20/01/2005

Après le Tsunami (060105)

Entretien publié dans l’hebdomadaire belge «Ciné-Télé Revue», le 6 janvier 2005.

 

Son bureau est modestement meublé. Petit, comme l’intérêt que lui porte les responsables politiques de ce pays. Pourtant, Thierry Camelbeeck est un scientifique confirmé dans son domaine de prédilection : l’étude des tremblements de terre. A Uccle, il dirige la section   de sismologie de l’Observatoire Royal de Belgique (0RB). Et, quelques heures avant le réveillon de l’an 2005, M. Camelbeeck n’a pas le cœur à la fête. Avant de nous recevoir, il a déjà longuement étudié les circonstances du séisme qui a endeuillé l’Asie du sud-est. Oui, confirme-t-il, le bilan humain aurait dû être moins lourd si un système d’alerte avait existé dans cette région du monde. Pourtant, M. Camelbeeck ne se contente pas de jeter la pierre aux gouvernements locaux. Tous les sismologues du monde savaient que cette zone de l’océan Indien était à risque. Et la communauté internationale n’a jamais tenté d’aider les pays menacés à prendre les précautions minimales dans cette partie du monde qui ne suscitait que l’avide intérêt des Tour opérateurs pour ses exotiques plages de sable chaud. Avant de rencontrer ce scientifique de l’ORB, nous pensions parler uniquement du séisme meurtrier de l’océan indien, mais il tenait aussi, sans catastrophisme exagéré mais en appelant à la vigilance, attirer l’attention de l’opinion sur d’autres risques. Bien Belges, ceux-là. 

 

- Avez-vous été surpris par l’ampleur du raz de marée qui a dévasté l’Asie du sud-est ?

- Non, pas vraiment. Il s’agit d’une zone à risque bien identifiée par les sismologues. Il y a déjà eu plusieurs tremblements de terre et des raz de marée dans cette région du monde. Mais le plus dévastateur se situant dans des temps reculés, les gouvernements et les populations locales n’en avaient pas gardé la mémoire. Il faut remonter à 1833 pour trouver un évènement sismologique d’égale intensité dans cette partie du globe.  

 

- La catastrophe était prévisible?

- Dans la mesure où cette région connaît des déformations tectoniques parmi les plus importantes dans le monde, il fallait s’attendre à ce que, tôt ou tard, quelque chose de ce genre arrive.

 

- Tôt ou tard, dites vous. Les prévisions n’étaient donc pas très précises ?

- La sismologie, ce n’est pas de la météo! Les scientifiques sont capables de dire que quelque chose peut arriver dans une telle configuration de terrain mais, pour autant, ils restent dans l’incapacité de dire à quel moment précis la secousse aura lieu.

 

- Si nous avions posé la question avant la catastrophe, vous nous auriez dit…

- Je vous aurais répondu qu’il y avait une potentialité de tremblement de terre et/ou de tsunami dans cette partie de l’océan Indien. Qu’il était possible que l’évènement se produise le lendemain, dans dix ans ou plus tard encore. En Californie, par exemple, on s’attend aussi à l’occurrence prochaine d’un tremblement de terre de grande ampleur. Mais tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il aura lieu dans une fourchette de temps : entre demain et les 25 ou 30 ans qui viennent.

 

- Cela veut tout de même dire que les gouvernements des pays actuellement touchés ont manqué de prévoyance. Ils savaient que quelque chose de grave pouvait se passer et aucun système d’alerte n’avait été mis en place ?

- Sans doute, mais dans des pays très pauvres comme ceux-là, il y a tellement de défis à relever en termes de développement! Ces enjeux-là sont certainement apparus plus immédiats que le spectre d’une catastrophe qui ne s’était plus reproduite depuis des générations.

 

- De toute manière, cette question de la prévention n’aurait-elle pas pu aussi être envisagée sous l’angle international ?

- Certainement. Le nombre très élevé des victimes, de plusieurs nationalités d’ailleurs, démontre que la communauté des nations aurait dû aider ces pays à mettre en place, si non des systèmes d’alertes équivalent à ceux développé par les Américains et japonais, au moins un réseau de scientifiques travaillant sur les risques sismiques avec une écoute attentive des gouvernements. C’est ce qui va vraisemblablement se faire maintenant mais il aura fallu plus de 100.000 victimes pour y arriver. C’est un énorme gâchis sur le plan humanitaire. Mais aussi sur le plan économique : ces mesures de prévention auraient certainement eu un coût moindre que le montant des aides qui devront maintenant être débloquée pour soutenir les populations, réparer les immenses dégâts, empêcher les épidémies…

 

- Qu’il fallait prendre des mesures de précaution semble être une évidence…

- Dit après coup, tout le monde en conviendra. Mais à quelques exceptions notables, je pense aux Etats-Unis, à la Chine et au Japon ou plus près de chez nous en France et en Italie, il faudrait une sorte de révolution culturelle des gouvernements de la plupart des pays de la planète. Il faudrait qu’un déclic se fasse pour qu’on entende les scientifiques quand ils réfléchissent de manière prospective et qu’ils tirent des sonnettes d’alarme. A cet égard, je pourrais d’ailleurs aussi vous entretenir de mon expérience en Belgique…

 

- En Belgique ? Il y a des risques importants de tremblement de terre dans notre pays?

- A priori, on ne risque pas un tremblement de terre d’une magnitude 9 comme celui qui vient de se produire en Asie. Cela dit, et contrairement à une idée reçue, il y a bel et bien la potentialité de voir se produire un grand tremblement de terre.

Les recherches de l’ORB permettent de considérer que ce séisme pourrait avoir une magnitude de l’ordre de 6,5.

 

- C’est important cela?

- Comme point de comparaison, on rappellera que le tremblement de terre qui a eu lieu à Liège en 1983 avait une magnitude nettement moindre, soit 4,7; Il avait endommagé quelques trois cents maisons qui ont été déclarée inhabitables. Il y a aussi des points de repères historiques. Nos régions ont déjà connu trois tremblements de terre qui ont eu la magnitude de 6,5 durant les 700 dernières années (1382, 1580, 1692). Le dernier de ces séismes est relativement bien documenté. Il a principalement touché la région de Verviers mais la secousse a provoqué des morts et des dégâts matériels dans tout le pays. La secousse a aussi causé des destructions en Hollande, en France et même jusque dans le sud de l’Angleterre! 6,5, c’est aussi la magnitude du tremblement de terre qui a touché le Frioul italien en 1976. Il y avait eu d’énormes dégâts matériels, en termes économiques et près de 300 morts. Il y a donc un risque, dû à un événement rare, auquel il ne serait pas idiot de se préparer.

 

- Les autorités concernées ne vous entendent pas là-dessus ?

- Ah non ! J’ai le sentiment que ce genre de prospective n’est pas une priorité essentielle pour le monde politique. Au ministère de l’Intérieur, on est un interlocuteur quand il se passe quelque chose mais on est peu consulté pour la prévention ou pour essayer de planifier une réaction spécifique à un tel évènement. Pourtant, ce serait bien nécessaire parce que le séisme dont je parle n’aurait pas –comme à Liège en 1983- qu’un impact local encore gérable dans le cadre des plans catastrophe actuels : il pourrait affecter tout le pays. Avec des dégâts très importants dans un périmètre de 15 à 20 kilomètres. Il faut tout de même rappeler que le bâti belge est relativement ancien et il utilise généralement la brique qui n’est pas un matériau très résistant en cas de séisme. Je m’interroge aussi sur les normes de construction d’industries de type «Seveso» (ndlr : industrie travaillant avec des produits dangereux) en Belgique. Nous n’avons jamais été consulté à cet égard et je suis persuadé que les résultats des études récentes sur l’activité séismique ne sont pas considérés dans les études d’impact. Il n’est nullement question dans mon propos de lancer un cri de panique. Je voudrais seulement inciter à la vigilance : il faudrait une prise de conscience de ce risque et une approche sérieuse des mesures de prévention envisageables. Ne fut-ce déjà qu’en termes de communication : la population pourrait être informée sur la manière de réagir en de telles circonstances. Mais je crains que, pour nos interlocuteurs, le problème ne deviendra urgent qu’au moment où il se produira. Cela est désolant. Nous voudrions tellement éviter de vivre de quelque chose de comparable à ce qui vient de se passer en Asie : penser à ce qu’on aurait du faire en termes de prévention pour limiter les effets du séisme… après qu’il ait eu lieu…

- Il y a des régions en Belgique plus menacées que d’autres?

- Il y a des zones plus propices mais comme un tel tremblement de terre engloberait toute la Belgique, je pense qu’il ne sert à rien de se focaliser sur une région ou une autre.

 

-La capitale serait fortement touchée ?

- De toute façon, oui. Par rapport à l’évènement de 1692 que j’évoquais précédemment, des sources historiques qui mentionnent qu’il y a eu des dégâts et des victimes à Bruxelles. Je rappelle aussi que l’on dénombre près de 15.000 bâtiments non occupés dans la capitale, ce qui laisse supposer qu’ils sont mal entretenus…

 

- Quand ce séisme que vous redoutez pourrait-il avoir lieu ?

- Cela peut-être demain, dans dix ans ou dans les cent ans à venir. Encore une fois, il n’est pas possible d’être plus précis. C’est sans doute pour cela qu’il est difficile pour nous de se faire entendre.

 

- On ne verra aucun signe annonciateur quelques jours ou même quelques heures avant que ce tremblement de terre ait lieu ?

- Non, rien. Les données disponibles sur l’histoire sismique du pays nous permettent seulement de déterminer que le risque existe et de donner une évaluation de ce qui sera la force probable de la secousse sismique. Il s’agit tout de même d’informations capitales en termes de prévention, par exemple pour ce qui concerne les normes de construction.

 

-Mais le tsunami de Sumatra, lui, n’avait-il pas été prévu quelques heures avant qu’il fasse ses ravages ?

- Le tsunami est la conséquence d’une secousse qui a eu lieu sous les eaux de l’océan. Et ce tremblement de terre, personne n’aurait pu prévoir qu’il aurait eu lieu à la fin décembre 2004 ou dix ans plus tard. Par contre, après la secousse, des scientifiques américains ont pu déterminer que ce tsunami allait suivre. Ils n’ont pas pu calculer son intensité mais ils savaient qu’il allait mettre quelques deux ou trois heures pour arriver sur les côtes les plus éloignées. Ce qui est dramatique, c’est qu’ils n’ont trouvé aucun interlocuteur dans les pays touchés par la catastrophe. Si il y avait eu un système d’alerte en Asie du sud-est, les gens auraient pu recevoir comme consigne de se réfugier à l’intérieur de terres et le bilan humain serait certainement moins lourd. Après ce qui vient de se passer, il serait définitivement incompréhensible que des mesures de précaution ne soient pas prises pour l’avenir.

 

- Et semble-t-il pour un avenir immédiat. Selon le spécialiste français des tsunamis, Emile Okal, on doit maintenant envisager la possibilité d’une réplique de la secousse sismique qui pourrait elle-même causer l’apparition d’un autre tsunami ?    

- Il y a déjà eu plusieurs répliques sismiques et il y en aura encore dans les semaines, les mois et les années à venir. Pour ce qui est de l’occurrence de nouveaux tsunamis, il faudrait, à mon sens une réplique de magnitude 7 au minimum. C’est envisageable. En tous les cas, mon confrère Okal sait de quoi il parle. Il travaille au centre d’alerte de Hawaï. C’est un scientifique incontournable sur la question.

 

- D’autres scientifiques ont dit que la puissance de la secousse asiatique a été telle que l’axe de la rotation de la terre en aurait été ébranlé. Un élément interpellant ?

- Le constat est exact mais il n’a absolument rien d’interpellant. Même en temps normal, l’axe de rotation n’est pas fixe et la déviation observable est minime et sans aucune conséquence. De même, on a dit aussi que la géographie de l’île de Sumatra avait été légèrement modifiée par le tremblement de terre. Là encore, il ne s’agit pas d’un phénomène hors du commun : un secousse supérieur à la magnitude 6 provoque toujours une déformation permanente à la surface du sol. A 6, c’est quelques dizaines de centimètres et à 9, comme on vient de le vivre, cela a bien pu faire bouger certaines îles et la pointe nord-ouest de Sumatra sur une vingtaine de mètres. Des déplacements de ce type avaient déjà été constatés suite aux séismes qui ont frappé le Chili et l’Alaska en 1960 et 1964. Ces îles pourraient aussi avoir subi également des modifications par rapport au niveau de la mer.

 

- Un tsunami, c’est envisageable en Belgique ?

- Si une secousse se produit dans la mer du Nord, c’est théoriquement possible. D’ailleurs, en 1580, la ville de Calais a été complètement inondée après une secousse sismique. S’agissait-il d’un «tsunami» ? Le seul texte historique dont on dispose sur ce fait n’est pas assez précis pour le déterminer, mais c’est possible. Toutefois, il ne faut pas craindre un impact comparable à celui observé en Asie du sud-est. A mon sens, ce qu’on a surtout à craindre pour la mer du Nord, c’est l’occurrence plus fréquente de grandes tempêtes comme celle qu’on a connue en 1953. Il y avait eu trois cent morts aux Pays-Bas. Et à cet égard, les circonstances de dérèglement climatique pourraient être un facteur aggravant. Cette question-là n’est plus de ma compétence scientifique mais il y a lien évident avec la problématiques des tremblements de terre : l’homme devrait être plus précautionneux de son avenir, il devrait donner beaucoup plus place à la prévention dans sa réflexion et ce d’autant plus qu’il dispose d’un vue prospective sérieuse des risques. D’ailleurs pour ce qui est des conséquences du changement climatique, c’est plus évident, car là, les risques il les crée lui-même!».








09:40 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Après le Tsunami (130105)

Entretien publié dans l’hebdomadaire belge «Ciné-Télé Revue», le 13 janvier 2005

 

Jean-Pascal van Ypersele à propos des dérèglements climatiques :

«C’est comme si on chantait Malbrouck»

 

Relativement aux catastrophes causées par l’homme, il ne suffit pas de s’interroger sur un avenir à plus ou moins long terme. Il convient déjà de regarder dans le rétroviseur : l’actualité des dérèglements climatiques causée par l’effet de serre est déjà fournie depuis plusieurs années. En 2003 et 2004, on a dénombré pas moins de 900 évènements extrêmes en relation avec le réchauffement du climat provoqué par la pollution de l’atmosphère. Il s’agit de vagues de chaleur, d’ouragans, de tempêtes, de typhons et d’inondations à caractère exceptionnel.

 

Certains noms ont marqué nos mémoires : les ouragans Charley ou Jeanne dans les caraïbes durant l’été dernier. Lesquels se sont ensuite répétés au Japon. L’ouragan Catarina qui a touché le Brésil en mars 2004 et qui fut la première occurrence d’un cyclone de type tropical dans l’atlantique sud; Région où la température de l’eau en surface avait été trop faible jusque là pour engendrer un tel phénomène. Au Mexique, on se souviendra aussi longtemps d’un certain Yvan qui fut l’un des cyclones les plus violents que ce pays ait eu à subir et ce, pendant une période d’une longueur inédite : 5 jours!

 

En ce qui concerne les vagues de chaleur, comment ne pas rappeler aussi l’été maudit de 2003 et les milliers de morts français et belges. A mettre en lien direct avec le réchauffement de la planète? Les scientifiques n’ont pas encore tranché définitivement, mais c’est fort probable. Et puis, il y aussi toutes ces images d’inondations, lesquelles estiment les spécialistes, seront toujours plus fréquentes et toujours plus destructrices en raison de la déforestation qui implique une moins grande absorption des sols confrontés par ailleurs à des pluies torrentielles plus fréquentes… Parce que, dans le même temps, les glaciers sont en train de fondre et que l’évaporation de l’eau dans l’air s’accentue… 

 

C’est très simple : 2004 aura été la quatrième année la plus chaude depuis 1861… juste derrière 2003. Sur une échelle de 10.000 ans, jamais la température n’a cru de manière aussi rapide que durant ces cinquante dernières années. Tout cela à évidement un coût. Sur le plan humanitaire : ces catastrophes pas tout à fait naturelles, liées au réchauffement du climat, ont causé pas moins 56.000 morts en 2003 et 2004! Etant la conséquence d’un modèle de développement économique qui est censé faire notre richesse et notre bonheur, cette pollution nous coûte aussi de plus en plus cher. Car chaque catastrophe se paye. «Munich Re», une société de réassurance a récemment fait les comptes : en 2003 et 2004, les compagnies d’assurance ont dû débourser quelques 155 milliards de dollars! Et cela ne nous donne qu’un aperçu des dégâts humains et matériels causés par le réchauffement du climat car dans certaines régions du monde, beaucoup de personnes et de biens ne sont pas assurés…

 

Dans un récent ouvrage, le globe-trotter français Nicolas Hulot estime que les hommes semblent souffrir du «syndrome du Titanic». Notre navire – l’humanité- se dirige tout droit vers un iceberg. Il est là, on le voit déjà mais on l’ignore et  l’orchestre continue à jouer. Ce qu’il fera encore, quelques heures plus tard, alors que le bateau sera en train de couler. Est-ce là le destin des hommes? Faut-il être à ce point pessimiste ? Dans le domaine des catastrophes pas vraiment naturelles court-on vers des désastres par défaut de prévoyance ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré un autre spécialiste incontournable. Le professeur de l’Université catholique de Louvain Jean Pascal van Ypersele qui s’est récemment fait remarquer par sa participation à une étude commanditée par Greenpeace sur les conséquences des changements climatiques en Belgique. Il nous a tout de suite confié un sentiment très semblable à celui exprimé par Thierry Camelbeeck (lire plus haut) : «Les gouvernements du monde, y compris ceux de la Belgique fédérale, n’écoutent pas assez la communauté scientifique. Et si les mentalités n’évoluent pas dans les dix ou vingt années à venir, on finira pas conduire l’humanité dans une situation environnementale ingérable.»

 

- Avec d’autres membres de la communauté internationale, vous tentez d’alerter les gouvernements et les opinions mondiales quant aux importants dérèglements climatiques induit par la pollution de l’atmosphère. Il faudrait, en effet, que l’humanité prenne conscience de son impérieux intérêt à prendre son avenir environnemental en charge. Mais pour ce qui s’est passé en Asie, ne s’agit-il pas d’une problématique très différente : le tsunami est un évènement naturel, il n’a pas été causé par une quelconque action humaine. C’est une fatalité qui renvoie l’homme à sa petitesse face aux éléments ?

- Pour ce qui concerne le phénomène géophysique auquel on vient d’assister, il n’y en effet aucune responsabilité humaine, mais il en va bien autrement des conséquences de cette catastrophe : si un système d’alerte avait existé, celles-ci auraient été nettement moindres en termes de pertes humaines. Les sismologues s’attendaient à un séisme particulièrement important dans cette région du monde mais ils ne pouvaient pas dire quand il aurait lieu. Sachant qu’il y avait ce risque et que ses conséquences humaines et environnementales seraient gigantesques, des mesures préventives auraient dû être prises pour diminuer l’ampleur des dégâts… Il y a là un parallèle saisissant à faire avec ce qui passe en matière de gestion de l’environnement : cela fait plus de cinquante ans que des scientifiques attirent l’attention sur le fait que le climat va changer d’une manière majeure et c’est à peu près comme si on chantait Malbrouck! D’une manière générale, le tout à l’économique, prend toujours le pas sur les impératifs de développement durable et on n’écoute pas assez les scientifiques.

 

A défaut de mesures immédiates de précaution, la nature nous réserve-t-elle d’autre catastrophes importantes causées celles-là par l’action néfaste de l’homme sur son environnement ?

Certains parlent de «surprises inévitables», car ce ne seront pas tout à fait des surprises… Il y aura une augmentation des vagues de chaleur, une augmentation du niveau des mers qui causera un retrait des côtes et une inflation de l’intensité des tempêtes. On doit aussi s’attendre à ce que l’agriculture soit affectée, surtout dans les régions tropicales. Dans une Afrique déjà marquée par l’insuffisance de sa production agricole, l’augmentation de température va faire disparaître un certain nombre d’espèces végétales et cela causera de nouvelles catastrophes alimentaires.

 

- Pour les organismes humains sera-t-il possible de supporter la récurrence de vagues de chaleurs d’une durée et d’une intensité inédite?

- Oui et non. Souvenons-nous de l’été 2003 et des milliers de décès provoqués par la vague de chaleur qui a touché l’Europe. Maintenant, les températures que l’on a connues auraient paru tout à fait agréables à un habitant d’Arabie saoudite ou du Nord de l’Afrique. Je veux dire par là que l’homme comme tous les organismes vivants ont aussi une capacité d’adaptation à l’environnement. Ce qui pose problème ici, ce sont les changements trop rapides qui sont en train de se produire. Et puis, il faut bien comprendre que lorsque les températures moyennes augmentent, cela se traduit aussi par la probabilité de dépassements importants lors d’évènements extrêmes, tels les vagues de chaleur. En de telles circonstances, les organismes humains encaissent très mal et ce d’autant plus qu’il peut y avoir des facteurs aggravants comme les pics d’ozone.

 

- N’y aura-t-il que des bouleversements dans le sens de l’augmentation de la chaleur. Par exemple, ces jours-ci, il a neigé en Arabie saoudite. C’est un fait sans précédent et cela donne le sentiment que le climat est complètement blackboulé…

- Attention à ne pas construire des généralités à partir d’un fait ponctuel. Ce qui s’est passé en Arabie saoudite fait partie de ce qu’on appelle la variabilité du climat. En d’autres termes, il serait audacieux de conclure que le climat est détraqué parce qu’il y a eu, une seule fois, de la neige en Arabie Saoudite. Il faut examiner les tendances lourdes, étudier les évènements qui se reproduisent. Et quand cela est calculé de manière scientifique, on observe bel et bien le danger principal, à savoir le réchauffement global. Il ne faut pas introduire de la confusion dans la tête des gens! J’ai d’ailleurs été très interloqué par l’intention d’un film comme The Day after tomorrow qui suggère le danger d’un refroidissement subit. Au point de me demander s’il n’y a pas une intention de certains lobbies à vouloir brouiller les cartes et donc à démobiliser des opinions qui ne percevraient plus les véritables enjeux de l’avenir : on ne va évidemment pas dans les siècles qui viennent vers une glaciation de la terre ou un refroidissement de climat. La communauté internationale des scientifiques a clairement établi l’inverse. Dans les statistiques, les dix dernières années ont toutes fait partie des années les plus chaudes depuis 1861, soit l’époque où l’on a commencé à disposer de mesures fiables de la température globale.

 

- Dans les années à venir, il va faire plus chaud, mais dans le même temps, il va aussi plus pleuvoir ?

- Certainement. La fonte des glaciers continentaux et la dilatation de l’eau due à la chaleur va faire gonfler la couche supérieure de la surface des océans. Il y aura plus d’évaporation de l’eau des océans dans l’atmosphère et cela causera une augmentation de la pluviosité dans le monde. En moyenne, en tous cas. Parce qu’on aura aussi des redistributions : à certains endroit, il pleuvra beaucoup plus, à d’autres moins. Mais, dans la plupart des régions, lorsqu’elles tomberont –et principalement en hiver- les pluies le feront de manière plus intense. On risque donc d’avoir plus d’inondations et, paradoxalement, dans le même temps, on risque de connaître plus de sécheresses. Comme il fera plus chaud, l’eau qui sera tombée s’évaporera plus vite. Or, pour l’agriculture, ce n’est pas tant l’eau qui vient du ciel qui est importante, c’est surtout celle qui reste dans le sol. On sera donc perdant sur tous les tableaux : plus d’inondations mais aussi plus de sécheresses.

 

- Le réchauffement de la planète n’est pas non plus sans conséquences en termes de biodiversité ?

- Effectivement. Les dérèglements climatiques sont à considérer comme des facteurs aggravants d’autres désastres d’origine humaine : la destruction et la parcellisation des habitats nécessaires à la survie de nombre d’espèces animales. On construit des routes au milieu des forêts ou on les fait purement et simplement disparaître pour des intérêts économiques immédiats… Le réchauffement climatique risque de faire basculer le destin d’espèces qui parviennent encore à survivre aujourd’hui. On estime ainsi qu’un tiers des espèces encore vivantes aujourd’hui pourraient avoir disparu dans les cinquante prochaines années.

 

- A contrario, d’autres espèces pourraient croître?

- Oui et notamment en se développant dans des zones du monde qui leur étaient auparavant inhospitalières parce que trop froides. En Wallonie, on observe déjà la présence de libellules qui ne vivait auparavant que dans des climats méridionaux. En mer du Nord, des crustacés tropicaux tentent actuellement de prendre la place de nos bonnes vieilles moules. Auparavant, cette espèce - la balane- n’était présente que dans des eaux plus chaudes comme celles du Pacifique.

 

- Certains moustiques actuellement présents en Afrique et qui sont vecteurs de maladies tropicales ne pourraient-ils pas émigrer vers le sud de l’Europe ?

- C’est évident. Mais bon, la malaria était encore présente en Europe au début du siècle dernier avec un climat plus frais qu’aujourd’hui. On a pu l’éradiquer en asséchant les marais et en contrôlant les zones de reproduction des moustiques. Je veux dire par là qu’on pourra peut-être faire face mais cela aura évidemment un coût, comme quand l’on devra rehausser les digues pour contenir l’élévation du niveau de la mer en Belgique. Dans le même temps, des constats interpellent : comme par exemple, la propagation du virus du Nil occidental qui a été récemment observée… à New York. Il y a aussi en Belgique une augmentation d’une très grave maladie nerveuse, la maladie de Lyme, qui est transmise par des tiques qui raffolent des hivers doux pour se reproduire.

 

- Parlons de la Belgique justement. Si rien ne change, à quoi pourrait ressembler le climat de la Belgique dans quelques décennies ?

- Chez nous aussi, il fera de plus de plus en plus chaud. On peut estimer qu’à la fin de ce siècle, les températures moyennes pourraient s’accroître jusqu’à plus de 6°. Les hivers froids appartiendront alors aux livres d’histoire et les étés caniculaires du genre de celui de 2003 risquent de se multiplier. Comme par ailleurs, on peut craindre également une augmentation très importante des pluies en hiver et des périodes de sécheresse en été. Chez nous aussi, il y aura plus d’inondations mais aussi des pénuries d’eau, vu la plus grande évaporation en été… Le risque d’une plus grande fréquence des tempêtes est à envisager, mais ce n’est pas certain. La côte belge sera elle aussi confrontée à l’élévation du niveau de la mer. Un peu moins d’un mètre d’ici à 2100. Et si rien ne change, dans 1000 ans, on sera arrivé à une augmentation d’environ 8 mètres! Pour imaginer les conséquences, on doit savoir que 1 mètre d’élévation du niveau de la mer impliquerait déjà en Belgique que 63.000 hectares de terre se retrouveraient à une altitude négative. J’ai déjà évoqué l’apparition de nouvelles espèces animales en Belgique, mais en termes de biodiversité, il y aura aussi des disparitions. Des poissons d’eau douce comme les ablettes ne survivront pas au réchauffement. Pas plus que les hêtres de la forêt de Soignes. Il faudra aussi faire le deuil des Hautes fagnes telles qu’on les connaît aujourd’hui : ses tourbières disparaîtront. Il y aura aussi des conséquences sanitaires : on a vu récemment ce que les vagues de chaleurs combinées à des pics d’ozone peuvent provoquer comme décès. Cette chaleur favorisera aussi un allongement de la saison des pollens allergisants et comme je l’ai déjà dit, le développement de certains types de tiques.

 

- A vous entendre, on sait bien ce que nous l’avenir nous réserve ?

- Bien entendu qu’on en a une idée assez claire! Les Nations Unies ont créé, il y a maintenant 16 ans un groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat et des rapports réguliers et scientifiquement rigoureux témoignent du consensus des climatologues tant aux niveau des causes, de l’impact et de la nécessité de mesures de prévention du réchauffement climatiques.

     

- Pour autant, la communauté internationale se montre-elle à la hauteur du défi qui se présente à elle ?

- La réponse est non. Il y a des embryons de démarches positives mais on reste très loin de ce qu’il faudrait faire.

 

- On a beaucoup parlé des accords de Kyoto visant à la réduction des gaz à effet de serre, lesquels cause le réchauffement du climat. Non seulement, il a fallu beaucoup de temps pour qu’ils soient ratifiés par le nombre d’états minimum nécessaires à leur mise en œuvre mais en plus, en termes d’effort, cet accord est très minimaliste…  

- De fait. Ces accords de Kyoto sont très important parce qu’ils ont une portée symbolique. C’est un signal en direction des populations du monde : on accepte de considérer qu’il faut veiller à l’avenir de notre planète. Mais dans le même temps, si l’on veut contrer le réchauffement climatique, il faudrait faire un effort dix à vingt fois supérieur à ce qui est prévu par les accords de Kyoto. Ces accords prévoient une diminution de 5% des émissions de gaz à effet de serre des pays développés et ce qu’il faudrait c’est une diminution d’au moins 70% de l’ensemble des pays du monde. Et ce avant la fin du siècle. Il faut se dire qu’avec ce protocole, une structure existe et qu’il conviendra de la développer en impliquant plus de pays et en impliquant ceux qui le sont déjà de manière accrue.

 

- Pourquoi y a t il tant d’immobilisme dans une matière aussi cruciale ?

- Voyez le «tout à l’économique», voyez aussi les calculs à très courts termes de trop de gouvernants dans le monde. La devise de beaucoup d’entre eux pourrait malheureusement se résumer par la formule : «après nous, le déluge». Elle est favorisée par le fait que l’essentiel des dégâts devrait apparaître dans 20, 30 ou 50 ans. Des entreprises regardent la progression de leur valeur en bourse et de leur bilan à 6 ou 12 mois, des dirigeants politiques se focalisent sur les échéances électorales à 4 ou 5 ans… Tant que la population, les électeurs, ne demanderont pas d’agir, ils ne bougeront pas. Le problème, c’est que c’est un cercle vicieux. Souvent pour que la population bouge, il faut des incitants des gouvernements et pas uniquement en termes de communication. On vient par exemple de diffuser des informations sur l’impact de la pollution de l’air sur la longévité en Europe. La Belgique est fort concerné puisque cela diminuerait l’espérance de vie de nos concitoyens d’une durée équivalente à 14 mois. C’est dû notamment aux particules qui sont émises dans l’air de par la combustion des carburants. Le diesel, par exemple mais pas uniquement. Il y a aussi le mazout de chauffage. Or, en Belgique, deux mazouts de chauffage sont présents sur le marché. Le «normal» et depuis deux ans, l’ «extra» qui contient quarante fois moins de soufre. Ce n’est pas rien, car l’on sait que le soufre contribue à la pollution atmosphérique et à la formation des pluies acides. Or, que constate-t-on, rien n’est fait pour inciter à acheter de l’«extra». Celui-ci reste un peu plus cher – cinq ou six centimes le litre. Du coup, la plupart des consommateurs ne le demandent pas et ceux qui veulent en trouver ont du mal à dénicher un marchand qui le distribue. Voilà une action qui serait toute simple pour le gouvernement : taxer un petit peu plus le «normal» et un peu moins l’ «extra» provoquerait un mouvement de bascule salutaire. Et d’ailleurs indispensable, car pour rappel, la Belgique a aussi signé un protocole de Göteborg par lequel il s’est engagé à réduire drastiquement ses émissions en dioxyde de soufre dans les années à venir.

 

- Les responsables politiques belges en font-ils assez pour que la population mesure bien les enjeux de développement durable ?

- Non. Bien sûr, par rapport à d’autres pays, on n’est peut-être pas si mal placé que cela. On a une loi sur le développement durable, un conseil fédéral du développement durable, un plan de développement durable etc. Mais quand on parle de mesures concrètes, au-delà des discours, il y encore énormément de chemin à faire.

 

- A vous entendre, on constate en effet que les hommes ne prennent pas encore en main leur avenir. A terme, si l’on continue comme cela, la terre deviendra-t-elle invivable ?

- Les conditions de vie sont déjà difficilement supportables pour une partie importante de la population mondiale! Deux milliards de personnes vivent avec deux dollars par jour et presque autant n’ont pas d’accès à de l’eau potable…  Avec le réchauffement climatique, les inégalités ne vont faire que s’aggraver. Les populations riches qui peuvent ouvrir le robinet et faire fonctionner la climatisation ne souffriront peut-être pas de manière majeure des changements climatiques.  Dans un premier temps, en tous cas. Car, in fine, les technologies de l’homme ne pourront pas combler les dommages causés à une nature dont il se sera complètement coupé. Je voudrais pourtant garder de l’espoir, forcer mon optimisme et me dire qu’il y aura un sursaut d’intelligence et de moralité. Avant qu’il ne soit trop tard. C'est-à-dire dans la période tout à fait cruciale des 10 ou 20 années à venir…

 


09:35 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/01/2005

A propos de la politique du sport en Belgique (301204)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 30 décembre 2004.

 

Alain Courtois

«Faudra-t-il bientôt organiser un Téléthon pour sauver les clubs sportifs?»

 

Agé de 53 ans et père de deux enfants, Alain Courtois dispose d’un curriculum vitae particulièrement riche. Juriste de formation, spécialisé en droit administratif, l’homme a fait ses premières armes dans le monde politique. D’abord comme chef de cabinet d’un bourgmestre bruxellois et, dès 1979, comme conseiller du ministre des réformes institutionnelles. En 1981, il devient magistrat et occupe une fonction de substitut du procureur du Roi au parquet de Bruxelles. Sept ans plus tard, nouveau tournant : il prend en charge la destinée de l’Union Royale Belge de Football. Il marque cette fédération de son empreinte pendant plus de 14 ans en se signalant notamment par d’incontestables qualités de gestionnaire et de communicateur. On lui doit notamment l’impeccable organisation de l’Euro 2000. Début 2002, il se lance un nouveau défi en acceptant de prendre en charge la destinée du Royal Sporting Club d’Anderlecht. Un intermède de 10 mois seulement. Les réformes qu’il envisageait pour maintenir Anderlecht dans l’élite des clubs européens n’ont pas été acceptées. Quand on voit les résultats actuels du premier club du pays en Ligue des Champions, on se dit qu’il n’avait peut-être pas tout à faut tort! Mai 2003, nouveau virage : Alain Courtois est élu député à Bruxelles sur la liste du MR. A l’époque, avec son colistier Marc Wilmots, il annonce sa ferme intention de «doter la Belgique d’une politique sportive ambitieuse» parce notre pays «se situe à la traîne des pays développés» en la matière. Mais en politique, il faut beaucoup de patience…

 

- Peu de temps avant d’être élu, en mai 2003, vous aviez alerté l’opinion sur la situation catastrophique du sport en Belgique. Vous disiez notamment : «Chacun perçoit les valeurs et les avantages immenses du sport pour la population d’un pays… Et pourtant, la Belgique se situe à la traîne des pays développés en matière de pratique sportive. Il n’y a aucune politique sportive ambitieuse, aucun plan global» Avec enthousiasme, vous annonciez que si vous étiez élu, vous tenteriez de faire ratifier un «pacte» entre les pouvoirs publics et le monde sportif pour faire du sport, «une des priorité de l’action politique» ? Où en êtes-vous?  

 

­- Nulle part! Quand j’ai été élu, j’ai demandé au premier ministre d’organiser une conférence officielle réunissant tous les ministres de ce pays dont les compétences touchent de près ou de loin au sport. L’idée a été acceptée par M. Verhoofstadt et deux réunions préparatoires ont eu lieu au sein de son cabinet. Et puis, cela n’a plus bougé. Il est vrai que la matière est très morcelée. Il n’y a pas moins de six ministres du sport en Belgique! C’est le double du nombre de médailles qu’on a gagnées aux derniers jeux olympiques… Il y a le ministre flamand du sport, le ministre bruxellois du sport, le ministre wallon du sport, le ministre de la communauté française en charge du sport. Il y a aussi un ministre pour la Communauté germanophone. Et puis, il y a un ministre peu connu, celui de l’Economie qui est charge des institutions bicommunautaires. Par exemple, la Fédération belge de Football. Et si l’on veut prendre la problématique du sport à bras le corps, il faudrait encore convier plusieurs ministres fédéraux. Ceux qui ont en charge l’emploi, la fiscalité, la sécurité sociale… Cela demande une véritable volonté politique.

 

- Elle fait défaut ?

­- J’ai l’impression de prêcher dans le vide. Et moi, quand je perds mon temps, je m’en vais. Où alors je pousse un coup de gueule. Tourner en rond, ce n’est pas mon truc! Je dois dire que je ne comprends pas très bien le manque d’intérêt du monde politique pour le sport. Sauf, bien entendu quand il y a un truc prestigieux. Par exemple quand Henin-Clijsters jouent la finale de Roland Garros, le TGV porte parfaitement son nom : «Tout le Gourvernement y Va». Ils sont tous là, au premier rang. Et tous ils aiment le sport! A côté de cela, il y a des tas de petits clubs amateurs qui n’en sortent plus, une absence de politique globale pour favoriser la pratique du sport par tous et dès le plus jeune âge, la disparition de plus en plus évidente des sportifs de haut niveau en Belgique, la pénurie de résultats probants dans presque toute les compétition internationales. Je dois dire que je ne comprends pas l’immobilisme actuel. En entrant en politique, je me sentais en mesure de faire bouger plus facilement les choses. Il me semblait disposer d’arguments imparables et très fédérateurs. Par exemple, ceci : le sport est très populaire en Belgique car pas moins de 800.000 de nos concitoyens sont affiliés à un club sportif. Un véritable mouvement social! Et pourtant, le budget du sport en Belgique ne représentent pas plus de 0.5% de l’ensemble des budgets de l’Etat (Etat fédéral, Communautés et Régions). C’est une honte! Faudra-t-il bientôt organiser un Téléthon pour sauver les clubs sportifs?

 

- Ne s’agit-il que d’une question de gros sous ?

- Bien sûr que non. Déjà le monde du sport serait content d’être entendu, respecté. Et puis des idées simples peuvent être facilement mise en pratique sans que l’Etat ne doivent délier sa bourse. Par exemple, j’ai déposé une proposition de loi pour la création de «chèques sport et culture», un équivalent des chèques repas qui seraient octroyés par des entreprises à leurs salariés. Bon, cette proposition a fait l’unanimité au parlement et on attend les arrêtés d’exécution. 1800 entreprises sont déjà prêtes à se lancer. Un autre exemple : un chômeur peut-il contribuer bénévolement à des tâches d’encadrement ou d’aide dans un club sportif amateur? Ce n’est pas clair et donc cela bloque pas mal de vocation. Il y a des tas de gens qui sont au chômage que cela intéresserait certainement d’aller aider, encadrer des jeunes mais qui n’osent pas de peur de perdre leurs allocations. Il y a aussi la question des volontaires, soit des bénévoles qui touchent une indemnité de 1000 euros par an non taxables. Si on acceptait d’augmenter l’immunité fiscale jusqu’à 2000 euros, on éviterait beaucoup de transactions en noir et il y aurait aussi plus de candidats. Une autre mesure simple pourrait aussi soulager beaucoup de familles, surtout celles où plusieurs enfants font du sport ou une activité culturelle A savoir, la déductibilité des cotisations. Au début de l’année scolaire, quand les parents reçoivent des invitations à payer 8000 francs pour le foot, 2000 francs pour le judo et 5000 pour le cours de piano, c’est la cata! Si ces mesures pouvaient passer d’ici à la fin de la législature, ce serait déjà ça…

 

- Mais tout ne serait pas résolu pour autant ?

- Loin s’en faut. Ce qu’il faudrait, c’est un grand élan. Une vision. Or, en Belgique on a l’impression que le sport, c’est du plic et du ploc : «vous êtes le copain de, vous allez recevoir quelque chose». Et bien sûr l’inverse : « vous n’êtes pas le copain de, vous n’aurez rien». Exemple : la Région wallonne va aider certains clubs, la Région bruxelloise ne «parvient» pas à le faire. Autre exemple : en 1998, on investit plus d’un milliard d’anciens francs dans le Stade Roi Baudouin. Ensuite, on y fait le match inaugural et la demi-finale de l’Euro 2000. Quatre ans plus tard, le stade est déjà usé. Parce qu’on a pas planifié son entretien à long terme. Il faut le savoir, la Belgique est larguée en termes d’infrastructures... Comme ses sportifs le sont de plus en plus sur les terrains. Dernièrement, j’ai vu de Radiguès. Il me disait : «C’est fini. Quand il n’y aura plus Henin et Clisters, il n’y aura plus personne». Et pourquoi ? Parce que l’on ne favorise pas la découverte des sports dès le plus jeune âge et bien entendu, rien n’est fait non plus pour repérer et mettre en valeur les talents de demain. Pendant ce temps-là, le monde bouge. Depuis la chute du mur du Berlin, les nouvelles nations comme la Croatie, la Lettonie, la Tchéquie, la Lituanie ou la Slovaquie ont beaucoup investi dans le sport. Ils savent que le sport contribue à forger l’image d’un pays. Pendant ce temps, en Belgique, on dort. Où alors

on s’occupe des sodas dans les écoles mais pas de la condition physique des gosses. L’élément principal du dossier, c’est pourtant cela : le mouvement, l’éducation physique. Comment se fait-il que la Belgique soit l’un des seul pays d’Europe où l’on ne parvienne pas à instaurer une après-midi sportive dans le secondaire? Qui fait le check de la santé des enfants aujourd’hui ? Ce sont les clubs sportifs. Ce sont eux qui envoient les gosses chez le toubib. 67% des enfants qui sont dans les écoles sont aussi dans des clubs sportifs, c’est tout de même énorme! Le mercredi après-midi, les clubs sportifs sont les plus grand baby sitter du Royaume! Ceux qui s’y investissent ont le sentiment que le monde politique leur dit : «occupez-vous des petits et fermez-là». Ils se sentent méprisés. Il n’y a pas de budget pour les aider ? Comment n’admet-on pas l’idée qu’en favorisant la pratique sportive de toutes les classes d’âge – et cela dès la maternelle-, on ferait d’énormes économies en termes de sécurité sociale! C’est l’évidence. Comment on ne comprend pas cela ? A moins que l’on doive chercher les raison de l’immobilisme ailleurs : le sport étant un des derniers éléments fédérateurs dans ce pays, c'est peut être pour cela que certains, et pas seulement les partis extrémistes, ne veulent pas le favoriser.

 

- Avant d’être élu, vous évoquiez la nécessité de créer un poste de «commissaire fédéral aux sports». Qu’est devenue cette idée ?

- Je l’ai soumise à plein de gens. J’avais même donné son nom : je pense qu’Eddy Merckx aurait été parfait dans ce poste. Moi si j’étais premier ministre, je le nommerais aussitôt. Mais bon, cela n’a pas été jugé intéressant de disposer de quelqu’un qui aurait eu un point de vue global sur le sport en Belgique. Dans le même ordre d’idée, il faudrait d’ailleurs refédéraliser le sport professionnel. Cela permettrait d’enfin disposer d’un budget pour créer un Centre fédéral de formation des sportifs de haut niveau. On est l’un des seuls pays au monde qui n’en a pas. Même Luxembourg, Chypre ou Malte disposent de cela! Ce serait un endroit où l’on trouverait les meilleurs dans toutes les disciplines olympiques. Mais non, la encore il n’y a pas d’argent public pour cela. Alors, il faut utiliser des ficelles. On est en train de mettre sur pied une très grande salle à Forest national. 18.000 places! Je suis dans ce projet et j’ai demandé qu’1 % des recettes soient versé à un fond pour le sport amateur. Voilà où on en est! C’est presque la charité. Ce fond sera géré par des sportifs. Pas de politique là dedans! Eddy Merckx, Van Himst, Roelandts, des gens comme cela. Ils sont d’accord. Eux, ils savent ce que c’est un petit club amateur qui est dans le besoin. Moi aussi. Récemment encore, j’ai été contacté par une petite équipe amateur de judo de la région bruxelloise. Ces gens s’étaient qualifiés pour un championnat d’Europe. Ils devaient aller à Saint-Pétersbourg mais ils n’en avaient pas les moyens…

 

- Pour vous qui avez aussi choisi la voie politique, c’est un peu décevant ?

- Manifestement, ce n’est pas la politique qui va faire évoluer le sport en Belgique. Donc on doit trouver d’autres moyens. Toutefois, je continuerai tout de même à me battre au niveau parlementaire jusqu’à la fin de mon mandat.

 

Là, vous en avez marre…

C’est vrai… Le monde politique devrait aussi prendre conscience du ras-le-bol du monde du sport. Si cela continue, il va y avoir du mouvement. Croyez-moi, cela va faire mal! Imaginez-vous qu’il n’y ait pas de sport pendant tout un week-end. Les cinq grandes fédérations! Football, Basquet, Handball, Hockey, Volley. La presse devra bien expliquer pourquoi! On est en train de travailler à cela.

 

- Le monde du sport ne doit-il pas aussi balayer devant sa porte. Par exemple, il y a le problème du dopage qui est de plus en plus récurrent.

- Je suis d’accord. D’où le «pacte» que je propose. Dans la vie, c’est comme cela. Il y a des droits et des obligations. Vous avez parlé du dopage. Ca c’est un fléau qu’on n’éradiquera jamais à fond. Mais il faut lutter sans répit. Il y aussi des abus en termes d’esprit de compétition : on doit arrêter cela avec des gamins de 13 ans auxquels on propose déjà des contrats. C’est de la folie pure. Il faut aussi disposer de gens sérieux et compétents pour encadrer les jeunes dans les clubs, pas des docteurs Mabuse. C’est l’esprit de ce qui se passe en Catalogne. Une région qui a investit quatre milliards de francs dans le sport. On aurait besoin d’une sorte de Plan Marchal pour le sport belge.

 

- Si vous étiez ministre des sports et que vous aviez toute latitude pour prendre une série de mesures immédiates que feriez-vous ?

- Primo, l’obligation de l’apprentissage de la psychomotricité dans les écoles maternelles. C’est là que l’on apprend le mouvement. Il y a des tonnes de kiné qui sont sans emploi et dont ce pourrait être le premier boulot. Secundo, trois heures minimum d’éducation physique dans le secondaire et 1 heure 30 dans le primaire. Tertio : créer des passerelles immédiates entre les écoles et les clubs sportifs et les associations culturelles. Pour savoir si un gosse a une vocation pour tel sport ou telle activité culturelle, il faut qu’il y ait au moins trois ou quatre jours par trimestre d’éducation au sport et d’éducation aux activités culturelles. C’est comme cela que l’on permettra au sport et à la culture de jouer à plein leur rôle social. Ce sont en effet des domaines où le talent prime sur les origines sociales : le fils d’Albert Frère ne sera jamais avant-centre d’Anderlecht s’il ne sait pas jouer. Par contre, un gamin qui a très peu de moyen financier, si il a le talent… Mais pour cela, il faut aller le chercher! C’est ce qu’on ne fait pas. A l’école, on bosse en math mais on ne va jamais demandé à un gamin s’il aimerait essayer du piano. A mon sens, il faut travailler à deux niveaux : faire de l’accès de tous au sport et à la culture, un enjeu prioritaire. Et dans le même temps, mettre en œuvre une vraie politique de détection des talents. Ceux là, ils iraient dans le Centre de formation. Lequel d’ailleurs pourrait aussi assurer des possibilités de reconversion pour des sportifs en fin de carrière. Ils y transmettraient leur expérience aux jeunes. Je préfèrerais qu’un médaillé olympique comme De Burgrave fasse cela… Plutôt que de vendre des chaussures!

 



17:01 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

18/01/2005

Affaire Dutroux et consorts (180304)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Vive le débat

(Si on me laisse dire -14 Le 18 mars 2004)

 

C’est de la confrontation des idées que jaillit la lumière. Hier, en fin d’après-midi, ce principe a été souligné par l’avocat général Jean-Baptiste Andries. Rappelant que «notre système de jugement est basé sur la contradiction», ce magistrat a bien expliqué aux jurés quelle serait leur tâche dans les semaines à venir : entendre tous les témoins, leur poser toutes les questions et se forger une opinion sur ce qui ce sera dit par ceux-ci et par toutes les parties au procès. L’évidence ? Peut-être. Mais après le long exposé de Jacques Langlois, il était bien nécessaire d’insister sur le fait que le procès ne faisait que commencer! C’est fait. Et le ministère public a d’ailleurs salué «l’honnêteté du juge du juge Langlois qui a reconnu que ses conclusions sur ce dossier lui sont personnelles».

 

C’est, en effet, une thèse qui a été développée par le juge durant ces quelques jours. Et il n’est pas étonnant que les avocats de Nihoul s’en soient réjouis. Avec un pathos quelque peu démonstratif – qu’en sera-t-il quand des témoins viendront parler de la possible implication de son client dans les enlèvements d’enfants?- Me Atout est allé jusqu’à évoquer «un monument d’exposé». Ajoutant, la voix tremblante : «Je me prend d’en être ému». Il faut savoir ménager ses effets !

 

Cet avis est pourtant loin d’être partagé par les avocats de Laetitia Delhez qui ont retenu que le juge a «de manière tout à fait inhabituelle, plaidé contre l’acte d’accusation». Traduisez par : il s’est montré particulièrement partial en ce qui concerne l’implication éventuelle de Michel Nihoul dans le cadre de l’association de malfaiteurs qui est jugée à Arlon.

 

Que retiendront les jurés de toutes les questions qui ont été posées au juge Langlois ? Une chose essentiellement. En tous cas, je l’espère : contrairement à un vent médiatique dominant en Belgique, durant ces dernières années, sa méthode de travail et les options qu’il a choisies – très tôt- dans le cadre de son instruction ne peuvent échapper à un questionnement. Comme l’a signalé Me Beauthier, cela place la Cour et les jurés devant une importante responsabilité : celle d’ «ouvrir toutes les portes» dans ce dossier et, notamment, celles qui ont été fermées trop vite par l’instruction.

 

«Comprennez-nous bien», ajoute en substance, Me Fermont, «ouvrir toutes les portes, ce n’est pas chercher à mettre en évidence ce qu’il n’y a pas dans ce dossier. Ce n’est pas lancer des rumeurs sur l’implication du prince, du cardinal ou du pape dans l’affaire Dutroux! C’est simplement bien évaluer la nature de l’association de malfaiteurs qui se trouve dans le box et le rôle de chacun des accusés dans le cadre de cette association».

 

Ce point de vue est aussi celui de la famille Marchal qui a considéré que ces derniers jours de débat avaient démontré que le dossier du juge Langlois était construit «sur du sable mouvant». Autrement dit : les convictions du magistrat leur sont apparues, le plus souvent, comme des interprétations sujettes à débat. Restent deux positions qui se sont confirmées, mais qui étaient déjà clairement identifiées dès l’entame du procès. Celle des avocats de Sabine Dardenne qui n’ont posé aucune question au juge au motif que «Sabine n’a vu que Dutroux. Donc, il n’y a que Dutroux». Vous connaissez le refrain…  Et celle des avocats de Dutroux qui, Me Magnée en tête, remuent certaines «zones d’ombre» de l’affaire… Quitte à tirer au bazooka en direction du «grand réseau». Rappelons-leur tout de même, comme l’a dit Me Quyrinen, que leur client possède certainement plusieurs des clés qui pourraient faire avancer ce procès! Les donnera-t-il un jour ? C’est peu probable. Car si l’affaire qui porte son nom devenait limpide, Marc Dutroux ne pourrait plus jouer à Marc Dutroux!


08:38 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/01/2005

Affaire Dutroux et consorts (17/03/04)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Si on me laisse dire (13- Le 17 mars 2004)

Textes sacrés

 

Je suppose que, pour certains d’entre nous, l’important c’est d’y croire. Croire par exemple qu’il est inconcevable que l’enquête menée à Neufchâteau sous la direction du juge Langlois ait pu connaître des lacunes. Comment cela serait-il possible après les enquêtes ratées –et dénoncées comme telles- de 1995 ?  En 1995, justement, j’en ai lu tellement des articles de presse qui prétendaient que les Russo et les Lejeune avaient tort d’interpeller la justice!

 

Aujourd’hui, sous les mêmes plumes, on a trouvé beaucoup de commentaires sur la méthode Langlois… Sur cette question, le prêt à penser se fonde sur un postulat : envisager que d’autres personnes que Dutroux, Martin, Lelièvre et Nihoul puissent être impliquées dans les enlèvements, séquestration, viols et assassinats jugés à Arlon est fantaisiste. Donc, le juge Langlois –qui-ne-croit-pas-au-réseau- est le contraire d’un fantaisiste, c'est-à-dire qu’il s’agirait de quelqu’un de sérieux.

 

Malheureusement, dire que quelque chose n’existe pas n’est pas un gage de sérieux. L’histoire est peuplée de gens qui ont prétendu que des choses n’existaient pas… A une époque, certains se basaient sur des textes religieux pour dire que la terre ne pouvait pas être ronde! Dans cette affaire des enfants enlevés, c’est donc «le dossier» construit par Jacques Langlois qui fait office de texte sacré.

 

Durant ces quatre jours de témoignage, le magistrat a ainsi très souvent utilisé des formules du genre : «le dossier nous enseigne que», «selon les données objectives du dossier, il est établi que…».

 

Lundi déjà, Jean-Denis Lejeune a clairement indiqué qu’il refusait de réciter le credo écrit par Langlois. Paul Marchal lui a emboîté le pas. Et hier, les avocats de Laetitia Delhez, Me Beauthier et Fermont ont également commencé l’exégèse du texte. Les quelques 25 questions qui ont été posées à Monsieur Langlois nous permettent déjà de donner une définition de ce que ce magistrat appelle «une donnée objective». C'est-à-dire, pourrait-on croire, une donnée intangible, établie, qui forge des points essentiels de l’analyse du magistrat instructeur… Et bien, dans «le dossier», une «donnée objective», c’est notamment une «déclaration concordante et constante de Dutroux et Martin».

 

Ah bon ? Mais, M. Langlois, c’est votre dossier qui nous enseigne que, dès leurs premières auditions, le 13 août 1996, Martin et Dutroux racontent, sur certains points, les mêmes mensonges (par exemple, que la camionnette qui a servi à l’enlèvement de Laetitia était en panne «depuis quinze jours»). C’est aussi «le dossier» qui renseigne que Dutroux construisait des récits avec son épouse… au cas où il serait interpellé par la police. Il l’a fait notamment avant son arrestation du 6 décembre 1995.  

 

Spécieuse, cette manière de lancer des «données objectives» à la tête des jurés de la Cour d’assises flirte carrément avec le sacré lorsque, en plus, des déclarations de Dutroux et de Martin sont présentées par le juge comme «concordantes et constantes» alors, qu’en fait, elles ne le sont pas! Me Fermont et Beauthier l’ont fort bien mis en évidence hier : les diverses auditions de Dutroux et Martin sur la viabilisation de la cache de Marcinelle comportent de nombreuses contradictions… Pourtant, c’était encore, avant qu’ils amènent cette question sur la table, une «donnée objective du dossier» qui était de nature à imposer une vérité : celle selon laquelle la cache n’aurait pas été prête au moment de l’enlèvement de Julie et Melissa. Lequel, pour cette raison notamment, n’aurait pu être que fortuit…

 

Depuis hier, le juge Langlois a modifié sa manière de communiquer : on entend moins, «le dossier nous enseigne» et plus «c’est ce que je pense, ce que je déduis mais il faut être prudent». Le début de la sagesse…

 

 

 



16:37 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/01/2005

Affaire Dutroux et consort (160304)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Si on me laisse dire (12 - Le 16mars 2004)

Les bons et les mauvais témoins

 

A l’entendre depuis plusieurs jours, je me dis que le juge Langlois porte un costume trop grand pour lui. Surtout, il porte mal et lourd. C’est en effet avec très peu de finesse que, questionné hier par Jean-Denis Lejeune, il a admis que le témoignage qui fondait son refus d’aller au-delà de quatre témoins pour la reconstitution de l’enlèvement de Julie et Melissa était celui d’un certain sieur… Henry Dumont. Un détail ? Pas vraiment. On découvre ici, encore, un exemple très intéressant la «méthode Langlois».

 

Le problème de départ était donc celui de la reconstitution. Toute la lecture Langlois repose sur le témoignage d’une vieille dame. Mais voilà : le rapport du maître-chien présent sur le chemin de Fexhe, peu de temps après l’enlèvement, indique que Julie et Melissa sont allées à d’autres endroits et, en tous cas, plus loin que le lieu décrit par le témoin Henrotte! Peu disposé à élargir le champ de sa reconstitution, le juge a donc… écarté les constats du maître-chien.

 

C’est ainsi qu’il a construit une nouvelle théorie. Au soir du 24 juin 1995, le chien pisteur aurait reniflé l’odeur de la maman de Julie… et non pas celle de Julie elle-même. Comment se fait-il ? Jacques Langlois affirme qu’une taie d’oreiller a été utilisée et que Louisa Lejeune l’aurait touchée en refaisant le lit de sa petite fille, au matin de l’enlèvement.  Nouveau «problème», pour Jacques Langlois : ce jour-là, Louisa n’a pas touché la taie. Elle l’a en tous cas dit et répété. Mais le magistrat ne la croit pas… Langlois l’a dit avec des gants, mais il l’a dit clairement aux jurés : «Vous comprenez bien qu’une maman, presque machinalement, remboure l’oreiller».

 

Hier, Jean-Denis Lejeune a questionné Langlois : à part la taie –élément déjà contesté- y-a-il une donnée objective qui permettait au juge de remettre en cause les constats faits par le maître-chien en juin 1995 ? Et c’est comme cela que le magistrat a ressorti le témoin Dumont de son chapeau… Témoin auquel il donne plus de crédibilité qu’au maître chien! Il est vrai que cette personne a fait… des déclarations à la RTBF qui ont été recopiées sur un procès-verbal. Belle enquête, n’est-ce pas? Le plus intéressant est à venir. Car le témoin Dumont est aussi celui qui a reconnu Michel Lelièvre comme présent à Grâce Hollogne, au lendemain de l’enlèvement de Julie et Melissa… Mais quand il témoigne de ce fait là… Dumont n’est pas jugé crédible.

 

Visiblement, Monsieur le Juge a ses témoins. On l’a déjà vu, chez les amis de Nihoul -dont le repris de justice Michel Van der Elst-, Langlois a cherché la cohérence dans plusieurs de leurs témoignages contradictoires. Pour le magistrat, ce sont là de bons témoins. Chez les témoins de Bertrix à charge de Nihoul, il a cherché les incohérences plutôt que ce qui collait. Ce sont donc des mauvais témoins. D’ailleurs, ils sont si nombreux… Mais il y a aussi, dans ce mauvais polar, des témoins qui sont à la fois bon et mauvais ! C’est donc le cas du sieur Dumont qui est jugé assez crédible pour contrecarrer à lui seul un rapport de police (celui du maître chien) et pour déterminer les conditions de la reconstitution… Mais lorsqu’il met en cause Lelièvre, il n’est plus cru par le juge…

 

Les questions chirurgicales de Jean-Denis Lejeune ont aussi démontré, si cela était encore nécessaire, que les principaux témoins de l’instruction Langlois, ceux qu’il a le plus crus dans cette affaire, ne sont autres que Marc Dutroux et Michelle Martin… Notamment quant aux quantités de nourriture qu’ils auraient laissée à Julie et Melissa lorsqu’elles étaient détenues à Marcinelle. 





09:40 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

15/01/2005

A lire dans Ciné-Télé Revue (130105)

A lire cette semaine dans l'hebdomadaire Ciné-Télé Revue
 
Deux interviews interpellantes :
 
- Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l'UCL explique les causes et les conséquences inquiétantes du réchauffement climatique.
 
- Vincent Engel, professeur à l'UCL et à l'Ihecs exprime un point de vue très critique sur les ambiguités du film "La Chute" qui retrace les dernièrs jours de vie du dictateur nazi Adolf Hitler.


10:57 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |