02.04.2009

Charles Lanthin (29/03 et 02/04/2009)

Enquête évoquée sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match-RTL/TVI le 29 mars 2009 et dans l’hebdomadaire Paris Match, le 2 avril 2009.

 

Maisons de correction

Les derniers témoins

 

Ce dimanche, sur le plateau de « L’Info Confidentielle Paris Match », Charles Lanthin a évoqué un temps oublié qui est actuellement l’objet de recherches universitaires. Ce temps où la notion des droits de l’enfant était encore balbutiante en Belgique ; Ce temps où des orphelins de guerre ont parfois été placés avec d’autres compagnons d’infortune, des enfants délaissés, rejetés ou délinquants dans des « maisons de correction » où ils étaient maltraités. 

 

La suite dans l’hebdomadaire Paris Match du 2 avril 2009.

 

Investigations complémentaires à l’article publié dans Paris Match ce 2 avril 2009

 

A Wierde, près de Namur, nous avons retrouvé Willy, le frère de Charles. Pour diverses raisons familiales, ces deux hommes ne s’étaient plus vus depuis près de vingt ans et ils ne possédaient même plus leurs adresses respectives. N’empêche : leurs souvenirs se recoupent sur l’essentiel. Le départ précipité et traumatisant du domicile familial en 1945, les deux gendarmes, la camionnette qui roule vers Ciney, les mauvais traitements lors du séjour dans le château, le transfert à Saint-Jean de Dieu. « Je me vois en culotte courte, agenouillé dans la cour de cet établissement de Ciney. J’ai les bras levés vers le ciel et dans mes mains il y a deux briques. Il neige, j’ai froid et cela me fait mal », raconte notamment Willy. Lequel confirme encore l’étonnante histoire des retrouvailles de Charles avec sa mère à la Foire du Midi.

 

Dans les récits des deux frères, il y a aussi des divergences. Selon Willy, les deux évasions se sont passées du temps où les frères Lanthin se trouvaient à Saint-Jean de Dieu : « Dans mon souvenir, on s’est bien retrouvé chez une de nos tantes mais ma mère n’était pas là. Toutefois, je dois vous dire ma mémoire n’est plus ce qu’elle était. Peut-être est-ce Charles qui se souvient le mieux. Je vous confirme en tous les cas que ces années difficiles ont laissé des traces. On a appris à ne compter que sur nous-mêmes et dans cette attitude, je le comprends aujourd’hui, Il faut plus voir de la fragilité que de la force ».

 

Agée de 75 ans, Francine Lanthin, la grande sœur, vit toujours à Namur. Elle nous éclaire sur le déchirement de la famille en 1945 : « Non seulement, il y a eu l’histoire avec le soldat américain mais ma mère nous délaissait complètement. Mes frères et moi étions littéralement abandonnés et c’est ce qui explique notre placement en institution. J’avais 11 ans et j’ai très bien compris ce qui se passait. Plus petits, mes frères ont été fort déstabilisés. Par la suite, ils ont  toujours eu tendance à idéaliser leur maman et un prétendu bonheur familial perdu».

 

Par ailleurs, nous n’avons pas eu de mal à retrouver trace du passage des Lanthin à Saint-Jean de Dieu, même si l’orphelinat a fermé ses portes dans les années ’60 pour faire place à une maison d’hébergement pour jeunes en difficulté (Ndlr : on n’assimilera évidemment pas le travail qui se fait dans l’actuel « Institut d’éducation Saint Jean de Dieu » avec les pratiques contestables d’un autre temps). Anne Janssens, la secrétaire de l’établissement nous a confirmé, après vérification dans de vieux registres, que Charles et Willy y ont séjourné là entre le 15 juin 1946 et le 22 décembre 1951. 

 

En ce qui concerne la «prison pour enfants de Ciney », l’enquête s’avère plus compliquée.  « Dans mon souvenir, il s’agissait d’un château réquisitionné. Sans autre détail, j’ai le nom de Linciaux en tête », nous dit Charles. Et Willy Lanthin n’en sait pas plus.

 

Il y a bien eu un château de Linciaux à Ciney : « Il a disparu dans un incendie dans les années ’50 et c’est exact que des enfants y ont séjourné dans l’immédiate après-guerre », nous révèle Mme Le Hardy de Beaulieu à qui appartient cette propriété. Est-ce pour autant le lieu que nous cherchons ?

 

« Certainement pas », nous assure l’historien local, Jacques Descy : « La description donnée par vos témoins renvoie clairement à l’Institut Saint Antoine qui hébergeait des enfants du juge dans le château Piervenne à CineyEn juillet 1920, un certain Jean-Baptiste Cuvelier qui avait auparavant dirigé une école privée à Waterloo avait racheté le château à une communauté de Domicaines. Malgré son nom, il ne s’agissait de rien d’autre que d’une « maison de correction », un endroit qui faisait peur à tous les gosses de la région. II était fréquent que les parents menacent : « Si tu n’es pas obéissant, tu feras un séjour chez Cuvelier et cela te remettra les idées en place ».  Dans ce lieu étaient mélangés des résidents de toutes provenances : des orphelins, des enfants pauvres ou délaissés, des gosses un peu turbulents. Des enfants placés aussi par leurs propres parents. Il y régnait une discipline de fer. Les enfants ne pouvaient sortir qu’accompagnés de surveillants. La rumeur a parfois couru qu’ils étaient mal nourris, voire maltraités. L’institution a fermé en 1959. Pendant un temps, le château a encore été occupé par des membres de la famille Cuvelier et puis il a été détruit. Dans l’actuelle rue des Dominicaines à Ciney, c’est l’ « Espace Cuvelier » qui s’est érigé sur les ruines de l’ancien château ».

 

En compagnie de Charles Lanthin, nous nous rendons à Ciney, rue des Dominicaines où se trouve l’actuel « Espace Cuvelier » ; Il croit reconnaître le lieu où il dit avoir tellement souffert entre 1945 et 1946. « J’ai le sentiment que c’est ici mais je veux rester prudent. Comment le prouver ? ». Peut-être en retrouvant des descendants de la famille Cuvelier qui auraient conservé des archives, voire même des registres d’entrée et de sortie de Saint Antoine.

 

Cette enquête nous conduit alors à Floreffe où nous nous entretenons longuement avec Philippe Cuvelier, l’un des petit fils du fondateur de l’Institut  réputé être l’ « archiviste » de sa famille nombreuse : « J’ai moi-même enseigné à Saint Antoine pendant deux ans entre 1956 et 1958 », nous dit cet homme affable « C’est là aussi que je suis né et que j’ai grandi. Si les deux frères Lanthin ont séjourné sur place, j’ai du les croiser. Et quand j’entends les raisons de leur placement, à savoir une déchéance des droits parentaux, il me semble tout à fait probable que c’est bien à Saint Antoine qu’ils ont du être envoyés par le juge. Toutefois, il m’est impossible de le confirmer ou de l’infirmer de manière définitive. C’est malheureux mais plus personne ne dispose encore des fiches individuelles des enfants qui sont passés par le château Piervenne ».

 

Toutes les fiches ont disparu, sauf une. Philippe Cuvelier nous la commente. Elle concerne un certain Jules Brunin qui est entré à Saint Antoine le 9 février 1942. « Celle-là, on l’a conservée parce qu’elle avait une signification particulière. Dans un livre, Jules Brunin avait lui aussi lancé des accusations contre l’Institut Saint Antoine et mon père qui était cité dans cet ouvrage y avait répondu point par point dans un document manuscrit que nous avons conservé ».

 

Le livre dont parle notre hôte était intitulé : « L’enfer des gosses, dix ans dans les bagnes d’enfants ». En 1975, il s’est vendu à plus de 150.000 exemplaires et un film en a été tiré (« Les enfants de l’oubli »). A propos de Saint Antoine, Brunin écrivait notamment : « Maudit Ciney, toi qui fus le prélude de ma haine, de ma grande peine de gosse, de ma très grande colère aussi !».

 

Il décrivait une certaine hiérarchie entre les pensionnaires et, lui aussi, un réel climat de violence : « La classe supérieure est donnée par Mr. J… et cette classe est réservée à ceux dont les parents paient pension. Nous autres, les pauvres, sommes obligés de suivre indéfiniment les mêmes cours donnés par des gens ayant tout juste leur certificat d’études primaires, sans aucune compétence, et ne connaissant que la baguette et les sévices corporels ».

 

Le « Mr J… » ici cité n’était autre que Jean Cuvelier, le père de Philippe Cuvelier. Ce dernier s’insurge : « Mon père était un homme doux et dévoué. Je dirais presqu’un saint. Ce que Brunin a raconté sur Saint Antoine était largement exagéré et ce dont les frères Lanthin témoignent aujourd’hui est aussi très contestable. La séance de torture sur la règle dans la cour m’apparaît tout à fait invraisemblable, plutôt tirée d’un roman pour enfants. Le bras démis et remis en place dans la cour également car un médecin passait pratiquement tous les jours par l’Institut. En toute bonne foi, certains souvenirs d’enfance peuvent être en partie des reconstructions, des interprétations. Je suis en tous les cas ouvert à la discussion avec ces frères qui disent avoir souffert, même si je m’étonne de leurs témoignages ».

 

Charles, lui, n’a cure de ces démentis. Pour lui, le récit de sa vie ne souffre contestation. Et sa prochaine quête le conduira aux archives de l’Etat où repose un dossier judiciaire qui devrait lui permettre de savoir avec certitude si la « prison de Ciney » était bien « l’Institut Saint Antoine ». Un dossier qui devrait aussi lui donner les clés pour comprendre ce « kidnapping » qui a bouleversé sa vie en 1945. 

Commentaires

Elles n'estiment pas Excusez-moi je n'ai pu répondre sous l'article incriminé
Les seniors n'estiment pas être maltraités et (mal-traité) mais le sont
DDP droit et défense des pensionnés

Écrit par : jeanflon | 04.04.2009

La vérité si je ment Vrais tout est vrais mais pas jusqu'en 1956 je dirais même jusqu'en 1968 coups ,humiliations, isolement, était le lot quotidien des enfants "placés" .Il faut que la vérité soit dite, nous personnes du 3eme age maintenant souffront encore des sévices reçus.

Écrit par : ventilo | 19.04.2009

Les derniers témoins Permettez-moi de vous poser une seule question cher Monsieur:
Avez-vous été orphelins de guerre 40 45, enfermé dans des prisons pour enfants?
En réponse à DDP.

Écrit par : Lanthin | 24.04.2009

Maisons de correction Je lance un apel à tous témoins ( s'il en existe encore): Ayant connus les souffrances, les supplices, les insultes morales et le mépris de leur honorabilté, à témoigner de leurs souffrances vécues en ces années noires de l'après guerre. Merci.
Veuillez décrire ces témoignages sur cette page.

Écrit par : Lanthin | 26.04.2009

La vérité Lequel parmi ces bourreaux d'enfants, aura un jour le courage à écrire dans un dossier, les sévices et les horreurs qu'ils auront commis? "Non, ces personnes sont trop lâches". Lâches comme ils l'ont toujours été pour s'attaquer à des enfants sans défense et non à des adultes. Â EN CROIRE LEURS PAROLES, ILS SE CONSIDERENT COMME DES SAINTS. Ce sont des "non Saints d'esprit" au même titre que les pédophiles: Mis à part que pour ces derniers, certains ont le courage d'avouer les faits.

Écrit par : Lanthin | 26.04.2009

Vivant? Il ne doit plus rester grand monde de vivant, C'est les enfants (adultes maintenant, 3eme age) qui doivent parler maintenant et s'il reste des adultes qui ont connus et fait les sévices , les mauvais traitement, qu'il en parlent .Mais bien sur à l'époque ils n'avaient pas la même idée d'éducation qu'aujourd'hui.Pour eux ils n'ont rien fait de mal...

Écrit par : ventilo | 27.04.2009

Je suis passée par là! Bonjour, c'est avec émotion que je suis tombée sur votre site.
J'ai été placée par le juge de la jeunesse, d'abord en famille d'acceuil, et puis sans ménagement on m'a arrachée a ses deux personnes que j'aimais beaucoup, pour me mettre a Marchienne-Docherie.
J'avais alors onze ans , en 1966,je crois, et j'y suis restée jusqu'en 1973, la suite n'a pas été meilleur pour moi, j'ai évité de peu Brashcade, mais la suite est pénible également.
Mais aujourd'hui, il me reste comme un gout amer dans la bouche,de toutes ces horreurs que j'ai vue! malgré toutes les années qui ont passés.
Mais enfin a 54 ans je vis pleinement et je m'en tire pas mal malgré tout, d'autres non pas eu cette chance.
Merci

Écrit par : cigalette | 23.11.2009

Suite Suite à l'intervention de l'éminent journaliste Michel Bouffioux; un éditeur dont je tais le nom et de surcroît très sympathique, à proposé d'éditer le livre que j'ai écrit et terminé après de nombreuses recherches et je l'en remercie.
Aujourd'huit, j'apprend via la télévision que Dutroux va publier un livre lui aussi! je suis prêt à parier que ce livre sera publié avant que le mien ne sorte. Mais il est vrais qu'il a un grand besoin d'argent pour se payer tous ses avocats qui se sont bousculés pour prendre sa défence (effet médiatique oblige)...

Écrit par : Lanthin | 27.01.2010

Pas édité... Un an et trois mois après mon passage sur RTL, j'apprends avec beaucoup d'amerume que, malheureusement mon livre ne sera publié!!! Suis-je tombé sur un éditeur catholique ? Tout le porte à croire...!
J'ai passé des semaines entières à chercher des preuves de mon enfermement en maison de correction: Archives d'Etat, Archives d'hôtel de ville où je suis né, j'ai même adressé un courrier au Roi Albert II... Tout cela pour m'entendre dire que les archives datant de plus de trente ans étaient iléductablement détruites.
Les temps ont changé, sûrement, mais pas les hommes. Devais-je avoir un corps lacéré de cicatrices pour que l'on puisse me croire!!!
Et encore, j'aurais dû prouver d'où elles venaient...
Je suis amèrement déçu non pour moi, mais pour tous ces enfants lequels tel que moi ont dû à subir les prires attrocités.

Écrit par : Lanthin | 28.06.2010

Je remercie toutes personnes qui se sont données la peine de décrire à leurs tours toutes les exactions et brutalités commisent sur elles à leurs corps défendant.
Je n'ai pas perdu confiance et je continuerai, les dernières années qui me restent à passer, de croire encore et encore à la parution de mon récit long, de 251 pages. J'ai envoyé mon manuscrit à quatre maisons d'édition en France et, le comité de lecture de chacune d'elles, à accepté de publier ce livre à seule condition de payer une somme variant de 3 à 4000 euros. J'ai reçu de chacune d'elles un contrat à signer mais, avec une pension de 936 euros, je ne pourrais accepter cette offre alléchante mais néanmoins étrange.
Si il y avait un editeur qui pouvait m'accepter, je lui proposerais de me contacter à mon adresse sur ce web. Merci.

Écrit par : Lanthin | 31.01.2012

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