06/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (070304)

Article publié dans le quotidien belge "La Dernière Heure", le 7 mars 2004 (version intégrale) 

 

Julie et Melissa

Les a priori du juge Langlois

 

Pour le magistrat, il était établi que Julie Lejeune et Melissa Russo n’ont jamais quitté la maison de Marc Dutroux… avant que l’enquête sur les circonstances de leur séquestration ait vraiment commencé.

 

En octobre 1997, des enquêteurs de Neufchâteau prenaient connaissance du témoignage d’Hélène F., une dame qui disait avoir vu Julie Lejeune et Melissa Russo à Charleroi. Vers le mois de septembre 1995, ce témoin aurait aperçu les deux petites liégeoises alors qu’elles entraient, accompagnées d’un jeune homme, dans une boîte de nuit proche du domicile de Marc Dutroux à Marcinelle et de la gare du sud.

 

Cette piste a fortement intéressé le parquet de Neufchâteau en raison de la personnalité de propriétaire de l’établissement désigné par Madame F. Très présent dans le monde de la nuit à Charleroi, celui-ci était aussi une proche relation de Michel Piro, un restaurateur de la région qui avait été assassiné en novembre 1996…  Soit peu de temps après qu’il eu fait savoir qu’il avait des «révélations» à fournir sur l’affaire Julie et Melissa.

 

Bien plus tard, l’enquête judiciaire sur l’assassinat de Piro n’aboutira pas à la conclusion qu’il ait été tué pour une raison liée aux enlèvements d’enfants. C’est son épouse, Véronique Laurent, qui a finalement été condamnée comme commanditaire du meurtre. Le mobile serait d’ordre privé. Toutefois, le fait que le ministère public ait également cité Mme Laurent et plusieurs membres de la famille Piro à comparaître au procès d’Arlon laisse présager que le procureur du Roi Bourlet et l’avocat général Andries se posent encore des questions sur ce dossier.

 

Quoiqu’il en soit, en 1997, au moment où Madame F. témoignait, l’affaire Piro n’avait pas encore livré sa vérité officielle et d’autres témoignages présents à cette époque dans le dossier de Neufchâteau étaient de nature à poser question sur un lien potentiel entre l’établissement désigné par le témoin et Marc Dutroux. Des gendarmes chargés de ce volet d’enquête, mais aussi le procureur du Roi Bourlet étaient donc d’avis qu’il ne serait pas inutile de perquisitionner la boîte de nuit…

 

Ordonnance négative

 

Pas le juge d’instruction Jacques Langlois. Nous pouvons ici révéler le contenu de l’ordonnance négative rédigée par ce magistrat instructeur en date du 30 octobre 1997. Il s’opposait fermement à la perquisition envisagée au motif que le témoignage de Mme F. était «tardif et imprécis».  De fait, Mme F. témoignait en 1997 d’un évènement qu’elle avait vu en 1995. Elle ne pouvait pas être tout à fait certaine que les petites filles qu’elle avait aperçues étaient bien Julie et Melissa. Elle ne pouvait enfin situer le jour exact de cette rencontre fortuite.

 

Ce premier argument sur le caractère tardif du témoignage peut donc être entendu. Toutefois, le magistrat croyait bon de motiver son ordonnance par d’autres convictions qui, elles, semblaient très précoces. Un an seulement après avoir repris ce dossier, le juge Langlois estimait déjà que : «Le contenu de ce témoignage (…) est contraire aux données objectives actuelles du dossier qui permettent de penser raisonnablement que les victimes de Marc Dutroux n’ont jamais quitté l’immeuble de Marcinelle et étaient l’objet de sa part d’un conditionnement psychologique incompatible avec une quelconque insertion dans un réseau pédophile : ainsi notamment le témoignage de Sabine Dardenne – séquestrée durant une période relativement longue – est éclairant sur ce point.»

 

Tranchant. Définitif. Cinq ans avant la clôture officielle de son dossier, le juge d’instruction Langlois se disait donc convaincu de la thèse d’un Dutroux, prédateur isolé. Surtout, il se croyait déjà assez certain de l’idée selon laquelle Julie et Melissa n’auraient jamais quitté la maison de Marcinelle pour refuser une perquisition! Il faut bien comprendre la portée d’une telle considération : elle cautionnait notamment la partie le plus invraisemblable des aveux de Marc Dutroux et de Michelle Martin.

 

106 jours

 

A l’époque de cette ordonnance Langlois, Dutroux et Martin prétendaient en effet que Julie et Melissa avaient survécu près de 106 jours, seules, dans le sinistre cachot de Marcinelle. Entre le 6 décembre 1995 et le 20 mars 1996, Marc Dutroux était en prison. Selon ses déclarations à l’instruction, il aurait enfermé les petites, tandis que Martin était chargé de «s’en occuper». C'est-à-dire, principalement, de les nourrir.

 

A Marcinelle, Martin aurait surtout nourrit ses chiens. En janvier 1996, elle se serait résolue à déposer des sacs de nourriture à destination de Julie et Melissa mais ses déclarations diverses et contradictoires sur ce point ne permettent pas de se faire une idée claire et précise du «ravitaillement» qu’elle aurait laissé aux enfants. Dutroux, lui, a déclaré dans le dossier de Neufchâteau qu’en décembre 1995, il avait laissé un stock de nourriture «pour deux mois». Il faut le croire sur parole. D’ailleurs, devant les jurés d’Arlon, il prétend aujourd’hui qu’il avait laissé des vivres «pour un mois», seulement. Fin mars 1996, Dutroux aurait trouvé Julie et Melissa agonisantes dans la cache dont elles ne seraient jamais sorties pendant les 106 jours.

 

Voilà les seules données «objectives» dont disposait le juge Langlois en octobre 1997 lorsqu’il décrétait que Julie et Melissa n’avait jamais quitté Marcinelle et que ce dossier n’implique pas de personnes tierces à Dutroux, Martin, Lelièvre et feu Bernard Weinstein. En d’autres termes, ce sont les propos de Dutroux et de Martin qui étaient donc considérés comme des «données objectives». Dès 1997, les certitude du juge Langlois se forgeaient aussi sur un syllogisme : «Sabine Dardenne n’a vu que Dutroux. Donc les autres victimes n’ont vu que Dutroux».

 

Ce raisonnement que l’on a beaucoup entendu ces dernières semaines, notamment aux travers des très médiatiques plaidoiries de Me Rivière, l’avocat de Sabine, n’apparaît donc pas comme une conclusion formulée après sept ans d’investigations. Il s’agissait plutôt d’un a priori de l’instruction menée par le juge Langlois.

 

La preuve ? Ce ne sera que le 17 juin 1998 que ce magistrat demandera à un expert architecte de «décrire de manière détaillée l’aménagement de l’équipement (de la cache), notamment quant à son système d’ouverture et d’aération ainsi que son alimentation en électricité.» Traduction : Julie et Melissa disposaient-elle du minimum de confort pour survivre seules, pendant 106 jours dans cette cache…  La réponse de cet expert détaille le caractère terrible du lieu de détention (froid, humidité, pas de minimum sanitaire, éclairage éblouissant…) et le caractère aléatoire des constats qu’on peut faire (le système d’extraction d’air était-il suffisant ?, le chauffage évoqué par Dutroux était-il bien présent ?...).

 

Ce ne sera que le 30 novembre 1998 que le juge Langlois demandera à expert nutritionniste de l’UCL de se pencher sur la question de la nourriture. Sur deux bases : les déclarations de Dutroux et Martin sur les stocks de nourritures laissés aux victimes et l’alimentation trouvée dans la cache à la libération de Sabine et Laetitia en août 1996.  Là encore, l’expert est bien forcé de constater qu’il serait bien audacieux de prendre les déclarations de Dutroux et Martin… pour argent comptant.

 

Ce 4 mars 2004, devant la Cour d’assises d’Arlon, trois enquêteurs ont en outre dit publiquement que ce n’est que le 17 mars 1999 que le juge Langlois a décidé qu’«on aborde enfin l’examen global du dossier Julie et Melissa» avec, notamment pour «priorité» de déterminer les «circonstances de leur séquestration»… N’aurait-il pas été plus logique de déterminer ces «circonstances» avant de décréter que Julie et Melissa n’avaient jamais quitté Marcinelle ?

 




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05/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (290304)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

Ce que tous nous savons (20 - Le 29 mars 2004)

 

Voici donc que, ce lundi, Mme Carine Collet est invitée à témoigner devant la Cour d’assises d’Arlon. Ce nom ne vous dit rien ? Il a pourtant été souvent cité lors du premier mois de procès de Marc Dutroux et consorts. Carine Collet, comme l’ont nommé à plusieurs reprises les enquêteurs et le juge Jacques Langlois, c’est en fait Carine Russo, la maman de Melissa.

 

J’ai rencontré Carine, pour la première fois, il y a déjà près de 9 ans. C’était peu de temps après cette horrible journée du 24 juin 1995. A l’époque, les médias évoquaient «la disparition» de sa petite fille et de son amie Julie Lejeune. Le terme «enlèvement» viendra plus tard. Carine, comme Louisa, Jean-Denis et Gino avait pressentis, immédiatement, ce qui était arrivé à leurs enfants. Dès l’été 1995, ils l’ont dit. Ils l’ont crié. La justice mais aussi les médias ne les ont pas entendus : chercher des enfants «en vie» séquestrés dans une maison en Belgique? Foutaise. Comment les esprits «rationnels» de l’époque auraient-ils pu croire qu’un scénario comme celui de ce qu’on appellera plus tard –trop tard- «l’affaire Dutroux» fut possible? Une affaire Dutroux et consorts, on n’en avait pas encore découverte en Belgique… donc cela ne pouvait pas exister n’est-ce pas ?

 

Des gendarmes, pourtant, savaient que cela était possible. Ils connaissaient le nom de Dutroux, ses antécédents et même ses projets d’enlèvement, de séquestration, de viol… comme le leur avait dévoilés des informateurs… Mais lorsque Carine et les autres parents tentaient de d’expliquer leur sentiment que l’enquête dysfonctionnait qui les a pris en considération? Ils ne pouvaient qu’être aveuglés par la douleur, n’est-ce pas?

 

Bien sûr, après août 1996, beaucoup ont dit que les «parents» avaient eu raison. Quelle belle reconnaissance ! Julie et Melissa étaient mortes. Les mois, les années ont passé… Et cela a recommencé : lorsque Carine, la personne qui connaît le mieux le dossier de Neufchâteau en Belgique, a refusé de prendre pour argent comptant les déclarations «concordantes» de Dutroux et Martin, elle s’est une nouvelle fois trouvée en contradiction… avec ce qu’il était généralement de bon ton de penser de l’affaire Dutroux. Rebelote : on l’a suspecté elle comme les autres parents d’être une perpétuelle «insatisfaite». De s’égarer. Le juge Langlois avait bien l’affaire en main, n’est-ce pas?

 

Aujourd’hui, on comprend que Carine, Gino, Louisa et Jean-Denis s’interrogeaient avec pertinence sur la survie de Julie et Melissa dans la cache de Marcinelle pendant les 104 jours de détention de Dutroux. On se rend compte de la faiblesse de certains raisonnements de l’instruction si «rationnelle» du juge Langlois… Comme celui qui a consisté à baser toute la reconstitution de l’enlèvement sur un témoignage trop peu fiable. Carine avait donc raison. Aujourd’hui, on va peut-être lui reconnaître cela à elle et aux autres parents… Tout en soulignant, voyez-vous, que la justice est humaine. Qu’il restera toujours des zones d’ombres. Que, donc, personne n’en peut rien. Dans ce dossier, pourtant, je ne crois pas que l’on puisse honnêtement affirmer que «personne n’en peut rien»!

 

Je ne sais pas si Carine viendra ce lundi. Personne ne le sait. Ce que je sais par contre c’est que le courage, la détermination, la lucidité et la dignité de cette femme est un exemple pour nous tous. Cela d’ailleurs, tout le monde le sait! Alors, que Carine vienne ou pas, évitons surtout de porter le moindre jugement à cet égard. Moralement, nous n’en avons pas le droit.

 

 

 





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04/02/2005

A propos du Vlaams Belang (270105)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge Ciné-Télé Revue, le 27 janvier 2005

 

Marc Spruyt : «Tous les flamands ne sont pas racistes!»

 

Auteur de plusieurs ouvrages et contributions scientifiques remarqués sur l’extrême droite en Flandre, Marc Spruyt est aussi l’un des fondateurs de «Blokwatch», un site internet entièrement consacré à la lutte contre le Vlaams Belang. Contrairement à une idée de plus en plus répandue dans la partie francophone du pays, tous les flamands ne sont pas devenus anti-belges, racistes et intolérants. Ceux qui rejettent l’idéologie du Blok sont même largement majoritaires mais ils commencent seulement à se faire entendre. Mark Spruyt en est ravi, lui qui dénonce les théories fumeuses et abjectes du parti de Dewinter, Annemans and Cie depuis plus de dix ans.

 

 

- Un préjugé tenace est en train de s’installer dans la partie francophone du pays : les flamands seraient intolérants et racistes. Pour quelqu’un comme vous, ce ne doit pas être agréable à entendre?

 

- C’est terrible, mais je sais que cette idée existe. Elle est aussi fausse que de prétendre que tous les habitants d’Anvers seraient des supporters du Vlaams Belang (VB). Le fait que les deux communautés vivent de manière fortement séparée – on ne lit pas les mêmes journaux, on ne regarde pas les mêmes programmes télé au sud et au nord du pays- tend certainement à accentuer ce type de cliché. Cela ne veut pas dire que je relativise le problème posé par le VB en Flandre mais, dans le même temps, il faut avoir conscience que trois flamands sur quatre ne votent pas pour Dewinter et ses amis politiques. Simplement, les démocrates flamands sont restés trop timorés et trop silencieux ces dernières années. Il y a déjà eu beaucoup de débats chez nous sur l’attitude à prendre vis-à-vis du VB et, malheureusement cela a trop souvent débouché sur une sorte de paralysie. Le raisonnement qui s’est imposé est le suivant : surtout ne faisons rien, n’attaquons pas de front ce parti extrémiste, il pourrait en tirer profit en se positionnant comme victime du système. Et bien, aujourd’hui, on peut juger du résultat. D’élection en élection, le VB n’a fait que se renforcer et on lui a ouvert la route vers le pouvoir. En ce sens, on peut parler de responsabilité collective par rapport à ce qui se passe actuellement sur la scène politique flamande.

 

- Quand avez-vous pris conscience que cette politique de l’autruche conduisait la Flandre droit dans le mur ?

- Il y a près de vingt ans quand j’ai voté pour la première fois. Cette année-là, en 1987, le VB a envoyé deux élus anversois au parlement. Cela m’a paru insupportable. D’emblée, je me suis dit qu’il fallait réagir. Dans l’histoire des démocraties occidentales, des gens se sont battus pour le suffrage universel et je trouvais tellement stupide que des électeurs donnent leur voix à des gens dont le projet politique vise à la leur retirer. Parallèlement, je me suis rendu compte qu’il y avait un réel problème de connaissance de la question de l’extrême droite en Flandre et je me suis lancé dans des recherches sur le sujet. J’ai publié deux livres et aujourd’hui j’anime www.blokwatch.be, un site internet. Parce que je me suis rendu compte que c’était la seule manière de toucher un public plus jeune qui n’achète plus beaucoup de bouquins. 

 

- Vous nous recevez dans votre maison… A Borgerhout, une commune d’Anvers. Cela ne doit pas être évident tous les jours d’être un militant anti Vlaams B. dans cette métropole où le parti raciste réalise ses meilleures performances électorales ?

- Quand on marche sur les trottoirs d’Anvers, on peut se dire qu’un passant sur trois est un partisan du VB mais ces chiffres-là je ne les ressens pas dans la vie de tous les jours. Peut-être serait-ce différent si le Blok avait le pouvoir mais ce n’est pas (encore) le cas. Ici à Borgerhout, il y a beaucoup d’immigrés mais aussi de plus en plus de jeunes familles flamandes qui sont venues s’installer durant ces dernières années. Il y a ici toute une génération de personnes qui aiment le caractère multiculturel de notre quartier et cela se passe bien. D’ailleurs dans la commune de Deurne où il y a moins d’immigrés, le Blok a fait de meilleurs résultats électoraux. Cela dit, je ne fais pas non plus dans l’angélisme : il est impossible de ne jamais être confronter à un certain racisme ordinaire qui s’exprime dans les conversation de café.

 

- Pourquoi le Blok fait-il de si bons résultats à Anvers?

- Ah! C’est la question que tout le monde se pose! Si on pouvait y répondre si facilement, peut-être que le problème ne se poserait plus. Toutefois, je reviendrais sur l’idée qu’on a sans doute sous estimé le caractère efficace et pervers de la communication du VB. C’est un peu comme un rhume qu’on aurait négligé de soigner, le jugeant bénin, et qui déboucherait sur des complications respiratoires. Par sa propagande, le Blok est parvenu a faire croire à des couches de la population en difficulté, mais aussi à d’autres craignant d’en rencontrer à l’avenir, qu’il faudrait stigmatiser les immigrés, qu’à cause d’eux on vivrait dans une société de moins en moins sûre et qu’en plus ils menaceraient notre sécurité sociale. Ce racisme, il faut d’ailleurs le savoir, concerne aussi les francophones. Ce n’est pas pour rien que l’un des slogans du Blok est «Belgique, crève!». A force de ne pas combattre ces idées fausses et les propos démagogiques du Blok, son discours a pu apparaître crédible à une partie des électeurs.

 

- Le 11 janvier 2004, une majorité s’est enfin dégagée au parlement fédéral pour mettre en application la loi de 1999 privant les partis liberticides et racistes de financement public. Cela doit vous réjouir ?

- Absolument. Avec d’autres, j’avais lancé une pétition via internet pour demander au monde politique de prendre enfin ses responsabilités quand au vote des arrêtés d’application de cette loi qui était au frigo depuis près de cinq ans. On a dit qu’on a recueilli plus de 60.000 signatures. Je dois à la vérité de corriger, c’est un tout petit peu moins. On a du retirer quelques deux milles signatures fantaisistes. Celles de gens qui avaient signé Adolf Hitler ou Saddam Hussein, des choses de ce genre. Il n’en reste pas moins que cette pétition via internet a battu des records.

 

- Auriez-vous souhaité que le texte soit plus radical. A savoir qu’il pénalise aussi le VB pour ses propos et actes racistes commis depuis 1999 ?

- Dans les faits, on peut regretter que ce parti qui a été condamné pour ses discours racistes échappe ainsi à une sanction qu’il mériterait. Néanmoins, d’un point juridique, il est toujours délicat de donner un caractère rétroactif à un texte de loi. Je crois qu’il faut voir la portée symbolique considérable de l’accord qui a été conclu au parlement et ce notamment avec des élus flamands. C’est un grand pas en avant. Et cela même si on peut regretter par ailleurs que les sanctions prévues pour l’avenir –être privé de trois mois ou d’un an de dotations publiques en cas de discours raciste- ne soient pas de nature à faire tomber un VB dont les finances se portent bien.

 

- Le Vlaams Belang pourrait-il être rapidement sanctionné ?

- Je pense que oui. A Blokwatch, nous travaillons à l’élaboration d’un dossier qui sera communiqué à la commission ad-hoc du parlement. Il y a déjà de quoi condamner le VB! Dans quelques semaines, on verra ce qu’en fera le monde politique.

 

- Un parti important comme le CD&V a voté contre l’accord du 11 janvier, se mettant de fait au côté du Vlaams Belang, Pour nous, francophones, cela paraît tout simplement choquant, coupable, inadmissible… 

- Ils sont fous ! On en revient toujours à cette peur de mal faire qui débouche sur l’inaction coupable. Mais ce n’est pas tout. Certains hommes politiques flamands – il y en a au CD&V mais aussi au VLD- ont une fâcheuse tendance à banaliser le Blok, à remettre en cause le cordon sanitaire (ndlr : le fait pour tous les partis démocratiques de refuser de s’allier à lui dans une élection ou dans une coalition de gouvernement) pour, in fine, laisser s’installer le Blok dans de nouvelles majorités de droite. Heureusement, cette tendance n’a pas contaminé les chefs de parti démocratique.

 

- Gouverner avec le Blok ? Cela fait froid dans le dos !

- Cela se base sur un raisonnement fumeux qui voudrait que le VB perdrait immédiatement des plumes s’il accédait au pouvoir. Je crois qu’en l’espèce certains jouent vraiment avec le feu et qu’une nouvelle fois, ils sous estiment l’adversaire. Le VB se développe sur une montagne de contre vérités, ce n’est pas pour autant que ses dirigeants doivent être considérés comme des idiots qui n’auraient aucun sens de la stratégie. Malheureusement…

 

- Ceux qui remettent en cause le cordon sanitaire n’ont-ils aucune référence historique ? Au siècle dernier, des démocrates ont aussi voulu composer avec Hitler…

- Apparemment. En tous cas, ils inversent le raisonnement en prétendant que le VB se serait développé… à cause du cordon sanitaire. D’une part, on voit bien que du côté francophone le cordon sanitaire n’a pas provoqué cela. D’autre part, on peut aussi constater que c’est bien grâce au cordon sanitaire que le VB n’a pas encore pu accéder à un quelconque pouvoir exécutif en Flandre.

 

- Imaginons justement que ce parti ait un jour les moyens de mettre en ouvre son projet politique…

- Il prendrait immédiatement des mesures discriminatoires à l’encontre de tout qui n’est pas de «race blanche» (ndlr : leur manifeste prévoit par exemple la suppression de la plupart des mosquée) et tout mouvement ou association qui ne serait pas d’accord avec sa politique ethnique. C’est alors que l’on découvrirait ce que c’est de vivre dans une société où les affrontements entre les communautés seraient décuplés. Cette société-là serait invivable pour tout le monde. Mais c’est peut-être cela le projet final de ces héritiers de la collaboration avec les nazis car dans un tel scenario, ils trouveraient des raisons pour devenir encore plus radicaux. Cela s’appelle la stratégie de la tension. On voit donc très bien où ils veulent en venir. Si on n’endigue pas cette vague brune, il ne faudra donc pas dire à nos enfants qu’on ne savait pas. Pour ma part, j’espère toujours qu’on pourra leur dire qu’on a tout fait pour les arrêter! Et qu’on y a réussit à temps…







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03/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (260304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

En venir aux faits ! (19 - Le 26 mars 2004) 

 

Un mois ! Cela fait déjà un mois que le procès de Dutroux et de sa clique a commencé. Et, à ce jour, il faut bien le constater, pas un seul témoin des faits qui sont jugés à Arlon n’a déjà eu l’occasion de s’exprimer. Pour autant, je ne veux pas dire par là que l’on a perdu son temps à la cour d’assises du Luxembourg. D’abord ce procès pourrait être comparé à un immense paquebot qui prend la mer. Ce n’est qu’après un certain temps que les lourdes machines naviguent à leur vitesse de croisière. Il convenait de régler les appareillages, de trouver un cap et de déterminer le rôle que chacun jouera à son bord.

 

En d’autres termes, ce premier mois de débat aura permis déjà répondre à de nombreuses questions. La première, capitale, était de savoir si un jury populaire serait capable de digérer une quantité impressionnante de données, parfois contradictoires et souvent interprétées de manières radicalement opposées par les diverses parties au procès. A en juger au travers de questions qui ont été posées, au cours de la semaine écoulée, on peut être rassuré. Les jurés de ce procès sont attentifs, perspicaces et surtout très curieux. C’est sans doute là le gage le plus important de la bonne marche de ce procès.

 

On pouvait aussi s’interroger sur la manière dont les débats seraient conduits par le président Goux. Certes, celui-ci a parfois tendance à venir un peu vite au secours de témoins qui ne trouvent pas leurs réponses mais il apparaît aussi que toutes les parties sont en mesure de poser leurs questions. Pratiquement toutes les questions. Le président laisse même parler Dutroux. Cela choquera peut-être. Mais même cet accusé, aussi horribles soient les actes qu’il a commis, dispose du droit démocratique de pouvoir s’exprimer. Ce n’est pas parce que cet homme est un monstre que la société doit réagir de manière monstrueuse à son égard. C’est là l’honneur et le devoir de la démocratie. Toutefois, il convient aussi de faire taire Dutroux lorsqu’il pousse la manipulation trop loin. Le président Goux l’a également fait.

 

Troisième enseignement essentiel de ce premier mois : la fin d’une certaine pensée unique que l’instruction chestrolaise avait tenté d’imposer. Il a été démontré que le juge Langlois et ses enquêteurs n’ont pas répondu à toutes les questions –ce qu’on ne peut pas leur reprocher- mais aussi que les mêmes ont voulu présenter leur thèse comme la seule possible et surtout, c’est la faute la plus grave, comme répondant à tout ! Les questions des jurés – à la suite du travail impressionnant de certaines parties civiles- ont clairement indiqué que l’instruction d’audience serait déterminante. Et qu’autant que faire se peut, à ce stade de la procédure, le jury tentera de trouver des parts de vérités alors que certains mythes sont désormais balayés – les 104 jours de Julie et Melissa dans la cache, le seul et unique témoin Henrotte…

 

Enfin,  les positions de chacun des accusés sont désormais clairement définies. Dutroux tirera tous azimuts plutôt que de dire ce qu’il sait. Martin jouera la femme soumise. Lelièvre, le tox repenti. Et Nihoul jouera l’innocente victime d’une erreur judiciaire.

 

Maintenant, il est plus que temps d’entendre les témoins directs. De parler des faits. D’évaluer les actes posés par les quatre accusés.




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A lire dans Ciné-Télé Revue (030205)

A lire cette semaine dans Ciné-Télé Revue

 

Jean-Joseph Mal, secrétaire national du Syndicat National du Personnel de Sécurité : «Trop de policiers se suicident!»

                           

Au cours de ces dix dernières années, près de 200 policiers ont pris la décision de volontairement en finir avec la vie. Avec un taux de suicide de 5,21 pour 10.000 – les membres des forces de l’ordre ont, en moyenne, deux fois plus souvent recours à cette arme ultime contre le désespoir que l’ensemble de la population belge...

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02/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (250304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Cauchemar (18- Le 25 mars 2004)

 

Ce qu’on a vu, hier, à Arlon fait peine à voir. Voilà donc que vingt-quatre heures de «recherches», l’ex-chef d’enquête des volets «enlèvements» de la cellule de Neufchâteau vient de trouver la réponse à une question que lui posaient les avocats de Laetitia. Cette question ne semblait pourtant guère compliquée. Je dirais même qu’elle tombait sous le sens.

 

Avant de reproduire ici cette question, voyons dans quel contexte elle se situe : Michel Nihoul explique ses contacts de l’été ‘96 avec le duo Dutroux-Lelièvre par la circonstance que sa voiture était en panne et qu’il avait confié celle-ci à ses amis carolo pour réparation. Voulant s’enquérir d’abord du moment où l’on viendrait chercher son véhicule à Bruxelles et, ensuite, du moment où il allait le récupérer, Nihoul aurait donc dû téléphoner à de nombreuses reprises à Dutroux et à Lelièvre. Le fait que ces échanges téléphoniques soient concomitants avec l’enlèvement de Laetitia Delhez et un trafic de drogue liant les trois accusés ne serait donc que pure coïncidence. C’est, on le sait, la défense de Nihoul. Cela est aussi l’avis du juge Langlois et de celui qui fût son enquêteur principal Michel Demoulin.

 

La question était donc la suivante : A-t-on fait expertiser l’Audi 80 de Nihoul, au cours de ces huit dernières années, pour déterminer quelle pouvait être la panne du véhicule? La réponse, si elle s’est fait attendre, n’a pas nécessité de longs développements. C’est «non»! Je dois vous avouer que j’ai quelques scrupules à écrire ceci, tant je me demande si je ne vis pas ici un mauvais cauchemar… Peut-être que les avocats de Laetitia devraient réinterpeller le «chef d’enquête» ‘enlèvements’ pour être certain qu’il répondait bien à la bonne question!

 

Dans le même ordre d’idée, en quelques questions de bon sens, les jurés –apparemment très perspicaces- ont mis en lumière toute la faiblesse de la reconstitution de l’enlèvement de Julie Lejeune et de Melissa Russo telle qu’elle a été envisagée durant l’instruction. Ils ont constaté –comme les parents de ces enfants l’on fait avant eux- que le juge Langlois et M. Demoulin avait construit toute une théorie autour d’un seul et unique témoignage. Lequel est, en outre, sujet à caution.

 

Il s’agit  du récit de Mme Henrotte : une vieille femme qui a vu monter deux enfants dans une voiture… mais qui n’est pas certaine qu’il s’agissait de Julie et Melissa et qui est encore moins certaine d’avoir assisté à un enlèvement ! Madame Henrotte témoigne-t-elle d’autres faits qui permettraient de dater son témoignage ? Elle se trouvait en effet tous les jours à la même fenêtre. Réponse : non ! A quelle distance, a-t-elle vu les enfants monter dans une voiture. Réponse : «150 à 200 mètres», puis «100 à 150 mètres», puis encore : «Je vais vérifier et je vous le dirai demain». Julie et Melissa ont croisé deux autres personnes sur le chemin de Fexhe, le 24 juin 1995. Madame Henrotte aurait du les voir ? Réponse : Elle n’en parle pas. Mme Henrotte donne-t-elle une bonne description de l’habillement des victimes ? Pas vraiment… A-t-on envisagé d’autres hypothèses que le témoignage de Mme Henrotte ? C’était prévu mais j’ai dû quitter l’enquête, dit en substance M. Demoulin. Renvoyant la balle dans le camp du juge d’instruction. Mais il y a quelques jours, M. Langlois avait renvoyé sur ce même point à M. Demoulin!    


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01/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (240304)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

La tactique du gendarme (17- le 24 mars 2004)

 

Les jours passant, les audiences se succédant, je ressens de plus en plus une impression de déjà vu à la Cour d’assises d’Arlon. Je veux parler de cette manière qu’ont les enquêteurs de présenter leur travail. Pour ce faire, ils ouvrent leurs grandes fardes et commencent à lire. Pas de place pour une quelconque improvisation. Plutôt que de témoignage, il conviendrait de parler de tentative de démonstration d’un point de vue. L’exercice s’articulant systématiquement autour de la présentation d’innombrables slides. En l’espèce, il s’agit des schémas et des notes projetée sur l’écran de la salle, lesquels sont sensés résumer l’information de ce dossier gigantesque pour les jurés. Une telle uniformité dans la manière de présenter l’information, mais aussi, pour reprendre une expression souvent utilisée par ces policiers, les «déclarations constantes et concordantes» des enquêteurs ouvrent sur une certaine interpellation.

 

Sommes-nous dans une cour d’assises ou avons-nous à faire à des représentants de commerce qui ont un produit à nous vendre? Cela en devient tellement caricatural que l’un des avocats à la cause, Me Xavier Magnée a relayé une question qui circulait chez les observateurs de ce procès depuis quelques jours déjà. Les policiers qui témoignent à la cour d’assises d’Arlon ont-ils été spécifiquement préparés à cet exercice ? Une telle hypothèse, si elle devait se vérifier, poserait question en termes d’indépendance des témoins. Par conséquent, M.Demoulin a répondu tout de suite que «Non, il n’y a pas eu de préparation». De toute évidence, cette question-là n’était pas prévue dans le cours que les policiers qui témoignent à Arlon ont reçu… sur le fonctionnement de la Cour d’assises. Bien sûr, admet M. Demoulin un ancien président et un avocat ont participé à cette formation. Mais cela, jure-t-il, ne concernait pas directement le procès d’Arlon. Comprenez qu’il s’agissait d’un cours particulier dans le cadre d’un cours général intitulé «techniques de communication». Dont acte.

 

On a beau s’appeler «police fédérale», on en garde pas moins les vieilles tactiques des gendarmes. Pendant les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Dutroux et consorts, en 1996-1997, les ex-locataires de la rue Fritz Toussaint avaient aussi été quelque peu drillés pour «bien» témoigner. A l’époque, il s’agissait de pouvoir déclarer, la main sur le cœur, qu’il n’y avait aucun lien entre l’enquête parallèle baptisée «Othello» et les soupçons spécifiques qui pesaient sur Dutroux quant à l’enlèvement de Julie Lejeune et Melissa Russo… Et, en bon petits soldats, certains gendarmes avaient poussés l’exercice jusqu’au ridicule. Mais bon, on nous promet que ce n’est pas cela qui se passe à Arlon.

 

Pour en finir, sur le sentiment de déjà vu, il y a une autre constante, qui désormais devient de plus en plus criante, jour après jour, slide après slide : les déclarations de Michelle Martin sont véritablement centrales dans tous les exposés des enquêteurs. Ainsi, le témoignage de cette accusée est jugé comme crédible quant elle déclare que Dutroux et Lelièvre se sont rencontrés en juillet 1995. Alors qu’elle le fait au bout de plus de six ans d’enquête et après avoir déclaré six ou sept fois précédemment que ces deux-là s’étaient connus bien plus tôt… Autre constante enfin, les évocations très sommaires en ce qui concerne Michel Nihoul. Nos policiers renvoient systématiquement au spécialiste de ce «volet spécifique» qui viendra à la barre, d’après le planning… dans deux mois. Reste que M. Demoulin a tout de même été le chef d’enquête pour les enlèvements et qu’il me semble étonnant qu’il n’ait pas pu répondre hier à la question de savoir quelle était la nature de la panne de l’Audi 80 de Nihoul, début août 1996 !

 

 

 

 

 









08:52 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |