10.07.2008
Affaire Hissel (28/02/08)
Entretien et commentaire publiés dans l'hebdomadaire Paris Match, le 28 février 2008
Jean-Denis Lejeune : « C’est un cauchemar. Je vais me réveiller ? »
Alors qu’il séjourné actuellement au Bénin dans le cadre d’un projet humanitaire, Paris Match a pu joindre Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, l’une des petites victimes de Marc Dutroux et consorts. Juste avant le départ en Afrique de Jean-Denis, la nouvelle de l’inculpation de Victor Hissel était tombée. Encore trop fraîche, c’est-à-dire aussi bouleversante qu’incroyable. Et sa première réaction avait été très prudente. Du genre « je ne peux y croire », « attendons la suite de l’enquête », « ce n’est pas possible », etc… Maintenant que les choses sont plus claires, malheureusement très claires, Jean-Denis se dit « blessé » : « J’ai les jambes coupées ». Il se montre aussi très ferme, radical : « Je n’ai plus rien à lui dire. S’il croise mon chemin à Liège, qu’il change de trottoir ».
Inculpé de « détention de matériel pédo-pornographique », Victor Hissel aurait avoué s’être rendu sur des sites diffusant ces images de la honte. Par contre, contrairement à ce que certains journaux ont pu écrire, il n’utilisait pas sa carte de crédit pour payer les images illégales… Hissel lui-même, de même que son avocat, sont peu diserts sur la nature des aveux formulés devant la juge d’instruction Rusinovski. Il est question d’ « aveux partiels »…
Jean-Denis Lejeune. Qu’on arrête de tourner autour du pot. Victor a été inculpé et je n’ose imaginer que, dans un dossier d’une telle importance, cela se fasse à la légère. Or, dans sa bouche, je n’ai entendu que des non-réponses, des arguments juridiques, des comparaisons contestables comme le parallèle qu’il trace entre un « match de tennis qui ne ferait que commencer » et son affaire ! Mais moi, ce que je voudrais entendre, ce sont des paroles claires, franches et sincères. Je voudrais savoir ce que Victor reconnaît exactement. Cela veut dire quoi des « aveux partiels » ? J’en retiens qu’il admet donc une part de culpabilité devant la justice tout en jouant à l’innocent devant les médias. C’est peut-être une stratégie de défense, mais elle me déplaît fortement. Quand cette terrible nouvelle était tombée, je me répétais sans cesse « ce n’est pas possible ; non, ce n’est pas possible »… Aujourd’hui, je dois bien me rendre à l’évidence : il est allé sur ces sites pédo-pornographiques pour répondre à des envies personnelles. Il le reconnaît et c’est bien sûr une information qui me choque énormément… Je suis interloqué. En fait, j’ai les jambes coupées. C’était tout de même la personne qui défendait le dossier des petites, l’avocat qui les représentait ! Depuis combien d’années est-il attiré par les images pédophiles ? Peut-on le qualifier de pédophile ? Je me pose enfin une question qui, vraiment, m’obsède de plus en plus : sa déviance était-elle déjà présente quand il intervenait dans « l’enquête Julie et Melissa » ? Cela l’a-t-il influencé ? Cela l’a-t-il conduit à parfois nous influencer ? Le loup était-il dans la bergerie ? A priori, je ne veux pas être trop dur ou injuste. Ni cracher sur ce qu’il a fait à nos côtés ou sur les combats qu’il a menés. En regardant dans le rétroviseur, je ne vois pas ce qu’on pourrait lui reprocher. Sommes-nous passés à côté de quelque chose à cause de lui ? Je ne le crois pas. Au contraire, il a pris des risques professionnels dans la défense de nos intérêts. Et pourtant, ce qu’on vient d’apprendre a introduit un doute. C’est un sentiment très compliqué à décrire. Mais je ne peux cacher qu’il comporte notamment de la colère et du dégoût.
Avez-vous eu un contact avec lui depuis que la nouvelle de son inculpation a été révélée par la presse ?
L’avocat des parents de Julie et Melissa inculpé dans une affaire de pédo-pornographie… On a presqu’envie de dire : « Il ne manquait plus que cela ! ».
Dans quelles circonstances Victor Hissel était-il devenu votre avocat ?
Il est resté à vos côtés pendant des années.
Quel souvenir l’homme vous a-t-il laissé ?
Pourquoi vos chemins s’étaient-ils séparés ?
Allez-vous encore appeler Victor Hissel pour lui demander des explications ?
Vous habitez en région liégeoise. Lui aussi. Par hasard, vous pourriez vous rencontrer…
Au point de changer de trottoir ?
Après la perplexité, voire l’incrédulité. Après la recherche d’éléments d’informations qui, tout de même, in fine, expliqueraient l’inexplicable, l’injustifiable, l’horreur. Après s’être dit que, vraiment, cela n’était pas possible, le temps est maintenant celui des évidences, celui des aveux même s’ils sont « partiels » : Victor Hissel, cet avocat qui défendit les parents Lejeune et Russo, les Marchal aussi ; cet homme qui s’était tellement investi dans diverses associations nées de « l’affaire Dutroux et consorts » ; ce symbole vivant, aux côtés des parents, du combat pour une plus grande implication des services de police et de la justice dans les affaires de pédo-pornographie ; ce juriste autant brillant qu’atypique qui jouait facilement au donneur de leçon et, avec un certain succès, à la victime d’un « système » de « puissants » cherchant à avoir sa peau ; ce bonhomme caché derrière sa barbe serait donc lui-même un consommateur de ce « matériel » de la honte, de ces images immondes fabriquées en faisant souffrir des enfants… En les tuant un petit peu, en leur retirant l’innocence et l’espoir.
Les aveux de Victor Hissel sont « partiels ». Dont acte. Mais il n’y a pas de viol « partiel », il y a toujours des victimes au début du processus.
Parfois difficile à suivre dans ses raisonnements et des stratégies judiciaires qui lui sont propres, Victor Hissel nous incite aujourd’hui à réfléchir, une fois encore, à ce passé douloureux de « l’affaire Dutroux ». Comment a-t-il vraiment vécu cet épisode de sa vie ? Cette affaire hors du commun, avec les tensions énormes qu’elle a impliquée, l’a-t-elle conduit vers une dérive devenue ensuite incontrôlable ? Une telle vérité ne pourrait servir d’excuse car, plus encore pour un homme qui a surfé sur la vague blanche que pour quiconque, l’excuse en l’espèce n’existe pas. Mais cette vérité serait la moins pire. Moins pire que d’imaginer que naguère, le loup était dans la bergerie…
14:15
Écrit par michelbouffioux
dans Actualité |
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Commentaires
Quelle suite ? Que devient cette affaire?
Quelles sont les suites?
Ilme semble que la presse a bien vite oublié cet évènement.
Pas de suivis dans les principeaux médias ... plus un trace..
Oublié Hissel ... ou blanchi et donc pas de sensationalisme ?
Curieux de votre réponse ...
Salut.
Écrit par : Gus Audiber | 17.08.2008
Réponse à " GUS ;;; " ...
Etes-vous complètement naïf par rapoort à notre Justice ?
Vous pensez, sérieusement, qu'il est depuis février à Lantin ?
Vous pensez, sérieusement, qu'il sera condamné au surplus de la préventive, sauf catastrophe pour lui ? Allons, allons, nous sommes en Belgique, à Liège surtout !
Hissel est libre comme l'air, bien entendu. Il habite à moins d'un kilomètre de chez moi !
Écrit par : Democratis | 24.08.2008
Cher Democratis,
Vous aurez certainement compris que le sens de ma question était ironique :)
A Liège ou autre part .. nous sommes en effet en Belique ...
Salut.
Écrit par : Gus | 31.08.2008
Ou l'on parle à nouveau de maître Hissel .... Victor Hissel nous incite aujourd’hui à réfléchir, une fois encore, à SON passé douloureux
Salut.
Écrit par : Gus Audiber | 24.04.2009
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