15/10/2009

Affaire Sougnez (11 et 15/10/09)

Complément d'info au dossier publié ce 15 octobre dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique)

 

Le matériel de dialyse n'était pas obsolète! »

Contacté pat Paris Match, le responsable du service des soins intensifs des Bruyères dément les propos que le prêtent les Sougnez : «Le matériel utilisé dans mon service n'est pas obsolète et le personnel est formé. La dialyse était nécessaire et efficace – son caractère continu impliquait et implique d’ailleurs d’une manière générale, une constance dans la délivrance de la filtration, les arrêts répétés sur alarmes de pression excessive amenant la coagulation du filtre. En cas de non reprise de diurèse, des séances de dialyse intermittente sont généralement tentées. Le matériel adéquat est présent sur le site Sart Tilmant. Il est donc logique que le patient y ait été transféré sans urgence vu la prise en charge déjà garantie de l’insuffisance rénale. L’hémodialyse intermittente n’a par ailleurs pas été réalisable aux soins intensifs généraux du Sart Tilman (instabilité hémodynamique durant les séances) et on est revenu à l’hémofiltration continue, comme aux Bruyères.»

Est-ce normal de placer volontairement une personne âgée dans le coma, simplement parce que la dialyse se bloque si elle se réveille? «Oui», répond ce médecin. Est-ce normal de laisser perdurer une telle situation pendant plusieurs semaines alors que d'autres hôpitaux disposent d'un matériel adéquat? «Oui», dit-il encore, «dès l’instant où les services de soins intensifs disposant d’un recours à la dialyse intermittente– sont saturés comme c'était le cas à l'époque de l'hospitalisation de M. Sougnez. De plus, le fait de maintenir M Sougnez sous sédation afin d’éviter les interruptions répétées de l’hémofiltration continue était obligatoire. Le risque secondaire de surinfection pulmonaire ne pouvait être nul.»

A propos de la «blessure au cou», de Laurent Sougnez, le médecin explique aussi qu'elle était liée à l'état de santé de ce patient diabétique : « L’escarre cervical était liée à la suffusion d’un hématome lié à la mise en place d’un des multiples cathéters centraux nécessaires à la conduite du traitement. L’ischémie cutanée consécutive était liée à l’état vasculaire précaire de M Sougnez, elle-même secondaire à son diabète (pour rappel cet patient avait subi de nombreuses amputations pour le même raison).». Enfin l'impossibilité de faire une trachéotomie devrait être relativisé : «Le report d’une trachéotomie ne peut être cause d’une issue fatale dès l’instant ou les voies aériennes sont sécurisées par la présence d’un tube trachéal.»


10:09 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erreur medicale, sougnez |  Facebook |

10/09/2009

Naissance sous X (100909)

Complément d'info au dossier publié dans Paris Match, le 10 septembre 2009.

«Une histoire personnelle insolite»

Quel est l'intérêt de Jérémie? Est-il en danger dans la famille où il grandit ? Serait-ce une bonne chose pour lui de donner l'autorisation à celle qu'il appelait autrefois «maman» de le rencontrer? Pour ce faire, la justice a fait appel à l'expertise conjuguée d'un pédopsychiatre et d'un psychologue. De manière non étayée, le rapport rédigé par ces deux personnes entérine la version de la famille de Patricia sur les origines de Jérémie. Mais les psy n'en constatent pas moins que cet enfant «est confronté à un système de relations familiales particulièrement complexe (...) Choix par son père de le confier largement à sa sœur, le choix de sa sœur de se faire appeler «papa», le choix de celle-ci de former un couple de même sexe; introduisant dans la vie de l'enfant une autre femme, dite «maman». (...) Si la diversité des modèles familiaux augmente dans notre société contemporaine, il faut bien avouer que Jérémie pourrait éprouver plus de difficulté que d'autres à s'y retrouver; à assumer aux yeux des autres une différence.»

«S'ajoute à cela une certaine «confusion» des origines», notent encore les psy. «En effet, la version réelle diffère de celle qui est tenue tant à Jérémie qu'en société. Il existe donc un «secret partagé» seulement par les intimes, ce qui augmente encore la complexité de la situation (...) Nous ne pouvons éviter de nous poser la question de ce qu'il adviendra quand le 'secret des origines' sera levé, quand Jérémie découvrira ses origines paternelles. En effet, Jérémie apprendra en même temps que son «papa» est en réalité sa sœur, que c'est son «dady» (qui peut signifier autant père que grand-père dans l'esprit des adultes, mais qui est bien investi comme grand-père pas l'enfant jusqu'à présent) qui est son père, donc à la fois son père et le père de son «papa»,... père en ligne directe, grand-père par sa «sœur-papa»,... la situation est loin d'être simple; elle pourrait être interprétée comme «inceste symbolique» d'un père faisant cadeau d'un enfant à sa fille... (...) Cette complexité est telle que nous-mêmes avons éprouvé au début des difficultés à établir un réel schéma de filiation. (SIC)»

Si ce contexte familial n'est pas un cadeau pour Jérémie, il ne s'agit pas pour autant d'un enfant négligé. Les psy expliquent, après l'avoir rencontré plusieurs fois, que «d'avis unanime, c'est un enfant joyeux et apparemment équilibré. Il est entouré d'une très grande sollicitude, au plan matériel et affectif. C'est un enfant le plus souvent souriant, assez doux, amitieux avec les adultes, protecteur des enfants plus faibles, cherchant à faire plaisir, aussi influençable par les meneurs. Il est aussi perçu par ceux qui le connaissent mieux (et notamment à l'école) comme ayant certaines fragilités affectives...»

Les psy estiment aussi que Jérémie aura sans doute suffisamment de ressources personnelles et de soutien familial lorsqu'il devra faire face, plus tard, à son «histoire personnelle insolite». Cela nécessitera cependant un «travail d'élaboration psychologique difficile qui lui demandera beaucoup d'énergie». Ils concluent leur évaluation en déconseillant le retour d'Isabelle dans sa vie, au travers d'un droit de visite; Cela ne ferait que rendre les choses «ingérables» pour Jérémie, lequel considèrerait, après n'avoir plus vu Isabelle depuis plus de deux ans- que sa relation avec cette femme est «actuellement terminée».

Isabelle n'est évidemment pas d'accord avec cette analyse. «J'ai perdu du temps en tentant de trouver un accord amiable avec la famille de Patricia. Et à l'arrivée, cela joue contre moi...» Le tribunal de la jeunesse tranchera.

 

 

09:58 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : adoption, droits de l enfant, naissances sous x |  Facebook |

31/07/2009

CILE (301108 et 041208)

Dossier évoqué dans le cadre de «l'Info Confidentielle Paris-Match» sur RTL/TVI, le 30 novembre 2008 et publié dans Paris Match (Belgique), le 4 décembre 2008.

Entretien avec le témoin qui a alerté la justice

A Liège, certains transformaient-ils l'eau en or ?

Doyenne des intercommunales dans sa province, la Compagnie intercommunale liégeoise des eaux (CILE) fournit 535 000 habitants en eau potable dans 23 communes. Tous les chiffres du tableau de bord de cette société sont impressionnants : plus de 70 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006, plus de 20 millions d'euros d'investissements par an... 25 millions de m3 d'eau en production propre, 11 millions de m3 achetés. 370 agents. 3 304 kilomètres de conduites. La CILE est une affaire qui marche et il n'y a pas de raison que cela change, la consommation d'eau étant un besoin primaire pour chacun de ses clients. Sur son site internet, l'intercommunale revendique fièrement sa santé financière en soulignant que « depuis 1996, la CILE investit uniquement sur ses fonds propres pour le développement et le renouvellement des infrastructures ». Et ce dans le cadre d'une « croissance continue ». Ces dernières années, par manque de contrôle interne, cette intercommunale florissante - dont le conseil d'administration pléthorique compte des représentants politiques de toutes les tendances - a-t-elle jeté l'argent par les fenêtres ? Certains de ses dirigeants ont-ils contourné la législation sur les marchés publics ? Des prestataires de travaux commandés par la CILE ont-ils profité d'un certain laxisme ? S'en sont-ils mis plein les poches en escroquant l'intercommunale ? Ce sont les questions que pose le témoignage de Benoît Nicolay, un homme qui a tout déballé en juin dernier à la Police fédérale, conduisant la justice liégeoise à ouvrir une instruction et à perquisitionner dans les locaux de la CILE.

Pour la première fois, ce témoin se confie : « J'ai toujours vécu dans les environs de Tihange où, autrefois, mon père était un élu local. Au milieu des années 1980, j'ai orienté ma carrière vers l'installation de chauffage central et de sanitaires. Ma petite entreprise tournait bien. J'avais des clients réguliers et parfois imposants, notamment des établissements scolaires. En 2002, je me suis mis à la recherche d'un nouveau gros contrat. Une personne qui fréquentait le même cercle d'influence que mon père m'a dit que je gagnerais à prendre rendez-vous avec José Stes, qui était à l'époque le directeur général de la CILE. »

 

Paris Match Belgique. Vous avez suivi ce conseil ?

Benoît Nicolay. Oui, j'ai été reçu au siège de l'intercommunale à Angleur et je n'ai pas été déçu. Je me suis vu offrir le marché du remplacement des compteurs à eaux. Il faut savoir qu'à échéance fixe - tous les douze ans - ces appareils de mesures doivent être renouvelés, car l'usure leur fait perdre de la précision. Il m'était juste demandé de proposer un prix à l'unité. J'ai donc suggéré 8,50 euros par compteur remplacé. La messe était dite. J'avais le contrat.

Pas d'appel d'offres, pas de cahier des charges ?

Non.

C'était un marché important ?

Il portait sur plus ou moins 15 000 compteurs à remplacer par année (la CILE compte plus de 230 000 compteurs en service).

C'est illégal, non ?

Oui. Plus tard, la personne qui m'avait conseillé de me rapprocher de la CILE me l'a aussi fait remarquer... pour me faire comprendre que mon intérêt était de ne jamais cracher dans la soupe dont je m'étais moi-même nourri.

Au moment de signer ce contrat, vous auriez déjà pu le comprendre. Tout cela était un peu trop facile...

A l'époque, je n'ai pas bien pesé toutes les conséquences de cette affaire. Je le reconnais.

Et donc, vous avez commencé à remplacer les compteurs ?

Oui, et très rapidement, je me suis rendu compte que le tarif de 8,50 euros n'était pas rentable.

C'est vous qui aviez proposé le prix !

Avant que je m'engage, on m'avait montré le travail à faire dans des immeubles où les compteurs étaient facilement accessibles. Mais, sur le terrain, je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de cas compliqués : des maisons avec des caves encombrées où, parfois, il fallait avoir le nez d'un chasseur de trésors pour découvrir le compteur dans le bordel ambiant, voire les détritus. J'ai donc revu mon prix. J'ai demandé 12,50 euros par compteur. Je me suis vu accorder 10,50 euros, mais avec effet rétroactif. Ce n'était pas terrible mais, dans le même temps, ce boulot ne demandait pas beaucoup d'investissements : quelques pinces et un GPS. Pour le reste, toutes les pièces étaient fournies par la CILE.

Cela veut dire que dans les 10,50 euros, il n'y avait que la main-d'œuvre ?

En gros, oui.

Changer un compteur prenait combien de temps ?

En moyenne, moins de quinze minutes. Une course contre la montre qui se déroulait en plusieurs étapes immuables : dire bonjour au client, faire signer les papiers, se faire expliquer où se trouvait le compteur et le remplacer. Pour ce faire, j'utilisais des sous-traitants. En fait, c'était surtout une affaire en or pour la CILE, car elle refacturait ces interventions aux communes à très bon prix. Plus on en remplaçait, mieux c'était. C'est ainsi qu'un grand nombre de compteurs qui n'avaient pas atteint la limite d'âge ont tout de même été changés, sur demande de cadres supérieurs de la CILE : des compteurs de 8, 9, 10 et 11 ans en parfait état de fonctionnement. D'une manière ou d'une autre, les contribuables ont payé cela dans leurs impôts locaux.

La CILE n'avait pas de service interne pour remplacer les compteurs ?

Il était inefficace. Les ouvriers étaient souvent en maladie. C'étaient des gars dans la cinquantaine qui avaient souffert sur de lourds chantiers auparavant (marteau-piqueur, etc.). Ils avaient été placés là parce qu'il s'agissait, soi-disant, d'un service léger. Mais pour ces personnes usées, changer les compteurs, c'était encore trop lourd. L'un d'eux avait une hernie discale, un autre avait un bras presque bloqué, etc...

Pendant combien de temps avez-vous mené cette activité ?

Pendant deux ans environ, et durant cette période, j'ai trouvé le moyen de mettre un peu de beurre dans les épinards. Lors des interventions, j'avais souvent constaté que la vanne avant compteur ne fermait pas. J'ai donc proposé que l'on procède aussi au remplacement de ces vannes pour un prix de 8,50 euros l'unité. Une fois que le compteur était remplacé, cela ne prenait pas beaucoup plus de temps de s'occuper de la vanne. L'un dans l'autre, on arrivait ainsi à un prix acceptable. Et c'est alors que les Français sont arrivés pour prendre leur part du gâteau.

Les Français ?

En 2003, lors d'une réunion provoquée par José Stes, on m'a présenté à Jean Quéau, le secrétaire général de Proxiserve, une grosse boîte française employant 3 000 personnes dans le domaine du sanitaire et de la maintenance en chauffage central. Cette société était elle-même une filiale de l'immense groupe Veolia (ex-CGE). Au cours de cette réunion et d'autres qui lui ont succédé, il m'a été proposé de continuer mes activités de remplacement de compteurs dans le cadre d'une société qui serait fondée avec les capitaux des Français : la SA Proxibel. J'en deviendrais le directeur d'exploitation avec un beau salaire (plus de 4 000 euros mensuels nets), dans de magnifiques locaux, avec plein d'avantages (voiture, frais divers). En plus, je recevrais 5 % des parts du capital de Proxibel SA.

Difficile de refuser.

Je ne l'ai évidemment pas fait ! Proxibel SA a été active à partir du début 2004 et pendant à peu près un an. J'ai donc assuré sa gestion journalière. Au printemps 2005, les Français de Proxiserve ont voulu que Proxibel SA soit géré par une personne de chez eux. J'ai dû céder la plupart de mes responsabilités à un dénommé P. L., dont la mission était de faire gonfler le chiffre d'affaires de Proxibel SA.

Proxibel SA a repris le marché des compteurs que vous aviez reçu sans appel à la concurrence ?

S'il n'y avait que cela ! Elle a aussi reçu le marché du remplacement des canalisations. Il s'agissait de remplacer les tuyaux en plomb qui reliaient les compteurs aux tuyaux en synthétique provenant de la rue. C'était un marché juteux, et il l'a été d'autant plus que Proxibel SA a commencé à faire de la surfacturation.

De quelle manière ?

Le plomb était remplacé par des tuyaux en galvanisé. Tous les matériaux étaient fournis par la CILE. L'intercommunale constituait ses stocks en fonction de bons de commande qui lui étaient envoyés par Proxibel SA. Intervenait ensuite la conjonction de deux phénomènes  : côté Proxibel SA, nous n'utilisions pas tout ce qui était commandé à la CILE, on avait des surplus ; côté CILE, il y avait parfois des ruptures de stock. Dans de tel cas, Proxibel SA était autorisée à acheter directement les matériaux à un fournisseur et à les refacturer à la CILE. C'était déjà une bonne affaire, puisque la refacturation se faisait avec un bénéfice de 50 %. Mais il y avait encore mieux : refacturer les surplus de stocks... Là, c'était 150 % de bénéfice ! Le prix de la main-d'œuvre était lui aussi surévalué : la CILE payait 90 euros par tuyau remplacé (plus 10,50 euros pour le robinet) alors que ce travail valait 35 euros tout au plus... Quand on sait que, sur six mois, on a procédé au remplacement de 4 000 tuyaux, vous imaginez le préjudice pour l'intercommunale ! Sans compter la facturation de placements imaginaires à la demande des Français...

C'est tout ?

Non. Ensuite, la CILE a estimé que les tuyaux en plomb ne devaient plus être remplacés par du galvanisé mais par du polyéthylène (PE). Il s'est donc agi de remplacer ce qui avait déjà été fait en galvanisé par du PE. J'appelle cela la roue de la fortune. D'autant que la manipulation des stocks permettant la surfacturation a repris de plus belle.

Vous vous dénoncez vous-même, en avouant cela !

Au moment où cela se passait, je n'étais qu'un maillon dans le système. C'était la volonté des Français de procéder de la sorte : ils voulaient absolument atteindre certains objectifs financiers, quitte à faire mentir les chiffres. Pour moi, ils ont spolié l'argent de l'intercommunale.

Mais est-ce la faute de l'intercommunale ?

On peut au moins lui reprocher un contrôle défaillant de l'utilisation des matériaux fournis à Proxibel SA. En fait, les personnes chargées de cette surveillance n'y connaissaient rien. Pendant un temps, c'est une ancienne hôtesse d'accueil qui était affectée à cette tâche... C'était à ce point ridicule que je me suis demandé si ce n'était pas délibéré. Par ailleurs, certains gestionnaires de la CILE ont tout de même soutenu la création de Proxibel SA et, le moins que l'on puisse dire, c'est que cela n'a pas servi les intérêts de l'intercommunale !

Cette fois, vous avez tout dit ?

Non, j'ai aussi constaté des flux financiers qui mériteraient d'être étudiés par les enquêteurs. Des sommes d'argent très importantes étaient transférées du compte de Proxibel SA vers sa société mère en France, Proxiserve. Ensuite, ces sommes étaient transférées sur les comptes d'une société d'investissement, Proxibel Holding, qui, elle-même, a injecté quelque 300 000 euros dans Versô.

Versô ?

C'est une société belge qui a été créé par la CILE et Proxiserve en partenariat (50/50). Son but était d'investir le marché de la maintenance en plomberie des logements sociaux en Belgique... Une véritable catastrophe. Dans les faits, Versô n'a finalement été qu'une coquille vide, dont l'activité essentielle aura été de payer le salaire de deux personnes qui n'ont produit aucun chiffre d'affaires, et des jetons de présence à une série d'administrateurs issus du sérail politique liégeois. C'est comme avec les compteurs et les tuyaux. Dans ce dossier-là aussi, la CILE a perdu beaucoup d'argent !

Pourquoi parlez-vous ?

Déjà, vers la fin 2006, en interne, j'avais dénoncé le comportement de P.L., le nouveau gérant qui m'avait été imposé par les Français. Je ne voulais plus d'irrégularités. José Stes, le directeur général de la CILE, a également été averti. En quelque sorte, j'ai ainsi signé mon billet de sortie... Pour autant, je ne veux pas ici jouer au chevalier blanc : si j'ai voulu mettre fin à tout cela, c'est que j'avais simplement peur qu'un jour ou l'autre tout cela pète et qu'on me fasse porter seul un chapeau bien trop grand pour ma tête. Parallèlement à cela, les Français voulaient de toute façon se débarrasser de moi... La pression est devenue difficilement tenable. On m'a fermement conseillé de revendre mes parts de Proxibel SA à Proxiserve. Mon prix a été le leur. Ensuite, ébranlé par tout cela, j'ai été mis en congé de maladie par mon médecin et j'ai fait la bêtise d'envoyer mon certificat avec un peu de retard. Proxibel SA m'a licencié. L'affaire est toujours en cours au niveau du Tribunal du travail. Je leur réclame mes indemnités de licenciement, plus environ 100 000 euros de dommages moraux. En 2007, j'ai envoyé des mails à différentes personnalités politiques pour les informer de ces gaspillages d'argent public... Au bout de quelques mois, l'une d'elle m'a conseillé de m'adresser à la justice. En avril 2008, j'ai déposé à la Police fédérale de Liège. Avec tous les détails que j'ai donnés, je m'étonne qu'il n'y ait pas encore eu d'inculpation. Sans doute est-ce que cette affaire est très complexe. Je ne connais que la partie visible de l'iceberg...

Avez-vous une idée du préjudice causé à la CILE par les malversations que vous dénoncez ?

Je dirais environ 2 millions d'euros. En termes de montants, c'est l'affaire de la Carolo à la puissance 10 !

 

« Pas de commentaires »

Nous avons cherché activement des contradicteurs. En vain. Jean Quéau, le secrétaire général de Proxiserve, ne désire pas répondre aux propos tenus par Benoît Nicolay : «  Je suis pour la liberté d'expression. L'affaire est entre les mains de la justice belge, en laquelle nous avons entièrement confiance. » Propos similaires de José Stes, l'ancien directeur, désormais retraité, de la CILE : « Je ne veux pas polémiquer dans les médias. Si les enquêteurs ou le juge m'interpellent, je leur répondrai. ». MM. Jean-Géry Gobeau, actuel président du CA de la CILE, et Roger Husson, directeur faisant fonction de l'intercommunale, adoptent la même attitude de réserve. Ces réactions et d'autres encore, comme celle de l'actuel président du CA de Versô, Hector Magotte ont déjà relatées sur ce blog , cliquer sur: http://michelbouffioux.skynetblogs.be/post/6500436/cile-3...

15:47 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : liege, eau, affaires, cile |  Facebook |

30/07/2009

Affaire Carolus (23/11/08 et 27/11/08)

Affaire évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match, le 23 novembre 2008 et dans les pages de l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 27 novembre 2008.

Jean-Marie se bat contre l'inertie de la Région wallonne depuis des années

Un arbre nommé Kafka

C'est une belle maison de maître avec de grands volumes. Elle est sise dans une avenue large et engageante à Verviers. En se promenant dans cette artère joliment située, on se prend facilement à penser qu'il doit être agréable d'y élire domicile. Qui plus est,le quartier se trouve embelli par la présence de nombreux platanes fiers et majestueux qui lui confèrent une apparente sérénité.

« Vous les avez vus ? Ce sont des trentenaires plein de vie... et de racines ! » commente Jean-Marie Carolus en nous ouvrant la porte de sa demeure. Gérant d'une agence de banque, notre hôte est propriétaire du lieu depuis le début des années 90. Il y réside avec sa femme et ses cinq enfants. « Pendant plusieurs années, la vie a été un long fleuve tranquille », raconte-t-il en sortant un gros classeur d'une armoire. « Et puis, en avril 1999, les problèmes ont commencé, le jour où de très fortes odeurs sont apparues dans la cave. En inspectant les lieux, j'ai constaté que les eaux usées ressortaient du sterput. La chambre de visite était complètement bouchée. Plus rien ne pouvait être évacué. Je ne vous décris pas la catastrophe. Plus de salle de bain, plus de toilettes... »

M. Carolus appelle l'administration communale, qui envoie des ouvriers : « Ils ont injecté de l'eau sous haute pression dans les tuyaux d'égouttage. En vain. J'ai dû me résoudre à faire appel à une société de débouchage et c'est ainsi que j'ai appris que des canalisations évacuant les eaux usées pouvaient être bouchées par les radicelles d'arbres. A l'époque, il y avait un houx et un platane devant chez moi, mais je ne me posais pas encore la question de savoir lequel de ces deux-là était le coupable. Je croyais que le problème avait été résolu définitivement par l'intervention de la société de débouchage, qui avait introduit une électrospirale dans les canalisations pour couper les petites racines. »

Durant l'été 1999, Jean-Marie Carolus reçoit deux factures correspondant à ces premières interventions de dépannage. 120 et 250 euros... Le début d'une longue addition car, pendant les dix ans qui vont suivre, ses canalisations vont encore être bouchées à de multiples reprises. « Un véritable calvaire ! Je vis dans l'angoisse permanente de me réveiller au dessus d'un tas de m... A tout moment, ma cave peut se retrouver inondée d'eaux usées et malodorantes. Cela peut arriver le soir de Noël, quand je reçois des gens. En pleine fête de famille. Et avant de se voir, je vous assure que cela se sent. » Patron d'une société de débouchage à Verviers, Vincent Boutet confirme : « M. Carolus vit un enfer. J'ai du intervenir chez lui très souvent. Parfois en urgence, le week-end ou le soir. » Et, bien sûr, cette vie d'inondé au quotidien a un coût : « Si je tiens compte de toutes les factures et des pertes subies, cela tourne autour de 6 500 euros depuis 1999. Et puis, au fil du temps, mes difficultés ont pris une tournure juridique... Ce n'est pas gratuit : j'ai épuisé les 7 500 euros de frais de justice admis par mon assurance familiale et, maintenant, je paie mon avocat de ma poche... Tandis que le problème de départ est toujours là ! »

Le « problème » ? Les racines du platane qui a été planté en 1981 par la Région wallonne devant la maison de M. Carolus. « Avec une force incroyable, elles investissent les canalisations à plusieurs mètres de profondeur », explique-t-il. « Les radicelles se faufilent par les joints qui relient les tuyaux en grès. Quand elles sont installées dans les tuyaux, elles prolifèrent en prenant la forme de grappes de plus en plus imposantes. C'est comme un cancer. Les curetages successifs ne font qu'apporter des solutions provisoires. Cela se rebouche sans cesse ! » La faute à qui ? C'est là, évidemment tout le débat...

Entre 1999 et 2002, Jean-Marie Carolus n'identifie pas encore clairement la cause de ses ennuis, se contentant d'interventions de dépannage ponctuelles. Mais, dès février 2002, une inspection caméra de ses canalisations démontre la présence massive de racines. « Ça a été un moment clé de mon dossier », précise Jean-Marie Carolus. « J'ai compris qu'un tel envahissement ne pouvait être causé que par les racines du platane se trouvant devant ma maison. J'ai donc pris ma plus belle plume pour demander l'intervention de la Ville de Verviers. En tant que responsable des égouts et gardienne du sol, la commune doit assurer la salubrité publique à chaque citoyen mais, dans mon dossier, elle s'est tout de suite déclarée non responsable en arguant du fait que ce n'est pas elle qui a planté l'arbre. J'ai aussi écrit à la Région. Il m'a été répondu qu'on tenterait de trouver, je cite, "les mesures les plus adéquates afin que ne se reproduise l'obstruction" de mes égouts. » M. Carolus nous montre la lettre écrite par un ingénieur des ponts et chaussées du ministère wallon de l'Equipement et des Transports. Elle est datée du 11 septembre 2002... Pas mal d'eau a coulé dans et hors des canalisations depuis lors !

Il poursuit son récit : « En 2003, j'ai reçu la visite de cinq ouvriers de la Région wallonne. Equipés d'un matériel impressionnant, ils ont effectué une inspection caméra de mes canalisations pour constater qu'effectivement, les racines pénétraient dans ma conduite à cinq endroits. Leur diagnostic était très clair : il fallait remplacer toute la conduite de la maison jusqu'à l'arbre, soit sur douze mètres. Quelque temps après, une entreprise et un responsable de la Région wallonne se sont présentés à mon domicile pour m'informer qu'ils allaient effectuer un sondage à hauteur de l'arbre, un grand trou devant chez moi. Je croyais qu'ils allaient tout réparer ! En fait, ils ont cassé une partie de ma canalisation en grès. Je vois encore l'un des ouvriers me dire : « Ce n'est pas grave, M. Carolus, on va vous réparer tout cela. » Et ils l'ont fait en utilisant un tuyau de PVC., c'est-à-dire de manière non conforme aux règles locales d'urbanisme, car une ordonnance communale interdit de combiner des tuyaux en grès avec des tuyaux en PVC. De plus, un délégué de la Ville aurait du vérifier la conformité de ces travaux avant que le trou ne soit remblayé par le MET, mais cela n'a pas été fait... Je me demande depuis lors si les ouvriers de la Région n'ont pas uniquement contribué à aggraver le problème. Qu'a provoqué l'onde de choc de leur grosse pelleteuse sur le reste de la canalisation ? N'y a-t-il pas d'autres dégâts causés par leurs travaux qu'ils n'ont pas réparés ? » 

En termes de solutions, cette visite du MET débouchera sur le néant. A moins qu'il ne faille ici parler d'une certaine forme de surréalisme... « Ils ont donc creusé, cassé et "réparé". Et bien entendu, ils ont constaté la présence de racines dans la canalisation. Mais, étant donné qu'ils n'étaient pas mandatés pour aller jusqu'à la chambre de visite, ils n'en ont retiré que très peu. Ce n'était qu'un sondage... » Confronté à l'inertie de la Région wallonne, M. Carolus décide alors de saisir son assurance familiale, ce qui lui permet de porter l'affaire sur le terrain juridique en se voyant payer les honoraires d'un avocat. « Il s'en est suivi des échanges de courriers pour trouver une solution à l'amiable. Sans succès. La Région estimait qu'il y avait un doute sur l'origine du problème. Pour elle, ce pouvait être les racines du houx de deux mètres plutôt que celles du platane... de douze mètres de hauteur. Cette version était plus que contestable, car les racines d'un houx ne s'enfoncent pas aussi loin et aussi fort que celles d'un platane, qui peuvent proliférer et s'infiltrer aussi loin que son envergure. Soit. J'ai tout de même fait retirer mon houx et toutes ses racines. Depuis que le platane de la Région wallonne est seul, les bouchages de canalisation ont bien sûr persisté. »

En 2005, pour mettre fin à l'inertie, le Tribunal de première instance de Verviers est saisi de l'affaire par l'avocat de M. Carolus, Me Pierre Eric Defrance... « Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 29 au 30 juillet 2005, on a vécu une vraie nuit de cauchemar ! Suite à de fortes pluies, j'ai subi une inondation complète de mes caves. La conduite était de nouveau bouchée par les racines. Nous avons passé toute la nuit à vider et à nettoyer la cave. Ce sinistre a été évalué à environ 4 000 euros par l'expert », raconte le directeur d'agence. Décidé à faire intervenir sa compagnie d'assurance, il se trouve alors confronté à un nouveau blocage ! « L'assureur devait prendre à sa charge la réparation pour ensuite se retourner contre la Région, comme le prévoit ses conditions générales. Mais à ce jour, je n'ai toujours pas reçu un euro, car la compagnie ne veut pas intervenir avant que le tribunal ne se prononce dans l'affaire qui m'oppose à la Région... »

Et au niveau judiciaire, la sanction se fait évidemment attendre. Certes, une expertise a rapidement été ordonnée par le tribunal, dès qu'il a été saisi, mais en raison des délais imposés par l'expert et de certains retards dans la transmission d'informations demandées par ce dernier à la Région, le rapport d'expertise définitif n'a été produit que le 31 janvier 2008. Sa conclusion ne laisse place à aucune ambiguïté quant à l'origine des problèmes rencontrés depuis dix ans par la famille Carolus : « La cause de l'obstruction récurrente de l'égouttage de l'immeuble de M. Carolus est la pénétration de radicelles dans l'égouttage provenant du platane le plus proche de son immeuble, arbre bordant la voirie et appartenant à la Région wallonne. » M. Carolus avait donc raison depuis près de sept ans ! Mais savoir cela n'est qu'un maigre réconfort, alors que l'expert recommande aussi une réparation (pose d'un nouveau tuyau enrobé de béton maigre et d'un tissu antiracines) qui coûtera plus de 17 000 euros... et que la moitié de cette somme devrait être déboursée par la victime de l'arbre gourmand !

Jean-Marie Carolus décode : « Selon l'expert, ces travaux constitueront une "amélioration" de mon habitat. En outre, il prend aussi en compte une prétendue "vétusté" des canalisations. » Me Defrance dénonce cette manière de voir : « La Région est entièrement responsable du sinistre. Elle doit entièrement payer la facture. Comment peut-on parler d'amélioration ! Si M. Carolus devait vendre sa maison, il ne va tout de même pas expliquer à l'acheteur qu'elle vaut plus d'argent parce qu'elle comporte des égouts qui fonctionnent ! Quand à la vétusté, c'est vraiment n'importe quoi : les conduites en grès n'auraient évidemment connu aucun problème pendant plus de cent cinquante ans encore s'il n'y avait pas eu ces racines ! » M. Carolus commente : « Quand ce type de problème survient entre deux particuliers, les assurances règlent le problème en un mois. La compagnie de l'assuré propriétaire de l'arbre paie la réparation à neuf. Le problème de la Région, c'est qu'elle est son propre assureur. Toutefois, elle a fait un mauvais calcul, car si elle avait réparé immédiatement dans le respect des normes de l'urbanisme, cela aurait coûté moins pour la collectivité. »

A la direction du Contentieux général de la Région wallonne, Marianne Degryse admet sans difficulté que l'expertise récemment déposée dans cette affaire doit être prise en compte. Ce qui, à notre sens, équivaut à une acceptation de la responsabilité de la Région dans ce dossier. « Comme dans d'autres cas », dit notre interlocutrice, « on pourrait arriver à un accord avec M. Carolus avant l'issue judiciaire. C'est de la responsabilité du ministre de l'Equipement, M. Daerden, de décider de cette éventuelle transaction. Toutefois, il est difficile de demander à la Région d'aller au-delà de la solution qui est préconisée par l'expert, soit 50/50 en termes de montants à payer. Financièrement, il possible que M. Carolus obtienne plus en attendant la décision du tribunal... »

Qu'en dit le ministre Michel Daerden, après que Paris Match eut souligné auprès de ses services que le bon sens condamne tout de même l'idée que la victime d'un préjudice en devienne in fine le coresponsable désigné au moment de payer la réparation ? La porte-parole du ministre nous confirme la position de l'administration : 50/50 pour les frais de réparations des conduites. « La Région est aussi d'accord de prendre en charge les frais de justice engagés par M. Carolus ainsi que les différents frais occasionnés par son préjudice aux cours de ces dernières années (multiples interventions de la société de débouchage, etc...) », nous dit Laetitia Naklicki, la porte-parole du ministre.

Comme argument pour justifier le non-remboursement intégral du préjudice subi, le cabinet Daerden avance que les difficultés rencontrés par M. Carolus sont aussi liées, comme l'a dit l'expert, à la vétusté de ses conduites qui a facilité la pénétration des racines... « S'il en allait autrement, d'autres personnes dans cette avenue bordées de platanes seraient aussi touchées. » Mais comme nous le signalons ci-dessous... Par exemple, en date du 25 mai dernier, le voisin de M. Carolus s'est encore acquitté d'une facture de 450 euros. La société de débouchage indique sur sa facture : « racines dans la canalisation ». Faut-il le préciser, ce voisin ne possède pas de houx.

L'exception qui confirme la règle?

Trop longtemps confronté à l'inertie des pouvoirs publics locaux et régionaux, M. Carolus est convaincu d'avoir amorcé « une petite bombe » en se lançant dans un bras de fer judiciaire avec la Région wallonne. « Beaucoup de personnes sont confrontées à des problèmes similaires, mais elles hésitent à se lancer dans de longues et coûteuses procédures juridiques. Alors, elles réparent à leur frais...Rien que dans mon avenue, il y a au moins quatre propriétaires qui sont touchés par ces mêmes racines, et je suis le seul à avoir eu recours à un avocat. Mes voisins attendent le résultat de mon combat qui pourrait déboucher sur une jurisprudence qui coûtera cher à la Région. » Vincent Boutet confirme : « Ma société de débouchage a quatre ou cinq clients dans cette avenue où j'interviens régulièrement. Il doit y avoir beaucoup de problèmes de ce genre en Région wallonne .» Marianne Degryse, responsable du service contentieux à la Région, tempère très fortement ces propos : « Quand des plantations de la Région posent problème, notre attitude est toujours de chercher des solutions à l'amiable. On ne craint donc pas une nouvelle jurisprudence. Il est difficile pour nous de réparer des situations dont nous ne serions pas avertis par les personnes concernées ! » Faut-il en déduire que M. Carolus serait l'exception qui confirme la règle ?

17:13 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : racines, administration de la region wallonne |  Facebook |

22/07/2009

Affaire Louis Vandeskelde (161108 et 201108)

Enquête évoquée le 16 novembre 2008 sur le plateau de « L'Info Confidentielle Paris-Match » (RTL/TVI) et publiée dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique) le 20 novembre 2008.

Rumeurs au pays des Ch’tis

L’agent Louis victime de la délation

 

C’est le pays du ruban, des géants et des ducasses. Enclavée en Flandre mais se situant à deux pas de la frontière française, la ville de Comines-Warneton appartient à la Région wallonne et offre des facilités à sa minorité néerlandophone. Sur ces berges de la Lys où les Flamands s’expriment en français et les Picards parlent ch’timi, les cultures s’entremêlent, s’enrichissent et invitent à l’ouverture d’esprit. D’évidence aussi, à une certaine franchise dans les rapports humains.

 

Dès que l’on a franchi la porte de l’Hostellerie de la Place, à Ploegsteert, la serveuse Marie-Paule Fauquenot ne se fait pas prier pour donner son avis sur l’homme qui a suscité ce déplacement, si loin de la capitale : « Louis Vandeskelde ? C’est notre agent de quartier. Cela fait longtemps qu’on le connaît. C’est un brave homme qui a le cœur sur la main. Il vient régulièrement boire son café. Je vous assure qu’il n’a jamais eu de gestes déplacés envers quiconque. Ce gars-là, c’est la bonté incarnée. Toujours disponible, il a rendu d’innombrables services à des tas de personnes. Vous pouvez l’appelez à n’importe quel heure du jour et de la nuit. Il vit pour aider les gens. Je connais sa femme, Martine. C’est un beau couple. Ils sont parents et grands-parents. Ils adorent leur petite-fille. »

 

Au Bizet, un hameau de Ploegsteert, Delphine Lebleu fait aussi partie des gens qui n’ont que des éloges à formuler à l’endroit du policier Louis. « C’est un agent de quartier ancien modèle. Lorsqu’il y a un problème de voisinage, il va tenter de concilier les points de vue, plutôt que de rédiger des PV… Comme Louis connaît tout le monde et qu’il est très chaleureux, cela suffit à résoudre la plupart des difficultés. A la réflexion, il est autant assistant social que flic, toujours là pour aider les gens dans le besoin. A l’écoute, facilitant des tâches administratives ; il lui est même arrivé de trouver des vêtements ou des meubles pour les plus nécessiteux. Donner semble être son plaisir… »

Plus de vingt ans que Louis Vandeskelde se balade en uniforme dans le coin. Nous le retrouvons autour d’une jatte de café dans un bistrot de Comines. Avec son regard malicieux, non dissimulé par ses petites lunettes, l’homme dégage de la sympathie. Et il se met à parler et à parler encore, sans s’arrêter, comme un moulin en plein vent. Emporté par ses émotions dans un flot de mots qui finissent par entrer en collision les uns avec les autres. Au risque d’apparaître confus. « Je ne suis pas un policier qui verbalise pour un oui ou pour un non. Ma mission est de mettre fin aux infractions. Quand je vois un ivrogne sur la route, j’arrête le combi et je le fais monter à bord. Plutôt que de l’entendre au poste, je le ramène chez lui. Etre flic, c’est rendre service. Il m’est souvent arrivé, quand je voyais un gosse qui avait encore des kilomètres à rouler sous la pluie pour aller à l’école, de l’embarquer avec son vélo pour l’avancer », raconte Louis Vandeskelde.

« Des centaines de personnes sont montées dans ma camionnette, et moi, je suis allé chez tout le monde », ajoute-t-il avant que nous ayons pu enchaîner par une question. « Normal, j’ai toujours vécu ici. Quand j’étais petit, j’ai dû me retrouver sur les genoux de tous les vieux du village. Et je ne vous dis pas combien d’enfants sont ensuite venus sur les miens. Tenez, le cycliste Frank Vandenbroucke : je l’ai connu tout petit, quand il était trop gâté par sa maman. Si vous voulez, on peut faire un tour du coin, les gens vous diront qui je suis. Et ils vous offriront un verre. » Bienvenue chez les Ch’tis !

Nous référant à l’expérience de Philippe Abrams, ex-directeur de la poste à Salon-de-Provence, nous déclinons le petit tour des connaissances de l’agent Louis, préférant nous rendre en ville de Comines-Warneton pour rencontrer deux de ses collègues. « Ah, Louis, c’est vraiment un cas », nous dit le premier. « Il est volubile, exubérant et certainement trop démonstratif. Il a toujours une tendance à en faire un peu trop. Quand il me faut une page pour décrire un fait dans un procès-verbal, lui, il en remplira trois. Mis à part cela, c’est un type tout à fait correct. Il veut le bien des gens. » Un autre policier complète le portrait : « Que Louis fasse de temps en temps une petite entorse au règlement, je peux l’imaginer. Il m’étonnerait fort, par contre, qu’il doive répondre d’une infraction pénale de quelque nature que ce soit… Personne parmi ses collègues ne croit à cette histoire de mœurs avec cette adolescente. C’est de la foutaise. Louis, on le connaît depuis des années. Il a ce côté chaleureux des hommes du Nord : il serrera facilement un ami dans ses bras, il donnera facilement un bisou. Il aura un mot gentil pour une collègue féminine. En fait, il dégouline de sentiments et d’affection. Ce n’est tout de même pas un crime. »

Depuis plus de seize mois, pourtant, l’inspecteur principal Louis Vandeskelde est l’objet d’une information judiciaire diligentée par le Parquet de Tournai pour « attentat à la pudeur sans violence ni menaces sur une mineure d’âge de moins de 16 ans par une personne qui abuse de son autorité ou de sa fonction ». A l’origine de cette suspicion infamante, une lettre de dénonciation envoyée fin juin 2007 au bourgmestre de Comines-Warneton, à la police locale et au service d’aide à la jeunesse. En cause ? Des présomptions. Des interprétations…

Utilisant un ton solennel, le document rédigé par la directrice d’un établissement scolaire accuse l’agent Louis Vandeskelde d’avoir entretenu des « rapports intimes » avec une jeune Sylvie (prénom d’emprunt) âgée de 15 ans : « Mon corps professoral et moi-même (…) avons pu constater des rapports intimes entre ces deux personnes alors qu’aucun lien de parenté ne les lie », écrivent les délateurs. La lettre est cosignée par plusieurs professeurs et un éducateur.

Des « rapports intimes » ? Les mots choisis par les délateurs sont lourds de sens. Par contre, les arguments qui forgent l’infamante accusation semblent très légers : « Régulièrement, M. Louis Vandeskelde dépose Sylvie à l’école avec son véhicule de service pour revenir la chercher après les cours. Le jeudi 14 juin dernier, M. Louis Vandeskelde est même venu à l’école ramener l’équipement de sport de Sylvie durant la pause de midi. Le vendredi 22 juin, en début d’après-midi, un professeur a vu circuler Sylvie et M. Louis Vandeskelde dans les rues de Warneton à hauteur de l’école primaire Saint-Henri. » Vient alors le moment fort du réquisitoire : « Un autre professeur les a même surpris enlacés et occupés à s’embrasser “à pleine bouche” dans la voiture personnelle de M. Louis Vandeskelde. Suite à tout cela, nous avons convoqué l’élève ainsi que sa maman pour leur faire part de nos réelles inquiétudes devant de tels agissements. Notre rôle, en tant qu’enseignants et éducateurs, étant de protéger l’élève mineur. »

A aucun moment, la lettre de dénonciation ne fait état des points de vue de la « victime » et de sa mère. Ont-elles confirmé la pertinence des craintes ressenties par la direction de l’école ? Négatif, selon Louis Vandeskelde : « Quand Sylvie et sa maman ont été reçues par l’école, elles ont déclaré qu’il n’y avait absolument rien à me reprocher. Cela n’a pas empêché l’ex-directrice de cet établissement de rédiger sa lettre de dénonciation… » Contactée par Paris Match, l’ex-directrice de l’école – désormais à la retraite – rétorque qu’à ses yeux et à ceux de plusieurs de ses professeurs, le comportement du policier était « bel et bien suspect » ; que l’enseignante qui a vu l’agent Louis « embrasser » Sylvie dans sa voiture est « formelle ». Et elle croit bon d’ajouter que « suite à la lettre, l’enquête a fait ressortir de très vilaines choses sur ce policier ». Lesquelles ? « Je ne sais pas s’il s’agit de dossiers de mœurs… On ne m’a pas tout dit », répond-elle, évasive. En fait, les « vilaines choses » évoquées ici ne sont apparues dans aucune enquête judiciaire... Et la directrice élude toute demande de précision par une formule éculée : « J’ai fait mon boulot. Pour moi, c’est une affaire classée. Pour en savoir plus, adressez-vous au bourgmestre de Comines. »

Chose faite… en vain. Particulièrement impoli, le bourgmestre de Comines-Warneton, Gilbert Deleu (CDH), se contente d’éructer des propos incohérents : « Cela ne vaut pas la peine de s’intéresser à des situations pareilles. C’est de la folie furieuse ! Je ne parlerai pas. Pourquoi vous vous intéressez à ces conneries ? Les journalistes sont des fouteurs de m… » Nous espérons trouver une éclaircie chez le témoin principal de l’infamie. Cette enseignante qui aurait vu l’embrassade « à pleine bouche » entre le vieux flic et l’adolescente. Pas de rappel lorsque nous laissons nos coordonnées à sa directrice d’école. Répondeur branché en permanence à son domicile. Ce silence témoigne-t-il du fait que, pour elle aussi, ceci est « une affaire classée » ?

Peut-être pourrions-nous apprendre un peu plus en nous adressant aux parents de la victime présumée. Depuis la dénonciation, Sylvie s’est-elle plainte d’avoir été abusée par le policier Louis ? A cette question simple, nous ne recevrons d’abord qu’une réponse alambiquée et, à vrai dire, assez inédite dans ce type d’enquête. « Il faut que je demande à qui de droit ce que je peux dire ou pas », dixit la maman de l’adolescente. Qui est ce « qui de droit » ? Mystère. Quelques jours plus tard, nous relançons la famille de Sylvie. Au bout d’une demi-heure de conversation, son beau-père nous dit qu’au sein de sa famille, Sylvie ne s’est jamais plainte d’avoir été abusée ou même d’avoir été importunée d’une quelconque manière par l’agent Louis. Et que, par conséquent, aucune plainte n’a jamais été déposée à la police. Le beau-père nous confirme aussi une information donnée par Louis Vandeskelde : durant l’été 2007, après la convocation de Sylvie et de sa maman à l’école, la jeune fille a bien été autorisée par ses parents à passer plusieurs semaines de vacances chez le policier et sa femme Martine. A l’époque, cela valait sans doute mieux que n’importe quel désaveu verbal de la lettre de dénonciation !

Le beau-père semble ensuite se mordre les doigts de nous en avoir trop dit. Un peu pathétique, il veut brouiller les pistes : « Quand je vous dis oui, cela veut peut-être dire non ! » Et puis il menace, avec des mots qu’on imagine généralement réservés à ses proches : « Si vous continuez à me poser des questions, je vais me remettre à boire ! » Comme la maman de Sylvie, cet homme semble se sentir obligé de garder un silence total autour de l’« affaire », quitte à laisser s’enfler les on-dit autour de l’agent Louis. S’agit-il aussi de ne pas se mettre en porte-à-faux avec les allégations venant des enseignants d’une école encore aujourd’hui fréquentée par Sylvie ?

Sur l’océan de la rumeur, ce sont décidément les barques des lâches qui flottent le mieux. Car, in fine, il n’y a que « l’accusé » qui ose vraiment remuer cette eau salie par la délation. Pour crier son innocence mais aussi pour exprimer son dégoût. « Ces gens qui m’ont accusé sont peut-être passés à autre chose mais, moi, cette affaire, je la vis encore. Je ne me sentirai bien que quand la justice aura établi la vacuité de ces allégations. Mais pour l’heure, à cause de ces conneries, je suis encore l’objet d’interrogatoires du comité P. » « Pour l’heure » ? Au moment où Louis nous fait ces déclarations, nous sommes à la fin du mois d’octobre 2008… Si la lettre de dénonciation remontant à fin juin 2007 a bel et bien fait l’objet d’un procès-verbal dès le 2 juillet 2007, si ce PV a été transmis au Parquet de Tournai le 10 juillet 2007 et si le procureur du Roi de Tournai a demandé au Comité P, l’organe de contrôle des services de police, d’assurer la suite d’enquête en date du 28 août 2007, ce n’est qu’un an plus tard, le 20 août 2008, que le policier supposé pervers a été enfin interrogé par les bœufs-carottes. « Heureusement que je ne suis pas celui que l’on a dit, car j’aurais pu faire beaucoup de victimes avant même que l’on songe à venir me poser des questions », remarque Louis Vandeskelde, qui a encore été interrogé à la mi-octobre.

Ce trait ironique ne devrait pas faire croire que la lenteur de ces investigations quelque peu surréalistes fait rire notre homme : « Etant natif du village, je connais tout le monde et les cancans font partie de la vie locale. Et donc, en attendant désespérément la venue du Comité P ou une convocation, j’ai dû mille fois expliquer à des gens incrédules que, non, je n’avais pas été expulsé de la police. Que, non, le bruit qui courait que j’avais eu des aventures avec des mineures d’âge était une rumeur méchante… C’est incroyable, vous savez… Pour finir, des personnes étaient convaincues qu’on m’avait vu descendre menotté dans le dos du perron du commissariat… De telles histoires, une fois qu’elles sont lancées, se nourrissent d’elles-mêmes… »

Mais alors, quelle est la clé de l’énigme ? Pourquoi l’agent Louis conduisait-il parfois la jeune Sylvie à l’école ? Pourquoi l’a-t-on vu en compagnie de cette adolescente dans les rues de Warneton ? Louis répond à ces questions dans plusieurs lettres écrites à Mme le Procureur du Roi de Tournai et dans des déclarations circonstanciées au Comité P. Tous documents dont Paris Match a pu prendre connaissance. Il en ressort que la famille de Sylvie a connu d’énormes difficultés au cours de ces dernières années (violence, alcoolisme, pauvreté, logement…). Plusieurs des enfants qui en font partie ont d’ailleurs connu des périodes de placement en maison d’accueil. « En temps qu’agent de quartier, comme je l’ai toujours fait, j’ai voulu être attentif à ces personnes fragilisées », poursuit Louis Vandeskelde.

Parfois en vain, comme l’explique encore le policier : « J’ai essayé de raisonner l’une des filles qui voulait quitter le domicile familial bien trop jeune… Elle n’a rien voulu entendre, et voilà qu’à 18 ans elle est enceinte. » Plus tard, à la demande de sa maman et son beau-père, il aurait été question de « recadrer » Sylvie. « J’allais régulièrement boire une tasse de café chez ces personnes. J’étais préoccupé par leurs conditions de vie très défavorables. Tant pour eux que pour leurs enfants. Par pudeur, j’éviterai de donner certains détails que j’ai communiqués à la justice. Sylvie, de par certaines relations, a été confrontée à des expériences difficiles. Elle disait avoir des problèmes avec des personnes qui l’ennuyaient dans les environs de son école. Avec l’accord de sa mère, je l’ai donc conduite à quelques reprises. Cette enfant est défavorisée par la vie. J’ai voulu l’aider. J’ai pensé qu’il y avait moyen de lui redonner une meilleure éducation. Des repères pour qu’elle s’en sorte mieux dans la vie. Tout de suite, le courant est bien passé avec ma femme. Avec l’accord de ses parents, Sylvie a passé de plus en plus de temps chez nous. On se comportait avec elle comme si elle était notre fille. à la maison, elle avait sa chambre. C’était ma femme qui était le plus souvent en sa compagnie. Et moi, je travaillais. On a fait des excursions. On lui a payé des vêtements moins vulgaires. On lui a enseigné des rudiments de savoir-vivre. Rien d’autre ! »

Pour témoigner de sa bonne foi, le policier nous montre quelques mots que sa femme et lui ont écrits à l’attention de Sylvie lorsqu’elle logeait chez eux. Essentiellement des rappels à l’ordre. Parfois rédigés de manière ampoulée. Comportant aussi des tentatives d’analyse psychologisantes un peu lourdes et même, dans certains cas, des mots un peu crus. « Il s’agissait de lui parler dans le langage qu’elle comprenait », se défend Louis. Le policier et sa femme ont sans doute voulu en faire un peu trop... Ce qui se traduit très bien dans cet aveu de l’agent Louis : « A partir d’un certain moment, la maman de Sylvie n’a plus voulu que cela continue, parce qu’elle avait peur qu’on lui prenne sa fille. » Quelques fautes de goût ? Sans doute. Mais pas de quoi conduire un homme devant un tribunal. Aucune trace, en tous cas, de faits de mœurs. « Avec mes parents, j’ai connu Louis alors que j’étais encore une petite fille », témoigne Delphine Lebleu. « Il doit avoir quinze ans de plus que moi… Si c’était un amateur de gosses, j’aurais été en première ligne… Parfois, je suis allée sur ses genoux. Parfois aussi, il m’a serré dans ses bras dans un élan d’affection. C’est un homme qui aime le contact, mais je ne lui ai jamais connu le moindre geste ambigu. Il a toujours semblé être très heureux avec Martine qui, de ce point de vue, lui ressemble beaucoup. »

« Cette histoire est une illustration de la force destructrice de la rumeur. Dans la région, il y a des gens qui sont tellement puritains qu’ils en arrivent à avoir une imagination débordante. C’est à se demander qui sont les vrais pervers ! » conclut un collègue de l’agent Louis. Au bout de cette enquête, en effet, notre seule crainte est de rencontrer ce dernier dans les rues de Comines lorsqu’il sera blanchi des accusations formulées contre lui. C’est qu’il risquerait très fort de vouloir nous serrer dans ses tendres bras d’homme du Nord au grand cœur… Cela pourrait-il être mal interprété ?

 

TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN ?

En bouclant cette enquête, nous avons appris que le Parquet de Tournai était arrivé aux mêmes conclusions que Paris Match : les accusations portées contre l’agent Louis ne nécessitent qu’un « classement sans suite ». Tout est bien qui finit bien ? « Ce n’est pas si simple. Cette affaire a brisé ma carrière », réagit Louis Vandeskelde, lequel a pris connaissance de la bonne nouvelle sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match », dimanche dernier sur RTL-TVI. « A cause de ces accusations infamantes, je me suis enfoncé dans une dépression qui m’a éloigné de mon travail et a accéléré ma prochaine mise à la retraite… Je ne vais pas tourner la page aussi facilement. Je demanderai réparation. Tous mes accusateurs vont se retrouver devant le tribunal ! »

22:36 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rumeur |  Facebook |

20/07/2009

Pierre Etaix (09/11/08 et 13/11/08)

Dossier évoqué sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match, le 9 novembre 2008 et publié dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 13 novembre 2008.


imagesL’homme invisible ou le dernier film de Pierre Etaix


Au moment de la publication de cet article dans Paris Match, les films du clown génial ne pouvaient plus être vus. En cause, un regrettable imbroglio juridique qui, récemment, a trouvé une issue favorable à Pierre Etaix, lequel a récupéré ses droits.


Le 18 novembre prochain, Bruxelles rendra hommage à l’immense carrière d’un jeune homme de 80 ans. Gagman, dessinateur, magicien, écrivain, comédien et réalisateur de films, Pierre Etaix cultive de multiples talents. Mais surtout, depuis toujours ou presque, comme si son nez rouge avait été déposé par une fée dans son berceau, c’est son « état » de clown qu’il privilégie. Le meilleur ami français de Jerry Lewis nous a reçus dans son appartement de Pigalle pour nous conter une histoire qu’il n’aurait pas eu l’idée d’écrire. Ou comment tous les films qu’il avait réalisés avec son complice Jean-Claude Carrière dans les années 60 sont devenus invisibles. Sous toutes formes et dans le monde entier !


Comment aborder l’expérience d’un tel homme sans manifester trop d’ignorance ? Pierre Etaix amusait déjà son public sur les planches des cabarets parisiens avant même que Bruxelles eut construit son Atomium. Une vie entière consacrée à l’humour. En d’autres termes, à l’observation des petits et grands travers des hommes et de l’humanité. Une vie entière à faire rire et sourire, ce qui est certainement une activité très sérieuse si l’on veut aller au-delà de la grimace et des jeux de mots faciles. Roi du gag un peu oublié, Pierre Etaix fut autrefois le collaborateur de Jacques Tati. C’était en 1954. Il n’avait que 24 ans et ses talents de dessinateur avaient intéressé le créateur de Monsieur Hulot. Etaix avait pour mission de croquer sur papier des idées de scènes comiques. Plus tard, en 1958, il fut aussi assistant réalisateur sur le tournage de « Mon oncle ».


Ensuite, il concevra ses premiers films avec la complicité de son ami de toujours, Jean-Claude Carrière. Des courts métrages d’abord, dont le deuxième, « Heureux anniversaire », fut couronné, ni plus ni moins, d’un Oscar à Hollywood en 1963. Viendront ensuite plusieurs longs métrages. « Le Soupirant » en 1962, « Yoyo » en 1964, « Tant qu’on a la santé » en 1965, « Le Grand Amour » en 1968 et « Pays de cocagne » en 1969. Des films récompensés par d’innombrables prix. Des films particuliers témoignant avec talent d’un imaginaire burlesque trop peu visité par le cinéma français. Des films qui ont forcé l’admiration des plus grands noms du cinéma… Mais des films aussi que l’on ne peut plus voir nulle part, alors qu’ils intéressent nombre de distributeurs. Que ce soit à la télé, au cinéma, sur DVD, les films d’Etaix ont disparu. En cause, un regrettable imbroglio juridique…


Paris Match Belgique. Par quel chemin êtes-vous arrivé dans cette impasse ?

Pierre Etaix. En 1996, j’ai estimé que la société qui avait produit mes cinq longs métrages ne les exploitait plus suffisamment. J’avais des propositions d’un important distributeur qui voulait leur donner une seconde vie. J’ai donc refusé de renouveler la cession de mes droits, mais le gérant de la boîte de production était un homme habile… Il a pu convaincre Jean-Claude Carrière, le co-auteur de ces films, de signer la prolongation du contrat. Voyageant beaucoup, mon ami a été abusé. Il ne savait pas que j’avais fait un autre choix…

Ce qui a conduit à une première situation de blocage ?

Oui, car faute d’accord commun entre les auteurs, l’exploitation des films devenait impossible pour dix ans. Le seul droit que je conservais encore était de les montrer lors de manifestations non commerciales. Six ans plus tard, en ayant assez de voir notre travail perdu dans cette oubliette juridique, Carrière et moi avons tenté une première action. Notre but était d’accéder aux négatifs afin de faire procéder à leur restauration, ce qui était le premier pas vers une nouvelle exploitation des films. En mai 2002 d’abord, puis en février 2003, nous avons gagné ce combat devant les tribunaux.

Tout était donc pour le mieux.

Oui, bien entendu. Jean-Claude et moi, nous étions très enthousiastes… Me Francine Wagner-Edelman, l’avocate parisienne qui nous avait obtenu cette belle victoire, nous a annoncé qu’elle pouvait aussi nous aider pour la restauration des films et leur remise en exploitation : Gavroche Productions, une société dont son frère était le gérant, pouvait se charger de tout.

Formidable !

N’est-ce pas ? Nous étions en confiance. On a signé un projet de contrat.

Et puis ?

Rien.

Comment cela, rien ?

Rien ne s’est passé pendant deux ans. Le contrat n’avait même pas été contresigné par le frère de notre avocate.

Pourquoi ?

Pour le savoir, on a cherché à entrer en contact avec Gavroche. Tout ce qu’on a trouvé, c’est une boîte aux lettres, une société fantôme !

Votre réaction ?

En novembre 2006, nous avons repris l’initiative, obtenant l’aide de la Fondation Groupama Gan pour le cinéma, ce qui a permis la restauration d’un premier film (« Yoyo »). Début janvier 2007, après des échanges de courriers improductifs, nous avons réclamé à notre avocate de nous restituer l’original du projet du contrat qui comportait nos signatures… et cela s’est encore envenimé. Désormais, elle se profilait comme l’avocate de son frère… lequel s’est alors décidé à signer le contrat. Et, très peu de temps plus tard, ce document était déposé au RPCA (Registre public du cinéma et de l’audiovisuel). Une clause avait été ajoutée sans être contresignée par nous.

Pardon ?

Oui, c’est du faux et de l’usage de faux ! Nos droits étaient entièrement cédés. On était pieds et poings liés. La société fantôme s’était octroyé une arme pour tout bloquer : rediffusions télé, éditions de DVD, projections publiques… Pour couronner le tout, on a découvert que l’avocate qui nous avait mis dans de si mauvais draps avait des intérêts dans la société de son frère.

N’avez-vous pas été un peu naïfs dans cette affaire ?

Est-ce naïf de faire confiance à son avocat ? J’ai mis du temps, c’est vrai, à comprendre qu’elle avait agi dans l’intérêt

de son frère.

Que fait la justice française ?

La ministre de la Culture connaît le dossier. Elle est sensible à notre cause. Mais, bien évidemment, les tribunaux sont indépendants. En juin 2007, une première action pour faire supprimer l’inscription du contrat litigieux au RPCA n’a pas abouti. Le tribunal s’est déclaré incompétent. Une nouvelle action judiciaire est en cours… Comme en 2002, il s’agit d’avoir accès à nos négatifs pour les restaurer et permettre une nouvelle exploitation des films…

Des distributeurs sont intéressés ?

En mai et en juillet 2007, il y a eu deux projections non commerciales de « Yoyo ». Dans le cadre de la « Sélection Cannes Classique » et au Festival de Paris Cinéma. On a fait salle comble. Il y a eu des demandes d’acquisition de distributeurs français et étrangers. Actuellement, il n’est pas possible d’y donner suite.

Vous perdez de l’argent…

Ce n’est pas une question d’argent. Pour moi, les recettes pourraient être mises sous séquestre en attendant que la justice clôture définitivement le débat sur les droits d’auteur. C’est une question de dignité, de respect d’une création artistique. Il est inacceptable d’ainsi priver des auteurs du droit de montrer leurs créations. J’attends avec beaucoup d’espoir un jugement qui doit être prononcé à la fin de ce mois de novembre.

En ne restaurant pas vos films et en ne les diffusant pas, vos adversaires ne gagnent pas grand-chose. Quel est leur mobile ?

Peut-être espèrent-t-ils un jour revendre leur société fantôme en valorisant son seul actif, c’est-à-dire le catalogue de mes films ? Peut-être que cela devra se faire quand j’aurai cassé ma pipe ? Peut-être avec des Japonais ou des Suisses ? Que sais-je finalement de leurs réels desseins ? Pour moi, la vraie question n’est pas là. Je souhaite de toutes mes forces que l’opportunité de faire revivre mes films puisse se concrétiser. J’ai travaillé beaucoup, pendant toute ma vie. Me voir ainsi dépossédé de mon œuvre est insupportable.

D’après le spécialiste belge des médias Alain Berenboom, la jurisprudence vous est favorable. Un producteur qui est en défaut d’exploiter une œuvre ouvre la possibilité à ses auteurs d’en récupérer les droits.

Tout à fait d’accord avec lui. Et dans cette affaire, c’est encore plus vrai, vu que le « producteur » n’a jamais rien produit.

Le seul acte qu’il a posé est d’avoir apposé sa signature au bas d’un contrat.

A malheur, il y a toujours quelque chose de bon : vous bénéficiez d’innombrables manifestations de soutien.

Cette sollicitude me dépasse complètement. Je la trouverais presque encombrante. Je n’ai jamais voulu être médiatique. Faire des déclarations sur la société, sur mon travail ou sur ma personne ne m’a jamais intéressé. Si cette levée de boucliers pour venir à mon secours me fait chaud au cœur, elle me met mal à l’aise. Je m’étonne que l’on puisse donner tellement d’importance à quelque chose qui me concerne… Je suis tout de même ravi qu’aujourd’hui encore des gens souhaitent voir ou revoir mes films.

Ceux-ci utilisent un procédé narratif qui renvoie aux pionniers du 7e Art : le « slapstick ». Vous pouvez nous expliquer ?

Voyez les films de Buster Keaton, de Laurel et Hardy ou d’Harold Lloyd. Ils proposent des enchaînements de gags qui peuvent être compris au premier degré, presque de manière universelle. C’est cela, le slapstick : un mode de récit ne s’appuie pas sur le verbe (les dialogues) mais sur la mise en situation des personnages. Si vous projetez « La Ruée vers l’or », qui a été réalisée en 1928, cela parle encore aux spectateurs d’aujourd’hui. Les modes, les décors changent mais, fondamentalement, les problèmes humains restent les mêmes : la faim, la mort, l’injustice. Le besoin de dérision et de rire aussi. Tati, notamment dans « Les Vacances de Monsieur Hulot », avait renoué avec cela : il ne racontait pas une histoire, c’était un pur produit d’observation des facéties d’un personnage qui part un mois en vacances.

Vous avez des héritiers dans le cinéma français ?

Je crains que non. Moi-même, je n’ai plus trouvé de producteur depuis que j’ai réalisé « Pays de cocagne », en 1969. Un film dans lequel, un an après Mai 68, je relativisais la portée de ces événements en montrant que le retour fulgurant de la société de consommation était déjà là. Je filmais les Français en vacances. Un peu dans le style de ce que fera plus tard une émission de télé belge comme « Strip-tease ». Il y avait énormément de dérision et à l’époque, cela n’a pas plu du tout à la critique. J’ai été descendu avec une violence inimaginable. Je n’ai plus jamais pu faire de cinéma. Cela m’a condamné complètement. Par la suite, quatre projets de film ont été refusés. L’un de ceux-ci devait se faire avec Coluche, un autre avec Jerry Lewis… Des expériences malheureuses qui m’ont permis de plus m’investir dans ma vraie passion, le cirque (NDLR : il a créé l’Ecole nationale de cirque en 1973) et dans d’autres formes d’expression. Je n’ai jamais arrêté de travailler.

A presque 80 ans, après l’avoir tellement observée, que pensez-vous de la société humaine ?

Tout est devenu si dérisoire. Et cela complique le rôle du comique. Il fut un temps où l’on pouvait s’amuser de l’aspect physique ou de l’habillement d’un personnage. Aujourd’hui, il y a trop d’« Iroquois » dans les rues pour qu’il suffise encore à l’Auguste de se couvrir la tête de cheveux rouges pour emporter un premier sourire. J’ai aussi le sentiment que les gens sont de plus en plus manipulés. Qu’ils sont conditionnés par une inflation d’informations qui leur fait perdre le sens des choses. Comme si tout se valait…

Vous êtes dessinateur, clown, illustrateur, cinéaste, scénariste, magicien… quoi d’autre ?

On peut s’arrêter là. Ma chance est que ces différentes formes d’expression se sont enrichies les unes les autres. Toutefois, j’ai la conviction profonde, au regard des grands modèles qui m’ont inspiré, que je n’ai été rien d’intéressant dans aucun domaine… sauf peut-être dans le domaine du cirque.

Que pensez-vous des humoristes d’aujourd’hui ?

Trop d’artistes montent sur scène pour donner des leçons et paraître plus intelligents que leurs spectateurs. Ils viennent se faire applaudir dans la position de ceux qui détiennent une vérité. Je préfère l’humilité du clown qui, comme le disait Stan Laurel, n’a jamais peur de se faire passer pour un imbécile. Cela demande, il est vrai, un certain panache. Du « courage », disait même Charlie Rivel (NDLR : célèbre clown espagnol disparu dans les années 80). C’est pour cela aussi qu’être clown est un « état », une manière de vivre et de penser. Pas une fonction. C’est aussi un don, comme celui d’avoir l’oreille musicale. On peut apprendre des techniques et des trucs. Mais apprendre à être comique, ce n’est pas possible. De même que le talent ne suffit pas. Il faut aussi beaucoup de travail, de la patience, de l’observation. Des essais. Des échecs. Et surtout des confrontations au public. Brassens disait que « le don sans travail devient vite une sale manie ». Les clowns qui ne comprennent pas tout cela chercheront leur nez pendant toute leur vie.

Etes-vous heureux de l’hommage que Bruxelles s’apprête à vous rendre ?

Ça m’inquiète beaucoup. C’est vraiment gênant d’être statufié de la sorte. J’espère que ce sera une fête.

A quoi consacrez-vous votre énergie créatrice en ce moment ?

A plusieurs choses, bien sûr. Je prépare un spectacle de music-hall. Je dessine, j’écris… des textes particuliers. Dans l’esprit de Chaval qui, dans un texte intitulé « Vantardise », proposait des phrases du genre : « J’ai très bien connu Louis XVI et Marie-Antoinette avant qu’ils ne fussent séparés. » Cela nous rappelle qu’il n’y a pas de situations proprement comiques, il n’y a que des situations dramatiques qui prêtent à rire. D’ailleurs, saviez-vous que j’ai bien connu le soldat inconnu avant qu’il soit célèbre ?


Une pétition circule sur la Toile :

www.ipetitions.com/petition/lesfilmsdetaix


Liste non exhaustive des personnalités qui soutiennent Pierre Etaix : Woody Allen, Edouard Baer, Guy Béart, Emilien & Alexandrine Bouglione, Michel Boujenah, Arturo Brachetti, Cabu, Nicole Calfan, Leos Carax, Leslie Caron, Jean-Pierre Coffe, Alain Corneau, Dolores & Eugene Chaplin, CharlElie Couture, Louis Chedid, Albert Dupontel, Terry Gilliam, Hippolyte Girardot, Gérard Jugnot, Mathieu Kassovitz, Claude Lelouch, Maud Linder, David Lynch, Christophe Malavoy, Julia Migenes, Eddy Mitchell, Yolande Moreau, Michel Piccoli, Charlotte Rampling, Jean-Paul Rappeneau, Claude Rich, Jacques Rivette, William Sheller, Shirley et Dino, Pierre Schoendoerffer, Barbet Schroeder, Bruno Solo, Bertrand Tavernier, Philippe Torreton, Serge Toubiana, Catherine Trautmann, Jaco Van Dormael, Lambert Wilson…


Un homme libre

« M. Etaix est un homme charmant et délicat, d’une grande courtoisie. Clown timide, trop timide. Pour qu’il se mette en colère et se jette dans la bagarre, il lui en faut beaucoup. Et c’est ce qui est en train de se passer… » C’est ainsi que Serge Toubiana, le directeur général de la Cinémathèque française, évoquait récemment la personnalité de Pierre Etaix. De fait, lorsque l’artiste ouvre la porte de son appartement sis dans le quartier de Pigalle, il séduit d’emblée par sa simplicité et sa modestie. Mais cela n’a rien à voir avec de la timidité. Cette attitude renvoie plutôt à un mélange d’humilité et de tendresse, des vertus devenues rares dans le monde des hommes, voire carrément étranges dans celui des « people ». Des qualités qui appartiennent à « l’état de clown » de notre hôte, lequel a toujours redouté la médiatisation comme d’autres se méfieraient d’un virus qui traîne dans l’air. William Shakespeare a écrit des clowns qu’ils sont des prophètes qui disent la vérité par le plus court chemin. Et, de fait, Pierre Etaix n’aime guère l’emphase et les discours de tribuns, fussent-ils distillés sous les habits de l’humoriste. C’est un homme libre, un créateur qui a toujours laissé des portes ouvertes dans ses œuvres pour respecter la liberté d’interprétation de ceux qui les regardent. C’est aussi un artiste qui a suivi son étoile. Bien sûr, aller au bout de ses rêves, cela a un prix. Pour le juste qui comprend le caractère dérisoire de toutes choses, il ne représente pas grand-chose. Si vous trouvez que Pierre Etaix vit dans un petit appartement, c’est que vous ne voyez pas qu’il s’agit de la réplique d’une roulotte de cirque. C’est que vous ne voyez pas les vraies richesses de ce palais, magnifiquement orné par les œuvres et les souvenirs de l’artiste.


Bruxelles fait la fête à Pierre Etaix

Ce mardi 18 novembre au Théâtre de la Toison d’Or, une soirée cabaret conçue par Véronique Navarre et Nicolas Crousse rendra un chaleureux hommage à Pierre Etaix. L’artiste sera présent et « entouré par quelques bobines dignes du meilleur cinéma burlesque », annoncent les organisateurs. On y verra ainsi, choisis par Pierre Etaix, des extraits de Tati, Harry Langdon, Jerry Lewis, Buster Keaton ou Laurel et Hardy. Un hommage particulier sera également rendu aux lanceurs de tartes. Et puis, surtout, pour les inconditionnels d’Etaix, on proposera ce soir-là de nombreux extraits de ses cinq films. Un événement, quand on sait que plus aucune image n’est actuellement disponible, ni sur grand ni sur petit écran. « Cette soirée n’est pas qu’une déclaration d’amour au cinéma d’Etaix. Ce sera une fête, placée sous un slogan résolument optimiste : Pierre Etaix et Pierre Serax ! », nous dit Nicolas Crousse. 15 euros. Réservations : 02 / 510.05.10.


Vers une médiation ?

Me Francine Wagner, l’ex-avocate de Pierre Etaix, n’est évidemment pas d’accord avec l’artiste. Voici ce qu’elle nous a déclaré.


« Il est tout à fait faux de prétendre que rien n’était prévu pour procéder à la restauration et à la diffusion des films. Gavroche Productions, qui n’a rien d’une “société fantôme” comme le prétendent Etaix et Carrière, a vraiment cherché à faire avancer les choses. Mais ce n’était pas si simple. Il y avait des obstacles juridiques, des négociations à mener pour arriver aux buts que nous partagions tous. Pour des raisons qui restent en partie mystérieuses, Pierre a tout remis en cause en octobre 2007, soit deux mois à peine avant la date que nous avions prévue pour les débuts de travaux de restauration des films. Et je précise que lui, comme Carrière, avaient connaissance de ce calendrier. »


« En manquant de patience, les auteurs se sont eux-mêmes mis des bâtons dans les roues. Désormais, c’est une affaire juridiquement complexe, mais il y aurait moyen d’en sortir rapidement en revenant au dialogue. Gavroche Productions est demandeuse d’une médiation avec Pierre Etaix, Jean-Paul Carrière et la Fondation Gan qui est une autre partie à la cause. Dans un délai très court, peut-être en moins de trois mois, je suis certaine qu’une solution équilibrée pourrait être trouvée. Si les auteurs ne veulent plus de Gavroche, cette société acceptera de résilier le contrat pour autant que cela se fasse dans des conditions équitables. »


« Il y a eu beaucoup d’accusations gratuites et infondées dans le cadre de cette affaire et cela a certainement créé un préjudice pour tout le monde… Car ce climat délétère est néfaste aussi pour la ressortie des films de Pierre Etaix. Son œuvre devrait être évoquée dans la presse en raison de sa grande qualité, pas dans ce cadre conflictuel. Certaines accusations sont vraiment basses, comme celle qui voudrait que l’on ait ajouté une clause après signature dans le contrat. Il y a eu bien d’autres énormités dites par Pierre dans ses déclarations à la presse en France. Je suis d’avis de le laisser faire, de ne pas demander réparation. Parce que je respecte la liberté d’expression de Pierre et que je garde une fidélité pour la partie positive de son personnage. Il a été un ami et je conserve toute mon admiration pour le travail qu’il a réalisé. » Me Wagner ne conteste pas avoir eu des parts dans la société de son frère mais, selon elle, « cela n’a jamais été caché à MM. Etaix et Carrière ».


23:50 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, droit d zuteur, etaix |  Facebook |

11/06/2009

Annexes psychiatriques des prisons (261008 et 301008)

Enquête évoquée sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 26 octobre 2008 et publiée dans l’hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 30 octobre 2008.

 « La prison n’est pas une thérapie psychiatrique ! »

Sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris Match, ce dimanche, Rita De Boeck a voulu attiré l’attention sur les conditions de détention dans les annexes psychiatriques des prisons belges : « Mon fils a été l’objet d’un traitement inhumain et dégradant à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest. Envoyé en défense sociale pour être soigné, il s’est retrouvé pendant plusieurs mois dans une  prison surpeuplée et sale où il ne recevait plus les soins dont il avait besoin ! ».

 

La famille T. réside dans le Brabant wallon. Milieu huppé, grosse villa, beaucoup d’argent. Papa (56 ans) est un avocat d’affaires d’origine américaine qui plaide pour de grandes multinationales. Maman (52 ans) est interprète ; elle exerce pour le compte de plusieurs ministères. Leur fille, âgée de 22 ans, grâce aux moyens financiers disponibles, a pris son « autonomie » depuis plus de six ans déjà pour aller étudier à l’étranger. Une manière diplomatique d’écrire qu’elle a voulu échapper à une atmosphère familiale étouffante.

 

En cause, les difficultés d’un couple, séparé de fait mais vivant sous le même toit. En but à des affrontements récurrents sur la manière de gérer la personnalité complexe de leur fils, Peter. Agé de 24 ans, diagnostiqué « borderline » par les psychiatres,

ce jeune homme séjourne depuis plus de quatre mois à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest. Un lieu de détention qu’il pourra prochainement quitter « à l’essai », pour être transféré vers un établissement psychiatrique dans le sud du pays. « Durant tout son séjour en prison, Peter n’a jamais reçu l’aide thérapeutique dont il avait un impérieux besoin pour ne pas sombrer. Ses conditions de détention, comme celle de tous ceux qui résident là, étaient déplorables », accuse sa mère, Rita De Boeck.

 

« Les germes des difficultés existentielles et psychologiques de Peter étaient déjà présents avant sa naissance », explique-t-elle. « Au septième mois de ma grossesse, il a fait un premier arrêt cardiaque. Il en a réchappé, mais l’accouchement fut très difficile. Deux jours après sa naissance, il a fait un autre arrêt cardiaque et c’est une nouvelle fois de justesse qu’il a eu la vie sauve. Les médecins lui ont diagnostiqué de la bradycardie. En d’autres termes, son rythme cardiaque était trop lent. Afin de l’accélérer, Peter s’est vu prescrire de l’atropine et de la caféine. (Ndlr : l’un des effets secondaires de l’atropine est d’accentuer les sensations douloureuses… Quand à la caféine, tout le monde connaît ses effets excitants.) Conséquence évidente : Peter dormait peu et mal. Il criait beaucoup. Il était terriblement nerveux. Récemment, un psychiatre a estimé que mon fils garde des séquelles de cette époque sous forme d’un “minimal brain damage”. Des lésions microscopiques au cerveau qui pourrait faciliter l’apparition de troubles comportementaux (énervements, intolérance, crises de nerfs) en raison d’une sensibilité cérébrale particulière. »   

 

Inquiète pour la santé de son fils, Rita De Boeck s’en est donc beaucoup occupé. En le surprotégeant ? Des rapports de psy qu’elle nous donne à lire parce qu’elle ne veut rien cacher le suggèrent, mais elle dément : « Mon rôle de mère consistait à être disponible pour mon fils, mais il n’y a jamais eu d’enfant-roi dans notre maison.» Le temps passant, le bébé qui ne dormait pas deviendra un enfant turbulent et complexe. « A l’école, il courait dans tous les sens », explique Rita. « Par moment, il n’était qu’une boule de nerfs dont on ne savait que faire et, à d’autres moments, il pouvait se trouver dans un état d’hyper-concentration. Il se sentait très vite frustré… » Malgré ses difficultés, Peter a pu connaître une scolarité à peu près normale qui, selon sa maman, lui a permis de suivre pendant un semestre les cours d’une université aux Etats-Unis. En Belgique, le jeune homme fréquentait les cours en anglais de l’école américaine. Et, aujourd’hui, bien qu’il soit né en Belgique, il ne parle toujours que la langue de Shakespeare.

 

Selon sa maman, un événement malheureux va être le déclencheur de nouvelles difficultés existentielles pour cette personnalité fragile. « Il était très proche de sa grand-mère paternelle, qui était d’expression anglophone. Elle est morte lentement d’une grave maladie alors que Peter était âgé de 15 ans. Pour lui, elle était comme un phare au milieu de l’océan de ses tourments. Il voulait l’accompagner. Il a commencé à exprimer des phrases répétitives du genre : “Je veux mourir.” Il est devenu parfois difficilement contrôlable. Et il a multiplié les “expériences” destructrices. Consommation de drogues, d’alcool, de médicaments. Automutilations, tentatives de suicides. Accès de violence. On a vécu l’enfer. Mais avant qu’il soit incarcéré, les choses allaient en s’améliorant. Il ne parlait plus de mort et il gérait de mieux en mieux ses émotions grâce au soutien d’un thérapeute comportemental. Le pire était derrière nous. J’en suis persuadée, malgré cette crise qui a causé son internement à Forest. »

 

La crise dont parle la maman de Peter date de février 2008. Avant de l’évoquer, il convient de préciser que depuis ses

18-19 ans, Peter a déjà connu un parcours en institution assez lourd dont témoigne Rita De Boeck : « Mon mari estimait que la psychiatrie était le seul salut pour Peter. Quand il ne le supportait plus, il demandait à un ami généraliste de lui faire un certificat pour demander sa mise en observation. C’est ainsi que mon fils s’est retrouvé pris en charge à cinq reprises par divers hôpitaux. A chaque fois, on nous l’a renvoyé en nous disant qu’il était calme et cohérent. Qu’il ne relevait pas de la psychiatrie. »

 

En 2007, le juge de paix de Wavre décide d’un « maintien à domicile » de Peter T. Le jeune homme peut sortir de chez lui autant qu’il le désire mais, à date fixe, il doit rendre visite à un psychiatre nommé par le magistrat. Selon Rita De Boeck, le contact entre son fils et son psychiatre désigné n’a jamais été bon. Peter aurait exprimé le besoin de voir un autre thérapeute et d’être placé dans un établissement psychiatrique. La maman accuse le médecin d’avoir laissé tombé son fils alors qu’elle ne trouvait pas de solution de placement pour cause de listes d’attente interminables. « Son psychiatre ne répondait plus au téléphone, aux lettres, aux mails. »

 

Est-ce ce contexte difficile, à cause duquel Peter aurait été privé de certains de ses médicaments, qui a conduit le jeune homme à une forte crise, le 6 février 2008 ? C’est la version de Rita De Boeck, mais il est bien entendu impossible pour nous d’en juger. Il n’est, en tous cas, pas contestable que, ce jour-là, Peter s’est mis à boire plus que de raison tout en ingurgitant du Valium. Qu’il a crié. Menacé. Qu’il a poussé sa mère. Vidé toutes les armoires de la cuisine et cassé tout ce qui tombait dans ses mains. Qu’à l’étage, il a pris une carabine à air comprimé (Ndlr : comme on en vendait autrefois dans les magasins de jouets, précise sa mère) et qu’il a tiré deux ou trois plombs dans le mur. Qu’enfin, il a saccagé la chambre de sa mère.

 

Rita De Boeck raconte : « Ce jour-là, j’ai appelé le juge de paix pour obtenir que Peter soit transféré au centre de crise de Saint-Luc ou dans n’importe quelle autre institution où il aurait pu être reçu en urgence. J’attendais une ambulance, mais c’est la police qui est venue. Les agents ont constaté les dégâts matériels qu’avait causés mon fils. Ils ont voulu acter que j’avais été aussi victime de coups et blessures. Mais je n’avais aucune blessure parce que mon fils s’en était pris essentiellement à des objets. Ils ont menotté Peter et, après un bref passage devant un juge d’instruction, il a été inculpé de coups et blessures à mon endroit, d’utilisation d’une “arme non à feu”, de menace, de destruction de bien d’autrui, etc. Et il a été jeté en prison. »

 

Entre le 8 février et le 20 juin 2008, Peter va donc séjourner à la prison de Nivelles. Ensuite, il sera transféré à l’annexe psychiatrique de Forest en vertu d’une ordonnance de la Chambre des mises en accusation (Cour d’appel de Bruxelles) ayant estimé que Peter relevait de la Défense sociale. Sans prendre position sur ce point, on signalera que cette décision judiciaire est largement contestée par Rita De Boeck. Elle nous donne à lire le rapport d’un expert psychiatre qui se trouve dans le dossier judiciaire de son fils. L’hypothèse d’un internement de Peter y est carrément qualifiée de « catastrophique » pour la santé mentale du jeune homme. Un long développement explique aussi pour quelles raisons un court séjour en hôpital psychiatrique suivi d’une psychothérapie individuelle serait préférable.

 

Début mai 2008, cette expertise sera d’ailleurs entendue par la Chambre du conseil du Tribunal de première instance de Nivelles, qui décidera la remise en liberté sous condition de Peter T. « Tout un plan avait été conçu pour le sortir de prison. Le tribunal l’avait jugé raisonnable », explicite sa maman. « Il devait répondre à toute convocation policière ou judiciaire, ne pas consommer de drogue ou d’alcool, chercher activement une place en hôpital psychiatrique et suivre une psychothérapie en attendant celle-ci. Etait aussi prévu un contrôle strict de l’assistant de justice, l’apprentissage du néerlandais et du français… Il était également prévu qu’il serait jugé par un tribunal correctionnel. Il ne s’agissait donc pas de le libérer sans qu’il soit tenu responsable de ses actes. » Toutefois, le parquet de Nivelles fera appel de cette décision et, quelques semaines plus tard, la Chambre des mises en accusation préférera renvoyer le jeune homme vers la Défense sociale en le déclarant « irresponsable » et « dangereux » pour la société.

 

Rita De Boeck conteste : « En seconde instance, les magistrats se sont basés sur le rapport d’un autre psychiatre qui a vu mon fils pendant quelques minutes. Ce n’est pas sérieux. Peter n’est pas du tout dangereux pour la société. La sanction était disproportionnée et inadéquate. On le condamnait, peut-être à vie puisque le terme est indéterminé, à être enfermé dans un système où il ne pourrait jamais recevoir l’aide thérapeutique dont il avait besoin ! » C’est bien là le nœud du problème, car la décision du tribunal était argumentée par l’idée parfaitement contraire que « le traitement psychiatrique adéquat de Peter (…) doit être envisagé sous forme de défense sociale »…

 

Il ne s’agit pas ici de contester une décision judiciaire, mais on ne nous fera pas reproche de nous interroger avec la maman de Peter sur sa correcte application. Celle-ci constate : « Les deux psychiatres et le psychologue qui ont examiné mon fils après sa crise étaient tous d’accord pour considérer qu’il pouvait souffrir d’un trouble “borderline”, qui se traduit par une instabilité, de l’impulsivité, des réactions inadéquates à certains stress… Si les experts n’étaient pas d’accord entre eux sur l’opportunité de l’interner, ils s’employaient tous à recommander différentes thérapies. Pour l’un, il fallait “une psychothérapie analytique qui puisse aller à la source des angoisses d’abandon”. Pour l’autre, “un traitement clinique d’une durée suffisante dans une unité psychiatrique spécialisée”. Pour le troisième, “une hospitalisation brève” suivie d’une “psychothérapie individuelle”… »

 

Ensuite, elle accuse : « La justice a prétendu prendre mon fils en charge pour le faire soigner… Mais pendant 9 mois, il n’a plus été l’objet d’aucune attention thérapeutique sérieuse. Je dois m’estimer heureuse d’avoir obtenu qu’il ait pu être vu dix minutes par mois par un psychiatre durant son séjour en annexe… psychiatrique ! On ne l’a pas soigné à Forest. On s’est contenté de le bourrer de benzodiazépines. En accordant si peu d’intérêt à la santé de ses détenus, la Belgique se met en infraction de la Convention européenne des droits de l’homme, et elle a d’ailleurs déjà été condamnée pour cela. On ne peut pas traiter les gens ainsi. »

 

La colère de Rita De Boeck est aussi alimentée par les conditions de détention « moyenâgeuses » imposées à son fils et à ses codétenus : cellules sales, surpeuplées, encadrement médical minimum. « Pendant ses quatre mois de détention, il a souffert d’abcès dentaires. Il n’y jamais eu moyen qu’il voie un dentiste, ni même qu’il reçoive des antibiotiques… En plus, il a vécu en permanence dans la peur car, dans ce lieu de détention, tout le monde est mélangé sans tenir compte des pathologies. Les détenus se retrouvent à trois ou quatre dans des cellules de deux. Parfois sans que chacun puisse bénéficier d’un matelas… Par contre, des cafards et des rats, il y en a pour tout le monde. Dans cet enfer, Peter a régressé. Je l’y ai visité autant que j’ai pu. Au fil du temps, il était toujours plus hébété. Perdu. Angoissé.

Ne parlant qu’anglais, il ne savait que très peu communiquer avec les autres détenus. Certains de ses compagnons d’infortune sont déjà restés sur ce “parking” insalubre en attente d’un transfert vers un établissement de défense sociale pendant près d’un, parfois deux ans. Peter n’aurait pas supporté un tel traitement. Après avoir entendu la plaidoirie de Me Jean-Maurice Arnould, notre avocat, la Commission de défense sociale vient d’accepter une libération à l’essai. Un transfert vers un établissement psychiatrique à Bertrix est imminent… J’en suis heureuse car cette prison qui devait le soigner allait le rendre fou ! »

 

 « Des conditions de détention scandaleuses »

L’avocate Delphine Paci est présidente de l’Observatoire international des prisons. Elle confirme largement les propos tenus par la maman de Peter à propos des conditions de détention dans les annexes psychiatriques des prisons belges : « La directrice de l’annexe psychiatrique de Forest est une personne dévouée qui fait avec les moyens du bord, mais ceux-ci sont tellement inexistants que ces efforts sont vains. Les conditions de détention à l’annexe psychiatrique de Forest - mais aussi celles d’autres annexes psy en Belgique - peuvent être qualifiées sans exagération de scandaleuses. » La juriste confirme aussi la pertinence du mot « parking » utilisé par Rita De Boeck : « C’est un endroit où des gens désignés comme irresponsables par la justice sont parqués sans discernement dans l’attente, qui peut aller jusqu’à deux ans, d’une place en défense sociale. En annexe psychiatrique, on mélange allégrement les pathologies. Un “borderline” pourra avoir un schizo ou un pervers dangereux comme compagnon de cellule. Ce qui est souvent la source d’accidents, de violence. Paradoxalement, c’est aussi un lieu où les psychiatres sont aussi rares que la neige en été. Les soins que reçoivent les détenus sont extrêmement limités, pour ne pas dire quasi inexistants. Ce qui n’empêche évidemment pas l’administration massive d’antidépresseurs et de calmants divers. Dans les annexes psychiatriques, les cellules sont encore plus surpeuplées que dans les prisons proprement dites. A tel point que parfois des détenus se voient proposer d’aller occuper une cellule en régime normal. Un non-sens, puisqu’ils ont été envoyés là par des tribunaux ayant considéré qu’ils n’étaient pas accessibles à une peine et qu’ils avaient besoin d’une aide thérapeutique. L’expérience belge enseigne que, s’il s’agit de soigner des gens, il ne faut surtout pas les interner. Car bien des questions se posent aussi sur la qualité des soins qui sont prodigués dans les établissements de défense sociale qui, eux aussi, manquent de moyens humains et matériels. »

 

Pour en savoir plus, on consultera utilement le dernier rapport de l’OIP à l’adresse internet suivante : www.oipbelgique.be Les pages 112 à 118 de ce document sont consacrées aux annexes psychiatriques. On notera que, dans ce rapport, l’OIP relève l’accroissement important du nombre de personnes internées ces dernières années, en raison principalement de l’allongement des périodes de détention en défense sociale. Elle pointe aussi la qualité relative de trop d’expertises psychiatriques faites à la va-vite (pas plus de dix minutes parfois) par un nombre limité d’experts qui sont devenus des habitués des tribunaux. Le ministre de la Justice, interpellé par Paris Match sur l’état des annexes psychiatriques en Belgique, n’a pas souhaité répondre à nos questions, car il devrait prochainement s’exprimer sur ce sujet en commission à la Chambre des représentants.

17:20 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : droits de l homme, prisons, annexes psychiatriques |  Facebook |