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12.03.2010
Affaire Devillet (19, 22 et 29/01/09)
Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match le 19 janvier 2009 et publiée en deux parties dans Paris Match, les 22 et 29 janvier 2009.
L’évêque devra-t-il indemniser la victime ?
L’EGLISE FACE à LA JUSTICE
La semaine dernière, Paris Match (Belgique) dévoilait le parcours de vie tragique de Joël Devillet, victime dans son enfance d’abus sexuels commis par un prêtre. Ce récit s’était arrêté à la fin 1996 alors que Joël, devenu séminariste, venait de tout raconter aux autorités ecclésiastiques de Namur. Se sentant dupé, il finira par déposer plainte devant la justice des hommes. Contre l’abuseur, mais aussi contre Mgr Léonard.
Rétroactes. En novembre 1996, confronté à Joël Devillet devant le vicaire judiciaire Huet, l’abbé G. avoue s’être rendu coupable d’abus sexuels... Ensuite ? Il continue à dire la messe comme si de rien n’était dans sa paroisse de Flawinne. En janvier 1998 — seulement — l’abuseur de Joël est invité par sa hiérarchie à partir vers de nouvelles aventures pastorales. Le prêtre écrit alors ce mot qu’il envoie à l’Evêché : « Je quitte donc la paroisse de Flawinne en ce début janvier 1998. Je célébrerai ma dernière eucharistie comme curé de cette paroisse dimanche prochain (le 18 janvier). Dans ma nouvelle affectation, je m’engage à poursuivre ma psychothérapie commencée à la fin de l’année 1996, et je m’engage aussi à ne pas me trouver avec des enfants ou des adolescents mineurs sans la présence d’autres adultes que moi. »
Conservant son salaire de prêtre, G. devient assistant social bénévole au profit d’une asbl qui vient en aide à des adultes en difficulté. Il est aussi nommé membre du conseil d’administration de cette association et emménage au presbytère de Bonnerue, près de Libramont. Dans cette localité, il sera dès lors perçu comme étant le « curé », et il célèbrera régulièrement la messe à Bras, Saint-Hubert et aux environs en tant que prêtre auxiliaire.
Après son éviction du séminaire, Joël Devillet se raccroche encore à sa relation avec l’évêque Léonard. « Il m’appelait “mon fils”, il disait qu’il croyait en mon avenir au sein de l’Eglise. Au lendemain de mon renvoi du séminaire, les larmes dans les yeux, il m’avait dit qu’il n’était pas d’accord. Il me recommandait alors de travailler un ou deux ans pour m’enrichir d’une “expérience dans le monde”. A la suite de quoi, il me reprendrait comme séminariste, car ceux qui avaient décidé de mon départ ne seraient plus là. » Un témoignage étayé par une lettre écrite le 19 octobre 1998 par Mgr Léonard : « Mon fils Joël, je me réjouis de ce que tu me dis d’un accompagnement psychologique. Je garde l’espoir que tu pourras, si Dieu le veut, reprendre un jour le chemin interrompu. »
Quand il reçoit cette lettre, Joël vit dans une toute petite pièce à Bruxelles. « C’était galère, mais ça avait été pire avant », raconte-t-il. « N’ayant plus de logement après le renvoi du séminaire, Mgr Léonard m’avait conseillé de résider à l’abbaye de Leffe. Quand j’arrivai, la première question du père abbé fut : “Combien de fois par jour joues-tu avec ton zizi ?” J’ai répondu par un sourire et je ne suis pas resté très longtemps. Ensuite j’ai reçu l’autorisation d’occuper un local dans les caves du séminaire, à condition de payer un loyer. Du moment qu’on ne me voyait pas, que je ne faisais pas de bruit, j’étais toléré. J’y suis resté le temps de trouver l’emploi d’aide-soignant qui m’a permis de déménager vers la capitale. »
Alors pris en charge par une nouvelle psychologue, Joël en paie seul les honoraires, contrairement aux accords de 1996. « Il y aura un long débat sur cette question qui débouchera sur une rencontre clé avec le chanoine Huet. Agacé par mon insistance, il me lancera : “On s’en moque, cela n’est plus notre affaire.” C’est à ce moment que j’ai compris que j’avais été mené en bateau pendant des années. Je m’en suis plaint à l’évêque, lequel, dans une lettre du 22 novembre 2000, m’écrivait encore : “ Cher Joël, merci pour ton message. Est-ce qu’à travers lui tu exprimes le désir que l’abbé G. fasse quelque chose pour toi ? Serait-ce opportun ? Toutefois, s’il y a lieu, précise ta pensée. Je te bénis de tout cœur. Bien à toi dans le Seigneur.” Ce type de message ne servait plus à rien. J’avais trouvé un avocat et j’avais compris que, bien qu’elle le démente, l’Eglise avait misé sur le délai de prescription. J’étais donc résolu à déposer plainte au plus vite devant la justice des hommes. »
C’est justement à cette époque, plus de cinq ans après les aveux du prêtre abuseur, que l’évêque de Namur durcit subitement son attitude. Le 5 mars 2001, il écrit une lettre de mise à pied à G. : « Etant donné la stagnation de ta situation et les risques toujours présents, je t’informe par la présente que — en accord avec le Conseil épiscopal — je mets fin à ta mission canonique dans le diocèse. » Dans ce document, l’évêque précise cependant que la « mission canonique » en question pourrait être « rendue » au prêtre à certaines conditions. L’une d’entre elle étant « la reprise rapide d’une thérapie sérieuse, preuves à l’appui ». Ce qui témoigne d’une certaine inquiétude quant à un possible arrêt de cette prise en charge. Mgr Léonard suggère aussi à l’abbé G. de « trouver un logement autre que celui du presbytère de Bonnerue, en habitant dans une communauté de vie agréé préalablement par nous ». En fait, G. continuera à loger dans ce presbytère, aux frais de l’Eglise, jusqu’en 2008. « Cela lui conservait un prestige. Les gens du coin le prenaient pour le curé. Et d’ailleurs, il faisait encore la messe dans les environs », commente Joël.
André-Mutien Léonard conclut sa lettre de « mise à pied » par ces mots : « Cette décision a pour conséquence ton retrait des états de traitement du clergé de Namur au 1er avril 2001. Pour ta subsistance et la sauvegarde de tes droits sociaux pendant cette période de mise au point, je t’adresserai un formulaire C4 dûment complété et signé pour te permettre d’obtenir l’allocation de chômage et la garantie de tes droits sociaux. En espérant que tu tireras rapidement les conclusions de cette sévère mais nécessaire décision, je te salue cordialement. »
Joël est en colère quand on évoque cette lettre : « Elle démontre que les abus sexuels ne sont pas considérés comme une faute grave par l’évêque de Namur. Le C4, la fausse pression par rapport au logement dans le presbytère, son caractère prétendument sévère, tout cela n’était que de la poudre aux yeux ! L’Evêché savait que je m’apprêtais à saisir la justice pénale et il fallait donc qu’il donne le change… Mais en parallèle, la situation du prêtre n’était pas du tout mise en péril. Aussitôt, son salaire a été remplacé par celui d’assistant social dans l’asbl, subsidiée par la Région wallonne et dont il était administrateur depuis plus de cinq ans. » Par un heureux concours de circonstances, en effet, l’abbé a en effet été engagé le 1er avril 2001 dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée en tant qu’éducateur spécialisé A1 par cette asbl.
Le 26 avril 2001, Joël Devillet dépose plainte au pénal contre G. Le parquet d’Arlon met l’affaire à l’instruction. Dans le cadre de ce dossier répressif, la victime revient sur les attouchements et les masturbations mutuelles déjà dénoncés cinq ans auparavant à l’Evêché. Mais, désormais, Joël parle aussi de fellations, d’une tentative de sodomie et de contraintes exercées par son abuseur.
Interrogé le 27 novembre 2001, le prêtre avoue : « Il est exact qu’il y a eu des comportements à caractère sexuel entre Devillet Joël et moi-même. J’ai reconnu ces faits lors d’une conciliation au tribunal ecclésiastique de Namur. Je suis d’ailleurs une psychothérapie concernant ce problème et on m’a retiré toutes mes charges ecclésiastiques. (…) Je me rends compte de la gravité de mes actes et je reconnais que mon comportement n’était pas normal. (…) Je suis prêt à toute transaction vis-à-vis de Devillet pour réparer mes actes. »
Lors de ces premières déclarations à la justice, l’abuseur nie la tentative de sodomie mais pas les fellations imposées à sa victime. Dans toutes ses dépositions ultérieures, il resituera les fellations dans le temps. C’est-à-dire à un moment où Joël avait atteint sa majorité… En décembre 2002, le prêtre est renvoyé en correctionnelle pour viol sur mineur de plus de 14 ans et attentat à la pudeur. Mais, deux ans plus tard, en février 2004, le Tribunal correctionnel d’Arlon constate la prescription de l’action publique.
Fin du combat de Joël Devillet ? Pas encore : « Lors d’une audience, mon abuseur avait déclaré vouloir réparer. Au bout de neuf mois d’attente, constatant qu’il n’avait pas fait le moindre geste, j’ai déposé plainte au civil à Arlon. »
En février 2007, ce tribunal a d’abord jugé que — contrairement à ce que plaidait le conseil du prêtre — cette action au civil n’était pas prescrite et il a donné mission à un expert de chiffrer le dommage dont Joël Devillet a été victime. Il pourrait notamment prendre en compte les nombreuses séquelles psychologiques mises en évidence par un neuropsychiatre : « Solitude affective, méfiance à l’égard de toute relation intime, refus d’être un jour père car peur de reproduire un comportement abusif, affirmation de soi réduite au minimum, culpabilité, honte », etc. « Vous constatez que j’ai une voie très fluette, presque féminine. Une expertise tente de déterminer si cela n’est pas une conséquence de ce que j’ai vécu pendant mon enfance », explique Joël.
En décembre 2006, Joël Devillet a aussi intenté une action au civil contre l’évêque de Namur : « Quand il a été informé des abus commis par l’abbé G., Mgr Léonard n’eu d’autre projet que de me manipuler pour que cette affaire ne soit pas ébruitée. Pendant trop longtemps, le secret a ainsi été bien gardé entre les murs de l’Eglise. En me faisant miroiter l’espoir de devenir prêtre et en me faisant croire à sa protection, l’évêque m’a fait perdre plusieurs années de ma vie. J’ai suivi ses promesses comme l’âne suit la carotte. Dans le même temps, son laxisme vis-à-vis du prêtre abuseur n’a fait qu’accroître mon sentiment d’incompréhension, qui est finalement devenu un sentiment d’injustice. Après avoir été violé dans mon corps, je l’ai été dans mon âme. » Des plaidoiries de ce volet de l’affaire ont eu lieu le 22 janvier 2009 au Tribunal civil de Namur. Le jugement sera rendu le 15 février prochain.
En 2000, le chanoine Jean Léonard, le frère de l’évêque, écrivait ceci à Joël Devillet : « L’Eglise n’est pas toujours belle à voir. Elle est sainte, j’y crois fermement, d’une sainteté qui lui vient du Christ, et que les saints et ceux qui leur ressemblent manifestent au monde. Mais que de défaillance chez ses membres… »
Une année judiciaire chargée
Selon les informations de Paris Match, la Chambre du conseil de Namur s’intéressera au cas d’un autre prêtre présumé pédophile le 3 juin 2009. P.H. a été vicaire dominical dans les paroisses de Bossière, Beuzet, Mazy et Isnes (région de Gembloux). Il a été aussi professeur de philo au Grand Séminaire de Namur, à l’Institut de musique (IMEP) et à l’Ecole des Jésuites de Namur. Il a enfin été aumônier dans le cadre de camps de vacances organisés. Inquiété une première fois par la justice en 1991, à la suite de témoignages de deux enfants de 13 ans qui affirmaient avoir été l’objet d’attouchement lors d’un séjour à Coxyde, P.H. s’en était sorti par un non-lieu prononcé par la Chambre du conseil de Neufchâteau. En juin 2003 le jeune C.H. se plaint auprès de l’évêché de Namur d’abus sexuels répétés commis par le prêtre. Un « procès canonique » est alors entamé par l’Eglise et le ministre du culte est privé de paroisse. En 2004, C.H. décide de dénoncer les faits à la justice séculière. L’enquête a conduit à l’identification de quatre autres victimes potentielles du prêtre. Celui-ci a été inculpé de viols et d’attentats à la pudeur. La période infractionnelle s’étale de 1986 à 2003. L’instruction a été récemment clôturée sur des réquisitions du Parquet demandant le renvoi de l’abbé P.H. en correctionnelle. Le prêtre nie tous les témoignages des jeunes qui se sont plaints de lui, comme il l’avait déjà fait dans le cadre de l’affaire instruite en 1991. Il n’a cependant pas pu contester la présence d’images pédopornographiques sur le disque dur de son ordinateur…
Coquille vide ?
En 2000, les évêques de Belgique créaient une « Commission interdiocésaine pour le traitement des plaintes d’abus sexuels dans l’exercice de relations pastorales ». Présidée par une magistrate honoraire, Mme Godelieve Halsberghe, cet organe a entendu depuis lors de nombreuses victimes de ministres du culte et, le 23 décembre 2008, une dépêche de l’agence Belga rendait compte d’un certain malaise. Nous citons : « L’Eglise refuse d’indemniser trente victimes d’abus sexuels commis par des ecclésiastiques. Les faits ont pourtant été reconnus et une commission a accordé des indemnités. Une victime d’abus sexuel grave a droit en moyenne à 50 000 euros. Mais quand des montants sont cités, les auteurs et leur hiérarchie rentrent dans leur coquille », dénonce Godelieve Halsberghe (…). Hans Geybels, porte-parole du cardinal Danneels, estime que la commission a outrepassé ses compétences : « Elle a été créée pour rendre des avis sur les plaintes des victimes. Pas pour exiger des indemnités. » Joël Devillet, 36 ans, a été l’une des ces nombreuses victimes de prêtres abuseurs qui ont été entendues par la Commission interdiocésaine. En avril 2008, cette instance estimait qu’il devait bénéficier immédiatement et à titre provisionnel d’une indemnité de 25 000 euros. Joël a toutefois décliné cette offre de réparation — purement théorique, on vient de le lire — dans la mesure où il avait déjà introduit une demande de réparation financière devant la justice des hommes.
Livres
Joël Devillet raconte son histoire dans un livre très bien écrit et fort précis qui paraîtra prochainement aux Editions de l’Arbre sous le titre « Violé par un prêtre, témoignage vécu. Histoire douloureuse d’un jeune garçon » (220 pages, 17, 90 euros). Par ailleurs, l’éditeur, André Versaille, nous propose la lecture d’un autre ouvrage qui interroge la position de l’Eglise sur les délits à caractère sexuel commis par ses clercs. Historien, chargé de recherche au CNRS, Alessandro Stella a étudié un matériau inédit : les archives de l’Inquisition qui, entre 1540 et 1810, a instruit près de 2 000 procès contre des religieux accusés d’avoir fauté sur le plan sexuel. Une plongée dans le temps qui montre que la tendance de l’Eglise à vouloir laver son linge sale en famille ne date pas d’hier. (Alessandro Stella, «Le Prêtre et le sexe, les révélations des procès de l’Inquisition », 204 pages, 24,90 euros.
Pour connaître les derniers développements de cette affaire : joeldevillet@bedsl.be
www.joeldevillet.com
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http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/post/7263120/grand-entretien-avec-joel-devillet
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Affaire Devillet (19 et 220109)
Enquête évoquée sur le plateau de L'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 18 janvier 2009 et publiée dans l'hebdomadaire Paris Match, le 22 janvier 2009.
« L’évêque de Namur m’a manipulé »
Une victime d’un prêtre pédophile accuse
Fin des années 80, Joël Devillet a été la victime d’un prêtre pédophile. En 1996, devenu séminariste, il a dénoncé officiellement les faits aux autorités ecclésiastiques du diocèse de Namur qui, affirme-t-il, l’ont « mené en bateau pour qu’il n’estime pas nécessaire de recourir à la justice des hommes ». Finalement, il déposera plainte, mais trop tard : bien qu’en aveux, son abuseur a bénéficié de la prescription au pénal en 2004 et fait désormais l’objet d’une simple demande de dommages et intérêts, qui sera bientôt tranchée par le Tribunal civil d’Arlon. Comme il l’a révélé ce dimanche sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match », Joël Devillet a aussi cité l’évêque André-Mutien Léonard à comparaître devant le Tribunal civil de Namur. Plaidoiries ce 22 janvier.
C’est dans la très catholique Aubange, au fin fond du Luxembourg belge, que commence cette regrettable histoire. Joël Devillet y voit le jour en 1973 au sein d’une famille socialement défavorisée. « Mon père était grutier, ma mère ne travaillait pas. J’avais trois frères et une sœur. Nous étions la famille la plus pauvre du village », résume-t-il. Comble de malchance pour cet enfant peu nourri sur le plan intellectuel et affectif, son père est victime d’un grave accident de voiture en 1981. A sa sortie de l’hôpital, l’homme perd son emploi et devient prisonnier de la boisson.
Confronté à ces épreuves, le petit Joël Devillet fait une rencontre déterminante : « L’abbé Rossignon a débarqué à la maison. Il venait prendre des nouvelles de notre famille en détresse. C’était le vicaire de la paroisse Notre-Dame du Rosaire. Il s’est pris d’affection pour le petit garçon timide que j’étais. Désormais, sa porte me serait toujours ouverte. »
De fil en aiguille, Joël fait la connaissance du curé Maurice Muller — dont il deviendra très proche — et il est quasiment « adopté » par une petite communauté de religieuses. « A partir de ma 5e primaire, j’allais tous les jours chez les sœurs pour y faire mes devoirs. Je recevais beaucoup d’affection et à manger. Y compris quelques nourritures spirituelles lors des messes quotidiennes. » C’est donc sans surprise que Joël devient enfant de chœur mais aussi un « sacristain » précoce. « Dès l’âge de 12 ans, j’avais les clés de l’église. Je pouvais m’y rendre à toute heure. J’aidais le curé et le vicaire dans diverses tâches. Je faisais des courses, je répondais au téléphone, je les accompagnais dans certains déplacements, je les assistais. Parfois même, j’étais autorisé à sécher une heure de cours pour servir à un enterrement. Une relation de confiance s’était nouée entre ces deux prêtres et moi. En plus de recevoir de l’amour, j’étais valorisé. A l’école, certains raillaient un peu. Ils m’appelaient le fils du curé. Je m’en fichais, car la vocation de la prêtrise s’imposait déjà à moi. Ce fut la plus belle période de ma vie. Paisible et douce. Pleine d’espoir aussi. »
Après le beau temps vient l’orage. Les premiers nuages se profilent à l’horizon en septembre 1987, lorsque les protecteurs du jeune Joël — il a alors 14 ans — sont remplacés par un nouveau curé et un jeune vicaire âgé de 27 ans, G. « Dans mon jeune esprit, tous les hommes d’église étaient des saints. Je leur ai immédiatement accordé une confiance aveugle. Et je suis persuadé que le vicaire a immédiatement détecté ma fragilité. »
Plusieurs années d’abus sexuels vont commencer. Joël tente de trouver des mots pour décrire cette prison dans laquelle il va être enfermé. Une geôle psychologique dont, peut-être, il n’est toujours pas sorti aujourd’hui : « J’avais besoin d’affection. Je ne voyais pas de mal à me blottir sur les genoux de ce prêtre qui me disait de venir chez lui le soir. Il y a d’abord eu des attouchements. J’ai demandé qu’il arrête, mais il m’ordonnait de laisser faire. Et puis, c’est allé de plus en plus loin… Il est très difficile d’admettre qu’on a accepté des choses pareilles. Aujourd’hui encore, je réfléchis aux causes de tout ce mal. Je crois avoir été confronté à un sale type mais, en même temps, j’étais un oiseau pour le chat. Très impressionnable. Manipulable. J’avais peur, aussi, car j’étais dépendant. Cette paroisse était tout pour moi. Mon réconfort, mon refuge. Je ne voulais pas perdre les clés de l’église. Quitter ce milieu, la prière, c’était ôter tout ce qui donnait sens à ma vie. Après les premiers agissements, j’ai dit et répété au prêtre abuseur qu’il fallait que cela cesse. Je lui ai même écrit. Il m’a répondu. Il m’a promis plusieurs fois d’arrêter, mais il n’a jamais tenu parole. Je n’avais pas la force morale pour lui faire face. Il m’a conduit à me noyer dans un océan de confusion. Ne sachant ce qu’était l’amour, j’ai parfois cru que c’était ce qu’il me donnait ! Je ne voyais plus que je n’étais qu’un objet sexuel pour un pervers qui abusait de son autorité morale pour se faire sucer le sexe par un gosse fragilisé. Tout cela, je ne le comprendrai que bien plus tard. »
Joël affirme qu’il a dénoncé les faits à la hiérarchie du prêtre dès 1990. « J’ai écrit à Mgr Musty qui était à l’époque le bras droit de l’évêque de Namur, Mgr Mathen. Pas de réponse. Cela m’a bouleversé. J’en suis arrivé à me demander si j’étais normal. J’ai même regretté mon courrier. N’était-ce pas moi le vilain dans cette histoire ? »
Fin 1990, début 1991, une rumeur circule : l’abbé André Léonard pourrait devenir le prochain évêque de Namur. « Alors qu’il présidait encore le séminaire de Louvain-la-Neuve, je lui ai écrit. Malheureusement, à ce moment-là, je n’avais pas encore le réflexe de tout conserver », poursuit Joël. « Je lui faisais part de mes prières pour qu’il devienne évêque, de mon désir de devenir prêtre et des agissements du vicaire. Au printemps 1991, venant d’être consacré, Mgr Léonard est venu à Aubange pour célébrer les confirmations. Je lui ai été présenté. Après la messe, tandis que des prêtres l’attendaient pour partager un repas, il m’a invité à monter dans sa voiture. Aux yeux de tous, devant l’église, nous avons discuté pendant un quart d’heure. Il voulait en savoir plus sur ma vocation. Il m’a embrassé avant de conclure la conversation par une phrase énigmatique : “Tu m’as parlé dans ta lettre de l’abbé G. Mais je ne le vois pas ici !” On est resté dans une sorte de non-dit. »
L’abbé G. a, de fait, été déplacé de la paroisse d’Aubange vers Flawinne en février 1991, soit avant la visite épiscopale évoquée par Joël. Notons à cet égard que le jeune homme reconnaît sans difficulté qu’il n’a pas profité de ce départ pour s’éloigner immédiatement de son abuseur : « A son invitation, je me suis rendu quelques fois dans sa maison de Flawinne. Pourquoi ? Je rêvais ! Je voulais qu’il me considère enfin comme une personne. Plus comme un objet sexuel. J’ai constaté que rien n’avait changé. » Ce lien ambigu entre victime et abuseur renvoie à quelque chose de proche du syndrome de Stockholm. Il perdurera encore plusieurs années.
Joël ne cache pas non plus qu’il ne peut prouver matériellement que la rencontre devant l’église d’Aubange avec l’évêque Léonard s’est passée comme il le raconte : « D’après ce que je sais, l’évêque va jusqu’à nier qu’elle ait eu lieu. » Une lettre signée par Mgr Léonard démontre en tous les cas qu’il découvre bien l’existence de Joël Devillet en 1991. Le 11 juin de cette année-là, dans un petit mot que la victime a conservé, l’évêque de Namur écrit : « Mon cher Joël, j’ai été très heureux de faire ta connaissance (…) Prie pour moi. Je te bénis très affectueusement. » Entretenant une relation épistolaire avec Mgr Léonard, Joël reçoit notamment ce message en novembre 1993 : « Je suis heureux que tu aies eu un bon contact avec le père G. et que tu rencontres le psychologue qui t’a été recommandé. Continue fidèlement dans cette voie. » « Il savait déjà tout ! Plutôt que de sanctionner le prêtre ou de le dénoncer, il m’assurait de son affection et de sa considération et me recommandait de voir un psy. Aussi, il entretenait ma vocation de prêtre, ce qui impliquait tacitement le silence sur toutes ces choses horribles que j’avais vécues », réaffirme Joël.
En 1994, après avoir terminé sa 7e professionnelle à Arlon, Joël est admis au Grand Séminaire de Namur. Son président constate que le garçon est exagérément timide et renfermé. Ordre lui est donné de consulter un thérapeute maison. « J’ai été envoyé chez un psy (qui plus tard est devenu prêtre) à Louvain. Il me disait de m’allonger sur un divan pendant trois quarts d’heure. Pendant qu’il buvait son whisky-coca, je devais fermer les yeux pour arriver à sentir battre mon cœur au bout de mes doigts. » Après un an de ce « traitement », Joël n’a toujours pas lâché le secret qui lui pèse et le paralyse dans ses relations avec autrui.
C’est finalement devant son directeur spirituel au séminaire de Namur qu’il laisse échapper quelques bribes. Son confident, le chanoine Jean Léonard, qui n’est autre que le frère de l’évêque, invite alors le séminariste à ne plus taire la vérité à son psy. Et dans la foulée, ce dernier lui conseille de témoigner chez le vicaire judiciaire du diocèse de Namur. Le 4 juillet 2006, Joël se livre donc à une déposition circonstanciée devant le chanoine Jean-Marie Huet. La tête remplie de sentiments contradictoires — ce qui est caractéristique des victimes d’abus répétés — Joël culpabilise. Et il termine sa déposition par ces mots, qui seront plus tard utilisés par la défense du prêtre pédophile : « Je ne voudrais pas que ceci provoque la démission de l’abbé G. Ce que nous faisions était mal, mais il m’a tout de même fait du bien : je n’aimais pas trop être dans ma famille et il m’accueillait quand j’avais besoin d’affection. »
Dans une lettre rédigée le 1er août 1996, Mgr Léonard rassure le jeune homme. Il n’est pas question de dénoncer l’abuseur à la justice, ni même de le renvoyer tout de suite à la vie civile : « Mon but n’est évidemment pas d’écraser ce confrère mais de le sauver et d’en sauver d’autres. Il n’est absolument pas certain qu’il doive aller ailleurs. Un bon accompagnement devrait éventuellement suffire. Nous verrons. » Le 28 octobre, dans une autre lettre, Mgr Léonard ajoute : « Mon fils Joël, je me réjouis de ton attitude d’obéissance au milieu des difficultés. (…) Malgré les difficultés, je crois à ta vocation et serai très heureux si elle peut aboutir. Je prie à cette intention et te bénis de tout cœur. »
Le 14 novembre 1996, une confrontation est organisée à l’Evêché. Y participent le vicaire judiciaire, l’abbé pédophile, le psy-futur prêtre et la victime. Le compte rendu précise que « d’emblée, l’abbé G. demande que l’on n’étale pas cette affaire sur la place publique, ce qui lui serait hautement préjudiciable, ainsi qu’à sa famille ». Il ressort aussi de ce rapport que le prêtre pédophile insiste — croyant peut-être soulever une éventuelle cause d’excuse — pour qu’il soit acté que l’enfant qu’il abusait était consentant et qu’il prenait du plaisir.
Ensuite, G. reconnaît comme exact un passage de la déclaration faite en juillet 2006 par Joël Devillet devant le chanoine Huet : « Après la messe, l’abbé G. m’invitait à repasser chez lui. Dès le départ, il me prit sur ses genoux, dans son salon. Je me laissais faire parce que j’avais besoin d’affection. Après quelques fois, il me caressa partout, y compris dans les parties intimes. Il me demandait de lui faire la même chose. (…) Je devais le masturber et il me masturbait. (…) Il n’a jamais essayé de me sodomiser. Ces pratiques durèrent jusqu’en 1990, date à laquelle il dut quitter Aubange parce qu’il ne s’entendait pas avec son curé. » L’ex-séminariste se souvient : « Après ces aveux, l’abbé Huet s’est mis à genoux devant moi et m’a demandé pardon au nom de l’Eglise. Il a ajouté que je pouvais toujours déposer plainte, mais en me précisant que cela ne servirait à rien. »
A l’issue de ce simulacre de procès, les trois adultes expérimentés passent alors un accord avec le jeune séminariste. Une transaction qui ne les honore pas et qui, d’évidence, suinte l’étouffement de première classe : les frais de psychothérapie engagés par Joël Devillet seront partagés entre la victime, le pédophile et son employeur, c'est-à-dire l’Evêché. C’est tout ? Oui. Pas de sanction immédiate pour le prêtre qui est seulement contraint, lui aussi, à se rendre chez un psy portant soutane. Pour quelque temps, l’incident est clos…
L’abbé G. retourne dire la messe dans sa paroisse de Flawinne comme si de rien n’était. (Ndlr : Il sera déplacé un peu plus d’un an plus tard, et l’évêque mettra fin à sa mission canonique dans le diocèse de Namur avec privation de traitement en avril 2001. Nous verrons dans quelles circonstances la semaine prochaine, dans le second volet de cette enquête.). Moins d’un an plus tard, en juin 1997, c’est Joël qui est le premier sanctionné : il est exclu du séminaire, se voyant reprocher, notamment par l’abbé Huet, des « relations ambiguës » avec un autre séminariste. Ce dernier, lui, n’a jamais été invité à quitter le séminaire et est devenu prêtre…
La semaine prochaine : l’Evêque devra-t-il indemniser la victime ? L’Eglise face à la justice des hommes.
Eglise silencieuse Nous avons contacté l’Evêché de Namur. La secrétaire deMgr Léonard nous a expliqué que ce dernier n’était pas joignable en raison d’un séjour dans une communauté chrétienne au Canada. Quand au chanoine Huet, il nous a fait savoir qu’il ne désirait pas formuler de commentaires sur une affaire en cours. Nous croyons savoir que l’évêque de Namur conteste la date évoqué par Joël Devillet relativement à sa prise de connaissance des abus. Il la situe en juillet 1996, au moment où le jeune homme dépose officiellement devant l’abbé Huet. Par ailleurs, Mgr Léonard dément aussi l’existence d’une éventuelle manipulation consistant à faire croire à Joël qu’il deviendrait prêtre pour le tenir en laisse. Il n’aurait fait aucune promesse. L’évêque nie également tout acte visant à convaincre Joël Devillet de ne pas porter l’affaire devant la justice, et estime avoir agi de manière appropriée vis-à-vis de l’abbé pédophile en lui retirant sa charge pastorale et en agissant dans les limites de son pouvoir disciplinaire. Nous verrons de quelle manière la semaine prochaine, dans la seconde partie de cette enquête. « Je comprends sa demande de réparation » Revenu à la vie civile, G. explique à Paris Match qu’il a fait beaucoup de chemin ces dernières années, notamment dans le cadre d’une psychothérapie. « J’ai compris la véritable portée des actes dont je me suis rendu coupable. Leur caractère inacceptable et destructeur. J’accepte aussi que Joël Devillet cherche à obtenir réparation au travers d’une procédure judiciaire. Encore faut-il que cette réparation soit proportionnée, qu’elle n’englobe pas des séquelles dont souffre Joël en raison d’autres événements de sa vie, notamment au sein de sa famille. Je souhaite à Joël de pouvoir entamer une véritable résilience, de ne pas s’enfermer dans une identité de victime. De même que je refuse d’être enfermé dans une identité de coupable. Je n’ai plus jamais reproduit de tels actes et j’ai complètement reconstruit ma vie depuis maintenant plusieurs années. »
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24.01.2010
Affaire Marchese (110109 et 150109)
Enquête évoquée sur le plateau de «L'Info Confidentielle Paris Match» sur RTL/TVI le 11 janvier 2009 et publiée dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 15 janvier 2009.
Dossier Marchese
Une “affaire Sagawé” à l’envers
Une décision judiciaire oblige les époux Marchese à procéder à la démolition d’une partie de leur habitation. Celle-ci avait pourtant été construite dans le respect strict des permis de lotir et de bâtir octroyés par la commune de Soumagne qui, elle-même, avait reçu un aval préalable du fonctionnaire délégué de l’Urbanisme de la Région wallonne. Une affaire « Sagawé » à l’envers, en quelque sorte.
Cour des Frénaux à Ayeneux (Soumagne). Une petite rue sinueuse se perdant dans la campagne, bordée de quelques maisons de caractère bénéficiant généralement de jardins si vastes que des citadins pourraient les confondre avec des parcs. Il doit faire bon vivre dans ce coin bucolique. Pourtant, ce n’est pas le tourisme, mais une affaire judiciaire à rebondissements qui nous conduit ici. Au n°48, Sabine Marchese force un timide sourire en ouvrant la porte d’une villa vide. « Epuisés par plus de dix ans de procédure, mon mari et moi, on a décidé de partir. La maison est mise en vente. On s’installe loin d’ici, dans les cantons de l’Est», explique cette maman de quatre enfants. Encore faudra-t-il qu’elle trouve preneur, pour un bien partiellement déclaré hors-la-loi par un arrêt du Conseil d’Etat. Et dont la destruction a été ordonnée en novembre dernier par la Cour d’appel de Liège.
Cette histoire commence le 21 novembre 1991, alors que Linda Mortier (épouse Wuidar) acquiert une fermette en pierre du pays avec dépendance et jardin située au n°46 de la cour des Frénaux. Le 7 décembre 1992, Sabine Beuvens (épouse Marchese) fait l’acquisition de plusieurs parcelles à bâtir jouxtant la propriété Mortier, afin d’y construire une maison qui deviendra le n°48 de la cour des Frénaux. Un projet peu réjouissant pour les Mortier, qui n’avaient pas encore de voisins sur leur droite et qui vont ainsi perdre une partie de leur vue sur les belles prairies avoisinantes.
En mars 1993, les Marchese reçoivent leur permis de bâtir. A peine trois mois plus tard, une première action judiciaire est lancée par Mme Mortier. En référé, elle dénonce le rehaussement des fondations de la maison à construire d’environ 1,50 mètre par rapport au prescrit du permis. Les Marchese comprennent qu’ils ne sont pas les bienvenus. La commune annulera les effets de cette première salve en délivrant un nouveau permis de bâtir. Passons sur d’autres escarmouches pour arriver au nœud d’un conflit qui occupe les cours et tribunaux depuis près de quatorze ans. «En 1995, nous avons formulé le projet d’agrandir la maison afin de pouvoir y accueillir mes parents, dont la santé n’était pas très bonne. Nous voulions qu’ils puissent disposer de leur salle de bain, de leur cuisine, d’un living et d’une chambre. De telle manière qu’ils conservent de l’autonomie et de l’intimité », raconte Sabine Marchese.
Le 22 mai 1995, la commune de Soumagne délivre les permis de lotir et de bâtir. Et les travaux sont mis en œuvre sous la direction d’un architecte. Mme Marchese précise que « l’urbanisme refusait un simple agrandissement. Il nous était enjoint de construire un second volume, lequel devait être relié à la première maison par un car-port (voir photos). On a répondu à cette exigence. Cela a allongé l’ensemble du bâtiment des deux ou trois mètres qui nous seront reprochés plus tard. »
Car, on s’en doute, les voisins du n°46 manifestent très rapidement leur désaccord : « On leur a signalé que cette extension autorisée par la commune de Soumagne ne rencontrait pas les obligations du plan de secteur et que nous utiliserions toute voie de droit pour dénoncer cette illégalité. Ils ont tout de même continué », témoigne Albert Wuidar, époux Mortier. « Nous avons considéré que dans un Etat de droit, les permis délivrés par les autorités communales ont plus de poids que la parole de voisins contrariés, et donc nous n’avons jamais accepté de céder à ces menaces », rétorque Mme Marchese. Commence alors une véritable guérilla juridique. Dès le 5 juillet 1995, une requête en annulation des permis est introduite devant le Conseil d’Etat par Linda Mortier, et le 14 juillet 1995, une action suit devant le tribunal de 1re instance de Liège, visant à obtenir la suspension des travaux. Les Marchese gagnent la première manche quand ce tribunal se déclare incompétent. Qu’à cela ne tienne : les Wuidar vont en appel, et le 27 février 1996, c’est la Cour d’appel de Liège qui se juge incompétente. Cinq années passent.
Le 20 février 2001, alors que l’extension est construite depuis longtemps et que les parents de Mme Marchese y résident, le Conseil d’Etat se prononce. Une douche froide pour les habitants du n°48 : le permis de bâtir est annulé et, partant, l’annexe devient illégale ! Certes, les permis octroyés par la commune (avec l’aval de la Région) ont été respectés à la lettre par les Marchese. Mais pour le Conseil d’Etat, qui suit en cela l’argumentation des Mortier, ils sont non-conformes au plan de secteur. Pourquoi ? Dans ce secteur de Soumagne, la zone constructible est limitée à une profondeur de 50 mètres en partant de la voirie. Ne se déplaçant pas cour des Frénaux, n’estimant pas plus utile de recourir aux calculs d’un expert assermenté, le Tribunal administratif a tout de même procédé à un mesurage très défavorable aux Marchese. Et en est arrivé à estimer qu’à son extrémité gauche, l’annexe nouvellement construite se trouverait à 51 mètres de la voirie. Tandis que son extrémité droite se situerait à 53 ou 54 mètres de profondeur. Le mètre de trop à gauche et les trois ou quatre mètres de trop à droite se trouvent certes dans la propriété de Mme Marchese. Mais au-delà des 50 mètres fatidiques, leur pelouse devient légalement une « zone agricole », où seul des bâtiments liés à une exploitation agricole peuvent être érigés.
Produit à partir du plan de secteur, le mesurage du Conseil d’Etat, s’il a suffi à annuler le permis de bâtir, n’a rien de scientifique. Il ne serait même pas précis du tout, à en croire la commune de Soumagne. Dans un mémoire déposé devant le Tribunal administratif, celle-ci indique que « sur base de la copie conforme au 1/10 000e du plan de secteur, il est radicalement impossible d’affirmer que la zone de construction litigieuse déborde (…) Un trait d’une épaisseur de moins d’un millimètre sur le plan de secteur représente sur le terrain une distance de plus de douze mètres de large, et l’imprécision qui en résulte rend illusoire toute mesure précise à douze mètres près sur le terrain. »
Ce débat sur le caractère aléatoire des mesures ayant conduit à l’annulation du permis importe peu aux Wuidar-Mortier. Réarmés par l’arrêt du Conseil d’Etat, ils introduisent une nouvelle action devant le Tribunal de 1re instance de Liège. Demande principale : ordonner la démolition de l’extension des Marchese. Pour eux, l’affaire ne souffre aucune discussion. La construction est désormais illégale et elle doit donc disparaître… Et ce d’autant qu’elle leur causerait un préjudice visuel tout en les privant d’intimité. Mais le tribunal va d’abord les décevoir.
La juge Anne Demoulin prend acte de l’arrêt du Conseil d’Etat mais, dans le même temps, ce magistrat se pose d’évidentes questions sur la proportionnalité de la réparation qui doit être envisagée. La situation urbanistique du bien pose-t-elle un problème environnemental ? Quelle est l’ampleur réelle du préjudice dont se prévalent les Wuidar-Mortier ? Ne serait-il pas trop sévère d’imposer à une famille de faire démolir une partie de son bien sur base d’un mesurage aléatoire, d’autant plus qu’elle a suivi la réglementation à la lettre en demandant toutes les autorisations nécessaires ?
En décembre 2004, Mme Demoulin décide de se déplacer sur le terrain. Riche en enseignements, cette mesure d’instruction a lieu le 7 février 2005. Dans son rapport, la magistrate souligne comme d’autres « l’imprécision de l’arrêt du Conseil d’Etat » et relativise très fortement le trouble que causerait la construction litigieuse : « Nous nous sommes rendus dans la propriété de Mme Mortier afin d’apprécier concrètement le trouble visuel dont elle se prévaut. A l’heure actuelle, les propriétés sont séparées par des sapins d’une hauteur d’environ 5 mètres. La seule vue sur la propriété voisine est une partie du toit qui dépasse des sapins. Si on se rend au fond du jardin, on aperçoit également le toit de la maison voisine et le velux qui y a été percé. Depuis le living, la vue sur la propriété voisine est en grande partie masquée par la remise que les Wuidar-Mortier ont aménagée. Si l’extension de la maison Marchese avait été construite intégralement en zone d’habitat, la vue depuis la propriété des Mortier aurait été sensiblement pareille. »
Dans son jugement rendu le 23 janvier 2006, la magistrate enfonce le clou : « D’après l’arrêt du Conseil d’Etat, l’empiètement de l’extension litigieuse sur la zone agricole est de 0 à 1 mètre à son extrémité gauche et de 3 ou 4 mètres à son extrémité droite. Lorsqu’on se place face à l’extension, côté immeuble Mortier, l’empiètement n’est au maximum que d’un mètre. Si l’extension avait été située intégralement en zone constructible, Mme Mortier aurait donc disposé de la même vue qu’aujourd’hui (…) Les époux Marchese auraient pu dès lors agrandir leur immeuble en toute légalité en causant les mêmes inconvénients. » Constatant qu’il n’y a pas de lien entre la faute commise par les Marchese (non-destruction d’une maison ne bénéficiant plus de permis) et les dommages allégués par les Wuidar-Mortier, le tribunal déboute ces derniers… Ce jugement reconnaît aussi le fait que les Marchese ont été poussés à la faute par l’autorité : « Si les époux Marchese-Beuvens avaient, comme cela était initialement leur intention, agrandi leur immeuble au lieu d’y adjoindre un second volume relié [par un car-port], Mme Mortier ne se serait pas trouvée dans une situation différente » et cela « aurait supprimé la faute puisque l’empiètement en zone agricole n’aurait pas existé ».
Bien entendu, les Wuidar-Mortier vont en appel… et obtiennent gain de cause dans un arrêt rendu le 21 novembre dernier par la Cour d’appel de Liège, qui impose une vérité judiciaire totalement opposée à celle du Tribunal de 1re instance. Présidée par Fabienne Drèze, cette juridiction estime que l’affaire ne nécessite que très peu de débats, vu l’arrêt du Conseil d’Etat : « Il est jugé par une décision qui est opposable non seulement aux époux Marchese et à la commune de Soumagne mais à tous en vertu de l’autorité absolue de chose jugée que l’extension déborde partiellement en zone agricole. C’est en vain que les époux Marchese mettent en cause les considérations et conclusions de l’arrêt. (…) Les époux Marchese ont créé et maintiennent une situation contraire à la loi. » Conclusion : l’extension doit être purement et simplement abattue.
Que le débordement en zone agricole soit minime et qu’il n’ait pas été estimé avec précision, que le préjudice causé soit relatif et que les Marchese aient obtenu et suivi à la lettre un permis qui « poussait » à la faute, toutes ces considérations sont balayées par la Cour d’appel qui, en plus, estime établie une autre faute : vu l’extension ajoutée à la maison initiale, il y a désormais « deux logements » au 48 cour des Frénaux, ce qui est contraire aux prescriptions techniques et urbanistiques du permis de lotir, qui n’admet la présence que d’un seul logement sur ce terrain !
Si le premier juge avait tenu compte du fait que les époux Marchese avaient manifestement construit l’extension pour loger leurs parents et avait donc estimé qu’il s’agissait « d’un seul immeuble, faisant l’objet d’un accès unique et abritant une seule famille », la Cour d’appel se montre très sévère en arguant que « le fait que l’ensemble immobilier n’ait qu’une boîte au lettre, soit alimenté par un seul compteur d’eau et d’électricité, soit relié par un car-port et utilise la même entrée carrossable n’implique pas nécessairement qu’il s’agit d’une habitation unifamiliale ». Pour appuyer ce point de vue, le Cour d’appel mentionne aussi des « plans et annonces immobilières » qui ont été diffusés par les Marchese lorsqu’ils ont décidé d’en finir avec cette maison : « Les annonces immobilières présentent les lieux soit comme “deux villas isolées”, soit comme destinés à ou idéaux pour deux familles ». Mesquin, nous ne trouvons pas d’autre terme…
« J’éprouve un profond sentiment d’injustice. J’ai l’impression d’être prise entre le marteau et l’enclume. Que des pouvoirs se fassent la leçon et se contrôlent, c’est fort bien dans une démocratie. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de citoyens qui ont suivi scrupuleusement toutes les procédures. On les a obtenus, ces fichus permis ! Qu’est-ce qu’on aurait dû faire d’autre ? » s’indigne Mme Marchese. A l’inverse, au n°46, on est évidement très satisfait. « C’est un très bon jugement », commente Albert Wuidar. Ajoutant, avec un brin de cynisme : « Ce jugement est bon aussi pour les Marchese, car il reconnaît les responsabilités de la Commune et de la Région. Ils pourront se retourner contre ces administrations. Ainsi, ils n’auront pas tout perdu ! »
A bien lire le jugement, ce n’est pas si simple. Certes, la Cour d’appel a estimé qu’« en délivrant un permis d’urbanisme, en violation des dispositions légales, le Collège échevinal a commis une faute ». Et que « le fonctionnaire délégué (NDLR : de la Région wallonne) qui a adopté un comportement différent de celui qu’aurait adopté toute autre autorité normalement diligente et prudente placée dans les mêmes conditions a commis une faute ». Toutefois, à ce stade, les époux Marchese sont condamnés seuls à démolir l’extension et à remettre les lieux en état. La Région et la Commune n’étant solidairement condamnées que dans le cadre d’un dédommagement de 3 000 euros octroyé aux époux Wuidar-Mortier. Un prolongement du débat sur la question de savoir « qui va payer quoi » est prévu le 3 mars 2009 devant la Cour d’appel. Entre-temps, tant la Région que la commune de Soumagne auront introduit des pourvois devant la Cour de cassation, comme nous l’ont annoncé le bourgmestre de Soumagne, Charles Janssens (PS) et le ministre wallon du Développement territorial, André Antoine (CDH).
Ce dernier est, lui aussi, très critique quant au « mesurage » réalisé par le Conseil d’Etat : « On reproche des dépassements de un à quatre mètres en se basant sur un plan dessiné au crayon, où un millimètre est égal à plusieurs mètres. Cela laisse perplexe : la justice aurait dû avoir recours à l’expertise d’un géomètre assermenté ! De plus, il ne semble pas que le trouble de voisinage soit établi : des végétations séparent les deux propriétés en les dissimulant l’une à l’autre et, côté Mortier, une remise cache aussi une partie de la vue depuis le living. Dans ce dossier, comme dans tous les autres, la Cellule d’exécution forcée n’interviendra pas tant qu’il n’y aura pas de jugement définitif. »
N’est-il pas paradoxal que les Marchese aient rencontré tellement de difficultés alors qu’ils ont obtenu toutes les autorisations requises pour construire ? M. Antoine répond « C’est bien pour cela que la puissance publique doit être à leur côté. Nous allons en Cassation. Personne ne pourrait reprocher à la Région wallonne d’utiliser tous les moyens légaux pour défendre son point de vue. Par ailleurs, j’invite la commune de Soumagne à introduire un Plan communal d’aménagement (PCA), ce qui est une mesure prévue par le Code de l’urbanisme. »
Il s’agit en l’occurrence d’une modification du plan de secteur sur une petite zone, à laquelle le bourgmestre de Soumagne se dit tout à fait réceptif : « Je vais tout de suite étudier cette demande de PCA, car la sanction infligée aux Marchese est tout à fait disproportionnée. Pour des raisons éthiques, morales et tout simplement humaines, la Commune ne peut rester les bras croisés. On ne peut pas laisser pénaliser ces administrés qui n’ont absolument rien à se reprocher. De même d’ailleurs que la Commune, qui a donné les permis contestés en parfait accord avec le fonctionnaire délégué de la Région wallonne. »
Si la solution du PCA évoquée par le ministre et le bourgmestre est réellement mise en œuvre, les Marchese pourraient ainsi voir leur situation régularisée en quelques mois via un nouveau permis. Mais ils devront encore attendre la décision de la Cour de cassation, et craindre d’éventuelles nouvelles actions des époux Mortier. En effet, le carrousel infernal pourrait reprendre si les voisins du 46 déposaient un recours au Conseil d’Etat contre un éventuel nouveau permis.
Photos (voir dans Paris Match du 15 janvier 2009)
Trois mètres de trop
Photo 1 : à l’avant-plan, l’extension litigieuse. Elle se situe dans le prolongement de la maison des Marchese, que l’on voit à l’arrière-plan. Photo 2 : Les deux volumes, comme l’exigeait le permis délivré par la commune de Soumagne, ont été reliés par un « car-port », ce qui a accru la surface totale construite. Photo 3 : Sabine Marchese pose devant l’extension construite pour loger ses parents. Le « trop construit » (à droite de la ligne rouge) se trouve sur sa propriété, mais… en zone agricole. Photo 4 : La propriété Mortier. L’extension des Marchese se trouve quelque part à gauche derrière la haie et les sapins, qui atteignent une hauteur de 5 mètres.
22:07
Écrit par michelbouffioux
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07.01.2010
Cinéma belge francophone (03 et 07/01/10)
Dossier évoqué sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 3 janvier 2010 et dans Paris Match, le 7 janvier 2010
Le coup de gueule d'un réalisateur
«La Communauté française aide-t-elle vraiment le cinéma belge?»
Dans le domaine du court-métrage, Pascal Adant a bonne réputation. Par deux fois déjà, les films de ce réalisateur belge ont été sélectionnés pour le Festival de Cannes où l'un d'eux a reçu le «Rail d'or» de la semaine de la critique. Outre le fait d'avoir été honoré par de nombreux prix en Belgique et à l'étranger, cet autodidacte qui adore le cinéma américain, a un maître-atout : ses œuvres rencontrent généralement l'intérêt des spectateurs ce qui, à l'entendre, devient presqu'une particularité «vu le nombre de films francophones belges qui sont trop élitistes, voire carrément hermétiques.. ». Dans «L'Info Confidentielle Paris Match », ce dimanche, Pascal Adant a poussé un fameux coup de gueule contre la Commission de sélection des films de la Communauté française qui distribue des aides à la production, à l'écriture d'œuvres audiovisuelles. «Elle laisse en rade des réalisateurs qui ont fait leurs preuves et soutient parfois des fantoches qui ne connaissent rien au cinéma!», accuse-t-il.
LA SUITE DE CET ARTICLE DANS L'HEBDOMADAIRE PARIS MATCH BELGIQUE
COMPLEMENT D'INFO : L'INTERVIEW COMPLETE DU PRESIDENT DE LA COMMISSION DE SELECTION DES FILMS DE LA COMMUNAUTE FRANCAISE.
Dan Cukier : « C'est une des commissions les plus admirées par nos confrères à l'étranger »
Le boulot de la Commission est ingrat. Il y a beaucoup de projets qui sont refusés et donc beaucoup de gens qui critiquent vos décisions...
Dan Cukier : De fait, il y a 450 projets déposés chaque année dans toutes les catégories et seulement 25% d'entre eux sont sélectionnés. Dès lors, c'est exact qu'il y a des gens qui ne sont pas satisfaits. Des personnes qui pensent qu'on aurait dû les aider parce qu'elles se considèrent très bonnes par rapport à d'autres ou parce qu'elles sont atypiques et qu'elles considèrent que nous sommes le seul guichet auquel elles peuvent frapper pour obtenir de l'aide.
Quid du reproche qui est fait à la CSF de parfois soutenir des réalisateurs qui ne connaissent rien aux techniques de base du cinéma...
C'est une critique subjective. La Communauté française a mis en place un système d'attribution d'aide qui fonctionne avec l'apport de gens proches et très proches du monde du cinéma. Juridiquement, les membres -une quarantaine de personnes- sont nommés par la ministre sur base d'une série de noms soumis par les associations professionnelles (techniciens, réalisateurs, producteurs, exploitants de salles, scénaristes, comédiens...). Cela ne pose pas de problème à ma connaissance. Il y a trois commissions par an avec plusieurs collèges en fonction des différents types de projets. Le secrétariat constitue les collèges en fonction des disponibilités et en écartant ceux qui sont dans un projet qui est déposé. Dans tous les jury, il y a au moins un technicien de l'image, du son ou du montage. Un producteur, un scénariste, un réalisateur et un cinéphile, c'est à dire moi.
Vous voulez dire par là que ce sont des experts qui choisissent?
Des gens très proches du cinéma... Je veux insister sur le fait que la décision politique a été prise il y a des années d'aider principalement des jeunes : 40 à 45% du budget va à des gens qui n'ont encore rien réalisé dans la catégorie où ils postulent (un premier court-métrage, un premier long, un premier documentaire...). Dans ce budget, il y a l'enveloppe expérimentale qui vise à soutenir des travaux très pointus sur le son, l'image, la manière de réaliser.
Oui et...
Il y a deux choses indiscutées et indiscutables! Primo, les quatre personnes de l'administration qui gèrent les dossiers sont d'un dévouement sans limite. Secundo, les lecteurs qui siègent dans la commission font leur travail avec une attention toute particulière. Certes, il peut arriver que quelqu'un ait un avis complètement débile. Certains jugent sur des questions uniquement éthiques et de scénario. D'autres, sur des critères esthétiques. Mais je n'ai jamais rencontré dans les débats quelqu'un qui aurait dit « je n'ai pas bien lu, j'ai survolé».
Comment cela se passe concrètement?
Les membres de la commission sélectionnés pour faire partie d'un jury reçoivent les dossiers environ trois semaines avant la délibération. Quand on entre en séance, il y a d'emblée un tour indicatif où tout le monde prend la parole. En fin de journée, il y a un vote anonyme. Un projet ne passe qu'à la majorité des deux tiers. C'est tout à fait possible qu'après cela quelqu'un ne soit pas content. On peut être injuste. D'ailleurs, je vais vous dire, si on était tous bon, on seraient tous producteurs et on seraient très riches! On peut toujours estimer qu'un jury se trompe mais fondamentalement, celui-ci ne subit aucune pression, aucune digression ni morale, ni sociale...On nous reproche de ne soutenir que des films sociaux! Mais ce n'est pas vrai!
C'est une critique que l'on entend souvent!
Je ne critique pas votre travail exploratoire mais je ne peux croire que vous l'ayez beaucoup entendue! Je peux vous citer des titres qu'on a aidé. Des polars, des films burlesques comme « Rumba », des films difficiles et intellectuels comme « Mister Nobody », des films sociaux bien sûr comme ceux des frères Dardenne qui ont été deux fois palme d'or et occupent donc un peu le segment. Des films loufoques comme ceux de Bouli Lanners. Des films très esthétisants comme ceux de Chantal Akerman. Des films décalés... Cette critique n'est donc pas fondée. Et elle ne l'est pas non plus dans le domaine du court métrage où l'on a une diversité encore plus extraordinaire.
N'y-a-t-il pas un problème dans la composition des collèges dans la mesures où les gens qui attribuent des aides sont les mêmes qui à d'autres moment les sollicitent?
Ce sont des professionnels qui siègent, oui.
Est-ce que cela ne peut pas créer des suspicions d'arrangement? « Tu soutiens mon projet aujourd'hui et quand ce sera mon tour de siéger, je soutiendrai le tiens... »
Pas du tout. Le 7 janvier, je vais recevoir les caisses contenant les 150 premiers projets de la session 2010. Rien n'est encore fait (entretien le 18/12/2009), personne ne sait ce qui va se passer. C'est le secrétariat qui va orienter les gens dans tel ou tel collège. La composition du jury est véritablement très aléatoire. Maintenant, si au moment du scrutin secret un type vote contre un autre parce qu'il lui a pris sa petite amie, je ne peux rien y faire! Les arrangements n'existent pas et d'ailleurs personne ne se plaint, sauf de temps en temps l'une ou l'autre personne... 2/3 des voix, cela demande un certains consensus alors si vous faites un projet extraordinairement atypique qui ne suscite pas un engouement par sa différence, c'est un peu plus dur. Il faut alors aller chez un producteur qui fait un petit financement préalable et revenir ensuite vers nous. Il existe une rubrique que permet de rencontrer ce genre de cas : les aides à la finition.
Certains se plaignent de décisions peu cohérentes. On nous parle du cas d'un projet accepté à l'unanimité lors d'un collège mais non financé pour des raisons de limites budgétaire. On dit au producteur de revenir à la session suivante. Le même projet est donc redéposé et il est alors l'objet d'un refus à l'unanimité...
Cela ne se dit jamais comme cela. La règle est claire. Vous présentez un projet et si il n'est pas retenu, vous pouvez automatiquement le présenter une seconde fois. Si c'est un nouveau refus, il y a un vote à la majorité simple pour l'autoriser à revenir une troisième fois. On s'y oppose quand on a l'impression que l'auteur est allé au bout de son discours. Cela se fait encore au travers d'un vote anonyme. Maintenant, il est vrai qu'une commission n'est pas tenue de respecter les avis de la précédente. Qu'une autre commission peut en effet trouver le projet moins intéressant mais est-ce critiquable? Un livre peut être accepté par un éditeur et refusé par un autre... C'est une des commissions les plus admirées par nos confrères à l'étranger. Les Français nous envient... Certains préfèreraient peut-être un despote éclairé mais dans notre régime démocratique, c'est le meilleur système d'attribution que l'on ait trouvé. Et j'ajouterais qu'il est extraordinairement bien rôdé.
Les critiques de certains réalisateurs ne sont pas fondées?
Oh, dans l'histoire de la littérature que je connais un peu, je peux vous citer 40.000 cas de types qui ont été sous-estimés. Je peux envisager l'hypothèse que, peut-être, parfois, en matière de court métrage, on a tué Mozart! Qu'on a refusé quelqu'un qui a du talent et qui a abandonné. Mais quand on regarde ce qui sort, j'ai plutôt tendance à dire que nos choix ne sont pas trop mauvais. Sur 11 ans de présidence, j'ai tout de vu 4 palmes d'or et tellement d'autres prix.
Beaucoup de long-métrages soutenus par la CSF font très peu d'entrées en salle. Est-ce parce qu'ils ne sont pas bien distribués? Peut-on se contenter d'une telle explication?
Non. Au cas par cas, je pourrais vous donner des tas d'explications. Globalement, je pense que la francophonie belge préfère les films français. Par contre, la communauté flamande a toujours aimé son propre cinéma. Parfois villageois, parfois local. Avec une fréquentation importante. Les francophones font des films qui séduisent dans les festival, les flamands ne séduisent pas du tout, par contre ils font de l'audience. Mais c'est en train d'évoluer. Depuis un certain temps, le Vlaams Audiovisuel Fond cherche plus la reconnaissance internationale. En outre, à la Communauté française, nous sommes un guichet culturel où nous soutenons parfois des projets sans nous préoccuper de savoir s'ils vont rapporter de l'argent mais parce qu'on les trouve intelligents, beaux et qu'on espère qu'ils rencontreront leur public. Aujourd'hui, toutes sortes de plans sont préparés pour que la francophonie puissent découvrir et apprécier ses films. Des « prix des lycéens» ont été inventés depuis deux ans, la formation à l'image etc...
Etes vous de ceux qui pensent qu'il faut «éduquer » le public?
Je suis un extérieur, je préside la Commision de Sélection du film. Pour ce qui est de l'éducation à l'image, voyez avec le secrétariat général de la Communauté française.
Quand un film fait 1500 entrées, estimez-vous qu'il y a eu une erreur de choix?
Nous avons aidé le premier film des frères Dardenne et s'il a fait 2 entrées, c'est beaucoup. On l'a aidé parce qu'on a cru que c'était intelligent. Leur deuxième film n'a pas fait beaucoup mieux et cela les a fait réfléchir. Ils se sont dit qu'ils allaient travailler autrement. Ils ont fait « La Promesse » et ils ont été palme d'or. Nous soutenons aussi ce qui, subjectivement c'est vrai, nous paraît être prometteur. On se trompe parfois, mais il y a peu de réalisateurs dans le monde qui ont eu deux palmes d'or, un prix du scénario et un prix de la meilleure interprétation.
Dans le même temps, il est impossible de ne jamais se tromper...
Je pense à un long métrage que nous avons aidé parce que son réalisateur avait précédemment fait un court métrage extraordinaire. A l'arrivée, c'était moins abouti que ce qu'on pouvait espérer. Dans le même temps, on savait que ce type de film n'allait pas faire les audiences des ch'tis. Ce projet visait un public vraiment très pointu. Et donc le film tourne dans des festival où il rencontre des avis qui sont très élitaires, c'est vrai. Mais c'est aussi notre rôle de soutenir ce type de création.
Ce n'est pas contestable si il y a une sorte de panaché avec des films plus accessibles par ailleurs?
Vous allez voir, il y a un polar qui se tourne en ce moment à Kinshasa. S'il correspond à nos attentes, il va être pétant!
10:59
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12.11.2009
Aide-soignant (8 et 121109)
Un diplôme pour du beurre
C'est l'histoire de femmes et d'hommes qui étaient en quête d'un nouvel avenir professionnel. Leur école de promotion sociale leur garantissait une formation d'auxiliaire de soins. En cours de formation, ils ont appris qu'après avoir réussi stages, examens et travail de fin d'étude, ils n'auraient qu'un mois pour trouver un contrat de travail; Un mois, pas plus! Au risque de voir leur diplôme invalidé. Sue et Giuseppina font partie de ceux et celles qui sont restés sur le bord du chemin après cette absurde course contre la montre.
La suite dans Paris Match
Complément à l'article publié dans Paris Match
Questions envoyées par écrit à Monsieur François Lemaire, Responsable de Direction à la Direction de l'Enseignement de Promotion sociale au sein de l'administration de la Communauté française.
- La circulaire 1974 du 30 juillet 2007 est-elle la seule circulaire qui a été envoyée aux Pouvoirs organisateurs des établissements d'enseignement de promotion sociale subventionnés par la Communauté française et aux chefs des établissements d'enseignement de promotion sociale organisés pour informer des dispositions nouvelles prévue par les arrêtés royaux modifiant les critères d'enregistrement des aides-soignants par le SPF Santé Publique?
- Des d'élèves de promotion sociale qui n'avaient pas encore travaillé comme personnel soignant se sont trouvés dans une position assez inconfortable. Il s'agit de personnes qui ont obtenu leur diplôme fin novembre 2008 et qui avaient donc très peu de temps pour trouver un contrat de travail avant la date-butoir du 31 décembre 2008. Ce phénomène avait été envisagé dans votre circulaire (Voir page 5 de votre circulaire : « Pour la rentrée 2007, il est souhaitable de "compacter" la formation existante pour la terminer au plus tard en novembre 2008 afin que les étudiants certifiés puissent être engagés avant le 31 décembre 2008 et ainsi se faire enregistrer provisoirement.» N'étant pas parvenues à trouver ce contrat, elles n'ont pas obtenu leur enregistrement (visa) du SPF Santé et elles sont contraintes de refaire une année d'étude (module complémentaire). Sachant que les personnes que j'ai rencontrées avaient déjà suivi les 120 heures de compléments avant l'échéance du 31 décembre 2008 (Voir la page 5 de votre circulaire : « Dans l’enseignement de promotion sociale, une unité de formation de 144 périodes (120 heures) du niveau de l'enseignement secondaire supérieur de transition a reçu, le 3 juillet 2007, un avis favorable de la Commission de concertation. Elle s'intitule: "Formation complémentaire en vue de l'enregistrement comme aide-soignant") et qu'elles recommencent les cours depuis ce mois de septembre, doivent-elles bénéficier de dispenses?
- Quel sens accordez-vous au mot «dispense» : des élèves expliquent qu'ils ne doivent plus suivre certains cours mais qu'ils devront in fine passer tous les examens. Je garde comme souvenir de mes études universitaires, mais c'est déjà loin je le concède, qu'une dispense suppose qu'elle soit totale ?
- A-t-on une idée du nombre de personnes concernées en Communauté française par cette problématique de temps trop réduit pour obtenir un visa qui conduit à ce qu'elles se retrouvent sur les bancs de l'école?
- D'une manière plus générale enfin, n'est-il pas contestable que des personnes disposant d'un diplôme identique bénéficient pour certaines d'entre elles d'un accès à la profession et pour d'autres pas?
1ère réponse de l'administation
Ministère de la Communauté française
Administration générale de l’Enseignement et de la Recherche scientifique
Communication à la presse
Objet : Questions de Michel BOUFFIOUX, journaliste, à propos des étudiants en « aide soignant(e) » inscrits dans l’Enseignement de promotion sociale
Mise en contexte
La Direction de l’Enseignement de promotion sociale a été contactée ce jeudi 29 octobre 2009 par Monsieur BOUFFIOUX, journaliste à Paris Match, qui souhaite obtenir des précisions quant à la formation des aides soignant(e)s organisée dans l’Enseignement de promotion sociale.
Avant de répondre aux questions posées par Monsieur BOUFFIOUX, il convient de préciser que l’Enseignement de promotion sociale organisé ou subventionné par la Communauté française, entité fédérée compétente en matière d’enseignement, s’est adapté rapidement aux nouvelles mesures règlementaires édictées par le niveau fédéral en termes de conditions à remplir pour accéder à la profession d’aide soignant(e). Cette adaptation des cursus revêt deux formes : la conception d’une section complète d’une part, l’élaboration d’un module spécifique complétant la formation des détenteurs de certains titres obtenus précédemment d’autre part (notamment « auxiliaire polyvalent des services à domicile et en collectivité », titre de l’EPS, et « Auxiliaire familiale et sanitaire », titre de l’enseignement secondaire de plein exercice).
Dès la rentrée 2007-2008, soit un peu plus d’un an après l’entrée en vigueur des nouvelles normes fédérales, l’Enseignement de promotion sociale proposait donc une offre d’enseignement complète et adaptée aux besoins des différents publics souhaitant exercer la profession d’aide soignant
Réponse aux questions
Suite aux nouvelles dispositions prises par l’Etat fédéral concernant la profession d’aide soignant(e), la Communauté française a jugé utile de produire un texte synthétisant l’essentiel des informations concernant plus spécifiquement les établissements d’Enseignement de promotion sociale. Tous les textes règlementaires produits par le fédéral figurent en annexe de ce document. L’administration a également jugé opportun d’assortir cette synthèse de recommandations destinées aux établissements dans la perspective de la meilleure adaptation au nouveau contexte.
Comme vous l’avez souligné, la circulaire invitait les directions et les pouvoirs organisateurs concernés à « compacter » la section « auxiliaire polyvalente des services à domicile et en collectivité », dite AUXPO, afin de permettre aux personnes certifiées d’obtenir un engagement avant la date du 31 décembre 2008. Cet engagement permettait à la personne de demander son enregistrement provisoire comme aide-soignant au SPF Santé Publique dans l’attente, moyennant la réussite du module complémentaire, de l’enregistrement définitif.
Pour les personnes qui n’ont pas eu l’opportunité de trouver cet engagement avant fin 2008, c’est-à-dire la porte d’accès aux mesures transitoires prévues par le fédéral, l’entrée dans le métier est maintenant conditionnée –pour ce qui nous concerne- par l’obtention du titre délivré à l’issue de la nouvelle section « aide soignant(e) ».
Quid des personnes qui ont obtenu le titre d’AUXPO et/ou qui auraient suivi et réussi le complément de formation en vue de l’enregistrement comme aide soignant(e), qui n’ont pas pu être engagées avant le 31 décembre 2008 et, partant, qui ne peuvent bénéficier de la disposition transitoire prévue dans les arrêtés royaux du 12 janvier 2006 ? Peuvent-elles obtenir des dispenses ?
Il appartient au conseil des études1, organe souverain en matière de décision pédagogique, d’accorder des dispenses de cours et/ou d’examen en application de l’article 8 du décret du 16 avril 1991 organisant l’Enseignement de promotion sociale. Cet article permet aux établissements de reconnaître les capacités acquises par les candidats et de les valoriser dans leur cursus. Il est donc tout à fait possible pour un étudiant de se voir accorder une dispense portant sur certaines activités d’enseignement composant une unité de formation d’une part et, d’autre part, de devoir présenter des épreuves visant à vérifier que l’étudiant maîtrise les compétences terminales d’unités de formation. Quoi qu’il en soit, chacun devra présenter l’épreuve intégrée de la nouvelle section dont les capacités terminales, par définition, ne correspondent pas strictement à celles obtenues au terme des études qui auraient pu leur permettre de rentrer dans les dispositions transitoires.
Pratiquement, il revient à l’étudiant de solliciter le conseil des études au moment de son inscription. Cette demande est effectuée auprès du directeur ou du secrétariat de l’établissement. Conformément aux règles en vigueur, une procédure sera alors mise en place en vue de la reconnaissance des capacités acquises par la personne2 .
Cette approche par compétences dans le cadre d’un enseignement modulaire ne suppose donc pas une reconnaissance automatique des capacités acquises qui se traduirait par des dispenses complètes, entendues comme des dispenses de cours et d’examens.
Ensuite, en ce qui concerne le nombre de personnes qui sont concernées par cette situation, l’administration ne dispose pas de données chiffrées. C’est au niveau des établissements eux-mêmes que l’information pourrait être recueillie.
Enfin, quant à la question relative au caractère « contestable que des personnes disposant de diplômes identiques bénéficie pour les unes d'un accès à la profession et d'autres pas », elle appelle deux remarques. Premièrement, les titres ne sont pas identiques : pour une série de personnes, il s’agit d’un certificat de qualification d’AUXPO complété d’une formation additionnelle ; pour les autres, il s’agit d’un certificat de qualification d’aide soignant(e). Deuxièment, en ce qui concerne le caractère contestable de l’accès à la profession d’aide soignant(e) pour des candidats porteurs de titres différents, cette question doit être posée à l’autorité compétente, c’est-à-dire le pouvoir fédéral.
En conclusion, il parait indiqué de souligner que l’Enseignement de promotion sociale a fait preuve d’une grande réactivité dès que les dispositions fédérales ont été connues et que les nouveaux cursus ont permis à l’essentiel des personnes concernées d’accéder au métier pour lequel elles se sont formées.
Seconde série de question envoyée à l'Administration de la communauté française
A la question "Est-il contestable que des personnes disposant de diplômes identiques bénéficient pour les unes d'un accès à la profession et pour les autres pas", vous me répondez que cela "appelle deux remarques. Premièrement, les titres ne sont pas identiques : pour une série de personnes, il s’agit d’un certificat de qualification d’AUXPO complété d’une formation additionnelle ; pour les autres, il s’agit d’un certificat de qualification d’aide soignant(e). Deuxièment, en ce qui concerne le caractère contestable de l’accès à la profession d’aide soignant(e) pour des candidats porteurs de titres différents, cette question doit être posée à l’autorité compétente, c’est-à-dire le pouvoir fédéral". Ceci n'est pas une réponse à la question posée. Laquelle était relative à un problème que je vais mieux expliciter afin que vous compreniez parfaitement où je veux en venir. J'évoque les cas des personnes sorties en novembre 2008 avec un même certificat de qualification et qui les unes ont un visa et les autres pas, pour la seule raison qu'elles n'ont pas pu trouver un contrat de travail avant le 31 décembre 2008. Deux personnes sorties de la même école au même moment avec le même diplôme peuvent donc avoir eu ou pas eu un accès à la profession en raison d'une course contre la montre qui leur a été imposée en cours de formation.
Auriez-vous également l'amabilité de me préciser pour quelles raisons, il a fallu attendre juillet 2007 pour éclairer les établissements de promotion sociale sur les dispositions à prendre en vertu d'une législation de janvier 2006?
Permettez-moi enfin de constater que votre réponse relative au nombre de personnes concernées me semble assez légère.
Réponse de l'Administration
Ministère de la Communauté française
Administration générale de l’Enseignement et de la Recherche scientifique
Communication à la presse
Objet : Questions de Michel BOUFFIOUX, journaliste, à propos des étudiants en « aide soignant(e) » inscrits dans l’Enseignement de promotion sociale – COMPLEMENT
Question 1 : « C'est donc à l'établissement qui dispense la formation qui est habilité à juger de l'étendue des dispenses à accorder. Une décision qui est prise sans intervention du PO, la province ici en l'occurence? »
Les textes légaux et règlementaires sont extrêmement clairs en ce qui concerne l’organe habilité à prendre des décisions en matière de reconnaissance des capacités acquises, comme pour tout ce qui relève des décisions à caractère pédagogique : c’est le Conseil des études.
L’article 8 du décret du 16 avril 1991 précise qu’ « aux conditions et selon les modalités déterminées par l’Exécutif, les établissements d’enseignement de promotion sociale sont autorisés à prendre en considération pour l’accès aux études, le cours et la sanction de celles-ci, les capacités acquises dans tout enseignement ou dans d’autres modes de formation y compris la formation professionnelle. »
L’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 29 juin 20041 fixant les modalités de reconnaissance des capacités acquises pour l’accès aux études, le cours et la sanctions de celles-ci dans l’enseignement de promotion sociale, pris en application de l’article 8 du décret précité, indique que c’est le Conseil des études qui est habilité à décider :
en matière d’admission des étudiants : « Pour l’application de ce chapitre, seul le Conseil des études est habilité à vérifier les capacités préalables requises à l’admission dans une unité de formation […] » (article 3) ;
en matière de sanction des études : « […] le Conseil des études délibère en tenant compte […] » (article 4, § 1er), « Les décisions prises par le Conseil des études en vertu de l’article 4 sont définitives […] » (article 5).
L’intitulé de la circulaire qui précise les modalités fixées dans l’arrêté est également limpide : « Objet : modalités de reconnaissance, par le Conseil des études, des capacités acquises pour l'admission dans des unités de formation ou pour la sanction de celles-ci, conformément à l'arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 29 juin 2004 pris en application de l'article 8 du décret du 16 avril 1991 organisant l'enseignement de promotion sociale. »
Question 2 : « Ceci n'est pas une réponse à la question posée. […] J'évoque les cas des personnes sorties en novembre 2008 avec un même certificat de qualification et qui les unes ont un visa et les autres pas, pour la seule raison qu'elles n'ont pas pu trouver un contrat de travail avant le 31 décembre 2008. Deux personnes sorties de la même école au même moment avec le même diplôme peuvent donc avoir eu ou pas eu un accès à la profession en raison d'une course contre la montre qui leur a été imposée en cours de formation. »
La deuxième partie de la réponse formulée précédemment reste valable : votre question doit être adressée au niveau de pouvoir compétent en matière de définition des critères présidant à l’accès à la profession d’aide soignant, notamment en termes de titres, c'est-à-dire le niveau fédéral. C’est également celui-ci qui a déterminé le terme de la période transitoire.
Question 3 : « Auriez-vous également l'amabilité de me préciser pour quelles raisons, il a fallu attendre juillet 2007 pour éclairer les établissements de promotion sociale sur les dispositions à prendre en vertu d'une législation de janvier 2006? »
Les arrêtés royaux du 12 janvier 2006 fixant les modalités d’enregistrement comme aide-soignant et fixant les activités infirmières qui peuvent être effectuées par des aides soignants et les conditions dans lesquelles ces aides-soignants peuvent poser ces actes ont été publiés au Moniteur belge le 3 février 2006 et la circulaire ministérielle (fédérale) du 8 novembre 2006 relative aux dits arrêtés royaux est parue dans le Moniteur belge du 14 décembre 2006.
Premier élément qui découle de ce qui précède : l’enseignement de promotion sociale, comme les autres opérateurs d’enseignement et de formation, a pris pleinement connaissances des dispositions transitoires à la fin de l’année 2006. Vous le constaterez à la lecture des documents évoqués ci-dessus, la matière est complexe et a nécessité un temps d’appropriation des nouvelles données, ainsi qu’un important travail d’analyse afin de sélectionner les aspects pertinents pour les établissements scolaires. Travailler dans la précipitation aurait certainement généré plus de confusion que de clarté.
Par ailleurs, les instances de l’enseignement de promotion sociale chargées d’établir les profils professionnels (étape 1) et les dossiers pédagogiques (étape 2) ont été amenées à concevoir l’unité de formation « Formation complémentaire en vue de l’enregistrement comme aide-soignant » tout en envisageant la refonte complète de la section « auxiliaire polyvalente des services à domicile et en collectivité » en deux nouvelles sections, « aide soignant(e) » et « aide familial(e) ». Chaque étape (conception des profils professionnels et élaboration des dossiers pédagogiques des sections et des unités de formation qui les composent) requiert de convoquer des groupes de travail réunissant des représentants des réseaux d’enseignement et des experts issus des professions visées. Les processus se clôturent par l’approbation des documents de référence lors des réunions plénières des instances considérées, chaque validation nécessitant deux phases : d’abord le dépôt des documents lors d’une première réunion, ensuite la validation de ceux-ci à la plénière suivante.
Vous admettrez que la conception d’un cursus, élément déterminant pour l’avenir professionnel de nombreuses personnes, nécessite un temps de réflexion minimum garantissant la qualité de la formation.
Il convient aussi de souligner qu’au même moment, les conditions d’accès à de nombreuses professions indépendantes règlementées étaient également modifiées par le pouvoir fédéral (par exemple les métiers de la construction). L’enseignement de promotion sociale, dont une des finalités essentielles est de concourir à l’épanouissement personnel en promouvant une meilleure insertion professionnelle, était donc confronté à la refonte de sections conduisant à l’exercice de tous les métiers concernés. De surcroît, dans la perspective du passage complet de l’enseignement de promotion sociale au système modulaire, le processus de transformation de graduats en bacheliers était intense.
Dans ce contexte global où l’enseignement de promotion sociale mobilisait toutes ses ressources pour adapter et déployer son offre de formation dans de nombreux secteurs, un délai de 7 mois entre la parution d’une circulaire ministérielle fédérale explicitant un dispositif nouveau et la diffusion d’une circulaire de la Communauté française aux établissements scolaires, couplée à un offre de formation mise à jour, de notre point de vue, est plutôt à considérer comme une réussite.
Votre constat : « Permettez-moi enfin de constater que votre réponse relative au nombre de personnes concernées me semble assez légère. »
Que vous estimiez la réponse légère est votre droit le plus strict, elle reflète pourtant la réalité actuelle.
La problématique de la collecte de données à des fins diverses dans un enseignement non obligatoire et modulaire est complexe et nécessite une réflexion approfondie, tant au niveau de la nature des données à collecter, que des moyens de récolte et des outils de contrôle quant à la fiabilité des données. Des projets sont actuellement à l’étude pour relever ces défis.
09:12
Écrit par michelbouffioux
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31.07.2009
CILE (301108 et 041208)
Dossier évoqué dans le cadre de «l'Info Confidentielle Paris-Match» sur RTL/TVI, le 30 novembre 2008 et publié dans Paris Match (Belgique), le 4 décembre 2008.
Entretien avec le témoin qui a alerté la justice
A Liège, certains transformaient-ils l'eau en or ?
Doyenne des intercommunales dans sa province, la Compagnie intercommunale liégeoise des eaux (CILE) fournit 535 000 habitants en eau potable dans 23 communes. Tous les chiffres du tableau de bord de cette société sont impressionnants : plus de 70 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006, plus de 20 millions d'euros d'investissements par an... 25 millions de m3 d'eau en production propre, 11 millions de m3 achetés. 370 agents. 3 304 kilomètres de conduites. La CILE est une affaire qui marche et il n'y a pas de raison que cela change, la consommation d'eau étant un besoin primaire pour chacun de ses clients. Sur son site internet, l'intercommunale revendique fièrement sa santé financière en soulignant que « depuis 1996, la CILE investit uniquement sur ses fonds propres pour le développement et le renouvellement des infrastructures ». Et ce dans le cadre d'une « croissance continue ». Ces dernières années, par manque de contrôle interne, cette intercommunale florissante - dont le conseil d'administration pléthorique compte des représentants politiques de toutes les tendances - a-t-elle jeté l'argent par les fenêtres ? Certains de ses dirigeants ont-ils contourné la législation sur les marchés publics ? Des prestataires de travaux commandés par la CILE ont-ils profité d'un certain laxisme ? S'en sont-ils mis plein les poches en escroquant l'intercommunale ? Ce sont les questions que pose le témoignage de Benoît Nicolay, un homme qui a tout déballé en juin dernier à la Police fédérale, conduisant la justice liégeoise à ouvrir une instruction et à perquisitionner dans les locaux de la CILE.
Pour la première fois, ce témoin se confie : « J'ai toujours vécu dans les environs de Tihange où, autrefois, mon père était un élu local. Au milieu des années 1980, j'ai orienté ma carrière vers l'installation de chauffage central et de sanitaires. Ma petite entreprise tournait bien. J'avais des clients réguliers et parfois imposants, notamment des établissements scolaires. En 2002, je me suis mis à la recherche d'un nouveau gros contrat. Une personne qui fréquentait le même cercle d'influence que mon père m'a dit que je gagnerais à prendre rendez-vous avec José Stes, qui était à l'époque le directeur général de la CILE. »
Paris Match Belgique. Vous avez suivi ce conseil ?
Benoît Nicolay. Oui, j'ai été reçu au siège de l'intercommunale à Angleur et je n'ai pas été déçu. Je me suis vu offrir le marché du remplacement des compteurs à eaux. Il faut savoir qu'à échéance fixe - tous les douze ans - ces appareils de mesures doivent être renouvelés, car l'usure leur fait perdre de la précision. Il m'était juste demandé de proposer un prix à l'unité. J'ai donc suggéré 8,50 euros par compteur remplacé. La messe était dite. J'avais le contrat.
Pas d'appel d'offres, pas de cahier des charges ?
Non.
C'était un marché important ?
Il portait sur plus ou moins 15 000 compteurs à remplacer par année (la CILE compte plus de 230 000 compteurs en service).
C'est illégal, non ?
Oui. Plus tard, la personne qui m'avait conseillé de me rapprocher de la CILE me l'a aussi fait remarquer... pour me faire comprendre que mon intérêt était de ne jamais cracher dans la soupe dont je m'étais moi-même nourri.
Au moment de signer ce contrat, vous auriez déjà pu le comprendre. Tout cela était un peu trop facile...
A l'époque, je n'ai pas bien pesé toutes les conséquences de cette affaire. Je le reconnais.
Et donc, vous avez commencé à remplacer les compteurs ?
Oui, et très rapidement, je me suis rendu compte que le tarif de 8,50 euros n'était pas rentable.
C'est vous qui aviez proposé le prix !
Avant que je m'engage, on m'avait montré le travail à faire dans des immeubles où les compteurs étaient facilement accessibles. Mais, sur le terrain, je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de cas compliqués : des maisons avec des caves encombrées où, parfois, il fallait avoir le nez d'un chasseur de trésors pour découvrir le compteur dans le bordel ambiant, voire les détritus. J'ai donc revu mon prix. J'ai demandé 12,50 euros par compteur. Je me suis vu accorder 10,50 euros, mais avec effet rétroactif. Ce n'était pas terrible mais, dans le même temps, ce boulot ne demandait pas beaucoup d'investissements : quelques pinces et un GPS. Pour le reste, toutes les pièces étaient fournies par la CILE.
Cela veut dire que dans les 10,50 euros, il n'y avait que la main-d'œuvre ?
En gros, oui.
Changer un compteur prenait combien de temps ?
En moyenne, moins de quinze minutes. Une course contre la montre qui se déroulait en plusieurs étapes immuables : dire bonjour au client, faire signer les papiers, se faire expliquer où se trouvait le compteur et le remplacer. Pour ce faire, j'utilisais des sous-traitants. En fait, c'était surtout une affaire en or pour la CILE, car elle refacturait ces interventions aux communes à très bon prix. Plus on en remplaçait, mieux c'était. C'est ainsi qu'un grand nombre de compteurs qui n'avaient pas atteint la limite d'âge ont tout de même été changés, sur demande de cadres supérieurs de la CILE : des compteurs de 8, 9, 10 et 11 ans en parfait état de fonctionnement. D'une manière ou d'une autre, les contribuables ont payé cela dans leurs impôts locaux.
La CILE n'avait pas de service interne pour remplacer les compteurs ?
Il était inefficace. Les ouvriers étaient souvent en maladie. C'étaient des gars dans la cinquantaine qui avaient souffert sur de lourds chantiers auparavant (marteau-piqueur, etc.). Ils avaient été placés là parce qu'il s'agissait, soi-disant, d'un service léger. Mais pour ces personnes usées, changer les compteurs, c'était encore trop lourd. L'un d'eux avait une hernie discale, un autre avait un bras presque bloqué, etc...
Pendant combien de temps avez-vous mené cette activité ?
Pendant deux ans environ, et durant cette période, j'ai trouvé le moyen de mettre un peu de beurre dans les épinards. Lors des interventions, j'avais souvent constaté que la vanne avant compteur ne fermait pas. J'ai donc proposé que l'on procède aussi au remplacement de ces vannes pour un prix de 8,50 euros l'unité. Une fois que le compteur était remplacé, cela ne prenait pas beaucoup plus de temps de s'occuper de la vanne. L'un dans l'autre, on arrivait ainsi à un prix acceptable. Et c'est alors que les Français sont arrivés pour prendre leur part du gâteau.
Les Français ?
En 2003, lors d'une réunion provoquée par José Stes, on m'a présenté à Jean Quéau, le secrétaire général de Proxiserve, une grosse boîte française employant 3 000 personnes dans le domaine du sanitaire et de la maintenance en chauffage central. Cette société était elle-même une filiale de l'immense groupe Veolia (ex-CGE). Au cours de cette réunion et d'autres qui lui ont succédé, il m'a été proposé de continuer mes activités de remplacement de compteurs dans le cadre d'une société qui serait fondée avec les capitaux des Français : la SA Proxibel. J'en deviendrais le directeur d'exploitation avec un beau salaire (plus de 4 000 euros mensuels nets), dans de magnifiques locaux, avec plein d'avantages (voiture, frais divers). En plus, je recevrais 5 % des parts du capital de Proxibel SA.
Difficile de refuser.
Je ne l'ai évidemment pas fait ! Proxibel SA a été active à partir du début 2004 et pendant à peu près un an. J'ai donc assuré sa gestion journalière. Au printemps 2005, les Français de Proxiserve ont voulu que Proxibel SA soit géré par une personne de chez eux. J'ai dû céder la plupart de mes responsabilités à un dénommé P. L., dont la mission était de faire gonfler le chiffre d'affaires de Proxibel SA.
Proxibel SA a repris le marché des compteurs que vous aviez reçu sans appel à la concurrence ?
S'il n'y avait que cela ! Elle a aussi reçu le marché du remplacement des canalisations. Il s'agissait de remplacer les tuyaux en plomb qui reliaient les compteurs aux tuyaux en synthétique provenant de la rue. C'était un marché juteux, et il l'a été d'autant plus que Proxibel SA a commencé à faire de la surfacturation.
De quelle manière ?
Le plomb était remplacé par des tuyaux en galvanisé. Tous les matériaux étaient fournis par la CILE. L'intercommunale constituait ses stocks en fonction de bons de commande qui lui étaient envoyés par Proxibel SA. Intervenait ensuite la conjonction de deux phénomènes : côté Proxibel SA, nous n'utilisions pas tout ce qui était commandé à la CILE, on avait des surplus ; côté CILE, il y avait parfois des ruptures de stock. Dans de tel cas, Proxibel SA était autorisée à acheter directement les matériaux à un fournisseur et à les refacturer à la CILE. C'était déjà une bonne affaire, puisque la refacturation se faisait avec un bénéfice de 50 %. Mais il y avait encore mieux : refacturer les surplus de stocks... Là, c'était 150 % de bénéfice ! Le prix de la main-d'œuvre était lui aussi surévalué : la CILE payait 90 euros par tuyau remplacé (plus 10,50 euros pour le robinet) alors que ce travail valait 35 euros tout au plus... Quand on sait que, sur six mois, on a procédé au remplacement de 4 000 tuyaux, vous imaginez le préjudice pour l'intercommunale ! Sans compter la facturation de placements imaginaires à la demande des Français...
C'est tout ?
Non. Ensuite, la CILE a estimé que les tuyaux en plomb ne devaient plus être remplacés par du galvanisé mais par du polyéthylène (PE). Il s'est donc agi de remplacer ce qui avait déjà été fait en galvanisé par du PE. J'appelle cela la roue de la fortune. D'autant que la manipulation des stocks permettant la surfacturation a repris de plus belle.
Vous vous dénoncez vous-même, en avouant cela !
Au moment où cela se passait, je n'étais qu'un maillon dans le système. C'était la volonté des Français de procéder de la sorte : ils voulaient absolument atteindre certains objectifs financiers, quitte à faire mentir les chiffres. Pour moi, ils ont spolié l'argent de l'intercommunale.
Mais est-ce la faute de l'intercommunale ?
On peut au moins lui reprocher un contrôle défaillant de l'utilisation des matériaux fournis à Proxibel SA. En fait, les personnes chargées de cette surveillance n'y connaissaient rien. Pendant un temps, c'est une ancienne hôtesse d'accueil qui était affectée à cette tâche... C'était à ce point ridicule que je me suis demandé si ce n'était pas délibéré. Par ailleurs, certains gestionnaires de la CILE ont tout de même soutenu la création de Proxibel SA et, le moins que l'on puisse dire, c'est que cela n'a pas servi les intérêts de l'intercommunale !
Cette fois, vous avez tout dit ?
Non, j'ai aussi constaté des flux financiers qui mériteraient d'être étudiés par les enquêteurs. Des sommes d'argent très importantes étaient transférées du compte de Proxibel SA vers sa société mère en France, Proxiserve. Ensuite, ces sommes étaient transférées sur les comptes d'une société d'investissement, Proxibel Holding, qui, elle-même, a injecté quelque 300 000 euros dans Versô.
Versô ?
C'est une société belge qui a été créé par la CILE et Proxiserve en partenariat (50/50). Son but était d'investir le marché de la maintenance en plomberie des logements sociaux en Belgique... Une véritable catastrophe. Dans les faits, Versô n'a finalement été qu'une coquille vide, dont l'activité essentielle aura été de payer le salaire de deux personnes qui n'ont produit aucun chiffre d'affaires, et des jetons de présence à une série d'administrateurs issus du sérail politique liégeois. C'est comme avec les compteurs et les tuyaux. Dans ce dossier-là aussi, la CILE a perdu beaucoup d'argent !
Pourquoi parlez-vous ?
Déjà, vers la fin 2006, en interne, j'avais dénoncé le comportement de P.L., le nouveau gérant qui m'avait été imposé par les Français. Je ne voulais plus d'irrégularités. José Stes, le directeur général de la CILE, a également été averti. En quelque sorte, j'ai ainsi signé mon billet de sortie... Pour autant, je ne veux pas ici jouer au chevalier blanc : si j'ai voulu mettre fin à tout cela, c'est que j'avais simplement peur qu'un jour ou l'autre tout cela pète et qu'on me fasse porter seul un chapeau bien trop grand pour ma tête. Parallèlement à cela, les Français voulaient de toute façon se débarrasser de moi... La pression est devenue difficilement tenable. On m'a fermement conseillé de revendre mes parts de Proxibel SA à Proxiserve. Mon prix a été le leur. Ensuite, ébranlé par tout cela, j'ai été mis en congé de maladie par mon médecin et j'ai fait la bêtise d'envoyer mon certificat avec un peu de retard. Proxibel SA m'a licencié. L'affaire est toujours en cours au niveau du Tribunal du travail. Je leur réclame mes indemnités de licenciement, plus environ 100 000 euros de dommages moraux. En 2007, j'ai envoyé des mails à différentes personnalités politiques pour les informer de ces gaspillages d'argent public... Au bout de quelques mois, l'une d'elle m'a conseillé de m'adresser à la justice. En avril 2008, j'ai déposé à la Police fédérale de Liège. Avec tous les détails que j'ai donnés, je m'étonne qu'il n'y ait pas encore eu d'inculpation. Sans doute est-ce que cette affaire est très complexe. Je ne connais que la partie visible de l'iceberg...
Avez-vous une idée du préjudice causé à la CILE par les malversations que vous dénoncez ?
Je dirais environ 2 millions d'euros. En termes de montants, c'est l'affaire de la Carolo à la puissance 10 !
« Pas de commentaires »
Nous avons cherché activement des contradicteurs. En vain. Jean Quéau, le secrétaire général de Proxiserve, ne désire pas répondre aux propos tenus par Benoît Nicolay : « Je suis pour la liberté d'expression. L'affaire est entre les mains de la justice belge, en laquelle nous avons entièrement confiance. » Propos similaires de José Stes, l'ancien directeur, désormais retraité, de la CILE : « Je ne veux pas polémiquer dans les médias. Si les enquêteurs ou le juge m'interpellent, je leur répondrai. ». MM. Jean-Géry Gobeau, actuel président du CA de la CILE, et Roger Husson, directeur faisant fonction de l'intercommunale, adoptent la même attitude de réserve. Ces réactions et d'autres encore, comme celle de l'actuel président du CA de Versô, Hector Magotte ont déjà relatées sur ce blog , cliquer sur: http://michelbouffioux.skynetblogs.be/post/6500436/cile-3...
15:47
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30.07.2009
Affaire Carolus (23/11/08 et 27/11/08)
Affaire évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match, le 23 novembre 2008 et dans les pages de l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 27 novembre 2008.
Jean-Marie se bat contre l'inertie de la Région wallonne depuis des années
Un arbre nommé Kafka
C'est une belle maison de maître avec de grands volumes. Elle est sise dans une avenue large et engageante à Verviers. En se promenant dans cette artère joliment située, on se prend facilement à penser qu'il doit être agréable d'y élire domicile. Qui plus est,le quartier se trouve embelli par la présence de nombreux platanes fiers et majestueux qui lui confèrent une apparente sérénité.
« Vous les avez vus ? Ce sont des trentenaires plein de vie... et de racines ! » commente Jean-Marie Carolus en nous ouvrant la porte de sa demeure. Gérant d'une agence de banque, notre hôte est propriétaire du lieu depuis le début des années 90. Il y réside avec sa femme et ses cinq enfants. « Pendant plusieurs années, la vie a été un long fleuve tranquille », raconte-t-il en sortant un gros classeur d'une armoire. « Et puis, en avril 1999, les problèmes ont commencé, le jour où de très fortes odeurs sont apparues dans la cave. En inspectant les lieux, j'ai constaté que les eaux usées ressortaient du sterput. La chambre de visite était complètement bouchée. Plus rien ne pouvait être évacué. Je ne vous décris pas la catastrophe. Plus de salle de bain, plus de toilettes... »
M. Carolus appelle l'administration communale, qui envoie des ouvriers : « Ils ont injecté de l'eau sous haute pression dans les tuyaux d'égouttage. En vain. J'ai dû me résoudre à faire appel à une société de débouchage et c'est ainsi que j'ai appris que des canalisations évacuant les eaux usées pouvaient être bouchées par les radicelles d'arbres. A l'époque, il y avait un houx et un platane devant chez moi, mais je ne me posais pas encore la question de savoir lequel de ces deux-là était le coupable. Je croyais que le problème avait été résolu définitivement par l'intervention de la société de débouchage, qui avait introduit une électrospirale dans les canalisations pour couper les petites racines. »
Durant l'été 1999, Jean-Marie Carolus reçoit deux factures correspondant à ces premières interventions de dépannage. 120 et 250 euros... Le début d'une longue addition car, pendant les dix ans qui vont suivre, ses canalisations vont encore être bouchées à de multiples reprises. « Un véritable calvaire ! Je vis dans l'angoisse permanente de me réveiller au dessus d'un tas de m... A tout moment, ma cave peut se retrouver inondée d'eaux usées et malodorantes. Cela peut arriver le soir de Noël, quand je reçois des gens. En pleine fête de famille. Et avant de se voir, je vous assure que cela se sent. » Patron d'une société de débouchage à Verviers, Vincent Boutet confirme : « M. Carolus vit un enfer. J'ai du intervenir chez lui très souvent. Parfois en urgence, le week-end ou le soir. » Et, bien sûr, cette vie d'inondé au quotidien a un coût : « Si je tiens compte de toutes les factures et des pertes subies, cela tourne autour de 6 500 euros depuis 1999. Et puis, au fil du temps, mes difficultés ont pris une tournure juridique... Ce n'est pas gratuit : j'ai épuisé les 7 500 euros de frais de justice admis par mon assurance familiale et, maintenant, je paie mon avocat de ma poche... Tandis que le problème de départ est toujours là ! »
Le « problème » ? Les racines du platane qui a été planté en 1981 par la Région wallonne devant la maison de M. Carolus. « Avec une force incroyable, elles investissent les canalisations à plusieurs mètres de profondeur », explique-t-il. « Les radicelles se faufilent par les joints qui relient les tuyaux en grès. Quand elles sont installées dans les tuyaux, elles prolifèrent en prenant la forme de grappes de plus en plus imposantes. C'est comme un cancer. Les curetages successifs ne font qu'apporter des solutions provisoires. Cela se rebouche sans cesse ! » La faute à qui ? C'est là, évidemment tout le débat...
Entre 1999 et 2002, Jean-Marie Carolus n'identifie pas encore clairement la cause de ses ennuis, se contentant d'interventions de dépannage ponctuelles. Mais, dès février 2002, une inspection caméra de ses canalisations démontre la présence massive de racines. « Ça a été un moment clé de mon dossier », précise Jean-Marie Carolus. « J'ai compris qu'un tel envahissement ne pouvait être causé que par les racines du platane se trouvant devant ma maison. J'ai donc pris ma plus belle plume pour demander l'intervention de la Ville de Verviers. En tant que responsable des égouts et gardienne du sol, la commune doit assurer la salubrité publique à chaque citoyen mais, dans mon dossier, elle s'est tout de suite déclarée non responsable en arguant du fait que ce n'est pas elle qui a planté l'arbre. J'ai aussi écrit à la Région. Il m'a été répondu qu'on tenterait de trouver, je cite, "les mesures les plus adéquates afin que ne se reproduise l'obstruction" de mes égouts. » M. Carolus nous montre la lettre écrite par un ingénieur des ponts et chaussées du ministère wallon de l'Equipement et des Transports. Elle est datée du 11 septembre 2002... Pas mal d'eau a coulé dans et hors des canalisations depuis lors !
Il poursuit son récit : « En 2003, j'ai reçu la visite de cinq ouvriers de la Région wallonne. Equipés d'un matériel impressionnant, ils ont effectué une inspection caméra de mes canalisations pour constater qu'effectivement, les racines pénétraient dans ma conduite à cinq endroits. Leur diagnostic était très clair : il fallait remplacer toute la conduite de la maison jusqu'à l'arbre, soit sur douze mètres. Quelque temps après, une entreprise et un responsable de la Région wallonne se sont présentés à mon domicile pour m'informer qu'ils allaient effectuer un sondage à hauteur de l'arbre, un grand trou devant chez moi. Je croyais qu'ils allaient tout réparer ! En fait, ils ont cassé une partie de ma canalisation en grès. Je vois encore l'un des ouvriers me dire : « Ce n'est pas grave, M. Carolus, on va vous réparer tout cela. » Et ils l'ont fait en utilisant un tuyau de PVC., c'est-à-dire de manière non conforme aux règles locales d'urbanisme, car une ordonnance communale interdit de combiner des tuyaux en grès avec des tuyaux en PVC. De plus, un délégué de la Ville aurait du vérifier la conformité de ces travaux avant que le trou ne soit remblayé par le MET, mais cela n'a pas été fait... Je me demande depuis lors si les ouvriers de la Région n'ont pas uniquement contribué à aggraver le problème. Qu'a provoqué l'onde de choc de leur grosse pelleteuse sur le reste de la canalisation ? N'y a-t-il pas d'autres dégâts causés par leurs travaux qu'ils n'ont pas réparés ? »
En termes de solutions, cette visite du MET débouchera sur le néant. A moins qu'il ne faille ici parler d'une certaine forme de surréalisme... « Ils ont donc creusé, cassé et "réparé". Et bien entendu, ils ont constaté la présence de racines dans la canalisation. Mais, étant donné qu'ils n'étaient pas mandatés pour aller jusqu'à la chambre de visite, ils n'en ont retiré que très peu. Ce n'était qu'un sondage... » Confronté à l'inertie de la Région wallonne, M. Carolus décide alors de saisir son assurance familiale, ce qui lui permet de porter l'affaire sur le terrain juridique en se voyant payer les honoraires d'un avocat. « Il s'en est suivi des échanges de courriers pour trouver une solution à l'amiable. Sans succès. La Région estimait qu'il y avait un doute sur l'origine du problème. Pour elle, ce pouvait être les racines du houx de deux mètres plutôt que celles du platane... de douze mètres de hauteur. Cette version était plus que contestable, car les racines d'un houx ne s'enfoncent pas aussi loin et aussi fort que celles d'un platane, qui peuvent proliférer et s'infiltrer aussi loin que son envergure. Soit. J'ai tout de même fait retirer mon houx et toutes ses racines. Depuis que le platane de la Région wallonne est seul, les bouchages de canalisation ont bien sûr persisté. »
En 2005, pour mettre fin à l'inertie, le Tribunal de première instance de Verviers est saisi de l'affaire par l'avocat de M. Carolus, Me Pierre Eric Defrance... « Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 29 au 30 juillet 2005, on a vécu une vraie nuit de cauchemar ! Suite à de fortes pluies, j'ai subi une inondation complète de mes caves. La conduite était de nouveau bouchée par les racines. Nous avons passé toute la nuit à vider et à nettoyer la cave. Ce sinistre a été évalué à environ 4 000 euros par l'expert », raconte le directeur d'agence. Décidé à faire intervenir sa compagnie d'assurance, il se trouve alors confronté à un nouveau blocage ! « L'assureur devait prendre à sa charge la réparation pour ensuite se retourner contre la Région, comme le prévoit ses conditions générales. Mais à ce jour, je n'ai toujours pas reçu un euro, car la compagnie ne veut pas intervenir avant que le tribunal ne se prononce dans l'affaire qui m'oppose à la Région... »
Et au niveau judiciaire, la sanction se fait évidemment attendre. Certes, une expertise a rapidement été ordonnée par le tribunal, dès qu'il a été saisi, mais en raison des délais imposés par l'expert et de certains retards dans la transmission d'informations demandées par ce dernier à la Région, le rapport d'expertise définitif n'a été produit que le 31 janvier 2008. Sa conclusion ne laisse place à aucune ambiguïté quant à l'origine des problèmes rencontrés depuis dix ans par la famille Carolus : « La cause de l'obstruction récurrente de l'égouttage de l'immeuble de M. Carolus est la pénétration de radicelles dans l'égouttage provenant du platane le plus proche de son immeuble, arbre bordant la voirie et appartenant à la Région wallonne. » M. Carolus avait donc raison depuis près de sept ans ! Mais savoir cela n'est qu'un maigre réconfort, alors que l'expert recommande aussi une réparation (pose d'un nouveau tuyau enrobé de béton maigre et d'un tissu antiracines) qui coûtera plus de 17 000 euros... et que la moitié de cette somme devrait être déboursée par la victime de l'arbre gourmand !
Jean-Marie Carolus décode : « Selon l'expert, ces travaux constitueront une "amélioration" de mon habitat. En outre, il prend aussi en compte une prétendue "vétusté" des canalisations. » Me Defrance dénonce cette manière de voir : « La Région est entièrement responsable du sinistre. Elle doit entièrement payer la facture. Comment peut-on parler d'amélioration ! Si M. Carolus devait vendre sa maison, il ne va tout de même pas expliquer à l'acheteur qu'elle vaut plus d'argent parce qu'elle comporte des égouts qui fonctionnent ! Quand à la vétusté, c'est vraiment n'importe quoi : les conduites en grès n'auraient évidemment connu aucun problème pendant plus de cent cinquante ans encore s'il n'y avait pas eu ces racines ! » M. Carolus commente : « Quand ce type de problème survient entre deux particuliers, les assurances règlent le problème en un mois. La compagnie de l'assuré propriétaire de l'arbre paie la réparation à neuf. Le problème de la Région, c'est qu'elle est son propre assureur. Toutefois, elle a fait un mauvais calcul, car si elle avait réparé immédiatement dans le respect des normes de l'urbanisme, cela aurait coûté moins pour la collectivité. »
A la direction du Contentieux général de la Région wallonne, Marianne Degryse admet sans difficulté que l'expertise récemment déposée dans cette affaire doit être prise en compte. Ce qui, à notre sens, équivaut à une acceptation de la responsabilité de la Région dans ce dossier. « Comme dans d'autres cas », dit notre interlocutrice, « on pourrait arriver à un accord avec M. Carolus avant l'issue judiciaire. C'est de la responsabilité du ministre de l'Equipement, M. Daerden, de décider de cette éventuelle transaction. Toutefois, il est difficile de demander à la Région d'aller au-delà de la solution qui est préconisée par l'expert, soit 50/50 en termes de montants à payer. Financièrement, il possible que M. Carolus obtienne plus en attendant la décision du tribunal... »
Qu'en dit le ministre Michel Daerden, après que Paris Match eut souligné auprès de ses services que le bon sens condamne tout de même l'idée que la victime d'un préjudice en devienne in fine le coresponsable désigné au moment de payer la réparation ? La porte-parole du ministre nous confirme la position de l'administration : 50/50 pour les frais de réparations des conduites. « La Région est aussi d'accord de prendre en charge les frais de justice engagés par M. Carolus ainsi que les différents frais occasionnés par son préjudice aux cours de ces dernières années (multiples interventions de la société de débouchage, etc...) », nous dit Laetitia Naklicki, la porte-parole du ministre.
Comme argument pour justifier le non-remboursement intégral du préjudice subi, le cabinet Daerden avance que les difficultés rencontrés par M. Carolus sont aussi liées, comme l'a dit l'expert, à la vétusté de ses conduites qui a facilité la pénétration des racines... « S'il en allait autrement, d'autres personnes dans cette avenue bordées de platanes seraient aussi touchées. » Mais comme nous le signalons ci-dessous... Par exemple, en date du 25 mai dernier, le voisin de M. Carolus s'est encore acquitté d'une facture de 450 euros. La société de débouchage indique sur sa facture : « racines dans la canalisation ». Faut-il le préciser, ce voisin ne possède pas de houx.
L'exception qui confirme la règle?
Trop longtemps confronté à l'inertie des pouvoirs publics locaux et régionaux, M. Carolus est convaincu d'avoir amorcé « une petite bombe » en se lançant dans un bras de fer judiciaire avec la Région wallonne. « Beaucoup de personnes sont confrontées à des problèmes similaires, mais elles hésitent à se lancer dans de longues et coûteuses procédures juridiques. Alors, elles réparent à leur frais...Rien que dans mon avenue, il y a au moins quatre propriétaires qui sont touchés par ces mêmes racines, et je suis le seul à avoir eu recours à un avocat. Mes voisins attendent le résultat de mon combat qui pourrait déboucher sur une jurisprudence qui coûtera cher à la Région. » Vincent Boutet confirme : « Ma société de débouchage a quatre ou cinq clients dans cette avenue où j'interviens régulièrement. Il doit y avoir beaucoup de problèmes de ce genre en Région wallonne .» Marianne Degryse, responsable du service contentieux à la Région, tempère très fortement ces propos : « Quand des plantations de la Région posent problème, notre attitude est toujours de chercher des solutions à l'amiable. On ne craint donc pas une nouvelle jurisprudence. Il est difficile pour nous de réparer des situations dont nous ne serions pas avertis par les personnes concernées ! » Faut-il en déduire que M. Carolus serait l'exception qui confirme la règle ?
17:13
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22.07.2009
Affaire Louis Vandeskelde (161108 et 201108)
Enquête évoquée le 16 novembre 2008 sur le plateau de « L'Info Confidentielle Paris-Match » (RTL/TVI) et publiée dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique) le 20 novembre 2008.
Rumeurs au pays des Ch’tis
L’agent Louis victime de la délation
C’est le pays du ruban, des géants et des ducasses. Enclavée en Flandre mais se situant à deux pas de la frontière française, la ville de Comines-Warneton appartient à la Région wallonne et offre des facilités à sa minorité néerlandophone. Sur ces berges de la Lys où les Flamands s’expriment en français et les Picards parlent ch’timi, les cultures s’entremêlent, s’enrichissent et invitent à l’ouverture d’esprit. D’évidence aussi, à une certaine franchise dans les rapports humains.
Dès que l’on a franchi la porte de l’Hostellerie de la Place, à Ploegsteert, la serveuse Marie-Paule Fauquenot ne se fait pas prier pour donner son avis sur l’homme qui a suscité ce déplacement, si loin de la capitale : « Louis Vandeskelde ? C’est notre agent de quartier. Cela fait longtemps qu’on le connaît. C’est un brave homme qui a le cœur sur la main. Il vient régulièrement boire son café. Je vous assure qu’il n’a jamais eu de gestes déplacés envers quiconque. Ce gars-là, c’est la bonté incarnée. Toujours disponible, il a rendu d’innombrables services à des tas de personnes. Vous pouvez l’appelez à n’importe quel heure du jour et de la nuit. Il vit pour aider les gens. Je connais sa femme, Martine. C’est un beau couple. Ils sont parents et grands-parents. Ils adorent leur petite-fille. »
Au Bizet, un hameau de Ploegsteert, Delphine Lebleu fait aussi partie des gens qui n’ont que des éloges à formuler à l’endroit du policier Louis. « C’est un agent de quartier ancien modèle. Lorsqu’il y a un problème de voisinage, il va tenter de concilier les points de vue, plutôt que de rédiger des PV… Comme Louis connaît tout le monde et qu’il est très chaleureux, cela suffit à résoudre la plupart des difficultés. A la réflexion, il est autant assistant social que flic, toujours là pour aider les gens dans le besoin. A l’écoute, facilitant des tâches administratives ; il lui est même arrivé de trouver des vêtements ou des meubles pour les plus nécessiteux. Donner semble être son plaisir… »
Plus de vingt ans que Louis Vandeskelde se balade en uniforme dans le coin. Nous le retrouvons autour d’une jatte de café dans un bistrot de Comines. Avec son regard malicieux, non dissimulé par ses petites lunettes, l’homme dégage de la sympathie. Et il se met à parler et à parler encore, sans s’arrêter, comme un moulin en plein vent. Emporté par ses émotions dans un flot de mots qui finissent par entrer en collision les uns avec les autres. Au risque d’apparaître confus. « Je ne suis pas un policier qui verbalise pour un oui ou pour un non. Ma mission est de mettre fin aux infractions. Quand je vois un ivrogne sur la route, j’arrête le combi et je le fais monter à bord. Plutôt que de l’entendre au poste, je le ramène chez lui. Etre flic, c’est rendre service. Il m’est souvent arrivé, quand je voyais un gosse qui avait encore des kilomètres à rouler sous la pluie pour aller à l’école, de l’embarquer avec son vélo pour l’avancer », raconte Louis Vandeskelde.
« Des centaines de personnes sont montées dans ma camionnette, et moi, je suis allé chez tout le monde », ajoute-t-il avant que nous ayons pu enchaîner par une question. « Normal, j’ai toujours vécu ici. Quand j’étais petit, j’ai dû me retrouver sur les genoux de tous les vieux du village. Et je ne vous dis pas combien d’enfants sont ensuite venus sur les miens. Tenez, le cycliste Frank Vandenbroucke : je l’ai connu tout petit, quand il était trop gâté par sa maman. Si vous voulez, on peut faire un tour du coin, les gens vous diront qui je suis. Et ils vous offriront un verre. » Bienvenue chez les Ch’tis !
Nous référant à l’expérience de Philippe Abrams, ex-directeur de la poste à Salon-de-Provence, nous déclinons le petit tour des connaissances de l’agent Louis, préférant nous rendre en ville de Comines-Warneton pour rencontrer deux de ses collègues. « Ah, Louis, c’est vraiment un cas », nous dit le premier. « Il est volubile, exubérant et certainement trop démonstratif. Il a toujours une tendance à en faire un peu trop. Quand il me faut une page pour décrire un fait dans un procès-verbal, lui, il en remplira trois. Mis à part cela, c’est un type tout à fait correct. Il veut le bien des gens. » Un autre policier complète le portrait : « Que Louis fasse de temps en temps une petite entorse au règlement, je peux l’imaginer. Il m’étonnerait fort, par contre, qu’il doive répondre d’une infraction pénale de quelque nature que ce soit… Personne parmi ses collègues ne croit à cette histoire de mœurs avec cette adolescente. C’est de la foutaise. Louis, on le connaît depuis des années. Il a ce côté chaleureux des hommes du Nord : il serrera facilement un ami dans ses bras, il donnera facilement un bisou. Il aura un mot gentil pour une collègue féminine. En fait, il dégouline de sentiments et d’affection. Ce n’est tout de même pas un crime. »
Depuis plus de seize mois, pourtant, l’inspecteur principal Louis Vandeskelde est l’objet d’une information judiciaire diligentée par le Parquet de Tournai pour « attentat à la pudeur sans violence ni menaces sur une mineure d’âge de moins de 16 ans par une personne qui abuse de son autorité ou de sa fonction ». A l’origine de cette suspicion infamante, une lettre de dénonciation envoyée fin juin 2007 au bourgmestre de Comines-Warneton, à la police locale et au service d’aide à la jeunesse. En cause ? Des présomptions. Des interprétations…
Utilisant un ton solennel, le document rédigé par la directrice d’un établissement scolaire accuse l’agent Louis Vandeskelde d’avoir entretenu des « rapports intimes » avec une jeune Sylvie (prénom d’emprunt) âgée de 15 ans : « Mon corps professoral et moi-même (…) avons pu constater des rapports intimes entre ces deux personnes alors qu’aucun lien de parenté ne les lie », écrivent les délateurs. La lettre est cosignée par plusieurs professeurs et un éducateur.
Des « rapports intimes » ? Les mots choisis par les délateurs sont lourds de sens. Par contre, les arguments qui forgent l’infamante accusation semblent très légers : « Régulièrement, M. Louis Vandeskelde dépose Sylvie à l’école avec son véhicule de service pour revenir la chercher après les cours. Le jeudi 14 juin dernier, M. Louis Vandeskelde est même venu à l’école ramener l’équipement de sport de Sylvie durant la pause de midi. Le vendredi 22 juin, en début d’après-midi, un professeur a vu circuler Sylvie et M. Louis Vandeskelde dans les rues de Warneton à hauteur de l’école primaire Saint-Henri. » Vient alors le moment fort du réquisitoire : « Un autre professeur les a même surpris enlacés et occupés à s’embrasser “à pleine bouche” dans la voiture personnelle de M. Louis Vandeskelde. Suite à tout cela, nous avons convoqué l’élève ainsi que sa maman pour leur faire part de nos réelles inquiétudes devant de tels agissements. Notre rôle, en tant qu’enseignants et éducateurs, étant de protéger l’élève mineur. »
A aucun moment, la lettre de dénonciation ne fait état des points de vue de la « victime » et de sa mère. Ont-elles confirmé la pertinence des craintes ressenties par la direction de l’école ? Négatif, selon Louis Vandeskelde : « Quand Sylvie et sa maman ont été reçues par l’école, elles ont déclaré qu’il n’y avait absolument rien à me reprocher. Cela n’a pas empêché l’ex-directrice de cet établissement de rédiger sa lettre de dénonciation… » Contactée par Paris Match, l’ex-directrice de l’école – désormais à la retraite – rétorque qu’à ses yeux et à ceux de plusieurs de ses professeurs, le comportement du policier était « bel et bien suspect » ; que l’enseignante qui a vu l’agent Louis « embrasser » Sylvie dans sa voiture est « formelle ». Et elle croit bon d’ajouter que « suite à la lettre, l’enquête a fait ressortir de très vilaines choses sur ce policier ». Lesquelles ? « Je ne sais pas s’il s’agit de dossiers de mœurs… On ne m’a pas tout dit », répond-elle, évasive. En fait, les « vilaines choses » évoquées ici ne sont apparues dans aucune enquête judiciaire... Et la directrice élude toute demande de précision par une formule éculée : « J’ai fait mon boulot. Pour moi, c’est une affaire classée. Pour en savoir plus, adressez-vous au bourgmestre de Comines. »
Chose faite… en vain. Particulièrement impoli, le bourgmestre de Comines-Warneton, Gilbert Deleu (CDH), se contente d’éructer des propos incohérents : « Cela ne vaut pas la peine de s’intéresser à des situations pareilles. C’est de la folie furieuse ! Je ne parlerai pas. Pourquoi vous vous intéressez à ces conneries ? Les journalistes sont des fouteurs de m… » Nous espérons trouver une éclaircie chez le témoin principal de l’infamie. Cette enseignante qui aurait vu l’embrassade « à pleine bouche » entre le vieux flic et l’adolescente. Pas de rappel lorsque nous laissons nos coordonnées à sa directrice d’école. Répondeur branché en permanence à son domicile. Ce silence témoigne-t-il du fait que, pour elle aussi, ceci est « une affaire classée » ?
Peut-être pourrions-nous apprendre un peu plus en nous adressant aux parents de la victime présumée. Depuis la dénonciation, Sylvie s’est-elle plainte d’avoir été abusée par le policier Louis ? A cette question simple, nous ne recevrons d’abord qu’une réponse alambiquée et, à vrai dire, assez inédite dans ce type d’enquête. « Il faut que je demande à qui de droit ce que je peux dire ou pas », dixit la maman de l’adolescente. Qui est ce « qui de droit » ? Mystère. Quelques jours plus tard, nous relançons la famille de Sylvie. Au bout d’une demi-heure de conversation, son beau-père nous dit qu’au sein de sa famille, Sylvie ne s’est jamais plainte d’avoir été abusée ou même d’avoir été importunée d’une quelconque manière par l’agent Louis. Et que, par conséquent, aucune plainte n’a jamais été déposée à la police. Le beau-père nous confirme aussi une information donnée par Louis Vandeskelde : durant l’été 2007, après la convocation de Sylvie et de sa maman à l’école, la jeune fille a bien été autorisée par ses parents à passer plusieurs semaines de vacances chez le policier et sa femme Martine. A l’époque, cela valait sans doute mieux que n’importe quel désaveu verbal de la lettre de dénonciation !
Le beau-père semble ensuite se mordre les doigts de nous en avoir trop dit. Un peu pathétique, il veut brouiller les pistes : « Quand je vous dis oui, cela veut peut-être dire non ! » Et puis il menace, avec des mots qu’on imagine généralement réservés à ses proches : « Si vous continuez à me poser des questions, je vais me remettre à boire ! » Comme la maman de Sylvie, cet homme semble se sentir obligé de garder un silence total autour de l’« affaire », quitte à laisser s’enfler les on-dit autour de l’agent Louis. S’agit-il aussi de ne pas se mettre en porte-à-faux avec les allégations venant des enseignants d’une école encore aujourd’hui fréquentée par Sylvie ?
Sur l’océan de la rumeur, ce sont décidément les barques des lâches qui flottent le mieux. Car, in fine, il n’y a que « l’accusé » qui ose vraiment remuer cette eau salie par la délation. Pour crier son innocence mais aussi pour exprimer son dégoût. « Ces gens qui m’ont accusé sont peut-être passés à autre chose mais, moi, cette affaire, je la vis encore. Je ne me sentirai bien que quand la justice aura établi la vacuité de ces allégations. Mais pour l’heure, à cause de ces conneries, je suis encore l’objet d’interrogatoires du comité P. » « Pour l’heure » ? Au moment où Louis nous fait ces déclarations, nous sommes à la fin du mois d’octobre 2008… Si la lettre de dénonciation remontant à fin juin 2007 a bel et bien fait l’objet d’un procès-verbal dès le 2 juillet 2007, si ce PV a été transmis au Parquet de Tournai le 10 juillet 2007 et si le procureur du Roi de Tournai a demandé au Comité P, l’organe de contrôle des services de police, d’assurer la suite d’enquête en date du 28 août 2007, ce n’est qu’un an plus tard, le 20 août 2008, que le policier supposé pervers a été enfin interrogé par les bœufs-carottes. « Heureusement que je ne suis pas celui que l’on a dit, car j’aurais pu faire beaucoup de victimes avant même que l’on songe à venir me poser des questions », remarque Louis Vandeskelde, qui a encore été interrogé à la mi-octobre.
Ce trait ironique ne devrait pas faire croire que la lenteur de ces investigations quelque peu surréalistes fait rire notre homme : « Etant natif du village, je connais tout le monde et les cancans font partie de la vie locale. Et donc, en attendant désespérément la venue du Comité P ou une convocation, j’ai dû mille fois expliquer à des gens incrédules que, non, je n’avais pas été expulsé de la police. Que, non, le bruit qui courait que j’avais eu des aventures avec des mineures d’âge était une rumeur méchante… C’est incroyable, vous savez… Pour finir, des personnes étaient convaincues qu’on m’avait vu descendre menotté dans le dos du perron du commissariat… De telles histoires, une fois qu’elles sont lancées, se nourrissent d’elles-mêmes… »
Mais alors, quelle est la clé de l’énigme ? Pourquoi l’agent Louis conduisait-il parfois la jeune Sylvie à l’école ? Pourquoi l’a-t-on vu en compagnie de cette adolescente dans les rues de Warneton ? Louis répond à ces questions dans plusieurs lettres écrites à Mme le Procureur du Roi de Tournai et dans des déclarations circonstanciées au Comité P. Tous documents dont Paris Match a pu prendre connaissance. Il en ressort que la famille de Sylvie a connu d’énormes difficultés au cours de ces dernières années (violence, alcoolisme, pauvreté, logement…). Plusieurs des enfants qui en font partie ont d’ailleurs connu des périodes de placement en maison d’accueil. « En temps qu’agent de quartier, comme je l’ai toujours fait, j’ai voulu être attentif à ces personnes fragilisées », poursuit Louis Vandeskelde.
Parfois en vain, comme l’explique encore le policier : « J’ai essayé de raisonner l’une des filles qui voulait quitter le domicile familial bien trop jeune… Elle n’a rien voulu entendre, et voilà qu’à 18 ans elle est enceinte. » Plus tard, à la demande de sa maman et son beau-père, il aurait été question de « recadrer » Sylvie. « J’allais régulièrement boire une tasse de café chez ces personnes. J’étais préoccupé par leurs conditions de vie très défavorables. Tant pour eux que pour leurs enfants. Par pudeur, j’éviterai de donner certains détails que j’ai communiqués à la justice. Sylvie, de par certaines relations, a été confrontée à des expériences difficiles. Elle disait avoir des problèmes avec des personnes qui l’ennuyaient dans les environs de son école. Avec l’accord de sa mère, je l’ai donc conduite à quelques reprises. Cette enfant est défavorisée par la vie. J’ai voulu l’aider. J’ai pensé qu’il y avait moyen de lui redonner une meilleure éducation. Des repères pour qu’elle s’en sorte mieux dans la vie. Tout de suite, le courant est bien passé avec ma femme. Avec l’accord de ses parents, Sylvie a passé de plus en plus de temps chez nous. On se comportait avec elle comme si elle était notre fille. à la maison, elle avait sa chambre. C’était ma femme qui était le plus souvent en sa compagnie. Et moi, je travaillais. On a fait des excursions. On lui a payé des vêtements moins vulgaires. On lui a enseigné des rudiments de savoir-vivre. Rien d’autre ! »
Pour témoigner de sa bonne foi, le policier nous montre quelques mots que sa femme et lui ont écrits à l’attention de Sylvie lorsqu’elle logeait chez eux. Essentiellement des rappels à l’ordre. Parfois rédigés de manière ampoulée. Comportant aussi des tentatives d’analyse psychologisantes un peu lourdes et même, dans certains cas, des mots un peu crus. « Il s’agissait de lui parler dans le langage qu’elle comprenait », se défend Louis. Le policier et sa femme ont sans doute voulu en faire un peu trop... Ce qui se traduit très bien dans cet aveu de l’agent Louis : « A partir d’un certain moment, la maman de Sylvie n’a plus voulu que cela continue, parce qu’elle avait peur qu’on lui prenne sa fille. » Quelques fautes de goût ? Sans doute. Mais pas de quoi conduire un homme devant un tribunal. Aucune trace, en tous cas, de faits de mœurs. « Avec mes parents, j’ai connu Louis alors que j’étais encore une petite fille », témoigne Delphine Lebleu. « Il doit avoir quinze ans de plus que moi… Si c’était un amateur de gosses, j’aurais été en première ligne… Parfois, je suis allée sur ses genoux. Parfois aussi, il m’a serré dans ses bras dans un élan d’affection. C’est un homme qui aime le contact, mais je ne lui ai jamais connu le moindre geste ambigu. Il a toujours semblé être très heureux avec Martine qui, de ce point de vue, lui ressemble beaucoup. »
« Cette histoire est une illustration de la force destructrice de la rumeur. Dans la région, il y a des gens qui sont tellement puritains qu’ils en arrivent à avoir une imagination débordante. C’est à se demander qui sont les vrais pervers ! » conclut un collègue de l’agent Louis. Au bout de cette enquête, en effet, notre seule crainte est de rencontrer ce dernier dans les rues de Comines lorsqu’il sera blanchi des accusations formulées contre lui. C’est qu’il risquerait très fort de vouloir nous serrer dans ses tendres bras d’homme du Nord au grand cœur… Cela pourrait-il être mal interprété ?
TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN ?
En bouclant cette enquête, nous avons appris que le Parquet de Tournai était arrivé aux mêmes conclusions que Paris Match : les accusations portées contre l’agent Louis ne nécessitent qu’un « classement sans suite ». Tout est bien qui finit bien ? « Ce n’est pas si simple. Cette affaire a brisé ma carrière », réagit Louis Vandeskelde, lequel a pris connaissance de la bonne nouvelle sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match », dimanche dernier sur RTL-TVI. « A cause de ces accusations infamantes, je me suis enfoncé dans une dépression qui m’a éloigné de mon travail et a accéléré ma prochaine mise à la retraite… Je ne vais pas tourner la page aussi facilement. Je demanderai réparation. Tous mes accusateurs vont se retrouver devant le tribunal ! »
22:36
Écrit par michelbouffioux
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11.06.2009
Annexes psychiatriques des prisons (261008 et 301008)
Enquête évoquée sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 26 octobre 2008 et publiée dans l’hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 30 octobre 2008.
Sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris Match, ce dimanche, Rita De Boeck a voulu attiré l’attention sur les conditions de détention dans les annexes psychiatriques des prisons belges : « Mon fils a été l’objet d’un traitement inhumain et dégradant à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest. Envoyé en défense sociale pour être soigné, il s’est retrouvé pendant plusieurs mois dans une prison surpeuplée et sale où il ne recevait plus les soins dont il avait besoin ! ».
La famille T. réside dans le Brabant wallon. Milieu huppé, grosse villa, beaucoup d’argent. Papa (56 ans) est un avocat d’affaires d’origine américaine qui plaide pour de grandes multinationales. Maman (52 ans) est interprète ; elle exerce pour le compte de plusieurs ministères. Leur fille, âgée de 22 ans, grâce aux moyens financiers disponibles, a pris son « autonomie » depuis plus de six ans déjà pour aller étudier à l’étranger. Une manière diplomatique d’écrire qu’elle a voulu échapper à une atmosphère familiale étouffante.
En cause, les difficultés d’un couple, séparé de fait mais vivant sous le même toit. En but à des affrontements récurrents sur la manière de gérer la personnalité complexe de leur fils, Peter. Agé de 24 ans, diagnostiqué « borderline » par les psychiatres,
ce jeune homme séjourne depuis plus de quatre mois à l’annexe psychiatrique de la prison de Forest. Un lieu de détention qu’il pourra prochainement quitter « à l’essai », pour être transféré vers un établissement psychiatrique dans le sud du pays. « Durant tout son séjour en prison, Peter n’a jamais reçu l’aide thérapeutique dont il avait un impérieux besoin pour ne pas sombrer. Ses conditions de détention, comme celle de tous ceux qui résident là, étaient déplorables », accuse sa mère, Rita De Boeck.
« Les germes des difficultés existentielles et psychologiques de Peter étaient déjà présents avant sa naissance », explique-t-elle. « Au septième mois de ma grossesse, il a fait un premier arrêt cardiaque. Il en a réchappé, mais l’accouchement fut très difficile. Deux jours après sa naissance, il a fait un autre arrêt cardiaque et c’est une nouvelle fois de justesse qu’il a eu la vie sauve. Les médecins lui ont diagnostiqué de la bradycardie. En d’autres termes, son rythme cardiaque était trop lent. Afin de l’accélérer, Peter s’est vu prescrire de l’atropine et de la caféine. (Ndlr : l’un des effets secondaires de l’atropine est d’accentuer les sensations douloureuses… Quand à la caféine, tout le monde connaît ses effets excitants.) Conséquence évidente : Peter dormait peu et mal. Il criait beaucoup. Il était terriblement nerveux. Récemment, un psychiatre a estimé que mon fils garde des séquelles de cette époque sous forme d’un “minimal brain damage”. Des lésions microscopiques au cerveau qui pourrait faciliter l’apparition de troubles comportementaux (énervements, intolérance, crises de nerfs) en raison d’une sensibilité cérébrale particulière. »
Inquiète pour la santé de son fils, Rita De Boeck s’en est donc beaucoup occupé. En le surprotégeant ? Des rapports de psy qu’elle nous donne à lire parce qu’elle ne veut rien cacher le suggèrent, mais elle dément : « Mon rôle de mère consistait à être disponible pour mon fils, mais il n’y a jamais eu d’enfant-roi dans notre maison.» Le temps passant, le bébé qui ne dormait pas deviendra un enfant turbulent et complexe. « A l’école, il courait dans tous les sens », explique Rita. « Par moment, il n’était qu’une boule de nerfs dont on ne savait que faire et, à d’autres moments, il pouvait se trouver dans un état d’hyper-concentration. Il se sentait très vite frustré… » Malgré ses difficultés, Peter a pu connaître une scolarité à peu près normale qui, selon sa maman, lui a permis de suivre pendant un semestre les cours d’une université aux Etats-Unis. En Belgique, le jeune homme fréquentait les cours en anglais de l’école américaine. Et, aujourd’hui, bien qu’il soit né en Belgique, il ne parle toujours que la langue de Shakespeare.
Selon sa maman, un événement malheureux va être le déclencheur de nouvelles difficultés existentielles pour cette personnalité fragile. « Il était très proche de sa grand-mère paternelle, qui était d’expression anglophone. Elle est morte lentement d’une grave maladie alors que Peter était âgé de 15 ans. Pour lui, elle était comme un phare au milieu de l’océan de ses tourments. Il voulait l’accompagner. Il a commencé à exprimer des phrases répétitives du genre : “Je veux mourir.” Il est devenu parfois difficilement contrôlable. Et il a multiplié les “expériences” destructrices. Consommation de drogues, d’alcool, de médicaments. Automutilations, tentatives de suicides. Accès de violence. On a vécu l’enfer. Mais avant qu’il soit incarcéré, les choses allaient en s’améliorant. Il ne parlait plus de mort et il gérait de mieux en mieux ses émotions grâce au soutien d’un thérapeute comportemental. Le pire était derrière nous. J’en suis persuadée, malgré cette crise qui a causé son internement à Forest. »
La crise dont parle la maman de Peter date de février 2008. Avant de l’évoquer, il convient de préciser que depuis ses
18-19 ans, Peter a déjà connu un parcours en institution assez lourd dont témoigne Rita De Boeck : « Mon mari estimait que la psychiatrie était le seul salut pour Peter. Quand il ne le supportait plus, il demandait à un ami généraliste de lui faire un certificat pour demander sa mise en observation. C’est ainsi que mon fils s’est retrouvé pris en charge à cinq reprises par divers hôpitaux. A chaque fois, on nous l’a renvoyé en nous disant qu’il était calme et cohérent. Qu’il ne relevait pas de la psychiatrie. »
En 2007, le juge de paix de Wavre décide d’un « maintien à domicile » de Peter T. Le jeune homme peut sortir de chez lui autant qu’il le désire mais, à date fixe, il doit rendre visite à un psychiatre nommé par le magistrat. Selon Rita De Boeck, le contact entre son fils et son psychiatre désigné n’a jamais été bon. Peter aurait exprimé le besoin de voir un autre thérapeute et d’être placé dans un établissement psychiatrique. La maman accuse le médecin d’avoir laissé tombé son fils alors qu’elle ne trouvait pas de solution de placement pour cause de listes d’attente interminables. « Son psychiatre ne répondait plus au téléphone, aux lettres, aux mails. »
Est-ce ce contexte difficile, à cause duquel Peter aurait été privé de certains de ses médicaments, qui a conduit le jeune homme à une forte crise, le 6 février 2008 ? C’est la version de Rita De Boeck, mais il est bien entendu impossible pour nous d’en juger. Il n’est, en tous cas, pas contestable que, ce jour-là, Peter s’est mis à boire plus que de raison tout en ingurgitant du Valium. Qu’il a crié. Menacé. Qu’il a poussé sa mère. Vidé toutes les armoires de la cuisine et cassé tout ce qui tombait dans ses mains. Qu’à l’étage, il a pris une carabine à air comprimé (Ndlr : comme on en vendait autrefois dans les magasins de jouets, précise sa mère) et qu’il a tiré deux ou trois plombs dans le mur. Qu’enfin, il a saccagé la chambre de sa mère.
Rita De Boeck raconte : « Ce jour-là, j’ai appelé le juge de paix pour obtenir que Peter soit transféré au centre de crise de Saint-Luc ou dans n’importe quelle autre institution où il aurait pu être reçu en urgence. J’attendais une ambulance, mais c’est la police qui est venue. Les agents ont constaté les dégâts matériels qu’avait causés mon fils. Ils ont voulu acter que j’avais été aussi victime de coups et blessures. Mais je n’avais aucune blessure parce que mon fils s’en était pris essentiellement à des objets. Ils ont menotté Peter et, après un bref passage devant un juge d’instruction, il a été inculpé de coups et blessures à mon endroit, d’utilisation d’une “arme non à feu”, de menace, de destruction de bien d’autrui, etc. Et il a été jeté en prison. »
Entre le 8 février et le 20 juin 2008, Peter va donc séjourner à la prison de Nivelles. Ensuite, il sera transféré à l’annexe psychiatrique de Forest en vertu d’une ordonnance de
Début mai 2008, cette expertise sera d’ailleurs entendue par
Rita De Boeck conteste : « En seconde instance, les magistrats se sont basés sur le rapport d’un autre psychiatre qui a vu mon fils pendant quelques minutes. Ce n’est pas sérieux. Peter n’est pas du tout dangereux pour la société. La sanction était disproportionnée et inadéquate. On le condamnait, peut-être à vie puisque le terme est indéterminé, à être enfermé dans un système où il ne pourrait jamais recevoir l’aide thérapeutique dont il avait besoin ! » C’est bien là le nœud du problème, car la décision du tribunal était argumentée par l’idée parfaitement contraire que « le traitement psychiatrique adéquat de Peter (…) doit être envisagé sous forme de défense sociale »…
Il ne s’agit pas ici de contester une décision judiciaire, mais on ne nous fera pas reproche de nous interroger avec la maman de Peter sur sa correcte application. Celle-ci constate : « Les deux psychiatres et le psychologue qui ont examiné mon fils après sa crise étaient tous d’accord pour considérer qu’il pouvait souffrir d’un trouble “borderline”, qui se traduit par une instabilité, de l’impulsivité, des réactions inadéquates à certains stress… Si les experts n’étaient pas d’accord entre eux sur l’opportunité de l’interner, ils s’employaient tous à recommander différentes thérapies. Pour l’un, il fallait “une psychothérapie analytique qui puisse aller à la source des angoisses d’abandon”. Pour l’autre, “un traitement clinique d’une durée suffisante dans une unité psychiatrique spécialisée”. Pour le troisième, “une hospitalisation brève” suivie d’une “psychothérapie individuelle”… »
Ensuite, elle accuse : « La justice a prétendu prendre mon fils en charge pour le faire soigner… Mais pendant 9 mois, il n’a plus été l’objet d’aucune attention thérapeutique sérieuse. Je dois m’estimer heureuse d’avoir obtenu qu’il ait pu être vu dix minutes par mois par un psychiatre durant son séjour en annexe… psychiatrique ! On ne l’a pas soigné à Forest. On s’est contenté de le bourrer de benzodiazépines. En accordant si peu d’intérêt à la santé de ses détenus,
La colère de Rita De Boeck est aussi alimentée par les conditions de détention « moyenâgeuses » imposées à son fils et à ses codétenus : cellules sales, surpeuplées, encadrement médical minimum. « Pendant ses quatre mois de détention, il a souffert d’abcès dentaires. Il n’y jamais eu moyen qu’il voie un dentiste, ni même qu’il reçoive des antibiotiques… En plus, il a vécu en permanence dans la peur car, dans ce lieu de détention, tout le monde est mélangé sans tenir compte des pathologies. Les détenus se retrouvent à trois ou quatre dans des cellules de deux. Parfois sans que chacun puisse bénéficier d’un matelas… Par contre, des cafards et des rats, il y en a pour tout le monde. Dans cet enfer, Peter a régressé. Je l’y ai visité autant que j’ai pu. Au fil du temps, il était toujours plus hébété. Perdu. Angoissé.
Ne parlant qu’anglais, il ne savait que très peu communiquer avec les autres détenus. Certains de ses compagnons d’infortune sont déjà restés sur ce “parking” insalubre en attente d’un transfert vers un établissement de défense sociale pendant près d’un, parfois deux ans. Peter n’aurait pas supporté un tel traitement. Après avoir entendu la plaidoirie de Me Jean-Maurice Arnould, notre avocat,
« Des conditions de détention scandaleuses »
L’avocate Delphine Paci est présidente de l’Observatoire international des prisons. Elle confirme largement les propos tenus par la maman de Peter à propos des conditions de détention dans les annexes psychiatriques des prisons belges : « La directrice de l’annexe psychiatrique de Forest est une personne dévouée qui fait avec les moyens du bord, mais ceux-ci sont tellement inexistants que ces efforts sont vains. Les conditions de détention à l’annexe psychiatrique de Forest - mais aussi celles d’autres annexes psy en Belgique - peuvent être qualifiées sans exagération de scandaleuses. » La juriste confirme aussi la pertinence du mot « parking » utilisé par Rita De Boeck : « C’est un endroit où des gens désignés comme irresponsables par la justice sont parqués sans discernement dans l’attente, qui peut aller jusqu’à deux ans, d’une place en défense sociale. En annexe psychiatrique, on mélange allégrement les pathologies. Un “borderline” pourra avoir un schizo ou un pervers dangereux comme compagnon de cellule. Ce qui est souvent la source d’accidents, de violence. Paradoxalement, c’est aussi un lieu où les psychiatres sont aussi rares que la neige en été. Les soins que reçoivent les détenus sont extrêmement limités, pour ne pas dire quasi inexistants. Ce qui n’empêche évidemment pas l’administration massive d’antidépresseurs et de calmants divers. Dans les annexes psychiatriques, les cellules sont encore plus surpeuplées que dans les prisons proprement dites. A tel point que parfois des détenus se voient proposer d’aller occuper une cellule en régime normal. Un non-sens, puisqu’ils ont été envoyés là par des tribunaux ayant considéré qu’ils n’étaient pas accessibles à une peine et qu’ils avaient besoin d’une aide thérapeutique. L’expérience belge enseigne que, s’il s’agit de soigner des gens, il ne faut surtout pas les interner. Car bien des questions se posent aussi sur la qualité des soins qui sont prodigués dans les établissements de défense sociale qui, eux aussi, manquent de moyens humains et matériels. »
Pour en savoir plus, on consultera utilement le dernier rapport de l’OIP à l’adresse internet suivante : www.oipbelgique.be Les pages 112 à 118 de ce document sont consacrées aux annexes psychiatriques. On notera que, dans ce rapport, l’OIP relève l’accroissement important du nombre de personnes internées ces dernières années, en raison principalement de l’allongement des périodes de détention en défense sociale. Elle pointe aussi la qualité relative de trop d’expertises psychiatriques faites à la va-vite (pas plus de dix minutes parfois) par un nombre limité d’experts qui sont devenus des habitués des tribunaux. Le ministre de
17:20
Écrit par michelbouffioux
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