22/01/2009

Chiens de secours (080608 et 120608)

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 8 juin 2008 et publiée dans Paris Match, le 12 juin 2008

Après la guerre des polices,  la guerre des chiens...

 

Dimanche dernier, sur le plateau de « L'info confidentielle Paris Match » diffusée sur R.t.l.-t.v.i., Jacques Nuyens, un sapeur-pompier de la ville de Charleroi, qui est aussi maître-chien depuis de nombreuses années, a dénoncé « un gaspillage de ressources incroyable et choquant » : « Les chiens formés par les équipes cynophiles des services incendie et de la protection civile ont des compétences spécifiques en termes de recherche d'êtres humains disparus. Celles-ci sont d'ailleurs reconnues officiellement par le ministère de l'Intérieur. Nous pouvons contribuer à sauver des vies ! Toutefois, les autorités de ce pays ne font jamais appel à nous, sauf de temps à autre pour des missions à l'étranger. Cela fait les affaires du “ service d'appui canin ” de la Police fédérale qui a la volonté d'occuper seul le terrain des interventions canines ». Exit la guerre des polices, voici maintenant celle qui oppose les chiens policiers et les « rescuedogs » ou, plus précisément, nom d'un homme, les maîtres de ces braves bêtes.

 

Le service d'appui canin de la Police fédérale est très performant et nul doute que le service de communication de cette même police l'est tout autant. Chaque année, dans des communiqués bien ficelés, le bilan est dressé des résultats très positifs engrangés par les chiens policiers. En mai dernier, la porte-parole de la Police fédérale exposait ainsi que « l'appui canin est indispensable pour la population et le travail policier. Les teams canins permettent, en effet, de retrouver des personnes disparues, de sauver des vies ou de découvrir des criminels. (…) Le service d'appui canin dispose actuellement de 36 équipes. En 2007, il a exécuté 3 565 missions, cela revient à une moyenne de 10 interventions par jour (…). Grâce aux chiens pisteurs, 58 personnes disparues ont été retrouvées. Dans 55 cas, ils ont également découvert des éléments qui ont permis d'avancer dans une enquête concernant des auteurs de délits (la découverte d'un G.s.m. lié à une enquête, le butin d'un vol…) ».

 

Bravo la police ! Qu'ils soient pisteurs, détecteurs de drogue, de foyers d'incendie ou d'explosifs, les chiens des fédéraux sont des as et personne n'en doute. D'ailleurs, les médias  vantent leurs mérites et relaient régulièrement les appels de leur maîtres. Comme nos confrères de la D.H.-Les Sports, en février dernier, qui dévoilaient le contenu d'une « note confidentielle du service d'appui canin adressée à la direction générale de la Police fédérale » dénonçant le caractère « squelettique » d'effectifs qui ne seraient « plus en mesure d'assurer un service minimal ».

 

Ce type d'appel fait bondir Jacques Nuyens et Alain Dehan, deux maîtres-chiens qui, il est vrai, ne travaillent pas à la Police fédérale… Mais pour la brigade de sapeurs-pompiers de Charleroi : « Nos collègues policiers du service canin sont certainement très talentueux mais, depuis quelques années, ils sont soit trop gourmands, soit un peu myopes. Dans nombre de cas de disparition de personnes, nos chiens pourraient être utilisés aussi, mais on ne fait jamais appel à nous ! ».  En effet, à côté des premiers rôles, de ces chiens de la police dont certains ont presque un statut de star, d'autres canidés ne font pratiquement que de la figuration. Oubliés ? Niés ?  En tout cas inutilisés sur le terrain alors qu'ils s'entraînent pourtant très dur, deux fois par

emaine, avec leurs maîtres. Ce sont les « rescuedogs », littéralement les « chiens de secours » qui font partie des « équipes cynophiles »  organisées au sein des services publics d'incendie et des unités opérationnelles de la protection civile.

 

« Nous sommes reconnus officiellement par le ministère de l'Intérieur et, il y a trois ans, une circulaire de M. Dewael a encore rappelé aux gouverneurs de province et au commissaire général de la Police fédérale que nous pouvions être utilisés dans le cadre de la recherche de certaines catégories de personne disparues (enfants, personnes âgées égarées, blessés…) Mais, sur le terrain, il ne se passe rien. Les autorités judiciaires qui peuvent faire appel à nous restent aussi silencieuses que nos amis de la police. Ceux-ci semblent plus soucieux de vanter leurs mérites que de toute autre préoccupation. Jamais notre aide n'est demandée. C'est choquant et inacceptable parce que, nous aussi, nous pouvons sauver des vies », grognent Jacques Nuyens et Alain Dehan.

 

C'est en octobre 2002 qu'un arrêté royal « portant organisation d'équipes de secours cynophiles » a vu le jour. A l'époque, le Gouvernement fédéral avait fait le constat que plusieurs « brigades canines » existaient de manière anarchique dans différentes brigades de pompiers et dans des unités la protection civile. Il était apparu d'autant plus nécessaire de rationaliser ce secteur à la lumière d'interventions à l'étranger de sauveteurs belges accompagnés de chiens, comme lors du grand tremblement de terre de 1999 en Turquie, qui avait mis en  évidence de réelles lacunes de gestion et de coordination.

 

Le législateur créait donc une structure de coordination avec deux numéros d'appel régionaux pour l'ensemble de ces équipes cynophiles en leur conférant un cadre réglementaire (brevets pour les formateurs, qualité garantie des prestations des chiens, etc.). Des missions très précises étaient aussi attribuées. Primo : « La recherche et du sauvetage de personnes ensevelies sous des décombres à la suite d'événements tels qu'un éboulement, une explosion, un effondrement de bâtiment, un tremblement de terre, que ce soit en Belgique ou à l'étranger ». Secundo : « La recherche, à la demande des autorités de police ou judiciaire, de personnes disparues dont l'intégrité physique pourrait être menacée ».

 

Sept ans plus tard, le constat des maîtres-chiens qui se sont investis sans compter dans ces équipes cynophiles pour disposer à tout moment de chiens opérationnels est plutôt amer : « Chaque fois que nous entendons par les médias qu'il y a une disparition, nous nous interrogeons… Nous disposons d'équipes accréditées et prêtes à intervenir 24 h/24 et, pourtant, nous ne sommes jamais appelés ! Traduction : dans ce pays, on ne met JAMAIS en œuvre tous les moyens disponibles pour retrouver les victimes disparues dont l'intégrité physique serait menacée », mord Alain Dehan en nous accueillant sur un terrain vague de Marchienne-au-Pont qui sert de lieu d'entraînement à une dizaine de chiens de secours.1

 

Son collègue Jacques Nuyens renchérit, exemples à l'appui : « Tout récemment encore, on ne nous a pas demandé d'aide pour retrouver ces deux jeunes filles qui avaient disparu à Gosselies. On apprendra qu'elles se sont suicidées dans un bois qu'elles fréquentaient près de chez elles. Ce sont des membres de la famille qui ont retrouvé les corps après plus de 24 heures. On aurait pu leur épargner cette vision d'horreur et gagner beaucoup de temps. Si on avait recouru à nos services, il est certain qu'on les aurait trouvées en passant dans ce bois où il était connu de leurs proches qu'elles avaient leurs habitudes ».

 

Ces maîtres-chiens en colère évoquent aussi l'affaire « Stacy et Nathalie » dont on a beaucoup reparlé ces dernières semaines à l'occasion du procès devant la cour d'assises de Liège d’Abdallah Ait Oud. «  L'un de nos maîtres-chiens habitant tout près du lieu des recherches avait proposé ses services mais son offre a été déclinée par la Police fédérale. La Cellule disparitions n'a donc pas fait usage de toutes les compétences et de toutes les bonnes volontés disponibles pour retrouver au plus vite les corps des enfants victimes. Des gens de la protection civile et des pompiers ont bien été requis mais nos chiens, eux, n'étaient pas les bienvenus »,  déplore Jacques Nuyens.

 

Et son collègue Dehan confirme que « le service d'appui canin de la Police fédérale veut le monopole des recherches. Pour faire cavalier seul, ils forment de plus en plus de bêtes, notamment des chiens pour la recherche dans les décombres… Alors que ça, c'est clairement notre secteur ! »  « Si nos chiens avaient été utilisés le long de la voie de chemin de fer, on n'aurait pas mis dix-huit jours pour retrouver les corps de Stacy et Nathalie. C'est certain », assure M. Nuyens.

 

Pour info, on signalera que dans ce dossier en cours de jugement devant les assises, les jurés ont eu la tâche compliquée par l'effacement de traces et donc de preuves… en raison du trop long séjour dans l'eau des dépouilles des victimes. « Dans un autre dossier à Diest, un collègue, qui était proche du lieu d'une disparition, s'est aussi proposé. Il a pu travailler un jour avec la police locale et puis, les fédéraux l'ont écarté. Nous sommes d'autant plus choqués par ces mises en quarantaine répétées que nos collègues policiers connaissent très bien le niveau de nos chiens. Dans le passé, certains d'entre nous se sont parfois rencontrés sur le même terrain d'intervention, comme lors du tremblement de terre en Turquie. »

 

Déplorant un climat de concurrence avec le service d'appui canin de la police, les équipes cynophiles plaident plutôt pour une complémentarité. Jacques Nuyens en donne le mode d'emploi : « Nos chiens sont formés différemment de ceux de la Police fédérale. Eux, ils ont surtout des chiens pisteurs qui travaillent avec une odeur de référence. Ils leur font respirer une taie d'oreiller, un vêtement de la personne disparue, et ces chiens peuvent suivre l'odeur pendant quelques heures si les conditions climatiques le permettent (pas en cas de pluie). Plus les heures passent, plus les molécules s'évaporent dans la nature. Quant à nos chiens, ils sont capables de repérer une présence humaine à des centaines de mètres et ce sans odeur de référence. C'est ce qu'on appelle le « questage » : on lâche le chien dans un périmètre donné et il doit retrouver toute trace de présence humaine. Il balaie tout le terrain jusqu'à ce qu'il ait trouvé. Gros avantage par rapport aux chiens pisteurs : plus le temps passe, plus les odeurs s'accumulent. Et les chances de trouver un corps immobilisé augmentent. Imaginez le rôle que l'on pourrait jouer dans la recherche d'une personne blessée ou en hypothermie qui serait immobilisée dans un bois. C'est parfois une question d'heure… Nos chiens peuvent sentir une odeur humaine à 300 ou 400 mètres ! ».

 

Pour arriver à de bons résultats, la formation des chiens appartenant aux équipes cynophiles est commencée dès le plus jeune âge et elle compte pas moins de deux ans, à raison de minimum 16 heures par semaine. « Tout est basé sur le jeu… Le chien ne travaille pas, il joue et il faut savoir le récompenser chaque fois qu'il trouve », explique M. Dehan. Les maîtres-chiens des unités cynophiles aimeraient aussi être récompensés en prouvant leur utilité… « On ne veut pas aller à la recherche de malfaiteurs ; cela, c'est une mission judiciaire », conclut Jacques Nuyens. « Nous sommes là pour secourir, sauver des vies. Par exemple, si un enfant se perd en forêt, si un vieillard s'égare, si un cavalier tombe de son cheval et qu'il est bloqué quelque part… On peut imaginer des tas de scénarios qui n'ont rien de judiciaire. Mais tant que la police ou un magistrat n'en donne par l'ordre, on ne peut pas bouger. On est performant mais, sur le terrain, on ne sert pratiquement à rien ! La Police fédérale a-t-elle peur que nous prouvions notre valeur ? ».

 

« Pas du tout et même au contraire », rétorque Tine Hollevoet, porte-parole de cette dernière. Selon elle, en effet, « la Police fédérale cherche, pour l'instant, ensemble avec la Sécurité civile, à améliorer la collaboration et à adapter un protocole. Pour ce faire, le directeur général de la police administrative, Olivier Libois, a déjà rencontré à plusieurs reprises le directeur général de la Sécurité civile, Mme Breyne. Cette collaboration ne concerne pas seulement les chiens, mais également d'autres domaines ». Et la Police fédérale de conclure avec ce compliment : « Nous savons également que les autres services d'aide disposent de chiens bien formés et, quand cela est possible, nous sommes bien évidemment prêts à collaborer avec ces derniers ».

Dont acte, il resterait donc de l'espoir pour les chiens des équipes cynophiles. On suivra le dossier …

 

1. En 2007, la Cellule des personnes disparues a eu 264 fois recours à des chiens et il s’est agi exclusivement de bêtes appartenant au service d’appui canin de la Police fédérale.

 

 

BON À SAVOIR

 

B-Fast

Une bonne vingtaine de chiens sont en formation permanente au sein des équipes cynophiles et sept d'entre eux disposent d'un brevet donné par une commission technique composée notamment de pompiers, d'un représentant du ministère de l'Intérieur et d'un représentant de… la Police fédérale. Les chiens des équipes cynophiles font aussi partie de la structure « B-Fast » créée après le tremblement de terre en Turquie en 1999. Son objectif est d'apporter à l'étranger une aide dans le cadre des premiers secours d'urgence lors de catastrophes d'ampleur telles que le pays touché ne parvient pas à faire face seul (tremblement de terre, tempête, cyclone, inondations…). Le pays sinistré doit faire clairement la demande d'aide à la Belgique et il ne peut être impliqué dans un conflit armé. C'est un comité interministériel au niveau fédéral qui prend la responsabilité de l'envoi ou non de secouristes belges.

 

Long museau

La carrière de chien de secours n'est pas promise à n'importe quel chien. D'abord, ce dernier doit avoir un long museau qui lui assurera la possession d'un maximum de cellules olfactives. Ce qui réserve ce rôle à des races telles que les bergers allemands et belges, les labradors, les goldens, les dobermans et autres bergers de Brie ou des Pyrénées, voire même aux rottweilers (même s’il doit être impressionnant d'être retrouvé par une telle bête…). Pour donner une idée des capacités en jeu, un homme possède de 5 à 10 millions de cellules olfactives et il peut, avec de l'entraînement, différencier de 2 000 à 4 000 odeurs. Bien supérieur, le chien possède plus de 100 millions de cellules olfactives qui lui permettent de différencier quelques 500 000 odeurs. Certaines guerres entre services devraient aussi parfois conduire à s'interroger sur la présence suffisante d'autres types de cellules chez l'homme…

 

Envie de jouer ?

Pour leurs exercices, les maîtres-chiens des équipes cynophiles ont besoin de « fausses victimes » à rechercher. Si cela vous intéresse, vous pouvezappeler les numéros suivant : 0476/553.223 (Jacques Nuyens) ou 0475/721.510 (Alain Dehan).

15:46 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police federale, chiens de secours |  Facebook |

21/01/2009

Harcèlement moral (25 et 29/05/08)

Enquête évoquée le 25 mai 2008 sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match" (RTL-TVI) et publiée dans Paris Match (Belgique), le 29 mai 2008.

Un athénée où ce ne sont pas les élèves qui se battent dans la cour de récré

Ca balance pas mal à Uccle II

 

De nombreux témoins dénoncent à Paris Match des faits de harcèlement, du chantage à l’emploi, un contrôle paranoïaque, un système de délation organisé par la préfète. Celle-ci affirme être victime d’une cabale

 

Actuels ou anciens travailleurs d’Uccle 2, seize témoins affirment être ou avoir été victimes d’une préfète autoritaire, injuste et insultante… En résumé, d’un vrai dictateur prêt à tout pour mater ceux qui lui contesteraient un pouvoir absolu ! Deux de ces accusateurs ont obtenu gain de cause en première instance devant le tribunal du travail où ils avaient introduit des actions en « cessation de harcèlement moral ». Confrontée à ces mises en cause, la préfète s’inscrit en faux. Elle revendique le soutien d’une grande majorité des enseignants, des administratifs et des ouvriers qui travaillent à  Uccle 2. L’association des parents lui maintient également sa confiance et estime que la qualité de l’enseignement dans cette école n’est pas menacée par ces conflits jugés « lamentables ». Du point de vue de la préfète, c’est elle qui serait la victime d’un groupe bien organisé de manipulateurs qui cherchent à lui nuire…

 

Par où commencer ? Il y a une telle profusion de témoignages… Cette enquête nous a conduit à rencontrer de nombreuses personnes qui affirment avoir été profondément atteintes dans leur dignité. Des éducateurs, des profs, des « administratifs », des ouvriers aussi qui nous ont dit être blessés ; plusieurs d’entre eux ne pouvant retenir leurs larmes lorsqu’ils nous ont conté leur vécu. Seize témoins ! Pas moins. Et tous mettent en cause un climat de travail détestable à l’Athénée Royal d’Uccle 2 (A.r.u.2). Leurs récits sont concordants. Ils sont accablants. Parfois même effrayants. Tous dénoncent un « système » oppressant et invivable qui aurait été mis en place par Mme la préfète de l’établissement. Ils parlent d’« autoritarisme », de « chantage à l’emploi ». Ils dénoncent la « garde rapprochée » de la préfète composée de « fidèles privilégiés » bénéficiant d’avantages indus ; carrément illégaux parfois. Ils pointent un « système de contrôle paranoïaque du personnel » dont la clé de voûte serait la « délation exigée de chaque membre du personnel ». Beaucoup d’entre eux disent avoir été victime de mesures vexatoires, parfois même d’insultes. Ils se plaignent aussi d’avoir subi un « pourrissement volontaire de leur conditions de travail », d’avoir été victimes de « rumeurs défavorables », de « fausses accusations », voire de  « mise en quarantaine ».

 

De son côté, la préfète ne répond pas aux questions des journalistes – le climat est trop délicat, chaque mot doit être pesé. C’est donc Me Geoffroy Generet, son avocat, qui s’exprime à sa place. Et il contre-attaque avec fermeté. Selon lui, Mme Gisèle V. n’a absolument rien d’un bourreau. Et ce serait plutôt elle qui serait en position de se plaindre. « Mme la préfète est victime d’un système », s’indigne-t-il, avant de décrire une sorte d’association de malfaiteurs : « Un groupe d’une petite dizaine de membres du personnel actuel ou ancien témoignent les uns en faveur des autres en fonction des actions mues par les uns et les autres. Sans aucun état d’âme, ils lancent de fausses allégations et les autres membres de ce “système” produisent des témoignages et autres attestations pour enfoncer le clou. C’est une mécanique dangereuse, cruelle et bien huilée… Si il est bien une victime de harcèlement à Uccle 2, c’est de ma cliente qu’il s’agit ! Elle est attaquée par une véritable machine de guerre dont le but est de la mettre en pièce parce qu’elle a remis de l’ordre dans cet établissement qui périclitait avant son arrivée. C’est pour cela qu’elle est toujours soutenue par l’immense majorité des personnes qui travaillent à Uccle 2 et que l’association des parents a produit un communiqué clair et précis qui la loue pour le travail qu’elle accomplit ».

 

Ce communiqué a été rédigé en décembre 2006 lorsque la situation conflictuelle existant à l’A.r.u.2 a commencé à intéresser les médias. Evoquant une « école qui marche », l’association des parents décrivait alors « un endroit où chacun œuvre avec respect à un objectif commun : assurer à 700 élèves d’évoluer dans un cadre structuré ». Les parents concluaient sans ambages : « Nous maintenons notre confiance en la communauté éducative de l’A.r.u.2 et en Mme la préfète ». Deux ans plus tard, le conflit est toujours ouvert. Et les membres de cette association maintiennent leur soutien à la direction, mais ils nous expriment aussi leur ras-le-bol : « Sans prendre partie pour les uns ou pour les autres, c’est à la justice de trancher, il est à nos yeux regrettable que cette situation perdure depuis si longtemps ». Toutefois, estiment ces parents, « l’affaire n’influence pas la qualité de l’enseignement à Uccle 2 ». Dont acte.

 

Pour sa défense, Gisèle V. dispose aussi du soutien de plusieurs professeurs et membres du personnel : « Sur une septantaine de personnes employées à l’A.r.u.2, près de soixante la soutiennent », clame haut et fort son avocat. Et de fait, de nombreuses attestations ont été signées en faveur de Mme la préfète. Il y a notamment ce communiqué commun signé par plus de soixante membres du personnel en septembre 2007. Lesquels exprimaient leur « soutien total à Mme Gisèle V., préfète des études dans le cadre des accusations calomnieuses dont elle fait l’objet devant le tribunal du travail ». « Nous certifions n’avoir jamais fait l’objet de harcèlement de sa part, ni d’avoir assisté à de tels comportements à l’égard d’autrui », concluaient-ils. A titre personnel aussi, une quinzaine de professeurs et autres membres du personnel d’Uccle 2 ont signés des attestations toutes plus élogieuses les unes que les autres pour Gisèle V…

 

Pourtant, ce flot de témoignages n’impressionne pas du tout dans le camp de ceux qui se plaignent de Mme la préfète. Parole d’un enseignant : « Dans cette école où règne la peur, beaucoup de personnes seraient prêtes à signer n’importe quoi pour avoir la paix. Et puis, il y a aussi ceux qui bénéficient du système mis en place par Mme V… Ce qui se passe à Uccle 2 est un phénomène tout à fait comparable à ce que l’on constate dans tous les systèmes dictatoriaux où il y a toujours beaucoup de gens qui acceptent de porter des drapeaux dans les rues lorsqu’il s’agit de saluer les dirigeants… Alors que tout le monde se rend bien compte que de telles démonstrations ne collent en rien avec l’état de l’opinion publique ! ».

 

Procès d’intention ? Difficile pour l’observateur extérieur de faire la part des choses entre les mains sur le cœur des uns, les larmes des autres, les accusations et contre-accusations, les conclusions d’avocats des uns et des autres. Avec, bien sûr, les inévitables mises en gardes culpabilisantes du genre : « Croyez-vous vraiment que la presse doit s’intéresser à ce conflit ? Cela pourrait perturber le calme et la concentration des élèves… »… On répondra que le calme médiatique qui a régné ces deux dernières années autour de ce dossier n’a absolument rien réglé et que le simple constat que des fonctionnaires – quels que soient ceux qui ont raison ou tort –  dépensent tellement d’énergie à régler leurs comptes est un sujet de débat incontournable du point de vue de l’intérêt général.

 

Revenons à ce qui est objectivable pour constater qu’à tout le moins, les attestations de soutien rédigées en faveur de Gisèle V. sont en parfaite contradiction avec une multitude de témoignages recueillis par Paris Match. Et pas seulement par nous. Des policiers et des juges ont eu aussi à connaître d’accusations récurrentes et concordantes contre la préfète. Comme nous aussi, ils ont vu des larmes couler sur certains visages. Comme nous, ils ont entendu des témoins évoquant des souffrances, voire de véritables traumatismes. Tous des comédiens, des pervers ?

 

Au début de cette année, deux personnes se disant victimes de Mme la préfète et de son « économe », un certain Driss S., ont aussi obtenu gain de cause devant le tribunal du travail. Les magistrats ordonnant à Gisèle V. de « cesser toute conduite abusive constitutive de harcèlement moral » à l’encontre d’une éducatrice, Yvienne C., et d’une cuisinière, Nicole A. Un professeur attend encore le jugement du tribunal tandis qu’un quatrième plaignant a été débouté de son action ; les juges estimant, dans ce cas précis, qu’il n’y avait plus lieu d’ordonner l’arrêt d’un éventuel harcèlement puisque ce dernier avait changé d’établissement scolaire.

 

Cependant, ces deux premières victoires judiciaires des victimes présumées de la préfète sont contestées par son avocat : « Nous sommes allés en appel de ce jugement. Dans ce dossier, à l’occasion des devoirs accomplis par la police, aucun témoin à décharge n’a été entendu, pas même ma cliente ! On reparlera de tout cela devant la cour du travail dans quelques jours. Mais je soulignerai déjà que seulement sept faits sur les vingt-trois qui étaient reprochés à ma cliente ont été jugés établis en première instance et que les juges n’ont pas constaté l’existence du fameux “système” que Mme V. aurait mis en place pour contrôler le personnel de l’école ».

 

De son côté, lors des plaidoiries en appel, le 16 juin prochain, Me Suzanne de Lannoy, qui défend certains travailleurs se disant victime de harcèlement, maintiendra exactement la thèse contraire. En première instance, elle avait déjà plaidé que « Mme la préfète s’est entourée d’une garde rapprochée et elle a mis en place un système de délation, de contrôle paranoïaque de son personnel (…). Chacun est sommé de “choisir son camp”. Ceux qui acceptent de participer à la délation sont récompensés par des privilèges. Ceux qui refusent de participer ou qui choisissent la neutralité sont l’objet de brimades, d’intimidations, de pression diverses. Ceux qui résistent sont mis en quarantaine, isolés, intimidés, harcelés jusqu’à ce qu’ils donnent leur démission. Ils sont alors remplacés systématiquement par des fidèles de la préfète ou de sa garde rapprochée ».

 

Accusations des uns, défense et contre-attaque des autres, ce dossier est à vrai dire un véritable sac de nœuds mais, quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, il ne donne, en tout cas, pas une image positive du monde enseignant : « Les choses sont en train de pourrir depuis des années », résume un professeur qui veut rester neutre. « Et quand vous laissez quelque chose pourrir, les bactéries qui se développent ont finalement leur vie propre. Je te cherche, tu me cherches. Je te fais un rapport défavorable. Je dépose plainte… C’est la stratégie de la tension et, finalement, dans un tel contexte, tous les acteurs se mettent un peu à dysfonctionner. Toutes les passions se trouvent exacerbées. Tout le monde devient exagérément susceptible. En plus, je trouve que ce qui se passe est parfois très puéril ».

 

Parmi les accusateurs de la préfète, plusieurs témoins se déclarent néanmoins très choqués par les propos qui relativisent le « climat détestable » régnant dans cette école. Paroles d’un autre prof : « Celui qui vous a dit que c’était un peu puéril veut simplement botter en touche ! Vous ne vous rendez pas compte : dans cet établissement scolaire, la suspicion est permanente. C’est vraiment de la folie ! La préfète nous juge non pas sur la qualité de notre travail mais sur nos opinions à son égard. Pour contrôler “son” école, elle est prête à tout ! ». Dans une lettre remise à la police, un enseignant abondait récemment dans le même sens : « Mme V. a instauré un climat hostile, intimidant et de délation lui permettant d’asseoir son autorité… Elle se fait aider de sa cour composée de personnages qui lui sont redevables (secrétaires, éducateurs, professeurs, ouvriers…) afin d’espionner tous les faits et gestes des personnes qui ne lui plaisent pas ».

 

Pour étayer le propos, de nombreuses sources nous font part de plusieurs faits de gravités très diverses. Impossible de relater ici toutes les paroles de membres du personnel  notées au fil de nos rencontres et lectures. Mais il y a vraiment de tout. Des témoignages font état de propos vexatoires, de harcèlement, d’espionnage du personnel, de management de la peur, de discriminations, de faux et usage de faux et même d’abus de bien social.  Nous avons noté scrupuleusement tous ces propos qui sont aussi connus de la justice. Mais nous avons aussi entendu ceux de la partie adverse… Et dans l’« autre camp », il y a des personnes qui ne tarissent pas d’éloges pour Mme V. et qui accusent les accusateurs. Selon eux, certains détracteurs de la préfète seraient animés par l’esprit de lucre en voulant in fine toucher des dommages et intérêts (1), d’autres par un désir de vengeance parce qu’ils auraient été sanctionnés à la suite de rapports défavorables de Mme V., d’autres enfin n’auraient pas supporté le retour de l’autorité à Uccle 2 qui naguère « était devenu une sorte de Club Med ». Signalons ici que Paris Match aurait pu encore exposer dans ces pages plusieurs dizaines de faits et accusations et ensuite publier des réponses des personnes accusées… Mais cela donnerait un débat interminable qui ne pourrait tenir que dans un livre…

 

Qui a raison, qui a tort ? La justice tranchera. Vite espérons-le. C’est d’ailleurs aussi le souhait du ministre de l’Enseignement, Christian Dupont qui rappelle que « dans ce dossier très difficile, il y a déjà eu des tentatives de médiation qui sont malheureusement restées infructueuses. Désormais, pour agir, je suis dépendant des décisions de justice. C’est regrettable mais on est dans une situation de blocage parfait. On a mis sur pied un comité d’accompagnement pour faire face mais ce n’est évidemment pas une situation idéale. Dans ce type de conflit, on perd beaucoup d’énergie. C’est une mécanique infernale qui s’est mise en marche et je suis persuadé qu’en bout de course, il faudra écarter l’une ou l’autre personne. Quand on ne peut plus vivre ensemble, on divorce. C’est parfois la seule solution qui reste pour éviter que les choses empirent encore ».

M. Dupont n’aurait-il pas pu suspendre Mme la préfète de manière provisoire après les premières décisions du tribunal du travail comme le suggère une syndicaliste (voir plus bas) ? « Certainement pas, tant qu’il n’y a pas de jugement définitif dans ce dossier, toute mesure de sanction de ma part aurait été imprudente, ouvrant ainsi de possibles voies de recours devant le Conseil d’Etat », nous dit le ministre.

 

La vraie question de ce dossier reste donc de savoir quand et comment on sortira de toutes ces polémiques. A cet égard, les derniers développements du dossier Uccle 2 ne sont guère rassurants (lire encadrés) mais le ministre Dupont annonce que dès qu’il pourra statutairement intervenir, il ne s’en privera pas : « Quelle que soit la décision judiciaire, elle aura des conséquences pour la partie à cette cause qui perdra. Je prendrai alors toutes les mesures qui s’imposent pour restaurer la sérénité dans cette école, ce qui pourrait notamment se traduire par un ou plusieurs écartements ». Mais de quelle décision judiciaire parle-t-on ? Celle de la cour du travail qui devrait intervenir dans quelques semaines à peine ou celle de la justice pénale, également saisie dans cette affaire, qui prendra sans doute quelques années avant de prononcer un jugement ? Un éminent juriste calé en droit administratif nous indique que « le ministre de l’Enseignement sera en droit d’intervenir et même aura le devoir d’intervenir dans l’intérêt du service, dès qu’une première décision définitive tombera dans ce dossier, c’est-à-dire après la décision de la cour de travail. A condition, bien entendu, que la décision de ce tribunal ne soit pas de se dessaisir du dossier au profit de la justice pénale. Ce qui est rare quand ce dernier a déjà pris une position en première instance… ».

 

Une telle « rareté » serait une catastrophe car elle impliquerait un pourrissement du dossier pendant plusieurs années encore, sans que le ministre de l’Enseignement ne puisse écarter l’une ou l’autre pomme moisie…

 

(1) Nous n’avons connaissance à ce stade que d’une seule demande de dommages et intérêts dans ce dossier et elle a été formulée à hauteur de 30 000 euros par une des personnes appartenant… au « camp » de la préfète.

 

 « J’ai été sa première victime »

Mme L. ne travaille plus à Uccle 2 depuis quatre ans et cette ouvrière nous explique en être « soulagée » : « J’ai quitté cet enfer sans demander de préavis. J’ai retrouvé du boulot chez un ancien employeur et je suis de nouveau heureuse. N’empêche, je n’ai rien oublié. Les choses sont allées très loin. J’ai été poussée à bout. Au point d’être hospitalisée. Je n’ai reçu aucun appui du côté syndical et si je m’en suis sortie, c’est grâce à la médecine du travail ». Des phrases dites par ce témoin renvoient à ce qui est dénoncé par des travailleurs qui sont encore à Uccle 2 aujourd’hui : « Du jour au lendemain, j’ai été mise à l’écart dans un local sans fenêtre. Je ne pouvais même plus aller me servir une tasse de café. J’ai été la première sur la liste des personnes harcelées et, contrairement à ceux qui, aujourd’hui, sont en mesure de faire bloc et d’être solidaires face aux agressions de la préfète, j’étais très seule et prise dans la gueule du loup. Tout a commencé parce que j’avais eu un petit conflit d’ordre privé avec une copine à elle. Gisèle V. a donc interdit aux membres du personnel d’encore m’adresser la parole et je vous assure que beaucoup d’entre eux ont suivi la consigne. J’étais devenue une pestiférée. Ce qui est terrible, c’est que certaines personnes qui, par lâcheté ou insouciance, avaient participé à ce mauvais traitement ont ensuite été elles-mêmes victimes de la même chose. C’est notamment le cas de Nicole A., la cuisinière, qui vient de gagner un procès contre Gisèle V. et l’un de ses sbires. Nicole m’a appelée pour implorer mon pardon. Elle avait compris ce par quoi j’avais dû passer… »

 

« Elle a remis de l’ordre »

Monsieur D. est enseignant à l’Athénée Royal d’Uccle 2 depuis quinze ans. Dans une attestation, il donne pour sa part un soutien inconditionnel à la patronne. Pour lui, cet établissement scolaire « ne parvenait pas à se débarrasser d’une mauvaise réputation de Club Med qui lui était injustement attachée. L’arrivée de Madame V. à la tête de cet établissement a été providentielle et sa reprise en main après une absence de quatre ans et demie a permis à l’établissement d’asseoir sa réputation de “bonne école”. Ce ne fut pas sans effort, mais la majorité de la communauté éducative s’est engagée à soutenir le chef d’établissement dans sa volonté de redresser l’école. Nous jouissons aujourd’hui des fruits de notre investissement. Bien sûr, ce management participatif ne s’est pas toujours fait sans heurs. Il a fallu secouer l’inertie de certains qui n’appréciaient pas d’être bousculés ou de devoir se bousculer : travailler en équipe et s’investir dans un projet d’établissement étaient peu compatibles avec leur esprit individualiste et fonctionnaire. De là, les ressentiments ou les rancunes qui sont sans doute à l’origine de certains reproches exagérés ».

 

A quand la fin de ce mauvais feuilleton financé par l’argent des contribuables ?

Ce 10 janvier 2008, le tribunal du travail de Bruxelles reconnaissait à Nicole A., une cuisinière, le statut de victime : « Le tribunal constate des faits de harcèlement (…) et ordonne à Madame V. (et à Monsieur S.) de cesser toute conduite abusive constitutive de harcèlement moral à l’encontre de Madame A. ». Au début de l’année, ce jugement a fait l’objet de nombreuses relations dans la presse. Le Soir, notamment, évoquait un « jugement innovant ». Et le Syndicat libre de la fonction publique (S.l.f.p.) se réjouissait d’« une immense avancée de la justice », précisant dans un communiqué relayé par l’agence Belga : « Pour la première fois, l’attitude d’une direction d’école, les actes de harcèlement commis et dénoncés sont condamnés ». Mais, quelques mois plus tard, l’enthousiasme du syndicat est retombé. « On est en quelque sorte revenu à la case départ », explique Pascale Vanderstraeten, permanente au syndicat libéral. « Le 31 janvier 2008, Nicole a réintégré ses fonctions. Et le processus de harcèlement s’est très vite remis en route. Le pouvoir organisateur aurait pu empêcher cela ; par mesure de précaution, vu le jugement du tribunal en première instance, la préfète et son bras droit auraient dû être suspendus par la Communauté française ! Une telle mesure provisoire n’aurait en rien mis en péril la présomption d’innocence de ces personnes, mais elle les aurait empêché de nuire avant que la justice se prononce en appel (N.d.l.r. : Comme on peut le lire ci-dessus, le ministre de l’Enseignement a estimé que, juridiquement, cette solution ne tenait pas la route). Le bilan de ce dossier est désastreux : Madame A. est une victime reconnue par la justice mais cela lui fait une belle jambe. Deux semaines après avoir rejoint son poste, elle a dû s’enfuir pour ne pas se laisser détruire une nouvelle fois… ». La syndicaliste dit avoir dénoncé plusieurs faits nouveaux à la police et à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (D.g.e.o.). Réponse de l’avocat de Mme V. : « Nous démentons formellement ces nouvelles accusations comme les précédentes. Comment peut-on croire que, dans cette école sous haute surveillance de la justice, de l’administration, voire même des médias, de tels faits aient pu être commis ? ». Une chose est certaine : il est temps que ce mauvais feuilleton financé par l’argent des contribuables prenne fin !

18/01/2009

Catastrophe de Ghislenghien (18 et 220508)

Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris Match" , le 18 mai 2008 et publiée dans "Paris Match (Belgique), le 22 mai 2008.

art_28317Vers un nouveau geste des assureurs?

 

Dans le cadre de « L’info confidentielle Paris Match » sur RTL/TVI,  David da Palma, l’un des rescapés de la catastrophe a lancé un vibrant appel aux assureurs : « Attendre la fin du processus judiciaire pour recevoir les indemnisations, soit 2012 ou plus tard encore, c’est intolérable. Il faut une solution anticipée. Si 10 % des montants probables étaient libérés, ce serait une bouée de sauvetage pour de nombreuses familles en difficulté ! ». Ce souhait sera-t-il exaucé ? Des discussions très secrètes ont lieu depuis plusieurs semaines sur une éventuelle indemnisation « hors justice ». Y participent dix compagnies d’assurances – dont plusieurs du top 10. Accepteront-elles de faire un geste pour les victimes avant que le débat sur les responsabilités soit judiciairement clos ? Rien ne les y oblige légalement. Moralement et en termes d’image de marque, c’est évidemment un tout autre débat…

 

En juillet 2004, l’émoi causé par la tragédie de Ghislenghien (24 morts, 132 blessés) avait suscité de grandes promesses politiques : la justice ferait la clarté sur les responsabilités et on réparerait les préjudices subis au plus vite. « En trois ans ! », avait osé annoncer la ministre de la Justice Onkelinx. Quatre ans plus tard, il n’y a pas de coupable jugé. Les victimes sont toujours en attente d’indemnisation. Et certaines d’entre elles rencontrent d’énormes difficultés sociales. Avec le temps qui passe, la frustration devient de plus en plus manifeste parmi les rescapés de l’enfer et dans les familles endeuillées. « Devra-t-on attendre l’issue définitive du processus judiciaire pour être indemnisé ? Pour nous, c’est intolérable. Cela risque de nous reporter à 2012, voire plus tard ! », a crié dimanche David da Palma, sur le plateau de « L’info confidentielle Paris Match ».

 

Cet ouvrier de Diamant Board est l’un de ces miraculés qui a survécu aux flammes ; A cette chaleur suffocante qui, ce jour-là, était assez forte pour littéralement faire fondre les corps. « Juste après l’explosion, j’ai couru avec mon collègue et ami Angelo. Il paraît qu’il a voulu revenir en arrière pour sauver quelqu’un. Je ne l’ai plus jamais revu. » David s’en est sorti avec un corps brûlé à 50 %, des traces indélébiles sur le visage, un handicap permanent… Son bilan se résume en quelques chiffres : 50 jours de coma, 35 opérations et, à ce jour, pas un euro des assurances.

 

« Pour être de bon compte », explique-t-il, « je veux souligner que j’ai bénéficié,  comme les autres victimes, des dons qui ont été faits immédiatement après la catastrophe par Assuralia et Fluxys (N.d.l.r. : 2 millions d’euro au total). En ce qui me concerne, j’ai reçu environ 15 000 euros… A celui qui estimerait que c’est une belle somme, je dis que je veux bien lui donner tout de suite cet argent à la condition qu’il prenne aussi ma vie d’aujourd’hui. Mon apparence physique a été modifiée, je n’ai plus de souffle, je souffre de douleurs récurrentes, l’un de mes bras est atrophié et si je ne vais pas très régulièrement chez le kiné, plus rien ne fonctionne correctement… Tout cela n’est encore rien. Ce sont les aspects psychologiques et moraux qui pèsent le plus. Je souffre d’un stress post-traumatique très profond. Impossible de reprendre le travail, impossible de retourner sur ce zoning. Ma vie affective et familiale n’est plus la même. J’angoisse. Je ne vois pas le bout du tunnel. Et, en plus, j’ai parfaitement conscience que mon espérance de vie n’est plus aussi longue qu’avant cette catastrophe. »

 

Afin de ne pas s’enfoncer dans un désespoir stérile, David s’est rapproché de Silu, de Diane, de Michele, de Salvatore et de plusieurs autres victimes de Ghislenghien. D’abord pour partager des impressions et confronter les expériences. Ensuite pour donner naissance à une association des victimes de Ghislenghien. A l’origine, en février dernier, ils étaient dix. Moins de quatre mois plus tard, ils sont trois fois plus nombreux. Pour se faire entendre, ils ont eu l’idée d’écrire une lettre ouverte au monde politique et aux autorités judiciaires (voir l’encadré ci-contre). Leur sentiment est d’être pris en tenaille entre une justice qui avance au rythme qu’on lui connaît et un monde des assurances qui ne leur fait pas de cadeaux.

 

« Et pendant que le temps s’écoule, la situation de certaines familles qui ont beaucoup perdu devient difficile. Parfois intenable. De toute façon, le problème n’est même pas là. Toutes les victimes d’une telle catastrophe devraient avoir droit à une réparation dans un délai raisonnable. Ce n’est pas plus compliqué que cela », résume Silu Diatezwa, qui est l’une des chevilles ouvrières de ce rassemblement.

 

Difficile de reprocher à la justice – malgré les promesses déraisonnables faites en son temps par une ministre – de prendre tout le temps nécessaire pour affiner ses constatations dans un dossier aussi complexe. Dans un État de droit, on ne peut pas non plus s’indigner du fait que certains avocats demandent de nombreux devoirs complémentaires qui, certes, sont de nature à rallonger le temps d’instruction mais qui pourraient aussi contribuer à mieux déterminer les responsabilités de chaque acteur du drame. Par contre, on ne peut que constater que tous ces principes respectables bénéficient seulement aux compagnies d’assurances qui devront in fine indemniser les victimes. « Chaque jour qui passe rapporte des intérêts sur les sommes qui ont été provisionnées par les assureurs et ce n’est pas rien : on parle d’un montant global d’environ un milliard d’euros ! Moi, je vis exactement l’inverse avec mes huissiers. Chaque jour qui passe, les intérêts sur mes dettes me font perdre de l’argent », résume M. Diatezwa.

 

Un problème sans solution ? David da Palma a exprimé le souhait, dimanche dernier, que « les compagnies d’assurance concernées par ce dossier acceptent de faire un geste en faveur des victimes au travers d’une avance sur les indemnisations à venir. Pourquoi n’anticiperaient-elles pas le versement de 10 % de la somme qu’elles devront de toute manière payer après le procès ? ».

 

En février dernier, François de Clippele, le porte-parole d’Assuralia, le groupement professionnel qui représente le secteur des assurances avait cependant déjà exclu cette possibilité lors d’un entretien accordé à Paris Match : « Nous avons déjà fait un don d’un million d’euros en 2004 alors que nous n’y étions pas tenu juridiquement. Ce don ne sera pas déduit des indemnisations à venir, mais une telle action n’est pas susceptible d’être répétée (…) A ce stade, aucun assureur n’estime être celui qui, in fine, sera le principal débiteur d’indemnisation. Dès lors, on ne peut  raisonnablement demander à l’un d’entre eux de déjà indemniser « pour compte de qui appartiendra. C’est ce qui rend ce dossier différent de celui de la catastrophe industrielle AZF de Toulouse où, c’est vrai, il y avait eu des avances sur indemnisation parce qu’un seul assureur était concerné pour un seul coupable évident » (…) « Il n’y aura donc pas d’indemnisation complète des victimes avant l’issue du processus judiciaire. Ni d’avances sur le montant final qu’elles devront percevoir. Il faut qu’une responsabilité soit déterminée avant qu’il y ait une indemnisation. Agir autrement créerait un précédent. Ce ne serait pas éthique par rapport à d’autres victimes qui attendent aussi l’issue d’un procès pour être indemnisées. (Mais) il n’est pas impossible que la position de certains assureurs évolue à la fin de l’instruction, si une responsabilité apparaissait déjà indubitablement dans le chef de certains inculpés. On pourrait alors imaginer que les assureurs concernés décident d’anticiper le paiement d’indemnisations ».

 

Nous avions soumis ces propos tranchés à Marie-Claude Maertens, procureur du Roi à Tournai, un magistrat qui, alors que rien ne l’y oblige, a le mérite d’œuvrer en coulisses pour convaincre les assureurs de trouver une solution d’indemnisation anticipée. Elle démentait alors : « Il faut garder espoir. Ce n’est pas un dossier facile, mais les négociations sont encore en cours ». A l’époque, le ministre de la Justice avait renchérit : « La plupart (des victimes) ont eu leurs frais médicaux remboursés, mais elles doivent attendre une décision du tribunal pour être dédommagées. Certaines d’entre elles connaissent de gros problèmes financiers, ne peuvent toujours pas reprendre le travail. Le ministre propose donc de réunir les assurances et les firmes concernées pour essayer de débloquer de l’argent pour les victimes ».

 

Où en est-on aujourd’hui ? M. de Clippele, le porte-parole d’Assuralia, nous confirme intégralement sa position exprimée en février. Et  précise : « Assuralia n’a pas été convoqué à une réunion par le ministre Vandeurzen.  Le monde politique ferait œuvre plus utile en travaillant à l’élaboration d’une législation qui permettrait à l’avenir d’éviter les écueils rencontrés par les victimes de Ghislenghien. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui a été fait par rapport au risque terroriste, prévoir une petite cotisation obligatoire pour tous les assurés afin de les protéger de ces risques technologiques ? ». Cependant, dans une conversation ultérieure, il ajoutera : « Je vais vous surprendre mais je viens d’apprendre que notre association n’est plus l’interlocuteur du ministre de la Justice dans le dossier de Ghislenghien ! M. Vandeurzen a entamé des discussions avec plusieurs compagnies d’assurances. Je ne sais rien de  leur contenu ».

 

Au cabinet du ministre, on nous informe que « les discussions avec les assureurs n’ont commencé qu’il y a un mois ». Très prudent, le porte-parole de M. Vandeurzen ne donne aucun détail. Pas de calendrier, pas de montants… Mêmes les noms des compagnies d’assurance qui ont accepté de participer à ces réunions où « on conserve encore l’espoir de trouver une solution hors justice » sont tenus secrets!

 

Renseignements pris à bonne source,  les sociétés qui sont actuellement à la table de ces négociations présidées par Mme le procureur du Roi de Tournai avec l’assistance d’éminents juristes et spécialistes du droit des assurances sont au nombre de dix. Il y a de grands noms du secteur : HDI-Gerling, Ethias, Assurances Fédérales, Zurich, KBC, Protect, Euromaf, Generali,  P&V, Axa. Impossible d’avoir un commentaire auprès de ces sociétés sur leurs intentions. L’un des négociateurs argumentant que « ce ne serait pas correct, étant donné que la confidentialité a été acceptée par tous les participants. La seule personne habilitée pour parler de tout cela, c’est Mme la procureur du Roi de Tournai, Mme Maertens ».

 

« On recherche toujours une solution. En bien ou en mal, il y a aura bientôt une réponse. Ce n’est pas une question de mois mais de semaines », nous déclare ce magistrat qui, en outre, « se refuse à formuler tout pronostic ». Il est vrai que dans des affaires aussi lourdes, les prévisions sont  risquées. En février dernier, Marie-Claude Maertens nous avait assuré que « le juge d’instruction arrive au bout des devoirs complémentaires » et qu’il n’était « pas exclu que l’on soit en chambre du conseil avant les vacances judiciaires ». Aujourd’hui, la complexité évidente du dossier l’a conduite à revoir cette prévision et à  ne pas en proposer une autre.

 

 

Lettre Ouverte

 

« Au Gouvernement fédéral, aux autorités judiciaires et à tous les citoyens qui se sentiront concernés : le Collectif des victimes de Ghislenghien s’est réuni afin de faire le point sur l’interminable instruction judiciaire, ainsi que sur la situation sanitaire et sociale des victimes. Le constat est amer (…). Quatre ans après, bien des consolidations ont eu lieu, mais la justice n’est pas au rendez-vous. Fragilisées, beaucoup de victimes se voient soit dépendantes de la mutuelle ou du chômage tout en devant faire face aux frais liés à leurs sinistres ; les avocats doivent être payés ainsi que les experts médicaux.

 

Cette fragilité sanitaire et sociale ne leur permet pas toujours de faire face et beaucoup d’entre nous ont plongé dans une certaine morosité, dans le doute, voire pour certains dans la dépression… Pour d’autres, les huissiers font déjà l’inventaire de leurs avoirs.

 

C’est pourquoi nous attirons votre attention sur la situation actuelle qui livre les victimes de Ghislenghien à une deuxième catastrophe (victimisation secondaire) : pas de procès avant 2009, voire pas de jugement définitif après 2012 ? Pas d’indemnisation provisoire avant le procès et pas avant un jugement définitif ? Cela  fait peut-être l’affaire des assureurs qui ont certainement placé le milliard d’euros d’indemnités qui sera payé dans le futur sur des comptes à intérêts, mais pas celui des victimes.

 

De plus, les spécialistes vous confirmeront qu’il est dans l’intérêt de la santé des victimes que la procédure judiciaire ne s’éternise pas afin de permettre un travail de résilience… A notre grand désespoir, c’est bien le contraire qui s’impose à nous ! Nous sommes très conscients que Ghislenghien n’est pas une affaire facile, mais pour nous, l’allure que prend ce dossier suscite une grande angoisse. Ne faudrait-il pas donner un statut particulier à ces victimes fragilisées socialement et médicalement ? Qu’il y ait au moins un gel de leur imposition fiscale, de la pression des huissiers, etc. ;

 

Dès lors :

 

1. Si la justice ne peut accélérer son cours et que les responsables politiques ne parviennent à obtenir un geste des assureurs, nous sollicitons clairement la mise en place d’un système de bouclier juridique dans le but de préserver les victimes du joug des huissiers de justice dans l’attente d’un jugement (...).

 

2. Nous demandons avec insistance le bouclage de cette longue instruction, de ce que nous appelons désormais une prise d’otage juridique.

 

3. Nous souhaitons l’émergence d’une Cellule de coordination permanente pour les victimes qui pourra organiser une réaction efficace si, un jour, une nouvelle catastrophe devait avoir lieu.

 

4. Nous soutenons toute initiative législative qui viserait à empêcher à l’avenir que d’autres victimes de catastrophes technologiques soient, comme nous, placées dans une situation d’attente interminable et douloureuse. A l’heure actuelle, ce sont malheureusement les puissances financières qui sont favorisées. Elles ont tous les moyens à leur disposition pour faire un long procès, tandis que les victimes ne peuvent se permettre ce luxe, tant sur le plan de la santé que sur le plan social.

 

Il est pour nous nécessaire d’être fixés. Quand aura lieu le procès ? Nous sommes toujours dans un flou inacceptable. Mme le procureur du Roi de Tournai, Mme Maertens, nous avait, dans sa lettre du 5 juillet 2006, annoncé que des devoirs complémentaires ont été demandés au juge d’instruction, ce depuis le 19 juin 2006. Voici deux longues années ! La lassitude nous désespère à un tel point que nous nous fixons comme objectif en temps voulu de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Nous espérons avoir clairement exposé nos préoccupations dans ce que nous appelons déjà un double drame, et nous osons encore espérer un signe positif des autorités.

16/01/2009

Affaire Folefack (150508)

Article publié dans l'hebdomadaire "Paris Match" (Belgique), le 15 mai 2008.

 

Une lettre dont personne ne parle

 

dyn001_original_121_160_pjpeg_38869_8e4f93785bcea3f11e764059a3ac548cLe camerounais qui se serait suicidé au centre de Merksplas avait décrit dans un écrit les « services corporels » dont il affirmait avoir été victime lors de la tentative d’expulsion du 27 avril dernier.

 

Ce mercredi 7 mai, le parquet de Turnhout a communiqué plusieurs informations de nature à confirmer la thèse du suicide dans le cadre de l’instruction ouverte suite à la mort, le jeudi 1er mai, du jeune camerounais de 32 ans « Martial » Folefack, au centre fermé de Merksplas.

 

D’après les autorités judiciaires, l’homme a laissé une lettre d’adieu destinée à une amie, lettre par laquelle il explique son acte. Cette information nous a été confirmée par l’avocat de la victime. Ce 8 mai, lors d’une visite à l’Office des Etrangers,  Mme Elodie Nankeng, une amie proche de M. Folefack a pu prendre connaissance de cette lettre d’adieu.  Par ailleurs, selon le parquet, l’autopsie confirme l’hypothèse d’une mort par strangulation : le jeune se serait donc bel et  bien pendu avec des draps de lit. On se souviendra néanmoins que des amis de la victime qui se sont rendus à Merksplas pour voir son corps avaient déclaré n’avoir vu aucune trace résiduelle au niveau du cou de M. Folefack.

 

Selon les autorités judiciaires, « aucune trace de violence n’a été découverte sur le corps du Camerounais d’après les résultats de l’autopsie ». Une information étonnante et qui semble être en contradiction évidente avec le contenu d’une lettre écrite le 29 avril par M. Folefack, soit deux jours après la tentative d’expulsion ou encore trois jours avant son suicide.

 

Dans ce document rédigé à Merksplas, le sans papiers faisait état - à l’attention de la direction du Centre-  des violences qu’il aurait subies lors de son expulsion avortée. Il détaillait aussi les séquelles physiques qui en résultaient. A en croire l’autopsie, les coups qui ont été décrits par M. Folefack et qui lui faisaient mal au point de « ne plus savoir dormir » n’ont laissé aucune trace.

 

Voici le contenu de ce document inédit : 

 

« Je viens par (cette lettre) raconter les sévices corporels dont j’ai été victime à l’aéroport de Zaventem en date du 27 avril 2008. C’était samedi matin que j’ai été remis à la police de l’immigration (…) J’ai été conduit dans une cellule appelée ‘cachot’. Tout allait bien entre nous jusqu’au moment où ils m’ont dit qu’on devait partir et que j’allais porter la ceinture et les menottes. J’ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit que c’était la procédure. J’ai refusé d’être ceinturé et menotté comme un animal car je ne suis pas un criminel. Et tout s’est dégradé à ce moment. »

 

« J’ai été battu et maîtrisé par cinq hommes depuis ma cellule. Il y a un (illisible) qui m’a appuyé le genou sur le cou lorsque j’étais par terre. Ils m’ont enfilé la ceinture et les menottes, ils m’ont emmené dans une camionnette qui nous a conduit jusqu’à l’escalier de l’avion. Ensuite, ils m’ont attaché les cuisses et les jambes avec une espèce de ceinture et ils m’ont porté comme un colis de la camionnette jusqu’à l’avion. Ils m’ont fait asseoir au milieu du dernier siège et ils étaient autour de moi, un à gauche, l’autre à droite et les trois autres devant nous. »

 

« J’avais très mal au corps ; mal au cœur ; étouffé. Et j’ai commencé à crier. Pendant que je criais les passagers du SN 351 ont pris des photos de moi. Ensuite, le commandant de bord a demandé de me faire descendre de l’avion. Ils m’ont emmené dans la camionnette où j’ai reçu également des coups de poing et ils m’ont ramené en cellule »

 

« Ils ont attendu l’arrivée du docteur pour m’enlever la ceinture et les menottes. Entretemps, je criais. Bilan de ma santé depuis samedi : je n’arrive pas à manger car mes mâchoires me font très mal, j’ai les deux tibias écorchés, une blessure dans la bouche, mal de dos, mal de rein, mal au cou et je ne dors pas la nuit car j’ai mal partout ».

 

Signé : « Folefack-Sontso Ebenizer , le 29 avril 2008. » 

 

 

10:11 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : refugies, office des etrangers, asile, folefack |  Facebook |