27/05/2008

Assistants en médecine (24 et 28/02/08)

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI, le 24 mars 2008 et publiée dans Paris Match (Belgique), le 28 mars 2008.

Jeunes médecins exploités dans les hôpitaux

Une maman qui a perdu sa fille accuse

 

Nathalie n’avait que 25 ans. En première année de spécialisation en chirurgie, elle effectuait un stage dans un hôpital de Charleroi. Brillante, consciencieuse, motivée, elle était promise à un bel avenir. Un matin de juillet 2004, Nathalie a pris sa voiture pour se rendre à son travail. Un dérapage incontrôlé, un poteau, ce fut son dernier déplacement… Un simple accident de la route ? « Certainement pas ! », conteste Maria Gutierrez, la maman du médecin en formation. « Ma fille était épuisée. Elle sortait d’une semaine de près de 100 heures de travail. Illégalement exploitée, elle ne dormait pratiquement plus. Ce qui s’est passé n’est pas la faute à “pas de chance” ; c’est la résultante d’une fatigue profonde, accumulée pendant des mois ». Mme Gutierrez lance un appel aux directions des hôpitaux – lesquelles, soulignons-le, ne sont pas toutes concernées par cette problématique : « Ne poussez pas l’exploitation des assistants trop loin. C’est dangereux pour ces jeunes pleins d’idéaux qui sont prêts à tout pour avoir le diplôme. Et ça l’est aussi pour les patients ! ».

 

Il n’existe sans doute pas de plus beau métier que celui qui consiste à pratiquer l’art de guérir. Et, pour répondre à l’appel de leur vocation, pour se spécialiser et atteindre la perfection de l’acte, beaucoup de jeunes médecins en formation sont prêts à tout donner. Au point, dans certains services d’hôpitaux belges réputés, de ne pas broncher quand ils sont littéralement pressés comme des citrons ? Au point d’accepter des conditions de travail illégales, insensées, dangereuses pour eux, pour leurs patients, pour la société ? Depuis quelques temps, des langues se délient.  Des témoignages se font entendre qui tendent à démontrer la pertinence de ces questions. Ils sont recensés par une « Association pour la défense des droits des médecins en formation » (A.d.d.m.f.) récemment formée pour oser le débat, briser les tabous… Parfois d’ailleurs en se heurtant aux herses juridiques plantées sur son chemin par certaines directions d’hôpitaux.

 

Sur la page d’accueil de son site (1), le fondateur de l’A.d.d.m.f., Laurent Hermoye, annonce clairement la couleur : « Horaires sans limites, pratiques inhumaines, dangereuses et illégales (…) L’A.d.d.m.f. a pour but de défendre les droits des médecins en formation. Elle a été créée pour réagir aux conditions de travail inacceptables auxquelles ils doivent se plier dans un nombre non négligeable de services hospitaliers ».

 

L’A.d.d.m.f. diffuse des affichettes qui sont placardées ça et là dans certains hôpitaux du pays. On y lit des messages explicites : « Patients : faites attention que votre chirurgien ne s’endorme pas avec vous. Dans certains services hospitaliers belges, des médecins en formation doivent opérer plus de 24 heures de suite… Travailler plus de 60 heures par semaine… ».

 

« Et on n’exagère rien, bien au contraire ! », commente M. Hermoye en sortant l’un des documents parmi tant d’autres que l’association a collationnés depuis plusieurs mois. Une « liste de garde » d’un service de gynécologie d’un grand hôpital de la capitale sur laquelle apparaissent les noms de quatre médecins en formation. « Regardez », dit-il, « leur journée de travail normale est d’environ 12 heures. Elle commence vers 7-8 heures pour se terminer vers 19-20 heures, parfois plus tard. On arrive facilement aux 60 heures par semaine. Mais il faut ajouter les gardes. Et dans certains services, comme le prouve cette liste, la semaine la plus calme pour un assistant compte 72 heures de disponibilité ! Cela monte même jusqu’à 132 heures pour une semaine incluant quatre gardes de nuit non récupérables ! ».

 

Les documents accablants qui nous sont montrés par M. Hermoye établissent aussi qu’un assistant en chirurgie dans ce service de gynécologie peut commencer une journée de travail à 8 heures du matin, enchaîner le soir une garde de nuit et, dès le lendemain, une nouvelle journée de travail de 12 heures. Ce qui fait 36 heures de travail ininterrompu. C’est pire encore quand l’étudiant est mobilisé pour les gardes de week-end : arrivée un vendredi matin et 12 heures de travail, s’en suivent 12 heures de garde entamée le vendredi soir et encore 48 heures de garde pour les samedi et dimanche, jour et nuit… Avant, bien entendu de commencer la semaine du lundi en prestant encore 12 heures puisque les gardes ne sont pas récupérables. Dans un tel cas, le médecin en formation peut rentrer à la maison après 84 heures de disponibilité sur son lieu de travail !

 

Ces horaires de dément posent de multiples questions déclinées par le président de l’A.d.d.m.f. : « Primo, ces pratiques sont illégales. Un arrêté ministériel du 30 avril 1999, dit “arrêté Colla”, réglemente tout cela : un médecin en formation ne peut être en disponibilité ininterrompue plus de 24 heures, ses semaines de travail ne peuvent excéder 48 heures hors gardes, au rythme de 9 heures par jour maximum. Secundo, c’est dangereux pour les patients : la fatigue accroît le risque d’erreur de diagnostic et les risques opératoires puisque des assistants peuvent se retrouver en salle d’opération avec un déficit de sommeil inacceptable. Tertio, c’est dangereux pour les assistants eux-mêmes. S’ils commettent une erreur dans des conditions où ils pratiquent illégalement, ils risquent gros en termes d’assurance. Quarto, c’est dangereux pour la société : on connaît des cas de médecins en formation qui se sont endormis sur la route, épuisés. Une étudiante s’est tuée récemment en emboutissant un poteau mais elle aurait pu aussi croiser le chemin d’un véhicule rempli de passager ! ».

 

Ce médecin en formation qui s’est tué sur la route s’appelait Nathalie Navaro. Nous avons cherché à en savoir plus sur son histoire. Un texte qui voyage sur la toile et qui s’échange entre étudiant en médecine évoque son destin tragique. Il raconte l’histoire d’une jeune femme très jeune, trop jeune pour s’en aller vers l’au-delà :

 

« Cela faisait un an que Nathalie avait son diplôme en main. Médecin, un rêve qu’elle nourrissait depuis toute petite. Elle entrevoyait son avenir comme chirurgienne pédiatrique. Soigner, guérir les tout petits. Mettre un peu d’humanité dans toute cette technicité. Et elle avait tout pour le faire de la façon la plus admirable. Des doigts en or, un immense respect, un professionnalisme sans faille et une abondante générosité. Cela faisait près d’un an qu’elle avançait sur ce chemin-là. Assistante en chirurgie. Mais, voilà que tout s’écroule. Un lundi matin, ce 12 juillet, Nathalie est sur la route pour l’hôpital. La voiture glisse, dérape et percute le bas-côté. Nathalie est morte. Elle avait 25 ans.

 

Seul un immense épuisement peut expliquer ce manque de vigilance qui lui ressemble si peu. Elle avait travaillé pas loin de 100 heures la semaine précédente. Et c’était loin d’être inhabituel. La veille, dimanche, elle travaillait encore à l’hôpital. Elle est rentrée chez elle à minuit passé et devait se lever ce matin-là avant 6 heures. Est-il nécessaire d’ajouter qu’elle effectuait, en plus des multiples gardes de semaine, un week-end entier de garde toutes les trois semaines ? Du vendredi matin au lundi après-midi, soit près de 80 heures d’affilée. Pour compléter le tableau, Nathalie, qui habitait à Chaudfontaine, s’est vu attribuer un stage à Charleroi pour deux ans. Près de 250 km par jour. Quel peut bien en être le sens quand on connaît la multiplicité des hôpitaux en région liégeoise ? (…)

 

Ces jeunes médecins tenus par la pression du diplôme convoité n’osent rien dire. Ils accumulent la fatigue et le surmenage, et ceci sans compter la démotivation qui en découle. Quand on parle d’avancer vers une meilleure qualité des soins, une médecine plus humaine, n’est-il pas indispensable de porter un regard sur la santé des médecins eux-mêmes ? Si la seule voix que l’on peut espérer faire entendre, est celle de ceux qui, comme Nathalie, l’ont payé de leur vie, je souhaite que l’énorme fracas qu’a provoqué son départ parvienne jusqu’à vos oreilles. N’attendons plus, ne permettons plus cela. Il est temps de bouger, de bouger vraiment. »

 

Des yeux très volontaires cerclés de lunettes compensent une apparence de fragilité. Elle est petite, presque chétive mais d’évidence très déterminée à défendre une cause qui lui semble juste. Virginie Dalcq est à côté de nous, attablée dans la salle à manger d’une maison de Louvégnée, près de Sprimont. Cette ex-assistante en pédiatrie est l’auteur du texte que nous venons de citer. « Bien sûr », dit-elle, « ce n’est pas partout comme cela. Cela se passe dans certains services spécialisés et dans certains hôpitaux. Moi, la première année, je n’ai pas eu de problème, ils étaient respectueux des horaires. Ensuite, j’ai vécu des dérives comparables à celles décrites dans ma lettre ouverte. Je l’ai lancée sur le Net peu de temps après la mort tragique de Nathalie, un peu comme on lancerait une bouteille à la mer. Beaucoup d’assistants se plaignent mais quand il s’agit de parler publiquement, il n’y a plus personne. Etant donné que je connaissais Nathalie et que j’avais décidé d’arrêter mon stage, je me sentais plus libre. Fini le risque de suicide professionnel : je venais de quitter le système et je me suis dit que si je ne témoignais pas, personne ne le ferait jamais ! »

 

En face de Virginie, il y a Maria Gutierrez, du feu dans les yeux, celui d’une douleur qui ne disparaît pas. C’est la maman de Nathalie. Il y enfin Céline, la sœur de l’assistante en médecine qui n’eut pas le temps de devenir chirurgienne. Ces femmes évoquent « l’accident », lequel leur a laissé un sentiment profond d’injustice.

 

Maria : « Nathalie était en stage dans le service de chirurgie abdominale d’un hôpital carolo. Elle avait aussi séjourné en France, à Necker, pour voir comment cela se passait là-bas. Il lui fallait d’abord faire ses cinq ans de chirurgie générale avant de se diriger vers la chirurgie pédiatrique. Elle était passionnée. Ma fille avait vraiment la vocation ».

 

Céline : « Et c’est sans doute ce qui l’a tuée. Elle était prête à tout accepter pour y arriver. Pas question d’être malade, d’être épuisée. Je lui disais parfois : « Prends un jour de repos, un jour seulement ». Elle me répondait : « Tu ne t’imagines pas, c’est impossible. Je serais mal vue ». Une pression énorme reposait sur ses épaules. Elle se rendait parfois en salle d’opération en étant malade. Pas en état. Mais il le fallait. »

 

Maria : « Elle accumulait la fatigue. Je ne sais pas pourquoi on l’avait désignée pour Charleroi, un hôpital si loin de son domicile de Beaufays (N.d.l.r. : en région liégeoise) Je lui avais conseillé de prendre un kot à Charleroi mais, venant d’aménager avec son copain, elle s’y refusait. Elle avait envie de s’investir dans sa relation avec lui. Je la comprenais. A 25 ans, elle avait déjà ramé pendant sept ans d’études de médecine. Des années très difficiles qui lui avaient demandé d’énormes efforts. Mais elle avait réussi et elle en était très contente. Au concours pour devenir assistante, elle avait terminé deuxième…

 

Céline : « Ma sœur était très méticuleuse. Elle s’investissait beaucoup dans le lien avec ses patients. Cela ne faisait que rallonger ses journées. Elle décrivait des conditions de travail déplorables, des horaires interminables. Le sentiment d’être piégée : se sentir trop fatiguée, redoubler de prudence pour ne pas commettre d’erreur et donc encore allonger son temps de travail. Elle racontait des choses incroyables ; des professeurs de l’hôpital lui demandant de faire seule le tour des patients, des opérations qu’elle faisait déjà seule alors qu’elle ne pouvait pas les faire… ».

 

Maria : « Elle rentrait chez elle à 2 heures du mat et elle repartait le lendemain à 7 heures. Si on multiplie cela par autant de semaines, autant de week-ends… Et qu’on y ajoute les gardes, l’arrêté Colla, c’est vraiment du pipeau ! J’ai gardé les feuilles d’horaires que lui donnait l’hôpital : cela va de 80 à 100 heures semaines, sans compter des heures d’extra… Vendredi, samedi, dimanche et puis on reprend le travail le lundi. Le dimanche, elle était seule. Elle pouvait se retrouver en salle d’opération pendant sept ou huit heures. Je ne sais pas si les patients potentiels que nous sommes tous se rendent compte dans quelles conditions le personnel hospitalier est parfois amené à travailler. »

 

Céline : « Je suppose que ce sont les raisons économiques qui sont au-dessus de toutes les autres. C’est aussi certainement une conséquence du numerus clausus : il n’y a pas assez d’étudiants disponibles. Peut-être est-ce un détail, mais Nathalie m’expliquait que pendant ses longues prestations, elle ne mangeait pas et qu’elle s’était parfois trouvée en situation d’hypoglycémie. Quand on travaille aussi longtemps, il y a fatalement un manque de vigilance. Nathalie avait un regard critique sur ses conditions de travail. Elle me disait ne pas savoir combien de temps elle allait résister. Elle a craqué plusieurs fois. Elle pleurait. Elle était déçue mais, dès le début des études en médecine, on les drille à se taire. Dans ce milieu, on se tient, on se couvre, mais surtout on ne se plaint pas. Ce n’est pas bien vu de dire que l’on est sur les rotules. On se plaint encore moins vers l’extérieur… ».

 

Maria : « Le dimanche avant son accident, elle avait commencé tôt le matin et elle était rentrée chez elle à minuit. Dans l’après-midi, elle m’avait téléphoné pour me dire qu’elle était crevée. Le lundi 12 juillet 2004, elle a démarré de Beaufays à 7 heures 15. Quelques minutes plus tard, elle prenait un poteau à Ans. Voilà, ma fille était morte. Quelqu’un de l’hôpital m’a fait une remarque : travaillant à Charleroi, elle n’aurait jamais dû continuer à résider du côté de Liège… En bref, c’était de sa faute, elle avait fait le mauvais choix… On n’a pas été reçu par son chef de service quand on est allé chercher ses affaires. C’est un assistant qui nous a donné ses effets personnels. Pour moi, l’hôpital est coupable de ce qui est arrivé, c’est de la non-assistance à personne en danger. La direction de son hôpital n’avait cure que les horaires soient respectés ou pas. On manipule des gamines et des gamins de 25 ans en leur faisant miroiter une belle carrière. Et on leur impose la loi du silence. C’est du chantage. Aujourd’hui, j’ai une nièce qui rêve de devenir médecin et je tente de l’en dissuader ».

 

Après avoir écouté sans vouloir interrompre la famille de Nathalie, Virginie Dalcq confirme que « dans certains services, il faut être très motivé, solide et costaud. Plus généralement, il y a une culture de la performance et de la soumission. Au début de l’assistanat, on vous fait comprendre que, malgré les sept années qui ont précédé, vous n’êtes encore rien. Il y a aussi une hiérarchie entre les assistants. Les plus anciens jouent aux petits chefs. En fait, on entre dans un monde qui est à la pointe de la technique médicale mais qui cultive les rapports de force et les arguments d’autorité dans une structure sociale désespérément moyenâgeuse ».

 

Maria, quant à elle, se demande « ce que ce genre d’école de la soumission produit comme personne. Il m’apparaît comme fondamental que ceux qui soignent devraient être animés du respect des autres mais, pendant leurs études, ils ne sont pas eux-mêmes respectés. A 30 ans, quand ils en ont enfin terminé, après en avoir bavé et n’avoir jamais bronché, ils peuvent entrer dans la vie active. J’imagine qu’à ce moment-là, le réflexe est de vouloir rentabiliser les années de galère, d’avancer dans sa vie privée aussi, plutôt que de remettre en cause un système de formation ».

 

« Ce n’est pas facile de faire changer les choses », tempère Virginie. « Il n’y a pas vraiment de parade. Si vous faites un pas de côté, les maîtres de stage sont tout puissants. Cela changera le jour où tous les assistants en médecine sortiront dans la rue pour manifester leur désaccord. Qu’ils se souviennent qu’un hôpital sans assistant, cela ne fonctionne pas… ».

 

Maria conclut par un appel : « Je doute que le cas de Nathalie soit unique. Les langues devraient se délier… Les parents d’enfants qui font de telles études devraient être aussi très vigilants. Qu’ils ne soient pas aveuglés par l’ambition, qu’ils regardent attentivement leurs enfants pour éviter qu’ils aillent au-delà de leurs limites. Un enfant médecin, c’est formidable. Un enfant en vie, cela n’a pas de prix ! ».

 

Lorsqu’elle a publié son texte sur Internet, Virginie Dalcq a reçu des messages du genre de celui-ci envoyé par un chirurgien flamand : « Oui, Nathalie a été victime d’un système médiéval. Je reconnais très bien sa situation. J’ai travaillé un an à Jolimont (La Louvière) tandis que j’habitais à Louvain. J’ai failli m’endormir plusieurs fois derrière le volant, mais j’ai eu beaucoup de chance. Elle pas… ». Pour conclure, référons-nous à la sagesse des anciens. Le serment d’Hippocrate commence par la phrase suivante : « Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivant… ». « Suivant mes forces et ma capacité », dit bien ce texte.

(1)            www.addmf.be

 

 

Ivres de fatigue

Et si ce dossier était examiné sous le seul angle du simple bon sens ? « Personne n’a besoin de se faire expliquer les raisons pour lesquelles un camionneur a l’obligation légale de s’arrêter toutes les deux heures. La fatigue est humaine, elle n’épargne personne… Même pas les médecins ! », dit Laurent Hermoye avec une pointe d’ironie. Si besoin en était, cette évidence a été confirmée par plusieurs études scientifiques publiées dans des revues réputées telles que The New England Journal of Medicine et The Journal of the American Medical Association. Des approches scientifiques synthétisées par le Dr Nicole Ruyschaert dans La Semaine Médicale du 16 novembre 2006. Cet auteur utilisait notamment cette comparaison saisissante dans le cadre d’un article explicitement intitulé « Un verre dans le nez ou quelques nuits de gardes » : « Après 4 semaines de service lourd (80 à 90 heures par semaine avec appels de nuit) les assistants prestent aussi mal aux tests vérifiant l’attention soutenue, la vigilance et la conduite automobile simulée qu’après une intoxication alcoolique (alcoolémie entre 0,04 et 0,05 g/100 ml). » Comme quoi, les expressions populaires sont fondées. Ne dit-on pas « être ivre de fatigue » ?

 

Poursuites judiciaires contre l’Etat belge ?

 

Au nom de l’A.d.d.m.f., l’avocat Vincent Decroly a dénoncé aux services de contrôle des lois sociales les conditions de travail dans trois hôpitaux – dont celui dans lequel prestait Nathalie Navaro. Du courrier a aussi été envoyé à la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, lui demandant d’appliquer la législation qui permet de retirer l’agréation aux services de stage qui ne respectent par l’arrêté Colla : « Cet arrêté est systématiquement et dangereusement violé dans plusieurs de nos institutions hospitalières (…) Sont principalement violées, les dispositions qui limitent le volume de travail exigible des médecins stagiaires. Non seulement les normes générales sont-elles bafouées, mais même les maxima instaurés en dérogation de ces normes sont en pratique pulvérisés (…) ».

 

Dans la même lettre datée du 31 décembre 2007, l’A.d.d.m.f. dénonce aussi à la ministre « un climat de chantage, voire de harcèlement chaque fois que ces problèmes sont évoqués. Les stagiaires qui proposent des améliorations sont menacés de représailles (allongement de la durée de leur formation, affectation à des tâches ou dans des services plus difficiles, évaluation défavorable…) ». Admettant que la problématique dénoncée par l’A.d.d.m.f. lui est « connue » et qu’elle y est « attentive », la ministre estime que « cette question doit être analysée dans le contexte plus large de la politique de qualité dans le secteur des soins de santé ».

 

Elle renvoie à « un groupe de travail qui a été constitué auprès du Conseil supérieur des médecins spécialistes et des médecins généralistes », lequel devrait formuler des « recommandations sur l’application efficace et non conflictuelle de la réglementation », en juillet 2008. Une réponse qui ne plaît guère à l’A.d.d.m.f. : « Nous regrettons que la ministre de la Santé ne propose aucune mesure visant à mettre fin rapidement à une dangereuse situation de non-droit dans un grand nombre de services hospitaliers belges. En l’absence d’avancées significatives, l’A.d.d.m.f. lancera bientôt des poursuites judiciaires contre l’Etat belge afin de mettre fin à cette situation inacceptable, dangereuse et illégale ! »

07:59 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : social, medecine |  Facebook |

09/05/2008

Tragédie de Ghislenghien (070208-100208)

Enquête publiée dans Paris Match (Edition Belge), le 7 février 2008 et évoquée le 10 février 2008 sur le plateau de l'Info Confidentielle Paris Match sur RTL/TVI

Ghislenghien : l’appel au secours

 

408_7e591afa169b03e07f507a6f5f03b136Presque quatre ans après la catastrophe, les victimes attendent toujours d’être totalement indemnisées. Et elles risquent d'attendre encore longtemps.

 

8 heures 57, le 30 juillet 2004 : une explosion de gaz ravage le zoning de Ghislenghien près d’Ath. Bilan : 24 morts et 132 blessés qui, tous, à des degrés divers, sur un plan physique et/ou psychologique, subiront à jamais les séquelles de cette terrible catastrophe. Parmi les survivants, mais aussi dans les familles endeuillées, des personnes angoissent de plus en plus. A Paris Match, elles ont confié leur intention de s’unir pour faire front. Les caisses de la « Fondation Ghislenghien » qui a redistribué un peu plus de deux millions d’euros sont vides depuis plusieurs semaines. Et, sauf geste inespéré du monde des assurances, les victimes savent désormais qu’il leur faudra encore attendre près de trois ou quatre ans, peut-être plus encore, avant de toucher des indemnisations enfin proportionnelles au préjudice qu’elles ont subi.

 

« L’ex-ministre de la Justice nous l’avait promis : en trois ans, la justice viendrait à bout du dossier pénal. Au terme de ce délai, nous devions être définitivement et totalement indemnisés. Dans quelques mois, il y aura quatre ans… Non seulement, le dossier n’est pas encore en état d’être évoqué devant un tribunal, mais il est désormais très clair que le processus judiciaire prendra encore plusieurs années avant d’aboutir. L’avocat de la F.g.t.b. nous l’a expliqué : en faisant preuve de beaucoup d’optimisme, on peut espérer que le jugement définitif, c’est-à-dire appel compris, tombe en 2011 ou en 2012… Je trouve que l’attente est longue, beaucoup trop longue. Je me sens un peu oublié. Un peu méprisé… Et, croyez-moi, parmi les victimes de la catastrophe de Ghislenghien, je ne suis pas le seul à penser cela ! »

 

Ce sont les paroles de Silu Diatezwa. Les paroles amères d’un homme qui, un matin de juillet 2004, a été plongé malgré lui en enfer. Les mots désabusés d’un survivant. Comme tant d’autres rescapés, comme beaucoup de personnes dans les familles endeuillées par la catastrophe, Silu voudrait pouvoir regarder vers l’avenir. Tourner une page. Sans pour autant oublier cette « explosion de fin du monde » qui l’a traumatisé. Comment oublier, en effet, « cette chaleur soudaine et indescriptible qui fait littéralement fondre les corps » ? Comment faire une croix sur ces collègues, ces amis morts en si peu de temps ? Est-il possible qu’un jour Silu efface l’image de cet homme à terre qui lui tendait les mains ? Cet ouvrier de Diamant Board qu’il tenta de sauver, mais qu’il ne put aider parce que la peau du malheureux se détachait de son corps quand Silu essayait de le tirer avec lui ? Son sentiment d’impuissance, cette peur panique lors de la fuite éperdue et désespérée pour sortir d’un environnement brûlant et asphyxiant, cet ennemi trop fort, trop cruel, sans merci… Tout cela laisse bien évidemment des traces indélébiles.

 

Ne pas oublier donc, mais tenter de vivre au mieux ce qui reste possible. Silu ne se plaint pas d’être en vie, même s’il a mis deux ans à reprendre goût à une existence qui a failli lui échapper. Il ne se plaint pas non plus car d’autres survivants vivent aujourd’hui avec des séquelles physiques et psychologiques beaucoup plus importantes que les siennes. Pour arriver à regarder vers l’avant, comme dans toutes les affaires traumatisantes, le procès reste une étape essentielle du processus de reconstruction. Le jugement ou, à tout le moins, une reconnaissance pleine et entière du préjudice subi. « Et cette reconnaissance, on risque de ne pas l’avoir avant de nombreuses années. Certains avocats font tout ce qu’ils peuvent pour ralentir le cours de la justice », accuse Silu. Depuis quelques semaines, l’homme tente de rassembler ses compagnons d’infortune pour qu’ils parlent d’une seule voix. « Une réunion a déjà eu lieu, nous étions une dizaine. On voudrait former une association des victimes de Ghislenghien. Parler, échanger, cela fait beaucoup de bien. On partage  tous la même souffrance et, désormais, le même sentiment d’indignation ! ».

 

Diane, la compagne d’Angelo Spateri, l’un des ouvriers de Diamant Board tué le 30 juillet 2004, confirme : « On avait déjà évoqué l’idée de réunir les victimes et les familles concernées par ce drame, dès l’été 2004. Aujourd’hui, cela s’avère encore plus nécessaire. Il faut faire savoir que l’on n’est pas d’accord avec le cours que prend cette affaire. J’ai perdu mon compagnon dans cette catastrophe et mon fils voit un psy qui l’aide à accepter le fait qu’il n’a plus de papa… Les politiques et les assureurs vivent leur vie. Mais pour nous, Ghislenghien reste bien présent dans notre quotidien ».

 

David Da Palma, dont le corps a été brûlé à 50 % lors de l’explosion, fait aussi partie de cette association naissante de victimes : « J’ai beaucoup perdu depuis le 30 juillet 2004. Quand je me suis réveillé, après cinquante jours de coma, j’ai du accepter l’idée que jamais plus je ne serais le même homme... Mon apparence physique a été modifiée, je n’ai plus de souffle, je souffre de douleurs récurrentes, l’un de mes bras est atrophié et si je ne vais pas très régulièrement chez le kiné, plus rien ne fonctionne correctement… C’est l’aspect psychologique qui est le plus préoccupant. Je souffre d’un stress post-traumatique très profond. Impossible de reprendre le travail, impossible de retourner sur ce zoning. J’angoisse. Je ne vois pas encore le bout du tunnel. Et là-dessus, l’avocat de la F.g.t.b. nous explique que Fluxys ralentit le cours de la procédure judiciaire en demandant quelque 350 devoirs complémentaires. Et, d’après lui, ces questions posées sont parfois tellement complexes qu’elles vont retarder la clôture de l’instruction d’au moins une année, au bas mot ! Je suis tout à fait conscient que la défense a des droits, mais j’ai le sentiment que Fluxys en abuse pour retarder la date du procès. Et, bien sûr, cela retarde d’autant l’indemnisation complète à laquelle les victimes pourront prétendre ».

 

« S’il n’y avait que cela », continue Silu. « L’opinion publique doit savoir qu’une solution d’indemnisation complète pourrait être trouvée, qui épargnerait aux victimes et à leurs proches d’encore attendre. Une formule d’indemnisation anticipée a été pratiquée après la catastrophe de l’usine AZF à Toulouse. Les assureurs se mettent d’accord pour que l’un d’entre eux indemnise ‘‘ pour compte de qui appartiendra ’’. Ce qui permet aux victimes de déjà toucher une bonne partie de leurs indemnités et leur évite d’attendre la clôture du débat judiciaire sur les responsabilités. A l’issue du procès pénal, les assureurs règlent leurs comptes entre eux. Cela me semble plus moral que de provisionner les indemnités sur des comptes en banque qui produisent des intérêts. D’après ce qu’on a appris, il y a eu des réunions entre les assureurs portant sur l’étude d’un tel scénario, mais l’assureur de Fluxys bloquerait toute avancée… ».

 

Jean-Luc Fagnart, l’avocat de la F.g.t.b., confirme ce que disent ces victimes, tant à propos des devoirs complémentaires qu’en ce qui concerne l’échec dans la recherche d’une solution intermédiaire d’indemnisation. « Fluxys est assuré par une compagnie allemande (N.d.l.r. : Gerling AG) qui se montre généralement très dure dans les négociations. Pourtant, si les assureurs parvenaient à un accord d’indemnisation provisoire, la question de la durée de la procédure pénale serait nettement moins problématique », plaide-t-il.

 

On peut aussi inverser le raisonnement : tant qu’il n’y a pas d’accord, les assureurs ont intérêt à voir durer le processus judiciaire. D’autant que, dans ce dossier, il est question d’indemnisations qui, au total, pourraient atteindre le milliard d’euros… « Cela montre toute l’importance du geste d’Assuralia et de Fluxys qui, ensemble, ont fait un don (déductible) de 2,2 millions d’euros sur le compte de la « Fondation Ghislenghien » aussitôt après la catastrophe. En plus, c’est le Premier ministre qui les avait forcé à agir de la sorte », commente, ironique, David Da Palma (1).

 

Le souhait de voir une indemnisation intervenir avant la fin du processus pénal n’est pas irréaliste. Il suffit de se rendre sur le site Internet d’Assuralia pour s’en rendre compte. On y lit notamment que « Ghislenghien a remis en mémoire deux autres catastrophes (…) : l’incendie de l’hôtel Switel à Anvers lors du réveillon du 31 décembre 1994 (14 morts) et le crash d’un appareil de voltige aérienne jordanien lors de l’Airshow d’Ostende en juillet 1997 (10 morts). Pour ce qui est du premier cas (…), un accord entre assureurs, intervenu en 1998, a débloqué une situation rendue complexe par le cours de la procédure pénale. Dans le second dossier (…), les organisateurs de la manifestation avaient été

acquittés. Cependant, leur assureur avait proposé, pour compte de qui il appartiendrait, une prise en charge des dommages (…). »

 

Qu’est-ce qui bloque dans le « dossier Ghislenghien » ? Pas spécifiquement Gerling, l’assureur de Fluxys, selon le porte-parole d’Assuralia, François de Clipelle : « Il faut se rendre compte que l’on est dans un dossier très complexe impliquant beaucoup d’intervenants, beaucoup de responsables potentiels du sinistre, qu’ils soient privés ou publics. Et donc beaucoup d’assureurs ! En plus, il est question de montants très importants en termes d’indemnisation. Dans un tel contexte, où le débat sur les responsabilités reste très ouvert, il est tout à fait normal que toutes les parties exigent l’enquête judiciaire la plus précise, ce qui implique des expertises et autres devoirs complémentaires. La conséquence logique de tout cela est aussi qu’à ce stade, aucun assureur n’estime être celui qui, in fine, sera le principal débiteur d’indemnisation. Dès lors, on ne peut  raisonnablement demander à l’un d’entre eux de déjà indemniser ‘‘ pour compte de qui appartiendra ’’. C’est ce qui rend ce dossier différent de celui de Toulouse où, c’est vrai, il y a eu des avances sur indemnisation parce qu’il y avait un seul assureur concerné pour un seul coupable évident ».

 

Est-il envisageable qu’un nouveau don soit fait à la « Fondation Ghislenghien » ? Réponse ferme de M. de Clipelle : « Nous n’étions pas juridiquement tenus de faire ce don en 2004. Il ne sera pas déduit des indemnisations à venir, mais une telle action n’est en aucun cas susceptible d’être répétée ». Et si l’ensemble des assureurs concernés constituait un pot commun pour anticiper des indemnisations, insistons-nous auprès d’Assuralia ? « Ce serait un pot commun d’environ 1 milliard d’euros qui devrait être mis en place par des gens qui ne sont pas d’accord sur leurs responsabilités respectives. C’est facile à dire, mais impossible à mettre en œuvre ! », contre M. de Clipelle. Affirmant ensuite de manière claire et nette qu’« il n’y aura donc pas d’indemnisation complète des victimes avant l’issue du processus judiciaire. Ni d’avances sur le montant final qu’elles devront percevoir. Il faut qu’une responsabilité soit déterminée avant qu’il y ait une indemnisation. Agir autrement créerait un précédent ».

 

Une toute petite porte reste cependant entrouverte pour les victimes dont M. de Clipelle dit comprendre « la légitimité du discours » : « Il n’est pas impossible que la position de certains assureurs évolue à la fin de l’instruction, quand tous les devoirs complémentaires auront livré leurs résultats. Il se peut qu’à ce moment, une responsabilité apparaisse déjà clairement et indubitablement dans le chef de certains inculpés. Dans un tel cas, on pourrait imaginer que les assureurs des responsables concernés décident d’anticiper le paiement d’indemnisations ».

 

Comme l’avocat Fagnart, comme les victimes elles-mêmes, Philippe Verdonck, le président de la « Fondation Ghislenghien », dont les caisses sont vides depuis plusieurs semaines, « appelle les assureurs et réassureurs à se mettre autour de la table pour qu’une solution d’indemnisation partielle ou totale soit trouvée avant l’issue du débat judiciaire. Nous avons notamment aidé des indépendants qui ont perdu leur source de revenus et qui ne sont plus, désormais, en mesure d’en retrouver une autre. Il y a des cas dramatiques, intenables. Je rappelle qu’il y quelque temps, on parlait d’un procès en 2008… Aujourd’hui, on évoque 2010, voire 2012. Pour un certain nombre de familles touchées, il n’est pas possible d’attendre aussi longtemps ».

 

Depuis un certain temps, Marie-Claude Maertens, procureur du Roi à Tournai, œuvre en coulisse à convaincre les compagnies d’assurances de trouver une solution d’indemnisation anticipée. Les propos tranchés du porte-parole d’Assuralia sont, pour elle, une information nouvelle : « Pour ma part, je garde le sentiment que tout le monde manifeste de la bonne volonté dans ce dossier. Il faut garder espoir. Ce n’est pas un dossier facile, mais des discussions sont encore en cours avec les assureurs. Je ne sais pas d’où M. de Clipelle tient ce qu’il a dit. Rappelez-moi demain, je vous donnerai ma réaction », nous dit-elle, de toute évidence contrariée, le jeudi 31 janvier 2008 en fin d’après-midi.

 

Moins de 24 heures plus tard, le 1er février à 7 heures 30, l’agence Belga publie un communiqué du ministre de la Justice, Jo Vandeurzen : « Ghislenghien – indemnisation des victimes » : « Les victimes de la catastrophe de Ghislenghien pourraient être prochainement dédommagées. Du moins en partie. C’est le souhait de Jo Vandeurzen (…) La plupart (des victimes) ont eu leurs frais médicaux remboursés, mais ils doivent attendre une décision du tribunal pour être dédommagés. Certains d’entre eux connaissent de gros problèmes financiers, ne peuvent toujours pas reprendre le travail. Le ministre propose donc de réunir les assurances et les firmes concernées pour essayer de débloquer de l’argent pour les victimes ».

 

Quelques heures après cette sortie ministérielle médiatique, c’est le MR qui rappelait dans un autre communiqué que « lorsqu’une catastrophe comme celle de Ghislenghien survient, chacun s’accorde sur la nécessité de rapidement prendre en charge et indemniser les victimes et leur famille. Cela semble aller de soi, mais notre système n’oblige à aucune indemnisation avant l’issue d’un procès, ce qui peut durer des années et plonge souvent les victimes dans un désarroi moral, psychologique et financier. Pour répondre à cette préoccupation, la députée MR Marie-Christine Marghem déposait en avril dernier une proposition de loi en vue d’étendre aux accidents technologiques la portée de la loi du 17 septembre 2005 relative à l’indemnisation des victimes des catastrophes naturelles. Elle demande que, dans les deux mois qui suivent la constatation des dommages, les victimes soient indemnisées. La proposition se fonde sur le principe de réparation solidaire entre les assureurs des sociétés impliquées dans lesdites catastrophes. La commission des affaires économiques l’examinera prochainement ».

 

Avant même qu’elles aient pu exprimer publiquement leurs inquiétudes et leur désarroi, les victimes ont déjà reçu une réponse. Le politique a repris la main. Le « dossier Ghislenghien » est pris en charge. Passons notre chemin, il n’y a plus de polémique. Quoiqu’il en soit de la communication trop politique du parquet de Tournai et de la politique de communication du frais émoulu ministre de la Justice (2), l’objet de cette enquête n’est pas de mettre en doute la célérité des magistrats concernés par ce dossier. La procédure est la procédure et, s’il n’y a pas un geste des assureurs, elle devra être bien évidemment respectée. Mais là encore, Mme Maertens se veut rassurante. Sans démentir formellement que le processus judiciaire ne pourra être totalement terminé avant 2012, elle nous assure que : « Le juge d’instruction arrive au bout des devoirs complémentaires. Je n’exclus pas que l’on soit en chambre du conseil avant les vacances judiciaires. Bien entendu, je ne peux donner d’agenda précis, mais on avance vite et bien ».

 

Du côté de Fluxys, la porte-parole Bérénice Crabs, tient aussi un discours positif : « En juin dernier, c’est vrai, nous avons introduit une demande portant sur de nombreux devoirs complémentaires. Mais, si nous l’avons fait, c’est parce que nous avons constaté que des éléments nouveaux dans le dossier le nécessitaient. Nous n’avons jamais eu pour intention de retarder la justice ! Si cela avait le cas, nous en aurions eu la possibilité… Je veux dire que nous aurions pu encore attendre pour introduire notre requête ». Et l’attitude de l’assureur Gerling qui ne voudrait pas entendre parler d’indemnisation anticipée ? « Pas au courant », nous dit la porte-parole lors d’un premier contact. Et deux jours plus tard : « Ce qui a été dit aux victimes à l’égard d’un éventuel blocage de notre assureur nous étonne beaucoup. Notre assureur ne bloque pas plus qu’un autre dans ce dossier très complexe où,  je le rappelle sans violer le secret de l’instruction, il a tout de même été établi que la conduite de Fluxys a été endommagée par un tiers… Qui lui aussi, je le suppose, était assuré. Dans ce dossier, Fluxys a toujours collaboré avec la justice ! » 

 

Prenant acte de tous ces propos rassurants et des intentions annoncées par divers membres du personnel politique de faire pression sur les assureurs, Diane, Silu et David, nos témoins parmi tellement d’autres victimes, maintiennent le cap : ils lancent un appel à tous leurs compagnons de galère, à tous les rescapés de Ghislenghien, mais aussi aux familles de ceux qui ne sont pas revenus du zoning le 30 juillet 2004. « Rejoignez-nous. Rassemblons-nous. Soutenons-nous. Parlons de nos trajectoires et de nos difficultés, trouvons ensemble de nouveaux moyens de pression dans le cadre d’une association autonome des victimes de Ghislenghien (3). »

 

(1) La porte-parole de Fluxys nous signale que sa société a encore fait, ultérieurement, un second don de 1 million d’euros à l’A.s.b.l. «Solidarité Ghislenghien ». Renseignement pris auprès de la secrétaire de l’A.s.b.l., Carine Genart, ici aussi les caisses sont pratiquement vides : «Il nous reste 100 000 euros pour les frais urgents liés aux traitements. Comme d’autres, nous plaidons pour une anticipation des indemnisations par les assureurs »…

(2) Selon Mme Maertens, le fait que le ministre de la Justice ait sorti ce communiqué quelques heures après que nous ayons fait part au parquet de Tournai de la position d’Assuralia n’a rien à voir avec elle : « Cette coïncidence est un hasard extraordinaire », nous dira-t-elle.

(3) Personnes de contact : Diane Saintrain,  0496/ 89.73.28 et Silu Diatezwa, 0473/40.08.75.