02/10/2008

Affaire Coller (28/09 et 02/10/08)

Une enquête à lire dans son intégralité dans l'édition de ce 2 octobre 2008 de Paris Match Belgique

 

A Molenbeek une fausse carte d’identité pour étranger était vendue pour quelques milliers d’euro…

 

Le testament d’un ex-employé communal en colère

 

« J’ai été la victime d’une enquête expéditive de la police de la zone Bruxelles-Ouest ! Les vrais coupables travaillent encore au sein de l’administration communale ». Dans le cadre de « L’Info Confidentielle Paris Match-RTL/TVI », Marc Coller se confie pour la première fois. Jusqu’il y a peu, cet administratif travaillait au bureau des Etrangers de la commune de Molenbeek où il était considéré comme un employé modèle. Désormais, c’est un homme en colère ; Indigné d’avoir croupi 119 jours en prison et plus encore d’avoir été licencié sans bénéficier de la présomption d’innocence. Révélations sur un trafic de fausses cartes d’identité pour étrangers qui, depuis dix mois, fait l’objet d’une instruction très discrète menée par la juge bruxelloise Geneviève Tassin. (La suite dans Paris Match)

 

Compléments d'infos à l'enquête publiée dans Paris Match

 

Marc Coller : « La commune m’a donné trois C4 différents ! »

 

« Quelques jours après mon arrestation, j’ai demandé à ma fille de prendre contact avec mon chef de service afin de savoir quelles dispositions avaient été prises à mon égard », témoigne encore Marc Coller. Et de poursuivre : « Richard V. lui a donné rendez-vous à 7 h 30 du matin : il fallait qu’elle croise le moins de monde possible dans la maison communale. Il l’a envoyée chez le directeur du personnel qui lui a dit que j’étais viré. Elle a alors reçu une copie de mon C4. Celui-ci était daté du 28 novembre 2007 et il indiquait « faute grave » comme motif du licenciement qui avait pris cours le 14 novembre 2007. Ma fille a introduit ce document auprès du CPAS et des allocations familiales. En sortant de prison, je me suis rendu à la commune pour obtenir l’original de mon C4 afin de m’inscrire au chômage. C’est alors que j’ai constaté que l’original qui m’avait été transmis était différent de la  « copie » qui avait été donnée à ma fille. Cette fois le document était daté du 14 novembre 2007 (au lieu du 28 novembre 2007). A côté de la mention « faute grave », avait été ajoutée « faux commis dans les cartes d’identité et passeports ». Je n’ai jamais travaillé aux passeports ! En plus c’était une manière de me juger avant que la justice l’ait fait. Enfin, l’un des deux C4 était donc juridiquement un faux ! »

 

L’ex employé communal continue : « En avril 2008, j’ai écris à Philippe Moureaux pour lui dire que cela n’était pas acceptable. Qu’il aurait été plus équitable de me mettre en indisponibilité, le temps que l’enquête se fasse… Aucune réponse. Mes tentatives d’entrevues lors des permanences du bourgmestre sont restées vaines. Pas de dialogue possible. Finalement, mon syndicat s’en est mêlé et, à la fin mai 2008, j’ai reçu un troisième C4 ! Cette fois, il n’y avait plus de faute grave ! Le motif officiel de mon départ devenait « réorganisation du service » et je recevais une indemnité. Deux semaines plus tôt, le service juridique de la Commune de Molenbeek écrivait pourtant à mon syndicat : « Il a été mis fin au contrat de travail de l’intéressé pour faute grave, étant donné que les faits rendent toute poursuite de la collaboration immédiatement et définitivement impossible, ayant un impact sur la bonne réputation de l’Administration communale ». C’est plutôt le non respect par cette administration de la présomption d’innocence qui est de nature à jeter une ombre sur son image. Et je crois aussi que ce qui reste à découvrir dans cette affaire pourrait certainement beaucoup plus ternir la réputation de cette administration.»

 

Alphonse R. « Je n’en reviens pas de la décision judiciaire »

 

Vous dites être innocent de ce pourquoi vous avez été condamné en première instance ?   

Tout a fait. Cette affaire a commencé à cause de Madame D., la psychologue de l’école où allait mon fils. Déjà, il y a plusieurs années, elle m’avait mis en cause et le tribunal de la jeunesse n’avait pas donné de suite à ses accusations. Elle m’en a toujours voulu cette femme, je ne sais pas pourquoi. (…) On a beaucoup exagéré les choses parce que mon fils peut d’ores et déjà revenir chez moi le week-end. C’est le juge de la jeunesse qui l’a autorisé.

 

Donc là, vous avez été condamné à cinq ans avec sursis ?

Non, non, c’est cinq ans avec trois ans de prison ferme.

 

Mais sans arrestation immédiate ?

Ils ont demandé l’arrestation immédiate mais cela n’a pas eu lieu alors j’ai pu partir.

 

Quels chefs d’accusations ont été retenus contre vous ? Viol avec la circonstance aggravante d’avoir autorité sur la victime ?

Oui, c’est cela. Comme on dit, je suis le co-auteur.

 

On vous reproche d’avoir laisser votre enfant être abusé par un voisin et qu’en échange, vous en tiriez un bénéfice ?

Oui, c’est cela. En échange, j’aurais eu la possibilité de me brancher sur son compteur électrique, mais c’est une fausse accusation.

 

Vous niez formellement tout ?

Ah oui, je n’ai rien à me reprocher par rapport à mon fils.  Je l’aime bien. Je suis prêt à l’aider pour trouver du travail et tout cela… Il vient tous les jours chez moi.

 

Est-ce que cela a eu des conséquences professionnelles pour vous ?

Non, non. A mon travail, ils savent bien que ce n’est pas vraie cette histoire. J’ai un très bon soutien de mes collègues, de mes supérieurs. Même du bourgmestre qui sait très bien que je n’ai pas fait cela. J’ai toujours ma place. J’ai tout de même 32  ans de carrière ; si je devais perdre cela, c’est fini pour moi.

 

Vous avez eu le soutien de Mr Delatouwer, notamment.

Oui… En fait, j’ai un très mauvais moral en ce moment. Je songe souvent à cette affaire. Surtout que je n’ai rien à me reprocher. Je n’en reviens pas de la décision judiciaire.

 

Elle est bien basée sur quelque chose, non ?

Mon fils a témoigné chez le juge. Il était pour moi : il a dit que je ne lui ai jamais rien fait de mal sur le plan sexuel et que cela se passait avec le fameux Thomas Daniel. Je ne comprends plus rien dans ce dossier.

 

Mais donc, au niveau de la commune, on vous laisse tranquille ?

Oui, oui. Je n’ai jamais perdu mon emploi.

 

Mais vous avez fait deux mois de préventive, non ?

Oui mais ensuite je suis passé devant le collège et Mr Moureaux, je veux dire le Collège, a accepté ma reprise de travail. Et ce que j’avais perdu pendant que j’étais en prison, ils m’ont tout remboursé ! Tous mes arriérés.

 

En fait, ils considèrent que vous êtes présumés innocent dans l’affaire qui vous vaut actuellement des poursuites judiciaires ?

Oui. D’ailleurs, je suis vraiment innocent dans cette affaire.

 

Julien Delathouwer, président de la section locale du PS de Molenbeek et responsable du personnel ouvrier de la commune : « Il y a vice de forme »

 

Dans le dossier Alphons R., la ligne de défense aura donc été de respecter la présomption d’innocence ?

Oui… Sincèrement, je suis allé au procès… C’est vrai qu’il a été condamné à 5 ans mais il est en appel. Donc, on attend. On ne sait rien faire. L’appel pourrait l’innocenter.

 

Et c’est pour cela qu’en attendant il peut continuer à travailler ?

Exactement. C’est un fait que s’il était condamné définitivement, le collège prendrait certainement une décision. Mais pour l’instant, on n’est même pas en droit de la prendre.

 

Mais pourquoi n’applique-t-on ces mêmes principes de présomption d’innocence dans l’affaire de M. Coller ?

Monsieur Coller c’est une autre affaire. En ce qui le concerne, il s’agit plutôt d’une faute professionnelle. Les faits éventuellement commis par Alphons R. se passent dans sa sphère privée alors que Marc Coller a été mis en cause pour des fautes commises dans l’exercice de sa fonction. Secundo, le balayeur R. est nommé définitivement, tandis que monsieur Coller était contractuel.

 

La décision de le renvoyer sur le champ n’était-elle pas un peu radicale ? 

Cela, il faut le demander au collège. A première vue, je me suis dit aussi que c’était un peu dur comme décision mais d’après les renseignements que j’ai pu avoir, après avoir écouté Monsieur Coller, il y a tout de même eu des fautes de sa part, vous savez.

 

Il y a eu trois C4 dans cette affaire et le dernier n’évoque pas du tout une faute grave…

Oui, je sais. Ce que moi j’ai conseillé à Monsieur Coller, c’est de prendre un avocat spécialisé parce qu’il y a un vice de forme là. Et ils doivent le reprendre. Ca c’est sur. (…) Il lui ont donné un premier C4 où il n’avait pas droit au chômage. Il a rouspété et ils lui ont fait un deuxième et puis un troisième pour qu’il récupère ses droits. C’était pour lui faire plaisir. Vous allez passer avec cela chez Vrebos ?

 

Oui.

Faites attention. Quand j’ai reçu M. Coller, je me suis dit aussi qu’il y avait une chance qu’il n’avait rien fait. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Je me suis orienté vers d’autres sources et ce n’est pas tout à fait cela. Il a certainement des responsabilités. Et je vais vous dire une chose, on ne vous tient pas quatre mois en préventive si il n’y a rien. C’est mon idée. Il y a des sources selon lesquelles il y a tout de même des preuves de chipotages. Son plus grand défaut, c’est de dire « je sais qui c’est » et de ne pas donner de nom.

 

A notre connaissance, il a tout dit à la justice.

Et bien même s’il a donné les noms à la justice, personne ne semble être inquiété.

 

C’est cela qui est étonnant. Vous croyez que c’est le seul coupable ?

Je ne sais pas. Quand il est venu me voir, sincèrement je l’ai cru, mais après j’ai gratté plus loin et il y a tout de même des choses qui ne collent pas. Je ne dis pas qu’il est 100% en tort, mais il a tout de même des torts.

 

On va laisser la justice trancher, non ?

Tout a fait. A mon avis, si un jour il est innocenté, ils vont le reprendre.

 

Mais en attendant, si tel devait être le cas, il n’aurait plus eu de boulot.

C’est vrai mais ce ne serait pas le premier que la commune devrait indemniser dans un tel cas. Dans le temps, on a eu les cas de deux policiers. Ils avaient été remerciés. Il y avait eu vice de forme. Ils ont du être repris et des années d’arriéré de salaire ont du être payées. C’est le collège qui décidera.

 

Richard V., chef du département «démographie » de la commune de Molenbeek : « Il n’est pas étonnant qu’il y ait de temps en temps une erreur »

 

On dit que vous avez fait un rapport déterminant dans ce dossier, un rapport accablant pour Marc Coller.

Je n’ai pas fait ce rapport tout seul. En âme et conscience, je n’ai pas appuyé dans un sens ou dans un autre. C’est la justice qui tranchera et je ne suis pas tenu au courant des investigations actuelles. La seule chose que j’ai faite, en temps que responsable de service, c’est d’établir les erreurs éventuelles qui avaient pu être commises. Ce n’était pas à moi de déterminer si ces erreurs étaient volontaires ou s’il s’agissait de simples fautes, d’oublis ou de maladresses. D’autant que dans la masse des 2500 ou 3000 dossiers que l’on traite chaque année, il n’est pas étonnant qu’il y ait de temps en temps une erreur. Surtout que les lois qui sont très complexes changent tout le temps et qu’elles ne sont pas toujours très claires. Ce n’est pas à moi de dire qui est coupable ou pas. Tout ce que j’espère, c’est qu’un jour, la justice établira la vérité.

 

Dans cette affaire, il est question de la disparition de « dossier papier »

On a 2500 dossiers, cela peut arriver tous les jours qu’un dossier ne se trouve pas à sa place. Un collège en a besoin, puis un autre… Les dossiers ne sont pas toujours à leur place.

 

Ce n’est pas parce qu’un « dossier papier » manque que Coller doit être suspecté alors…

Non, non. Mais l’Office des Etrangers est tombé sur cette affaire parce qu’il n’avait pas délivré sa lettre autorisant le séjour à une personne qui s’était tout de même vu délivrer une carte d’identité.

 

Théoriquement, les fraudes qui ont été mises à charge de Monsieur Coller auraient pu être commises par d’autres personnes à la Commune ?

En termes de capacité, oui. A ce compte-là, elles auraient pu l’être même par moi… On peut tout imaginer.

 

M. Coller a tout perdu du jour au lendemain, ce n’est pas un peu violent ?

Cela ne relève pas de mes compétences. C’est le Collège qui a pris cette décision, peut-être à juste titre, peut-être un peu hâtivement. Ce n’est pas à moi d’en juger.

 

Combien de dossier litigieux a-t-on finalement retrouvé ?

Je ne saurais vous le dire. On est toujours occupé avec cela en ce moment.

 

Vous recherchez encore des dossiers litigieux ?

Oui. Il se peut que cela continue… Enfin je veux dire qu’on vérifie tout encore plus attentivement qu’auparavant. Mais c’est une matière très complexe.

 

Est-il dans l’ordre du possible que dans la pile de dossiers qu’il avait sur son bureau, Monsieur Coller ait eu une lettre de l’office des étrangers qui aurait ensuite disparue, voire un faux document qui aurait été glissé dans le « dossier papier » ?

Oui. C’est possible. Surtout si c’était de nouvelles personnes qui travaillaient… Tout dépend de comment la personne qui a voulu faire passer cela pour un dossier correct a travaillé. Mais Monsieur Coller aurait pu le voir, il travaille là depuis huit ans. 

 

Des gens ont-ils été déplacés de votre service après toutes ces histoires ?

Non. Il y a régulièrement des changements de service mais ce n’est pas lié à cette affaire.

 

 

 

16:22 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : molenbeek, faux papiers, coller |  Facebook |

Commentaires

monsieur Delathouwer (deffensseur de la présenption d'innocence)va assister au procès d'un pédophile présumé, condamné, qui fait appel ,donc présumé innocent et dit texto: si Coller Marc a fait quatre mois de préventive ce n'est pas pour rien.
TE LAISSE PAS FAIRE MON FRERE
merci à toi michel beau travail

Écrit par : coller bernard | 03/10/2008

Je suis la copine de Marc Coller, c’est l’homme que j’aime, les gens croient que nous les femmes sommes toujours d’accord avec la personne que l’on aime, mais s’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est de gagner de l’argent facilement en plus cela ne porte pas chance, et je n’ai rien vu de cela. Je ne souhaite à personne de devoir subir ce que j’ai vécu, Nous avions des projets ensemble tout est tombé à l’eau, tout se brise autour de vous, la tristesse est indescriptible, les visites au parloir de la prison de Forest pendant quatre mois sont insoutenables. Mon intuition me dit qu’il n’a rien à avoir avec ce qu’on lui reproche je l’ai d’ailleurs dit à la Juge d’Instruction. En Belgique il y a la préemption d’innocence ou est-elle dans ce cas si « il doit prouver lui-même son innocence » parce que la matière est trop complexe, deux poids et deux mesure.
Heureusement notre amour a été plus fort que la tempête que nous venons d’affronter.
Je croix toujours fermement en lui et j’espère que la justice trouvera le(s) vrai coupable(s)
Merci au journaliste Monsieur Michel Bouffioux pour son bon article.

Écrit par : Intilla Gilda, Martine | 05/10/2008

Suite à l’article paru dans Paris Match concernant l’employé communal en colère est intéressant et édifiant. Si une maladresse, un oubli ou une erreur sont possible au dire du chef de service et peut être commise par n’importe quel employé y compris lui-même doit se solder par quatre mois de prison. Monsieur Marc Coller à jouer de malchance, d’employé modèle, il devient incompétent et faussaire en signant son travail, c’est payé plus cher qu’un cas de pédophile jugé et condamné.
Bravo Monsieur Bouffioux pour vos sujets variés. Une fidèle lectrice.

Écrit par : Henriette Fontaine pensionnée Molenbeek-St-Jean | 07/10/2008

si je peux donner un conseil à tout le personnel de la commune de molenbeek, allez rouspeter au service du personnel et vous aurrez une augmentation pour vous faire plaisir et n'oublié pas de dire merci à monsieur Delathouwer (c'est n'importe quoi)
l'incompétence de certains coute cher à d'autres

Écrit par : benzo diaz | 08/10/2008

"je n'ai pas appuyé dans un sens ou dans un autre"dixit Richard V. (chef)
"j'ai reçu un rapport accablent du chef de service"dixit Philippe M (grand chef)
cherchez l'erreur

Écrit par : benzo diaz | 20/10/2008

COURAGE Tu te rappelles chez rtl le 28 septembre comme on dit dans ma solidarnosch NO COMMENT et ca veut tout dire

Mich

Écrit par : mich | 03/11/2008

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