06/01/2005

Affaire Tiffany Warnotte (251104)

Disparition de Tiffany Warnotte - Reportage publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 25 novembre 2004.

 

Qui a vu Tiffany ?

 

Depuis le 7 août 2004, Tiffany n’a plus donné signe de vie. Disparue, évaporée, plus aucune trace d’elle. Cette jeune fille de 15 ans et demi vivait dans une petite cité à Vedrin, près de Namur. Fugue, enlèvement, voire règlement de compte? Tout semble possible dans ce dossier dont les contours font autant penser à la disparition de Julie et Melissa qu’à l’affaire du petit Gregory Villemin. A moins que l’on soit dans un remake de Vipère au poing ?

 

Un matin de novembre à la Cité des Trois Bonniers. Il est déjà dix heures et pourtant d’épaisses brumes matinales enserrent encore les modestes habitations sociales de ce quartier de Vedrin, à quelques kilomètres de Namur. Un soleil d’hiver tente bien de percer le brouillard mais il y parvient si peu qu’on pourrait, dans ce ciel si gris, le confondre avec la lune. Il fait froid et, outre ce chien beige qui semble plus errer que jouer, l’absence de toute âme qui vive dans les rues n’est pas de nature à réchauffer l’atmosphère. L’architecture du site non plus! Ici, toutes les maisons se ressemblent et toutes ressemblent à des cubes de briques rouges auxquels on aurait ajouté des fenêtres. Sommaire. En son temps, quelqu’un a dû estimer dans cette commune ou à la Région wallonne que c’était là un confort suffisant pour abriter des personnes aux revenus modestes…

 

C’est donc ici qu’habitait Tiffany, cette jeune fille de 15 ans et demi qui, un jour d’août 2004, s’est littéralement volatilisée. Comme Julie, Melissa et tant d’autres déjà, son visage commence à nous être familier. Mauvais signe : cela veut dire que le temps passe; Déjà plus de cent jours d’attente et d’angoisse pour ses parents. L’espoir pourrait-t-il être relancé par l’appel à témoin («Affaires non classées» sur RTL-TVI) de vendredi dernier? Encore trop tôt pour le dire. Par contre, un certain nombre d’enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés des premiers mois d’enquête. Et force est de constater qu’ils ne sont guère positifs.

 

A vrai dire, on se croirait revenu neuf ans en arrière. Au moment de la disparition de Julie et Melissa, quand les parents des petites fillettes de Grâce-Hollogne chassaient la moindre information sur le destin encore inconnu de leurs enfants… Et quand ils s’interrogeaient sur les silences et les cachotteries d’une justice enfermée dans sa tour d’ivoire. Le sentiment de Nathalie et d’Eddy, les parents de Tiffany, peut se résumer en une phrase : «On nous cache tout du déroulement de l’enquête et on ne tient pas compte de ce que l’on dit pour la faire progresser.»

 

Dans le même temps, et cette fois à la décharge des enquêteurs, il faut dire que le terrain sur lequel ils doivent investiguer est fortement miné; A la Cité des Trois Bonniers, on raconte tellement d’histoires sur les uns et les autres que, comme dans un roman d’Agatha Christie, on en viendrait à suspecter tout le monde! D’ailleurs, en ce froid matin de novembre, lorsque Nathalie, la maman de Tiffany, nous ouvre la porte vitrée du n°48, elle nous met d’emblée dans l’ambiance : «Les éclats dans le verre que vous voyez là et là, c’est du vandalisme. On a aussi reçu des menaces.Ce n’est pas toujours la cité de la joie ici. Ni celle de la solidarité. Depuis la disparition de Tiffany, certaines personnes nous ont soutenus, mais beaucoup d’autres s’en fichent. Pire, quand on marche en rue, il y en a qui nous dévisagent, sans rien nous dire, comme si on avait quelque chose à se reprocher».

 

Après avoir fait taire deux petits chiens noirs qui s’agitaient dans la cour, Eddy le père de Tiffany nous rejoint dans une salle à manger modestement meublée. Sur la table, Nathalie étale les quelques articles de presse consacrés à la disparition de son enfant. Elle nous montre notamment ce titre qui barrait récemment la manchette d’un quotidien : «Tiffany est morte». «C’est exactement le contraire de ce qu’on voulait faire passer comme message», s’indigne Nathalie. «Pour nous, Tiffany est vivante. C’est notre espoir, ce que nous voulons croire». Entre- temps, Eddy s’est installé tout à côté de son épouse. Ils sont prêts à se remémorer cette journée où leur fille aînée s’est littéralement volatilisée.

 

Avant tout, Eddy tient lui aussi à resituer le contexte : «Contrairement à ce qui a été dit à la presse par le parquet de Namur, il n’y a eu aucun conflit familial dans notre maison le jour de la disparition Tiffany! Je suppose que cette rumeur est bien utile à des enquêteurs qui privilégient la thèse de la fugue. Mais moi je n’y crois pas : si Tiffany n’est pas rentrée, c’est qu’on l’en a empêchée. Et si elle encore en vie, quelqu’un la séquestre!»    

 

Pour ses parents, les circonstances de la disparition de la jeune Namuroise restent totalement mystérieuses. «Le 7 août était une journée de vacance comme les autres. Dans la matinée, il ne s’est rien passé de particulier» explique Nathalie Warnotte. «Je me souviens que Tiffany s’est levée aux alentours de dix heures. Elle a pris son temps pour déjeuner et s’habiller. Vers 12 heures 30, elle m’a dit qu’elle ne désirait pas dîner avec nous. Elle voulait se rendre chez Sandrine, une copine qui habite dans la Cité. C’est à moins de cent mètres de chez nous. J’ai marqué mon accord, tout en lui demandant de rentrer vers 17 heures 30 pour le souper. Elle m’a dit oui… Mais depuis lors, nous ne l’avons plus revue».

 

A la question élémentaire de savoir si ce jour-là Tiffany est bien arrivée chez sa copine Sandrine, Nathalie et Eddy doivent encore se contenter à ce jour d’informations parcellaires et surtout très contradictoires. «Dans l’après-midi du 7 août, mon mari avait décidé de descendre sur Namur avec les enfants. Vers 14 heures, on a donc envoyé Ludovic, notre fils aîné, chez Sandrine pour demander à Tiffany si elle voulait venir avec eux. Il n’y avait personne. Eddy  a fait un tour de la cité pour chercher après elle. Il ne l’a pas vue. A ce moment, on ne s’est pas inquiété. On s’est dit que Tiffany était partie se promener avec sa copine», explique Nathalie.

 

Vers 18 heures, au moment du repas, Ludovic va s’enquérir une nouvelle fois de sa sœur. «Sandrine lui a dit qu’elle était rentrée du marché depuis 17 heures 30 et qu’elle n’avait pas vu Tiffany. C’est d’ailleurs ce qu’elle déclarera aussi à la police au début de l’enquête. Mais ensuite, elle a changera de version prétendant avoir trouvé ma fille devant chez elle à 17 heures 30!», s’énerve Eddy. «Tiffany serait restée là et puis elle serait partie. Je n’en sais pas plus mais je me pose de questions. Ca veut dire que quand Ludovic a sonné chez Sandrine, on lui a menti. On m’a aussi rapporté que dans une autre déclaration, Sandrine évoque un coup de téléphone de Tiffany qu’elle aurait reçu dans la nuit du 7 au 8 août vers 4 heures du matin. Ma fille lui aurait dit qu’elle ne rentrait pas à la maison.»     

 

Ces éléments semblent appuyer l’hypothèse d’une fugue (lire aussi les propos de Sandrine dans l’encadré page…) mais, contrairement aux enquêteurs, les parents de Tiffany leur accordent une importance relative. Et ils ne manquent pas d’arguments. «Quand Sandrine dit-elle la vérité?», s’interrogent-ils. «A tous le moins, nous trouvons son comportement bizarre. Elle dit être la meilleure copine de Tiffany mais depuis sa disparition elle nous ignore. Elle n’est venue qu’une seule fois à la maison et à ma demande. Ce jour-là, elle a admis qu’elle a menti. Elle aurait promis à ma fille que ‘si il se passait quelque chose, elle ne dirait rien’.Je n’ai pas bien compris ce qu’elle entendait par là», précise Nathalie. Depuis, plus aucun contact. «Quand on la croise, elle détourne le regard. On ne sait pas ce qui se passe avec elle», ajoute le père de Tiffany.   

 

Difficile de ne pas se perdre dans le brouillard qui plane sur la cité des Trois Bonniers. Pour nous, bien sûr mais aussi pour les parents de Tiffany qui, côté justice, ne reçoivent que des bribes d’informations du parquet et de l’un ou l’autre enquêteur. L’affaire, il est vrai, n’en est toujours qu’au stade de l’information. Traduction : il n’y a pas de juge d’instruction qui a été désigné et il n’est pas possible, dans un tel cadre juridique, d’avoir accès au dossier. «Un substitut est chargé de nous tenir au courant mais il ne nous dit rien ou pas grand-chose», regrettent les Warnotte.

 

Alors, à défaut d’éléments concrets qui leur permettraient de comprendre la logique des investigations, ils raisonnent à partir de ce qu’ils savent par eux-mêmes.

 

Nathalie : - «S’il s’agissait d’une fugue, Tiffany ne serait pas partie sans rien. Sa carte d’identité, son portefeuille, son sac… Tout est resté à la maison. Elle n’avait rien sur elle. Les deux mains dans ses poches, elle partait voir sa copine.»

 

Eddy : - «Elle n’a pas pris de vêtements. Au maximum, elle avait trois euros sur elle. Si on fugue dans de telles conditions, c’est pour un jour ou deux. Pas pour plus de trois mois.»

 

Nathalie : -«De toute façon, elle n’avait pas du tout l’idée de fuguer dans sa tête. On avait préparé ensemble la rentrée des classes et elle s’en réjouissait. Comme elle était aussi très contente à l’idée de se rendre dès la mi-août chez sa cousine à Charleroi. Tout était planifié, en accord avec elle, pour que ces vacances se terminent au mieux. En plus, l’état d’esprit de Tiffany était plus proche de l’enfance que de celui d’une adolescente rebelle. Elle était encore fort naïve. Elle n’avait pas de petit copain, elle ne sortait pas en boîte. Partir comme cela, ce n’est pas du tout son genre. Bien sûr qu’il y a parfois eu des petites disputes à la maison. C’est vrai qu’elle est partie une fois ou deux pour faire un tour. Elle était revenue deux heures après quand elle était calmée. Cela peut arriver dans n’importe quelle famille. Ce n’est pas une fugueuse !»

 

Eddy : - «Comme les enquêteurs pensaient à une fugue, ils nous ont demandé de donner tous les points de chute possibles pour Tiffany : connaissances, famille, amis. Ces vérifications n’ont apporté aucun résultat. Rien! Mais si elle a fugué, j’ai du mal à croire qu’on ne trouve trace d’elle pendant aussi longtemps. Je ne peux pas croire que personne ne l’aurait aperçu quelque part, qu’aucune connaissance n’aurait été contactée, qu’elle ne sortirait jamais. Chez Child Focus, ils n’ont reçu que très peu de témoignages et en tous les cas, rien de sérieux. Ma fille s’est comme évaporée dans la nature. Ce n’est pas sa volonté, j’en suis certain. Il y a un ou des adultes dans cette affaire. Des gens qui lui ont fait du mal. Qui, peut-être lui en font encore… Je crois savoir que, depuis un bon mois, ils ont repris l’enquête à zéro. Dans quelle direction précise, je n’en sais rien. On ne nous dit rien alors…»

 

Mais si la justice est si avare de renseignements à l’égard des parents de Tiffany, c’est peut-être parce qu’ils feraient eux-mêmes partie des suspects? Nous leur posons la question. Elle ne les dérange pas. Eddy répond de but en blanc : «Les policiers doivent envisager toutes les pistes. C’est leur métier et ça je peux le comprendre. Mais alors, il faut vraiment chercher dans toutes les directions. Il ne faut pas se contenter de certains témoignages contradictoires pour privilégier la thèse de la fugue… (ndlr : Il hésite un peu, puis reprend…) Il ne faut pas non plus se contenter des calomnies qui ont pu être dite à notre égard. C’est vrai qu’il y a aussi un climat familial difficile dans cette affaire. Mais cela n’a rien à voir avec des choses qui se seraient passée dans ma maison. Je ne lance aucune accusation mais il faut gratter de tous les côtés.»

 

Et voilà une couche de brouillard en plus. Dans cette cité où personne n’a rien vu mais où tout se sait, il ne faut cependant pas longtemps investiguer pour découvrir que l’arrière plan familial de cette affaire est fort sombre. Nathalie et Eddy sont des gosses du coin. Ils ont grandi aux Trois Bonniers. A l’entame de leur vie de couple, ils sont partis dans la région d’Andenne pendant quelques années. Ensuite, ce fut le retour aux sources. A proximité de leurs parents respectifs qui occupent deux autres maisons de la cité. Au fil du temps, un climat délétère est né. Les parents d’Eddy ne s’entendent pas avec Nathalie. Et petit à petit, les accusations mutuelles ont atteint les oreilles de la justice.

 

Les grands parents paternels et la tante de Tiffany habitent au n°37 de la Cité des Trois Bonniers. C’est juste de l’autre côté de la place. En face de chez Nathalie et Eddy. Nous demandons au grand père s’il a envie de s’exprimer sur la disparition de sa petite fille. La réponse est courte. Très courte : «Il n’y a jamais eu de problème avec Tiffany mais on ne s’entend pas avec ses parents. Je ne sais absolument rien du tout. On ne s’occupe pas de cela. C’est l’affaire de la police»

Nathalie et Eddy ne sont guère plus prolixes sur ce climat familial difficile. Ils lâchent tout de même : «Ils ont essayé de faire croire qu’on maltraitait nos enfants parce que ma soeur voulait obtenir la garde de Tiffany. Tout un dossier a été fait par le SAJ et il n’y avait rien à nous reprocher». Et de se faire accusateurs à leur tour : quinze jours avant sa disparition, Tiffany aurait déposé plainte contre sa tante pour des «faits graves» que les Warnotte refusent d’étaler dans la presse. Selon Eddy, «Tiffany avait peur des représailles»…

 

Comment différencier le vrai et le faux dans ce salmigondis d’accusations croisées? Il y a aussi un parfum d’affaire Villemin, dans ce dossier… Souvenez-nous du petit Grégory, 4 ans, retrouvé dans les eaux de la Vologne en octobre 1984. Un drame qui avait tenu la France en haleine durant plus de dix ans. Sur fond d’interrogations sur l’entourage familial de la victime. Après l'inculpation de l'oncle, puis de la mère de l'enfant, l'auteur du meurtre n'a jamais pu être identifié. Et les faits sont prescrits depuis près d’un an. Est-on dans un contexte semblable dans ce dossier? Ce serait audacieux de l’affirmer à ce stade. Une seule chose semble évidente et cela ne facilitera pas la tâche des enquêteurs : Fugue, enlèvement, voir un règlement de compte, tous les scenarios semblent envisageables. Au moment de quitter Vedrin, le ciel était toujours aussi bas. Il y avait toujours autant de brouillard. Peut-être plus encore…

 

Encadré

«Elle n’est pas dans la nature!»

Notre enquête nous a aussi mené au n°61 de la Cité des Trois Bonniers. C’est là qu’habite Sandrine, la copine chez laquelle Tiffany se rendait le jour de sa disparition. La jeune femme (19 ans) renforce l’hypothèse de la fugue mais elle admet aussi que son témoignage a évolué dans le temps. On constate aussi qu’il n’est pas sans comporter quelques zones d’ombre ou à tous le moins des imprécisions. Quel était le motif réel de la visite de Tiffany chez sa copine, quand est-elle partie et surtout qu’a-t-elle confié avant de disparaître? Le brouillard demeure. Au moment où nous l’avons rencontrée, Sandrine se trouvait en compagnie de son frère, Ruddy.

 

Ce jour-là, vous aviez rendez-vous avec Tiffany?

Sandrine : Non. Elle est arrivée sans prévenir. Elle pleurait.

 

Il y avait un problème? Elle s’était disputée chez elle ?

Sandrine : Je ne sais pas. Elle ne m’a pas dit exactement ce qui s’était passé.

 

Vous n’en savez pas plus?

Sandrine : Non.

 

D’une manière plus générale, elle se plaignait de problèmes chez elle?

Sandrine : Oui.

 

Souvent ?

Sandrine : Oui. D’ailleurs, à l’école, elle en avait parlé aussi.

 

Quel genre de problèmes ?

Sandrine : Elle disait qu’elle n’était pas bien chez elle, qu’elle était malheureuse, qu’elle était battue.

 

Ruddy : Toute l’école était au courant, elle montrait ses coups.

 

Des coups reçus de ses parents ?

Sandrine : Nous on n’était pas dans la maison pour voir si c’était les parents ou pas.

 

Il semblerait qu’elle a eu aussi des difficultés avec d’autres personnes de sa famille. Vous étiez au courant ?

(Silence).

 

Sinon, c’était une fille sympa ?

Ruddy : Sympa. Le seul problème, c’est que ses parents ne l’étaient pas avec elle. A quinze ans, elle devait tout faire chez elle. C’était la bonniche de service. Elle n’arrêtait pas et cela commençait dès le matin avant qu’elle ne parte à l’école.

 

A votre avis, c’est une fugue ?

Ruddy : Oui. Et elle a eu raison de partir. Elle était déjà allée chez les flics pour se plaindre.

 

Il y a aussi une déclaration qu’elle a faite à la police où elle explique que d’autres membres de sa famille l’avait encouragée à casser du sucre sur le dos de ses parents en prétendant qu’elle était battue alors qu’en fait ce n’était pas le cas… Savez-vous aussi qu’elle explique cela dans une lettre écrite de sa main (ndlr : ce document nous a été montré par les parents de Tiffany)?

(Silence).

 

Pourriez-vous être plus précis sur le moment où elle est venue chez vous ?

Sandrine : Cela s’est passé il y a trois mois! Je ne me souviens plus très bien…

 

C’est très important tout de même !

Ruddy : Quand un copain vient, on ne regarde pas l’heure qu’il est.

 

Sandrine : Elle est venue dans l’après-midi. Avant que je parte au marché avec ma mère. Elle est restée ici et on l’a retrouvée à notre retour (ndlr : vers 17 heures 30). Et puis, quand la police est venue en fin de soirée, elle s’est discrètement éclipsée par derrière. Vers quatre heures du matin, elle a téléphoné pour dire qu’elle se trouvait à Bouge. Après cela, plus personne n’a eu de nouvelles d’elle… Nous, on ne savait pas qu’elle allait partir comme cela. On pensait qu’elle resterait ici.

 

Vous n’avez pas peur pour elle ? Trois mois dans la nature à 15 ans et demi…

Sandrine : Si elle était toute seule, elle serait déjà revenue.

 

Ruddy : Elle n’est pas dans la nature! Franchement, je ne suis pas du tout inquiet pour elle. Elle a pu faire des connaissances, cela se fait facilement des connaissances.

 

A 15 ans et demi, on peut mal tomber et cela peut très mal se terminer!

(Silence)

 

Au début, vous n’avez pas dit la vérité à la police ?

Sandrine : C’est vrai. Je lui avais promis de ne pas la dénoncer si on cherchait après elle. Mais au début, il n’était pas question qu’elle disparaisse. Elle devait simplement rester ici. Il était convenu que le lendemain matin, nous irions à la police toute les deux. Mais quand la police est venue, elle a pris peur et elle est partie. Voilà, c’est tout.

 

Que voulait-elle dénoncer à la police ?

Sandrine : Je ne sais pas. Elle voulait seulement que je vienne avec elle pour qu’elle ne soit pas toute seule.

 

Savez-vous où elle se trouve ?

Sandrine : Non.

 




12:00 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Affaire Dutroux et consorts (090304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

Si on me laisse dire (7 - Le 9 mars 2004)

Quel est le nom du chien ?

 

Peu après-midi, le 13 août 1996, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre sont arrêtés à Sars-la-Buissière. Dès 14 heures, ce même jour, le maréchal des logis René Michaux se trouve devant le 128, Avenue de Philippeville à Marcinelle. Sa mission : investir la maison du suspect principal de l’enlèvement de Laetitia Delhez afin d’y retrouver la jeune fille où, à tout le moins, une trace de celle-ci. Rappelons-le : Michaux connaît parfaitement les lieux qu’il va bientôt perquisitionner avec ses collègues Bernard Minette et André Noulard. Les 13 et 19 décembre 1995, il avait déjà visité l’endroit à deux reprises, dans le cadre de l’opération Othello. A l’époque, la gendarmerie savait que Dutroux était suspect d’aménager des caches et surtout des informations le mettaient en lien, depuis plusieurs mois déjà, avec l’enlèvement de Julie Lejeune et de Melissa Russo. En 1995, Michaux était descendu dans la cave de la maison de Marcinelle, mais il n’avait pas trouvé la cache. En 1996, troisième essai. Et troisième échec.

 

Et cela commence très fort : pour exécuter le mandat de perquisition du juge Connerotte, il faut entrer dans la maison… Michaux et ses collègues n’y parviennent pas. Il faut une demi-heure à un serrurier pour arriver sur place et se mettre à l’œuvre. Ce n’est finalement qu’à 15 heures 20 que la visite peut commencer. Elle ne durera que deux heures. René Michaux écrit dans son procès-verbal du 13 août 1996 : «Dès l’ouverture de la porte, nous investissons les lieux et nous pratiquons une visite rapide de ceux-ci afin de vérifier l’absence de toute personne, ce que nous constatons. (…) De plus, nous sommes également assistés d’un chien pisteur et de son maître dans notre perquisition. Le résultat du travail du chien est négatif, celui-ci n’a pas réagi à une piste éventuelle (…)

 

«Qu’en est-il de ce chien pisteur ?», a interpellé hier Me Beauthier : «Je ne trouve aucune trace dans le dossier de son nom, pas plus que d’un rapport du maître chien!». Anecdotique ? Non. Hier des enquêteurs de la Cellule de Neufchâteau ont expliqué aux jurés qu’un élément très important du début des investigations dans le dossier Laetitia Delhez avait justement été apporté par un chien pisteur. A savoir, par ce brave toutou qui avait «marqué» la camionnette Renault Trafic ayant servi à l’enlèvement de Laetitia. On le sait, ce véhicule avait pourtant été «nettoyé» par Michelle Martin après l’enlèvement…

 

Comment se fait-il alors que le chien pisteur utilisé lors de la perquisition du 13 août 1996 n’a pas senti la présence de Laetitia dans la maison de Marcinelle ? Pourtant cette victime avait séjourné au rez-de-chaussée et dans une chambre à l’étage, pendant trois jours, avant d’être descendue dans la cache. Pourtant, la maison de Marcinelle n’avait pas été «nettoyée». Les enquêteurs interrogés hier n’ont pu résoudre l’énigme. Ils ne se souviennent pas du nom du maître chien et encore moins de celui du Rantanplan qui aurait mal reniflé le 13 août. Ils renvoient à René Michaux et à M. Donneux, l’officier qui avait coordonné les perquisitions du 13 août 1996. Auront-ils «souvenance» de cet épisode de l’enquête? Voilà donc un mystère de plus dans ce dossier qui, vous en conviendrai, n’en manque pas. Hier, la défense de Sabine Dardenne n’a pas cherché à savoir s’il y avait eu un dysfonctionnement, le 13 août 1996. Elle s’est tue. Durant toute la journée. Il est vrai que Me Rivière, l’avocat de Sabine, est aussi l’avocat de René Michaux…



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Affaire Dutroux et consorts (080304)

Chronique "Si on me laisse dire". Particularité : ce billet-là n'avait pas été publié. 

 

Si on me laisse dire (6- Le 8 mars 2004)

 

Devoir de mémoire

 

Je dois vous l’avouer : j’éprouve une certain intérêt pour Me Uytendael. Non pas que je partage tous les points de vue qu’il défend. Loin s’en faut ! Mais il faut reconnaître l’intelligence et surtout l’habilité tactique de l’avocat le plus médiatisé de Belgique. Hier encore, sur un plateau de télévision, l’ex-conseil de la juge d’instruction Martine Doutrèwe s’est fendu d’un éloge pour celle qui fut sa cliente. Elle aurait été salie par la commission d’enquête parlementaire, par les médias et finalement par une opinion déboussolée, après la découverte des corps des petites Julie Lejeune et Melissa Russo. Aujourd’hui, à entendre Me Uytendael, on saurait que Martine Doutrèwe n’aurait rien eu à se reprocher ; que toutes les fautes dans l’enquête qui n’a pas abouti à la découverte de Julie et Melissa, en temps utiles, sont à imputer à l’ex-gendarmerie.

 

C’est vrai : les gendarmes portent une très lourde responsabilité dans l’échec de l’enquête. Ce corps de police a commis des fautes irréparables et il est choquant que personne en son sein n’ait jamais été sanctionné. Mais il est faux de prétendre, comme le fait Me Uytendael, que cela lave son ex-cliente de tout reproche. Tant la commission d’enquête que la hiérarchie de Mme Doutrèwe ont regretté la passivité de ce magistrat lorsqu’elle instruisait le dossier Julie et Melissa. Le manque d’humanité dont elle fit preuve à l’égard des Russo et des Lejeune a également été stigmatisé.

 

Le 20 juin 1996, un an après l’enlèvement, Gino Russo m’expliquait, qu’à une seule occasion seulement, la juge concédera à informer les parents des enfants enlevés sur un point précis du dossier. Avec quel tact et quelle pertinence? Jugez-en en lisant cet extrait de l’interview que le papa de Melissa m’avait accordée.

- Où en sont vos contacts avec la juge d’instruction chargée du dossier?

- Gino Russo : C’est fini, on ne veut plus la voir! Depuis le coup de la lettre anonyme qu’elle nous a lue dans son cabinet.

- Que contenait cette lettre?

- Gino Russo : C’est la lettre du fameux Farid dont il a été question dans une récente émission Perdu de vue sur TF 1. L’auteur se vante d’avoir commis l’enlèvement des petites avec deux copains. Suit une description macabre qui va jusqu’au massacre à la tronçonneuse.La juge a essayé de nous mettre cela dans le crâne.Sans nous dire que ce document, pour plusieurs raisons, manquait de crédibilité. Toujours est-il qu’on a été cassés pendant quinze jours. Quelle brutalité! Moi, j’ai pris cinq ans. C’est tout de même étonnant : là, il n’y avait pas de secret d’instruction!

- Comment interprétez-vous ce geste de la juge d’instruction?

- Gino Russo : Pour nous, c’était une séance sadomaso. Rien d’autre. La justice n’est pas humaine, cela on le savait. Mais là, cela a tourné au sadisme.

 

Avec le temps, tout passe, tout casse, tout lasse… Le souvenir des faits se dissipe. Et la porte est ouverte aux réécritures de l’histoire. Mme Doutrèwe n’est pas la seule à bénéficier de ce phénomène inéluctable. On a aussi eu droit aussi, ces jours ci, à des dissertations médiatiques sur le pauvre petit gendarme Michaux. Finalement, en viendra-t-on à s’indigner que les parents de Julie et Melissa aient critiqué les dysfonctionnements qui ont coûté la vie à leurs enfants ?  


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Affaire Dutroux et consorts (050304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

Si on me laisse dire (5 - Le 5 mars 2004)

Souvenirs, souvenirs…

 

A-t-on bien pesé la portée de l’audition du juge d’instruction Jean-Marc Connerotte, ce 4 mars 2004, devant les jurés de la Cour d’assises d’Arlon ? Ce magistrat a souligné que lorsque les premières informations sur Marc Dutroux sont arrivées dans l’enquête de Neufchâteau, le 12 août 1996, il a décidé de réagir «sans désemparer». «Il fallait intervenir, au plus tard, dans les 48 heures», raconte le juge. «J’avais appris que le parquet général de Mons, en 1992, ne s’était pas montré favorable à la libération de Marc Dutroux, déjà condamné lourdement pour des faits d’enlèvements, de séquestrations et de viols. Ce suspect était dangereux. J’avais le sentiment que la vie de Laetitia pouvait être menacée.»

 

Dès le 13 août 1996, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre étaient arrêtés. Deux jours plus tard, sur les indications de Dutroux, Sabine et Laetitia étaient libérées. En quelques heures d’enquête, Neufchâteau avait donc fait ce que les unités de gendarmerie de Charleroi et de Seraing, appuyées par l’état-major à Bruxelles…, n’avaient pas fait pendant les quatorze mois qui avaient suivis la disparition de Julie et Melissa.

 

Rappelons-le, quelques jours après l’enlèvement des deux fillettes de Grâce-Hollogne durant l’été 1995, des informateurs avaient fait part de suspicions importantes et concordantes sur l’implication de Marc Dutroux dans ce fait criminel. Mais plutôt que d’être communiqués à la juge d’instruction Doutrèwe, ces renseignements ont été ‘exploitées’ dans le cadre d’une enquête parallèle des gendarmes. Invité à commenter ce dysfonctionnement, Jean-Marc Connerotte a été, on ne peut plus clair : «Si ma collègue avait reçu ces informations en 1995, elle aurait abouti, comme je l’ai fait un an plus tard.»

 

Cette considération nous rappelle pourquoi le dossier Dutroux est une affaire d’Etat. Jean-Marc Connerotte, pour la première fois publiquement, a pu confirmer que Julie et Melissa, mais aussi An et Eefje, auraient pu être sauvées si «l’action du juge d’instruction n’avait pas été entravée».

 

Inefficace pour sauver des enfants, l’ex-gendarmerie semblait beaucoup plus prompte à mener des opérations spéciales. M. Connerotte, outre diverses pressions dont il a pu être l’objet, a aussi expliqué qu’il a été mis «sous cloche» par les uniformes bleus quand il investiguait dans le dossier Dutroux: «On nous a fait croire à Bourlet et à moi qu’un contrat pesait sur notre tête. On était sensés être ‘protégés’, mais ils nous suivaient partout dans notre vie professionnelle et dans notre vie privée. Cela a cessé, du jour au lendemain, après mon dessaisissement… Deux personnes m’ont informé que les mesures prises étaient une manipulation de l’ex-gendarmerie destinée à nous contrôler…».

 

Après ces étonnants propos du magistrat, le procès a repris son cours normal. Un ex-gendarme de la cellule d’enquête de Neufchâteau, Marcel Guissard, est venu expliquer aux jurés que les renseignements collectés sur Dutroux en 1995 avaient été très utiles dans l’enquête de 1996. Il a même précisé que l’opération Othello avait été réalisée dans le «cadre d’une enquête sur la traite des êtres humains». Fin 1996, la commission d’enquête parlementaire d’enquête avait passé plusieurs semaines à faire revenir les gendarmes sur cet énorme mensonge. Ils prétendaient, en effet, que l’opération Othello avait été menée «dans le cadre de la traite des êtres humains» alors que tout démontrait qu’ils avaient illégalement mené une enquête parallèle sur l’enlèvement de Julie et Melissa, en rapport avec un suspect de Charleroi. Le nommé Marc Dutroux… Apparemment,  M. Guissard n’a pas ‘souvenance’ des travaux de la commission!


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Affaire Dutroux et consorts (040304)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Si on me laisse dire (4- Le 4 mars 2004)

3 contre 1

 

Les rôles de la tragique pièce qui se joue à Arlon sont désormais distribués. C’est Dutroux qui, bien entendu, occupe l’avant-scène. Mais le texte qu’il nous déclame est très éloigné du scénario qui avait été écrit, durant les sept ans d’instruction, par le juge d’instruction Langlois. Et pourtant, ce n’est d’ailleurs pas là une contradiction mineure, Dutroux avait fortement contribué à la reconstitution des faits effectuée par le magistrat instructeur. Il y a, par exemple, la problématique de la cache de Marcinelle. Dans le dossier d’instruction, Dutroux comme Martin déclaraient que Julie et Melissa y ont survécu pendant 106 jours, soit entre le 6 décembre 1995 et le 20 mars 1996. A cette époque, Dutroux était en prison et Martin aurait été chargé de «s’occuper» des enfants, ce qu’elle n’aurait pas fait. Cette version a toujours été contestée par les parents des deux petites filles de Grâce-Hollogne et les expertises faites dans le dossier – notamment par une architecte et un nutritionniste- ne parviennent pas à convaincre, loin s’en faut, que Julie et Melissa aient pu survivre pendant si longtemps et surtout sans aide extérieure, dans ce sinistre réduit.

 

D’où cette question : les deux victimes sont-elles toujours restées dans la cache ? Y-a-t-il eu intervention de tiers ? La zone d’ombre n’a pas été levée par l’instruction qui a considéré que les témoignages concordants –à l’époque- de Dutroux et Martin suffisaient à asseoir la thèse que Julie et Melissa n’étaient jamais sorties de la cache pendant les 106 jours. Patatras : le témoin principal de cette version, soit Marc Dutroux, nous dit aujourd’hui que Julie et Melissa étaient déjà mortes à sa sortie de prison et exploitant la zone d’ombre laissée par l’instruction, il laisse entendre que les victimes sont sorties de la cache pendant qu’il était détenu…  Dans le même temps, pourtant, Michelle Martin confirme la version qui se trouve dans le dossier : Julie et Melissa seraient mortes après la libération de Dutroux, fin mars 1996 et, à sa connaissance, aucun tiers n’est intervenu pendant la période des 106 jours.

 

Voici un bon exemple de ce que sera la stratégie de défense de Dutroux : piocher dans les parties du dossier peu ou mal étayée par l’instruction pour se dédouaner au maximum et pour charger ses co-accusés. Ici, il s’agit de nier toute responsabilité directe dans la mort de Julie et Melissa et d’en attribuer la charge à son ex-épouse, voire à un réseau dont il ne nous donne pas le premier élément d’information pour l’identifier. Dans les autres parties du dossier, Dutroux introduit Nihoul à toutes les étapes (enlèvements, séquestrations…). Sa nouvelle version se résume à ceci : outre le premier enlèvement qu’il continue à nier, il a bien participé aux autres faits qui lui sont reprochés. Mais il place à chaque fois l’escroc bruxellois dans le rôle du commanditaire et lui, dans celui d’une sorte de «protecteur» des enfants qui ne voulait pas livrer les victimes au réseau…

 

Si Dutroux se contente de cela, on peut d’ores et déjà dire que le procès est terminé. Il ne suffit pas de dire «untel est le commanditaire» – surtout après ne l’avoir pas dit pendant sept ans d’instruction-, il faut aussi donner des éléments concrets. Et c’est plus que jamais l’intérêt de Dutroux, car en parallèle, les autres accusés s’entendent pour renvoyer l’acteur principal dans les cordes et même, pour se soutenir mutuellement. Martin n’a pas pipé mot d’un rôle éventuel de Michel Nihoul dans cette affaire, ce qu’elle ne se privait pourtant pas de faire dans le dossier d’instruction. Nihoul lui a rendu la politesse en citant des propos que Dutroux lui aurait tenu lors d’une rencontre à Sars-la-Buissière : «Ma femme fait ce que je lui dit de faire». Ce qui vient en appui de la défense de Martin, soit la femme sous influence, soumise. Lelièvre a affirmé haut et fort que «Nihoul n’a rien à voir dans les enlèvements». Nihoul lui a donné acte que lors de sa première rencontre avec Dutroux, fin août-septembre 1995, «Lelièvre ne semblait connaître Dutroux que depuis très peu de temps». Ce qui vient en appui de la défense de Lelièvre qui disait ne pas connaître Dutroux en juin 1995, époque de l’enlèvement de Julie et Melissa. Michelle Martin, dans le dossier d’instruction, déclarait que Dutroux et Lelièvre se connaissaient depuis 1994. Hier, elle a affirmé qu’elle s’était trompée : les deux hommes se seraient rencontrés… après l’enlèvement de Julie et Melissa. Lelièvre lui a renvoyé la pareille lorsque le président Goux lui a demandé ce qui lui avait fait déclaré dans le dossier que «Martin ravitaillait les victimes de Dutroux». Lelièvre, désormais, n’a plus souvenance de ce qui lui avait permis de se forger une telle conviction.

 

Hier, Me Xavier Magnée, l’avocat de Dutroux disait qu’une partie de bridge avait commencé entre les accusés. Il est évident qu’à ce stade, on joue à trois contre un. Dutroux d’un côté de la table, les trois autres de l’autre. Soit Dutroux a d’autres cartes à abattre, soit il a déjà perdu la partie.


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05/01/2005

Affaire Dutroux et consorts (030304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

Si on me laisse dire (3- Le 3 mars 2004)

 

Sac de noeuds

 

«Toute personne impliquée dans ce procès historique a une responsabilité pour la recherche de l’ultime vérité. Il y a tellement de questions sans réponse, depuis tellement d’années. Vous devez la vérité aux victimes». Hier, Me Quyrinen, l’avocat des Marchal, a pris pour la première fois la parole. Non sans émotion, il nous a rappelé ce qui est au centre du procès d’Arlon : la recherche de la vérité sur le sort des victimes de Marc Dutroux et consorts. La recherche de la vérité, notamment, sur la nature et surtout le mobile des sévices infligés à une «jeune fille de 17 ans. Dans la fleur de l’âge». A «une jeune fille qui ne devait pas mourir». Certes, l’appel lancé par la famille d’An aux accusés pour qu’ils disent enfin «la seule et vraie vérité» apparaîtra peut-être naïf. Les sept années d’instruction menées à Neufchâteau ont démontré à suffisance que les quatre personnes qui sont le box ont la même propension à mentir et mentir encore. Peut-être, Me Vercrayes, l’avocat de la famille d’Eefje Lambrechts, est-il plus lucide en pronostiquant que, d’ores et déjà, «il faut s’attendre à tout entendre de la bouche des accusés»… Sauf la vérité.

 

Comment les jurés vont-ils s’y retrouver ? C’est peut-être la vraie question du jour, car même du côté des victimes, le discours est loin d’être univoque. Me Jan Fermont, l’avocat de Laetitia Delhez, voudrait en savoir plus sur l’association de malfaiteurs qui est jugée à Arlon : «Ma cliente sait qu’elle a été enlevée, mais elle ne sait pas pourquoi. Pour quel dessein ? Dutroux s’est contenté de deux explications : il voulait agrandir sa famille ou alors il voulait livrer une copine à Sabine Dardenne. C’est une insulte à l’intelligence des victimes et surtout c’est odieux. Cela revient à faire de Sabine le commanditaire de l’enlèvement de Laetitia ! Ma cliente veut une vraie réponse». Sans évoquer l’existence, non étayée par le dossier, d’un réseau pédophile impliquant de hautes personnalités du Royaume, la défense de Laetitia confirme donc qu’elle ne croit pas, pour autant, à la thèse d’un Dutroux isolé.  Problème : le conseil de Sabine Dardenne, Me Rivière, ne va pas du tout dans ce sens et on ne peut certainement pas lui reprocher de s’être privé de le faire savoir, médiatiquement, depuis plusieurs semaines. Ici, le discours se résume à «Sabine n’a vu que Dutroux, il n’y a donc que Dutroux». Ce qui fut aussi, on le sait, l’a priori de l’instruction menée par le juge Langlois. 

 

Julie et Melissa, elles, ne sont pas représentées. Et pour ajouter à la confusion… c’est l’avocat de Dutroux qui occupe le vide. Me Magnée reprend à son compte, une multitude de critiques de l’instruction qui, ces dernières années, furent aussi celles des parents des fillettes enlevées à Grâce-Hollogne. C’est notamment cet avocat qui, désormais, se plaint que l’on ne sache pas exactement comment ces deux enfants ont été kidnappées, le 24 juin 1995. Il ne faut tout de même pas exagérer ! N’est-ce pas à son client d’éclairer enfin la justice et les familles à cet égard ? Sans doute, Me Rivière a-t-il raison de souligner que l’avocat de Dutroux crée un «écran de fumée» en évoquant, les unes après les autres, toutes les zones d’ombre du dossier d’instruction. Mais là encore, il s’agit d’être nuancé. Car dans le flux des ‘tuyaux crevés’ évoqués par le ténor du barreau bruxellois – les fouilles de Jumet, la secte Abrasax…- il y a aussi des vraies questions qui restent à ce jour sans réponse. 

Il en va notamment de ces analyses scientifiques qui ont révélé la présence de 26 ADN d’inconnus dans le dossier de Neufchâteau. En ce compris, cette tâche de sang découverte le 15 août 1996 dans la cache de Marcinelle. Son étude ayant fait ressortir des traces de l’ADN de Julie Lejeune mêlé à celui d’un inconnu. Qui est cette personne de sexe indéterminé qui est entrée dans le sinistre cachot construit par Marc Dutroux?      


16:58 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Affaire Dutroux et consorts (020304)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

Si on me laisse dire 2 - Le 2 mars 2004

 

Il fallait bien sûr s’y attendre. Le grand cirque a commencé avant même la première audience du procès d’Arlon. Voilà donc que Dutroux nous parle d’un «système mafieux impliquant Michel Nihoul». Pour avoir été l’un des rares journalistes francophones de ce pays à avoir écrit –quand toute la presse ou presque le blanchissait- qu’il y avait assez de charges pour renvoyer l’escroc bruxellois vers les assises, je devrais me réjouir… Et bien non, j’inviterais plutôt à la prudence par rapport à ces déclarations publiques de Dutroux, lesquelles, soulignons-le, surviennent après… sept ans d’instruction.

 

D’ailleurs, le propos de Dutroux est-il vraiment neuf? Si on se réfère au dossier de Neufchâteau, on constate que dans les derniers mois de l’enquête, déjà, l’homme de Marcinelle dénonçait un réseau… dont il n’aurait pas fait partie, ou si peu. Extrait de sa dernière audition, en juillet 2002, devant le collège d’expert psychiatre qui a étudié son cas : «Moi, on me muselle pour que je ne dise pas ce que j’ai appris en treize ans de prison. Il y a même les services secrets qui sont intervenus… (…) C’est finalement une affaire d’Etat qui va se passer à Neufchâteau ! C’est ça le réseau, mais je ne suis pas dedans !». Et le pervers citait alors des noms qui n’avaient rien à voir avec Nihoul, mais avec des petits truands de la région de Charleroi liés à la «bande de Courcelles». Il faisait aussi allusion aux témoins X, aux morts mystérieuses de certains témoins en marge de l’affaire qui porte son nom… et même au Roi!  Pourquoi ne pas impliquer aussi le pape ?

 

En fait, Dutroux varie ses propos en fonction de l’actualité et de ses lectures (dans le dossier d’instruction, des livres ou dans les médias) pour mettre à sa sauce des éléments déjà connus de la justice. Mais, depuis ses aveux d’août septembre 1996, il n’a pas livré un nom inconnu, pas un élément vérifiable qui permette de faire progresser l’enquête en direction de complices qui auraient échappé à la justice. Il n’a pas donné non plus d’information de nature à découvrir des vérités inédites ou des faits nouveaux. Pour l’heure, il convient donc de considérer qu’on est plutôt dans le domaine de la manipulation que dans celui de la révélation. En fait, Dutroux s’amuse de l’intérêt que le monde lui porte. Il se vit certainement comme la ‘star’ du procès du siècle. Et nous, journalistes, nous lui servons de porte-voix. C’est un jeu dangereux parce que, durant le procès, Dutroux dira encore beaucoup de choses… Et notamment des choses particulièrement nauséabondes sur ses relations avec ses victimes. Jusqu’où lui donnera-t-on la parole?

 

Bien sûr, Marc Dutroux a le droit de se faire entendre. Mais s’il connaît des éléments utiles à la manifestation d’une vérité encore inconnue de la justice – ce qui est certainement le cas- qu’il les donne. Complètement. En d’autres termes, il n’est pas suffisant de laisser entendre que Nihoul est la charnière d’un réseau. Il faut aussi dire pourquoi, comment, depuis quand… Sauf à jouer le jeu de l’escroc bruxellois qui pourra ensuite se targuer d’être l’objet d’accusations gratuites et infondées. Peut-être que le président de la Cour, Stéphane Goux, parviendra-t-il à faire tout dire à Dutroux. Mais rien n’est moins sûr. Hier… l’accusé dormait dans son box.

 

PS : J’avais annoncé hier, que j’évoquerais l’une des zones d’ombre relative au volet ‘Julie et Melissa’. La première sortie de Dutroux m’en a empêché. Mais ce n’est que partie remise.



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