02/12/2007

Enfants mort nés (14-18/10/07)

Témoignage évoqué sur le plateau de "L'info confidentielle Paris Match - RTL/TVI, le 14 octobre 2007 et dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 18 octobre 2007 

Pour eux, elle s’appelle Juliette, pour la loi, elle n’est personne

 

SPL_R_P680629-Foetus-SPLCe dimanche, les téléspectateurs de « L’info confidentielle Paris Match » ont entendu le témoignage interpellant de Valérie Antoine; l’appel à débat d’une maman sur un sujet tabou : la non-existence civile des enfants mort-nés avant un terme de 180 jours de grossesse (26 semaines). Valérie et Didier ont reçu Paris Match Belgique à leur domicile de Blégny (Liège) pour développer leur point de vue : « Pour la loi, notre enfant né trop tôt n’est pas une personne. C’est un « produit de conception », une « chose » qui ne peut avoir de nom, même pas un prénom. Nous ne l’acceptons pas. Pour nous, Juliette est notre deuxième enfant ». Co-gérants indépendants d’une agence bancaire, Valérie et Didier laissent libre cours à leur douleur. Pour qu’enfin, comme beaucoup d’autres couples dans leur cas, ils puissent un jour faire leur deuil.

 

 

Paris Match Belgique. Vous avez une façon particulière de décrire votre famille...

 

Valérie. Didier et moi, nous nous aimons depuis sept ans. Nous attendons notre troisième enfant. Nous avons un petit garçon, Maxime, né en mars 2003. Et puis, il y a Juliette, née en mars 2005, alors qu’elle n’était attendue que pour le mois de juillet. Et nous attendons avec impatience l’arrivée de Valentin, qui devrait être parmi nous en mars prochain.

 

Mais Juliette n’a jamais vu le jour…

 

 

Didier. Valérie veut dire qu’elle est « née sans vie ». En termes juridiques, Juliette est ce qu’on appelle un « enfant mort-né ». Pour nous, c’est évident, c’est une personne à part entière, l’un de nos enfants. Pour la loi, cet être humain n’a jamais existé. Valérie a mis au monde une « chose », un « truc », un « machin » sans nom. Un fœtus anonyme qui ne peut avoir de tombe. En mars 2005, l’enfant que je tenais dans mes bras avait pourtant un visage, des mains, des pieds...

 

Valérie. Cet enfant, ce bébé, je l’ai porté pendant près de 20 semaines, je l’ai senti bouger en moi. C’est une partie de moi, de nous. Il a un nom. Nous l’aimons. C’est une personne. Le législateur peut-il le comprendre ? Qui cela dérangerait que notre enfant ait une existence reconnue officiellement ?

 

C’est bien sûr le débat qu’implique votre témoignage. Mais d’abord, expliquez-nous les circonstances qui ont conduit à la naissance sans vie de cet enfant…

 

Valérie. Au moment où je portais Juliette, j’avais 36 ans. Vu cet âge, ma gynécologue – qui nous a toujours bien entourés – m’a logiquement conseillé de faire une amniocentèse. Il s’agit d’un prélèvement par ponction du liquide amniotique en vue de l’analyser.

 

Didier. Nous étions en parfait accord avec la gynécologue. Pratiqué dans un centre spécialisé, cet examen permet de détecter les problèmes chromosomiques (en particulier la trisomie 21), les maladies héréditaires liées au sexe de l’enfant ou encore les maladies du système nerveux central. On avait bien pesé les enjeux d’un tel test. Si les résultats faisaient apparaître une anomalie du caryotype fœtal, nous aurions été placés devant la décision d’un avortement thérapeutique. Nous y avions réfléchi. Nous ne nous sentions pas capables d’assumer un enfant trisomique. D’autres couples sont partisans de la vie à tout prix et nous respectons cela. L’idée n’est pas de porter un jugement de valeur.

 

Valérie. J’étais enceinte de 18 semaines quand je me suis rendue à l’hôpital Saint-Vincent de Rocourt. Très sincèrement, j’étais assez relax. Ma grossesse se passait bien. Certes, je savais que cette amniocentèse présentait un très petit risque pour l’enfant (N.d.l.r. : les spécialistes estiment en effet que 0,5 % à 1% des amniocentèses peuvent provoquer des complications, parfois des fausses couches), mais j’étais déjà passée par là, et sans la moindre difficulté, avant la naissance de mon premier enfant. La ponction s’est déroulée sans problème. Mais quand je suis rentrée chez moi, en fin d’après-midi, j’ai constaté des écoulements importants.

 

Didier. Nous sommes remontés dare-dare à l’hôpital sur les conseils d’un médecin. Arrivé dans le service des grossesses à haut risque, j’ai tout de suite compris au regard des gens qui étaient là que c’était grave. Une fissure de la poche des eaux a été diagnostiquée. Elle avait été causée par la ponction. C’est un accident extrêmement rare. On ne peut en vouloir à personne. Notre propos n’est pas de mettre en cause le médecin qui avait effectué l’amniocentèse.

 

Quel était le pronostic vital pour l’enfant ?

 

Valérie. Il n’y avait pas moyen de réparer cette fissure. On a fait une échographie, il y avait encore du liquide. Je sentais Juliette qui bougeait en moi. On m’a d’abord conseillé de rester couchée sans bouger dans l’espoir que la poche tienne comme cela. Mais cela pouvait rompre à tout moment. Après deux jours, on a fait un bilan plus clair. Il y avait très peu de chances d’arriver au bout de cette grossesse. Une infection pouvait aussi se déclarer à tout moment.

 

Didier. En fait, il y avait 90% de chances que l’enfant ne soit pas viable ou qu’il vienne au monde avec de très graves séquelles. En plus, il existait aussi un grand risque pour la vie de Valérie ! Nous avons donc beaucoup réfléchi. Nous avons parlé avec notre gynécologue et nous sommes arrivés à la conclusion que pour Maxime, pour Juliette et pour nous, il ne fallait pas s’acharner. Le conseil d’éthique de l’hôpital s’est réuni et a estimé, lui aussi, qu’une interruption de grossesse était la décision la plus sage.

 

Valérie. Vu le temps qu’avait pris notre propre décision et celui dont le comité d’éthique avait eu besoin, une bonne semaine s’était encore écoulée. Finalement, j’étais dans la 19e semaine quand il a fallu programmer l’intervention. Une question m’obsédait. Qu’allait devenir le corps de Juliette ? A l’hôpital, une assistante sociale nous a dit que notre enfant pouvait être enterré dans un endroit spécifique au cimetière de Juprelle. Nous sommes allés voir le cimetière alors que le bébé bougeait encore dans mon ventre. Je ne sais pas comment mettre des mots là-dessus… Comme sur un autre traumatisme, qui ne disparaît pas d’ailleurs…

 

Lequel ?

 

Valérie. Quarante-huit heures avant l’intervention proprement dite, j’ai été invitée à avaler deux comprimés. Une sorte de pilule du lendemain… En fait, il s’agit d’un médicament qui arrête le travail du placenta; l’enfant n’est plus nourri… On ne vous fait pas une piqûre, vous devez porter ce médicament à votre bouche. C’est insupportable ! Trop culpabilisant... Le 3 mars 2005, j’ai avalé cette drogue. Mais je suis certaine que Juliette était déjà morte le jour précédent car je ne la sentais plus bouger. Le 5 mars 2005, son corps sans vie a été mis au monde. Cela s’est passé comme un accouchement. Avec un travail, des contractions pendant plusieurs heures.

 

Didier. Quand vous voyez un enfant de 19 semaines, il a tout. C’était un petit bout de femme avec une expression sur le visage. C’était un être humain à part entière, sauf pour la loi qui n’y voyait qu’un fœtus ne méritant pas d’être nommé. Si vous regardez dans un dictionnaire, fœtus veut dire « produit de la conception présentant les formes de l'espèce ». Je suis notamment le père d’un « produit »! Et un « produit », cela n’a pas de droits ou si peu. Moins de droits, en tous cas, qu’un chien. Car, dans la région, si vous payez, vous pouvez faire enterrer votre labrador avec une pierre portant son nom… Pour Juliette, ce n’était pas possible !

 

Pourquoi ?

 

Valérie. Au regard de la loi belge, elle est née trop jeune. Trop jeune pour être enterrée normalement dans un cimetière, trop jeune pour avoir un prénom, trop jeune pour laisser une quelconque trace de son existence sur cette terre.

 

Didier. Si Juliette avait eu six semaines de plus au moment de sa naissance, elle aurait au moins pu faire l’objet d’une « déclaration d’enfant sans vie » officielle auprès de la Commune. Ce droit est ouvert aux parents dont l’enfant mort-né est issu d’une grossesse qui a duré au minimum 180 jours, soit un peu plus de 25 semaines. Dans un tel cas, il peut être demandé à l’officier d’Etat civil d’inscrire un prénom dans les registres. Pour tous les enfants plus jeunes, il n’y a rien de prévu.

 

Valérie. Sauf la possibilité, dans certaines communes, d’être enterré dans une parcelle réservée aux fœtus sans nom. Avec une stèle commune pour tous. Les petites boîtes s’entassent les unes sur les autres et, tous les cinq ans, on retourne la terre pour laisser la place aux suivants. C’est sans doute mieux que ce qui existait il y a quelques années, c’est-à-dire rien. Mais moi, cela ne me convenait pas. L’endroit que j’ai vu est esthétiquement correct, mais je ne peux m’empêcher de me dire qu’il s’agit d’une fosse commune.

 

Didier. Nous avons donc décidé de faire incinérer le corps de Juliette. Pour ce faire, nous avons dû aller chercher la petite boîte qui contenait son corps et la porter nous-même à l’incinérateur. Nous l’avons déposée et puis, nous avons repris la voiture pour rouler sans but pendant une bonne heure. Quand nous sommes revenus, une dame a lancé à un des ses collègues : « Le bébé, il est fait ? » ! Nous avons repris ses cendres et des ouvriers du cimetière, heureusement très respectueux, les ont dignement dispersées. Voilà comment est parti cet enfant sans nom officiel. Notre deuxième enfant. Notre Juliette. 

 

En 2002, la sénatrice Sabine de Béthune (CD&V) a déposé une proposition de loi visant à adapter la limite légale de viabilité. L’idée étant de passer de 180 à 140 jours de grossesse, soit 20 semaines après la conception, ce qui équivaut à 22 semaines d’âge postmenstruel (A.p.m.). Elle voulait que la loi belge tienne compte des progrès de la néonatologie et qu’elle constate « qu’on a aujourd’hui connaissance d’enfants nés viables après 22 semaine d’A.p.m. et qui sont devenus des bébés en bonne santé ». Elle faisait aussi remarquer que l’O.m.s. fixe cette limite de viabilité à 22 semaines d’A.p.m.… Par conséquent, elle considérait qu’un enfant mort-né après 140 jours de grossesse devait être considéré, non plus comme un « produit de conception », mais comme un être humain à part entière pouvant bénéficier de la reconnaissance officielle de son existence… 

 

Didier. Si une telle loi avait été votée, cela aurait été déjà un progrès… Cela dit, Valérie et moi, nous voyons les choses autrement. La loi sur l’interruption volontaire de grossesse prévoit que celle-ci doit intervenir avant la fin de la 12e semaine à partir de la conception. Si une telle limite a été fixée par le législateur, c’est évidemment par respect pour l’embryon qui est considéré à juste titre comme un être vivant. Tout être humain vivant ne devrait-il pas avoir droit à une existence légale, à un prénom et à un nom ? Pourquoi ne pas reculer le seuil légal à 12 semaines et 1 jour ?

 

Valérie. Nous avons écrit à plusieurs partis politiques pour leur demander de réfléchir aux parents qui vivent la même chose que nous. Résultat : aucune réponse concrète au-delà des accusés de réception. Apparemment, un enfant sans nom, cela n’intéresse pas grand monde. Une assistante du Délégué général aux droits de l’enfant est toutefois venue nous rendre visite et elle semblait être sensible à ce que nous lui exposions.

 

Didier. Je voudrais insister sur la question que Valérie posait tout à l’heure. Qui aurait été dérangé si ma fille avait eu un nom, un enterrement normal et une sépulture rappelant qu’elle a existé ? Nous, cela nous aurait permis de faire notre deuil plus facilement, c’est tout.

 

Valérie. C’est une question de dignité. Juliette a vécu en moi. C’est un être humain qui n’a pas eu la chance de trouver le bonheur sur cette terre. Pour elle, c’est une terrible injustice. Ne pas reconnaître son existence est une injustice de plus. C’est inacceptable pour elle comme pour nous, ses parents pour toujours.

 

Valérie et Didier ont créé un blog consacré au drame qu’ils ont vécu :

 

http://julietteestsonnom.spaces.live.com/

 

Ils peuvent également être contactés par courriel :

 

julietteestsonnom@hotmail.com

21:56 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ethique |  Facebook |

Commentaires

pauvre petit bébé.. ...c,est assez dur pour des parents de perdre un bébé, il faut faire plus pour faire valoir les droits de ces enfants, j,ai fait une fausse couche il y a près de 40 ans, et je m,en souviens encore, une femme n'oublie jamais les enfants qu'elle a port., qu'ils soient morts ou vivants,,,ils sont le fruit de nos ((entrailles)),,,bon courage dans votre démarche,,,r

Écrit par : marie louise tremblay | 02/01/2008

Pour nos anges Bonjour,

Je partage entièrement votre peine.
Le 25 décembre 2007 j'ai mis au monde un petit ange Noêl .Comme votre juiliette pas possible de l'insrire à la commune pourtant nous étions à 177 jours de grossese comme vous on la incinéré , mais nous n'a vont pas pu récupérer les cendres car c'est le centre de l'autopsie qui sans chargeais sans nous prévenir quand , quel jour, quelle heure ext..
Comme vous j'ai interpellée Sabine Behume , mais son désaroi envisage aucun n'espoir pour que cela s'arrange. Nous vivons une grande douleur et nous ne pouvons rien faire pour lla graver.
Beaucoup de courage à vous nous sommes de tous coeur avec vous .
Maman dorothée,papa stany, grand frère Sun

Écrit par : collin dorothée | 22/01/2008

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