22.01.2009
Chiens de secours (080608 et 120608)
Dimanche dernier, sur le plateau de « L'info confidentielle Paris Match » diffusée sur R.t.l.-t.v.i., Jacques Nuyens, un sapeur-pompier de la ville de Charleroi, qui est aussi maître-chien depuis de nombreuses années, a dénoncé « un gaspillage de ressources incroyable et choquant » : « Les chiens formés par les équipes cynophiles des services incendie et de la protection civile ont des compétences spécifiques en termes de recherche d'êtres humains disparus. Celles-ci sont d'ailleurs reconnues officiellement par le ministère de l'Intérieur. Nous pouvons contribuer à sauver des vies ! Toutefois, les autorités de ce pays ne font jamais appel à nous, sauf de temps à autre pour des missions à l'étranger. Cela fait les affaires du “ service d'appui canin ” de
Le service d'appui canin de
Bravo la police ! Qu'ils soient pisteurs, détecteurs de drogue, de foyers d'incendie ou d'explosifs, les chiens des fédéraux sont des as et personne n'en doute. D'ailleurs, les médias vantent leurs mérites et relaient régulièrement les appels de leur maîtres. Comme nos confrères de
Ce type d'appel fait bondir Jacques Nuyens et Alain Dehan, deux maîtres-chiens qui, il est vrai, ne travaillent pas à
emaine, avec leurs maîtres. Ce sont les « rescuedogs », littéralement les « chiens de secours » qui font partie des « équipes cynophiles » organisées au sein des services publics d'incendie et des unités opérationnelles de la protection civile.
« Nous sommes reconnus officiellement par le ministère de l'Intérieur et, il y a trois ans, une circulaire de M. Dewael a encore rappelé aux gouverneurs de province et au commissaire général de
C'est en octobre 2002 qu'un arrêté royal « portant organisation d'équipes de secours cynophiles » a vu le jour. A l'époque, le Gouvernement fédéral avait fait le constat que plusieurs « brigades canines » existaient de manière anarchique dans différentes brigades de pompiers et dans des unités la protection civile. Il était apparu d'autant plus nécessaire de rationaliser ce secteur à la lumière d'interventions à l'étranger de sauveteurs belges accompagnés de chiens, comme lors du grand tremblement de terre de 1999 en Turquie, qui avait mis en évidence de réelles lacunes de gestion et de coordination.
Le législateur créait donc une structure de coordination avec deux numéros d'appel régionaux pour l'ensemble de ces équipes cynophiles en leur conférant un cadre réglementaire (brevets pour les formateurs, qualité garantie des prestations des chiens, etc.). Des missions très précises étaient aussi attribuées. Primo : « La recherche et du sauvetage de personnes ensevelies sous des décombres à la suite d'événements tels qu'un éboulement, une explosion, un effondrement de bâtiment, un tremblement de terre, que ce soit en Belgique ou à l'étranger ». Secundo : « La recherche, à la demande des autorités de police ou judiciaire, de personnes disparues dont l'intégrité physique pourrait être menacée ».
Sept ans plus tard, le constat des maîtres-chiens qui se sont investis sans compter dans ces équipes cynophiles pour disposer à tout moment de chiens opérationnels est plutôt amer : « Chaque fois que nous entendons par les médias qu'il y a une disparition, nous nous interrogeons… Nous disposons d'équipes accréditées et prêtes à intervenir 24 h/24 et, pourtant, nous ne sommes jamais appelés ! Traduction : dans ce pays, on ne met JAMAIS en œuvre tous les moyens disponibles pour retrouver les victimes disparues dont l'intégrité physique serait menacée », mord Alain Dehan en nous accueillant sur un terrain vague de Marchienne-au-Pont qui sert de lieu d'entraînement à une dizaine de chiens de secours.1
Son collègue Jacques Nuyens renchérit, exemples à l'appui : « Tout récemment encore, on ne nous a pas demandé d'aide pour retrouver ces deux jeunes filles qui avaient disparu à Gosselies. On apprendra qu'elles se sont suicidées dans un bois qu'elles fréquentaient près de chez elles. Ce sont des membres de la famille qui ont retrouvé les corps après plus de 24 heures. On aurait pu leur épargner cette vision d'horreur et gagner beaucoup de temps. Si on avait recouru à nos services, il est certain qu'on les aurait trouvées en passant dans ce bois où il était connu de leurs proches qu'elles avaient leurs habitudes ».
Ces maîtres-chiens en colère évoquent aussi l'affaire « Stacy et Nathalie » dont on a beaucoup reparlé ces dernières semaines à l'occasion du procès devant la cour d'assises de Liège d’Abdallah Ait Oud. « L'un de nos maîtres-chiens habitant tout près du lieu des recherches avait proposé ses services mais son offre a été déclinée par
Et son collègue Dehan confirme que « le service d'appui canin de
Pour info, on signalera que dans ce dossier en cours de jugement devant les assises, les jurés ont eu la tâche compliquée par l'effacement de traces et donc de preuves… en raison du trop long séjour dans l'eau des dépouilles des victimes. « Dans un autre dossier à Diest, un collègue, qui était proche du lieu d'une disparition, s'est aussi proposé. Il a pu travailler un jour avec la police locale et puis, les fédéraux l'ont écarté. Nous sommes d'autant plus choqués par ces mises en quarantaine répétées que nos collègues policiers connaissent très bien le niveau de nos chiens. Dans le passé, certains d'entre nous se sont parfois rencontrés sur le même terrain d'intervention, comme lors du tremblement de terre en Turquie. »
Déplorant un climat de concurrence avec le service d'appui canin de la police, les équipes cynophiles plaident plutôt pour une complémentarité. Jacques Nuyens en donne le mode d'emploi : « Nos chiens sont formés différemment de ceux de
Pour arriver à de bons résultats, la formation des chiens appartenant aux équipes cynophiles est commencée dès le plus jeune âge et elle compte pas moins de deux ans, à raison de minimum 16 heures par semaine. « Tout est basé sur le jeu… Le chien ne travaille pas, il joue et il faut savoir le récompenser chaque fois qu'il trouve », explique M. Dehan. Les maîtres-chiens des unités cynophiles aimeraient aussi être récompensés en prouvant leur utilité… « On ne veut pas aller à la recherche de malfaiteurs ; cela, c'est une mission judiciaire », conclut Jacques Nuyens. « Nous sommes là pour secourir, sauver des vies. Par exemple, si un enfant se perd en forêt, si un vieillard s'égare, si un cavalier tombe de son cheval et qu'il est bloqué quelque part… On peut imaginer des tas de scénarios qui n'ont rien de judiciaire. Mais tant que la police ou un magistrat n'en donne par l'ordre, on ne peut pas bouger. On est performant mais, sur le terrain, on ne sert pratiquement à rien !
« Pas du tout et même au contraire », rétorque Tine Hollevoet, porte-parole de cette dernière. Selon elle, en effet, «
Dont acte, il resterait donc de l'espoir pour les chiens des équipes cynophiles. On suivra le dossier …
1. En 2007,
BON À SAVOIR
B-Fast
Une bonne vingtaine de chiens sont en formation permanente au sein des équipes cynophiles et sept d'entre eux disposent d'un brevet donné par une commission technique composée notamment de pompiers, d'un représentant du ministère de l'Intérieur et d'un représentant de…
Long museau
La carrière de chien de secours n'est pas promise à n'importe quel chien. D'abord, ce dernier doit avoir un long museau qui lui assurera la possession d'un maximum de cellules olfactives. Ce qui réserve ce rôle à des races telles que les bergers allemands et belges, les labradors, les goldens, les dobermans et autres bergers de Brie ou des Pyrénées, voire même aux rottweilers (même s’il doit être impressionnant d'être retrouvé par une telle bête…). Pour donner une idée des capacités en jeu, un homme possède de 5 à 10 millions de cellules olfactives et il peut, avec de l'entraînement, différencier de 2 000 à 4 000 odeurs. Bien supérieur, le chien possède plus de 100 millions de cellules olfactives qui lui permettent de différencier quelques 500 000 odeurs. Certaines guerres entre services devraient aussi parfois conduire à s'interroger sur la présence suffisante d'autres types de cellules chez l'homme…
Envie de jouer ?
Pour leurs exercices, les maîtres-chiens des équipes cynophiles ont besoin de « fausses victimes » à rechercher. Si cela vous intéresse, vous pouvezappeler les numéros suivant : 0476/553.223 (Jacques Nuyens) ou 0475/721.510 (Alain Dehan).
15:46
Écrit par michelbouffioux
dans Général |
Lien permanent
| Commentaires (0)
| Envoyer cette note
| Tags : police federale, chiens de secours |
Facebook
|








Écrire un commentaire