14/04/2009

Affaire Koekelberg (14 et 180908)

Dossier évoqué sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match (RTL/TVI) le 14 septembre 2008 et dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 18 septembre 2008.

 

Affaire Koekelberg

Sylvie Ricour et Anja Savonet dénoncent la jalousie et les préjugés sexistes

 

Sylvie Ricour et Anja Savonet n’acceptent plus d’être l’objet des rumeurs calomnieuses et complètement déplacées qui sont nées il y a un an déjà, après qu’elles aient chacune été « commissionnées » pour travailler dans l’immédiat entourage du patron de la Police fédérale, Fernand Koekelberg. Cette polémique, on le sait, a déclenché une enquête du Comité P et la suspension provisoire des deux secrétaires, tandis que certains médias n’ont pas hésité à évoquer des « promotions canapé ». Blessées, ces femmes témoignent pour la première fois : « Cela fait plusieurs mois qu’on est dans la tourmente. Telles des criminelles, on nous a interrogées pendant des heures. Maintenant, cela suffit ! On veut retrouver notre travail, car il n’y a absolument rien à nous reprocher. A travers nous, c’est Fernand Koekelberg, notre patron, un homme parfaitement droit, qui est visé. Dans cette affaire, il y a de la jalousie, des préjugés sexistes et beaucoup de médiocrité ! » Des larmes aussi. Ne pouvant être contenues. Celles qui viennent aux yeux de Mmes Ricour et Savonet lorsqu’elles songent à leurs équilibres familiaux et personnels fortement perturbés. Cette épreuve ne restera pas sans suite.

 

Anja Savonet a les yeux rouges lorsqu’elle confie que, depuis des semaines, elle ne dort plus. Sauf, bien sûr, si elle prend des somnifères. Jusqu’il y a peu, c’était pire encore. Anja n’avait même plus la force de sortir de chez elle. Trop fragilisée qu’elle était par des accusations qu’elle ne parvenait pas à digérer. D’expression néerlandophone mais parfaitement bilingue, cette femme travaillait, jusqu’en juillet dernier, dans l’équipe rapprochée – on pourrait dire aussi le « cabinet » ou la « cellule stratégique » – du grand patron de la Police fédérale, Fernand Koekelberg. Elle en a été provisoirement écartée à la suite d’une campagne de presse menée, principalement, au nord du pays.

 

Il s’est en effet trouvé des plumes dans notre bonne presse démocratique pour suggérer lourdement que cette femme « couchait » et qu’elle « intriguait », telle une espèce de Mata-Hari des faubourgs de Bruxelles… Pas la moindre preuve de ces allégations, mais le poison a suffi. La récente nomination d’Anja au sein du Commissariat général a été mise entre parenthèses et son patron a été éclaboussé.

 

Aujourd’hui, Anja est assise devant nous dans un établissement du haut de la ville à Bruxelles. Elle est venue au rendez-vous que nous lui avons fixé mais, pour elle, c’est déjà le maximum. Pas encore la force de témoigner. Elle nous dit que c’est son amie, assise à côté d’elle, qui va tout nous raconter. Son amie, c’est Sylvie Ricour, une autre collaboratrice directe de Fernand Koekelberg. Une « écartée », elle aussi. En juillet également. Après la même campagne de presse nauséabonde. Blonde et belle, bien sûr. Bref, une coupable idéale pour certains moustachus aux préjugés sexistes. Mais bon sang, c’est sûr, si elle a connu un bel avancement il y a un an, ce ne pouvait être qu’une « promotion canapé »…

 

Paris Match Belgique. Sylvie Ricour, vous êtes donc l’une de ces « sorcières » que certains aimeraient voir brûler en place publique ?

Sylvie Ricour. Je sens bien l’ironie qu’il y a dans votre question mais, personnellement, je n’ai pas envie de rire. De fait, je suis l’une des personnes qui a été montrée du doigt dans

certains médias. Et si j’ai décidé de parler, en mon nom mais aussi en celui d’Anja, c’est que je n’en peux plus. J’en ai assez des rumeurs et des mensonges.

 

A propos de votre privée ?

Ecoutez, ma vie privée ne devrait regarder que moi. Mais la rumeur a décidément une force incroyable. Je me vois contrainte de dire, de crier pour qu’on l’entende, que je suis une femme mariée et heureuse de l’être depuis près de vingt ans ; que je suis aussi la maman comblée de deux enfants. Je n’ai jamais eu la « relation privilégiée » que certains médias m’ont prêtée avec le patron de la Police fédérale. J’aime mon mari et je suis stupéfaite de constater que la presse puisse se faire le réceptacle de telles affirmations gratuites, d’allégations mensongères qui sont de nature à détruire l’équilibre familial et professionnel d’une personne. Je trouve cela aussi stupide que cruel. Et j’en souffre moins pour moi que pour ma famille. En fait, je ne supporte pas les dégâts collatéraux que tout cela a produit sur mes proches. Mes deux enfants ont rencontré des difficultés inédites dans leur scolarité. Sur son lieu de travail, mon mari s’est parfois senti toisé par certaines personnes. Mes parents sont aux abois… C’est d’autant plus injuste que, depuis neuf ans maintenant, j’ai énormément investi dans mon travail au service de l’Etat. Comme ma collègue Anja, je n’ai jamais compté mes heures, délaissant parfois ma famille pour mener à bien ma tâche. J’ai toujours été loyale avec les différents ministres pour lesquels j’ai travaillé. Désormais, je me sens trahie. Ecœurée.

 

Dans quelles circonstances avez-vous rejoint la Police fédérale ?

En 1999, j’ai été recrutée par le cabinet du ministre de l’Intérieur, Antoine Duquesne. Contrairement à un mensonge médiatique, je disposais d’un diplôme de secrétaire de direction et j’avais déjà une expérience de plusieurs années dans le secteur privé. A l’époque, le ministre de l’Intérieur constituait une cellule pilote pour préparer la réforme des polices. C’est là que j’ai rencontré Anja qui, auparavant travaillait pour le SGAP (Service général d’appui policier). Dans ce groupe, il y avait des représentants des différentes polices de l’époque : Fernand Koekelberg (gendarmerie), Jean-Marie Van Branteghem (police communale) et Bernard Ista (P.j.), qui deviendra ensuite le chef de cabinet de Louis Michel. Jusqu’en 2001, nous sommes restées au cabinet Duquesne. Ensuite, ce ministre a créé le « SAT Intérieur ».

 

En d’autres termes ?

Le secrétariat administratif et technique du ministre de l’Intérieur. Un service identique existe au ministère de la Défense et on vient d’en créer un, récemment, à la Justice. Le SAT

a quitté le cabinet et son directeur a été désigné : c’était Fernand Koekelberg. Toute l’équipe a suivi le mouvement. En termes de statuts, nous dépendions désormais de la Police fédérale. Nous avons continué à travailler avec la même intensité. Anja et moi restions des civiles,

ce qu’on appelle des « Calog » à la Police fédérale. Nous étions chargées de l’organisation du service, du secrétariat de différentes commissions. On peut dire qu’on a participé de près à la naissance de la police intégrée.

 

Le 1er mars 2007, Fernand Koekelberg est nommé commissaire général de la Police fédérale. Une date clé ?

Certainement. Et à la fin avril de cette année-là, un arrêté signé par le ministre de l’Intérieur nous « commissionne », Anja et moi, au Commissariat général.

 

Vous « commissionne » ?

Oui, ce n’est pas une nomination. C’est un « commissionnement », une affectation à titre précaire parce que la hiérarchie estime que vous êtes la personne la plus apte à pouvoir immédiatement occuper une fonction. Officiellement, nous devions commencer le 1er septembre 2007, date à laquelle entrait en vigueur le nouveau statut du personnel civil.

 

C’est ce « commissionnement » qui a été dénoncé dans une lettre anonyme au Comité P en août 2007 et qui a ensuite fait l’objet de plusieurs campagnes de presse ?

Oui, et je ne comprends vraiment pas pourquoi. Depuis la réforme intervenue au printemps 2007, le commissaire général dispose de l’opportunité de s’entourer de conseillers de son choix. Il désigne ainsi des personnes qui peuvent lui donner des conseils stratégiques et constituent une sorte de « cabinet ». Il n’y a pas de critère de diplôme, d’âge, de langue. Et même pas de sexe ou de couleur de cheveux ! C’est laissé à la discrétion du patron. Fernand Koekelberg a fait une proposition qui semblait parfaitement légale pour tout le monde. Après qu’il eut consulté un juriste à la Police fédérale, après aussi que le ministre Dewael eut demandé un avis motivé au patron des ressources humaines de la Police fédérale, Alain Duchatelet. Au bout d’un an d’investigations, le Comité P dit qu’il y a eu une erreur quelque part dans l’interprétation de la loi et des statuts. C’est possible, mais si tel est vraiment le cas, elle a été commise collectivement et de bonne foi. C’est alors un débat compliqué, pour des juristes, mais rien d’autre. Certainement pas une « affaire Koekelberg » !

 

Etiez-vous demandeuse de cette promotion ?

Pas du tout. Et Anja non plus. C’est juste la résultante logique d’un parcours professionnel commun. Alors qu’il était déjà désigné à la tête de la Police fédérale, le ministre de l’Intérieur a demandé à M. Koekelberg d’encore conserver temporairement la fonction de directeur général du S.a.t., de rester son conseiller technique. Anja et moi demeurions donc ses collaboratrices directes, des personnes de confiance. Tous les grands patrons soumis à de fortes pressions s’entourent de collaborateurs expérimentés et loyaux. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Petit à petit, on a aussi assuré le suivi de ses dossiers de commissaire général. En avril 2007, on était en fin de législature et le ministre Dewael a annoncé à M. Koekelberg qu’il estimait qu’Anja et moi devions recevoir une amélioration de traitement, vu le travail fourni depuis de nombreuses années. Nous avions travaillé dans des dossiers importants pour ce ministre. En ce qui me concerne, j’ai notamment suivi le dossier

de Ghislenghien. Je l’ai croisé aussi dans l’élaboration de textes pour la restructuration de la

Police fédérale…

 

Ce soutien du ministre était une bonne nouvelle…

Oui, bien entendu. Et, de son côté, M. Koekelberg voulait garder son équipe dans ses nouvelles fonctions de commissaire général. Il nous a donc annoncé qu’il ferait étudier notre changement d’affectation par le service juridique de la Police fédérale. Il voulait qu’on soit désignées parmi ses conseillers sans que nous y perdions financièrement. En passant au commissariat général, on perdait en effet une allocation et des frais de détachement que nous percevions au S.a.t., soit l’équivalent d’environ 250 euros.

 

Les juristes ont donc étudié la situation…

Et, fin mai, on a appris que le ministre avait signé les arrêtés de « commissionnement » qu’ils avaient rédigés. Par rapport au S.a.t., on allait recevoir une augmentation d’environ 300 euros net par mois. C’était appréciable. On était très contentes, mais cela n’a rien à voir avec les 1 000 euros d’augmentation évoqués dans la presse. Si vous voulez constater de telles augmentations, il faut chercher dans un autre arrêté évoqué  ces jours-ci (N.d.l.r. : Mme Ricour évoque certainement, mais sans le dire, un arrêté signé  par le ministre Dewael et qui concerne notamment la promotion barémique de l’une de ses anciennes collaboratrices à l’Inspection générale). J’ajouterai que les syndicats ont vu les arrêtés prévoyant le commissionnement de ma collègue et de moi-même avant qu’ils prennent effet et qu’il n’y a eu aucune contestation. Ils savent très bien comment on s’investit dans notre travail.

 

Oh là ! Vous n’oubliez pas une étape ? On a écrit dans la presse qu’il y avait eu un rapport négatif d’un juriste de la police à propos de votre « commissionnement ».

Il n’y a eu aucun rapport négatif.

 

Mais on a même parlé d’une « douce contrainte » de Fernand Koekelberg sur le juriste afin qu’il change son rapport…

C’est vraiment n’importe quoi. La presse a mélangé des informations relevant de trois dossiers distincts qui sont l’objet d’investigations du Comité P.

 

Mais encore ?

Primo, il y a notre dossier. Soit les arrêtés concernant Anja Savonet et moi-même. Secundo, un dossier qui porte sur ce qu’on a appelé « l’arrêté inspection ». Il concerne plusieurs personnes qui ont été nommées à un grade supérieur. C’est dans ce dossier-là qu’on trouve un rapport négatif d’un juriste. Mais je ne suis pas concernée. Je ne ferai donc pas d’autre commentaire.

 

Et c’est donc dans ce dossier-là que Koekelberg est intervenu par sa « douce contrainte » ?

Alors là, pas du tout ! Pour la bonne et simple raison qu’il n’est pas concerné par ces nominations à l’Inspection générale. Il est totalement étranger aux décisions prises dans ce dossier.

 

Par conséquent, cette histoire de « douce contrainte », c’est vraiment du vent !

A moins de considérer que le commissaire général a fait pression sur un juriste pour qu’il modifie un rapport qui n’avait jamais été écrit. Dans un épisode de « X-Files », cela pourrait peut-être tenir la route…

 

Il y a donc un troisième dossier au Comité P ?

Oui, il porte sur la gestion de son service par Mme C., la porte-parole de la Police fédérale, sur les motifs pour lesquels elle a été écartée de sa fonction par Fernand Koekelberg.

On dit qu’il y a derrière cet écartement une histoire de deux femmes de tête qui voulaient la peau l’une de l’autre… En fait, elle et vous, c’était la guerre, non ?

Si vous voulez relayer cette autre rumeur selon laquelle j’aurais obtenu la tête de la porte-parole par mes « bonnes relations » avec le chef de la Police fédérale…

 

Quoi, c’est faux ?

Non seulement c’est faux, mais c’est aussi abject de suggérer de pareilles choses dans les médias. Je ne suis pour rien dans cet écartement et je n’ai d’ailleurs aucun commentaire à faire sur le travail de cette personne (lire l’encadré).

 

Finalement, que reste-il ?

En termes de charges ? Rien, ou pas grand-chose. Nous avons été « commissionnées » et, au bout d’un an, le Comité P a estimé qu’il y avait une faille dans le dispositif juridique de l’arrêté de nomination. On peut d’ailleurs se demander si c’est son rôle de constater cela, si ce n’est pas plutôt le travail d’une juridiction administrative comme le Conseil d’Etat. Au passage, je vous précise d’ailleurs que dans la fonction publique, au niveau fédéral, il y a 70 agents « commissionnés » comme nous l’avons été…

 

Cette affaire laissera des traces ?

C’est évident. Anja et moi avons été traitées comme des criminelles. Près d’un an après la

lettre anonyme qui dénonçait notre commissionnement, le Comité P s’est décidé à entendre ma collègue. Pendant plus de trois heures. Moi, j’ai eu droit à cinq heures et quarante minutes d’interrogatoire. On nous a fait prêter serment et on n’a pas pu recevoir copie de notre audition (N.d.l.r. : renseignement pris auprès de juristes, ceci pourrait être constitutif d’un vice de procédure). Pendant l’interrogatoire, je n’avais même pas le droit d’aller seule aux toilettes. J’ai eu le sentiment qu’on voulait m’intimider. J’ai eu droit à trois interrogateurs successifs. Ils ont suggéré que j’avais triché dans un examen de staturisation en 2002, alors que c’était un examen à livre ouvert pour tous les agents qui y participaient ! On m’a dit que, dans ma déclaration fiscale, je faisais état d’un véhicule comportant huit chevaux moteurs au lieu de dix… Je tombais des nues. C’est à peine si je sais où se trouve la roue de secours de mon véhicule ! Après de telles auditions, Anja et moi, on ne savait plus comment on s’appelait. Le médecin du travail nous a dit de nous mettre en congé de maladie. D’oublier…

 

Et c’est possible ?

Mais non ! Cela fait plusieurs mois qu’on est dans la tourmente. Maintenant, cela suffit ! On veut retrouver notre travail, car il n’y a absolument rien à nous reprocher. A travers nous, c’est Fernand Koekelberg, notre patron, un homme parfaitement droit, qui est visé. Dans cette affaire, il y a de la jalousie, des préjugés sexistes et beaucoup de médiocrité. Aux yeux de certains, à la police fédérale, on représente un changement qui n’a pas été accepté par tous. On a participé de près à une réforme qui a suivi les dysfonctionnements de l’« affaire Dutroux » et certains nous ont pris en grippe rien que pour cela. Par exemple, un membre du Comité P qui est actif dans l’enquête actuelle n’hésite pas à nous appeler « Julie et Melissa » quand il parle d’Anja et moi. Vous savez, certains regrettent encore la gendarmerie de jadis… Comme les dinosaures, ils disparaîtront.

 

Que pourrait-il encore vous arriver s’il n’y a rien dans le dossier à votre charge ?

Qu’il n’y ait rien dans le dossier ne suffit pas. D’après ce qu’on a cru comprendre, Anja et moi, on va tout de même payer les frais de tout cela. Je viens d’apprendre que l’arrêté qui nous commissionnait va être purement et simplement annulé… On continuerait en définitive à travailler au Commissariat général parce que c’est vraiment le souhait du patron, qui nous considère comme une partie de sa « mémoire ». Mais on le fera au niveau C. On n’aura donc plus l’allocation de cabinet et la prime de détachement qu’on avait précédemment au S.a.t. La

morale de l’histoire, en tout cas pour le moment, c’est qu’on est venu nous chercher pour notre dévouement et nos compétences. Et qu’en termes de valorisation de ces qualités reconnues par notre patron, on va perdre plusieurs centaines d’euros par mois. Il n’y a que pour le personnel civil de la Police fédérale que l’on prend de telles décisions.

 

Deux jolies femmes blondes

 

Cette « affaire » a commencé – comme c’est étonnant ! – par une courageuse lettre anonyme envoyée à la mi-août 2007 au Comité P. D’expression néerlandophone, le corbeau se présentait tel un civil travaillant pour la Police fédérale et dénonçait le caractère non réglementaire des promotions d’Anja Savonet et de Sylvie Ricour. Le mystérieux correspondant soulignait que ces deux secrétaires de niveau C allaient – de par la seule volonté de Fernand Koekelberg, le frais émoulu big boss de la Police fédérale – passer à des fonctions de niveau A41. En d’autres termes, qu’elles allaient faire un bon spectaculaire tant en termes d’avancement que de salaire.

 

Dans les mois qui ont suivi, au fil de diverses « révélations » médiatiques, le dossier s’est chargé de quelques rumeurs permettant de lui donner un sens facile à comprendre pour tout Belge en âge de voter et ne disposant pas obligatoirement d’un diplôme de l’enseignement primaire. En bref, c’était devenu l’histoire de deux blondes qui avaient su coucher pour obtenir une promotion. Avec, bien entendu, la mise à jour d’« éléments de contexte » censés cautionner le sérieux de cette thèse : Ricour et Savonet auraient été promues malgré un avis défavorable du service juridique de la Police fédérale ; l’une des deux – soit Mme Ricour –, pouvant tout obtenir de son amant, aurait été à l’origine de la mise à l’écart de l’emblématique Els Cleemput, la porte-parole de l’institution depuis douze ans ; les deux secrétaires promues ne disposeraient que de diplômes de l’enseignement inférieur alors qu’elle accédaient à des fonctions réservées à des universitaires ; grâce à ces promotions, elles auraient bénéficié d’une augmentation de salaire immédiate de quelque 1 000 euros par mois.

 

Comme on le découvre dans l’entretien ci-contre, tout ces « éléments de contexte » s’envolent en fumée. Mais il fallait bien que ces rumeurs nauséabondes soient d’abord distillées tel un venin pour que l’affaire des secrétaires devienne l’« affaire Fernand Koekelberg », qui sera d’ailleurs lui-même l’objet de fausses accusations lorsqu’il sera dit par certains médias qu’il était dans le collimateur du Comité P pour plusieurs autres nominations litigieuses à l’Inspection générale. Le 9 juillet dernier, en attendant le résultat de l’enquête en cours, Mmes Savonet et Ricour étaient provisoirement écartées de leur fonction par le patron de la Police fédérale. Il s’avère aujourd’hui qu’elle conserveront sans doute leurs fonctions avec une forte perte sur le plan financier par rapport à leur place précédentes. Drôle de récompense pour des agents de l’Etat qui ne demandaient rien et qu’on est venu chercher en louant leurs compétences. En Flandre, ce « scandale » qui fleure bon les années 30 a été essentiellement dénoncé par un mouvement populiste et flamingant qui rappelle ces années noires qui ont mis les démocraties européennes en péril : la Liste Dedecker. Il est plus regrettable encore de devoir constater que dans la société belge du XXIe siècle, l’imaginaire de beaucoup d’hommes – et même de femmes – se nourrit de clichés sexistes tels, par exemple, celui qui consiste à croire qu’une belle femme, blonde de surcroît, ne peut connaître de promotion professionnelle avantageuse que par la voie de l’oreiller.

 

 

Le « troisième » dossier qui expliquerait la tornade médiatico-politique ?

Le troisième dossier, c’est celui qui concerne Els Cleemput, la porte-parole écartée de ses fonctions par le commissaire général, Fernand Koekelberg. A notre connaissance, cette décision d’écartement a été prise par le commissaire général en consensus avec ses directeurs généraux. Elle est formellement contestée par le Comité P : des vices de procédure qui pourraient être constitutifs d’atteintes aux droits de la défense de Mme Cleemput ont été constatés. Sur le fond, la polémique est difficile à démêler : est-ce Mme Cleemput qui voulait la peau de Mme Ricour ou est-ce l’inverse ? Dans l’enquête du Comité P, on trouve des déclarations qui accusent l’ex-porte-parole d’avoir conseillé à des équipes de télé de prendre des images de Mme Ricour parce que cela allait servir… Sylvie Ricour se contente d’hypothèses en ne formulant aucune accusation directe : « Dans mes nouvelles fonctions, je suis responsable de l’image du Commissariat général et elle a peut-être eu l’impression que j’empiétais sur son territoire. Il faut dire qu’elle avait été “Mme Gendarmerie” puis “Mme Police” pendant des années, et voilà que d’autres femmes arrivaient à des postes clés. Elle devait désormais me signaler les demandes d’interview, me donner les textes des conférences de presse. Je devais donner un avis au commissaire général. Alors qu’avec le précédent « boss », elle avait plus de latitude. Je remarque aussi que la dernière campagne de presse qui a conduit à notre écartement provisoire, en juillet dernier, est survenue quelques jours à peine après son écartement à elle. C’est peut-être un hasard, mais je ne peux m’empêcher de me poser des questions… »

 

15:55 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : koekelberg, dewael, police federale |  Facebook |

07/04/2009

Internat de Forest (0709 et 110908)

Enquête évoquée le dimanche 7 septembre 2008 sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris-Match/RTL-TVI » et publiée dans l’hebdomadaire Paris Match, ce 11 septembre 2008

 

Elle campe dans un local insalubre

L’administratrice faisant fonction de l’Internat autonome de la Communauté française de Forest témoigne de conditions de travail inacceptables

 

Victimes de promesses audacieuses d’un cabinet ministériel et d’un imbroglio administratif, Muriel Libert attend depuis presque deux ans que la Communauté française lui fournisse le logement de fonction auquel elle a droit ou, à défaut, une indemnité compensatoire. En désespoir de cause, depuis plusieurs mois maintenant, l’administratrice sans domicile fixe s’est mise à « camper » dans des locaux insalubres sur son lieu de travail, l’Internat autonome de la Communauté française.

 

Ex-sportive de haut niveau, Muriel Libert a incontestablement la pêche. Et quand on la rencontre dans son bureau un peu kitsch, rue de Bourgogne à Forest, on comprend vite que cette femme sait ce qu’elle veut. Pas facile d’en placer une quand elle témoigne ! Faut dire qu’à sa place, on serait aussi quelque peu électrisé. En cause, les très nombreuses embûches qui se sont présentées sur sa route depuis qu’elle gère l’Internat autonome de la Communauté française (IACF).

 

Madame l’administratrice raconte : « J’ai fait un premier passage éclair dans cet établissement au printemps 2005. Deux mois. Je remplaçais Mme Léona B., l’administratrice faisant fonction de l’époque. Cette dame était elle-même le substitut de Mme Sophie M., l’administratrice en titre de l’IACFqui, depuis le 1er septembre 2003, avait entamé un « congé pour mission » (N.d.l.r. : encore en cours) au sein de l’Administration générale de la Communauté française. A Forest, j’ai découvert un vieux paquebot fatigué qui prenait l’eau de toutes parts : le nombre de résidents était dramatiquement bas, la qualité de certains membres du personnel laissait à désirer, la démotivation était omniprésente, et l’état de nombreux locaux était désastreux. Il faisait sale : les rideaux qui pendaient aux fenêtres des chambres n’avaient pas été lavés depuis 1998 ! Et puis, surtout, les comptes de l’internat ne tombaient pas juste, ce qui n’augurait rien de bon pour l’avenir. Malgré ces handicaps, l’endroit me plaisait. Relancer les machines de ce navire en perdition me semblait être un beau défi à relever. »

 

Fin novembre 2006, c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que Muriel Libert apprend qu’elle est une nouvelle fois désignée pour pallier un autre congé de maladie de Léona B. : « Je ne savais pas combien de temps ce remplacement durerait. Etant domiciliée du côté de Perwez, je faisais les allers-retours. Deux fois par jour quand un pépin se produisait à l’internat. Par exemple, un sabotage ou un vol pendant la nuit… ». De fait, le dossier que nous communique Mme Libert contient de nombreuses  plaintes à la police de Forest pour des dégradations diverses portées aux locaux de l’internat.

 

« Depuis que j’ai pris cette fonction », affirme-t-elle, « les intimidations se sont succédées. Le dernier événement en date étant une mise à sac de ma voiture, qui était garée dans le parking fermé de l’internat. On a aussi saboté le tableau électrique de l’internat, les connections internet, le téléphone. Un soir, on m’a poursuivi dans un couloir, un autre soir quelqu’un a foré dans la serrure de la porte de l’étude dans laquelle je logeais. Je me suis enfuie en sautant par une fenêtre. Parfois, il y a aussi des types bizarres qui circulent dans la cour… » Un vrai film d’épouvante ! Qui voudrait la peau de l’administratrice ? « J’ai bien ma petite idée et j’en ai parlé à la police. Je crois qu’on veut mettre mes nerfs à l’épreuve. On veut me faire péter les plombs, me donner envie de partir d’ici », se contente-t-elle de répondre, énigmatique… Renseignement pris à bonne source, Mme Libert a désigné deux suspects à la police : Sophie M., l’administratrice en « congé », et un membre du personnel de l’internat.

 

Sophie M. s’inscrit en faux contre de ces allégations mais, selon son syndicat, elle ne peut nous faire valoir ses arguments de vive voix ! Le cabinet de Marie-Dominique Simonet (cdH), qui exerce la tutelle sur l’internat, nous a pourtant indiqué qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que cette dame – à l’instar de Mme Libert – puisse s’exprimer publiquement… « Certes, mais c’est Jean-Pierre Hubin, l’administrateur général de la Communauté française, où Mme M. est en mission pour l’instant, qui s’y oppose », nous dit le président du SLFP (Syndicat libre de la Fonction Publique), Yves Delbeck. Et d’ajouter que « dans cette affaire, c’est plutôt Sophie M. qui se sent agressée par Mme Libert. Chaque fois qu’il y a un problème à l’internat, notre affiliée est montrée du doigt par l’administratrice faisant fonction. C’est une forme de harcèlement ! ».

 

Impossible pour Paris Match de trancher quand à l’origine des dégradations constatées régulièrement à l’Internat de Forest. On laissera la justice faire son travail. Le seul constat à notre portée étant que Muriel Libert et Sophie M. ont, en tous cas, un gros différend qui pourrait être de nature à ce qu’elles se crêpent le chignon : le logement de fonction de l’Internat.

 

Tout le monde a raison

 

« Pour  relancer l’activité de l’IACF, Muriel Libert a dû travailler de très longues journées. Au bout d’un certain temps, continuer à loger en province devenait extrêmement pénible en regard de sa tâche d’administratrice, qui nécessite une présence quasi permanente sur son lieu de travail. Alors, elle a  demandé ce qui lui était dû légalement : un logement de fonction », explique la syndicaliste Valérie De Nayer (C.g.s.p.-Enseignement), qui épaule l’administratrice sans domicile fixe depuis des mois. Muriel Libert complète : « Petit à petit, ma situation est devenue moins provisoire. Léona B., la dame qui m’avait précédée au poste d’administratrice faisant fonction, a été l’objet d’une enquête pour mauvaise gestion. En juillet 2007, la ministre Simonet a mis fin à sa désignation. A partir de là, je devenais véritablement l’administratrice faisant fonction. Obtenant de bons résultats (retour des inscriptions, obtention de subsides pour rénover des locaux, conventions avec l’A.d.e.p.s., des ambassades étrangères…), je voulais m’investir plus encore. L’intérêt du service commandait que je sois présente sur place le plus souvent possible, la disponibilité étant essentielle pour une administratrice d’internat. C’est aussi ce contexte qui contribué à ce que je demande à la Communauté française de m’octroyer le logement normalement lié à ma fonction. »

 

Un arrêté royal du 26 février 1965 prévoit, en effet, que les administrateurs d’internat font partie des agents de l’Etat « astreints à occuper des logements déterminés parce que leurs fonctions réclament leur présence permanente sur les lieux du travail ». En d’autres termes, la Communauté française est tenue de mettre à la disposition de ces agents un logement sur les lieux du travail (art. 2 de l’Arrêté) ; si ce n’est pas possible, « il met à leur disposition une habitation située dans un rayon de 2 km des lieux du travail » (art. 3). En outre, la Communauté française fournit le gaz, le chauffage et l’électricité dans ces logements de fonction.

 

Sur le site de l’IACF de Forest, un tel logement de fonction existe mais il est occupé depuis plus de vingt ans par l’administratrice en titre, Sophie M. Et pour elle, pas question de le quitter ! Notre enquête confirme que Sophie M. n’exerce plus réellement la fonction de gestionnaire de l’internat depuis 2003, car elle est « en congé pour mission sous la responsabilité fonctionnelle de l’administrateur général de la Communauté française », où elle est active dans le domaine de l’Education relative à l’environnement. Sur le site www.enseignement.be, on peut lire que les écoles qui veulent se mettre en rapport avec Sophie M. – par exemple pour l’organisation de classes de dépaysement – doivent écrire au n°107 de l’avenue Victor Rousseau à Forest. Cette adresse est aussi celle du logement de fonction de l’Internat… qui est donc aussi officiellement son lieu de travail.

 

Qui a droit au logement de fonction de l’IACF ? Muriel Libert ou Sophie M. ?  La ministre de l’Enseignement supérieur a d’abord pris clairement le parti de Mme Libert. «  Camper de la sorte dans des locaux sommairement aménagés, ce n’est pas une situation correcte. C’est pourquoi, en août dernier, on a enjoint à Sophie M. de libérer le logement de fonction dans les quatre mois », confirme Michel Weber, le chef de cabinet de Marie-Dominique Simonet. Du point de vue du syndicat de Mme Libert, une telle décision était l’évidence : « Même si elle n’est pas l’administratrice en titre, c’est elle qui exerce effectivement la fonction, elle en a toutes les charges (horaires astreignants, nécessité de disponibilité). Elle doit donc aussi disposer des facilités liées à l’accomplissement de cette tâche. Il n’y a par contre aucune nécessité fonctionnelle à la présence de Sophie M. dans ce logement », estime Valérie De Nayer.

 

Cela dit, Sophie M. ne manque pas d’arguments. Certains ne sont pas pertinents du tout : « Quand on lui a signifié notre intention de la voir quitter le logement, on a reçu des interventions de toutes parts. Anciens directeurs généraux, hommes politiques de différents partis », affirme Michel Weber. Un étalage relationnel pourtant bien inutile, car les arguments juridiques qu’ont développé les avocats de l’administratrice en titre semblent largement suffire à lui garantir la conservation de son logement de fonction. Outre le fait qu’il s’agit de l’adresse officielle d’où elle exerce sa mission actuelle, les avocats de Sophie M. ont fait remarquer au cabinet Simonet que leur cliente pourrait redevenir à tout moment, selon son souhait, l’administratrice effective de l’IACF. « En plus, du temps du ministre Hazette (MR), quand Sophie M. a été nommée pour sa mission, la question du logement n’a pas du tout été posée… C’est tout à fait injuste de la mettre maintenant sur le tapis », déclare le président du SLFP, qui nous annonce au passage que Sophie M. compte bien reprendre sa place après 2009… Alors qu’elle aura pratiquement atteint l’âge de la pension.

 

Sophie M. dispose encore d’un autre argument juridique béton : l’article de l’arrêté royal de 1965 qui prévoit les cas de figure où un administrateur d’internat peut se voir priver de son logement de fonction n’a pas pris en compte son cas de figure : le « congé pour mission ». Une faille juridique qui revient à conclure que la personne qui a le plus besoin du logement convoité – ici Mme Libert – en est réglementairement privée… Mais c’est la loi et, dans un Etat de droit, la loi doit être respectée. Ou alors, elle doit être modifiée.

 

« Plan B » ou « plan C » ?

 

Le problème, pour Mme Libert, c’est qu’on lui a fait miroiter pendant trop longtemps qu’elle disposerait pourtant bien du logement de Sophie M. On ? Le cabinet de la ministre Simonet. De bonne foi ? Sans doute. Maladroitement ? Certainement. Différentes pièces écrites (courriers, e-mails) en possession de l’administratrice faisant fonction établissent à suffisance que des collaborateurs de la ministre Simonet lui ont explicitement indiqué qu’ils arriveraient à faire « évacuer » ledit logement… « Il était d’abord question de la fin novembre 2007… Dès juillet de l’année dernière, avec l’autorisation du cabinet et pour l’intérêt du service, j’ai donc déménagé vers l’internat. J’ai aménagé un dortoir dans une salle d’étude où il n’y avait même pas de sanitaires. Je l’ai quitté plus tard pour le local insalubre mais mieux sécurisé où je loge encore en ce moment.  J’étais persuadée que tout cela était du provisoire… Ensuite, on m’a dit qu’il faudrait attendre la fin décembre 2007. Et puis, il fallait que je patiente jusqu’à la période de carnaval 2008… Ces promesses m’encourageaient à rester dans mon campement... Mais aujourd’hui, je n’ai toujours pas de logement ! »

 

Terrain juridique mal débroussaillé ? Au bout de plusieurs mois d’attente et après des courriers bien argumentés des avocats de Sophie M., le cabinet de Marie-Dominique Simonet a, de toute évidence, renoncé à encore faire évacuer le logement de fonction. « L’affaire est sur le terrain juridique. Cela nous bloque », nous dit diplomatiquement le chef de cabinet de la ministre. Et c’est d’évidence un plan B qui est privilégié lorsque nous rencontrons Michel Weber : « Il y a plusieurs semaines déjà que Marie-Dominique Simonet a donné des instructions pour qu’une indemnité soit donnée à Mme Libert en compensation de l’absence de logement de fonction. Seulement, voilà : les administrations de l’Enseignement et de l’Infrastructure se sont renvoyées le dossier et on a perdu du temps. Dès la semaine prochaine, je remets cette demande sur la table et je vais œuvrer pour que l’indemnité soit rétroactive. »

 

« Nous sommes en septembre 2008. Je suis toujours dans mon campement et j’attends encore le premier franc d’indemnité », s’indigne Mme Libert. Et elle menace : « Cela a trop duré. Je suis épuisée. Si cela continue, je vais démissionner. Tant pis pour cet internat qui est en train de reprendre vie ! ». « Ce serait dommage qu’elle parte. Mme Libert fait du bon travail », réagit Michel Weber. Et de poursuivre, élogieux : «  Si elle campe sur place, c’est dans l’intérêt du service, car dans cet internat, il peut y avoir des tas de problèmes à régler dans l’urgence. En agissant ainsi, Mme Libert montre qu’elle a une belle conscience professionnelle ; elle vit des moments difficiles pour faire tourner son établissement. C’est pourquoi nous sommes déterminés à trouver une solution financière en attendant… ».

 

Une solution financière ? Il y a peut-être une autre piste. Nous signalons au chef de cabinet de Mme Simonet que notre enquête nous a amené à découvrir qu’un logement de fonction est toujours occupé par Léona B. alors que, légalement, elle n’y a plus droit. Cette dernière, alors qu’elle était administratrice f.f. à l’Internat autonome de Forest, avait reçu un logement de fonction dans l’internat de l’Athénée royal Victor Horta qui se trouve pratiquement en face. Etant donné que la ministre Simonet a mis fin à sa désignation en juillet 2007, Léona B. devait normalement quitter le logement de fonction et retrouver le poste où elle était nommée (économe à l’Athénée de Koekelberg). Elle n’a pas quitté le logement et, désormais la situation est encore plus cocasse… En effet, Mme Léona B. est retraitée depuis cet été 2008, mais elle est toujours dans son logement de fonction ! « Je ne le savais pas. L’internat de Horta est sous la tutelle du ministre Dupont », nous dit le chef de cabinet de Mme Simonet.

 

Et, de son côté, Tony Pelosato, le chef de cabinet du ministre Dupont, nous dit qu’il y a dû y avoir « un couac dans la circulation des informations » car, de fait, si Léona B. a perdu son mandat d’administratrice, elle n’a plus à être logée aux frais de la Communauté française ! C’est ainsi qu’apparaît un « plan C » que nous suggérons à nos interlocuteurs ministériels : l’appartement actuellement occupé de manière irrégulière pourrait-il se libérer au profit de Muriel Libert ? Les deux chefs de cabinet se concertent. Ils marquent leur accord. Mme Libert se déclare aussi satisfaite de cette solution. « Je voudrais tout de même voir ce que c’est mais de toute manière, il ne me faut pas le grand luxe. J’ai plus vraiment l’habitude » commente-t-elle avec un certain sens de l’humour. « Cette solution pourrait être acceptable pour notre affiliée. A condition qu’on ne la fasse pas à nouveau languir pendant des mois. Et si on l’indemnise pour les mois de galère qu’elle vient de vivre… C’est tout de même incroyable qu’on en soit là, seulement aujourd’hui… Cette solution se présentait déjà depuis près d’un an puisque Léona B a été démise en juillet 2007 ! », commente Valérie De Nayer.

Un dossier d’indemnisation est aussi en cours nous confirme-t-on tant chez Mme Simonet que chez M.Dupont…

 

Le bout du tunnel est peut-être très proche pour Mme Libert. Encore faudra-t-il aussi que les actes de vandalisme et de sabotage s’arrêtent à l’IACF. A cet égard, la CGSP-Enseignement par la bouche de Valérie De Nayer suggère « qu’il faudrait sérieusement songer à sécuriser le site dans l’intérêt de tous les travailleurs de l’internat ». Encore une évidence, comme le fait qu’il s’agit d’une affaire à suivre…

 

 

12:12 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

02/04/2009

Charles Lanthin (29/03 et 02/04/2009)

Enquête évoquée sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match-RTL/TVI le 29 mars 2009 et dans l’hebdomadaire Paris Match, le 2 avril 2009.

 

Maisons de correction

Les derniers témoins

 

Ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match », Charles Lanthin a évoqué un temps oublié qui est actuellement l’objet de recherches universitaires. Ce temps où la notion des droits de l’enfant était encore balbutiante en Belgique ; Ce temps où des orphelins de guerre ont parfois été placés avec d’autres compagnons d’infortune, des enfants délaissés, rejetés ou délinquants dans des « maisons de correction » où ils étaient maltraités. 

 

La suite dans l’hebdomadaire Paris Match du 2 avril 2009.

 

Investigations complémentaires à l’article publié dans Paris Match ce 2 avril 2009

 

A Wierde, près de Namur, nous avons retrouvé Willy, le frère de Charles. Pour diverses raisons familiales, ces deux hommes ne s’étaient plus vus depuis près de vingt ans et ils ne possédaient même plus leurs adresses respectives. N’empêche : leurs souvenirs se recoupent sur l’essentiel. Le départ précipité et traumatisant du domicile familial en 1945, les deux gendarmes, la camionnette qui roule vers Ciney, les mauvais traitements lors du séjour dans le château, le transfert à Saint-Jean de Dieu. « Je me vois en culotte courte, agenouillé dans la cour de cet établissement de Ciney. J’ai les bras levés vers le ciel et dans mes mains il y a deux briques. Il neige, j’ai froid et cela me fait mal », raconte notamment Willy. Lequel confirme encore l’étonnante histoire des retrouvailles de Charles avec sa mère à la Foire du Midi.

 

Dans les récits des deux frères, il y a aussi des divergences. Selon Willy, les deux évasions se sont passées du temps où les frères Lanthin se trouvaient à Saint-Jean de Dieu : « Dans mon souvenir, on s’est bien retrouvé chez une de nos tantes mais ma mère n’était pas là. Toutefois, je dois vous dire ma mémoire n’est plus ce qu’elle était. Peut-être est-ce Charles qui se souvient le mieux. Je vous confirme en tous les cas que ces années difficiles ont laissé des traces. On a appris à ne compter que sur nous-mêmes et dans cette attitude, je le comprends aujourd’hui, Il faut plus voir de la fragilité que de la force ».

 

Agée de 75 ans, Francine Lanthin, la grande sœur, vit toujours à Namur. Elle nous éclaire sur le déchirement de la famille en 1945 : « Non seulement, il y a eu l’histoire avec le soldat américain mais ma mère nous délaissait complètement. Mes frères et moi étions littéralement abandonnés et c’est ce qui explique notre placement en institution. J’avais 11 ans et j’ai très bien compris ce qui se passait. Plus petits, mes frères ont été fort déstabilisés. Par la suite, ils ont  toujours eu tendance à idéaliser leur maman et un prétendu bonheur familial perdu».

 

Par ailleurs, nous n’avons pas eu de mal à retrouver trace du passage des Lanthin à Saint-Jean de Dieu, même si l’orphelinat a fermé ses portes dans les années ’60 pour faire place à une maison d’hébergement pour jeunes en difficulté (Ndlr : on n’assimilera évidemment pas le travail qui se fait dans l’actuel « Institut d’éducation Saint Jean de Dieu » avec les pratiques contestables d’un autre temps). Anne Janssens, la secrétaire de l’établissement nous a confirmé, après vérification dans de vieux registres, que Charles et Willy y ont séjourné là entre le 15 juin 1946 et le 22 décembre 1951. 

 

En ce qui concerne la «prison pour enfants de Ciney », l’enquête s’avère plus compliquée.  « Dans mon souvenir, il s’agissait d’un château réquisitionné. Sans autre détail, j’ai le nom de Linciaux en tête », nous dit Charles. Et Willy Lanthin n’en sait pas plus.

 

Il y a bien eu un château de Linciaux à Ciney : « Il a disparu dans un incendie dans les années ’50 et c’est exact que des enfants y ont séjourné dans l’immédiate après-guerre », nous révèle Mme Le Hardy de Beaulieu à qui appartient cette propriété. Est-ce pour autant le lieu que nous cherchons ?

 

« Certainement pas », nous assure l’historien local, Jacques Descy : « La description donnée par vos témoins renvoie clairement à l’Institut Saint Antoine qui hébergeait des enfants du juge dans le château Piervenne à CineyEn juillet 1920, un certain Jean-Baptiste Cuvelier qui avait auparavant dirigé une école privée à Waterloo avait racheté le château à une communauté de Domicaines. Malgré son nom, il ne s’agissait de rien d’autre que d’une « maison de correction », un endroit qui faisait peur à tous les gosses de la région. II était fréquent que les parents menacent : « Si tu n’es pas obéissant, tu feras un séjour chez Cuvelier et cela te remettra les idées en place ».  Dans ce lieu étaient mélangés des résidents de toutes provenances : des orphelins, des enfants pauvres ou délaissés, des gosses un peu turbulents. Des enfants placés aussi par leurs propres parents. Il y régnait une discipline de fer. Les enfants ne pouvaient sortir qu’accompagnés de surveillants. La rumeur a parfois couru qu’ils étaient mal nourris, voire maltraités. L’institution a fermé en 1959. Pendant un temps, le château a encore été occupé par des membres de la famille Cuvelier et puis il a été détruit. Dans l’actuelle rue des Dominicaines à Ciney, c’est l’ « Espace Cuvelier » qui s’est érigé sur les ruines de l’ancien château ».

 

En compagnie de Charles Lanthin, nous nous rendons à Ciney, rue des Dominicaines où se trouve l’actuel « Espace Cuvelier » ; Il croit reconnaître le lieu où il dit avoir tellement souffert entre 1945 et 1946. « J’ai le sentiment que c’est ici mais je veux rester prudent. Comment le prouver ? ». Peut-être en retrouvant des descendants de la famille Cuvelier qui auraient conservé des archives, voire même des registres d’entrée et de sortie de Saint Antoine.

 

Cette enquête nous conduit alors à Floreffe où nous nous entretenons longuement avec Philippe Cuvelier, l’un des petit fils du fondateur de l’Institut  réputé être l’ « archiviste » de sa famille nombreuse : « J’ai moi-même enseigné à Saint Antoine pendant deux ans entre 1956 et 1958 », nous dit cet homme affable « C’est là aussi que je suis né et que j’ai grandi. Si les deux frères Lanthin ont séjourné sur place, j’ai du les croiser. Et quand j’entends les raisons de leur placement, à savoir une déchéance des droits parentaux, il me semble tout à fait probable que c’est bien à Saint Antoine qu’ils ont du être envoyés par le juge. Toutefois, il m’est impossible de le confirmer ou de l’infirmer de manière définitive. C’est malheureux mais plus personne ne dispose encore des fiches individuelles des enfants qui sont passés par le château Piervenne ».

 

Toutes les fiches ont disparu, sauf une. Philippe Cuvelier nous la commente. Elle concerne un certain Jules Brunin qui est entré à Saint Antoine le 9 février 1942. « Celle-là, on l’a conservée parce qu’elle avait une signification particulière. Dans un livre, Jules Brunin avait lui aussi lancé des accusations contre l’Institut Saint Antoine et mon père qui était cité dans cet ouvrage y avait répondu point par point dans un document manuscrit que nous avons conservé ».

 

Le livre dont parle notre hôte était intitulé : « L’enfer des gosses, dix ans dans les bagnes d’enfants ». En 1975, il s’est vendu à plus de 150.000 exemplaires et un film en a été tiré (« Les enfants de l’oubli »). A propos de Saint Antoine, Brunin écrivait notamment : « Maudit Ciney, toi qui fus le prélude de ma haine, de ma grande peine de gosse, de ma très grande colère aussi !».

 

Il décrivait une certaine hiérarchie entre les pensionnaires et, lui aussi, un réel climat de violence : « La classe supérieure est donnée par Mr. J… et cette classe est réservée à ceux dont les parents paient pension. Nous autres, les pauvres, sommes obligés de suivre indéfiniment les mêmes cours donnés par des gens ayant tout juste leur certificat d’études primaires, sans aucune compétence, et ne connaissant que la baguette et les sévices corporels ».

 

Le « Mr J… » ici cité n’était autre que Jean Cuvelier, le père de Philippe Cuvelier. Ce dernier s’insurge : « Mon père était un homme doux et dévoué. Je dirais presqu’un saint. Ce que Brunin a raconté sur Saint Antoine était largement exagéré et ce dont les frères Lanthin témoignent aujourd’hui est aussi très contestable. La séance de torture sur la règle dans la cour m’apparaît tout à fait invraisemblable, plutôt tirée d’un roman pour enfants. Le bras démis et remis en place dans la cour également car un médecin passait pratiquement tous les jours par l’Institut. En toute bonne foi, certains souvenirs d’enfance peuvent être en partie des reconstructions, des interprétations. Je suis en tous les cas ouvert à la discussion avec ces frères qui disent avoir souffert, même si je m’étonne de leurs témoignages ».

 

Charles, lui, n’a cure de ces démentis. Pour lui, le récit de sa vie ne souffre contestation. Et sa prochaine quête le conduira aux archives de l’Etat où repose un dossier judiciaire qui devrait lui permettre de savoir avec certitude si la « prison de Ciney » était bien « l’Institut Saint Antoine ». Un dossier qui devrait aussi lui donner les clés pour comprendre ce « kidnapping » qui a bouleversé sa vie en 1945.