14/02/2008

Belgique (121207)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "Paris Match" (Edition Belge), le 12 décembre 2007

 

Jean-Pierre Stroobants :

« NOUS SOMMES BIEN LE PAYS DU SURREALISME »

 

compo_belgiqueCorrespondant permanent du "Monde" à Bruxelles, ancien rédacteur en chef du "Vif-L’Express", ancien rédacteur en chef adjoint du quotidien "Le Soir", maître de conférences invité au département COMU de l’université catholique de Louvain, le journaliste belge Jean-Pierre Stroobants est un observateur averti et expérimenté des soubresauts à répétition de la vie politique du Royaume.  Pour lui, « Yves Leterme s’est lui-même emprisonné dans le carcan qui l’a empêché d’aboutir ».

 

Paris Match Belgique. Quand vous croisez un confrère français et que vous devez lui résumer la « crise belge » en deux mots, par où, commencez-vous ?

 

Jean-Pierre Stroobants. Hum… Expliquer ce qui passe en Belgique en deux mots, c’est tout bonnement impossible ! J’entamerais le propos en évoquant, disons, «une crise complexe dans un pays complexe…» J’aurais tendance à remonter à 1831. Peut-être faudrait-il que je donne à ce collègue quelques éléments d’informations relatifs à l’histoire du mouvement flamand. Que je lui raconte ces frustrations et ces injustices d’un passé lointain qui, aujourd’hui encore, nourrit encore un certain romantisme culturel et l’inconscient collectif de la génération Leterme. Je lui dirais que ce que la Belgique vit en ce moment n’est pas seulement une crise linguistique, que ce n’est pas un incident soudain ; plutôt le fruit d’une longue chaîne historique dont tous les maillons devaient conduire, un jour ou l’autre, à ce type d’affrontement. Il est évident que j’ajouterais un petit commentaire sur un acteur dont le rôle a été tragiquement central dans la crise actuelle. Je veux parler d’Yves Leterme, bien entendu.

 

Et qu’en diriez-vous ?

 

Contrairement à ses prédécesseurs - je pense à des personnalités telles Martens, Dehaene ou Verhofstadt - Yves Leterme ne s’est pas bien préparé à la fonction qu’il envisageait d’occuper. Quand on a l’ambition de devenir le Premier ministre d’un pays compliqué comme la Belgique, il faut savoir jeter des ponts vers toutes les communautés. Avoir une stature d’homme d’Etat, être au dessus de la mêlée. De ce point de vue, le bilan de l’homme aux 800 000 voix flamandes est très négatif. Et puis, fait unique dans l’histoire du pays, il s’est pris deux fois de suite les pieds dans le tapis en temps que formateur ! Dès lors, de grosses questions se posent sur sa véritable compétence…

 

Outre le constat qu’il est peu ou pas rassembleur, ne peut-on pas aussi dire de l’ex-formateur qu’il manque cruellement d’expérience pour prendre en main, dès à présent, le gouvernail de la Belgique ?

 

En effet, Leterme n’apparaît pas comme quelqu’un qui disposerait de l’expérience nécessaire pour devenir Premier ministre dans un contexte fédéral aussi difficile… Il est arrivé dans le débat national comme un matamore tout en ne disposant que d’un acquis très limité. En fait, ses véritables débuts au premier plan sont très récents. Ils remontent à la fin des années 1990, au moment où il devient chef de groupe des sociaux chrétiens flamands à la Chambre. Inexpérimenté, il s’est en outre enfermé dans un carcan et, de la sorte, il s’est empêché d’aboutir. Je pense à ses slogans électoraux trop définitifs et bien entendu à ce cartel avec la N-VA ; tout le monde savait dès avant le 10 juin qu’il s’agissait d’un mouvement séparatiste à peine plus modéré que le Vlaams Belang sur le plan communautaire. Bref, la conséquence de tout cela, c’est que pour la première fois, le loup a été introduit dans la bergerie fédérale…

 

On ne s’étonnera évidemment pas ensuite que le loup ait mordu…

 

Evidemment que non. Bart De Wever, d’étape en étape, a confirmé qu’il jouait bien ce rôle de prédateur avide de mordre dans la Belgique… Mais ce qui est plus signifiant et certainement plus inquiétant, c’est de constater à quel point le leader séparatiste a tenu Leterme en otage… Ainsi d’ailleurs que la totalité du CD&V et, finalement, toute la négociation fédérale ! Tout cela avec ses cinq petits sièges à la Chambre… Leterme et ses amis du CD&V portent la responsabilité d’avoir permis à un mouvement minoritaire d’exercer un chantage au radicalisme flamingant. C’est tout sauf habile quand on veut mener une négociation fédérale dans un pays comme la Belgique.

 

Derrière cette erreur stratégique, il y a toutefois le « contexte flamand », dont Yves Leterme ne pourrait être détaché. La photo politique actuelle de la Flandre n’est guère réjouissante…

 

Il est vrai que Leterme est aussi le produit de son époque. Si on additionne les voix de l’extrême droite radicale, celles des nationalistes de la N-VA, des populistes de la liste De Decker et d’une fraction non négligeable du CD&V, cela donne du crédit aux hypothèses de Philippe Dutilleul dans « Bye Bye Belgium » : de 40 à 50 % de l’électorat flamand se sont affichés « autonomiste », pour ne pas dire séparatiste…

 

Le mobile de cette mobilisation « autonomiste » est très matérialiste. Les enjeux des revendications flamandes sont toujours financiers…

 

Il s’agit, en effet, d’un repli égoïste. Celui ci est d’autant plus étonnant qu’il s’inscrit dans un contexte où la Flandre est aux commandes de la plupart des leviers fédéraux et qu’elle a obtenu l’autonomie culturelle et économique. Comme le disait récemment Daniel Cohn Bendit, c’est extrêmement interpellant que dans une telle configuration, certains flamands continuent à se ressentir comme des victimes de l’Etat belge. On est bien dans une forme de romantisme, pas tout à fait dans la réalité des faits.

 

Dans son ouvrage intitulé « Une brève histoire de l’avenir », Jacques Attali présente la désagrégation des états nations actuels comme inéluctable… En d’autres termes, ce que certains milieux flamands revendiquent ne serait que la préfiguration d’un mouvement général en Europe ?

 

Pour ma part, je ne désire pas jouer au prévisionniste. Le présent est déjà assez interpellant : on assiste au même phénomène de repli égoïste dans d’autres pays d’Europe. Toutes proportions gardées, c’est ce qui se passe en Catalogne. En Italie du Nord aussi, où les nantis des zones industrielles ne veulent plus donner de l’argent pour ce qu’ils appellent les « nègres du Sud ». C’est ce qui s’est passé aussi en Tchéquie à l’égard de la Slovaquie… Cela pose évidemment beaucoup de question sur ce que pourrait devenir l’Europe. C’est bien parce que la Flandre n’a rien inventé que de nombreux observateurs, dans la plupart des pays de l’Union, s’intéressent en ce moment à la crise belge. Faut-il le souligner, la construction européenne telle qu’elle a été pensée depuis les pères fondateurs repose sur la solidarité, l’échange et le partage des richesses… Exactement l’inverse de ce que proposent les nationalistes égoïstes de tous crins que se multiplient sur le continent. Il faudrait demander aux Flamands qui veulent le séparatisme et l’autonomie « parce qu’ils ne veulent pas payer chaque année une voiture à un Wallon » si l’étape suivante de leur émancipation sera aussi de sortir du cadre européen ! Le cas échéant, accepteraient-ils encore d’être solidaires avec les Européens de l’Est ? Jusqu’où ira leur logique nationaliste ? Il y a un moment où ce débat sur ces mouvements de replis égoïstes et rétrogrades deviendra inévitable au niveau européen. Si tel n’est pas le cas, on n’aura plus d’Europe ou alors une Europe à soixante… N’est-ce pas déjà assez compliqué à vingt-sept ?

 

Comment réagissez-vous à la dernière péripétie en date ; Leterme remettant une nouvelle fois son tablier après plusieurs semaines de négociations ?

 

J’ai trouvé assez remarquable la façon dont le parti du formateur s’est employé à vouloir faire reposer l’échec des négociations sur les francophones, en particulier sur Joëlle Milquet… Alors qu’il est tellement évident que le CD&V est soumis aux diktats de son partenaire nationaliste. En fait, dès que le formateur a voulu se mettre au-dessus de la mêlée, tel un homme d’Etat soucieux de l’intérêt de tous et de toutes les communautés, il a été rappelé à l’ordre par Bart De Wever.

 

Et on a pu constater que quand De Wever siffle, Leterme accourt…

 

Il est, je l’ai déjà dit, l’otage de ses propres accords. Dans le même temps, et sans vouloir l’exonérer de ses responsabilités, Yves Leterme agit comme tous les autres hommes politiques de ce pays dans le cadre d’un système qui ne possède pas de circonscription fédérale ; Ses voix, il ne peut les trouver qu’en Flandre. Ce n’est pas une incitation à l’ouverture vers les autres communautés du pays. A cause de cela, en Belgique, les scrutins régionaux deviennent, en fin de compte, plus importants que les élections fédérales ! Comme l’ont déjà relevé de nombreux intellectuels belges, il y a donc des dysfonctionnements institutionnels auquel il conviendrait de remédier, des ponts à construire entre les communautés qui permettraient de sortir d’une logique de confrontation.

 

En juillet dernier, dans un article paru dans Le Monde, vous évoquiez la possibilité d'un scénario de séparation douce à la Tchécoslovaque. Avez-vous le sentiment que la Belgique a encore de l’avenir ?

 

Pour le futur immédiat, je n’ai guère de crainte… Toutefois, si ce pays ne parvient pas à se réformer, s’il devait vivre encore des situations de blocages à répétition, si rien n’est mis en place du genre pour recréer du lien entre le Nord et le Sud, telle cette circonscription électorale que j’évoquais tout à l’heure, je crains que dans dix ou quinze ans, les Flamands en arrivent à faire sécession. 

 

Après le nouvel échec de l’Orange bleue et après la gifle du vote flamand à la Chambre sur B.h.v., avez-vous le sentiment que le réputé « compromis à la belge » a vécu ? 

 

Cela pose question… Une vraie question car cette aptitude au compromis est une véritable marque de fabrique qui a fait la réputation des Belges à l’étranger. Et j’ai comme le sentiment qu’on est en train de perdre une partie de notre identité. C’est pour cela que la presse internationale dit qu’il n’y a plus de Belgique ou que ce pays va vers son éclatement : tout le monde pense avoir compris que les hommes politiques belges ne parviennent plus à trouver des consensus comme ils le faisaient si bien auparavant.

 

Un diplomate belge déclarait récemment à La Libre Belgique : « On sous-estime le nombre de points que (cette crise institutionnelle) coûte pour notre image de marque en Europe (…) Les Etats de l’Union ont la vision d’un pays totalement déchiré. Ils se demandent pourquoi nous ne parvenons pas à résoudre des problèmes qui ne devraient pas, d’après eux, être insurmontables ». Ce sentiment d’incompréhension, vous l’avez aussi rencontré ?

 

Certainement. Il est clair que la crise actuelle n’est pas bonne pour la crédibilité du pays. Et c’est la même chose sur le plan économique, comme l’a encore rappelé récemment le gouverneur de la banque nationale. Pour l’heure, des investissements étrangers sont gelés. A mon avis, si la situation politique continue à se détériorer, il y aura des désinvestissements. L’image du pays est très écornée, c’est une évidence. Elle l’est d’autant plus que la presse étrangère ne s’intéresse pas tous les jours de si près à notre pays. Actuellement, certains reporters étrangers viennent ici en se disant qu’ils vont trouver un pays à feu et à sang… Une sorte de remake de l’ex-Yougoslavie. C’est pénible. On en est tout de même pas là…

 

En France, que l’on soit d’accord ou pas avec lui, Nicolas Sarkozy évoque les problèmes du quotidien – pouvoir d’achat, insécurité…- dans sa communication vers l’opinion publique. En Belgique, des « explorateurs », « formateurs » et autres « négociateurs » passent l’essentiel de leur temps à ne pas trouver de solutions à des problèmes institutionnels. Le monde politique belge ne dessert-il pas la démocratie à l’heure où l’on se plaint si souvent du fossé qui peut exister entre les élites et le peuple ?

 

C’est effectivement l’un des problèmes que pose la crise actuelle. Si on était dans un autre pays que la Belgique, je dirais que le monde politique est train de scier la branche sur laquelle il est assis. Mais nous sommes dans ce pays complexe dont les habitants connaissent les difficultés institutionnelles depuis si longtemps. Les Belges ont donc de l’indulgence. On sent cependant que cette indulgence a des limites. Six mois sans gouvernement, on a déjà dépassé un record ! Les citoyens commencent à être excédés, ils ne comprennent plus. A cet égard, il est inquiétant de constater que la persistance de la crise a un autre effet pervers. Elle a tendance à radicaliser les positions et à accroître le fossé entre les communautés. Des sondages montrent que tant au Sud qu’au Nord, des gens en arrivent à conclure qu’il vaudrait mieux se séparer… C’est donc une terrible responsabilité qui pèse en ce moment sur le monde politique belge et on n’a pas toujours le sentiment que tous ses acteurs en ont bien conscience. Si on induit dans la population que c’est toujours la faute de l’autre, former une nouvelle majorité au Fédéral perdra une partie de son sens. Il sera trop tard, cette majorité sera construite sur du sable. Il est temps de bouger avant que le virus de la méfiance entre les communautés déclenche une épidémie d’incompréhension qui pourrait être fatale pour la Belgique.

 

Quand un candidat Premier ministre belge confond la Marseillaise et la Brabançonne, comment vous racontez cela à vos lecteurs français ? C’est la dernière blague belge ?

 

J’aime bien raconter des histoires belges aux lecteurs du Monde. Dernièrement, j’ai bien dû leur expliquer que les pompiers du Royaume devaient s’arrêter aux feux rouges au risque de se faire sanctionner par la police… Et, bien sûr, Leterme qui chante la Marseillaise, cela restera aussi un très grand moment…

 

On est tout de même dans le pays du surréalisme, cela doit se mériter un peu tous les jours…

 

Absolument. Yves Leterme a au moins démontré qu’il avait de l’humour. Même si il est involontaire et qu’il n’était pas apparu plus tôt dans sa courte carrière. Dans le fond, cette attitude surréaliste, c’est bien belge, non ?

 


 


 

 

 

18:18 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : separatisme, communautaire, politique, belgique, leterme |  Facebook |

31/01/2008

Affaire Lecrenier (291107)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "Paris Match" (Edition Belge), le 29 novembre 2007

 

Philippe Tellier à propos des «amours de détention» du meurtrier de sa famille

 

«Le diable a toujours eu quelque chose de fascinant»

 

dyn005_original_748_561_pjpeg_38869_196face4c42bf15e60d25614f4b8a747Depuis septembre 2006, Rémy Lecrenier, l’homme qui, il y a dix ans, décima une famille entière à Bas-Oha, est dans les conditions légales pour demander sa libération conditionnelle. Il ne l’a pas encore obtenue. En attendant, il multiplie les conquêtes amoureuses derrière les barreaux… «Dois-je encore m’indigner ?», s’interroge, désabusé, le mari et père des victimes, Philippe Tellier.

 

Bien évidemment, c’est le genre d’affaire dont il importe de rappeler les horribles circonstances. Toujours. Pour ne pas oublier, ne pas banaliser. Et que soient posées les bonnes questions lorsque des juges auront la lourde responsabilité de décider d’un retour dans la société de l’auteur des faits. On parle donc ici d’un tueur responsable d’une série de meurtres terribles, quatre au total, commis froidement, avec préméditation, en une journée, au début du mois de juillet 1997. Parce qu’il était jaloux, insatisfait, frustré… Rémy Lecrenier a éliminé Geneviève Tellier (50 ans) et trois de ses filles, Laurence (19 ans), Vanessa (21 ans) et Vinciane (23 ans). Pour commettre l’innommable, l’homme, qui était alors âgé de 28 ans, s’était notamment armé d’une arbalète… Ce jour-là, il avait aussi violé… Post mortem.

 

Est-ce un tel curriculum vitæ qui en fait aujourd’hui un redoutable séducteur ? «Il faut le croire. En fait, plus rien ne m’étonne», commente, d’évidence dépité, Philippe Tellier. «Je crois que le mal personnifié attire, oui ! C’est une nouvelle, cela ? Regardez tout ce qui se passe sur cette Terre… Le diable a toujours eu quelque chose de fascinant. Voyez aussi les « affaires Dutroux », « Fourniret », etc. De tous ces sinistres personnages, on a dit qu’ils recevaient de la correspondance amoureuse. Et c’était déjà le cas de Landru en son temps… Quels sont les ressorts de cela ? Je n’en sais rien… Bien sûr que c’est choquant de savoir que Lecrenier reçoit des V.h.s. (Visites hors surveillance) durant lesquelles, il peut avoir des rapports sexuels avec ses conquêtes du moment… Personnellement, j’étais déjà au courant depuis plusieurs mois. Je savais qu’il y avait eu et qu’il y a encore un véritable défilé. Cinq femmes au moins depuis qu’il est emprisonné… J’ai mes sources, moi aussi !»

 

Et cet homme meurtri, dont la vie a été complètement détruite en une journée par Lecrenier, de décoder : «Ce monstre à l’apparence humaine rentabilise à fond son ‘droit à une relation amoureuse’. En fait, il b… autant qu’il peut. Il prend son pied puisque c’est là le seul mobile de son existence : être pervers et sans scrupules.  Ses victimes actuelles et futures ont-elles seulement conscience que ce personnage, décrit comme psychopathe pendant son procès, est définitivement incapable de sentiments, d’altruisme ou d’un quelconque intérêt pour la souffrance d’autrui ? Ce qui compte pour lui, c’est sa jouissance et il prêt à l’obtenir par n’importe quel moyen…»

 

Mais pour Philippe Tellier, l’important n’est pas là : «Que des femmes soient assez stupides, naïves ou perverses  pour caresser la bête qui les mordra, inévitablement, tôt ou tard, c’est finalement leur problème à elles. Moi, mon combat reste le même : comment protéger la société le plus longtemps possible du danger que représente cet  individu. Il faut qu’il sorte le plus tard possible. C’est une question de morale : il y a à peine plus de dix ans que ma famille a été décimée par ce tueur. C’est aussi une question de sécurité. En décembre 1999, quand il a été jugé par la cour d’Assises et condamné à la perpétuité, il a été décrit par tous les psychiatres comme un homme très dangereux. Il était tout à fait responsable des actes criminels qu’il a posés dans ma maison. Son caractère narcissique le rend incapable d’avoir un regard honteux et critique sur ses propres actes. Cet homme est un récidiviste en puissance ! S’il sort, je suis persuadé qu’il tuera encore… Et s’il sort trop vite, je l’ai déjà dit et je le répète : je l’attendrai. ».

 

Il y a quelques semaines, Philippe Tellier nous confiait ceci : «Je fais toujours un même cauchemar où j’apprends qu’on a tué mes enfants. Généralement, quand on ouvre les yeux pour se libérer d’un cauchemar, c’est pour se rassurer. Mais pour moi, c’est différent. Ce mauvais rêve que je refais sans cesse correspond à la réalité. Pour l’avoir connu, pour avoir constaté son détachement pendant son procès, pour avoir entendu les experts psychiatres qui ont décrit sa personnalité, je suis certain que Lecrenier dort beaucoup mieux que moi…».

 

16:46 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : lecrenier, prisons, justice, tellier |  Facebook |

18/01/2008

Marie Claire Houard (221107)

Entretien publié dans Paris Match (Belgique), le 22 novembre 2007

 

«Humainement,  j’ai vécu une aventure extraordinaire»

 

A4_GKK1INFV5.1+nbn_A4houard_mvnLe 10 août dernier, une fonctionnaire liégeoise du ministère des Pensions, 45 ans, mariée et mère de deux grandes filles de 17 et 22 ans, s’installait derrière son PC pour écrire un petit texte sur la Belgique et l’envoyer vers un site de pétitions : «Nous, Belges de naissance, de cœur ou d’adoption, demandons que les hommes politiques respectent notre pays ! Et son Unité. Notre pays est trop petit, à l’heure de l’Europe pour être divisé. Nous, Belges de toutes les Régions et de toutes les Communautés, demandons aux hommes politiques de s’occuper des vrais problèmes tels que emploi, sécurité, santé, bien-être, l’environnement… Sans gaspiller leur temps et Notre argent à des querelles qui ne concernent qu’une petite minorité. L’Union fera notre force ! Merci». Trois mois plus tard, cette madame «Tout le Monde», sans engagement politique ou public jusque là, peut se targuer d’avoir réuni plus de 140.000 signatures et d’avoir été l’initiatrice d’un mouvement citoyen inédit dont on a assisté à un moment très fort, sinon à l’apothéose, ce dimanche 18 novembre, dans les rues de Bruxelles. Au lendemain de la «Marche pour l’Unité du Pays», c’est une Marie-Claire Houard sereine et modeste qui s’est confiée à Paris Match.

 

Tout le monde se demande qui est cette citoyenne qui, partant de rien, est parvenue à mobiliser autant de monde ce 18 novembre ? Etes-vous magicienne, sorcière ou quelque chose de ce genre ?

 

Rien de tout cela : je suis une personne comme les autres ! J’ai simplement risqué… Disons que j’ai osé et qu’ensuite, j’ai assumé. Il y a déjà des années que l’idée de faire quelque chose pour la Belgique mûrissait en moi. Le texte que j’ai déposé sur le site «pétitions.be», ces quelques mots qui ont tout lancé, c’est le fruit d’une accumulation de petites frustrations, d’incompréhensions, de toutes ces choses qui montrent que d’aucuns ont le projet de toujours plus séparer les Belges : la B.r.t. qui devient la V.r.t., la Côte belge qui devient la «Vlaamse kust» etc. Y en a marre ! Le mot «Belgique» est-il si moche à prononcer ? Mais que se passe-t-il dans ce pays qui a tous les atouts pour réussir ? Pourquoi remettre en cause tellement d’acquis ? Je me suis demandé ce que je pouvais faire en tant que citoyenne pour faire prendre conscience au monde politique qu’il était en train de s’égarer, d’oublier les vrais problèmes des gens. Certains de nos représentants oublient de gérer la cité, c’est-à-dire la vie chère, l’environnement, l’emploi… Ce pourquoi ils sont élus, ce pourquoi ils sont payés avec nos impôts. Je trouve que séparer les gens, véhiculer des clichés sur les communautés, de part et d’autre de la frontière linguistique, c’est assez minable comme projet politique. Cela manque, en tous cas, d’envergure, de hauteur. Et tout simplement, d’intelligence. J’ai donc imaginé plusieurs modes d’action. Par exemple, imprimer des t-shirts avec le coq et le lion… Finalement, après avoir créé un site Internet sur le thème de l’unité de la Belgique, je me suis dit qu’une pétition ne coûterait rien à personne… Et c’est vrai, le succès, plus de 140 000 signatures, a dépassé toutes mes espérances. Je le constate : on est encore très nombreux à se dire qu’il est étrange de vouloir séparer un pays où il n’y a pas de gros problèmes entre les gens qui le peuplent.

 

Comment êtes-vous passée à l’idée d’une marche à Bruxelles ?

 

C’est un simple enchaînement. Il y a trois mois, je n’aurais jamais imaginé qu’on en serait arrivé là ! Mais quand la pétition a atteint quelques milliers de signatures, des gens m’ont rejoint. On a formé un petit groupe. On s’est réunis, on a réfléchi… J’ai d’ailleurs épuisé tout ce qui me restait comme jours de congés ! Et puis, les médias se sont emparés de ce qui se passait : nos petites chaînes nationales d’abord, puis des tas de télés étrangères. Celle du Qatar, les Japonais de la NHK, CNN, des Coréens, des Français, des Italiens, que sais-je encore ? Cela a fait boule de neige… A tel point que mon compagnon, qui, au départ, m’avait pourtant encouragé à assumer les suites de ma pétition, en arrivait à se poser des questions ! Aujourd’hui, si j’en ai un peu assez de rencontrer des journalistes, j’aurais bien tort de me plaindre de cette médiatisation qui, évidemment, a renforcé l’attrait de la pétition.

 

Vous avez aussi fait de l’affichage, de la pub, etc…

 

Oui et honnêtement, ce développement-là m’a parfois un peu effrayée. Il se fait que le Dr Guy Spiltoir, un neurochirurgien, a rejoint le petit groupe informel qui s’était créé après le lancement de la pétition. Un homme plein d’idées, lesquelles allaient bien au-delà de ce que nous avions imaginé. Il y a eu l’ouverture d’un compte dans une banque, la réservation d’espaces publicitaires, l’impression d’affiches… Moi, je ne sais rien ou presque de l’aspect financier de toutes ces opérations. Il paraît que des gens, des signataires, ont donné des sommes parfois très importantes… Et que l’affichage a coûté 170 000 euros. Ce dont je suis certaine, c’est que les panneaux « I want you for Belgium » ont eu de l’influence. Ils ont contribué à doper le nombre de signatures de la pétition… A tel point qu’il est devenu incontournable d’aller remettre celle-ci au Parlement, ce qui a débouché sur l’idée de cette marche qui a finalement réuni 35 000 à 40 000 personnes à Bruxelles… Enfin, c’est le chiffre officiel. A mon sens, on était beaucoup plus nombreux !

 

Au cours de ces trois mois, avez-vous eu des contacts directs avec des femmes et hommes politiques belges ?

 

Quarante huit heures avant la marche, Joëlle Milquet m’a envoyé une lettre pour de me dire qu’elle y participerait. Cela dit, quand j’ai lancé la pétition, j’avais communiqué le lien Internet à tous les partis politiques, mais ma demande était restée lettre morte. A part Charles Michel qui m’a envoyé un courrier pour m’indiquer que j’avais eu une très bonne initiative.

 

Et vous ? Vous êtes plutôt de quel bord ?

 

J’ai toujours eu le cœur plus à gauche mais je n’ai pas voté pour le PS aux dernières élections en raison de la réaction trop faible de ce parti lorsqu’il a été confronté aux « affaires ». En ce qui me concerne, de toute manière, j’estime que par respect des personnes qui ont signé la pétition, je ne dois m’impliquer dans aucun parti, afin d’éviter toute forme de récupération d’une idée qui transcende les logiques partisanes ou communautaires.

 

Avez-vous l’impression que le monde politique a capté le message véhiculé par la marche du 18 novembre ?

 

Difficile à dire, mais je constate que quelques tête connues étaient là ce dimanche. Finalement, je me demande si Reynders n’a pas eu l’attitude la plus intelligente : il n’est pas venu, comprenant que le message était adressé au monde politique.

 

Quel sentiment vous inspire la crise actuelle ?

 

A mon sens, les dés sont pipés puisque l’un des négociateurs qui se trouve à la table, je veux parler de la NV-a, porte un projet clairement séparatiste et indépendantiste. J’ai aussi le sentiment d’un manque de dialogue, d’une pénurie grave de bon sens.

 

Cela dit, la tâche des politiques belges n’est pas aisée : si vous étiez à la place des élus francophones, vous céderiez en tout ou en partie aux exigences flamandes de réforme de l’Etat ?

 

C’est évident que le « dossier Belgique » est complexe. Je le conçois aisément et j’ai bien noté la difficulté de créer des coalitions entre des partis aux vues divergentes et, au surplus, entre des formations politiques qui appartiennent à des communautés différentes… Toutefois, il faudrait arrêter de tout conflictualiser. Il faudrait cesser de poser le débat en termes de « céder ceci ou cela », restaurer un dialogue. D’autant plus qu’il n’y a pas d’autre voie possible. Tout le monde le sait, au Nord comme au Sud, à droite comme au centre et à gauche… Tout le monde sait qu’on finira comme toujours par trouver un compromis… à la belge. Alors, pour l’image de la politique et de ce pays, il serait temps de siffler la fin de la récréation. Et cette fois, s’il vous plaît, que des engagements soient pris sur un long terme pour ne pas recommencer ce tour de piste communautaire après chaque élection fédérale !

 

Dire non à toute réforme de l’Etat, c’est foncer dans un mur ?

 

Certainement. Restaurer un dialogue, cela ne veut pas dire tout accepter. Et cela veut dire aussi, côté flamand, prendre des engagements sur un long terme. Pas négocier quelque chose avec, déjà, l’idée d’une étape suivante à franchir lors de la prochaine échéance électorale.

 

35 000 ou 40 000 Belges dans les rues de Bruxelles pour demander au monde politique de veiller à la pérennité du pays, c’est un succès ?

 

Quand on voit qu’on a démarré de rien, je trouve que c’est vraiment une réussite, oui. En plus, la presse néerlandophone a très peu parlé de l’événement. Et quand certains journaux flamands l’ont fait, c’était un peu dénigrant. L’un d’entre eux a même écrit que j’espérais la présence de 20 000 personnes mais qu’au maximum, il y aurait 100 Flamands et que ce ne seraient pas des vrais Flamands ! Un internaute d’Alost m’a, par exemple, écrit qu’il serait bien venu ce 18 novembre mais qu’en lisant son journal, il avait compris que ce serait une marche de francophones contre les Flamands. Il a donc changé d’avis !

 

La marche de Bruxelles, en ne réunissant que 20 % de personnes venant du nord du pays, n’a-t-elle pas surtout confirmé que la préoccupation de l’avenir de la Belgique est un sentiment essentiellement francophone ? En d’autres termes, n’auriez-vous pas atteint un résultat inverse à l’objectif que vous visiez ?

 

J’en reviens à ce que je disais à propos du problème «médiatique» qu’on a connu au Nord… Et pour avoir discuté avec beaucoup de Flamands durant ces dernières semaines, il est clair que le climat entretenu par certains de vos confrères flamands et des hommes politiques du Nord est vraiment pesant pour ceux qui se sentent Belges et Flamands. On rabâche sans cesse les thèmes du Wallon profiteur, etc. A tel point qu’un jeune homme de 25 ans m’a dit qu’il n’osait pas mettre son drapeau belge à la fenêtre de peur d’être perçu dans sa communauté comme étant un «mauvais Flamand». Il faudrait peut-être tenter une marche à Anvers pour que les Flamands osent enfin afficher leur belgitude.

 

Sur le forum électronique d’un quotidien belge, un internaute fait la remarque suivante : « Marie-Claire Houard est sans doute une petite dame brave et courageuse. Mais qu’est-ce que cette manifestation va changer ? ».

 

J’espère qu’elle va donner au monde politique le sentiment que la population n’est pas une masse amorphe qui regarde ce qui passe — ou plutôt en ce moment, ce qui ne se passe pas ! —  sans regard critique. Les citoyens sont là, ils peuvent et ils veulent se faire entendre. Ils aiment ce pays et ils sont prêts à le dire, voire si nécessaire à le crier.

 

Que retiendrez-vous de cette expérience ?

 

Au cours de ces dernières semaines, j’estime avoir vécu une aventure humaine extraordinaire. J’ai rencontré tellement de personnes. Des Flamands, des Bruxellois, des Wallons. Des Belges, quoi !

 

Certaines rencontres vous ont-elles particulièrement marquée ?

 

Oui, notamment celles avec des gens assez âgés pour avoir connu des Belges qui ont donné leur sang, leur vie, pour la liberté de ce pays. Et aujourd’hui, certains seraient prêts à se battre pour B.h.v. ? C’est tellement dérisoire. Surréaliste. Tellement idiot !

 

23:35 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : belgique |  Facebook |

10/01/2008

Alicia Allemeersch (111107 et 151107)

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL-TVi, le 11 novembre 2007 et publiée dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 15 novembre 2007

 

Alicia s’est évaporée en allant chercher un pain

 

92Dans leur petite maison de Montignies-sur-Sambre, les Allemeersch continuent à garder l’espoir, à rêver d’un miracle.  Pour eux, Alicia est toujours en vie. Mais la réalité est de plus en plus implacable, dure et triste comme l’automne qui s’installe : cela fait désormais un an que la jeune femme n’a plus donné signe de vie. Un an qu’une enquête policière –  pourtant bien menée et avec tous les moyens nécessaires – ne débouche sur aucun résultat. Un an que personne ne sait où pourrait se trouver cette maman qui, tel un personnage de la série télévisée « Cold Case », s’est volatilisée un soir de novembre 2006. « Rien ne nous prouve qu’elle serait morte. Il est possible que quelqu’un la retienne quelque part. Qu’elle soit séquestrée, peut-être droguée et à la merci d’une bande de criminels. On veut croire qu’elle reviendra », explique Marcel, le papa d’Alicia qui, ce dimanche, est venu témoigner sur le plateau de l’Info Confidentielle Paris Match ».

 

Le 12 novembre 2006, il est environ 22 h 45 lorsqu’Alicia Allemeersh, 20 ans, ferme la porte de son appartement de la rue Bosquetville à Charleroi. Depuis, elle n’est plus revenue dans ce quartier peu agréable, à proximité immédiate du ring carolo où, dans le bruit et la pollution, elle vivait depuis quelque mois avec son copain Judigaël et sa petite Jenna, aujourd’hui âgée de 21 mois… Un an plus tard, jour pour jour, plus personne ne réside à l’adresse et Marcel Allemeersch, le papa d’Alicia, le regard triste, le corps détrempé par une pluie glacée d’automne, nous montre les vitres dénudées de l’appartement sans vie du premier étage. Avec lui, nous remarchons dans les pas d’Alicia tels qu’ils ont été reconstitués par une enquête minutieuse de la Police fédérale.

 

«Ce soir-là, Alicia était sortie pour aller chercher du pain dans un night-shop de la ville basse», raconte l’homme éploré avant d’entamer notre marche dans ce décor noir de noir. En guise de paysage, à notre gauche, un petit chemin. Il nous conduit tout droit vers un quai industrieux de la Sambre où l’on ne serait guère étonné de trouver l’une ou l’autre seringue oubliée par un junkie de passage. «L’eau est très proche, à quelques dizaines de mètres, c’est pourquoi la police fédérale a fait draguer la rivière après la disparition de ma fille. Ils n’ont rien trouvé», note d’une manière désabusée, presque neutre, Marcel Allemeersch.

 

2A notre droite, la rue mène vers les soubassements du ring du Charleroi sur lequel d’innombrables voitures entretiennent une pollution sonore permanente. C’est par là que nous nous dirigeons car sous les voûtes du monstre de béton existe un petit tunnel pour piétons connu des seuls indigènes. Marcel décrit cet endroit peu hospitalier : «C’est un raccourci. Il permet de gagner un quart d’heure de marche au moins si l’on désire se rendre au centre ville. Et c’est ce qu’Alicia a fait le soir de sa disparition». Fort imprudemment car, poursuit le papa, «ce lieu n’est jamais éclairé et donc, le soir, c’est un vrai coupe-gorge. J’ai souvent conseillé à ma fille de ne pas s’aventurer par ici, une fois la nuit tombée. Mais elle ne voulait rien entendre. Alicia, que j’ai peu élevée, parce que sa maman en avait la garde principale, était assez effrontée. Je dirais qu’elle était trop franche. On aurait dit que rien ne pouvait l’effrayer. Elle avait certainement un côté un peu inconscient».

 

«Ce qui est arrivé est forcément grave»

 

A la sortie du tunnel, la ville basse de Charleroi s’offre au regard à environ deux cent mètres de distance. Dans la nuit du 12 novembre, empruntant des petites rues peu accueillantes, Alicia se rend d’abord dans un self-bank de la Fortis sur la place Albert 1er. «La dernière image de ma fille a été prise là par une caméra de surveillance. Elle a retiré 40 euros. Elle était en discussion au téléphone avec un ami. Tout à fait normale et joviale, dira plus tard cet interlocuteur». En poursuivant sa conversation téléphonique, la jeune femme se rend ensuite dans un night-shop qui se trouve tout au bout de la rue de Marchienne. Avec le papa d’Alicia, nous nous marchons dans ce quartier chaud de Charleroi où les bordels et les putes sont innombrables. Pas vraiment un endroit où une jeune fille de 20 ans devrait se promener un dimanche soir de novembre…

 

« L’enquête a établi qu’elle a bien acheté son pain chez le Pakistanais », reprend Marcel. « Et sur le chemin du retour, elle continuait à converser sur son portable. Jusqu’au moment où elle a dit à son copain François qui parlait avec elle qu’elle devait s’interrompre. Ensuite, son G.s.m. a été coupé. Puis remis en fonctionnement pendant quelques secondes avant d’être coupé définitivement. A partir de ce moment, elle disparaît. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle était quelque part  sur le chemin du retour quand elle s’est évaporée…Et c’est à peu près tout… ».

 

Alicia aurait-elle décidé de tout plaquer ? A-t-elle été enlevée ? A-t-elle été tuée ? Pour parler de toutes ces hypothèses, Marcel nous invite dans la petite maison de Montignies-sur-Sambre où il cohabite depuis onze ans avec Stéphanie, sa seconde épouse. En nous recevant, la belle-mère d’Alicia donne tout de suite le la : « Pour nous, elle est toujours en vie. Et on est certain qu’elle n’a pas fugué ». Marcel enchaîne aussitôt : « Rien ne nous prouve qu’elle serait morte. Il est possible que quelqu’un la retienne quelque part. Qu’elle soit séquestrée, peut-être droguée et à la merci d’une bande de criminels. On veut croire qu’elle reviendra ».

 

Aurélie, 18 ans, l’une des sœurs d’Alicia, vient se joindre à la conversation. « Pour moi aussi, il est exclu qu’il s’agisse d’une fugue. Si elle était partie de sa propre volonté, elle m’aurait prévenue. J’en suis certaine, elle m’aurait appelée ! On s’entendait trop bien pour qu’elle puisse me laisser comme cela. Elle aimait trop sa fille Jenna aussi pour l’abandonner de cette manière. Ce qui est arrivé à Alicia est forcément grave. Si des gens la retiennent, qu’ils la libèrent. Je m’en fous qu’ils soient punis ou pas, je  veux revoir ma sœur, vous comprenez ! ».

 

5Si les proches d’Alicia regrettent amèrement qu’il ait fallu un mois pour que la justice carolo prenne au sérieux ce dossier de disparition inquiétante, ils soulignent dans le même temps que, depuis lors, c'est-à-dire depuis que le dossier a été mis à l’instruction, les policiers n’ont pas lésiné sur les moyens pour trouver la clé de l’énigme. « On a pu lire le dossier, il est évident que les enquêteurs sont des gens sérieux et professionnels. Ils ont énormément travaillé. Il y a eu des surveillances, des écoutes. Ils n’ont reculé devant rien. C’est vraiment impressionnant. On les apprécie aussi sur le plan humain. Mais ils ne trouvent rien, aucune piste », explique Marcel. Pour illustrer le propos, Stéphanie évoque des confidences récentes que lui faisait un policier : « Ils ont l’impression de chercher une aiguille dans un grand hangar tout noir avec les yeux bandés ».

 

« Elle ne se méfiait de personne »

 

S3000044Une source autorisée proche de l’enquête confirme ce sentiment d’impuissance : « On a fait des tonnes de devoirs. Pour déboucher sur le néant. Dans la plupart des enquêtes, on a toujours un os à ronger, une piste ou l’autre, mais ici, on n’a plus rien, rien du tout. Les seuls résultats qu’on a obtenus à ce jour, en exploitant méthodiquement tous les témoignages que nous recevons sur la présence de la jeune femme à tel ou tel endroit, c’est d’avoir trouvé plusieurs « fausses Alicia », des personnes qui lui ressemblaient... Plus le temps passe, plus ce dossier devient inquiétant ».

 

Côté policier, on confirme le sentiment de la famille : «Rien dans ce dossier ne tend vers l’hypothèse de la fugue». Comme le dit Marcel, «si on veut tout plaquer, on ne fait pas d’abord un détour chez le Pakistanais, à trois kilomètres de marche, pour acheter un pain». Ce n’est pas tout. Ce soir-là, Alicia ne prend aucun vêtement, même pas sa carte d’identité. Juste avant de quitter son appartement, elle a un contact téléphonique avec une amie pour lui demander quelques tartines en dépannage pour le déjeuner de Judigaël, le lendemain matin. Ce n’est qu’en se voyant répondre que cela n’est pas possible qu’elle décide d’aller acheter du pain au seul magasin ouvert un dimanche soir à 22 h 45. Avant de partir, elle écrit aussi un mot à son compagnon annonçant son retour imminent. Au Mister Cash, elle laisse 300 euros sur son compte… Cet argent dort depuis maintenant plus d’un an. Durant tout son dernier parcours connu, elle est au téléphone avec un ami et rien dans ce qu’elle dit ne traduit une intention de partir, un quelconque stress, une déprime annonciatrice d’un départ, alimenté par un désespoir soudain. «Tous les éléments de cette affaire donnent plutôt à penser que la jeune femme a été kidnappée », confirme Gilbert Dupont, notre confrère de la « D.H.», le seul journaliste à avoir tout de suite accordé à cette affaire l’importance qu’elle mérite.

 

73Que s’est-il passé le soir du 12 novembre 2006 ? Autour de la table de la salle à manger, dans la petite maison de Montignies-sur-Sambre, ceux qui connaissent le mieux Alicia évoquent leur hypothèse avec des mots qui nous semblent convaincants.  

 

Stéphanie : « Alicia est une fille impulsive ».

 

Marcel : « Je lui ai toujours dit qu’elle était trop franche. Que cela lui causerait des ennuis ».

 

Aurélie : « Elle fonce sans réfléchir. Si quelqu’un l’embête, elle l’envoie promener. Parfois trop directement. Dans le même temps, elle fait trop vite confiance aux gens, elle est un peu naïve. »

 

Marcel : «C’était en effet très risqué de se promener dans des rues aussi malfamées que celles-là, le soir, pour une jeune fille seule !».

 

Aurélie : «Si une voiture s’est arrêtée à sa hauteur pour demander son chemin ou quoi…».

 

Marcel : «Elle est capable d’être montée à bord pour montrer le chemin…»

 

Stéphanie : « A mon avis, c’est ce qui s’est passé. Alicia ne se méfie de personne, elle a trop confiance… ».

 

Pour être complet, on signalera encore qu’au moment de sa disparition, Alicia partageait sa vie affective entre deux hommes. Le père de son enfant, Judigaël, et François, la personne avec laquelle elle parlait au téléphone en se rendant chez l’épicier pakistanais… Ces deux hommes ont été interrogés. Ils ont aussi passé avec succès le test du polygraphe et l’enquête, à ce stade, les met totalement hors de cause, de même d’ailleurs que toute personne appartenant à l’entourage de la disparue.

08:59 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : allemeersch, disparition |  Facebook |

11/11/2007

Jean-Jacques Viseur (190707)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 19 juillet 2007

Jean-Jacques Viseur : « En matière d’éthique, Charleroi a déjà trois ou quatre ans d’avance sur les autres communes de Wallonie»

 

571046-696908Lorsqu’il reçoit à son domicile de Jumet, il prend un plaisir certain à montrer sa grande bibliothèque où, amoureusement, il a rangé la collection complète de La Pléiade : des centaines de livres écrits par les plus grands noms de la littérature française et étrangère. Proust, Malraux, Gide, Baudelaire, Montherlant, Saint-John Perse, Green, Yourcenar, Char, Gracq, lonesco, Hemingway, Kafka, Faulkner, Lorca… Impossible de les nommer tous. Et c’est Giraudoux que Jean-Jacques Viseur a choisi de citer récemment alors qu’il présentait le nouveau collège des échevins de Charleroi ! Atypique autant qu’inattendu, le nouveau bourgmestre de Charleroi a hérité d’une passion de la littérature transmise par sa mère, l’écrivaine Marie-José Viseur. Et à y regarder de plus près, sa trajectoire est d’ailleurs assez romanesque. A 7 ans, comme il s’en confie pour la première fois à La Libre Match, le petit Jean-Jacques en culottes courtes allait attendre son papa, Gustave, sur un vieux banc de l’hôtel de ville. Le siège est toujours là, mais plus le père de Viseur, dont la carrière de secrétaire communal a été cassée, fin des années 1970, par… André Van Cauwenberghe, le père de Jean-Claude. En 2007, peu de temps avant de ceindre l’écharpe maïorale, c’est Jean-Jacques Viseur qui vient de barrer la route à… Philippe Van Cauwenberghe.

 

- La Libre Match. Désormais, paraît-il, vous avez le sentiment d’être le « Paolo Maldini » de la politique communale de Charleroi ». Tout va bien ?

 

- Jean-Jacques Viseur. Très bien, je vous rassure. Cette comparaison avec le capitaine de l’AC Milan, un joueur que j’admire, me va très bien, en effet. Il est âgé et moi aussi : j’ai 60 ans. Toutefois, il est encore très présent sur le terrain, avec l’envie de jouer et une particularité : il ne cherche pas à être le plus brillant comme un jeune de 20 ans qui voudrait prouver sa valeur. Non, il préfère organiser l’équipe, donner des « assist ». Il joue collectif et, de cette manière, il met en valeur le talent des autres. Pour prendre une autre référence, je citerais aussi le Général de Gaulle, qui disait que « l’ambition personnelle est une passion enfantine ». Quoiqu’il arrive, je ne me présenterai pas aux prochaines élections en 2012, même pas à une position de combat si d’aventure mon parti me le demandait : je ne joue pas pour moi ou pour un parti, mais pour Charleroi. Mon ambition est de souder ce nouveau collège qui est révolutionnaire à plus d’un titre.

 

- Parce que sa mise sur pied sanctionne la fin de l’ère Van Cau ?

 

- Nous voulons, en effet, une vraie rupture, une césure totale, avec le passé. Toutefois, ce collège se démarque aussi par la présence de personnes jeunes et, parmi elles, de cinq femmes, pas moins. C’est une première en Wallonie. Dès à présent, cette nouvelle équipe ressent une très grande cohésion. Et c’est bien de cela dont Charleroi a besoin. En tant que doyen, j’insiste auprès de tous les échevins : « Pendant trois ou quatre ans, ne faisons pas de politique partisane… Vous aurez  encore un an pour revendiquer vos différences avant les élections communales. Jusque là, le défi est tel que nous sommes forcés de reconstruire Charleroi dans la solidarité la plus grande ».

 

- Qu’appréciez-vous particulièrement dans vos nouvelles fonctions ?

 

- Bien sûr le fait qu’au niveau local, on voit rapidement les effets des décisions que l’on prend. Mais ici, ce qui est encore plus passionnant, c’est qu’on est à l’an zéro de Charleroi. Après ce qui s’est passé, il y a une fierté et une dignité à retrouver, une crise à surmonter qui présente de nombreuses facettes : économique, sociale, morale… Pouvoir jouer un rôle dans cette renaissance, que peut-on rêver de mieux en politique ?

 

- Vous avez le sentiment de vivre un moment historique ?

- Un tournant, certainement. Mais pas seulement sur le plan politique. En termes de mentalité aussi. Nous sortons d’une période où régnait un machisme très désagréable au sein du conseil communal. Il n’y pas si longtemps, une mandataire Ecolo devait faire des interventions sous les lazzis les plus grossiers de membres du collège… J’en avais parlé au bourgmestre : « Ce n’est pas possible de traiter une femme comme cela !». Il s’était contenté d’un « Moi, je n’ai rien dit ». Et l’affaire était classée. Dans cette ville, des femmes journalistes ont été traitées de « pétasses ». Je veux rompre totalement avec ce passé. C’est pour cela aussi que l’équipe a été rajeunie et féminisée.

 

- N’êtes-vous pas le premier surpris de ce qui vous arrive ?

 

- Honnêtement, il y a trois mois, si un devin m’avait prédit que je deviendrais bourgmestre de Charleroi, je lui aurais conseillé d’aller consulter un psychiatre. Mais, vraiment, je ne vis pas cela comme un aboutissement. Je n’avais jamais rêvé à cette haute responsabilité. Même pas en me rasant le matin…

 

- Comme le maçon, vous êtes maintenant au pied du mur…

 

- C’est clair. Je suis dans une position où je ne peux absolument pas décevoir. Je considère que j’ai une obligation de résultat. Mais, attention : il n’y a pas de « sauveur » en politique ! C’est même dangereux de penser en ces termes-là dans une démocratie. Le pouvoir est un jeu d’équipe.

 

- Vous allez réconcilier les Carolos avec leurs responsables politiques locaux ?

 

- D’abord, les Carolos doivent se réconcilier avec eux-mêmes ! Avec leur ville. Il faut qu’ils reprennent confiance, qu’ils aient conscience que Charleroi est une métropole. Qu’ils n’aient plus peur que l’on se moque d’eux quand ils en sortent. Bref, qu’ils se sentent à nouveau Carolos et fiers de l’être. Ici, la fusion des communes, fin des années 1970, a été ratée. Il n’y a pas eu une identification comme celle constatée dans la Cité ardente où les gens ressentent tous ce sentiment d’être Liégeois.

 

- Mais les relations avec le monde politique ?

 

- C’est évident qu’il faut les moderniser. Celles-ci ne peuvent plus être articulées autour d’avantages, de faveurs que l’on donne et que l’on reprend… Fini le temps où certains payaient leur parking et d’autres pas ! Je veux restituer à l’autorité publique son rôle majeur : celui d’être le garant de l’égalité des Carolos devant la loi. Par ailleurs, le collège améliorera radicalement les services dans deux domaines : la sécurité et la propreté. A partir de là, on procédera à un véritable redéploiement urbain parce que cette ville n’a plus connu de grand projet urbanistique depuis quarante ans.

 

- Vous voulez faire de Charleroi « une ville modèle ». C’est très ambitieux…

 

- Pas du tout ! On a des idées et des atouts. Charleroi va être vraiment transformée. De toutes les villes européennes, on est celle qui a le plus d’espace consacré à la voiture. Eh bien, on va enterrer la voiture ! Par ailleurs, 80 % du sol carolo appartient au public : c’est dire que l’on pourra mettre en œuvre un véritable plan de développement urbain sur une superficie extraordinaire. On va attirer tous les urbanistes et les meilleurs architectes d’Europe ! Charleroi sera un terrain d’expérimentation et, bientôt, une ville modèle. Avec des bâtiments publics totalement isolés, parfaitement intégrés dans l’environnement, nous aurons valeur d’exemple. On doit faire de cette ville un idéal d’architecture du XXIe siècle. C’est un cercle vertueux qui commence : nous allons avancer en termes de sécurité, de propreté et de développement urbain, et les particuliers vont revenir s’installer et investir à Charleroi. Si nous avons 10 000 habitants de plus, dans les classes moyennes, nous devenons une ville riche.

 

- Mais les prix de l’immobilier vont augmenter. Les couches de la population moins favorisées risquent alors de vivre une crise du logement…

 

- Il faudra accompagner ce redéploiement urbain d’une politique sociale importante. Possédant beaucoup de foncier, on sera en mesure d’assurer une mixité d’habitats qui permettra de ne pas exclure les habitants à revenus plus faibles.

Pour l’heure, Charleroi se distingue aussi par de très mauvais chiffres en termes de réussite scolaire. Généralement, parents sans diplôme = enfants sans diplôme… En cette matière, je suis très heureux que l’échevine de l’enseignement soit issue de l’immigration. Et c’est vrai qu’elle aura du boulot car tous les chiffres sont au rouge. C’est chez nous qu’il y a le plus de jeunes qui sortent de l’enseignement secondaire sans diplôme, que le taux de fréquentation de l’université est le plus faible. Ce n’est pas une fatalité. On va mettre les acteurs du secteur ensemble et trouver des solutions. Par exemple, dès la deuxième maternelle, on fera l’inventaire des enfants à problèmes, c’est-à-dire de ceux dont l’environnement familial demande un soutien. Il faut aussi repérer ceux qui, à 4 ou 5 ans, ne sont pas à l’école… Sans contrainte, mais par un travail social rassurant et informatif, on va aider toutes les familles en difficulté avec le milieu scolaire à rejoindre le circuit. Dans ce domaine aussi, je veux que la politique de Charleroi, dans quelques années, soit citée comme un exemple à suivre. Je veux redonner le sentiment à la population qu’il y a un ascenseur social qui fonctionne et que l’école est son moteur.

 

- Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de ne pas avoir le profil d’un municipaliste ? Au-delà de votre carrière d’avocat, vous avez été ministre des finances, président du C.a. de l’U.c.l., un ponte des mutualités chrétiennes, mais en ce qui concerne une carrière politique locale, c’est nada ou presque…

 

- J’entends bien l’objection, mais on ne peut faire fi du contexte. Je deviens bourgmestre de Charleroi dans un moment exceptionnel. Après une crise qui a été extrêmement lourde, il est apparu que j’étais la personne la mieux placée pour rassembler la nouvelle équipe et la faire gagner. Et puis, je vous le répète, j’ai été touché de plein fouet par le virus communal. Après six mois, j’en suis arrivé à peiner quand je dois encore un peu m’occuper de matières fédérales !

 

- Vous auriez dû vous y mettre plus tôt alors…

 

- Si je ne l’ai pas fait, c’est en raison d’une très mauvaise expérience. Il y a bien longtemps, mon père était le secrétaire communal de la ville de Charleroi. Il a été écarté injustement de ses fonctions, alors qu’il avait les titres requis, des compétences de haut niveau reconnues par tous… Cela fut une blessure que, familialement, on a fort ressentie. Et donc, cela m’a un peu… Enfin, pas un peu ! Cela m’a tout à fait éloigné de la vie politique communale. Avec cette expérience malheureuse, j’ai compris très tôt que la politique politicienne pouvait écraser les hommes. Mon père était un universitaire très calé dans le droit administratif. Il s’était illustré pendant la guerre en aidant la résistance. Plus tard, pendant la guerre scolaire, il avait aussi résisté à certaines pressions pour ne pas inscrire ses enfants à l’école officielle. C’était un démocrate qui se battait pour ses idées tout en respectant celles des autres. Sa réputation dépassait très largement les murs de Charleroi : il était considéré comme l’un des meilleurs juristes municipalistes du pays. Et donc, il a été cassé. Comme cela, du jour au lendemain. Il s’est retrouvé sans rien. Pour ne pas plonger dans la dépression, il a modestement commencé à tenir la comptabilité du cabinet d’avocat dans lequel j’œuvrais à l’époque. J’avais presque 30 ans. Lui, il en avait 60… Je me rends compte que c’est exactement l’âge que j’ai moi-même aujourd’hui.

 

- Et vous voilà bourgmestre de Charleroi. Un clin d’œil du destin ?

 

- Ce n’est pas le seul ! Je vais présider les séances du collège dans une pièce de l’hôtel de ville où se trouvait autrefois le bureau de mon père. C’est fascinant. Est-on là pour remplir les vœux du père sans le savoir ? Je voudrais préciser quelque chose de très important : si j’ai vu souffrir cet homme que j’adorais, je n’ai jamais eu l’esprit de revanche. Simplement, à un moment de mon existence, je me suis dit : « Si je fais de la politique, je la ferai à un autre niveau… » Et puis voilà, je suis tout de même là !

 

- Même sans l’avoir cherchée, c’est une « revanche »…

 

- Je ne veux pas le prendre comme cela. Maintenant, c’est vrai qu’un proche vient de m’écrire : « Le seul regret qu’on ait, c’est que tes parents ne voient pas cela »… Cela m’a touché, c’est exact. Mon père, on l’a vraiment cassé. Pour des raisons politiques. A l’époque, c’est le père de Jean-Claude Van Cauwenberghe – qui était 1er échevin – qui a fait le sale boulot : « C’est dommage pour vous, vous devriez  garder le poste parce que c’est vous qui avez vraiment les compétences, mais la politique a ses raisons… ».

 

- Le grand-père Van Cau écarte votre père et, aujourd’hui, c’est vous qui avez exigé le départ de son petit-fils du collège en raison de son état d’inculpé… C’est une vraie saga, l’histoire politique de cette ville…

 

- J’en conviens. On se croirait presque dans une tragédie grecque ! Pourtant, si j’ai dit non à Philippe Van Cauwenberghe, cela n’a rien à voir avec un règlement de comptes lié au passé. D’ailleurs, c’est bien cela, la tragédie grecque : ce sont les dieux qui vous placent dans des situations tourmentées que vous n’avez pas choisies.

 

- Dans une récente interview accordée à La Libre Match, Philippe Van Cauwenberghe ne chantait pas vraiment vos louanges…

 

- C’est normal. Je peux l’accepter.

 

- Il déclarait : « J’ai découvert une capacité de duplicité extraordinaire du CDH et, en particulier, de Jean-Jacques Viseur. C’est blanc et, du jour au lendemain, cela devient noir ». Ajoutant, dépité : « Je croyais qu’on travaillait entre honnêtes hommes »…

 

- C’est excessif et tout ce qui est excessif… Ma position est très claire : j’ai toujours reconnu que l’infraction qui lui est reprochée n’est pas liée à des actes de gouvernance. Je pense aussi que les éléments d’un futur non-lieu sont sans doute réunis. Dans le même temps, si Philippe Van Cauwenberghe a eu le nombre de voix qu’il a eu et la position qu’il a occupée, objectivement, c’est grâce au nom de son père. Alors, il y a tout de même une logique dans ce qui se passe. Lorsque le courant est porteur, que le nom est considéré par le public, tout est plus facile. Mais on ne peut vouloir décemment profiter d’un tel avantage sans accepter l’éventuel revers de la médaille quand la situation s’inverse. Un homme, un clan dirigé par le père de Philippe, a tenu à bout de bras un système à Charleroi et ce système est en train de s’effondrer. Pour l’heure, le poids du nom pèse évidemment et plus de la même manière qu’auparavant…

 

- Il fallait tuer le fils Van Cau pour sauver Charleroi ?

 

- Il ne fallait pas le tuer ! Simplement, Philippe, à l’instar de son père, devait faire un pas de côté. Dans quelques années, si la politique l’intéresse vraiment, il pourra revenir. Il est jeune et n’est certainement pas dans le besoin. S’il revient, bien sûr, c’est Philippe Van Cauwenberghe qui devra apparaître. Plus le fils de Jean-Claude… Durant cette dernière crise, c’est évident, Philippe n’avait pas assimilé qu’à un certain moment, dans l’intérêt de Charleroi, dans l’intérêt de son parti aussi, son destin personnel passait au second plan. Ce que d’autres mandataires socialistes ont pourtant très bien compris…

 

- Et pour l’intérêt de son fils, Jean-Claude Van Cauwenberghe ne devrait-il pas se retirer totalement de la vie politique de Charleroi ?

 

- C’est évident. Depuis le début, c’est ce que beaucoup pensent. Le père fait un tort immense au fils. Plus il est là, plus il le défend, plus il l’écrase. Si seulement Jean-Claude Van Cauwenberghe avait eu la grandeur de reconnaître, non pas une responsabilité pénale, mais une responsabilité politique… S’il avait dit clairement : « Je me suis trompé, j’ai mal contrôlé mes gens », on n’en serait certainement pas là. Tout de même, c’est lui qui a choisi Eric Lecomte comme secrétaire communal ! C’est lui aussi qui a choisi Despiegeleer pour occuper des fonctions d’échevin. Etc… Il aurait du dire : « Dans l’intérêt de Charleroi, je prends sur moi toute la responsabilité politique de cette affaire ». Immédiatement, son fils aurait été exonéré. Comme le Roi Lear de Shakespeare, Jean-Claude Van Cauwenberghe a lourdement trébuché au moment de vouloir léguer son royaume à ses créatures. Il peut continuer à crier à l’injustice, dire que l’histoire lui rendra raison mais, en se braquant, quel service rend-t-il à la ville de Charleroi et à son fils ? Moi, je n’ai aucune hostilité à l’égard de Philippe ! Il devrait réfléchir : l’ombre de son père lui a été bien plus dommageable que ma personne. Qu’il comprenne que ce qu’il vient de vivre lui permettra de se reconstruire une carrière où il ne devra rien à personne.

 

- Dans votre bibliothèque, il y a, semble-t-il, les plus grands noms de la littérature…

 

- J’ai la collection complète de « La Pléiade » ! C’est mon père qui l’a commencé et moi, j’ai continué. Toutefois, ma passion pour la lecture vient de ma mère qui était écrivain, poète. Elle a publié sous le nom de Marie-José Viseur. Je n’ai pas toujours tout compris car ce qu’elle écrivait était très surréaliste. En me donnant le goût de la littérature et de l’histoire, elle m’a conduit à appréhender la dimension épique et lyrique de la société. C’est comme cela que l’on en arrive à citer « L’Electre » de Giraudoux à l’Hôtel de ville de Charleroi, comme je l’ai fait récemment. Ce doit être une première !

 

- Avec vos 762 voix de préférence, vous n’êtes pas le bourgmestre le plus populaire de Wallonie…

 

- J’ai eu parcours totalement atypique, j’en suis conscient. Après une carrière d’avocat, je suis devenu député parce que Philippe Maystadt le voulait. Ensuite, je suis monté dans le gouvernement fédéral parce qu’il le voulait aussi et le reste de ma carrière politique a été l’image de cela. La rançon d’un tel parcours, c’est que je n’ai jamais été populaire. Mais il n’y pas que ce critère. On parle de mes 762 voix. En 1958, Gaston Eyskens, qui est pour moi certainement l’un des meilleurs premiers ministres que nous ayons eus, dans un parti qui faisait alors une majorité absolue, ne récoltait que 2 000 voix de préférence !

 

- Oseriez-vous un pronostic sur la durée de vie du nouveau collège de Charleroi. Il y a déjà eu tellement de surprises…

 

- Cette fois ci, c’est la bonne ! On ne peut pas se permettre des crises aussi graves tous les six mois. L’intérêt commun des Carolos est que nous réussissions. Ce sera un élément de cohésion.

 

- Le même principe reste d’application : inculpation équivaut à démission ?

 

- Oui, mais nous avons pris de telles précautions que cela ne devrait plus arriver. Plus aucun échevin n’est concerné par la gestion passée. En plus, ces six derniers mois, on a mis de nombreux outils de bonne gouvernance en place. On a un secrétaire communal qui est la rigueur même, un comité d’audit, un nouveau service des marchés. A cet égard, je voudrais vraiment rendre hommage à mon prédécesseur, le socialiste Léon Casaert : il s’était engagé sans réserve dans le processus de rénovation. C’est quelqu’un qui a été broyé. Il est arrivé en 2000 dans un système où on lui a dit : « C’est toujours comme cela que l’on a fait ». En droit, il est peut-être coauteur. Moralement, il ne l’est pas. Je prends le pari qu’il sera acquitté. Il faut donc imaginer ce que cet homme a vécu par rapport à la démarche très honnête dans laquelle il s’était engagé. Malgré tout, il a tenu à m’exprimer son soutien pour mon nouveau mandat. Je dis « Chapeau ! ». Humainement, il a de l’épaisseur, cet homme-là.

 

- Après avoir été le mauvais exemple, Charleroi deviendra aussi un « modèle » en termes d’éthique ?

 

- J’en ai vraiment la conviction : la foudre est tombée, maintenant on reconstruit du neuf… En matière d’éthique, on a déjà trois ou quatre ans d’avance sur les autres communes de Wallonie. Finalement, rien que de très normal : c’est toujours là où les accidents les plus graves ont eu lieu que l’on prend les mesures de précaution les plus grandes. Je vous parlais de « L’Electre » de Giraudoux. C’est un texte magnifique qui nourrit l’espoir. L’un des personnages demande à un mendiant : « Comment cela s’appelle-t-il quand le jour se lève et que tout est gâché, et que tout est saccagé et qu’on a tout perdu et que la ville brûle ? ». Le vagabond lui répond : « Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore ».

 

 

 « Je suis passé à deux doigts de la mort »

 

- La Libre Match. Vous avez combien d’enfants ?

- Jean-Jacques Viseur. Trois. Le premier, François, a fait le droit de l’environnement. Le second, Michel, vient d’être proclamé bio-ingénieur, et le troisième, Pierre, doit encore choisir une orientation. Aucun des trois ne semble vouloir faire de la politique !

-Vous les avez dégoûtés ou quoi ?

- Je pense qu’ils ont mesuré tout le poids de l’activité politique. On ne se rend pas compte – bien sûr, c’est vrai aussi dans d’autres professions – que cela implique des sacrifices familiaux parfois très lourds à porter.

- Trop lourd ?

Oui. En 2004, j’ai eu un « AVC », clairement lié au surmenage de négociations éprouvantes au régional. Je suis passé à deux doigts de la mort. J’ai bien senti chez mes enfants et ma femme, non pas des reproches, mais une interrogation :

« Est-ce ce que cela vaut la peine de sans cesse dépasser les limites et, finalement, de jouer sa vie comme cela ? ». Désormais, je ne reste pas à une réunion cinq minutes de trop. La troisième mi-temps, je ne veux plus la faire !

14:41 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : charleroi |  Facebook |

18/10/2007

Implants électronique (300907-041007)

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL/TVI, le 30 septembre 2007 et publée dans Paris Match, le 4 octobre 2007

 

Un jour serons-nous tous «pucés»?

 

Ce débat éthique majeur n’a pas encore été abordé par le monde politique belge

 

Depuis plusieurs années, la puce électronique se trouve sur notre carte bancaire. On l’aperçoit aussi sur les nouvelles cartes d’identité et elle est présente sur nos passeports dans sa version R.f.i.d., de l’anglais Radio Frequency Identification. En d’autres termes, elle peut être lue à courte distance par un scanner. La technologie actuelle propose aussi des puces R.f.i.d. qui émettent des signaux captables à plus grande distance, voire sur toute la terre lorsqu’elles sont équipées d’une balise G.p.s. Il y aussi les puces modifiables à distance, même celles implantables dans le corps humain. Bien plus vite qu’on le pense généralement, notre société devra se déterminer : après les animaux de compagnie, les chevaux et de plus en plus d’objets vendus dans le commerce, acceptera-t-elle que les hommes aussi soient « tagués » ? Des sociétés privées, principalement aux Etats-Unis, investissent déjà dans ce marché prometteur. Une discothèque en Espagne propose à ses clients un implant sous-cutané permettant de contrôler plus facilement leur entrée et leurs consommations… Choisirons-nous bientôt de « pucer » certaines catégories de la population au nom d’enjeux de santé, de sécurité ou de confort ? En Belgique, une proposition de loi déposée l’année dernière visait à implanter les délinquants sexuels… Un énorme débat éthique frappe à notre porte mais, très en retard, le monde politique belge ne s’en est pas encore emparé.

 

Pour paraphraser une pub du temps jadis : «Elle est mini, mais elle fait le maximum». A peine plus grande qu’un grain de riz, la puce implantable sous la peau de l’être humain est prête à inonder un marché immensément prometteur pour ses fabricants. Utilisant la technologie R.f.i.d., le tag «sous-cutané» vecteur d’un identifiant unique pourra contenir des tonnes d’informations sur l’identité de son porteur. «Elle est déjà commercialisée aux Etats-Unis via le secteur médical, lequel s’avère un très bon cheval de Troie pour les fabricants d’implants électroniques», précise Françoise Gilboux, l’une des animatrices d’un groupe de citoyens belges inquiets, le Collectif de Résistance à la Puce (C.r.a.p.).(1)

 

De fait, en octobre 2004, la société Applied Digital Solution (A.d.s.), qui produit la puce VeriChip, a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (F.d.a.) américaine l’autorisant à commercialiser des implants électroniques à des fins médicales. Et, fin 2006, ce leader mondial dans le secteur des puces sous-cutanées annonçait fièrement que, d’ores et déjà, plus de 600 médecins au sein de 180 hôpitaux américains adhéraient à son réseau Verimed. Ces praticiens disposent d’un kit de présentation publicitaire  visant à convaincre leurs patients qu’il est dans leur intérêt de se faire mettre une puce dans l’avant-bras. Coût : 200 $, plus le prix d’un abonnement mensuel s’élevant à 10 $. Avantage vanté : avoir en permanence sur soi un identifiant électronique permettant aux médecins, en cas d’urgence, de scanner la puce avec un lecteur pour avoir accès immédiatement au dossier médical du patient, ce qui, dans certaines circonstances, peut s’avérer vital.

 

Les fabricants de puces électroniques espèrent aussi beaucoup du marché de la mort au travers des catastrophes naturelles et autres attentats terroristes : l’identification des cadavres étant perçue comme un vecteur de développement très intéressant. Imaginez le 11 septembre 2001, l’ouragan Katrina, le tsunami : si les victimes humaines avaient été préalablement «taguées», elles auraient immédiatement été localisées et identifiées par un appendice au système Verichip, le Verytrace.

 

Dans le rayon «cadavres», on a aussi prêté à A.d.s. le projet de négocier avec l’armée américaine le remplacement des traditionnelles plaques d’identification que les soldats portent au cou (dog tags) par des puces sous-cutanées. Double avantage : grâce à la R.f.i.d., les marines pourraient être localisables et identifiables. Morts ou vifs.La sécurité est un autre grand créneau d’avenir de la puce. Pourquoi ne pas «implanter» tous les prédateurs qui font courir des risques à la société?, se disent les défenseurs de la traçabilité.

 

D’un point de vue technologique, il est évident que, bientôt, le bracelet électronique déjà utilisé en Belgique et dans le monde entier paraîtra être un objet encombrant et obsolète, certaines puces R.f.i.d. permettant à la fois de localiser leur porteur et de stocker des informations actualisables à distance. Par exemple, un certificat de bonne vie et mœurs, des extraits de dossiers judiciaires, etc. En Belgique, le 10 juillet 2006, le sénateur Jacques Brotchi (MR) déposait une proposition de loi qui préfigurait peut-être l’avenir. Son but : «taguer» certains types de délinquants sexuels pour lesquels on craint une récidive.

 

Dans un hebdomadaire, quelques jours plus part, ce neurochirurgien précisait : «J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition (...) Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être strictement encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés. Elle rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. Les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Elles ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes».(2)

 

«Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes !»

 

La question qui se pose est de fait celle des barrières à placer pour empêcher une dérive dans l’utilisation des puces R.f.i.d. Marie-Rose Cavalier, une ex-députée wallonne d’Ecolo qui a rejoint le C.r.a.p., lance ce cri d’alarme : «On se dirige comme des moutons vers une société de l’hyper contrôle. Lorsque nous aurons tous une puce électronique implantée sous la peau, plus personne ne sera libre. Pour le moment, il n’est bien sûr pas question d’implants électroniques obligatoires en Belgique, ni en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, dans des assemblées parlementaires, on a déjà discuté de projets comme l’implantation des migrants clandestins, voire de tous les Américains dès la naissance. Et puis, la technologie évolue très vite, et les mentalités ne sont pas imperméables aux arguments du marketing. Ne va-t-on pas convaincre petit à petit les opinions publiques de la nécessité pour tout un chacun d’être «pucé» pour des raisons de confort, de sécurité et puis, finalement, parce qu’on vivra dans une société où ce ne sera plus possible de faire autrement?»

 

Questionnement trop alarmiste ? Mme Cavalier objecte que «il y a dix ans, personne n’aurait osé imaginer que le gouvernement fédéral nous impose sans aucune consultation populaire de nous promener en permanence avec une puce électronique en poche ou dans le sac ! C’est pourtant bel et bien la réalité d’aujourd’hui avec les nouvelles cartes d’identité »... Comme en écho, Françoise Gilboux ajoute que «cette carte électronique, dont on ne sait pas clairement quelles sont les données lisibles et par qui, est en plus promise à bel avenir. Dans les années futures, il est évident qu’elle sera rendue nécessaire pour de plus en plus d’accès : services communaux, tels que les parcs à conteneurs, les bibliothèques, les piscines, divers services en ligne. Et le privé suivra le mouvement – il s’y prépare déjà – : la C.i. électronique sera alors indispensable pour les accès en ligne aux sites bancaires, pour les achats en ligne, les réservations d’hôtel, les accès à une messagerie sur Internet... Et puis, pourquoi pas, pour entrer dans des lieux publics comme les magasins, les transports en commun... On entrevoit aisément la suite logique : pourquoi ne pas se faire « implanter » cette puce dont on aura tout le temps besoin ? Cela pourrait paraître tellement plus pratique... Entre une obligation légale et une obligation sociale, plus hypocrite mais presque tout aussi contraignante, la frontière est extrêmement ténue».

 

Cette cheville ouvrière du C.r.a.p. prévoit aussi des dérives inquiétantes : «Si on généralise l’implant électronique sans garde-fous, cela ouvrira des perspectives qui font vraiment peur. Par exemple, la possibilité de trier la population entre ceux qui ont accès ou pas à certains lieux, à certains services, voire à certains droits ! Sans parler de la possibilité de localiser tout le monde à tout moment... Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes ! Prenons garde à ce que ne se crée une vaste toile qui, si elle tombe entre de mauvaises mains, rendra possible l’avènement d’une dictature totale». Il ne faut pas nécessairement prendre des repères dans le passé pour comprendre ce qui pourrait être effrayant dans une utilisation à mauvais escient des technologies R.f.i.d. Très récemment, un site complètement dédié à la R.f.i.d. (www.filrfid.org) évoquait une actualité qui fait plutôt froid dans le dos.

 

"60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes, c’est évidemment très peu"

 

Nous citons : «La Chine est en train de construire le plus vaste réseau de surveillance des individus grâce à un mélange de vidéo-surveillance et de R.f.i.d.. C’est dans la ville de Shenzhen que cette expérimentation est en cours. Le réseau utilise 20 000 caméras numériques « intelligentes » et des cartes R.f.i.d. afin de suivre les 12,4 millions d’habitants vivant dans ce port du Sud de la Chine. Le système repose sur les cartes de résidents, lesquelles sont toutes équipées de puces R.f.i.d.. Les données contenues dans la puce contiennent non seulement le nom et l’adresse du citoyen, mais elles incluent aussi un historique sur sa condition sociale, sa religion, son appartenance ethnique, son dossier de police, le statut de son assurance médicale. (...) L’objectif de ce dispositif est de réduire considérablement le nombre de crimes et délits, de pouvoir intervenir instantanément en cas d’accident ou d’incident en fournissant aux services sociaux, médicaux et légaux toutes les données pour réagir sur le champ. L’amusant (si l’on peut dire dans cette parodie de « 1984 »), c’est que ce chantier n’a pas été confié à une firme chinoise (elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le secteur de la R.f.i.d.), mais à une société américaine... L’histoire ne dit pas si l’accès aux informations et à leur rectification est garanti par la loi de la République du Milieu»...

 

Au travers de cet exemple, on voit bien que nos parlementaires prendraient une excellente initiative en s’emparant de ce débat qui aura une importance de plus en plus vitale pour nos libertés démocratiques. Las ! Alors qu’au cours de ces cinq dernières années, la technologie du «puçage» s’est spectaculairement développée, on constate que, sur le même laps de temps, celle-ci n’a fait l’objet que d’une seule question au parlement fédéral. Dix lignes d’interpellation, dix lignes d’une réponse d’un ministre qui dit que le gouvernement belge ne compte pas favoriser l’utilisation des implants électroniques pour les citoyens en Belgique. 60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes sur toute la planète, c’est évidemment très peu.

 

Fin juillet 2007, le Conseil d’éthique et de santé mentale de l’U.c.l. constatait lui aussi cette inertie. Dans Le Soir, son président Francis Martens évoquait les «graves dangers que les technologies R.f.i.d. peuvent représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale», alors que les «choses se mettent en place sans sensibilisation de l’opinion», sans «débat sociétaire», dans un «vide politique».Ceux qui ne sont pas sourds ou aveugles peuvent pourtant parfaitement entrevoir la société qui pourrait bientôt éclore. Par exemple, il suffit de lire le dernier ouvrage fort bien documenté de Jacques Attali : « Une brève histoire de l’avenir »(3). L’essayiste français y décrit l’avènement d’une société de l’hyper contrôle dont on entrevoit déjà les prémisses. Un nouveau monde plus dépendant que jamais de son rapport à la machine et qui s’appuiera notamment sur les implants R.f.i.d. – des biocapteurs – pour vérifier à tout moment la disponibilité, l’employabilité, la santé, la civilité... de tout un chacun.

 

«Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing des fabricants de puces» 

 

Voulons-nous de ce «progrès»-là? Un petit peu ou pas du tout ? Nos élus pourraient aussi prendre comme base de réflexion ce que Giorgio Agamben, professeur de philosophie à l’Université de Venise, écrivait dans Le Monde en janvier 2004... La carte blanche était intitulée : «Non au tatouage biopolitique» et elle résumait fort bien quelques craintes justifiées à propos de la société de l’hyper contrôle qui, insidieusement, prend ses marques : «On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. (...) L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. (...) Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.»

 

«Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing», redoute Marie-Rose Cavalier. Et, de fait, les fabricants de puces abordent déjà un marché jugé très prometteur au travers du public jeune en vantant «le confort» d’utilisation et le côté «ludique» de leur technologie. Par exemple, pour entrer dans certains endroits branchés, comme des boîtes de nuit, être «pucé» pourrait bientôt servir de sésame. Plus besoin de carte de membre, de carte d’identité, ni même de portefeuille pour payer ses consommations...

 

Anticipation ? Si peu : le système existe déjà. Dans les discothèques Baja Beach Club en Espagne et aux Pays-Bas, la puce « VeriChip » est implantée dans le bras de clients qui l’acceptent afin d’accélérer les commandes de boissons et leur paiement. Fièrement, le site Internet de cette discothèque affiche les photos de plusieurs de ses clients en train de se faire injecter leur puce électronique au moyen d’une seringue (http://www.baja.nl).

 

Un mouvement encore ultra-minoritaire ? Oui, mais pour combien de temps ? On notera par exemple ce sondage d’un think tank de l’industrie agro-alimentaire relayé et commenté par le Times en octobre 2006 : d’ores et déjà 8% des Britanniques de 13 à 19 ans et 5% des 25-40 ans se déclarent totalement disposés à payer leur achats au moyen d’une puce sous-cutanée!

 

«Des implications majeures sur le plan éthique»

 

Alors qu’elle ne semble guère tracasser le monde politique belge, la question des implants électroniques a fait l’objet d’une étude fouillée de Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (G.e.e.). Sous le titre «Aspects éthiques des implants T.i.c. dans le corps humain» (N.d.l.r. : T.i.c., pour technologies de l’information et de la communication), les scientifiques faisaient état de leur perplexité : «L’idée de se laisser implanter ces dispositifs sous la peau en vue non seulement de restaurer, mais aussi d’améliorer certaines capacités fonctionnelles éveille des visions de science-fiction effrayantes et/ou prometteuses. L’implantation de micropuces se pratique pourtant déjà, avec le risque corrélatif de formes de contrôle de l’individu et de la société. (...) Ces implants dans le corps humain, qu’ils existent déjà ou ne soient encore qu’envisagés, ont des implications majeures sur le plan éthique».

 

A propos des «dispositifs d’identification et de localisation», les experts du G.e.e. recensent trois formes de puces.

 

Celle qui est «à lecture seule» : «Similaire à celle aujourd’hui utilisée pour l’identification des animaux (cette puce) a de nombreuses applications potentielles, par exemple le repérage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mineures ou inconscientes. Plus largement, elle pourrait être utilisée comme une sorte de carte nationale d’identité, fonctionnant avec un numéro d’identification intégré».

 

Celle «à lecture/écriture» qui «contient une série d’informations pouvant êtres complétées (...) à distance. A supposer qu’elle contienne le dossier médical d’une personne et que celui-ci évolue, les informations correspondantes pourraient être ajoutées sans qu’il soit pour cela nécessaire de retirer l’implant. Les puces à lecture/écriture pourraient également faciliter et permettre l’enregistrement des transactions financières et/ou le casier judiciaire».

 

Celles qui ont, de surcroît, «une fonction de localisation» : «Outre les fonctions de lecture/écriture, certains dispositifs peuvent également émettre un signal radio localisable. (...) . Avec un tel implant, un suivi constant deviendrait possible (...) par simple appel du bon signal. Le récepteur étant mobile, cette localisation serait partout possible.»

 

Les scientifiques du G.e.e. notent encore que «des millions de R.f.i.d. se sont vendues depuis le début des années 1980 (...) pour l’identification du bétail, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire et des espèces menacées». Et que cet implant «ne contient ni produit chimique, ni batterie. La puce ne se décharge jamais et a une espérance de vie de 20 ans». Ils qualifient la « VeriChip », déjà évoquée plus haut, de « code barre humain » et soulignent, eux aussi, que cette « R.f.i.d. sous-cutanée qui s’implante dans le tissu adipeux en dessous du triceps » a un bel avenir devant elle. « Ses applications pourraient s’étendre à la sécurité des transports publics, à l’accès aux bâtiments ou installations sensibles et au suivi des personnes en liberté conditionnelle. Actuellement, le porteur doit se tenir à une courte distance d’un scanner pour que la puce soit «réveillée». Par conséquent, celle-ci ne permet de suivre ses déplacements qu’à proximité du scanner. Pour le moment », soulignent prudemment les experts du G.e.e., «la puce VeriChip n’est donc pas un système implantable de positionnement par satellites». Toutefois, «la société américaine Applied Digital Solutions (A.d.s.) a déclaré qu’un implant prototype de localisation par satellites avait été testé avec succès.» Une avancée technique, précisons-le, dont A.d.s. se vantait déjà en 2003.

 

On n’arrête pas le progrès…

 

Le G.e.e. a aussi fait le point sur quelques recherches en cours à propos des implants électroniques pour humain : «La société bavaroise Ident Technology (http://www.ident-technology.com/) propose des dispositifs utilisant le corps humain (en particulier la peau) comme transmetteur de données numériques ; (...) le brevet d’un implant télécommandé déclenchant un orgasme féminin par simple pression sur un bouton a été déposé aux Etats-Unis en janvier 2004». Il y a aussi les «biocapteurs» : «implantés dans le corps humain pour un suivi précis de certaines parties inaccessibles. Organisés en réseau, ils contrôlent de manière collective l’état de santé de leur hôte. Cela va de la collecte de données sur des paramètres physiologiques comme la pression sanguine ou le taux de glucose à la prise de décisions fondées sur ces données (par exemple, le corps médical sera averti d’un éventuel risque pour la santé)». Tout profit, notamment, pour les compagnies d’assurance qui pourraient ainsi disposer d’une «boîte noire» retraçant les dysfonctionnements comportementaux de ses clients.

 

Les experts du G.e.e. évoquent aussi «l’hippocampe artificiel». Soit «l’implantation dans le cerveau d’une puce capable de restaurer ou d’améliorer la mémoire : les informaticiens ont annoncé que, dans les vingt prochaines années, des interfaces neuronales seraient conçues qui, non seulement, augmenteraient la gamme dynamique des sens, mais amélioreraient aussi la mémoire et permettraient la «cyber-pensée» – c’est-à-dire la communication invisible avec les autres». Dans cette gamme, on verra notamment apparaître «l’implant prothétique cortical», que ces scientifiques présentent comme un «amplificateur sensoriel ou d’intelligence».

 

Un article extrêmement fouillé publié par la revue française Quasimodo explore ces «modifications corporelles» que pourrait subir l’homme du futur (4). Parmi d’innombrables recherches scientifiques, ses auteurs évoquent celles du cybernéticien britannique Kevin Warwick, qui fait des «tentatives d’intégration homme-machine» : «Il a projeté d’échanger des signaux et des émotions avec son épouse par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans son bras devrait reconnaître les messages nerveux transitant dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquerait alors ce message par Internet à une seconde puce implantée dans le bras de sa dulcinée (...). La télépathie par Internet.»

 

D’autres recherches visent à l’implantation dans le cerveau d’un émetteur-récepteur miniature pouvant relier directement l’individu au Web et au réseau téléphonique afin de communiquer des messages par la seule force de la pensée. Il y a aussi des recherches vivant à robotiser... des rats en leur plaçant une puce agissant sur le centre du plaisir. L’animal «implanté» se montre capable d’ignorer une femelle pour aller au bout d’une mission télécommandée par ses maîtres en blouses blanches...

 

A vrai dire, toutes sortes de puces sont à l’étude qui, c’est évident, n’ont pas que des aspects négatifs : elles permettront à l’aveugle de voir, au paralysé de marcher, au parkinsonnien de ne plus trembler, au sourd d’entendre et au muet d’exprimer enfin ses pensées... «La question est bien entendu de savoir jusqu’où ira l’interdépendance de plus en plus grande de l’humanité avec les machines », s’interroge Marie- Rose Cavalier. « Conçue pour aider l’homme, cette technologie ne va-t-elle pas finalement le contraindre, l’enfermer dans un monde infernal qu’il ne maîtrisera plus ? Des chercheurs, des philosophes nous invitent dès aujourd’hui à réfléchir au point de non-retour que l’on risque un jour d’atteindre. L’armée américaine, par exemple, finance des recherches sur des implants qui sont de nature à influencer la volonté de ses soldats pour les rendre plus combatifs. Jusqu’où iront de telles applications ? Sera-t-il un jour question de contrôler les émotions, les pensées de populations entières ? »

 

Dans «The Age of Spiritual Machines» (5), l’informaticien américain Ray Kurzweil a tenté d’imaginer cette avenir des implants neuronaux. Pronostic ? «Dès le milieu du 21ème siècle, des neuro-implants biocompatibles permettront d’augmenter à volonté les capacités de calcul et de mémoire du cerveau. Des liaisons directes entre le cerveau humain et l’ordinateur permettront en outre de scanner le contenu de chaque cerveau et de transférer les souvenirs et la personnalité de l’individu dans une banque de données». Notre cerveau serait donc appelé à devenir de plus en plus performant grâce aux puces électroniques. Toutefois, nous ne devrions pas être les seuls bénéficiaires de ce «progrès». 

 

Ces dernières années des parties d’échec hyper médiatisées ont régulièrement opposé des grands maîtres de ce jeu de stratégie à l’ordinateur. Il ne s’agissait là que de la représentation cathodique de l’un des grands axes des recherche actuelle : donner à la machine, les aptitudes nécessaires qui in fine devrait lui permettre d’accéder à un niveau d’intelligence… humain; Ce qui inclut bien évidemment la capacité de réagir à un stimulus émotionnel. Selon les estimations prospectives de Ray Kurzweil - relayée par le New York Times et le Courrier International- la machine pourrait bien être cet égal de l’homme -et donc son concurrent- dès avant la moitié de ce 21ème siècle… Avant de le dépasser ? 

 

Les recherches de Ray Kurzweil ont aussi été vulgarisées dans la revue Quasimodo. On y lit qu’à terme, «la puissance brute de traitement d’informations de l’ordinateur devrait s’avérer incommensurablement supérieure à celle du cerveau humain, notamment avec le remplacement de puces de silicium par des nanotubes de carbone. La partie logicielle de l’intelligence, quant à elle, serait obtenue en copiant les plans du cerveau, afin de le rétroconcevoir. (…) Le cerveau serait scanné de l’intérieur par des milliards de nanorobots, envoyés explorer le moindre capillaire cervical et étudier en gros plan tous les détails nerveux. (…) Il serait alors possible de ‘recréer ces assemblages dans des ordinateurs neuronaux suffisamment avancés qui, dès cet instant, dépasseront à une vitesse fulgurante le niveau d’intelligence humain’.»

 

«De son côté, l’humain, en fusionnant avec ‘ses propres avancées technologiques’ pourra, lui aussi, étendre le champ de sa réflexion et de son expérience. Des nanorobots intelligents implantés dans nos cerveaux permettront d’en gonfler les capacités, augmentant ‘de manière prodigieuse notre mémoire et en améliorant de façon insoupçonnable l’ensemble de nos capacités sensitives, logiques et cognitives’. Ils nous donneront surtout la possibilité de nous immerger complètement dans ‘une réalité virtuelle aussi détaillée que la “vrai” réalité’, en remplaçant les données communiquées par nos sens réels par des ‘flux artificiels de données sensorielles (…)».

 

Ce n’est pas tout : «Comme tous ces implants pourront communiquer entre eux, grâce à un réseau sans fil, s’interconnecter ou se déconnecter à volonté, ils créeront de nouveaux réseaux hybrides (à la fois biologiques et non biologiques). À partir de 2030, il ne sera même plus besoin d’une intervention chirurgicale pour implanter ces nanorobots qui pourront être «injectés dans l’organisme ou même tout simplement ingurgités. La distinction deviendra alors de plus en plus floue, entre des ‘cerveaux entièrement artificiels qui seront des copies hautement améliorées de cerveaux humains’ et des cerveaux humains massivement implantés de nanorobots différemment programmés. La question de savoir qui, de l’ordinateur ou de l’être humain, est le plus intelligent n’aura plus de sens, puisque les deux auront fusionnés. Pour Ray Kurzweil ‘le terme logique de tout ça, c’est un cerveau maintenu en survie artificielle sous perfusion qui contrôlerait des batteries d’ordinateurs surpuissants. Quel cauchemar!’

 

A la fin du siècle dernier, dans les colonnes du quotidien «Le Monde», un chercheur en intelligence artificielle, Hugo de Garis décrivait ce qui pourrait être la fin de cette histoire : l’apparition de clivages nouveaux dans une société divisée entre partisans et opposants des robots. La question pourrait être alors de savoir si nous voulons tous devenir des cyborgs (6). Esméralda et Maxence Grugier dans la revue Quasimodo partageait cette même conclusion : «Selon différents auteurs, au siècle prochain, l’humain et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition.»     

 

Elucubrations ? Fantasme ? Peut-être. Mais en 1940, qui aurait cru que l’on marcherait sur la lune moins de 30 ans plus tard ? Qui aurait imaginé que nous ayons tous notre petit téléphone portatif ? Peut-être sommes-nous encore éloignés des cauchemars évoqués par des spécialistes de la prospective. Si éloignés ?

 

Ne faudrait-il pas accorder plus d’intérêt aux conclusions des experts du GEE lorsqu’ils relevaient, il y a deux ans déjà, que «notre société contemporaine est confrontée à des changements qui touchent à l’essence anthropologique des individus. Un changement progressif est à l’oeuvre: après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité.Parallèlement à cette érosion toujours plus grande des prérogatives individuelles (qui va jusqu’àla transformation du corps humain), une attention croissante doit être portée à cette question (…) Un vaste débat social et politique s'impose sur le type d’applications qui devrait être accepté et légalement approuvé, notamment pour ce qui concerne la surveillance et l'amélioration des capacités fonctionnelles.».

 

Puissent-ils être entendus ! Dans son roman d’anticipation intitulé «1984», Georges Orwell faisait à dire à l’un des ses personnages que «dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment». A n’y prendre garde, la réalité pourrait-elle un jour dépasser largement cette fiction ? Il n’y aura plus besoin de policiers, si la technologie permet un jour de contrôler les pensées. Il n’y aura plus de liberté non plus. Juste l’uniformité des esprits, ce qui équivaut à la prison à vie pour tous...

 

(1) : Voir aussi le site www.stoppuce.be

(2) Le Vif/L’express, 28 juillet 2006.

(3) Jacques Attali, «Une brève histoire de l’avenir», Fayard, Paris, 2006.

(4) http://www.revue-quasimodo.org. N° 7 de cette revue intitulé « Modifications corporelles » 384 pages, illustré, couleur. Épuisé dans sa version papier, mais intégralement consultable en ligne.

(5) Voir la revue «Quasimodo» mais aussi «Le Courrier International», n°513 du 9 novembre 2000.

(6) Hugo de Garis, «Le siècle des robots», 9 novembre 1999, in Le Monde, Paris.

 

Elle est déjà partout... et bientôt elle vous suivra à la trace !

Comme son homonyme du monde vivant, les puces R.f.i.d. se multiplient de manière exponentielle. Un site spécialisé (www.pcinpact.com) estime qu’«en 2008, les ventes de puces électroniques dans les domaines de l’identification des médicaments, bagages, animaux, livres, billets... représenteront 6,8 milliards d’étiquettes R.f.i.d.». Cette petite étiquette «intelligente» se compose d’une puce et d’une antenne. Elle se distingue aussi par un identifiant unique. Ce qui permet à l’objet ou à la personne qui la porte d’être «tracé». L’année dernière, Hitachi a présenté la plus petite puce R.f.i.d. au monde : 0,15 mm de côté et 7,5 µm d’épaisseur. Comme l’explique un site Internet spécialisé (www.piecesetmaindoeuvre.com ), « invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui pilotent la machine ». De plus en plus d’objets sont tagués et de plus en plus d’entreprises, dont les supermarchés, les collectivités locales, les bibliothèques s’équipent de lecteurs R.f.i.d.. Les polices vont inévitablement suivre le mouvement. Couplée à une carte d’identité biométrique, comme celle que les Français porteront très bientôt, la puce R.f.i.d. permettra d’innombrables recoupements entre les informations sur les déplacements et les habitudes de vie, voire les opinions de tout un chacun.

 

Les Grenoblois du site Internet «Pièces et main d’œuvre» décrivent de manière éloquente le type de données qui pourront être recueillies dans un proche avenir sur les individus «tagués». Par exemple, lors d’une manifestation : « Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14 h 11. Manifestation des étudiants. Présence des individus X (carte d’identité n°98729872), Z (carte d’identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l’individu G (carte d’identité n°816539837) fiché pour participation au fauchage d’un champ d’O.g.m. dans la Drôme le 27/07/07. » Ou en fonction de leurs achats : « Le manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de la Grand-Place aujourd’hui à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre « 30 recettes pour maigrir en famille » emprunté à la bibliothèque du centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan’Tag de Sonia Chabert ».

 

16:06 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/10/2007

Implants électroniques pour humains 300907/041007

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL/TVI, le 30 septembre 2007 et publée dans Paris Match, le 4 octobre 2007

verichipUn jour serons-nous tous « pucés » pour des raisons de santé, de sécurité ou de confort ?

Ce débat éthique majeur n’a pas encore été abordé par le monde politique belge 

Depuis plusieurs années, la puce électronique se trouve sur notre carte bancaire. On l’aperçoit aussi sur les nouvelles cartes d’identité et elle est présente sur nos passeports dans sa version R.f.i.d., de l’anglais Radio Frequency Identification. En d’autres termes, elle peut être lue à courte distance par un scanner. La technologie actuelle propose aussi des puces R.f.i.d. qui émettent des signaux captables à plus grande distance, voire sur toute la terre lorsqu’elles sont équipées d’une balise G.p.s. Il y aussi les puces modifiables à distance, même celles implantables dans le corps humain. Bien plus vite qu’on le pense généralement, notre société devra se déterminer : après les animaux de compagnie, les chevaux et de plus en plus d’objets vendus dans le commerce, acceptera-t-elle que les hommes aussi soient « tagués » ? Des sociétés privées, principalement aux Etats-Unis, investissent déjà dans ce marché prometteur. Une discothèque en Espagne propose à ses clients un implant sous-cutané permettant de contrôler plus facilement leur entrée et leurs consommations… Choisirons-nous bientôt de « pucer » certaines catégories de la population au nom d’enjeux de santé, de sécurité ou de confort ? En Belgique, une proposition de loi déposée l’année dernière visait à implanter les délinquants sexuels… Un énorme débat éthique frappe à notre porte mais, très en retard, le monde politique belge ne s’en est pas encore emparé.

 Pour paraphraser une pub du temps jadis : «Elle est mini, mais elle fait le maximum». A peine plus grande qu’un grain de riz, la puce implantable sous la peau de l’être humain est prête à inonder un marché immensément prometteur pour ses fabricants. Utilisant la technologie R.f.i.d., le tag «sous-cutané» vecteur d’un identifiant unique pourra contenir des tonnes d’informations sur l’identité de son porteur. «Elle est déjà commercialisée aux Etats-Unis via le secteur médical, lequel s’avère un très bon cheval de Troie pour les fabricants d’implants électroniques», précise Françoise Gilboux, l’une des animatrices d’un groupe de citoyens belges inquiets, le Collectif de Résistance à la Puce (C.r.a.p.).(1)  De fait, en octobre 2004, la société Applied Digital Solution (A.d.s.), qui produit la puce VeriChip, a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (F.d.a.) américaine l’autorisant à commercialiser des implants électroniques à des fins médicales. Et, fin 2006, ce leader mondial dans le secteur des puces sous-cutanées annonçait fièrement que, d’ores et déjà, plus de 600 médecins au sein de 180 hôpitaux américains adhéraient à son réseau Verimed. Ces praticiens disposent d’un kit de présentation publicitaire  visant à convaincre leurs patients qu’il est dans leur intérêt de se faire mettre une puce dans l’avant-bras. Coût : 200 $, plus le prix d’un abonnement mensuel s’élevant à 10 $. Avantage vanté : avoir en permanence sur soi un identifiant électronique permettant aux médecins, en cas d’urgence, de scanner la puce avec un lecteur pour avoir accès immédiatement au dossier médical du patient, ce qui, dans certaines circonstances, peut s’avérer vital. Les fabricants de puces électroniques espèrent aussi beaucoup du marché de la mort au travers des catastrophes naturelles et autres attentats terroristes : l’identification des cadavres étant perçue comme un vecteur de développement très intéressant. Imaginez le 11 septembre 2001, l’ouragan Katrina, le tsunami : si les victimes humaines avaient été préalablement «taguées», elles auraient immédiatement été localisées et identifiées par un appendice au système Verichip, le Verytrace. Dans le rayon «cadavres», on a aussi prêté à A.d.s. le projet de négocier avec l’armée américaine le remplacement des traditionnelles plaques d’identification que les soldats portent au cou (dog tags) par des puces sous-cutanées. Double avantage : grâce à la R.f.i.d., les marines pourraient être localisables et identifiables. Morts ou vifs. La sécurité est un autre grand créneau d’avenir de la puce. Pourquoi ne pas «implanter» tous les prédateurs qui font courir des risques à la société?, se disent les défenseurs de la traçabilité. D’un point de vue technologique, il est évident que, bientôt, le bracelet électronique déjà utilisé en Belgique et dans le monde entier paraîtra être un objet encombrant et obsolète, certaines puces R.f.i.d. permettant à la fois de localiser leur porteur et de stocker des informations actualisables à distance. Par exemple, un certificat de bonne vie et mœurs, des extraits de dossiers judiciaires, etc. En Belgique, le 10 juillet 2006, le sénateur Jacques Brotchi (MR) déposait une proposition de loi qui préfigurait peut-être l’avenir. Son but : «taguer» certains types de délinquants sexuels pour lesquels on craint une récidive.  Dans un hebdomadaire, quelques jours plus part, ce neurochirurgien précisait : «J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition (...) Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être strictement encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés. Elle rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. Les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Elles ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes».(2)  «Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes !» La question qui se pose est de fait celle des barrières à placer pour empêcher une dérive dans l’utilisation des puces R.f.i.d. Marie-Rose Cavalier, une ex-députée wallonne d’Ecolo qui a rejoint le C.r.a.p., lance ce cri d’alarme : «On se dirige comme des moutons vers une société de l’hyper contrôle. Lorsque nous aurons tous une puce électronique implantée sous la peau, plus personne ne sera libre. Pour le moment, il n’est bien sûr pas question d’implants électroniques obligatoires en Belgique, ni en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, dans des assemblées parlementaires, on a déjà discuté de projets comme l’implantation des migrants clandestins, voire de tous les Américains dès la naissance. Et puis, la technologie évolue très vite, et les mentalités ne sont pas imperméables aux arguments du marketing. Ne va-t-on pas convaincre petit à petit les opinions publiques de la nécessité pour tout un chacun d’être «pucé» pour des raisons de confort, de sécurité et puis, finalement, parce qu’on vivra dans une société où ce ne sera plus possible de faire autrement?»  Questionnement trop alarmiste ? Mme Cavalier objecte que «il y a dix ans, personne n’aurait osé imaginer que le gouvernement fédéral nous impose sans aucune consultation populaire de nous promener en permanence avec une puce électronique en poche ou dans le sac ! C’est pourtant bel et bien la réalité d’aujourd’hui avec les nouvelles cartes d’identité »... Comme en écho, Françoise Gilboux ajoute que «cette carte électronique, dont on ne sait pas clairement quelles sont les données lisibles et par qui, est en plus promise à bel avenir. Dans les années futures, il est évident qu’elle sera rendue nécessaire pour de plus en plus d’accès : services communaux, tels que les parcs à conteneurs, les bibliothèques, les piscines, divers services en ligne. Et le privé suivra le mouvement – il s’y prépare déjà – : la C.i. électronique sera alors indispensable pour les accès en ligne aux sites bancaires, pour les achats en ligne, les réservations d’hôtel, les accès à une messagerie sur Internet... Et puis, pourquoi pas, pour entrer dans des lieux publics comme les magasins, les transports en commun... On entrevoit aisément la suite logique : pourquoi ne pas se faire « implanter » cette puce dont on aura tout le temps besoin ? Cela pourrait paraître tellement plus pratique... Entre une obligation légale et une obligation sociale, plus hypocrite mais presque tout aussi contraignante, la frontière est extrêmement ténue».  Cette cheville ouvrière du C.r.a.p. prévoit aussi des dérives inquiétantes : «Si on généralise l’implant électronique sans garde-fous, cela ouvrira des perspectives qui font vraiment peur. Par exemple, la possibilité de trier la population entre ceux qui ont accès ou pas à certains lieux, à certains services, voire à certains droits ! Sans parler de la possibilité de localiser tout le monde à tout moment... Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes ! Prenons garde à ce que ne se crée une vaste toile qui, si elle tombe entre de mauvaises mains, rendra possible l’avènement d’une dictature totale».  Il ne faut pas nécessairement prendre des repères dans le passé pour comprendre ce qui pourrait être effrayant dans une utilisation à mauvais escient des technologies R.f.i.d.. Très récemment, un site complètement dédié à la R.f.i.d. (www.filrfid.org) évoquait une actualité qui fait plutôt froid dans le dos.  "60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes, c’est évidemment très peu" Nous citons : «La Chine est en train de construire le plus vaste réseau de surveillance des individus grâce à un mélange de vidéo-surveillance et de R.f.i.d.. C’est dans la ville de Shenzhen que cette expérimentation est en cours. Le réseau utilise 20 000 caméras numériques « intelligentes » et des cartes R.f.i.d. afin de suivre les 12,4 millions d’habitants vivant dans ce port du Sud de la Chine. Le système repose sur les cartes de résidents, lesquelles sont toutes équipées de puces R.f.i.d.. Les données contenues dans la puce contiennent non seulement le nom et l’adresse du citoyen, mais elles incluent aussi un historique sur sa condition sociale, sa religion, son appartenance ethnique, son dossier de police, le statut de son assurance médicale. (...) L’objectif de ce dispositif est de réduire considérablement le nombre de crimes et délits, de pouvoir intervenir instantanément en cas d’accident ou d’incident en fournissant aux services sociaux, médicaux et légaux toutes les données pour réagir sur le champ. L’amusant (si l’on peut dire dans cette parodie de « 1984 »), c’est que ce chantier n’a pas été confié à une firme chinoise (elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le secteur de la R.f.i.d.), mais à une société américaine... L’histoire ne dit pas si l’accès aux informations et à leur rectification est garanti par la loi de la République du Milieu»...  Au travers de cet exemple, on voit bien que nos parlementaires prendraient une excellente initiative en s’emparant de ce débat qui aura une importance de plus en plus vitale pour nos libertés démocratiques. Las ! Alors qu’au cours de ces cinq dernières années, la technologie du «puçage» s’est spectaculairement développée, on constate que, sur le même laps de temps, celle-ci n’a fait l’objet que d’une seule question au parlement fédéral. Dix lignes d’interpellation, dix lignes d’une réponse d’un ministre qui dit que le gouvernement belge ne compte pas favoriser l’utilisation des implants électroniques pour les citoyens en Belgique. 60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes sur toute la planète, c’est évidemment très peu. Fin juillet 2007, le Conseil d’éthique et de santé mentale de l’U.c.l. constatait lui aussi cette inertie. Dans Le Soir, son président Francis Martens évoquait les «graves dangers que les technologies R.f.i.d. peuvent représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale», alors que les «choses se mettent en place sans sensibilisation de l’opinion», sans «débat sociétaire», dans un «vide politique». Ceux qui ne sont pas sourds ou aveugles peuvent pourtant parfaitement entrevoir la société qui pourrait bientôt éclore. Par exemple, il suffit de lire le dernier ouvrage fort bien documenté de Jacques Attali : « Une brève histoire de l’avenir »(3). L’essayiste français y décrit l’avènement d’une société de l’hyper contrôle dont on entrevoit déjà les prémisses. Un nouveau monde plus dépendant que jamais de son rapport à la machine et qui s’appuiera notamment sur les implants R.f.i.d. – des biocapteurs – pour vérifier à tout moment la disponibilité, l’employabilité, la santé, la civilité... de tout un chacun. «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing des fabricants de puces» Voulons-nous de ce «progrès»-là? Un petit peu ou pas du tout ? Nos élus pourraient aussi prendre comme base de réflexion ce que Giorgio Agamben, professeur de philosophie à l’Université de Venise, écrivait dans Le Monde en janvier 2004... La carte blanche était intitulée : «Non au tatouage biopolitique» et elle résumait fort bien quelques craintes justifiées à propos de la société de l’hyper contrôle qui, insidieusement, prend ses marques : «On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. (...) L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. (...) Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.» «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing», redoute Marie-Rose Cavalier. Et, de fait, les fabricants de puces abordent déjà un marché jugé très prometteur au travers du public jeune en vantant «le confort» d’utilisation et le côté «ludique» de leur technologie. Par exemple, pour entrer dans certains endroits branchés, comme des boîtes de nuit, être «pucé» pourrait bientôt servir de sésame. Plus besoin de carte de membre, de carte d’identité, ni même de portefeuille pour payer ses consommations...  Anticipation ? Si peu : le système existe déjà. Dans les discothèques Baja Beach Club en Espagne et aux Pays-Bas, la puce « VeriChip » est implantée dans le bras de clients qui l’acceptent afin d’accélérer les commandes de boissons et leur paiement. Fièrement, le site Internet de cette discothèque affiche les photos de plusieurs de ses clients en train de se faire injecter leur puce électronique au moyen d’une seringue (http://www.baja.nl).  Un mouvement encore ultra-minoritaire ? Oui, mais pour combien de temps ? On notera par exemple ce sondage d’un think tank de l’industrie agro-alimentaire relayé et commenté par le Times en octobre 2006 : d’ores et déjà 8% des Britanniques de 13 à 19 ans et 5% des 25-40 ans se déclarent totalement disposés à payer leur achats au moyen d’une puce sous-cutanée!  «Des implications majeures sur le plan éthique» Alors qu’elle ne semble guère tracasser le monde politique belge, la question des implants électroniques a fait l’objet d’une étude fouillée de Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (G.e.e.). Sous le titre «Aspects éthiques des implants T.i.c. dans le corps humain» (N.d.l.r. : T.i.c., pour technologies de l’information et de la communication), les scientifiques faisaient état de leur perplexité : «L’idée de se laisser implanter ces dispositifs sous la peau en vue non seulement de restaurer, mais aussi d’améliorer certaines capacités fonctionnelles éveille des visions de science-fiction effrayantes et/ou prometteuses. L’implantation de micropuces se pratique pourtant déjà, avec le risque corrélatif de formes de contrôle de l’individu et de la société. (...) Ces implants dans le corps humain, qu’ils existent déjà ou ne soient encore qu’envisagés, ont des implications majeures sur le plan éthique».  A propos des «dispositifs d’identification et de localisation», les experts du G.e.e. recensent trois formes de puces.  Celle qui est «à lecture seule» : «Similaire à celle aujourd’hui utilisée pour l’identification des animaux (cette puce) a de nombreuses applications potentielles, par exemple le repérage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mineures ou inconscientes. Plus largement, elle pourrait être utilisée comme une sorte de carte nationale d’identité, fonctionnant avec un numéro d’identification intégré».  Celle «à lecture/écriture» qui «contient une série d’informations pouvant êtres complétées (...) à distance. A supposer qu’elle contienne le dossier médical d’une personne et que celui-ci évolue, les informations correspondantes pourraient être ajoutées sans qu’il soit pour cela nécessaire de retirer l’implant. Les puces à lecture/écriture pourraient également faciliter et permettre l’enregistrement des transactions financières et/ou le casier judiciaire». Celles qui ont, de surcroît, «une fonction de localisation» : «Outre les fonctions de lecture/écriture, certains dispositifs peuvent également émettre un signal radio localisable. (...) . Avec un tel implant, un suivi constant deviendrait possible (...) par simple appel du bon signal. Le récepteur étant mobile, cette localisation serait partout possible.»  Les scientifiques du G.e.e. notent encore que «des millions de R.f.i.d. se sont vendues depuis le début des années 1980 (...) pour l’identification du bétail, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire et des espèces menacées». Et que cet implant «ne contient ni produit chimique, ni batterie. La puce ne se décharge jamais et a une espérance de vie de 20 ans». Ils qualifient la « VeriChip », déjà évoquée plus haut, de « code barre humain » et soulignent, eux aussi, que cette « R.f.i.d. sous-cutanée qui s’implante dans le tissu adipeux en dessous du triceps » a un bel avenir devant elle. « Ses applications pourraient s’étendre à la sécurité des transports publics, à l’accès aux bâtiments ou installations sensibles et au suivi des personnes en liberté conditionnelle. Actuellement, le porteur doit se tenir à une courte distance d’un scanner pour que la puce soit «réveillée». Par conséquent, celle-ci ne permet de suivre ses déplacements qu’à proximité du scanner. Pour le moment », soulignent prudemment les experts du G.e.e., «la puce VeriChip n’est donc pas un système implantable de positionnement par satellites». Toutefois, «la société américaine Applied Digital Solutions (A.d.s.) a déclaré qu’un implant prototype de localisation par satellites avait été testé avec succès.» Une avancée technique, précisons-le, dont A.d.s. se vantait déjà en 2003. On n’arrête pas le progrès… Le G.e.e. a aussi fait le point sur quelques recherches en cours à propos des implants électroniques pour humain : «La société bavaroise Ident Technology (http://www.ident-technology.com/) propose des dispositifs utilisant le corps humain (en particulier la peau) comme transmetteur de données numériques ; (...) le brevet d’un implant télécommandé déclenchant un orgasme féminin par simple pression sur un bouton a été déposé aux Etats-Unis en janvier 2004». Il y a aussi les «biocapteurs» : «implantés dans le corps humain pour un suivi précis de certaines parties inaccessibles. Organisés en réseau, ils contrôlent de manière collective l’état de santé de leur hôte. Cela va de la collecte de données sur des paramètres physiologiques comme la pression sanguine ou le taux de glucose à la prise de décisions fondées sur ces données (par exemple, le corps médical sera averti d’un éventuel risque pour la santé)». Tout profit, notamment, pour les compagnies d’assurance qui pourraient ainsi disposer d’une «boîte noire» retraçant les dysfonctionnements comportementaux de ses clients.  Les experts du G.e.e. évoquent aussi «l’hippocampe artificiel». Soit «l’implantation dans le cerveau d’une puce capable de restaurer ou d’améliorer la mémoire : les informaticiens ont annoncé que, dans les vingt prochaines années, des interfaces neuronales seraient conçues qui, non seulement, augmenteraient la gamme dynamique des sens, mais amélioreraient aussi la mémoire et permettraient la «cyber-pensée» – c’est-à-dire la communication invisible avec les autres». Dans cette gamme, on verra notamment apparaître «l’implant prothétique cortical», que ces scientifiques présentent comme un «amplificateur sensoriel ou d’intelligence». Un article extrêmement fouillé publié par la revue française Quasimodo explore ces «modifications corporelles» que pourrait subir l’homme du futur (4). Parmi d’innombrables recherches scientifiques, ses auteurs évoquent celles du cybernéticien britannique Kevin Warwick, qui fait des «tentatives d’intégration homme-machine» : «Il a projeté d’échanger des signaux et des émotions avec son épouse par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans son bras devrait reconnaître les messages nerveux transitant dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquerait alors ce message par Internet à une seconde puce implantée dans le bras de sa dulcinée (...). La télépathie par Internet.» D’autres recherches visent à l’implantation dans le cerveau d’un émetteur-récepteur miniature pouvant relier directement l’individu au Web et au réseau téléphonique afin de communiquer des messages par la seule force de la pensée. Il y a aussi des recherches vivant à robotiser... des rats en leur plaçant une puce agissant sur le centre du plaisir. L’animal «implanté» se montre capable d’ignorer une femelle pour aller au bout d’une mission télécommandée par ses maîtres en blouses blanches...  A vrai dire, toutes sortes de puces sont à l’étude qui, c’est évident, n’ont pas que des aspects négatifs : elles permettront à l’aveugle de voir, au paralysé de marcher, au parkinsonnien de ne plus trembler, au sourd d’entendre et au muet d’exprimer enfin ses pensées... «La question est bien entendu de savoir jusqu’où ira l’interdépendance de plus en plus grande de l’humanité avec les machines », s’interroge Marie- Rose Cavalier. « Conçue pour aider l’homme, cette technologie ne va-t-elle pas finalement le contraindre, l’enfermer dans un monde infernal qu’il ne maîtrisera plus ? Des chercheurs, des philosophes nous invitent dès aujourd’hui à réfléchir au point de non-retour que l’on risque un jour d’atteindre. L’armée américaine, par exemple, finance des recherches sur des implants qui sont de nature à influencer la volonté de ses soldats pour les rendre plus combatifs. Jusqu’où iront de telles applications ? Sera-t-il un jour question de contrôler les émotions, les pensées de populations entières ? »  Dans «The Age of Spiritual Machines» (5), l’informaticien américain Ray Kurzweil a tenté d’imaginer cette avenir des implants neuronaux. Pronostic ? «Dès le milieu du 21ème siècle, des neuro-implants biocompatibles permettront d’augmenter à volonté les capacités de calcul et de mémoire du cerveau. Des liaisons directes entre le cerveau humain et l’ordinateur permettront en outre de scanner le contenu de chaque cerveau et de transférer les souvenirs et la personnalité de l’individu dans une banque de données». Notre cerveau serait donc appelé à devenir de plus en plus performant grâce aux puces électroniques. Toutefois, nous ne devrions pas être les seuls bénéficiaires de ce «progrès».   Ces dernières années des parties d’échec hyper médiatisées ont régulièrement opposé des grands maîtres de ce jeu de stratégie à l’ordinateur. Il ne s’agissait là que de la représentation cathodique de l’un des grands axes des recherche actuelle : donner à la machine, les aptitudes nécessaires qui in fine devrait lui permettre d’accéder à un niveau d’intelligence… humain; Ce qui inclut bien évidemment la capacité de réagir à un stimulus émotionnel. Selon les estimations prospectives de Ray Kurzweil - relayée par le New York Times et le Courrier International- la machine pourrait bien être cet égal de l’homme -et donc son concurrent- dès avant la moitié de ce 21ème siècle… Avant de le dépasser ?   Les recherches de Ray Kurzweil ont aussi été vulgarisées dans la revue Quasimodo. On y lit qu’à terme, «la puissance brute de traitement d’informations de l’ordinateur devrait s’avérer incommensurablement supérieure à celle du cerveau humain, notamment avec le remplacement de puces de silicium par des nanotubes de carbone. La partie logicielle de l’intelligence, quant à elle, serait obtenue en copiant les plans du cerveau, afin de le rétroconcevoir. (…) Le cerveau serait scanné de l’intérieur par des milliards de nanorobots, envoyés explorer le moindre capillaire cervical et étudier en gros plan tous les détails nerveux. (…) Il serait alors possible de ‘recréer ces assemblages dans des ordinateurs neuronaux suffisamment avancés qui, dès cet instant, dépasseront à une vitesse fulgurante le niveau d’intelligence humain’.»  «De son côté, l’humain, en fusionnant avec ‘ses propres avancées technologiques’ pourra, lui aussi, étendre le champ de sa réflexion et de son expérience. Des nanorobots intelligents implantés dans nos cerveaux permettront d’en gonfler les capacités, augmentant ‘de manière prodigieuse notre mémoire et en améliorant de façon insoupçonnable l’ensemble de nos capacités sensitives, logiques et cognitives’. Ils nous donneront surtout la possibilité de nous immerger complètement dans ‘une réalité virtuelle aussi détaillée que la “vrai” réalité’, en remplaçant les données communiquées par nos sens réels par des ‘flux artificiels de données sensorielles (…)».  Ce n’est pas tout : «Comme tous ces implants pourront communiquer entre eux, grâce à un réseau sans fil, s’interconnecter ou se déconnecter à volonté, ils créeront de nouveaux réseaux hybrides (à la fois biologiques et non biologiques). À partir de 2030, il ne sera même plus besoin d’une intervention chirurgicale pour implanter ces nanorobots qui pourront être «injectés dans l’organisme ou même tout simplement ingurgités. La distinction deviendra alors de plus en plus floue, entre des ‘cerveaux entièrement artificiels qui seront des copies hautement améliorées de cerveaux humains’ et des cerveaux humains massivement implantés de nanorobots différemment programmés. La question de savoir qui, de l’ordinateur ou de l’être humain, est le plus intelligent n’aura plus de sens, puisque les deux auront fusionnés. Pour Ray Kurzweil ‘le terme logique de tout ça, c’est un cerveau maintenu en survie artificielle sous perfusion qui contrôlerait des batteries d’ordinateurs surpuissants. Quel cauchemar!’ A la fin du siècle dernier, dans les colonnes du quotidien «Le Monde», un chercheur en intelligence artificielle, Hugo de Garis décrivait ce qui pourrait être la fin de cette histoire : l’apparition de clivages nouveaux dans une société divisée entre partisans et opposants des robots. La question pourrait être alors de savoir si nous voulons tous devenir des cyborgs (6). Esméralda et Maxence Grugier dans la revue Quasimodo partageait cette même conclusion : «Selon différents auteurs, au siècle prochain, l’humain et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition.»       Elucubrations ? Fantasme ? Peut-être. Mais en 1940, qui aurait cru que l’on marcherait sur la lune moins de 30 ans plus tard ? Qui aurait imaginé que nous ayons tous notre petit téléphone portatif ? Peut-être sommes-nous encore éloignés des cauchemars évoqués par des spécialistes de la prospective. Si éloignés ? Ne faudrait-il pas accorder plus d’intérêt aux conclusions des experts du GEE lorsqu’ils relevaient, il y a deux ans déjà, que «notre société contemporaine est confrontée à des changements qui touchent à l’essence anthropologique des individus. Un changement progressif est à l’oeuvre: après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité.Parallèlement à cette érosion toujours plus grande des prérogatives individuelles (qui va jusqu’àla transformation du corps humain), une attention croissante doit être portée à cette question (…) Un vaste débat social et politique s'impose sur le type d’applications qui devrait être accepté et légalement approuvé, notamment pour ce qui concerne la surveillance et l'amélioration des capacités fonctionnelles.».  Puissent-ils être entendus ! Dans son roman d’anticipation intitulé «1984», Georges Orwell faisait à dire à l’un des ses personnages que «dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment». A n’y prendre garde, la réalité pourrait-elle un jour dépasser largement cette fiction ? Il n’y aura plus besoin de policiers, si la technologie permet un jour de contrôler les pensées. Il n’y aura plus de liberté non plus. Juste l’uniformité des esprits, ce qui équivaut à la prison à vie pour tous... (1) : Voir aussi le site www.stoppuce.be(2) Le Vif/L’express, 28 juillet 2006.(3) Jacques Attali, «Une brève histoire de l’avenir», Fayard, Paris, 2006.(4) http://www.revue-quasimodo.org. N° 7 de cette revue intitulé « Modifications corporelles » 384 pages, illustré, couleur. Épuisé dans sa version papier, mais intégralement consultable en ligne.(5) Voir la revue «Quasimodo» mais aussi «Le Courrier International», n°513 du 9 novembre 2000.(6) Hugo de Garis, «Le siècle des robots», 9 novembre 1999, in Le Monde, Paris.   Elle est déjà partout... et bientôt elle vous suivra à la trace !

Comme son homonyme du monde vivant, les puces R.f.i.d. se multiplient de manière exponentielle. Un site spécialisé (www.pcinpact.com) estime qu’«en 2008, les ventes de puces électroniques dans les domaines de l’identification des médicaments, bagages, animaux, livres, billets... représenteront 6,8 milliards d’étiquettes R.f.i.d.». Cette petite étiquette «intelligente» se compose d’une puce et d’une antenne. Elle se distingue aussi par un identifiant unique. Ce qui permet à l’objet ou à la personne qui la porte d’être «tracé». L’année dernière, Hitachi a présenté la plus petite puce R.f.i.d. au monde : 0,15 mm de côté et 7,5 µm d’épaisseur. Comme l’explique un site Internet spécialisé (www.piecesetmaindoeuvre.com ), « invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui pilotent la machine ». De plus en plus d’objets sont tagués et de plus en plus d’entreprises, dont les supermarchés, les collectivités locales, les bibliothèques s’équipent de lecteurs R.f.i.d.. Les polices vont inévitablement suivre le mouvement. Couplée à une carte d’identité biométrique, comme celle que les Français porteront très bientôt, la puce R.f.i.d. permettra d’innombrables recoupements entre les informations sur les déplacements et les habitudes de vie, voire les opinions de tout un chacun.

Les Grenoblois du site Internet «Pièces et main d’œuvre» décrivent de manière éloquente le type de données qui pourront être recueillies dans un proche avenir sur les individus «tagués». Par exemple, lors d’une manifestation : « Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14 h 11. Manifestation des étudiants. Présence des individus X (carte d’identité n°98729872), Z (carte d’identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l’individu G (carte d’identité n°816539837) fiché pour participation au fauchage d’un champ d’O.g.m. dans la Drôme le 27/07/07. » Ou en fonction de leurs achats : « Le manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de la Grand-Place aujourd’hui à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre « 30 recettes pour maigrir en famille » emprunté à la bibliothèque du centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan’Tag de Sonia Chabert ».

15:12 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : libertes individuelles |  Facebook |