20/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (160404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Des mots indélébiles (32 - Le 16 avril 2004)

 

Les mots de Sabine Dardenne. Les mots d’une enfant kidnappée, séquestrée, manipulée psychologiquement et violée. Des mots de souffrance, des mots de désespoir. Des mots tellement difficiles à entendre. Comment cette petite, âgée d’un peu plus de 12 ans en 1996, a-t-elle survécu à cette horreur ? Comment a-t-elle pu ne pas se noyer dans cet océan de solitude ? Où a-t-elle trouvé la force pour garder une telle dignité dans ce terrifiant bagne de Marcinelle ? 

 

On a vécu un moment extrêmement important à Arlon. Ecrites pendant sa captivité, les lettres de Sabine ne sortiront jamais de la mémoire de ceux qui en ont entendu la lecture par le policier Lucien Masson. Des mots si imprégnés de douleur, des phrases qui prennent à la gorge. Comme celles-ci -mais il y a en tellement d’autres que l’on aurait pu citer :

 

- «De toute façon, si je reviens à la maison, ce serait pour que nous nous fassions tous tuer et de ça je ne veux pas ! Je préfère écrire et être ici plutôt que d’être à la maison et être morte (…).»

- «Je pleure souvent après vous mais hélas je crois que je ne vous reverrai jamais.»

-« (…) mais comment fera-t-il si j’ai des problèmes avec mes dents ou si j’ai une carie ou si j’ai des problème d’yeux ou au ventre ou autre part ? Comment fera-t-il, je me le demande ?»

Je me demande le temps qu’il fait dehors parce que je ne vois que d’une fenêtre et encore quand je suis en bas avec lui et en plus c’est une fenêtre dans le plafond, toutes les autres fenêtres ont les volets ou tentures fermées. Je ne peux malheureusement pas aller dehors courir, m’amuser, jouer (…).»

Presque toutes les choses qu’il me donne sont périmées. Mais lui, il dit que la date qui sur l’emballage, c’est la date de vente. Il a du partir en mission 5 jours et il m’a donné du chocolat qui datait de 1993 ! Il avait un «petit» goût de vieux, mais je l’ai mangé quand même.

-«Je ne reviendrai sûrement jamais, à moins d’un miracle»

-« Il va peut-être encore repartir en mission pendant au moins dix jours, je vais être toute seule dans ce trou. Pensez à moi… »

-«Etre parmi vous tous, c’est mon vœu le plus cher… Mais cela n’est malheureusement pas possible. (…) Je me demande si quand vous mangez quelque chose que j’aimais et que vous entendez une chanson sur laquelle je faisais la folle ou que je dansais dessus, je me demande si vous avez une pensée pour moi (…) Tout ce que j’espère, c’est que vous vous amusiez, que vous mangiez bien (en tous cas, c’est meilleur qu’ici) et que vous pensiez à moi sans vous rendre malade ! (…) Je vous souhaite mille bisous, mille bonheurs (…) ».

« (Maman) il m’a dit qu vous alliez tous bien et que vous vous étiez fait une raison, dont celle que vous n’allez plus me voir.»

 

Il y a d’autres mots encore. Ceux qui décrivent les sévices sexuels dont Sabine a été l’objet pendant ses trois mois de séquestration. Ces mots-là ne sauraient être publiés. Ils sont si terribles. Indélébiles. A Arlon, dans sa cage de verre, comme lors de la découverte des corps de Julie, Melissa, An et Eefje en 1996, le nommé Dutroux Marc est pourtant resté impassible. A-t-il seulement entendu les mots de Sabine ?

 

 


15:47 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (150404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Les misérables (remake) - 31- Le 15 avril 2004

 

«Pourquoi ne vendrais-tu pas tes filles, cela rapporterait beaucoup d’argent!». Bienvenue dans l’univers relationnel de Dutroux… Vous venez de découvrir, ci avant, un extrait de conversation entre deux de ses connaissances, le dénommé Gérard Pinon et son pote Daniel Jacobs. C’est Christelle D. qui rapporte cette discussion. Elle l’a entendue alors qu’elle avait 13 ou 14 ans. Selon elle, c’est Pinon qui prodiguait ainsi un «conseil d’ami» à Jacobs. Un souvenir marquant pour Christelle. Et pour cause ! Elle était concernée au premier chef. Certes, cette femme qui est aujourd’hui âgée de 25 ans n’a pas fini sur le trottoir. Pour autant, elle n’a pas échappé aux sévices corporels. Comme ses frères. Comme sa sœur. Elle n’a pas pu éviter non plus d’être violée par son beau-père. Ce dernier se trouve désormais à sa juste place. C’est-à-dire qu’il croupit en taule. Pour utiliser le langage de circonstance, Jacobs va en être «extrait», ce jour, pour raconter au jurés d’Arlon le vieux temps des «copains».

 

Car, parmi les amis de ce Thénardier, il y avait aussi un certain Bernard Weinstein. Le Français s’était mis en tête de séduire Christelle. Mais la jeune fille n’avait guère d’intérêt pour ce truand bien trop âgé, bien trop sale, bien trop bizarre. Mais ces gens-là, on ne choisit pas. Christelle a donc reçu l’ordre de fréquenter Weinstein. Daniel l’exigeait. Sans doute, un «service entre amis». Comme le disait Dutroux, la semaine dernière, «entre gangsters, on trouve toujours un arrangement».

 

Ce procès s’enfonce dans un milieu de plus en plus glauque. Une sorte de «quart-monde moral» pour reprendre l’expression de Me Quyrinen, l’avocat de la famille Marchal. Les témoins que l’on entend ont un trait commun : rien ne semble vraiment les choquer, leurs souvenirs sont fragiles et l’on sent très bien que leurs problèmes de mémoire sont plus liés à un instinct de protection qu’à l’usure du temps. A cet égard, il est frappant d’entendre le témoignage d’Eric B. Certainement un brave homme que ce retraité. Il est venu raconter ses expériences de voisinage avec Weinstein. Notamment que «tous les soirs vers 22 heures, Bernard partait avec son camion plateau. Régulièrement, il  revenait le matin avec un véhicule dessus». Cela va de soi, non ? Une autre fois, Monsieur B. s’est senti interpellé par le fait que Weinstein «découpait» un camion. Soyons précis : ce n’est pas cette activité particulière qui avait attiré l’attention du témoin car «Bernard faisait souvent ce genre de travail. En deux ou trois jours, il faisait disparaître un poids lourd». Mais cette fois là, le camion lui semblait tout à fait neuf. Pourquoi, c’est vrai, casser un si beau camion ! Weinstein lui expliquera que le moteur était mort et qu’il était plus évident de revendre les pièces. Evident, non ? Passons notre chemin.        

Chez Jacobs, Pinon et Weinstein, entre deux discussions sur les filles, on parlait beaucoup de voitures et de camions. Mais Dutroux est formel; Il n’a rien à voir avec ces histoires. D’ailleurs, il n’a pas tué Weinstein et il n’est responsable de la mort d’aucune de ses victimes… Pour suivre un procès comme celui-là, on devrait fournir ces petits sacs qui se trouvent aussi dans les avions.


11:35 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (140404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts. 

 

Les morts ne parlent pas (30- Le 14 avril 2004)

 

La Cour d’assises d’Arlon revient aujourd’hui sur les circonstances de l’assassinat de Bernard Weinstein. Ce français originaire de Nantes avait déjà un fameux cursus criminel avant de venir s’installer en Belgique. Connu  outre-Quiévrain pour prises d’otage et vols avec violence, il n’a cependant jamais été condamné pour des faits de mœurs. Plusieurs personnes qui l’ont connu viendront raconter au tribunal que Weinstein ne donnait pas l’impression d’être un sanguinaire. Un type bizarre, peu bavard, vivant en reclus. Presque comme un «rat». Sans doute. Sale et secret. Certes. Mais pas un tueur d’enfants. Plutôt un type habile de ses mains pour voler et «maquiller» des voitures.

 

C’est ce que ces témoins diront mais pour autant les jurés pourront-ils tirer la conclusion que Weinstein ne serait dans ce dossier que «le mort qui a bon dos», voire même qu’il serait innocent des faits d’enlèvement et de moeurs dont l’accuse Marc Dutroux ? Ce serait un peu vite aller en besogne. Le passé de Weinstein renseigne aussi des comportements pour le moins interpellant –quant à son rapport à la sexualité ou à la commission de violences gratuites contre des personnes ou des animaux… En fait, la question de la personnalité de Weinstein représente, à elle seule, l’une de ces innombrables zones d’ombre de l’affaire jugée à Arlon. Celle-ci, plus que d’autres encore, ne sera pas levée par le procès. Tant il est déjà paru évident lors de la dernière audience de la Cour que personne ne semblait particulièrement s’y intéresser.

 

Comme l’a dit justement le juge Langlois, Weinstein est bien l’un des grands absents de ce procès. On complètera utilement ce constat en soulignant qu’il n’y a personne sur le banc des parties civiles pour demander des comptes à Dutroux sur la séquestration, les tortures infligées au Français et sa mise à mort : il a été enterré vivant. Depuis que le cadavre de ce truand a été découvert à Sars-la-Buissière, sa famille a pris pour option prioritaire d’essayer de tenter de ne pas être éclaboussée par le scandale qui entoure le dossier Dutroux. 

 

Pour dire les choses de manière policée, la Cour d’assises d’Arlon ne devrait donc pas accroître son retard lors des deux prochaines audiences. Cela ne veut pas dire, forcément, que les débats seront inintéressants. Ils permettront de plonger un peu plus encore dans ce petit monde interlope des ferrailleurs et des trafiquants divers et variés de Charleroi et alentours. Un milieu secret. Polycriminel. Un univers où tout semble pouvoir s’acheter et se vendre pour autant que l’on puisse payer. Cependant, soyons clair, contrairement à un discours communautariste qui se fait parfois entendre au procès dans la bouche d’avocats néerlandophones, le fait qu’il y ait une pègre active sur les terres carolorégiennes n’est pas une spécificité locale! On pourrait par exemple renvoyer au témoignage de cet ex-voisin de l’hôtel Brazil Entendu la semaine dernière, cet homme nous a clairement exposé à quel point un dangereux proxénète comme Marcel Marchal, connaissance par ailleurs de plusieurs personnes de la sphère Dutroux, avait pu développer ses activités criminelles – traite des êtres humains- en bénéficiant trop longtemps d’une certaine impunité à Blankenberge. Ce n’est pas pour cela que l’on en déduit que toute la Flandre et plus spécifiquement l’arrondissement judiciaire de Bruges seraient gangrenés par la mafia des trafiquants d’êtres humains!




17:24 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/02/2005

A propos de la déportation des juifs

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 10 février 2005 (version intégrale)

 

Eric Picard : "L’Etat belge doit reconnaître ses fautes"

 

Entre le 4 août 1942 et le 31 juillet 1944, 24.906 juifs et 351 tziganes furent déportés de la caserne Dossin à Malines vers Auschwitz. 1207 personnes seulement survécurent. Parmi les victimes des convois belges, il y avait 5.093 enfants dont 150 n’avaient pas encore deux ans. Des historiens ont démontré la participation de l’administration belge de l’époque dans le processus qui a débouché sur ces déportations et plus généralement dans la mise en œuvre de nombreuses décisions racistes et discriminatoires décidées par l’occupant nazi durant toute l’occupation. Pourtant, à la différence de l’Etat français, notre pays n’a jamais officiellement reconnu les graves fautes commises durant cette période sombre de l’histoire. Une commission de dédommagement, dépendant des services du premier ministre, existe bien. Elle est chargée d’indemniser les victimes de la déportation ou leur ayant droits. Mais à cet égard également, la polémique se développe au sein de la communauté juive de Belgique. Administrateur de l’ «Association pour la Restitution Individuelle, Intégrale et Rapide des biens volés au juifs» pendant la guerre, Eric Picard estime que le montant total des spoliations est sous-estimé par l’Etat belge et, surtout, que la distribution des réparations se fait de manière injuste. Avec d’autres, le 30 janvier dernier, il distribuait une pétition devant la synagogue de Bruxelles. Il s’est retrouvé menotté par les policiers de la ville de Bruxelles et emmené au poste… Coup de gueule.

 

- En quoi vous sentez-vous particulièrement concerné par la déportation et l’extermination de la moitié de la communauté juive de Belgique entre 1942 et 1945 ?

- Je pourrais vous répondre : parce que je suis juif et que pendant cette période sombre de l’histoire, des gens ont voulu faire disparaître toute la communauté à laquelle j’appartiens. Je pourrais ajouter : parce qu’à 46 ans je fais partie de la génération des enfants de rescapés. Je pourrais encore préciser qu’étant pédopsychiatre, je reçois régulièrement en mon cabinet des «enfants cachés». Aujourd’hui, ces enfants sont dans la soixantaine… Ce sont des gens que l’on croise en ville sans que l’on remarque quoique soit mais lorsqu’on les invite à parler de cette période de leur vie où ils échappé à la déportation en perdant leurs parents, il subissent une véritable transformation. L’enfant qui est en eux remonte à la surface. Ils changent de ton. De vocabulaire. Eventuellement d’accent. C’est très impressionnant. Dans leur vie de tous les jours, soixante ans après les faits, dès qu’ils sont confrontés à un petit élément de l’évènement stressant - manifestation d’antisémitisme mais aussi un simple bruit de botte, la vue d’un képi ou des propos tenus en Allemand…- ils ressentent l’émotion de l’époque. Ils ne me racontent pas : «Je me souviens que j’ai eu peur». Il me disent : «J’ai peur». Je pourrais vous donner toutes ces raisons mais, en fait, je crois que je me sentirais tout aussi concerné si elles n’existaient pas. Juif ou pas, tout démocrate doit se sentir concerné par ce qui s’est passé dans ce pays pendant la guerre. Et ce d’autant plus que l’Etat belge n’a pas encore accepté de regarder en face toutes les réalités de cette époque. 

 

- Le fait que 25.000 juifs de Belgique ont été déportés vers Auschwitz n’est nié par personne. A l’occasion de la commémoration de la libération de ce camp de la mort, l’Etat belge, en la personne du premier ministre mais aussi du Roi, a encore rendu hommage à ces victimes de la barbarie nazie…

- Rendre hommage n’est pas suffisant. Et surtout pas quand des éléments essentiels de l’Histoire sont refoulés. Les officiels belges soulignent à juste titre que l’origine du crime est la violence assassine des nazis. Mais il se fait que quand ils ont occupé la Belgique, les Allemands ont trouvé une situation dont ils ont profité. Avec des gens qui ont été lâches, des gens aussi qui se sont inscrits dans la collaboration avec plus d’enthousiasme. Les Allemands ont pris toute une série d’ordonnances discriminatoires à l’égard des juifs (Ndlr : Définition du statut de juif et enregistrement dans un registre des juifs, cessation d’activités professionnelles, restrictions au droit de circulation, confiscations de biens, exclusion de la sécurité sociale, embauchage séparé, obligation du port de l’étoile jaune, etc…). Ces ordonnances ont été appliquées par l’administration sur ordre des secrétaires généraux qui étaient restés en Belgique.  Or, on n’était pas au Moyen-Âge, Londres n’était pas loin et même si on était dans conditions de guerre, il y avait constamment des contacts entre cette administration et le gouvernement belge en exil. A cette époque, des fonctionnaires ont été confrontés à la situation extrêmement particulière de devoir exécuter des ordres qui ne respectaient pas la constitution et les lois belges ; Des ordres qui aboutissaient à l’assassinat de toute une communauté. On leur a intimé l’ordre de participer à l’élaboration d’un registre des juifs de Belgique. Ces fiches ont été rassemblées par commune : tous les bourgmestres, flamands comme francophones, communistes comme socialistes, libéraux et chrétiens les ont fait remettre ces listes à la SIPO allemande. Et bien entendu ces édiles savaient que les Allemands n’allaient pas en faire un usage sympathique! L’efficacité des rafles allemandes a donc été favorisée, pour ne pas dire rendue possible, par l’administration belge. La gestapo disposait des adresses où il fallait aller sonner. Parfois aussi, comme à Anvers, la police participait directement aux rafles. Il y a donc là une responsabilité de l’Etat belge. Qu’il devrait enfin reconnaître.

 

- Est-ce pour manifester cette opinion que, le 30 janvier dernier, en marge de la commémoration religieuse des victimes de la déportation en Belgique, vous vous trouviez devant la synagogue de Bruxelles ?

- Oui.

 

- Vous y avez été arrêté. Troubliez-vous l’ordre public?

- A mon sens, pas du tout! J’exerçais seulement un droit de démocratique. Celui d’exprimer librement une opinion. J’étais devant la synagogue alors que de nombreuses personnes juives - victimes, enfants de victimes- mais aussi des représentants de la société belge s’y rendaient pour rendre hommage aux victimes de l’antisémitisme nazi dans sa réalisation ultime qui furent les assassinats d’Auschwitz. Ce que je rappelais dans la pétition que je distribuais, sans qu’au départ cela ne pose guère de problème, c’est que les déportations ont commencé en Belgique. Et que si elles ont commencé en Belgique, il fallait réfléchir aux conditions qui ont permis le début du crime dans notre pays. J’appelais notamment à ce que l’Etat belge réunisse une commission parlementaire d’enquête sur ses responsabilités éventuelles dans la déportation des juifs de Belgique. Ce qui recoupe d’ailleurs très largement le texte d’une proposition qui a été déposée par le député Olivier Maingain à la Chambre des représentants.

 

- Etiez-vous en train de crier ou de perturber la cérémonie d’hommage ?

- Non, les gens prenaient le papier et puis ils rentraient dans la synagogue. Mais cela dérangeait visiblement la sécurité interne à la synagogue qui a fait appel à la police de Bruxelles. Et, de façon tout à fait surprenante, ces policiers de Bruxelles ont appliqué ce que je qualifierais volontiers d’ «acte de police politique interne à la communauté juive» C’est très grave…

 

- C’est quoi cette «sécurité interne à la synagogue»?

- Inscrits au ministère de l’Intérieur ces gens se chargent d’assurer la sécurité des évènements juifs qui sont malheureusement des cibles potentielles pour les terroristes. Il s’agit de jeunes gens bénévoles qui sont entraînés à déceler si il y a des valises qui traînent, à repérer si il y a des types louches. Ils ont un bon entraînement physique et psychique qui leur permet de maîtriser toutes sortes de situations. Malheureusement, dans le contexte que nous vivons, leur existence est tout à fait justifiée. Le problème, c’est quand ce groupe dépasse sa mission de protection pour faire de la police politique interne.

 

- De quelle intention la «sécurité interne» a-t-elle été le relais? A priori, du point de vue de l’observateur extérieur, la pétition que vous distribuiez devrait faire l’unanimité au sein de la communauté juive ?

- Ce que je demande fait sans doute l’unanimité chez les simples citoyens juifs mais cela dérange les dirigeants des grosses associations juives. Ceux que l’on a coutume d’appeler les «notables juifs» ou les «juifs de cour»;  Ceux que l’on voit, ceux qui représentent, ceux qui parlent au nom de la communauté juive. Des gens comme David Suskind ou le baron Georges Schneck.

 

- Pourquoi cela les dérange ?

- Le débat sur la responsabilité de l’Etat est intimement lié à celui sur la restitution des biens volés aux juifs pendant la guerre. Nous le soulignions aussi dans la pétition. Et cela ne plait vraiment pas au «notables» qui ont très mal négocié cette question de la restitution avec l’Etat belge.

 

- Selon vous, quels sont les termes de ce débat ?

- En même temps qu’il y a eu déportation des juifs de Belgique, il y a eu vol. Organisé de manière systématique également. Lorsqu’une famille était envoyée à Malines avant Auschwitz, son logement était vidé de toutes ses valeurs. Par ailleurs, les juifs qui avaient une activité économique, une entreprise, se voyaient obligés de la céder à un gérant, lequel la dépeçait. Il l’a vendait à vil prix et il prenait ce qu’on appellerait aujourd’hui des frais de dossier. Mais c’était des frais énormes et à la fin, il envoyait un papier à la dernière adresse connue : «Voilà votre entreprise valait 234 francs, cet argent a été mis sur un compte à votre nom à la banque machin et bien entendu, il est à votre disposition…» C’était d’un cynisme effrayant… De cette manière, des personnes privées se sont fait des petites fortunes crapuleuses.  Après guerre, les juifs ont peu revendiqué à cet égard. C’était douloureux comme démarche. Cela faisait revivre toute la frayeur de la guerre. Et donc, ils se sont plutôt acharnés à construire des institutions. Les entreprises volées n’ont pas été remboursées. Lorsqu’il y avait des comptes en banque ou des assurances de personnes assassinées, beaucoup de banques et de compagnies ont oublié de chercher qui étaient les éventuels héritiers. Ils ont déclaré que ces comptes et ces primes d’assurance étaient en déshérence. Ce qui fait qu’elles ont gardés beaucoup d’argent dans leurs coffres.

 

- Mais, à l’initiative du monde politique belge, il y a eu une commission d’étude officielle qui a abordé cette question. Alors où est le problème ?

- Cette commission Buyse a demandé aux banques et aux assurances si elles détenaient des comptes en déshérence. Dans un premier temps, les organismes concernés ont dit «Non, pas beaucoup. Peut-être trois ou quatre dossiers». A ce moment-là, les membres de la commission Buysse, sous pression des notables juifs, ont frappé sur la table et les banques ont dit «Bon d’accord,  il y en a un peu plus». Il faut savoir que la commission Buysse avait les pouvoirs d’un juge d’instruction et qu’elle pouvait aller perquisitionner. Elle ne l’a jamais fait. Pour protéger les banques et les compagnies d’assurance, afin de rester entre gens de bonne compagnie, on a fait confiance à leur volonté de transparence. Mais, personnellement, je n’y crois pas. La commission Buysse a retrouvé une quantité impressionnante de biens et d’argent volé mais, à mon sens, elle n’a pas tout retrouvé. N’ayant pas fait tout le nécessaire à cet égard.

 

- On a une idée de ce que cela représente ?

- Pas facile à évaluer. Cela a été volé en 1942. Il faut calculer ce qu’un franc 1942 vaut à notre époque. Il y a eu un accord entre l’Etat et ceux qu’il a nommé comme représentants de la communauté juive sur un coefficient de 24,8. Cela nous conduit à 110 millions d’Euros. Nouvelle sous estimation. Le coefficient d’actualisation est inférieur de moitié à celui qui a été utilisé dans un accord individuel entre le fils d’une victime assassinée à Auschwitz et une compagnie d’assurance. La personne en question avait retrouvé dans des papiers de famille la preuve d’une assurance. Elle est allée devant une cour internationale à Londres qui a établi la matérialité de la preuve et a obligé l’assurance, vu l’inflation et le rendement moyen de l’argent, à payer non pas 24 fois la prime mais 53 fois. Les «notables juifs» ont donc accepté une réévaluation au rabais.

 

- Pourquoi ?

- Dans la loi de restitution, votée en décembre 2001, il y a des éléments que ces notables ont eux-mêmes négociés avec les pouvoirs publics. Ceux-ci leur sont favorables mais sont défavorables à la grande majorité des victimes. Ils sont défavorables aussi à la vérité et à la santé politique de notre pays.

 

- A savoir?

- Le montant du butin retrouvé sera, dans un premier temps, restitué à ceux qui peuvent faire la preuve des spoliations. Le solde sera constitué en capital d’une «Fondation pour la vie juive» que ces notables dirigeront de façon non démocratique – conseil d’administration composé et renouvelé par cooptation -, laquelle sera chargée de financer les institutions de la communauté juive.

 

- A ce jour, il y a eu 6.000 demandes d’indemnisation introduites par des particuliers ?

- Et tout ce qui ne sera pas donné en restitution à ces gens sera finalement géré par les notables. On peut l’imaginer, au bénéfice de leurs associations. Nous appelons cela la deuxième spoliation!

 

- Que restera-il après le payement des réparations aux particuliers ?

- Les premiers dossiers qui ont été examinés par la commission de restitution sont ceux des personnes les plus âgées. C'est-à-dire des personnes qui étaient adultes au moment des crimes nazis et peuvent savoir beaucoup plus que ceux qui étaient enfants si il y avait un compte en banque, si il y avait une assurance, quels étaient les différents commerces de papa. Il s’agit donc des dossiers les plus étayés. Si on projette les résultats de l’examen de ces premiers dossiers sur l’ensemble des dossiers introduit, on arrive à une restitution individuelle de l’ordre de 15 millions d’euros.

 

- Donc il reste beaucoup pour le projet de Fondation !

- 95 millions d’Euro. C’est cela toute l’opération! Laquelle a d’ailleurs été longtemps tenue secrète par les notables qui ont mis une énergie importante à ne pas dire quelles étaient les données de leurs discussions avec l’Etat, quelles étaient les structures de la fondation, qui en seraient membre etc. Cela s’est fait de façon à ce que les simples citoyens juifs n’aient pas d’information et puissent espérer qu’il y ait un remboursement et que le solde éventuel irait à une fondation. Mais on ne leur disait pas que le remboursement serait marginal et que l’essentiel irait à la fondation!

 

- Selon vous comment aurait dû être distribué cet argent récupéré ?

- En s’inspirant de ce qui se passe en France. D’abord en faveur des personnes qui ont la preuve de la spoliation. Ensuite le solde devrait être distribué entre tous les individus rescapés ou leurs ayant droit (enfants, petits enfants, frères, oncles etc…). Parce qu’il faut considérer que tous les juifs ont été volé, même si la majorité d’entre eux, les plus pauvres, ont laissé un maigre mobilier. En France où l’Etat a reconnu sa responsabilité (Ndlr : Le président Chirac a dit en 1995 : «Nous avons commis une faute et cette faute est irréparable.») les rescapés sont contactés par les membres de la commission de restitution qui leur dit «Voilà, vous avez droit à 25.000 euros d’office. Mais si vous avez des éléments qui permettraient de vous rembourser plus, je suis là pour vous aider à les retrouver et à les présenter». On doit épuiser le butin retrouvé au profit des victimes.

 

- A priori, cela semble assez logique ?

Sauf que les institutions se sont arrangées pour détourner cet argent à leur profit. Cela s’est probablement fait dans un donnant-donnant qui conduit aujourd’hui les notables juifs à s’opposer à une commission d’enquête sur les responsabilités éventuelles de la Belgique dans le processus qui a conduit à la mort des milliers de personnes appartenant à la communauté qu’ils disent représenter. Ils ont soutenu l’encommisionnement du problème par la nomination d’une commission d’historiens chargés d’évaluer la situation. Il a fallu quinze mois pour que l’on trouve l’argent pour engager les historiens. Ils ont entamé leurs recherches depuis septembre 2004 alors que les éléments de preuve ont déjà été rassemblés à suffisance par le travail pionnier d’autres historiens tels Maxime Steinberg et de Lieve Saerens. Au contraire du travail en huis clos des historiens, une commission aurait eu l’avantage d’être médiatisée et donc de faire pédagogie.

 

Pourquoi le monde politique belge ne veut-il pas reconnaître les erreurs du passé ? C’est peu de chose par rapport à la souffrance qui a été répandue. Et puis il l’a fait pour des évènements plus récents. Par exemple, l’affaire Lumumba?

- Le blocage, c’est les enfants des responsables. La situation d’un Léo Delwaide est symptomatique à cet égard. Cet homme est extrêmement puissant au VLD. Il a en charge le port d’Anvers. On pourrait dire qu’il est le régent de Flandres. Son père était bourgmestre d’Anvers en 1942, il avait donc l’autorité sur une police qui, à l’évidence, les témoins sont là et les preuves matérielles existent, a participé avec enthousiasme aux rafles des juifs d’Anvers en 1942. Il y a là une responsabilité que, sans doute, ce monsieur ne veut pas examiner. Et, pour ce faire, il utilise les relations qu’il a à la tête du VLD pour qu’il n’y ait pas de débat, pas de commission d’enquête parlementaire. Qu’on n’en parle pas. C’est sans doute une position individuelle qui oriente la politique belge à cet égard, mais ce n’est pas la seule. Il doit y avoir 36 autres personnes qui œuvrent en ce sens. Le blocage, c’est ce que l’on fait quand les parents ont commis des fautes. Ce qui est évidemment très difficile par rapport à des personnes que l’on aime bien, qui nous ont fait sauter sur les genoux et qui sont a priori des gens normaux.

 

- Que des gens normaux puissent commettre des fautes gravissimes dans un certains contexte social et politique, ce serait un enseignement très intéressant pour les jeunes générations ?

- Absolument. C’est exactement la démarche intellectuelle que les Allemands ont du faire, en tous cas à l’Ouest. Et qui fait que les jeunes allemands d’aujourd’hui sont le plus souvent des gens intéressants et agréables à fréquenter. Ils disent «Nos grand parents et l’Etat allemand ont commis des crimes abjects. Nous n’en sommes pas personnellement responsables, mais nous sommes responsables de le dire, de le reconnaître et de faire en sorte que cela ne se reproduise pas». C’est aussi un bon antidote contre le retour de l’extrême droite. Malheureusement, je crains que les «notables juifs» se soient laissés convaincre par un marché de dupe. Ils ont échangé leur propre reconnaissance et celle de leur Fondation en ce inclus son financement contre une regard myope de l’histoire belge de la déportation…

 

 

 




11:36 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (090404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Des criminels polyvalents (29- Le 9 avril 2004)

 

Autrefois membre de la BSR de Bastogne, Jean-Pierre Verduyckt est actuellement commissaire de la police fédérale à Neufchâteau. Enquêteur expérimenté, cet homme avait déjà fait ses preuves dans le cadre des investigations sur les «titres volés», contribuant à découvrir des renseignements essentiels dans le cadre de l’affaire Cools. C’était avant que Neufchâteau soit… dessaisi de ce dossier. A l’époque, ce fut sans aucun doute une épreuve difficile pour l’ex-gendarme. M. Verduyckt ne l’a pas dit explicitement hier, mais il semble qu’il n’ait guère mieux vécu le «saucissonnage» du dossier Dutroux.

 

En effet, dans l’affaire actuellement jugée à Arlon, ce limier fut, pendant un temps, chef du d’enquête du «dossier 87». Une subdivision du dossier Dutroux qui comprenait notamment les volets relatifs à divers trafics de voitures impliquant notamment de potentielles protections policières. On le sait, c’est toute cette partie du «87» qui, dès 1998, a quitté Neufchâteau pour être instruite à Nivelles.  A l’égard de cette décision des autorités judiciaires, M. Verduykt n’a pas fait de commentaire. Ce n’est évidemment pas son rôle. Toutefois, rien n’empêchait le témoin de donner son sentiment sur le milieu qui fut l’objet des ses investigations. Surtout, à l’invitation d’un juré.

 

Le commissaire a donc exprimé, ce qui m’apparaît être l’enseignement principal de ses recherches fouillées. Il en ressort, en substance, que le cloisonnement entre différentes formes de criminalité est une pure vue de l’esprit. M. Verduyckt a en effet décrit «la polyvalence» des criminels auxquels il s’est intéressé. Ceux qui réalisent des enlèvements d’enfants et/ou de la traite des êtres humains sont également actifs sur d’autres fronts du banditisme. Ceux qui volent des voitures se retrouvent aussi dans le secteur des armes ou des faux papiers et vice-versa…

 

M. Verduyckt n’a donc pas dit que le «saucissonnage» du dossier Dutroux fût… une mauvaise chose. Il ne nous a pas dit non plus qu’on avait ainsi pris le risque de couper les liens potentiels entre certaines personnes suspectes et la mouvance Dutroux-Nihoul. Il n’a pas dit tout cela, mais son exposé nous a permis pourtant permis de comprendre un peu mieux encore, la non-pertinence de la disjonction du dossier Dutroux décidée naguère par la Cour d’appel de Liège. Sans doute, faut-il mettre ce constat en rapport avec cette petite phrase lourde de sens qui concluait l’exposé de l’ex-gendarme : «Je voudrais terminer par ce message aux parents des victimes. Dans ce dossier, on n’a pas pu faire tout ce que l’on aurait dû faire. Beaucoup d’enquêteurs ont encore certains échec en travers de la gorge.». Une considération qui fait penser au témoignage du commissaire Jean-Pierre Adam, mercredi dernier. Lui aussi aurait aimé pousser les investigations un peu plus loin… Mais, en novembre 1997, alors qu’il demandait de perquisitionner dans un certaine boîte de nuit carolo, le juge Langlois lui avait répondu, devant plusieurs autres enquêteurs : «Je ne vais pas mettre les pieds dans la fourmilière de la mafia de Charleroi»...


09:18 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (080404)

Chronique «Si on me laisse dire» publiée dans le quotidien belge «La Dernière Heure» en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Qui a peur de la vérité ? (28 – Le 8 avril 2004)

 

On savait déjà qu’il y avait quatre menteurs patentés dans le box des accusés de la Cour d’assises du Luxembourg. Mais combien y-en a-t-il parmi ceux qui ont enquêté sur l’association de malfaiteurs qui est jugée à Arlon ? Combien y-en-t-il eu au sein de l’ex-gendarmerie ? Combien y en a-t-il encore au sein de l’actuelle police fédérale ? Questions choquantes ? Certainement. Pour les citoyens que nous sommes, bien sûr. Mais aussi  pour un corps de police dont les membres, dans leur immense majorité, ne peuvent être rendus responsables de l’attitude peu respectueuse à l’égard des jurés de quelques-uns.

 

Voilà donc qu’hier, une nouvelle contre-vérité de l’ex-gendarme René Michaux a été éventée. Elle est relative, une fois de plus, à la perquisition du 13 décembre 1995 chez Dutroux. Sur place, Michaux avait téléphoné à un substitut du parquet de Charleroi pour annoncer la découverte de nombreuses cassettes vidéo. Il lui avait été répondu de dresser un «procès-verbal initial». En langage juridique, cela veut dire que le gendarme avait constaté une nouvelle infraction ou un délit quelconque. Comment peut-on découvrir un délit sur base de cassettes vidéo si on ne les regarde pas ? Le mystère était resté entier après l’audition du gendarme par la Cour d’assises. Rien, absolument rien, disait-il, n’avait été visionné chez Dutroux. Plus tard, le serrurier Lejeune, présent le 13 décembre 1995, témoignera… qu’il a vu les gendarmes en train de regarder des cassettes sur la télé de Dutroux. Michaux avait aussi expliqué que le «procès-verbal initial» dont il était question dans son carnet de renseignement n’avait finalement pas été rédigé sur ordre du juge d’instruction Lorent. Hier, ce magistrat qui avait délivré les mandats de perquisition a été formel : il n’a jamais été informé de cette éventualité de dresser un PV initial et a fortiori il n’aurait pas pu ordonner de ne pas le rédiger! Retour à la case départ : qu’avait dont vu Michaux ? Pourquoi va-t-il jusqu’à prendre le risque de se voir démenti par un magistrat ? 

 

Les eaux de l’enquête de Neufchâteau ne semblent pas plus claires. Hier, l’ex-gendarme Jean-Pierre Adam a fait part d’un récit étonnant. Cet homme a enquêté sur les témoignages faisant état de la présence d’un petit véhicule rouge à proximité du lieu de l’enlèvement de Julie et Melissa à Grâce-Hollogne. Le 17 août 2000, il est amené à rencontrer M. Jacquet, le maître-chien qui était intervenu le jour des faits. Il en ressort deux constats : l’un des témoignages sur la présence d’un véhicule sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute pouvait être recoupé par les observations de M. Jacquet. Mais il découvre aussi que, depuis 1995, ce dernier n’a jamais été réinterrogé. Adam le signale à sa hiérarchie, en la personne du major Guissard. Il lui est répondu que «ce n’est pas possible» parce que le chef d’enquête Michel Demoulin a affirmé, lors d’une réunion de travail, que le maître chien avait bel et bien été entendu! Avec embarras, on vérifie. Pour constater d’un document rédigé par M. Demoulin qu’il n’a pas contacté M. Jacquet, mais «un» autre maître chien!

 

La fin de l’histoire? M. Jacquet ne sera jamais entendu dans le cadre de l’instruction chestrolaise. En guise de remerciement, M. Adam sera invité par le juge Langlois à ne plus s’occuper de l’enquête sur les véhicules rouges… On en restera là, jusqu’aux débats de cette cour d’assises. Les jurés entendront alors M. Demoulin leur dire qu’il ne fallait pas tenir compte du travail de M. Jacquet. La taie d’oreiller reniflée par son chien, le 24 juin 1995, ayant été probablement touchée par Louisa Lejeune. Cette thèse s’est écroulée dans la suite des débats. Et les jurés constateront aussi toute la faiblesse du seul témoin retenu par MM. Langlois et Demoulin. Celui de la vieille dame Henrotte. Témoignage, il est vrai, qui était largement, contredit pas les constats de M. Jacquet… Hier, l’avocat général Andries a qualifié le récit de M. Adam de vrai témoignage. Comment faut-il qualifier celui de M. Demoulin ? 


Un lien intéressant : Le fil rouge de l'enquêteur Adam...
Au fil des audiences. Le fil rouge de l’enquêteur Adam... ... Jean-Pierre
ADAM est actuellement commissaire à la police fédérale. ...
www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=244 - 16k - En cache - Pages similaires


08:33 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (070404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Modus operandi (27- Le 7 mars 2004)

 

Marc Dutroux et Michel Lelièvre ont participé à l’enlèvement d’An et Eefje. Le fait est acquis depuis la mi-août 1996 lorsque ces deux accusés ont formulé leurs aveux. Par contre, les circonstances du rapt restent à élucider. Certes, les témoins entendus hier à Arlon conduisent à penser que le fait a été commis à Ostende. Où plus précisément? C’est déjà trop en demander. Dutroux et Lelièvre désignent des endroits différents.

 

Comment les deux hommes ont-ils procédé? Le mystère reste entier. Voire, il s’amplifie. Plusieurs témoins ont confirmé qu’An Marchal ne voulait pas faire du stop, voire même qu’elle craignait de tomber sur un automobiliste qui aurait pu procéder à un enlèvement. Dès lors, la version des accusés selon laquelle les jeunes filles ont «demandé» à monter dans leur voiture mérite d’être remise en question. Comme l’a rappelé utilement le procureur Michel Bourlet, il ressort clairement des enlèvements de Sabine et Laetitia qu’il s’agissait de faits violents. Rien à voir avec la prise en charge d’autostoppeuses…

 

Les récits de Dutroux et Lelièvre doivent aussi être pris avec des pincettes dans la mesure où ils sont contradictoires sur à peu près tous évènements qui ont suivi le moment où An et Eefje sont montées dans la CX. C’est Mme Magnée lui-même, soit l’avocat de Dutroux qui le reconnaît. Mardi, il a relevé pas moins de sept contradictions entre les versions de son client et celles donnée par Lelièvre! Pour autant, cela ne signifie pas que les dernières allégations de Dutroux soient la vérité. Bien au contraire ! Celles-ci qui font désormais intervenir «deux policiers» dans l’enlèvement d’An et Eefje apparaissent même totalement abracadabrantes. Mais, dans le même temps, ses précédentes versions ne semblent pas plus crédibles... Et au bout de compte, il ressort que l’accumulation de mensonges patents des accusés donne à s’interroger sur ce qu’ils cherchent à cacher.

 

Des témoins qui seront entendu demain, mais aussi dans quelques semaines dans le cadre du volet «association de malfaiteurs», conduiront les jurés à se poser bien des questions. Notamment quant à ce qui a bien pu se passer entre 23H45 et 00H44 dans la nuit du 22 au 23 août 1995. C’est le moment où An et Eefje quittent le casino de Blankenberge après le show Rostelli. Qu’ont-elles fait ? Pourquoi ont-elles ratés deux trams ?  A qui ont-elles parlé ? Ont-elles été repérées par Dutroux et Lelièvre dès ce moment ? Devant l’hôtel Brazil ? Ce qui impliquerait la complicité de tierces personnes? Des témoins suggèrent cette piste qui n’a pas été assez creusée durant l’instruction chestrolaise. Cela ne veut pas dire qu’ils ont forcément raison mais ils méritent d’être autant entendu que des accusés qui mentent comme ils respirent!


08:50 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |