justice. Même s’il faut respecter la présomption d’innocence pour toutes les personnes qui ont été inquiétées, inculpées ou arrêtées dans le cadre des affaires politico-financières, ce qui s’est passé ces dernières semaines doit conduire une remise en question fondamentale des pratiques au sein du PS carolo. On a pratiquement besoin d’une révolution culturelle et il est temps d’oser dire tout haut ce que beaucoup de militants pensent tout bas : ce n’est pas avec des individus comme Van Cau et De Clerq aux commandes qu’on y arrivera. Ils ont tué la démocratie interne au sein du PS de Charleroi. Ils ont tellement de pouvoir et depuis si longtemps qu’ils considèrent la ville comme leur chose et les militants locaux comme leurs sujets. Désormais, leur principale préoccupation est de prolonger leur dynastie en plaçant leur progéniture aux commandes pour les décennies à venir! Je suis d’ailleurs très bien placé pour le savoir ayant été une victime directe du népotisme de Jean-Pierre De Clercq.

 

- De quelle manière ?

- Cette personne a utilisé des procédés qui relèvent du faux et de l’usage de faux pour bien placer sa fille Alisson sur les listes du PS aux prochaines élections communales de Charleroi. Comme le fils de Jean-Claude Van Cauwenberghe, comme la fille de Michel Wilgaut (ndlr : président du CPAS de Charleroi et ex-secrétaire particulier de Van Cau, dont il est très proche), Alisson a été positionnée sur la liste pour pouvoir espérer une place d’échevin. Enfin, si tout se passe comme ils l’ont programmé! Mais je ne suis pas sûr du tout qu’ils réussissent leur coup. Je place beaucoup d’espoir dans un geste fort que devrait poser le président du PS, Elio Di Rupo pour redessiner les listes (ndlr : Cet entretien a été réalisé le 26 mai. Au moment de la parution de cet article, il n’est pas exclu que le «geste fort» espéré par Mme Floriduz ait été effectivement posé par la président du PS) et même si ce n’était pas le cas, il faudrait encore que les électeurs suivent…

 

- Une accusation de faux et d’usage de faux contre l’un de vos «camarades», c’est grave, non ?

­­- Mais je n’utilise pas ces mots à la légère! Je peux vous détailler les faits mais d’abord je voudrais insister sur un point essentiel : cela fait de très nombreuses années que j’ai adhéré au PS; Non par ambition comme certains, mais par conviction. Pour moi qui suis originaire d’une famille nombreuse et modeste, se battre pour qu’il y ait moins d’injustices sociales, cela veut vraiment dire quelque chose! Pendant des années, j’ai été une camarade fidèle, dévouée et loyale. A Goutroux, j’ai consacré un nombre incroyable d’heures, tout à fait bénévolement, à assurer les permanences sociales de Jacques Van Gompel. Mon engagement m’a valu beaucoup d’éloges au sein du PS de Charleroi où l’on sait très bien que je ne suis quelqu’un de fiable. Certainement pas le genre à prendre une position offensive comme aujourd’hui pour des peccadilles. Mais je veux aussi garder ma dignité, rester un esprit libre. La politique m’a toujours coûté plus qu’elle m’a rapporté. Je n’ai pas de seconde résidence au soleil, pas de limousine avec chauffeur, je n’habite pas dans un château et ne compte aucun milliardaire parmi mes proches. En bref, je ne suis pas une parvenue.

 

- Mais, comment Jean-Pierre De Clercq s’y est-il pris «bien placer sa fille» ?  

- Il y a 15 sections du PS à Charleroi. Pour ma part, je suis à la tête de celle de Goutroux. Quand les élections approchent, chacune des sections vote démocratiquement afin de désigner une personne qui sera placée en bonne place sur la liste. Par ce système de poll, on assure une présence équilibrée de candidats provenant des différentes anciennes communes qui forment la ville de Charleroi. Jusqu’en 2004, Jean-Pierre De Clerq dominait la section de Monceau-sur-Sambre. Il aurait pu y faire désigner sa fille comme leader mais cela se serait fait au détriment d’un de ses fidèles bras droit qui revendiquait aussi cette place. Alors, il a décidé d’investir la section de Goutroux. Dès son arrivée, il a instauré un climat délétère. J’ai été victime de menaces et d’insultes. En parallèle, tous les groupements de Goutroux, où l’on retrouve nombre de militants du parti, ont reçu de sa part des enveloppes allant de 250 à 1.000 euros. Mais cela n’était pas suffisant pour infléchir la volonté des 200 membres historiques de ma section. J’ai tout de même été désignée comme seule candidate pour le poll qui devait avoir lieu le 28 mai 2005. Alors, De Clerq a carrément œuvré pour manipuler ce poll. Dans les jours qui l’ont précédé, 500 personnes venant de tout le Hainaut et même de France se sont subitement inscrites à la section de Goutroux. Cela s’est fait d’une manière qui était en infraction avec les statuts du parti et, bien entendu, ces fidèles de De Clercq n’avaient qu’une mission : voter non à ma désignation comme leader de la section. Par la suite, comme il n’y avait pas de leader élu à Goutroux, cela ouvrait la voie au comité des sages du PS de Charleroi (Van Cau, De Clerq etc…) pour désigner Alisson De Clerq à ma place. Le tour était joué…

 

- Comment avez-vous réagi ?

- J’ai saisi la Commission de vigilance du PS de Charleroi en lui donnant toutes les preuves des irrégularités et des manipulations mais cela n’a servi à rien. En infraction avec les statuts du parti, ses membres n’ont même pas daigné m’entendre. Alors je me suis adressée à l’échelon supérieur, c’est-à-dire à la Commission de vigilance qui siège à Bruxelles, au Boulevard de l’Empereur. Il leur a fallut 9 mois pour instruire ma plainte mais au bout du compte, Bruxelles m’a donné enfin raison (ndlr : elle nous montre le texte de cette décision) en relevant notamment que «les conditions qui en entouré l’organisation du poll (…) prêtent à tout le moins à confusion, voire à la suspicion»

 

- Résultat des courses ?

- Néant! J’ai raison mais pour autant je ne suis pas remise sur la liste… J’ai transmis la décision de Bruxelles à Van Gompel et la fédération de Charleroi en a connaissance mais cela n’a absolument rien changé à la situation. Vous savez lors d’un congrès, Van Cau a déclaré : «Je m’assoie sur les statuts du parti». Et bien c’est ce qui se passe. Mon seul espoir pour que l’on en finisse avec cette dictature qui ne dit pas son nom est qu’Elio Di Rupo intervienne…

 

Jean-Pierre De Clerq

«Ce sont des attaques injustifiées lancées par des gens aux pratiques fascistes»

Contacté par nos soins, Jean-Pierre De Clerq se porte en faux contre toutes les accusations formulées par sa camarade Floriduz : «Je n’ai pas privilégié ma fille! Ce qui s’est passé, c’est que cette dame Floriduz et son mari, Jean-Claude Tison ont géré la section de Goutroux avec des pratiques fascistes en s’immixant notamment dans la vie privée de gens. Les militants de Goutroux en avaient marre d’eux. Ils n’ont plus aucune légitimité. Floriduz a d’ailleurs pratiquement vidé la section. Il ne restait que 106 inscrits et une quarantaine d’effectifs quand je suis arrivé. Les gens que j’ai amenés sont de vrais membres. Ils ont adhéré d’une manière conforme aux statuts et ils sont toujours présents.» Et la décision du comité de vigilance du PS qui donne raison à Marielle Floriduz : «Je ne l’ai pas bien comprise. Elle est d’ailleurs pleine de contradiction. Les listes ont été avalisées par le congrès à Charleroi. Il n’y a pas de raison de revenir en arrière… De toute façon, j’ai réponse à tout.»

 

 

Pour en savoir plus

On invitera nos lecteurs qui voudraient décortiquer les soubresauts de la vie politique et des «affaires» de Charleroi à visiter un site internet très indépendant et particulièrement bien documenté : www.charleroi-democratie.be  Mis en ligne par un ancien journaliste de l’agence Belga, ce lieu de débat et de réflexion a été créé en vue des élections communales du 8 octobre 2006.

 

 

 

 

Exclusif

ICDI : Nouveau développement en marge du dossier financier

 

Des photos pédophiles sur le disque dur de l’ordinateur appartenant au directeur financier de l’intercommunale.

 

Selon des informations recueillies à bonnes sources, l’enquête menée par le parquet de Charleroi sur l’affaire de l’ICDI (Intercommunale de destruction des immondices) vient de connaître un nouveau développement pour le moins surprenant. A l’occasion des perquisitions menées au mois de mai par les enquêteurs du SJA Charleroi, un ordinateur personnel appartenant au directeur financier de l’intercommunale, M. Christian Blondeel avait été saisi. Dans les jours qui ont suivi, l’analyse du disque dur de cet ordinateur aurait révélé la présence de photos à caractère pédopornographique mettant en présence de très jeunes enfants. Une source cite le nombre de 1071 photos mais sans que nous ayons pu avoir confirmation de ce chiffre par le  parquet de Charleroi. L’enquête, déjà bien avancée, visera désormais à remonter la filière par laquelle M. Blondeel a pu se procurer ce matériel pédophile. En outre, le directeur financier de l’intercommunale a été inculpé pour possession de photos à caractère pédophile et s’est vu décerné un nouveau mandat d’arrêt sur cette base par la juge Martine Michel. En toute logique, le parquet de Charleroi a donc ouvert un nouveau dossier sur ces faits qui n’ont pas de rapports directs avec l’instruction financière menée actuellement par la juge France Baekelandt.

16:22 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

21/05/2006

Petits délits (110506)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 11 mai 2006

«La loi doit être effective où alors elle perd tout son sens!»

 

Il y a quelques jours, la presse flamande révélait le contenu d’une note confidentielle rédigée par le sieur Herman Daens, procureur du Roi à Audenarde. Dans ce document destiné aux policiers des cinq zones de son arrondissement judiciaire, ce magistrat dresse une liste de «petits délits» qui ne seront plus poursuivis par son office pour raison d’opportunité. De quoi parle-t-on exactement ? La liste controversée évoque notamment des «petits vols dans les magasins», des «bagarres habituelles dans des cafés», le «non payement d’un plein de carburant», les «fausses alertes à la bombe»… Dans de tels cas, les policiers d’Audenarde et environs sont donc invités à ne plus s’encombrer de recueillir des déclarations circonstanciées. Seuls suffiront la prise d’identité des protagonistes et un rapport simplifié à envoyer au parquet… qui classera d’office. Fin connaisseur de la procédure pénale et président du tribunal de 1ère instance de Namur, Christian Panier «regrette» cette manière de «communiquer urbi et orbi qu’une série de délits resteront systématiquement impunis. Cela porte atteinte à la crédibilité de la justice dans le même temps que certains candidats à la délinquance pourraient y voir une forme d’encouragement»

 

- Après la médiatisation de la note confidentielle de votre collègue d’Audenarde, beaucoup de lecteurs de Ciné-Télé Revue ont écrit ou téléphoné à notre rédaction pour manifester leur incompréhension. Très majoritairement, ils estiment que par une telle initiative, la justice pourrait renforcer le sentiment d’impunité des auteurs (ou futurs auteurs) de «petits délits»…    

- Je comprends parfaitement bien les craintes exprimées par vos lecteurs et d’ailleurs je les partage. Certes, pour une partie des délinquants, ceux qui sont de toute manière déterminés à violer la loi, ce débat a peu d’importance. Il y a des personnes qui passeront toujours à l’acte indépendamment de l’attitude plus ou moins répressive des parquets. Mais pour un certain nombre d’autres candidats à la délinquance, le fait de communiquer urbi et orbi qu’une série de délits resteront systématiquement impunis, peut être vécu comme une forme d’encouragement à la transgression de lois qui, de facto, seraient dès lors vidées de leur sens. Si on annonçait demain que le fait de rouler à 150 kilomètres heure ne sera plus jamais sanctionné, ne risquerait-on pas de voir une augmentation importante du nombre de fous de la vitesse sur nos autoroutes ? La réponse me semble assez évidente…

 

- L’existence de ce type de note confidentielle n’est-elle pas aussi de nature à nourrir un sentiment d’insécurité qui est déjà très présent dans la population ? – C’est évident. Allez expliquer à une vieille dame qui a été victime d’un arrachage de sac que son cas est considéré comme un «petit délit» qui d’office n’impliquera aucune suite judiciaire. Comment pourrait-elle vivre cela autrement que comme une injustice ?  Comment ne se sentirait-elle pas abandonnée par l’Etat ? Idem pour le commerçant qui est l’objet de «petits vols» à répétition etc… Bien sûr, et à juste titre, des études montrent que dans notre société le sentiment d’insécurité est disproportionné, qu’il est exagéré par rapport à l’insécurité réelle qui menace les gens. Mais on ne peut se contenter de tel constats rassurants car les conséquences du sentiment d’insécurité sont elles bien palpables. Dans les couches fragilisées de la population, cela débouche sur des réactions de violence, de haine, de rejet des institutions, d’autodéfense… De ce point de vue, la note confidentielle du parquet d’Audernarde me semble aussi très dangereuse. Il ne faut pas jouer avec le feu en donnant des arguments aux extrémistes du genre Vlaams Belang! Je suis donc très heureux qu’après des déclarations maladroites du ministre de l’Intérieur qui semblaient accréditer l’option prise par le parquet d’Audenarde, tous les partis démocratiques s’en soient très clairement désolidarisés.

 

- Si la note de votre collègue flamand constitue une «erreur de communication», elle n’en traduit pas moins un malaise vécu dans la plupart des parquets du pays où il est matériellement impossible de poursuivre tous les délits?

- Ce qui frappe dans le cas d’Audenarde, c’est le systématisme que l’on veut donner à certains classements sans suite. Mais vous avez raison : depuis longtemps les parquets connaissent l’impossibilité d’absorber l’entièreté des infractions constatées. C’est d’ailleurs pour cela que, dès la fin du 19ème siècle, on a adopté le système de l’opportunité des poursuites. En d’autres termes, dans chaque arrondissement judiciaire, le parquet décide de poursuivre dans les dossiers qui lui paraissent être les plus importants en les examinant au cas par cas. Le degré de gravité des faits, la personnalité de l’auteur s’il est identifié (âge, absence ou non d’antécédents) et les priorités de politique criminelle du procureur du Roi sont des facteurs qui interviennent dans ce tri préalable. Il est clair que ce système pose question en termes de cohérence et de crédibilité de la justice. Pourquoi poursuit-on un fait dans un tel arrondissement judiciaire et pas dans un autre ? Naguère, un ancien ministre de la justice qui faisait la route de Verviers à Bruxelles tous les jours expliquait que son itinéraire lui faisait traverser six arrondissements judiciaires. Il ajoutait que si son chauffeur commettait un excès de vitesse, selon l’endroit où il se trouvait, la justice pouvait traiter l’affaire de… six manières différentes. Bien sûr, depuis des années, il y a eu des efforts du collège des procureurs généraux et des ministres de la Justice pour harmoniser la politique criminelle des différents parquets du pays, mais cela ne résout pas tout. Loin s’en faut d’ailleurs car, en parallèle, le législateur n’a cesse de pénaliser de plus en plus de comportements. Les lois diverses et variées s’accumulent et pour les parquets, il y a donc de plus en plus de tri à faire… Au fil du temps, les faiblesses du système d’opportunité n’en deviennent donc que plus patentes. Je ne pense pas exagérer en disant qu’actuellement, 70% des lois pénales ne sont pas appliquées de facto.

 

- Ces choix posés par les parquets peuvent nourrir un sentiment d’arbitraire dans le chef des justiciables ?

- A juste titre, les gens peuvent se demander à quoi cela sert de faire des lois, si certaines d’entre elles peuvent être transgressées en toute impunité. La loi doit être effective où alors elle perd tout son sens!

 

- Un autre système est-il possible ?

- Oui. Dans un pays comme l’Italie, il n’est pas question d’opportunité mais de légalité des poursuites. Le parquet a pour obligation de poursuivre toute infraction dès qu’il en prend connaissance. Vous avez violé la loi, vous passez devant le juge. Pas question qu’un dossier reste dans l’armoire parce qu’un autre est jugé prioritaire. C’est beaucoup plus cohérent.

 

- Cela supposerait un renforcement des effectifs de la magistrature ?

- Oui, mais pas nécessairement de manière très importante. Cela supposerait surtout une simplification de la procédure pénale laquelle permettrait de rendre justice de manière nettement plus rapide. Et cela serait possible, sans tomber dans les pièges d’une justice expéditive! Pour prendre l’exemple d’une autre démocratie de l’Union européenne, soit nos voisins allemands, les affaires simples y sont jugées dans un délais de 1 à 2 mois. En Belgique, pour des dossiers du même type cela peut prendre deux ou trois ans! Quel sens cela a encore ? Sur une telle durée, la personne jugée a pu s’amender, elle a pu changer… On risque de détricoter tout ce qu’elle a reconstruit. Et du côté des victimes, en tous cas pour celles qui    ont vu leur dossier classé sans suite, on reste dans l’insatisfaction d’une non réparation du dommage subi  pendant trop longtemps. 

 

- Un amie de Joe Van Holsbeek a déclaré ceci : «Dans les transports en commun, les agressions sont notre lot quotidien. Mais la plupart des victimes ne portent pas plainte. Cela ne sert à rien. Les démarches sont longues, la police nous écoute à peine». Elle aurait pu ajouter : «De toute façon, le parquet classera sans suite»…

­- C’est vrai que beaucoup de gens en sont là. Dans ces affaires qui touchent à la «petite» criminalité urbaine, ils se disent que cela ne sert même plus à rien de s’adresser à la justice. J’ai constaté que dans des cas de rackets, des parents en étaient parfois arrivés à se dire qu’il pourrait même être contreproductif de déposer plainte. Pour ceux-là la crainte de représailles était devenue supérieure à l’espoir de justice. C’est extrêmement grave d’en arriver là. Si les autorités judiciaires ne sont plus perçues comme étant encore en mesure de faire respecter les lois, cela ouvre la porte à la violence et à l’arbitraire!

 

« Le monde politique doit s’emparer du débat ! »

Pour Christian Panier, «il est urgent qu’il y ait un grand débat politique sur ces questions de justice. Et que cela débouche sur des réformes en profondeur. Qu’attend-t-on des magistrats ? Veux-t-on leur donner les moyens de mieux et de plus poursuivre les délits de toutes natures ? Faut-il dépénaliser certains comportements ? Ce sont là des questions de démocratie tout à fait cruciales. Si l’on ne se les pose pas, la dépénalisation de fait que l’on pratique en ce moment au mépris de toutes les règles d’effectivité de la loi, risque de creuser un peu plus encore le fossé entre les citoyens et leurs institutions.»

 

 

10:51 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Meurtre de Joe Van Hoolsbeeck (040506)

Entretien publié dans l'hebodmadaire belge "Ciné-Télé Revue, le 04 mai 2006

Rachid Madrane : "Le racisme et la violence se renforcent mutuellement"

«Les auteurs sont d’origine nord-africaine, ont des cheveux noirs coupés courts et portaient, au moment de leur crime, des vêtements foncés». Très peu de temps après l’horrible meurtre de Joe Van Hoolsbeeck, le parquet de Bruxelles décrivait ainsi les suspects qui étaient à rechercher. Aujourd’hui, alors que l’on sait que les auteurs n’avaient rien à voir avec la communauté musulmane ou maghrébine, les magistrats et les policiers ont eu la bonne idée de présenter des excuses. N’empêche, le mal a été fait : «Certains ont ethnicisé ce dossier avec une incroyable légèreté», dénonce Rachid Madrane, député bruxellois (PS). «Il faut dire non au racisme et aux préjugés ethniques avec la même force que l’on rejette la violence. Car ce sont deux maux qui se renforce mutuellement

 

- Lorsque le parquet de Bruxelles a décrété que les auteurs du meurtre de Joe étaient «d’origine nord-africaine», très peu de voix se sont élevées pour indiquer, qu’après tout, tant qu’ils ne seraient pas arrêtés, il était quelque peu léger de préciser leur appartenance à telle ou telle autre communauté. C’est un peu comme si tout le monde considérait que les meurtriers ne pouvaient être que des musulmans. Selon vous, à quelle réflexion ce dérapage doit-il nous inviter ?

- Je crois vraiment qu’il est temps que notre société fasse un examen de conscience collectif. Cette affaire a montré à quel point un certain nombre de préjugés se sont installés dans notre société. Bien sûr, parmi les gens qui ont cru que c’était des maghrébins qui ont tué Joe, ou pire, qui l’ont clamé publiquement, il y a un certain nombre de vrais racistes qui ont vécu cela comme une aubaine. On peut en effet supposer que les rotatives qui impriment les affiches du Vlaams Blok ou Front national se sont mises immédiatement à tourner. Mais ceux-là, comme l’ont montré les parents de la victime, ses amis et les 80.000 personnes qui ont participé à la marche silencieuse sont loin d’être majoritaires. Ce qui est plus préoccupant, c’est que même des personnes qui n’ont rien contre les maghrébins ont pu tomber dans la piége. Certes, un discours tout à fait respectable a été tenu qui voulait qu’on ne «stigmatise» pas toute une communauté pour les actes odieux et indéfendables posés par deux ses membres. Mais implicitement, cela revenait aussi à accepter comme un fait établi et incontournable que les auteurs étaient fatalement des arabes.

 

- L’enfer est pavé de bonnes intentions…

- Cela montre en tous les cas qu’à force d’être répétés dans les cafés du commerce certains stéréotypes s’instillent comme un poison dans les pensées. Au point d’en arriver à des raccourcis qui font froid dans le dos : un gosse qui se fait tuer pour se faire voler son MP3 ? Elémentaire mon cher ami, cela ne peut être que des arabes qui ont fait cela! Cela dit, et j’insiste sur point, il faut mettre ce constat alarmant en parallèle avec le mouvement citoyen qui s’est manifesté ces jours-ci. Dans les rues de Bruxelles, le 23 avril, il y avait des gens de toutes les communautés, de toutes les religions, de toutes les couleurs. On a entendu un «non à la violence» mais aussi un «non au racisme» et un appel à une société du dialogue plutôt que de la confrontation. Joe était notre fils, il était notre frère à tous. Pour ma part, j’ai vraiment été soufflé par ses amis, par ces jeunes qui veulent un monde plus ouvert. Ils ont créé de l’espoir. C’est un sentiment que j’avais déjà éprouvé au moment de la marche blanche. L’une des victimes dans les affaires de disparition d’enfants, Loubna Bénaissa, était une petite fille d’origine maghrébine. Cela avait conduit à un rapprochement entre des familles de victimes qui appartenaient à des communautés différentes. Il y avait déjà toute une symbolique qui était en était ressortie, une espérance de dialogue. Une volonté de dépasser les préjugés et d’en finir avec la discrimination. 10 ans plus tard, on voit qu’on n’a finalement pas beaucoup avancé sur le chemin pour y arriver. En vous disant cela, une phrase d’Einstein me revient en mémoire : «Il est plus facile de désagréger un atome que de faire évoluer les mentalités»…

 

- On vit dans une société raciste ?

- Je ne veux pas forcer le trait par une formule choc de ce genre. C’est plus nuancé que cela. Il y a des stéréotypes comme ceux dont je parlais tout à l’heure et que je résumerais pas la notion de délit de faciès. C’est d’ailleurs particulièrement parlant dans l’affaire du meurtre de Joe : des jeunes à l’allure étrangère qui portent training et veste Nike, dans l’esprit de beaucoup de gens, cela ne pouvait être que des jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane… Et bien, on voit aujourd’hui que ce n’était pas du tout le cas. Je me demande si ce n’est pas l’occasion pour tous ceux qui avait cru à cette «évidence» de faire preuve d’un peu d’humilité et de s’interroger : n’y-a-t-il pas d’autres clichés qu’ils entretiennent et qui leur semblent tout à fait «évident»? Par exemple, il y a tout ce que certains répandent comme rumeur sur le lien entre immigration arabo-musulmane et criminalité. Mon propos n’est pas de nier qu’il existe des bandes de mômes d’origine immigrée qui commettent des crimes et délits mais il est insupportable que des gosses qui n’ont jamais rien fait de mal, que toute une communauté soit stigmatisée pour les actes de quelques-uns. Se rend-t-on compte des dégâts que cela fait sur la psychologie des enfants issus de familles immigrée ? S’imagine-t-on ce que c’est que de porter une étiquette de délinquant en puissance dans le dos pendant toute sa vie? Sais-t-on ce que c’est que de se battre contre les préjugés pendant toute une scolarité, de croire qu’on s’en est sorti avec un diplôme et puis de se trouver face au mur de la discrimination à l’embauche ? Les amis de Joe ont touché la cible en plein de le mille en préconisant une ouverture, un dialogue. Il faut que les belges de souche soit ouverts à ces injustices que vit une communauté qu’elle fait venir sur son territoire il y a déjà plus de quarante ans. Alors non, je ne dis pas la société belge est raciste mais peut-être a-t-elle été un peu autiste face à ces réalités. Il est urgent que cela change sinon…

 

­- Sinon ?

- Sinon, je crains que nous n’échapperons pas à vivre quelque chose de comparable à ce qui s’est passé dans les banlieues françaises. Il y a trop de désespoir, trop d’horizons qui semblent irrémédiablement bouchés. La règle du jeu dans notre société, c’est normalement l’égalité des chances. Si vous vous battez pour réussir des études, pour être performant dans le travail, si vous cherchez l’excellence, vous pouvez espérer bénéficier d’un ascenseur social. Et cette règle, croyez-moi, la plupart des jeunes immigrés l’ont bien comprise. Ils veulent jouer le jeu. Ils ont les mêmes aspirations que les Belges de souche. Des rêves de famille, de travail, de consommation, de vacances… Mais pour eux, trop souvent, il n’y a pas d’ascenseur social, il faut gravir la pente marche par marche, en évitant les peaux de bananes.

 

- Ben Laden et les islamistes ne sont-ils pas en train de récolter les fruits de leurs crimes infâmes en colorant négativement l’image de tous les musulmans ?

- Il est clair que les extrémistes de tous les camps se renforcent entre eux. Qu’un type comme Ben Laden existe, c’est évidemment un formidable cadeau pour tous les racistes qui veulent enfermer les arabo-musulmans dans une image d’intolérance. Cette représentation déformée est très difficile à supporter pour l’immense majorité des membres de la communauté nord-africaine qui vit en Belgique et d’ailleurs, pour tellement de familles, depuis deux, trois voire quatre générations. Ce l’est d’autant plus que la plupart des jeunes beurs se sentent profondément belges. D’ailleurs, que je sache, le slogan «Belgique crève» n’a pas été inventé par des immigrés mais par ceux qui les stigmatise le plus, à savoir les gens du Vlaams Blok! Entre beurs, on se dit des fois que si la Belgique venait à disparaître à cause des velléités séparatistes de la Flandre, nous serions certainement dans le dernier carré des Belges qui résisteraient!

 

Des excuses bienvenues et d’autres à venir ?

 

«Je suis heureux que l’un des dirigeants de la police fédérale se soit clairement excusé pour la mise en cause inutile et dégradante de la communauté nord-africaine. C’est un acte dont l’honnêteté intellectuelle se doit d’être soulignée. Malheureusement, il faut aussi déplorer qu’en marge de l’affaire Joe des personnes issues de la communauté maghrébine soient également tombées dans le piège de la simplification et de la stigmatisation. Je pense notamment à ce député régional flamand, Fouad Ahidar (Spirit) lequel a déclaré «ce meurtre pour voler pue le racisme. De plus en plus de jeunes criminels d’origine turque ou marocaine choisissent des victimes qui ont l’air d’incroyants». Quelle pitoyable sortie médiatique. Je ne pensais qu’un jour on en arriverait là. Voilà donc que pour donner des gages d’intégration, un élu d’origine immigrée en vient à relayer les clichés les plus sensationnalistes sur les membres de sa communauté d’origine. Cette attitude irresponsable n’a contribué qu’à mettre de l’huile sur le feu, permettant notamment à des éditorialistes flamands de gloser sur un prétendu «racisme anti blanc». Il n’y a pas que la police qui devrait s’excuser!  

 

 

 

 

 

10:40 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

11/05/2006

ICDI (110506)

Une affaire de la Carolo au carré?

Mais où va l'argent des ordures de Charleroi?

 

Enquête  publiée ce jeudi 11 mai 2006 dans l'hebdomadaire "Ciné-Télé Revue".

 

 

 

 

Un scandale dans le milieu des ordures ménagères après celui des logements sociaux ? Après celle de La Carolo, la région de Charleroi va-t-elle connaître une «affaire ICDI», du nom de l’«Intercommunale pour la collecte et la destruction des immondices » ? C’est ce que souhaitent en tout cas des membres du personnel de cette société publique qui se sont confiés à notre reporter. Pêle-mêle, ils dénoncent des «dépenses somptuaires qui n’ont rien à voir avec l’objet social de l’ICDI», le «népotisme» de son président socialiste, Lucien Cariat, des détournements de leur force de travail «au profit de l’intérêt de certains particuliers et pendant les heures de service», et l’existence d’emplois fictifs, notamment au profit d’un actuel échevin socialiste de Charleroi. L’un d’eux a cette formule : «Il est temps que la justice s’en mêle. Ici, c’est La Carolo au carré !» Principal accusé, Lucien Cariat se défend bec et ongles : «Tout cela est complètement faux. Je n’ai absolument rien à me reprocher ! Je ne sais pas qui est derrière la campagne de diffamation qui est orchestrée en ce moment contre ma personne, mais il est clair que l’on cherche à m’abattre.» Enquête. A charge et... à décharge.

 

«On est prêt à vous décrire tout le “système Cariat”. Il y a trop de choses illégales qui se passent à l’ICDI, mais, avant que nous sautions le pas, vous devez nous assurer l’anonymat. Je ne peux pas m’engager pour mes collègues, mais en ce qui me concerne, si j’obtiens les mêmes garanties de la justice, je veux bien tout expliquer aussi au procureur du Roi de Charleroi. Tant qu’un nettoyage ne sera pas fait, nous risquons très gros, vous comprenez ?»

 

L’homme qui nous parle au téléphone se dit révolté, mais, dans le même temps, il a peur de perdre le seul salaire qui nourrit sa famille. Début d’enquête classique sur de potentiels détournements d’actifs et de présumées magouilles au sein d’une intercommunale du pays de Charleroi. En l’espèce, il est question de l’ICDI, un sigle qui désigne l’« Intercommunale pour la collecte et la destruction des immondices ». Une structure imposante. Offrant de l’emploi à plus de 400 personnes et réalisant un chiffre d’affaires de près de 30 millions d’euros, l’ICDI gère les ordures et les déchets de 13 communes, qui sont autant d’« associés publics » représentés au sein de son conseil d’administration (Anderlues, Chapelle-lez-Herlaimont, Charleroi, Châtelet, Courcelles, Farciennes, Fleurus, Fontaine-l’Evêque, Gerpinnes, Ham-sur-Heure, Les Bons Villers, Montigny-le-Tilleul, Pont-à-Celles).

 

L’ICDI, c’est aussi le fief de celui qu’on appelle parfois le «Roi de Marcinelle», à savoir le dénommé Lucien Cariat. Echevin à la Ville de Charleroi, où il dispose de plusieurs compétences (Ecologie urbaine, Propreté, Tourisme, Jumelages et Associations patriotiques), ce vieux briscard de la politique locale n’a jamais exercé de mandat fédéral ou wallon, mais cela n’enlève rien à son poids au sein d’un PS de Charleroi dont il préside sans partage l’une des sections les plus importantes depuis quelque trente années. Généralement présenté comme un « ennemi » de Jean-Claude Van Cauwenberghe, l’homme exerce aussi de nombreux mandats. Accrochez-vous : en plus de la présidence de l’ICDI et de la section marcinelloise du PS, Lucien Cariat assume aussi celles du Foyer Marcinellois (logements sociaux), de la section de Marcinelle de Présence et action culturelles (une asbl satellite du PS), du Centre social de Délassement de Marcinelle, de la Maison du tourisme... de Marcinelle, du Syndicat d’initiative communal... de Marcinelle, d’Adichar (Association pour l’étude de l’élimination des déchets industriels et toxiques dans la région de Charleroi), de Charleroi recyclage, d’Etude et Recyclage, des asbl Dante Alighieri, Procultura, Fondation Charlier, Mémoire du Bois du Cazier et des sociétés Sage et Sitec. A côté de ces activités, Lucien Cariat trouve encore le temps d’être vice-président de l’asbl Marcinelle en Montagne et celui d’exercer des mandats d’administrateurs à la Spaque et au sein du conseil de la SA Recymex.

 

Quelle énergie ! Et bien qu’il soit âgé de 67 ans, Lucien Cariat ne semble pas rassasié. «Je ne bois pas, je ne fume pas et je m’entretiens. J’ai la force de travail d’un homme de 50 ans. Mener de front toutes ces activités ne me pèse nullement. D’ailleurs, je n’imagine pas une autre vie que celle-là», argumente-t-il lorsque nous lui demandons s’il n’est pas temps de raccrocher. Ces derniers mois, Cariat s’est donc battu comme un lion pour obtenir une dérogation de son parti afin de pouvoir se présenter une dernière fois sur les listes du PS lors des prochaines élections communales. Sans succès... Atteint par la limite d’âge, la fin de la carrière politique de l’homme fort de Marcinelle a été entérinée par ses camarades. Une décision qui n’est évidemment pas sans conséquences sur son mandat politique de président de l’ICDI, qui ne pourra pas être prolongé dès lors que Lucien Cariat n’aura plus son statut d’élu. Qu’à cela ne tienne, le « Roi de Marcinelle » n’accepte pas d’être détrôné aussi facilement.

 

Echanges d’accusations et de plaintes

 

Conseiller communal (MR) et administrateur de l’ICDI, Philippe Sonnet accuse : «Le 24 avril dernier, lors de la réunion du conseil d’administration de l’ICDI, Lucien Cariat nous a fait prendre connaissance du procès-verbal qui était censé relater notre réunion précédente. J’y ai découvert avec stupéfaction que le texte qui était soumis à notre approbation indiquait que le conseil d’administration avait déjà marqué son accord lors de sa réunion du 6 mars 2006 pour qu’il reprenne les fonctions de directeur-gérant de l’ICDI jusqu’en 2008 ! Et qui plus est, avec une délégation de pouvoir telle que le nouveau président qui le remplacerait après les prochaines élections ne serait, de fait, qu’un pantin sans réelle marge de manœuvre. Ce p.-v. était un faux caractérisé : jamais une décision de ce type n’a été prise lors de la réunion du 6 mars ! Tout au plus, cette piste avait été évoquée de manière fugace, mais sans que l’on vote. En plus, ce faux p.-v. a été envoyé à l’autorité de tutelle — le ministre régional wallon des Affaires intérieures et de la Fonction publique Philippe Courard (PS) — dès le 23 mars. Un vrai coup d’Etat légal, car, à partir du moment où le p.-v. était envoyé au ministre, les administrateurs disposaient de trente jours pour introduire un recours ou une contestation. Mais comment aurions-nous pu le faire, puisque nous n’avons découvert le p.-v. qu’en date du 24 avril ? »

 

Cette première affaire qui agite le landernau carolo depuis quelques semaines a déjà conduit Lucien Cariat à tenir une conférence de presse, où, assisté par l’expert juridique de l’ICDI (le ténor du barreau Roger Lorent), il s’est inscrit en faux contre les accusations du conseiller communal MR : «En 1981, j’ai été nommé directeur-gérant de l’ICDI. Quand je suis devenu échevin, une loi de 1996 avait établi une incompatibilité. J’ai donc pris un congé politique et je suis devenu président chargé de la gestion. Comme je ne me présente pas aux élections, je réintégrerai logiquement ma fonction. Pour ce faire, une seule formalité : une lettre recommandée précisant ma décision. C’est par volonté de transparence et d’efficacité que j’ai annoncé cette décision en mars.» (1)

 

Fin du débat ? Loin s’en faut. Philippe Sonnet rétorque que «Cariat avait besoin de l’aval du conseil d’administration de l’ICDI pour recevoir la délégation de pouvoir qu’il a ajoutée à la reconduction de son mandat de directeur-gérant. C’est uniquement pour cette raison qu’il a voulu faire croire que nous avions été consultés. Je maintiens que son p.-v. était bel et bien un faux, et d’ailleurs, un recours a été introduit auprès du ministre Courard, et je n’exclus pas de porter aussi l’affaire devant la justice pénale.» De son côté, le président de l’ICDI a annoncé son intention de déposer plainte en diffamation contre Philippe Sonnet. Ambiance...

 

Des travaux chez des particuliers ?

 

Le décor étant planté, revenons-en à cet homme qui disait avoir des confidences à nous faire sur le «système Cariat». Rendez-vous est pris dans un lieu discret de la métropole carolo. Notre interlocuteur est accompagné de deux collègues qui, comme lui, travaillent depuis plusieurs années à l’ICDI. Ils témoignent pendant plus de deux heures.

 

«Il est temps que la justice s’en mêle. Ici, c’est La Carolo au carré», entame l’un de nos témoins. «Le président de l’ICDI ? C’est le Roi-Soleil. Il se sent autorisé à faire tout ce qu’il veut ! Vous ne serez sans doute pas étonné d’apprendre que, pendant leurs heures de service, des ouvriers ont réalisé des travaux d’aménagement à son domicile de Marcinelle, mais aussi pour le compte de certains de ses proches et de ses amis.» Quels travaux ?

 

Les trois témoins évoquent des choses très diverses : «Aller planter des sapins dans un jardin, placer une barrière en fer forgé fabriquée dans l’un des ateliers de l’ICDI, aller retirer des terres ou des encombrants, placer une statue achetée pour 350.000 francs à un artiste italien par l’ICDI sur un terrain privé, des travaux de rénovation très variés (électricité, peinture, menuiserie), déménagement, mécanique dans les garages de l’ICDI pour les véhicules du président et de son fils. » Le tout se ferait avec « des matériaux et fournitures en provenance directe des ateliers de l’ICDI».

 

Confronté à ces accusations, Lucien Cariat conteste formellement : «C’est de la pure calomnie. Il n’y a jamais rien eu de tout cela.» Parole contre parole. Cependant, les trois hommes disent savoir qui a fait quoi et chez qui... L’un d’eux ajoutant que si cela intéresse la justice, il est prêt à lui communiquer des détails utiles.

 

Emplois fictifs ?

 

« Il y a plein d’emplois fictifs à l’ICDI. Des gens qui sont chez nous et qui ne font rien. Comme un certain T., par exemple, qui passe ses journées à étudier les cours de la Bourse sur son PC. Ou S., qui fait le moniteur à la piscine du Centre de Délassement de Marcinelle pendant l’été et qui ne travaille pas le reste de l’année. Des gens aussi qui travaillent à la commune de Marcinelle ou dans des asbl présidées par Cariat... mais qui sont payés par l’intercommunale», affirment encore nos témoins.

 

Pour appuyer leurs dires, ils nous donnent une note interne de l’ICDI qui est assez troublante. Elle recense le personnel de l’intercommunale par statuts (ouvriers, employés, chargeurs, responsables, etc.) et par lieux d’affectation... A savoir le «service secrétariat Ville» pour au moins six personnes de sexe féminin. Selon eux, cela veut dire que ces employées-là travaillent à l’hôtel de ville de Marcinelle. «On ne sait pas très bien ce qu’elles y font, puisque nous ne les voyons jamais. Mais on peut supposer qu’elles ont une utilité pour les nombreuses activités politiques du patron», dit un témoin. «Ce n’est pas comme cela qu’il faut comprendre les choses», rétorque Lucien Cariat. «En fait, c’est en tant que président de l’ICDI que je dispose de deux personnes à l’hôtel de ville pour mon secrétariat.» Lorsque nous disons à M. Cariat que d’après nos informations, il y aurait non pas deux, mais bien six personnes concernées par cette «délocalisation», il nous répond finalement qu’il y en a... trois... plus une. Soit «une personne mise à disposition du Tourisme qui vient d’une filiale de l’ICDI et trois secrétaires. Elles font tous mes dossiers de l’ICDI depuis l’hôtel de ville. Cela fait vingt ans que c’est comme cela.»

 

Les asbl du président

 

Deux autres femmes sont renseignées dans le listing comme travaillant au «service secrétariat Destrée», dont notamment la conseillère communale PS Maria Pittacolo. «Allez voir au 25 de la rue Jules Destrée à Marcinelle», décode l’un de nos hommes. «Vous y découvrirez une magnifique demeure style 1900 qui appartient à l’ICDI. Celle-ci a été rénovée à grands frais par du personnel de chez nous. L’intérieur est aussi luxueux que la façade (voir photo). Cependant, on n’y preste aucune activité qui ait un quelconque rapport avec l’objet social de l’intercommunale. Le 25 rue Destrée abrite une asbl dénommée Dante Alighieri qui est présidée par Lucien Cariat. Elle organise de temps en temps une exposition ou des danses folkloriques en relation avec la tradition italienne. Rien à voir donc avec le traitement des déchets !»

 

Vérification faite au Moniteur belge, cette asbl Dante Alighieri est bien mentionnée au 25 rue Jules Destrée et son objet officiel, sous la présidence de Lucien Cariat, est bien de «protéger et de diffuser la langue italienne et la culture italienne, ravivant les liens spirituels des Italiens avec la mère patrie». Mais nous découvrons aussi que d’autres asbl, toutes présidées par l’homme fort de Marcinelle, sont abritées dans ces locaux financés par l’argent public. A savoir «Procultura», une association dont l’objet social est très large. Certes, les statuts mentionnent l’organisation de «séminaires relatifs à l’environnement», ce qui peut avoir un rapport avec la politique de prévention et d’incitation au tri des déchets menée par l’ICDI. Mais il est aussi question de «l’organisation de conférences culturelles, touristiques, scientifiques et archéologiques » ainsi que de « radio locale». «Procultura» est en effet partie prenante dans «Radio Marcinelle». Cette station est réputée dans la région pour citer le nom du président de l’ICDI au moins une fois entre chaque disque...

A la même adresse se trouve encore la Fondation Charlier et, jusqu’il y a peu, s’y trouvait encore le Cemaps (Centre marcinellois d’action et de promotion sociale) (2), deux asbl présidées comme il s’entend par Lucien Cariat et qui partagent un objet social identique : organiser des «conférences culturelles et musicales» ainsi que la remise d’un «prix musical intitulé André Charlier». Last but not least, le 25 rue Destrée abrite enfin une asbl dénommée «Association pour l’étude, l’évolution de l’environnement et la promotion de l’image du pays de Charleroi», dont le véritable objet est sujet à controverse.

 

Lorsque nous interrogeons Lucien Cariat sur les activités qui se déroulent dans les locaux de la rue Destrée, il s’emmêle un peu les pinceaux : «Nous avons là des filiales de l’ICDI. Elles sont encore gérées sur place, mais bientôt, ce ne sera plus le cas. Nous avons Mme Pittacolo, qui n’est là que pour un cinquième temps, une employée qui est contractuelle et une handicapée qui s’occupe de répondre au téléphone.»

 

Question logique : si des filiales de l’ICDI sont à l’œuvre au 25 rue Destrée, desquelles s’agit-il et que font-elles ? M. Cariat a du mal à nous répondre. Il évoque la présence de deux filiales de l’ICDI (Sitec et Adichar), mais sans autre détail et, surtout, en nous laissant entendre qu’il n’est pas certain qu’elles se soient trouvées un jour domiciliées à cette adresse. Quand nous lui faisons remarquer que les activités de Dante Alighieri, du Cemaps ou de la Fondation Charlier n’ont rien à voir avec l’objet social de l’ICDI, il nous produit une réponse difficilement déchiffrable. Nous citons : « Ce n’est pas vrai. L’ICDI peut pratiquer toute politique d’environnement en rapport avec l’économie d’énergie. Donc, tout cela est fait. Et en termes de stratégie, il y a aussi du personnel qui est là. » Faudrait-il en déduire que les danses folkloriques et les concours musicaux sont des activités qui permettent de réduire la consommation d’énergie ? Notons pour la bonne forme que le président de l’ICDI reconnaît que ses asbl logées rue Destrée payent « un loyer symbolique de 1.000 euros par an » et que « depuis cette année, elles payent aussi leurs charges (électricité, téléphone, etc.) ».

 

Une affaire Van Dyck ?

 

Bernard Van Dyck est le dauphin politique de Lucien Cariat. Devenu échevin (PS) de la ville de Charleroi à la suite des démissions suscitées par l’affaire de la Carolo, il a grandi à l’ombre du «Roi de Marcinelle». «J’ai connu M. Cariat quand j’avais encore des culottes courtes. Il a été mon professeur de dessin», nous explique-t-il. Selon nos témoins, «M. Van Dyck a bénéficié pendant plusieurs années d’une voiture de société offerte par l’ICDI et il émargeait au payroll de la société, alors qu’il n’y travaillait pas effectivement. On le voyait seulement venir pour faire le plein d’essence de son Alpha 156 avec la carte de la société» (ndlr : l’ICDI disposant de sa propre pompe à carburant)». «C’est faux», rétorque M. Van Dyck. Et d’expliquer son parcours professionnel : «J’ai été engagé par l’ICDI en 1980 et pendant dix ans, j’y ai travaillé dans le service comptabilité (ndlr : à l’époque, Lucien Cariat y jouait déjà un rôle dirigeant)». «Début 1990, j’ai été détaché dans un cabinet ministériel à la Région wallonne. J’ai donc pris un congé politique : en d’autres termes, comme le veut la loi, je gardais officiellement ma fonction dans l’Intercommunale et le traitement qui en résultait et, trimestriellement, l’ICDI facturait au cabinet ce que je lui coûtait (salaire, onss, précompte et chèques repas). Après les élections de juin 1999, j’ai décidé de ne plus postuler dans un cabinet parce que je désirais me consacrer plus pleinement à mon action politique à Charleroi où j’étais conseiller communal. J’ai donc réintégré l’ICDI. A cette époque, l’intercommunale venait de créer une nouvelle filiale, à savoir la société d’économie sociale «Sitec» qui s’occupait de tri des déchets. On m’a désigné secrétaire-gérant de cette société et le même principe de rétribution que précédemment a été appliqué : l’ICDI continuait à me payer mon salaire, lequel était refacturé à la Sitec. C’est aussi à cette époque que j’ai pu bénéficier de l’Alpha 156 comme voiture de fonction. Il s’agissait d’un avantage en nature tout à fait légitime pour un cadre et je l’ai toujours déclaré sur ma feuille d’impôt.»

 

Cependant, on l’a dit, nos témoins affirment que l’emploi de Bernard Van Dyck à la Sitec n’était qu’une fiction… «C’est totalement inexact!», s’indigne l’échevin socialiste. «J’avais mon bureau dans les anciens bâtiments de l’ICDI à Montignies-sur-Sambre. Les ouvriers de la Sitec sont des personnes minimexées remises au travail en partenariat avec le Cpas de la ville de Charleroi. Pour ma part, je m’occupais des relations avec le Cpas, des recrutements d’embauche, des feuilles de prestation du personnel, des rapports d’évaluation et du secrétariat du conseil d’administration. C’était donc un vrai boulot dans lequel je jouais aussi un peu un rôle d’assistant social avec ces personnes qui connaissent souvent plus de difficultés administratives et autres que la moyenne. Je ne comprends pas qu’on puisse dire que je n’étais pas là ! En janvier 2001, le conseil d’administration du Foyer Marcinellois (ndlr : présidé par Lucien Cariat) m’a demandé d’assurer sa gestion journalière. Malgré le fait que ce nouveau boulot était un temps plein bien remplis, j’ai continué à être secrétaire gérant de la Sitec (embauche, feuilles de prestations) mais pour les évaluations, c’est quelqu’un d’autre qui s’en est occupé. Et là encore, mon salaire continuait à m’être payé par l’ICDI qui, du moins durant les dernières années, le refacturait au Foyer Marcinellois.»

 

Bernard Van Dyck admet qu’à cette époque, il conserve sa voiture de fonction payée par l’ICDI alors que, dans les faits, il travaille principalement pour le Foyer Marcinellois «Ce n’était que normal puisque j’occupais plus de responsabilités qu’auparavant. Je n’avais pas un centime en plus de rémunération. Je n’allais tout de même pas en plus perdre la voiture», nous dit-il. Mais n’était-ce pas plutôt à la société de logement de lui offrir cet avantage en nature ? «Non, puisque j’étais toujours salarié de l’ICDI et que je n’avais pas totalement quitté mes fonctions de secrétaire-gérant de la Sitec. Cette situation a duré jusqu’en octobre 2005, moment où je suis devenu échevin des sports de la ville de Charleroi. Dès le lendemain de ma nomination, j’ai mis fin à mes activités de gérant de la Sitec et j’ai donc rendu la voiture».

 

 Le foot en salle financé par les ordures de Charleroi

 

«L’ICDI est financée par le contribuable et nous doutons que celui-ci soit ravi d’apprendre qu’en payant ses sacs poubelles, il contribue à financer un club de foot en salle. C’est pourtant ce qui se passe», s’indignent nos trois témoins. «Il y a plus d’un an une quinzaine d’ouvriers ont été engagés par l’ICDI avec statut précaire. Officiellement ces hommes étaient recrutés pour l’entretien des parcs à conteneurs mais en réalité ils n’ont jamais fait ce boulot-là. Tout leur temps de travail a été consacré à la rénovation d’un bâtiment appartenant à l’ICDI au n°358 de la Chaussée de Bruxelles à Jumet. In fine, il s’agit d’offrir une salle d’entraînement pour les jeunes du club de «futsal» Action 21. Lucien Cariat est, il est vrai, président d’honneur d’Action 21. Nous savons aussi que c’est la SA Seplex qui a refait toute l’électricité du bâtiment pour un montant d’environ 300.000 euros. Il s’agit de la société dirigée par le président d’Action 21, Paul Locicero».

 

Plusieurs documents tendent à confirmer ces propos.

 

1. 20 mai 2005, une offre de travaux : un vent favorable nous a fait parvenir un bon de commande de l’ICDI portant le numéro 40506. Daté du 30 juin 2005 et signé par le président Lucien Cariat, il marque son accord pour la société Seplex réalise des «travaux électriques» au «bâtiment, chaussée de Bruxelles, 358» pour un montant total de 318.724, 136 euros (TVA comprise). On notera avec intérêt que ce bon de commande mentionne explicitement qu’il répond à une offre «n°7005» faite par la société «Seplex», en date du 20 mai 2005. En résumé, M. Cariat, président d’honneur d’Action 21 et président de l’ICDI commande des travaux à M. Locicero président effectif d’Action 21.

 

2.26 mai 2005, la constitution d’une ASBL : comme en témoigne un acte déposé au Moniteur belge, 8 personnes se réunissent au 25 de la Rue Destrée à Marcinelle, le 26 mai 2005. Dans cette assemblée, il y a notamment Luc Cariat, le fils du président de l’ICDI, Paul Locicero, Atabey Aktepe, directeur sportif et financier d’Action 21, Christian Blondeel, directeur financier de l’ICDI, Robert Clause (cousin de Lucien Cariat, père de Jacques dont nous avons parlé plus haut et conseiller technique à l’ICDI), Abdelati Laakairi, architecte de l’ICDI et, last but not least Lucient Cariat. Ces personnes décident de la mise sur pied d’une «Association pour l’étude, évolution et promotion de l’environnement de l’image du pays de Charleroi (A.E.P.I.C.)», laquelle sera présidée par Luc Cariat. A quel fins ? L’acte fondateur de l’A.E.P.I.C. mentionne «la prévention environnementale et la formation des jeunes et des adultes (…) par toutes opérations sportives et sociales». Cela laisse la porte ouverte à beaucoup d’activités…

 

3. 27 mai 2005, séance du conseil d’administration de l’ICDI : en notre possession, le procès-verbal de cette séance, présidée par Lucien Cariat et à laquelle assiste aussi Robert Clause, traite longuement du bâtiment de la chaussée de Bruxelles à Jumet. Extraits : «Le président rappelle l’origine de l’acquisition de ces biens à Jumet (…) Le bâtiment reste non occupé et difficile à louer à cause de la crise des petites entreprises de la ville de Charleroi. Le 21 octobre 2004, l’architecte de l’ICDI préconise la réhabilitation des locaux en vue de louer le bien. Le 26 mai 2005, l’architecte confirme son rapport de 2004 et encourage la Direction à se séparer du bien ou à lui trouver un locataire fidèle. En effet, les espaces sont de plus de 3500 m2 mais il apparaît urgent de donner une finalité à ce bien. (…) L’Asbl A.E.P.I.C. qui s’occupe de l’étude, l’évolution de l’environnement, de la promotion de l’image du pays de Charleroi, se déclare intéressée pour la prise en jouissance du bien dans des conditions symboliques et pour donner une affectation et un rendu pour l’avenir. (…) Considérant que l’association, candidate à l’usage, est constituée sous forme d’association sans but lucratif (…), le conseil d’administration décide à l’unanimité, sur proposition du Comité de direction, de louer le bien (à A.E.P.I.C.) par un bail emphytéotique de 30 ans, susceptible d’être reconduit pour le canon d’1 euro à l’exception des frais de fonctionnement et d’entretiens locatifs qui se sont à charge de l’association A.E.P.I.C.». Traduction : l’asbl ont sont associés les Cariat, leurs proches et les dirigeants d’Action 21 peut jouir gracieusement pendant trente ans d’un bâtiment appartenant à l’ICDI et rénové au frais du contribuable par les ouvriers de l’Intercommunale. Dont coût ? C’est le PV d’une autre séance du conseil d’administration de l’ICDI, celle du 10 janvier 2006, qui nous donne la réponse. On peut y lire que «le président commente l’évolution des travaux de réhabilitation des bâtiments sis chsée de Bruxelles à Jumet. (…) La dépense, jusqu’à ce jour est de 770.489, 58 euros. L’estimation finale des travaux est de 870.743,90 euros, hors TVA. 

 

Sur la finalité de toute cette opération, les PV du conseil d’administration de l’ICDI restent relativement vagues. On se contente d’y évoquer une réaffectation du bâtiment à des «fins associatives ou d’environnement» ou de renvoyer aux statuts de l’asbl A.E.P.I.C, ce qui encore une fois laisse la porte ouverte à beaucoup de projets et, par exemple à la création d’une salle d’entraînement pour Action 21. Et cela d’autant plus que, grâce à son président d’honneur Lucien Cariat, le terrain a été bien préparé. En 2005, Action 21 a en effet reçu quelques 180.000 euros de l’ICDI dans le cadre d’un action intitulée : «Charleroi propre et sans déchets». «On utilise l’image des joueurs pour sensibiliser l’opinion aux questions d’environnement sur des affiches, dans des spots télé et lors de différentes animations. Et cela a un prix», argumente Lucien Cariat.

 

Force est en tous cas de constater que les joueurs et dirigeants d’Action 21 n’hésitent pas à payer de leur personne. Si on se rend sur le site du club de futsall (www.action21.be) on les voit poser en photo lors du récent bal de Lucien Cariat avec ce commentaire lénifiant : «Le Centre de Délassement de Marcinelle était presque trop petit samedi dernier pour accueillir celles et ceux qui avaient répondu à l'invitation de Lucien Cariat, pour son traditionnel bal. Notre club était lui aussi bien représenté puisque l'ensemble des dirigeants, le staff, les joueurs de l'équipe première et une très grosse délégation de notre école des jeunes étaient de la partie. Notre président d'honneur était bien entouré pour une soirée où chacun a pu apprécier l'ambiance conviviale de cet événement.» On suppose que ces agapes doivent aussi être considérées comme des actions en faveur de l’environnement… Dans le même ordre d’idée, on signalera enfin qu’il arrive que des équipes de jeunes d’Action 21 jouent avec des maillots affichant le slogan «Cariat team». Mais, nous assure, M. Cariat : «Pour cela je paye de ma poche…»   

 

Comme il va de soi, nous nous sommes rendus à Jumet pour voir le bâtiment mis à disposition de l’A.E.P.I.C. par l’ICDI. Des ouvriers que nous avons interpellés nous ont dit «ne pas savoir à quoi devait servir le bâtiment». Toutefois, notre collègue Sylvie Duquesnoy qui travaille pour l’émission «Question à la une» de la RTBF a fait une meilleure pêche. Quelques jours avant notre passage, cette dernière a pu en effet enregistrer les témoignages d’ouvriers de l’ICDI qui disaient travailler à la préparation d’une salle pour Action 21. Dans la rue Delvaux, à l’arrière du bâtiment, des riverains nous confirment aussi que «c’est pour Action 21 que les ouvriers sont là»… 

 

Pourtant, lorsque nous le rencontrons, Lucien Cariat nie tout. En bloc et sans nuance, car son argumentation va jusqu’à remettre en cause la décision du conseil d’administration de l’ICDI d’offrir le bâtiment à l’A.E.P.I.C., présidée par son fils.

 

Extrait de cet entretien : 

 

- L’ICDI va-t-elle faire bénéficier Action 21 de son bâtiment de Jumet ? 

- Non, c’est des bobards. La rénovation de ce bâtiment n’a rien à a voir avec Action 21. Là, on va créer le «Centre régional pour le développement durable». C’est Mme Brisy (ndlr : sa belle fille) qui va diriger tout cela. Cela fait partie de la politique de prévention de l’ICDI.

- Action 21 n’occupera jamais ces locaux ?

- «Rien du tout. Action 21, je le dis avec fermeté, ne mettra pas ses pattes là-dedans!   

- Mais alors pourquoi des dirigeants d’Action 21 se trouve dans le CA de l’asbl qui va gérer le bâtiment ?

- L’asbl ne va pas bénéficier du bâtiment. C’était juste un projet. Et il n’a pas été concrétisé.

- Le 27 mai 2005, il y a pourtant eu une décision en ce sens du conseil d’administration de l’ICDI !

- (Il ne relève l’objection). Cette asbl avait un projet, c'est-à-dire l’environnement. Désormais, c’est Mme Brisy qui va le développer. L’environnement peut être promotionné au travers d’actions dans le domaine de la jeunesse et du sport mais Locicero ne mettra pas ses pattes là-dedans! Cette asbl n’a plus pas sa raison d’être, elle n’a pas reçu sa concession. Depuis plus d’un an, je ne lui ai pas donnée.

- Mais pourquoi M. Locicero, le président d’Action 21 est-il dans l’asbl qui devait bénéficier de l’usage du bâtiment ? 

- Parce qu’il m’a garanti une aide du côté de la Communauté française et du ministre pour obtenir des animateurs pour les jeunes qui fréquenteront le centre polyvalent. L’idée était de faire de la prévention de l’environnement au travers d’activités sportives. Locicero était là parce qu’il avait promis son aide. Comme il ne sait pas l’apporter, il ne sera plus là.

 

Pour sa part, M. Locicero plaide aussi la bonne foie : «Moi, j’ai appris un jour que l’ICDI allait faire des travaux dans ce bâtiment pour la mise en place d’un centre décentralisé de prévention pour l’environnement. Qu’il y aurait aussi des salles polyvalentes où les jeunes du quartier pourraient faire du sport. Ayant appris cela, j’ai joué mon rôle de chef d’entreprise en faisant une offre pour les travaux d’électricité. J’ai remis un devis en bonne et due forme et on m’a commandé le chantier. Il n’y a rien de condamnable là-dedans. En découvrant le bâtiment, j’ai aussi vu qu’il y avait des espaces pour des bureaux. J’ai proposé à Lucien Cariat de les louer mais il a refusé.»

 

- Donc, il n’aurait jamais été question d’une salle d’entraînement spécifique pour Action 21 ?

- Non pour moi, il n’a jamais été question que Cariat fasse ce bâtiment pour Action 21. Il y a bien des salles polyvalentes avec des vestiaires et des douches mais ce n’était pas prévu spécifiquement prévu pour Action 21. D’ailleurs, les salles sont un peu petites pour le futsal. Elles peuvent convenir pour les minimes et préminimes – j’avais d’ailleurs proposé de louer quelques heures à cette fin- mais c’est trop exigu pour les équipes de joueurs plus âgés.

 

- Mais pourquoi faites-vous alors partie de l’asbl A.E.P.I.C. ?

- C’est Lucien Cariat qui m’a demandé d’en faire partie. Son intercommunale fait des campagnes dans différents endroits de Charleroi où des jeunes se rendent et mes joueurs y participent, cela fait partie de la convention qui nous lie à l’ICDI. Pour lui, je pouvais donc avoir un apport intéressant pour son centre polyvalent. Moi, je n’en avais pas plus envie que cela. Après il m’a dit qu’il n’avait plus besoin de moi. Je n’ai jamais posé le moindre acte concret dans cette asbl.

 

- Il se fait que le conseil d’administration de l’ICDI a décidé de donner l’usage du bâtiment de Jumet à cette asbl dont vous faites partie…

- Ah bon ? Franchement, vous me l’apprenez. De mon point de vue, cette asbl n’a jamais fonctionné. Lucien Cariat m’avait dit que je n’en faisais plus partie. Dès demain, j’envoie ma lettre de démission officielle.

 

On signalera pour terminer que nos témoins nous ont encore parlé de bien d’autres faits qui demandent des investigations complémentaires…

(1) : Le Soir du 28 avril 2006.

(2) : La dissolution du Cemaps a été décidée le 7 novembre 2005.

 

 

 

 

07:13 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |