29/10/2007

Jean-Michel Javaux (050707)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 5 juillet 2007

 

Jean-Michel Javaux : "J’ai dû triplement travailler pour prouver que je n’étais pas qu’une petite gueule sympa"

 

JMJavauxLe repos du guerrier. La Libre Match est allée à la rencontre de Jean-Michel Javaux sur ses terres à Amay. C’est là que le secrétaire fédéral d’Ecolo profite de rares moments de liberté pour se ressourcer avec son épouse Aurélie et ses deux enfants, Lola (4 ans) et Augustin (3 ans). Un heureux événement est attendu pour le mois d’août. Un petit garçon qui s’appellera Basile. Théo, lui, ne s’est plus montré depuis presque cinq ans, mais ses parents savent qu’il est toujours là. « Dans les nuages, il nous regarde et je lui demande de veiller sur nous. Au matin du 10 juin, je me suis encore rendu là où il repose. Pour qu’il m’aide à voir clair ». Sous ses aspects d’homme tranquille, presque zen, Jean-Michel Javaux a démontré qu’il est un redoutable stratège politique en menant la campagne électorale d’Ecolo d’une main de maître. Il voulait que son parti retrouve un score à deux chiffres à l’occasion de récentes législatives. Pari réussi. Son autre rêve, devenir bourgmestre de sa commune d’Amay, autrefois dominée outrageusement par les socialistes, il l’a également réalisé lors des dernières communales. Aux côtés d’Isabelle Durant et Claude Brouir, «Jean-Mi» est aussi l’homme qui avait misé, en 2003, sur la reconstruction d’un mouvement vert divisé après sa première expérience chaotique

du pouvoir dans le gouvernement Arc-en-ciel (1999-2003). 10/10 sur son bulletin. Pourtant, le leader des verts n’a pas la grosse tête.

 

 

- La Libre Match. Votre habitez rue du Château, une adresse qui fait un peu « Star Ac’ », non ?

 

- Jean-Michel Javaux. (Il entame l’entretien par un énorme éclat de rire). Il suffirait que vous fassiez un petit tour de la maison pour vous rendre compte que mon humble demeure ne dispose pas du confort dont bénéficient les apprentis-chanteurs de T.f.1 !

 

- L’allusion renvoyait plutôt à ce que certains de vos détracteurs disent de vous. Vous seriez une créature médiatique, un être de communication. Plus people que politique, à la limite…

 

- Ah bon ? Permettez-moi de penser que le fait de bien communiquer est plutôt un atout qu’une tare pour un homme politique. C’est quelque chose que j’ai en moi depuis toujours. Pour faire de la politique, il y a un sentiment de base indispensable : il faut aimer les gens. Quand on respecte les autres, c’est déjà le premier pas vers une communication harmonieuse. Voici quelques années, Aurélie et moi étions très impliqués dans les activités du patro d’Ampsin. On aimait ce lieu de mixité sociale irremplaçable dans la commune d’Amay. En développant l’aspect relationnel entre les enfants et vers les parents, on est passé en quelques années de 50 à 111 membres. Donc, je communiquais déjà pas trop mal à l’époque sans être porté par un quelconque phénomène médiatique. Le moteur, c’est de s’inscrire dans des actions auxquelles on croit. La communication, c’est d’abord de la sincérité. Un autre exemple : à la fin de mes études, je suis allé en Ecosse avec deux copains. Eux, ils contemplaient l’architecture et les paysages. Moi, j’ai passé mon séjour à parler avec des gens pour savoir ce qu’ils pensaient de leur vie, de leur pays, etc… Quand je me promène, j’ai une tendance à parler spontanément aux gens. Je sais que, dans la société où nous vivons, cela paraît parfois surprenant, mais je suis comme cela... (Il s’arrête un instant) Cela dit, je ne voudrais pas éluder votre question…

 

- Le côté « Star Ac’ » ? C’était en référence au fait que vous êtes plutôt mignon…

 

- (Il s’adresse à son épouse qui se trouve à ses côtés) Tu vois bien, chérie!

 

- … Plutôt mignon, jeune, et tout est allé très vite pour vous !

 

- Très vite ? J’ai commencé en politique en 1991. Certes, au cours des dernières années, j’ai connu une accélération. Mais, croyez-moi, j’ai aussi ramé. J’ai vécu deux législatures à Amay comme jeune conseiller communal de l’opposition : la première fois, on n’était que deux verts parmi les vingt-trois élus et on en prenait plein la tronche ! Quotidiennement, on était confrontés à l’arrogance de la majorité absolue socialiste. Voire à des propos parfois insultants de certains élus…

 

- Du style ?

 

- Des trucs du genre « Qu’est-ce que vous y connaissez en budget, les gamins ? ». Un peu à l’instar de ce qu’a vécu autrefois une conseillère communale de Charleroi qui se faisait traiter de « grognasse » par des barons rouges, lesquels estimaient qu’elle pouvait déjà « être bien contente » de siéger… Maintenant, je le reconnais, je me suis moi-même posé certaines questions quand on m’a suggéré de mener campagne pour être secrétaire fédéral d’Ecolo en 2003.

 

- Lesquelles ?

 

- Cela se passait six mois après la perte de mon fils aîné  Est-ce qu’on me proposait cela par pitié ou parce que cela me permettrait d’utiliser une certaine corde sensible ? Deuxièmement, il y avait mon côté, non pas consensuel, mais « jeteur de ponts ». A l’époque, et depuis un certain temps déjà, c’était très tendu à Ecolo. Un exemple : lors de mon mariage en 1999, Philippe Defeyt et Paul Lannoye étaient invités à l’apéro. Jacky Morael, Isabelle Durant et Jean-Marc Nollet étaient conviés à la soirée... Après la claque absolue des législatives de 2003, je pense que certains voyaient en moi une personne qui allait rassembler et restaurer une sympathie pour le parti...

 

- Mais qui allait seulement assurer un rôle transitoire ?

 

- C’est cela, oui. Pas une personnalité qui serait capable de tracer l’avenir, qui permettrait à Ecolo d’être respecté par les autres partis, les syndicats, les employeurs, etc... Dès lors, j’ai dû triplement travailler pour prouver que je n’étais pas qu’une petite gueule sympa qui passe bien en assemblée ou à la télé. J’ai voulu prouver, avec beaucoup d’application, que je suis un bosseur qui tient à maîtriser ses dossiers en toutes circonstances. Aurélie pourrait vous raconter mes soirées et week-ends très studieux... Bien sûr, je bénéficie aussi d’un travail collectif impressionnant : l’idée que j’exprime au nom d’Ecolo, c’est aussi le fruit d’une réflexion de groupe, d’un travail d’équipe mené dans l’ombre.

 

- Christophe Collignon, votre meilleur ennemi socialiste à Amay, celui qui n’a pas succédé à son papa au poste de bourgmestre à cause de vous, a dit un jour : «Javaux ne fait jamais rien au hasard. Tout est toujours calculé…»

 

- Ces propos m’ont heurté : je n’ai jamais eu de plan de carrière ! Dernièrement, j’ai croisé Christophe sur le marché. Je lui ai dit : «C’est vraiment ce que tu penses ?». Il m’a répondu qu’il fallait bien «trouver quelque chose pour écorner mon image» trop positive à son goût. En vérité, je suis l’antithèse du bonhomme qui a un plan de carrière. Et, pour être tout à fait franc, je suis plutôt «bordélique», pas toujours très bien structuré. Par exemple, un type comme Nollet est une bête de travail quinze fois plus grande que moi ! Je suis plutôt intuitif et très spontané. Il m’est arrivé à de multiples reprises de refuser d’aller à tel ou tel endroit pour dire telle ou telle chose alors qu’on me le conseillait. Cela aurait été très raisonnable mais, simplement, je ne le sentais pas. L’inverse est vrai aussi. Quand j’ai voulu le retour de Jacky Morael, des gens m’ont dit «T’es fou ou quoi ?». Ou encore : «C’est dangereux, tu lui rends un mauvais service». Moi, je sentais que c’était bon pour Ecolo et bon pour lui. Il n’y avait pas de plan. Rien de contrôlé. Seulement le sentiment que c’était juste. Je crois qu’en étant comme cela, je prends des risques, je me mets en situation de danger. Je n’ai vraiment rien à voir avec un calculateur froid, comme le suggère Collignon.

 

- Christophe Collignon et vous, c’est un peu une histoire à la «Highlander». Sans cesse vos routes se croisent et sans cesse vous vous affrontez…

 

- C’est vrai qu’on n’arrête pas de se retrouver. Petits, déjà, on se dribblait sur les terrains de foot. Lui, il portait le maillot d’Amay et moi, celui d’Ampsin. Plus tard, je suis sorti pendant un an avec sa soeur Christine. Lui, il fréquentait ma meilleure amie de l’époque. On avait la même bande de copains, on sortait dans les mêmes endroits, on est même partis en vacances en Espagne et à France...

 

-Parlons un peu de vos origines. Vous êtes, à ce qui paraît, un vrai de vrai Amaytois ?

 

- De fait, j’appartiens à une famille qui est amaytoise depuis sept générations et qui a toujours été active sur le plan local. Mon arrière-grand-père a été bourgmestre social-chrétien d’Amay, mon grand-père a présidé le club de foot alors que celui-ci était en promotion, et mon père organisait des concours de couillon qui rencontraient beaucoup de succès...

 

- Vous avez souvent dit que vous n’étiez pas « accroc » à la politique. Que vous pourriez prendre la décision d’arrêter en quatre minutes, s’il s’agissait de sauvegarder votre équilibre familial…

 

- C’est ce que je pense vraiment. Et d’ailleurs, il a été déjà question que j’arrête quand Théo est parti en 2002. Je ne suis plus allé au Parlement et au parti pendant six mois. J’avais besoin de prendre du recul. Le ressenti de ma famille est essentiel. Si, un jour prochain, il devait être question que j’occupe une autre responsabilité, par exemple dans un gouvernement, je ne me lancerais pas sans l’aval d’Aurélie…

 

- Vous voulez participer à la prochaine majorité ?

 

- Je ne ferme la porte à rien. Toutefois, la participation des verts ne peut être déterminée que par une discussion sur le contenu. On n’en est pas encore là aujourd’hui.

 

- Trois thèmes qui exclueraient toute participation verte ?

 

- Une remise en cause de la sortie du nucléaire, bien sûr. Je souhaite aussi une importante prise en compte de la situation des sans-papiers. Et puis, on ne pourrait participer à un gouvernement qui ne mettrait pas en œuvre un plan massif et global pour le climat. Il faut un ministre fédéral qui ait des compétences transversales, des objectifs chiffrés et des moyens conséquents.

 

- Envie de devenir ce ministre-là ?

 

-Non. Si nous devions monter dans un gouvernement, je préférerais briguer un nouveau mandat au secrétariat fédéral. Ce n’est pas une obsession pour moi d’être ministre.

 

- Beaucoup d’hommes politiques semblent prisonniers de leur personnage. Ne vivant plus qu’au travers de leur fonction, oubliant leurs proches, voire même leur développement personnel au nom d’une ambition. Apparemment, ce n’est pas votre cas ?

 

- Ma femme et ses parents m’ont fait comprendre beaucoup de choses. Je viens d’une famille où les contacts étaient très pauvres. Mon père était absent, ma mère était très malade. Dépendante. C’est vrai qu’on partait en vacances trois semaines par an... Mais cela ne réparait pas certains déficits affectifs. Cela ne remplaçait pas le fait que, pendant toute l’année, on ne mangeait presque jamais tous ensemble. En famille, réunis autour d’une table... Ces vacances ne remplaçaient pas non plus l’impossibilité de se dire des mots simples comme « je t’aime ». On était plus dans le paraître que dans l’être...

 

- Et vous auriez pu vous inscrire dans ce moule…

 

- Oui, ne vivre qu’à travers l’aspect professionnel. Passer à côté de mes enfants, de ma femme. Comme un fantôme. Mais avec Aurélie, j’ai mis les pieds dans une famille très soudée. J’ai rencontré des personnes qui vont à l’essentiel, qui n’oublient  pas de dire des mots simples, de poser des gestes tendres qui font finalement le sel de l’existence. Le bonheur est parfois là, à portée de main, dans l’instant présent. Ils m’ont appris à le saisir.

 

- Il paraît que vous avez fait une high school aux Etats-Unis. Exact ?

 

- Oui. J’ai fait le primaire et le secondaire dans le catho. Ensuite, je suis parti un an aux Etats-Unis où j’ai fait ma rétho et cette high school. Ce séjour en Amérique m’a fait beaucoup de bien. D’abord, il m’a permis d’échapper à un climat qui n’était pas évident dans la famille. Et puis, il m’a émancipé. En partant, j’étais tout petit et un peu timide. Je suis revenu avec quinze centimètres et dix kilos de plus. Avec une plus grande gueule aussi. En ayant jaugé également à quel point certaines personnes de ma famille et de mes amis comptaient pour moi.

 

- Après les Etats-Unis ?

 

- Je me suis inscrit à l’U.l.b. avec l’intention de devenir journaliste de presse écrite. Je «kottais» à Bruxelles. Bien que mon père fut un notable relativement riche, je ne recevais que 500 francs (ndlr : 12,5 euros) par semaine. Cela voulait dire : un repas par jour et revenir en stop, sinon je n’avais plus rien pour le week-end. C’était sans doute un peu sévère mais, dans le même temps, je me dis que de par son éducation et ces limites qu’il m’imposait, mon papa m’a donné de bonnes bases. Donc, j’ai commencé à travailler en semaine dans une grande surface pour améliorer mon quotidien. J’étais dans le rayon « vin ». On m’appréciait dans ce premier job parce que je parlais beaucoup avec les clients. Après l’U.l.b., j’ai encore fait un troisième cycle avant de découvrir… le chômage pendant quatre mois.

 

- Pourtant, vous étiez surdiplômé…

 

- Dans une agence d’intérim, on m’a dit que je n’avais pas d’expérience, que j’étais surqualifié et que j’allais coûter trop cher. Aujourd’hui, cela m’aide à comprendre ce que vivent les jeunes qui écrivent des lettres de motivation sans recevoir de réponse. C’est ce qui me fait dire qu’il faut travailler à créer de l’emploi plutôt qu’à poursuivre les chômeurs !

 

- Vous avez connu les petits boulots ?

- Plutôt, oui. Pour ne pas rester inactif, j’ai été collaborateur indépendant d’un institut de sondage. J’ai aussi vendu des bouquins en Flandre et j’ai été brancardier au C.h.u. Ah, oui ! J’ai également vendu des friteuses pendant neuf mois pour une P.m.e. du Brabant wallon... En sachant, je le reconnais, que ces friteuses étaient nulles !

 

- Ce n’est pas la même chose avec Ecolo, espérons-le…

- (Rires) Franchement, maintenant, c’est l’inverse. Je suis fier de mon «produit» !

 

- Après les friteuses ?

- En 1994, j’ai postulé comme assistant universitaire dans le groupe Ecolo à la Chambre. Mes examinateurs étaient Vincent Decroly, Wilfried Bervoets et Xavier Winkel. J’étais premier à l’écrit et, au moment de l’oral, ils m’ont dit : «Tu es assurément le meilleur, mais on retient un autre candidat qui a une longue histoire avec Ecolo». A l’époque, je venais de perdre ma mère et je venais d’apprendre que mon père avait le cancer. Ça m’a fait mal. Plus tard, j’en ai souri... Tout ça pour dire que je me suis accroché, même à Ecolo. Parce que je croyais à ce que je voulais faire. Ensuite, je suis devenu assistant à mi-temps d’une parlementaire. Salaire : 36 000 francs bruts, soit 29 000 nets (ndlr : environ 725 euros net). Comme quoi, on ne gagne pas nécessairement beaucoup d’argent en faisant de la politique ! A cette époque, mon père est mort. J’ai donc contribué avec ma sœur à payer le home où se trouvait ma grand-mère. C’était la galère.

 

- Moment-clé de votre carrière en 1997 : vous êtes nommé président du Conseil de la Jeunesse d’expression française qui regroupe les 85 organisations de jeunesse et groupements reconnus en Communauté française : scouts, patros, jeunesses syndicales, politiques et musicales ; auberges de jeunesse, infor jeunes, Fédération des étudiants Francophones (FEF) et 155 maisons et centres de jeunes, etc...

 

- En effet, cela a été le tremplin. Dans cette fonction, j’ai rencontré énormément de gens. J’ai pu créer des liens, jeter des ponts, faire entendre un point de vue dans les médias. A l’époque, j’ai aussi beaucoup travaillé en coulisses au Parlement. Notamment avec Vincent Decroly, pour la commission d’enquête sur les disparitions d’enfants ou sur l’« affaire Semira Adamu »...

 

- La suite est plus connue : député, secrétaire fédéral… Mais on ne peut évoquer votre parcours sans parler de Jacky Morael. C’est l’homme qui vous a mis le pied à l’étrier ?

 

- Parfaitement. A la fin de mes études, avec des amis, on avait envie de s’investir en politique. On a envoyé des lettres aux quatre grands partis démocratiques et on a reçu trois briques de programmes mais aussi un coup de fil : de Jacky Morael. Il est même venu passer une soirée avec nous... Nous, on flashait déjà sur le programme, mais on a aussi été épatés par l’accessibilité de la personne la plus connue d’Ecolo à cette époque. Il est revenu à Amay à plusieurs reprises et on a créé la locale. On est devenus amis. On l’est resté. On a beaucoup partagé. Des idées, mais aussi des soutiens mutuels dans l’épreuve. Le sens politique de Jacky, à tout moment, est impressionnant. Son retour a ramené plein de gens vers Ecolo.

 

- S’il ne fallait retenir qu’un seul enseignement du scrutin, ce serait...

 

- Ecolo a gagné, mais j’ai aussi une grande fierté : avoir mis le doigt sur des difficultés ou des errements de certains n’a pas profité à l’extrême droite.

 

- Un regret ?

 

- Que mes enfants ne soient pas en âge de comprendre cette belle victoire. Cela dit, j’ai beaucoup enregistré. Pour plus tard... Je suis vraiment fier de ce qu’on a fait.

 

- Pas de contrecoup après une telle bataille?

 

- Je suis crevé ! Hier soir, on a mis la cassette de «Desesperate housewives». Après un quart d’heure, j’ai plongé. Il n’était que 21 heures...

 

- Dans cette série, vous ressemblez plutôt à qui ?

 

- Je crains que ce soit au mari de Lynette... D’ailleurs, j’ai parfois le sentiment qu’Aurélie, qui est infirmière pédiatrique, travaille déjà plus que moi!

 

- Votre avenir immédiat ?

- Surtout ne pas rater l’après-victoire. Assurer la mise en place du groupe parlementaire commun Ecolo/Groen. Organiser de nouveaux états généraux pour maintenir la qualité de réflexion du parti. Pour qu’il soit à l’écoute de la société. Le grand public a voté pour nous en ayant perçu la sincérité de notre combat pour la planète et son développement durable. Il ne faut surtout pas décevoir.

 

- Il y a cinquante ans, personne n’aurait pas imaginé un Parlement accueillant autant d’élus écologistes... Prédiriez-vous qu’un jour, il y aura un Premier ministre vert en Belgique ?

 - Mais bien entendu ! Là ou je vis, à Amay, personne n’avait imaginé qu’il y aurait un bourgmestre vert. Et je suis là. Ecolo a un bon programme et de plus en plus d’expérience et de réalisme politique... On a appris qu’il fallait aller avec la population plutôt que contre elle.

 

- A 60 ans, vous ferez quoi ?

- Je serai encore actif. Et je l’espère à un niveau international. Au niveau européen ou à l’ONU.

 

- A 75 ans ?

- Je voudrais pouvoir être assis sur le banc, là, près de chez moi. Regarder mes petits-enfants jouer et me dire que j’aurai été utile à quelque chose dans cette société. Je voudrais pouvoir me dire que mon parcours a eu un sens, même s’il n’a représenté qu’une goutte d’eau par rapport à l’immensité des tâches à accomplir pour améliorer la vie des générations futures.

 

 « Joëlle Milquet se trouve dans une position schizophrénique »

 

- La Libre Match. Après les mamours de Didier Reynders pendant la campagne électorale, c’est aujourd’hui Joëlle Milquet qui vous fait plus que des appels du pied dans l’espoir que la future « orange bleue » soit agrémentée d’un peu de menthe verte. Cela vous met en appétit ?

 

- Jean-Michel Javaux. Malgré son slogan (« C’est l’heure h »), Joëlle Milquet me semble être en parfait décalage horaire... Au moment où nous discutons, il n’y a pas encore de formateur et ce n’est pas elle qui occupera cette fonction. Pour le moment, Ecolo n’a été invité à aucune table de négociations, que ce soit par Leterme ou Reynders. Et, bien sûr, nous n’avons reçu aucune proposition d’entrer dans une majorité. Le cas échéant, on examinera. Il n’y a pas d’exclusive, notre objectif étant prioritairement de rester cohérent en termes de contenu, tant sur le plan écologique que social et économique.

 

- Comment décodez-vous la sortie de la présidente du CDH qui reproche aux Ecolos de ne pas «prendre leurs responsabilités» ?

 

- En psychanalyse, on appelle cela un transfert de responsabilité. C’est elle qui a un problème de responsabilité. C’est elle qui se trouve dans une position schizophrénique et qui ne parvient plus à peser le pour et le contre. Donc, elle essaie de détourner l’attention, de dévier le tir... Son grand frère flamand met une grosse pression communautaire, sa proximité avec Elio Di Rupo et avec le parti socialiste, le fait qu’elle doit envisager de s’allier avec Didier Reynders, son meilleur ennemi pendant la campagne électorale... Tout cela est évidemment compliqué à concilier. Elle doit faire ses choix, en tenant compte aussi, bien évidemment, de l’avis de plusieurs barons de son parti... J’en conviens, ce n’est pas facile pour elle. Mais son tourment ne justifie en rien l’attitude irrespectueuse à l’égard d’Ecolo qu’elle a manifestée dans certaines interviews...

 

 

 «Théo vit encore avec  nous »

 

La Libre Match. La perte de votre fils a-t-elle changé votre vision de la vie ?

 

Jean-Michel Javaux. Tout. Vraiment tout. Avant cette épreuve, j’étais beaucoup plus superficiel. Dans le paraître. Je courrais partout, je ne me rendais pas compte de l’importance des moments irremplaçables que l’on passe avec ses enfants. Après la disparition de Théo, je me suis interrogé : combien de soirées n’avais-je pas été là pour le voir, lui parler ? Tout simplement pour l’aimer ? C’est cela, «l’essentiel». Aujourd’hui, pour Lola et Augustin, je fais gaffe à ne plus m’éparpiller. Je sélectionne dans mes amitiés, dans mes obligations professionnelles... Au moment où je vous parle, je viens de renoncer à un débat avec Louis Michel et Laurette Onkelinx. J’irai plutôt à un anniversaire à Batice, chez des proches que je n’ai plus vus depuis trop longtemps. Il faut sentir certaines limites, être bien en soi pour être bien avec tout le monde. Si l’on part de chez soi en sachant ses proches heureux, on réalise de meilleures choses aussi sur le plan professionnel. Le départ de Théo a été également la prise de conscience d’une fragilité. Tout peut s’écrouler en une minute. Le jour où c’est arrivé, j’étais chez mon kiné. Je rigolais avec ce copain. Tout allait bien ! Le téléphone a sonné : «M. Javaux, il faut que vous arriviez. C’est très important… ». J’ai pensé à l’inimaginable, mais je n’y croyais pas...

 

- Qu’était-il arrivé ?

- Théo était mort dans son sommeil à la crèche. Il avait 18 mois. Pendant des jours, pendant des semaines, j’ai refusé de l’admettre. Je ne pouvais accepter ! Et puis, on accepte tout de même... Mais cela fait de vous quelqu’un de plus inquiet... Ou peut-être de plus conscient. Des pensées vous viennent plus facilement à l’esprit.

 

- Par exemple ?

- Quand Aurélie part avec les enfants en voiture, je me dis qu’il pourrait arriver un accident. J’ai trop bien compris que le bonheur peut s’arrêter en une minute. En une seconde. Qu’il

ne faut pas galvauder l’instant présent, mais le vivre intensément. Ce que vous avez vécu, on ne peut pas vous le retirer. C’est d’ailleurs aussi ce que je me suis dit après cette soirée électorale historique. Ce 10 juin 2007, il est là. Il a existé. On l’a vécu !

 

- Alors qu’elle venait de gagner Roland-Garros, Justine a levé les yeux vers le ciel pour penser à ses chers disparus…

- Moi, c’est tout le temps... Le 10 juin, avant de partir à Bruxelles, je me suis rendu au cimetière pour parler pendant une demi-heure avec Théo. Pour qu’il m’aide à voir clair. A accepter si, d’aventure, les résultats n’avaient pas été bons. Pour qu’il me guide... Théo vit encore avec nous. Il est là pour la famille, pour son frère et sa sœur. Lola n’est pas l’aînée, c’est la deuxième. Perdre un père ou une mère est très difficile parce qu’on est privé de ses racines. Perdre un enfant, c’est être séparé d’une partie de soi. Un membre vous est arraché. C’est violent. Brutal. On perd sa pudeur. On s’en fout de pleurer devant tout le monde. Tout s’écroule. Ensuite, on se rend compte que beaucoup d’autres gens sont aussi passés par là, mais qu’ils en parlent peu. La mort est tabou dans notre société. La mort des enfants l’est encore plus. J’ai évoqué Théo sur le plateau de Vrebos ; des tas de personnes m’ont écrit pour me remercier. Cela avait libéré quelque chose chez elles ; dans leur famille, on avait osé en reparler. J’écrirai un jour un livre sur la mort, c’est certain.

 

- Le fait d’être croyant vous a aidé dans cette épreuve ?

 

- Moi, oui, cela a renforcé ma foi. Aurélie, non. Elle en veut à Dieu. Désormais, il y a une peur en moi. Une peur de dire ou de faire quelque chose qui aurait des conséquences... Comment dire ? Je ne veux plus prendre le moindre risque qui ferait que cela puisse se reproduire. Je suis toujours croyant. Parfois, je me dis : « Je ne vais pas provoquer Dieu parce que je ne voudrais pas qu’il ennuie un de mes gosses suivants ».

 

- L’avenir immédiat, ce sera aussi un heureux événement ?

- En effet, Basile nous rejoindra au mois d’août.

16:03 Écrit par michelbouffioux dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

18/10/2007

Implants électronique (300907-041007)

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL/TVI, le 30 septembre 2007 et publée dans Paris Match, le 4 octobre 2007

 

Un jour serons-nous tous «pucés»?

 

Ce débat éthique majeur n’a pas encore été abordé par le monde politique belge

 

Depuis plusieurs années, la puce électronique se trouve sur notre carte bancaire. On l’aperçoit aussi sur les nouvelles cartes d’identité et elle est présente sur nos passeports dans sa version R.f.i.d., de l’anglais Radio Frequency Identification. En d’autres termes, elle peut être lue à courte distance par un scanner. La technologie actuelle propose aussi des puces R.f.i.d. qui émettent des signaux captables à plus grande distance, voire sur toute la terre lorsqu’elles sont équipées d’une balise G.p.s. Il y aussi les puces modifiables à distance, même celles implantables dans le corps humain. Bien plus vite qu’on le pense généralement, notre société devra se déterminer : après les animaux de compagnie, les chevaux et de plus en plus d’objets vendus dans le commerce, acceptera-t-elle que les hommes aussi soient « tagués » ? Des sociétés privées, principalement aux Etats-Unis, investissent déjà dans ce marché prometteur. Une discothèque en Espagne propose à ses clients un implant sous-cutané permettant de contrôler plus facilement leur entrée et leurs consommations… Choisirons-nous bientôt de « pucer » certaines catégories de la population au nom d’enjeux de santé, de sécurité ou de confort ? En Belgique, une proposition de loi déposée l’année dernière visait à implanter les délinquants sexuels… Un énorme débat éthique frappe à notre porte mais, très en retard, le monde politique belge ne s’en est pas encore emparé.

 

Pour paraphraser une pub du temps jadis : «Elle est mini, mais elle fait le maximum». A peine plus grande qu’un grain de riz, la puce implantable sous la peau de l’être humain est prête à inonder un marché immensément prometteur pour ses fabricants. Utilisant la technologie R.f.i.d., le tag «sous-cutané» vecteur d’un identifiant unique pourra contenir des tonnes d’informations sur l’identité de son porteur. «Elle est déjà commercialisée aux Etats-Unis via le secteur médical, lequel s’avère un très bon cheval de Troie pour les fabricants d’implants électroniques», précise Françoise Gilboux, l’une des animatrices d’un groupe de citoyens belges inquiets, le Collectif de Résistance à la Puce (C.r.a.p.).(1)

 

De fait, en octobre 2004, la société Applied Digital Solution (A.d.s.), qui produit la puce VeriChip, a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (F.d.a.) américaine l’autorisant à commercialiser des implants électroniques à des fins médicales. Et, fin 2006, ce leader mondial dans le secteur des puces sous-cutanées annonçait fièrement que, d’ores et déjà, plus de 600 médecins au sein de 180 hôpitaux américains adhéraient à son réseau Verimed. Ces praticiens disposent d’un kit de présentation publicitaire  visant à convaincre leurs patients qu’il est dans leur intérêt de se faire mettre une puce dans l’avant-bras. Coût : 200 $, plus le prix d’un abonnement mensuel s’élevant à 10 $. Avantage vanté : avoir en permanence sur soi un identifiant électronique permettant aux médecins, en cas d’urgence, de scanner la puce avec un lecteur pour avoir accès immédiatement au dossier médical du patient, ce qui, dans certaines circonstances, peut s’avérer vital.

 

Les fabricants de puces électroniques espèrent aussi beaucoup du marché de la mort au travers des catastrophes naturelles et autres attentats terroristes : l’identification des cadavres étant perçue comme un vecteur de développement très intéressant. Imaginez le 11 septembre 2001, l’ouragan Katrina, le tsunami : si les victimes humaines avaient été préalablement «taguées», elles auraient immédiatement été localisées et identifiées par un appendice au système Verichip, le Verytrace.

 

Dans le rayon «cadavres», on a aussi prêté à A.d.s. le projet de négocier avec l’armée américaine le remplacement des traditionnelles plaques d’identification que les soldats portent au cou (dog tags) par des puces sous-cutanées. Double avantage : grâce à la R.f.i.d., les marines pourraient être localisables et identifiables. Morts ou vifs.La sécurité est un autre grand créneau d’avenir de la puce. Pourquoi ne pas «implanter» tous les prédateurs qui font courir des risques à la société?, se disent les défenseurs de la traçabilité.

 

D’un point de vue technologique, il est évident que, bientôt, le bracelet électronique déjà utilisé en Belgique et dans le monde entier paraîtra être un objet encombrant et obsolète, certaines puces R.f.i.d. permettant à la fois de localiser leur porteur et de stocker des informations actualisables à distance. Par exemple, un certificat de bonne vie et mœurs, des extraits de dossiers judiciaires, etc. En Belgique, le 10 juillet 2006, le sénateur Jacques Brotchi (MR) déposait une proposition de loi qui préfigurait peut-être l’avenir. Son but : «taguer» certains types de délinquants sexuels pour lesquels on craint une récidive.

 

Dans un hebdomadaire, quelques jours plus part, ce neurochirurgien précisait : «J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition (...) Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être strictement encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés. Elle rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. Les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Elles ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes».(2)

 

«Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes !»

 

La question qui se pose est de fait celle des barrières à placer pour empêcher une dérive dans l’utilisation des puces R.f.i.d. Marie-Rose Cavalier, une ex-députée wallonne d’Ecolo qui a rejoint le C.r.a.p., lance ce cri d’alarme : «On se dirige comme des moutons vers une société de l’hyper contrôle. Lorsque nous aurons tous une puce électronique implantée sous la peau, plus personne ne sera libre. Pour le moment, il n’est bien sûr pas question d’implants électroniques obligatoires en Belgique, ni en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, dans des assemblées parlementaires, on a déjà discuté de projets comme l’implantation des migrants clandestins, voire de tous les Américains dès la naissance. Et puis, la technologie évolue très vite, et les mentalités ne sont pas imperméables aux arguments du marketing. Ne va-t-on pas convaincre petit à petit les opinions publiques de la nécessité pour tout un chacun d’être «pucé» pour des raisons de confort, de sécurité et puis, finalement, parce qu’on vivra dans une société où ce ne sera plus possible de faire autrement?»

 

Questionnement trop alarmiste ? Mme Cavalier objecte que «il y a dix ans, personne n’aurait osé imaginer que le gouvernement fédéral nous impose sans aucune consultation populaire de nous promener en permanence avec une puce électronique en poche ou dans le sac ! C’est pourtant bel et bien la réalité d’aujourd’hui avec les nouvelles cartes d’identité »... Comme en écho, Françoise Gilboux ajoute que «cette carte électronique, dont on ne sait pas clairement quelles sont les données lisibles et par qui, est en plus promise à bel avenir. Dans les années futures, il est évident qu’elle sera rendue nécessaire pour de plus en plus d’accès : services communaux, tels que les parcs à conteneurs, les bibliothèques, les piscines, divers services en ligne. Et le privé suivra le mouvement – il s’y prépare déjà – : la C.i. électronique sera alors indispensable pour les accès en ligne aux sites bancaires, pour les achats en ligne, les réservations d’hôtel, les accès à une messagerie sur Internet... Et puis, pourquoi pas, pour entrer dans des lieux publics comme les magasins, les transports en commun... On entrevoit aisément la suite logique : pourquoi ne pas se faire « implanter » cette puce dont on aura tout le temps besoin ? Cela pourrait paraître tellement plus pratique... Entre une obligation légale et une obligation sociale, plus hypocrite mais presque tout aussi contraignante, la frontière est extrêmement ténue».

 

Cette cheville ouvrière du C.r.a.p. prévoit aussi des dérives inquiétantes : «Si on généralise l’implant électronique sans garde-fous, cela ouvrira des perspectives qui font vraiment peur. Par exemple, la possibilité de trier la population entre ceux qui ont accès ou pas à certains lieux, à certains services, voire à certains droits ! Sans parler de la possibilité de localiser tout le monde à tout moment... Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes ! Prenons garde à ce que ne se crée une vaste toile qui, si elle tombe entre de mauvaises mains, rendra possible l’avènement d’une dictature totale». Il ne faut pas nécessairement prendre des repères dans le passé pour comprendre ce qui pourrait être effrayant dans une utilisation à mauvais escient des technologies R.f.i.d. Très récemment, un site complètement dédié à la R.f.i.d. (www.filrfid.org) évoquait une actualité qui fait plutôt froid dans le dos.

 

"60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes, c’est évidemment très peu"

 

Nous citons : «La Chine est en train de construire le plus vaste réseau de surveillance des individus grâce à un mélange de vidéo-surveillance et de R.f.i.d.. C’est dans la ville de Shenzhen que cette expérimentation est en cours. Le réseau utilise 20 000 caméras numériques « intelligentes » et des cartes R.f.i.d. afin de suivre les 12,4 millions d’habitants vivant dans ce port du Sud de la Chine. Le système repose sur les cartes de résidents, lesquelles sont toutes équipées de puces R.f.i.d.. Les données contenues dans la puce contiennent non seulement le nom et l’adresse du citoyen, mais elles incluent aussi un historique sur sa condition sociale, sa religion, son appartenance ethnique, son dossier de police, le statut de son assurance médicale. (...) L’objectif de ce dispositif est de réduire considérablement le nombre de crimes et délits, de pouvoir intervenir instantanément en cas d’accident ou d’incident en fournissant aux services sociaux, médicaux et légaux toutes les données pour réagir sur le champ. L’amusant (si l’on peut dire dans cette parodie de « 1984 »), c’est que ce chantier n’a pas été confié à une firme chinoise (elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le secteur de la R.f.i.d.), mais à une société américaine... L’histoire ne dit pas si l’accès aux informations et à leur rectification est garanti par la loi de la République du Milieu»...

 

Au travers de cet exemple, on voit bien que nos parlementaires prendraient une excellente initiative en s’emparant de ce débat qui aura une importance de plus en plus vitale pour nos libertés démocratiques. Las ! Alors qu’au cours de ces cinq dernières années, la technologie du «puçage» s’est spectaculairement développée, on constate que, sur le même laps de temps, celle-ci n’a fait l’objet que d’une seule question au parlement fédéral. Dix lignes d’interpellation, dix lignes d’une réponse d’un ministre qui dit que le gouvernement belge ne compte pas favoriser l’utilisation des implants électroniques pour les citoyens en Belgique. 60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes sur toute la planète, c’est évidemment très peu.

 

Fin juillet 2007, le Conseil d’éthique et de santé mentale de l’U.c.l. constatait lui aussi cette inertie. Dans Le Soir, son président Francis Martens évoquait les «graves dangers que les technologies R.f.i.d. peuvent représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale», alors que les «choses se mettent en place sans sensibilisation de l’opinion», sans «débat sociétaire», dans un «vide politique».Ceux qui ne sont pas sourds ou aveugles peuvent pourtant parfaitement entrevoir la société qui pourrait bientôt éclore. Par exemple, il suffit de lire le dernier ouvrage fort bien documenté de Jacques Attali : « Une brève histoire de l’avenir »(3). L’essayiste français y décrit l’avènement d’une société de l’hyper contrôle dont on entrevoit déjà les prémisses. Un nouveau monde plus dépendant que jamais de son rapport à la machine et qui s’appuiera notamment sur les implants R.f.i.d. – des biocapteurs – pour vérifier à tout moment la disponibilité, l’employabilité, la santé, la civilité... de tout un chacun.

 

«Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing des fabricants de puces» 

 

Voulons-nous de ce «progrès»-là? Un petit peu ou pas du tout ? Nos élus pourraient aussi prendre comme base de réflexion ce que Giorgio Agamben, professeur de philosophie à l’Université de Venise, écrivait dans Le Monde en janvier 2004... La carte blanche était intitulée : «Non au tatouage biopolitique» et elle résumait fort bien quelques craintes justifiées à propos de la société de l’hyper contrôle qui, insidieusement, prend ses marques : «On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. (...) L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. (...) Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.»

 

«Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing», redoute Marie-Rose Cavalier. Et, de fait, les fabricants de puces abordent déjà un marché jugé très prometteur au travers du public jeune en vantant «le confort» d’utilisation et le côté «ludique» de leur technologie. Par exemple, pour entrer dans certains endroits branchés, comme des boîtes de nuit, être «pucé» pourrait bientôt servir de sésame. Plus besoin de carte de membre, de carte d’identité, ni même de portefeuille pour payer ses consommations...

 

Anticipation ? Si peu : le système existe déjà. Dans les discothèques Baja Beach Club en Espagne et aux Pays-Bas, la puce « VeriChip » est implantée dans le bras de clients qui l’acceptent afin d’accélérer les commandes de boissons et leur paiement. Fièrement, le site Internet de cette discothèque affiche les photos de plusieurs de ses clients en train de se faire injecter leur puce électronique au moyen d’une seringue (http://www.baja.nl).

 

Un mouvement encore ultra-minoritaire ? Oui, mais pour combien de temps ? On notera par exemple ce sondage d’un think tank de l’industrie agro-alimentaire relayé et commenté par le Times en octobre 2006 : d’ores et déjà 8% des Britanniques de 13 à 19 ans et 5% des 25-40 ans se déclarent totalement disposés à payer leur achats au moyen d’une puce sous-cutanée!

 

«Des implications majeures sur le plan éthique»

 

Alors qu’elle ne semble guère tracasser le monde politique belge, la question des implants électroniques a fait l’objet d’une étude fouillée de Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (G.e.e.). Sous le titre «Aspects éthiques des implants T.i.c. dans le corps humain» (N.d.l.r. : T.i.c., pour technologies de l’information et de la communication), les scientifiques faisaient état de leur perplexité : «L’idée de se laisser implanter ces dispositifs sous la peau en vue non seulement de restaurer, mais aussi d’améliorer certaines capacités fonctionnelles éveille des visions de science-fiction effrayantes et/ou prometteuses. L’implantation de micropuces se pratique pourtant déjà, avec le risque corrélatif de formes de contrôle de l’individu et de la société. (...) Ces implants dans le corps humain, qu’ils existent déjà ou ne soient encore qu’envisagés, ont des implications majeures sur le plan éthique».

 

A propos des «dispositifs d’identification et de localisation», les experts du G.e.e. recensent trois formes de puces.

 

Celle qui est «à lecture seule» : «Similaire à celle aujourd’hui utilisée pour l’identification des animaux (cette puce) a de nombreuses applications potentielles, par exemple le repérage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mineures ou inconscientes. Plus largement, elle pourrait être utilisée comme une sorte de carte nationale d’identité, fonctionnant avec un numéro d’identification intégré».

 

Celle «à lecture/écriture» qui «contient une série d’informations pouvant êtres complétées (...) à distance. A supposer qu’elle contienne le dossier médical d’une personne et que celui-ci évolue, les informations correspondantes pourraient être ajoutées sans qu’il soit pour cela nécessaire de retirer l’implant. Les puces à lecture/écriture pourraient également faciliter et permettre l’enregistrement des transactions financières et/ou le casier judiciaire».

 

Celles qui ont, de surcroît, «une fonction de localisation» : «Outre les fonctions de lecture/écriture, certains dispositifs peuvent également émettre un signal radio localisable. (...) . Avec un tel implant, un suivi constant deviendrait possible (...) par simple appel du bon signal. Le récepteur étant mobile, cette localisation serait partout possible.»

 

Les scientifiques du G.e.e. notent encore que «des millions de R.f.i.d. se sont vendues depuis le début des années 1980 (...) pour l’identification du bétail, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire et des espèces menacées». Et que cet implant «ne contient ni produit chimique, ni batterie. La puce ne se décharge jamais et a une espérance de vie de 20 ans». Ils qualifient la « VeriChip », déjà évoquée plus haut, de « code barre humain » et soulignent, eux aussi, que cette « R.f.i.d. sous-cutanée qui s’implante dans le tissu adipeux en dessous du triceps » a un bel avenir devant elle. « Ses applications pourraient s’étendre à la sécurité des transports publics, à l’accès aux bâtiments ou installations sensibles et au suivi des personnes en liberté conditionnelle. Actuellement, le porteur doit se tenir à une courte distance d’un scanner pour que la puce soit «réveillée». Par conséquent, celle-ci ne permet de suivre ses déplacements qu’à proximité du scanner. Pour le moment », soulignent prudemment les experts du G.e.e., «la puce VeriChip n’est donc pas un système implantable de positionnement par satellites». Toutefois, «la société américaine Applied Digital Solutions (A.d.s.) a déclaré qu’un implant prototype de localisation par satellites avait été testé avec succès.» Une avancée technique, précisons-le, dont A.d.s. se vantait déjà en 2003.

 

On n’arrête pas le progrès…

 

Le G.e.e. a aussi fait le point sur quelques recherches en cours à propos des implants électroniques pour humain : «La société bavaroise Ident Technology (http://www.ident-technology.com/) propose des dispositifs utilisant le corps humain (en particulier la peau) comme transmetteur de données numériques ; (...) le brevet d’un implant télécommandé déclenchant un orgasme féminin par simple pression sur un bouton a été déposé aux Etats-Unis en janvier 2004». Il y a aussi les «biocapteurs» : «implantés dans le corps humain pour un suivi précis de certaines parties inaccessibles. Organisés en réseau, ils contrôlent de manière collective l’état de santé de leur hôte. Cela va de la collecte de données sur des paramètres physiologiques comme la pression sanguine ou le taux de glucose à la prise de décisions fondées sur ces données (par exemple, le corps médical sera averti d’un éventuel risque pour la santé)». Tout profit, notamment, pour les compagnies d’assurance qui pourraient ainsi disposer d’une «boîte noire» retraçant les dysfonctionnements comportementaux de ses clients.

 

Les experts du G.e.e. évoquent aussi «l’hippocampe artificiel». Soit «l’implantation dans le cerveau d’une puce capable de restaurer ou d’améliorer la mémoire : les informaticiens ont annoncé que, dans les vingt prochaines années, des interfaces neuronales seraient conçues qui, non seulement, augmenteraient la gamme dynamique des sens, mais amélioreraient aussi la mémoire et permettraient la «cyber-pensée» – c’est-à-dire la communication invisible avec les autres». Dans cette gamme, on verra notamment apparaître «l’implant prothétique cortical», que ces scientifiques présentent comme un «amplificateur sensoriel ou d’intelligence».

 

Un article extrêmement fouillé publié par la revue française Quasimodo explore ces «modifications corporelles» que pourrait subir l’homme du futur (4). Parmi d’innombrables recherches scientifiques, ses auteurs évoquent celles du cybernéticien britannique Kevin Warwick, qui fait des «tentatives d’intégration homme-machine» : «Il a projeté d’échanger des signaux et des émotions avec son épouse par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans son bras devrait reconnaître les messages nerveux transitant dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquerait alors ce message par Internet à une seconde puce implantée dans le bras de sa dulcinée (...). La télépathie par Internet.»

 

D’autres recherches visent à l’implantation dans le cerveau d’un émetteur-récepteur miniature pouvant relier directement l’individu au Web et au réseau téléphonique afin de communiquer des messages par la seule force de la pensée. Il y a aussi des recherches vivant à robotiser... des rats en leur plaçant une puce agissant sur le centre du plaisir. L’animal «implanté» se montre capable d’ignorer une femelle pour aller au bout d’une mission télécommandée par ses maîtres en blouses blanches...

 

A vrai dire, toutes sortes de puces sont à l’étude qui, c’est évident, n’ont pas que des aspects négatifs : elles permettront à l’aveugle de voir, au paralysé de marcher, au parkinsonnien de ne plus trembler, au sourd d’entendre et au muet d’exprimer enfin ses pensées... «La question est bien entendu de savoir jusqu’où ira l’interdépendance de plus en plus grande de l’humanité avec les machines », s’interroge Marie- Rose Cavalier. « Conçue pour aider l’homme, cette technologie ne va-t-elle pas finalement le contraindre, l’enfermer dans un monde infernal qu’il ne maîtrisera plus ? Des chercheurs, des philosophes nous invitent dès aujourd’hui à réfléchir au point de non-retour que l’on risque un jour d’atteindre. L’armée américaine, par exemple, finance des recherches sur des implants qui sont de nature à influencer la volonté de ses soldats pour les rendre plus combatifs. Jusqu’où iront de telles applications ? Sera-t-il un jour question de contrôler les émotions, les pensées de populations entières ? »

 

Dans «The Age of Spiritual Machines» (5), l’informaticien américain Ray Kurzweil a tenté d’imaginer cette avenir des implants neuronaux. Pronostic ? «Dès le milieu du 21ème siècle, des neuro-implants biocompatibles permettront d’augmenter à volonté les capacités de calcul et de mémoire du cerveau. Des liaisons directes entre le cerveau humain et l’ordinateur permettront en outre de scanner le contenu de chaque cerveau et de transférer les souvenirs et la personnalité de l’individu dans une banque de données». Notre cerveau serait donc appelé à devenir de plus en plus performant grâce aux puces électroniques. Toutefois, nous ne devrions pas être les seuls bénéficiaires de ce «progrès». 

 

Ces dernières années des parties d’échec hyper médiatisées ont régulièrement opposé des grands maîtres de ce jeu de stratégie à l’ordinateur. Il ne s’agissait là que de la représentation cathodique de l’un des grands axes des recherche actuelle : donner à la machine, les aptitudes nécessaires qui in fine devrait lui permettre d’accéder à un niveau d’intelligence… humain; Ce qui inclut bien évidemment la capacité de réagir à un stimulus émotionnel. Selon les estimations prospectives de Ray Kurzweil - relayée par le New York Times et le Courrier International- la machine pourrait bien être cet égal de l’homme -et donc son concurrent- dès avant la moitié de ce 21ème siècle… Avant de le dépasser ? 

 

Les recherches de Ray Kurzweil ont aussi été vulgarisées dans la revue Quasimodo. On y lit qu’à terme, «la puissance brute de traitement d’informations de l’ordinateur devrait s’avérer incommensurablement supérieure à celle du cerveau humain, notamment avec le remplacement de puces de silicium par des nanotubes de carbone. La partie logicielle de l’intelligence, quant à elle, serait obtenue en copiant les plans du cerveau, afin de le rétroconcevoir. (…) Le cerveau serait scanné de l’intérieur par des milliards de nanorobots, envoyés explorer le moindre capillaire cervical et étudier en gros plan tous les détails nerveux. (…) Il serait alors possible de ‘recréer ces assemblages dans des ordinateurs neuronaux suffisamment avancés qui, dès cet instant, dépasseront à une vitesse fulgurante le niveau d’intelligence humain’.»

 

«De son côté, l’humain, en fusionnant avec ‘ses propres avancées technologiques’ pourra, lui aussi, étendre le champ de sa réflexion et de son expérience. Des nanorobots intelligents implantés dans nos cerveaux permettront d’en gonfler les capacités, augmentant ‘de manière prodigieuse notre mémoire et en améliorant de façon insoupçonnable l’ensemble de nos capacités sensitives, logiques et cognitives’. Ils nous donneront surtout la possibilité de nous immerger complètement dans ‘une réalité virtuelle aussi détaillée que la “vrai” réalité’, en remplaçant les données communiquées par nos sens réels par des ‘flux artificiels de données sensorielles (…)».

 

Ce n’est pas tout : «Comme tous ces implants pourront communiquer entre eux, grâce à un réseau sans fil, s’interconnecter ou se déconnecter à volonté, ils créeront de nouveaux réseaux hybrides (à la fois biologiques et non biologiques). À partir de 2030, il ne sera même plus besoin d’une intervention chirurgicale pour implanter ces nanorobots qui pourront être «injectés dans l’organisme ou même tout simplement ingurgités. La distinction deviendra alors de plus en plus floue, entre des ‘cerveaux entièrement artificiels qui seront des copies hautement améliorées de cerveaux humains’ et des cerveaux humains massivement implantés de nanorobots différemment programmés. La question de savoir qui, de l’ordinateur ou de l’être humain, est le plus intelligent n’aura plus de sens, puisque les deux auront fusionnés. Pour Ray Kurzweil ‘le terme logique de tout ça, c’est un cerveau maintenu en survie artificielle sous perfusion qui contrôlerait des batteries d’ordinateurs surpuissants. Quel cauchemar!’

 

A la fin du siècle dernier, dans les colonnes du quotidien «Le Monde», un chercheur en intelligence artificielle, Hugo de Garis décrivait ce qui pourrait être la fin de cette histoire : l’apparition de clivages nouveaux dans une société divisée entre partisans et opposants des robots. La question pourrait être alors de savoir si nous voulons tous devenir des cyborgs (6). Esméralda et Maxence Grugier dans la revue Quasimodo partageait cette même conclusion : «Selon différents auteurs, au siècle prochain, l’humain et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition.»     

 

Elucubrations ? Fantasme ? Peut-être. Mais en 1940, qui aurait cru que l’on marcherait sur la lune moins de 30 ans plus tard ? Qui aurait imaginé que nous ayons tous notre petit téléphone portatif ? Peut-être sommes-nous encore éloignés des cauchemars évoqués par des spécialistes de la prospective. Si éloignés ?

 

Ne faudrait-il pas accorder plus d’intérêt aux conclusions des experts du GEE lorsqu’ils relevaient, il y a deux ans déjà, que «notre société contemporaine est confrontée à des changements qui touchent à l’essence anthropologique des individus. Un changement progressif est à l’oeuvre: après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité.Parallèlement à cette érosion toujours plus grande des prérogatives individuelles (qui va jusqu’àla transformation du corps humain), une attention croissante doit être portée à cette question (…) Un vaste débat social et politique s'impose sur le type d’applications qui devrait être accepté et légalement approuvé, notamment pour ce qui concerne la surveillance et l'amélioration des capacités fonctionnelles.».

 

Puissent-ils être entendus ! Dans son roman d’anticipation intitulé «1984», Georges Orwell faisait à dire à l’un des ses personnages que «dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment». A n’y prendre garde, la réalité pourrait-elle un jour dépasser largement cette fiction ? Il n’y aura plus besoin de policiers, si la technologie permet un jour de contrôler les pensées. Il n’y aura plus de liberté non plus. Juste l’uniformité des esprits, ce qui équivaut à la prison à vie pour tous...

 

(1) : Voir aussi le site www.stoppuce.be

(2) Le Vif/L’express, 28 juillet 2006.

(3) Jacques Attali, «Une brève histoire de l’avenir», Fayard, Paris, 2006.

(4) http://www.revue-quasimodo.org. N° 7 de cette revue intitulé « Modifications corporelles » 384 pages, illustré, couleur. Épuisé dans sa version papier, mais intégralement consultable en ligne.

(5) Voir la revue «Quasimodo» mais aussi «Le Courrier International», n°513 du 9 novembre 2000.

(6) Hugo de Garis, «Le siècle des robots», 9 novembre 1999, in Le Monde, Paris.

 

Elle est déjà partout... et bientôt elle vous suivra à la trace !

Comme son homonyme du monde vivant, les puces R.f.i.d. se multiplient de manière exponentielle. Un site spécialisé (www.pcinpact.com) estime qu’«en 2008, les ventes de puces électroniques dans les domaines de l’identification des médicaments, bagages, animaux, livres, billets... représenteront 6,8 milliards d’étiquettes R.f.i.d.». Cette petite étiquette «intelligente» se compose d’une puce et d’une antenne. Elle se distingue aussi par un identifiant unique. Ce qui permet à l’objet ou à la personne qui la porte d’être «tracé». L’année dernière, Hitachi a présenté la plus petite puce R.f.i.d. au monde : 0,15 mm de côté et 7,5 µm d’épaisseur. Comme l’explique un site Internet spécialisé (www.piecesetmaindoeuvre.com ), « invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui pilotent la machine ». De plus en plus d’objets sont tagués et de plus en plus d’entreprises, dont les supermarchés, les collectivités locales, les bibliothèques s’équipent de lecteurs R.f.i.d.. Les polices vont inévitablement suivre le mouvement. Couplée à une carte d’identité biométrique, comme celle que les Français porteront très bientôt, la puce R.f.i.d. permettra d’innombrables recoupements entre les informations sur les déplacements et les habitudes de vie, voire les opinions de tout un chacun.

 

Les Grenoblois du site Internet «Pièces et main d’œuvre» décrivent de manière éloquente le type de données qui pourront être recueillies dans un proche avenir sur les individus «tagués». Par exemple, lors d’une manifestation : « Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14 h 11. Manifestation des étudiants. Présence des individus X (carte d’identité n°98729872), Z (carte d’identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l’individu G (carte d’identité n°816539837) fiché pour participation au fauchage d’un champ d’O.g.m. dans la Drôme le 27/07/07. » Ou en fonction de leurs achats : « Le manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de la Grand-Place aujourd’hui à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre « 30 recettes pour maigrir en famille » emprunté à la bibliothèque du centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan’Tag de Sonia Chabert ».

 

16:06 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/10/2007

Implants électroniques pour humains 300907/041007

Enquête évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle Match-RTL/TVI, le 30 septembre 2007 et publée dans Paris Match, le 4 octobre 2007

verichipUn jour serons-nous tous « pucés » pour des raisons de santé, de sécurité ou de confort ?

Ce débat éthique majeur n’a pas encore été abordé par le monde politique belge 

Depuis plusieurs années, la puce électronique se trouve sur notre carte bancaire. On l’aperçoit aussi sur les nouvelles cartes d’identité et elle est présente sur nos passeports dans sa version R.f.i.d., de l’anglais Radio Frequency Identification. En d’autres termes, elle peut être lue à courte distance par un scanner. La technologie actuelle propose aussi des puces R.f.i.d. qui émettent des signaux captables à plus grande distance, voire sur toute la terre lorsqu’elles sont équipées d’une balise G.p.s. Il y aussi les puces modifiables à distance, même celles implantables dans le corps humain. Bien plus vite qu’on le pense généralement, notre société devra se déterminer : après les animaux de compagnie, les chevaux et de plus en plus d’objets vendus dans le commerce, acceptera-t-elle que les hommes aussi soient « tagués » ? Des sociétés privées, principalement aux Etats-Unis, investissent déjà dans ce marché prometteur. Une discothèque en Espagne propose à ses clients un implant sous-cutané permettant de contrôler plus facilement leur entrée et leurs consommations… Choisirons-nous bientôt de « pucer » certaines catégories de la population au nom d’enjeux de santé, de sécurité ou de confort ? En Belgique, une proposition de loi déposée l’année dernière visait à implanter les délinquants sexuels… Un énorme débat éthique frappe à notre porte mais, très en retard, le monde politique belge ne s’en est pas encore emparé.

 Pour paraphraser une pub du temps jadis : «Elle est mini, mais elle fait le maximum». A peine plus grande qu’un grain de riz, la puce implantable sous la peau de l’être humain est prête à inonder un marché immensément prometteur pour ses fabricants. Utilisant la technologie R.f.i.d., le tag «sous-cutané» vecteur d’un identifiant unique pourra contenir des tonnes d’informations sur l’identité de son porteur. «Elle est déjà commercialisée aux Etats-Unis via le secteur médical, lequel s’avère un très bon cheval de Troie pour les fabricants d’implants électroniques», précise Françoise Gilboux, l’une des animatrices d’un groupe de citoyens belges inquiets, le Collectif de Résistance à la Puce (C.r.a.p.).(1)  De fait, en octobre 2004, la société Applied Digital Solution (A.d.s.), qui produit la puce VeriChip, a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (F.d.a.) américaine l’autorisant à commercialiser des implants électroniques à des fins médicales. Et, fin 2006, ce leader mondial dans le secteur des puces sous-cutanées annonçait fièrement que, d’ores et déjà, plus de 600 médecins au sein de 180 hôpitaux américains adhéraient à son réseau Verimed. Ces praticiens disposent d’un kit de présentation publicitaire  visant à convaincre leurs patients qu’il est dans leur intérêt de se faire mettre une puce dans l’avant-bras. Coût : 200 $, plus le prix d’un abonnement mensuel s’élevant à 10 $. Avantage vanté : avoir en permanence sur soi un identifiant électronique permettant aux médecins, en cas d’urgence, de scanner la puce avec un lecteur pour avoir accès immédiatement au dossier médical du patient, ce qui, dans certaines circonstances, peut s’avérer vital. Les fabricants de puces électroniques espèrent aussi beaucoup du marché de la mort au travers des catastrophes naturelles et autres attentats terroristes : l’identification des cadavres étant perçue comme un vecteur de développement très intéressant. Imaginez le 11 septembre 2001, l’ouragan Katrina, le tsunami : si les victimes humaines avaient été préalablement «taguées», elles auraient immédiatement été localisées et identifiées par un appendice au système Verichip, le Verytrace. Dans le rayon «cadavres», on a aussi prêté à A.d.s. le projet de négocier avec l’armée américaine le remplacement des traditionnelles plaques d’identification que les soldats portent au cou (dog tags) par des puces sous-cutanées. Double avantage : grâce à la R.f.i.d., les marines pourraient être localisables et identifiables. Morts ou vifs. La sécurité est un autre grand créneau d’avenir de la puce. Pourquoi ne pas «implanter» tous les prédateurs qui font courir des risques à la société?, se disent les défenseurs de la traçabilité. D’un point de vue technologique, il est évident que, bientôt, le bracelet électronique déjà utilisé en Belgique et dans le monde entier paraîtra être un objet encombrant et obsolète, certaines puces R.f.i.d. permettant à la fois de localiser leur porteur et de stocker des informations actualisables à distance. Par exemple, un certificat de bonne vie et mœurs, des extraits de dossiers judiciaires, etc. En Belgique, le 10 juillet 2006, le sénateur Jacques Brotchi (MR) déposait une proposition de loi qui préfigurait peut-être l’avenir. Son but : «taguer» certains types de délinquants sexuels pour lesquels on craint une récidive.  Dans un hebdomadaire, quelques jours plus part, ce neurochirurgien précisait : «J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition (...) Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être strictement encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés. Elle rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. Les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Elles ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes».(2)  «Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes !» La question qui se pose est de fait celle des barrières à placer pour empêcher une dérive dans l’utilisation des puces R.f.i.d. Marie-Rose Cavalier, une ex-députée wallonne d’Ecolo qui a rejoint le C.r.a.p., lance ce cri d’alarme : «On se dirige comme des moutons vers une société de l’hyper contrôle. Lorsque nous aurons tous une puce électronique implantée sous la peau, plus personne ne sera libre. Pour le moment, il n’est bien sûr pas question d’implants électroniques obligatoires en Belgique, ni en Europe. Par contre, aux Etats-Unis, dans des assemblées parlementaires, on a déjà discuté de projets comme l’implantation des migrants clandestins, voire de tous les Américains dès la naissance. Et puis, la technologie évolue très vite, et les mentalités ne sont pas imperméables aux arguments du marketing. Ne va-t-on pas convaincre petit à petit les opinions publiques de la nécessité pour tout un chacun d’être «pucé» pour des raisons de confort, de sécurité et puis, finalement, parce qu’on vivra dans une société où ce ne sera plus possible de faire autrement?»  Questionnement trop alarmiste ? Mme Cavalier objecte que «il y a dix ans, personne n’aurait osé imaginer que le gouvernement fédéral nous impose sans aucune consultation populaire de nous promener en permanence avec une puce électronique en poche ou dans le sac ! C’est pourtant bel et bien la réalité d’aujourd’hui avec les nouvelles cartes d’identité »... Comme en écho, Françoise Gilboux ajoute que «cette carte électronique, dont on ne sait pas clairement quelles sont les données lisibles et par qui, est en plus promise à bel avenir. Dans les années futures, il est évident qu’elle sera rendue nécessaire pour de plus en plus d’accès : services communaux, tels que les parcs à conteneurs, les bibliothèques, les piscines, divers services en ligne. Et le privé suivra le mouvement – il s’y prépare déjà – : la C.i. électronique sera alors indispensable pour les accès en ligne aux sites bancaires, pour les achats en ligne, les réservations d’hôtel, les accès à une messagerie sur Internet... Et puis, pourquoi pas, pour entrer dans des lieux publics comme les magasins, les transports en commun... On entrevoit aisément la suite logique : pourquoi ne pas se faire « implanter » cette puce dont on aura tout le temps besoin ? Cela pourrait paraître tellement plus pratique... Entre une obligation légale et une obligation sociale, plus hypocrite mais presque tout aussi contraignante, la frontière est extrêmement ténue».  Cette cheville ouvrière du C.r.a.p. prévoit aussi des dérives inquiétantes : «Si on généralise l’implant électronique sans garde-fous, cela ouvrira des perspectives qui font vraiment peur. Par exemple, la possibilité de trier la population entre ceux qui ont accès ou pas à certains lieux, à certains services, voire à certains droits ! Sans parler de la possibilité de localiser tout le monde à tout moment... Imaginez qu’Hitler ou Staline aient bénéficié d’une telle technologie pour faciliter leurs crimes ! Prenons garde à ce que ne se crée une vaste toile qui, si elle tombe entre de mauvaises mains, rendra possible l’avènement d’une dictature totale».  Il ne faut pas nécessairement prendre des repères dans le passé pour comprendre ce qui pourrait être effrayant dans une utilisation à mauvais escient des technologies R.f.i.d.. Très récemment, un site complètement dédié à la R.f.i.d. (www.filrfid.org) évoquait une actualité qui fait plutôt froid dans le dos.  "60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes, c’est évidemment très peu" Nous citons : «La Chine est en train de construire le plus vaste réseau de surveillance des individus grâce à un mélange de vidéo-surveillance et de R.f.i.d.. C’est dans la ville de Shenzhen que cette expérimentation est en cours. Le réseau utilise 20 000 caméras numériques « intelligentes » et des cartes R.f.i.d. afin de suivre les 12,4 millions d’habitants vivant dans ce port du Sud de la Chine. Le système repose sur les cartes de résidents, lesquelles sont toutes équipées de puces R.f.i.d.. Les données contenues dans la puce contiennent non seulement le nom et l’adresse du citoyen, mais elles incluent aussi un historique sur sa condition sociale, sa religion, son appartenance ethnique, son dossier de police, le statut de son assurance médicale. (...) L’objectif de ce dispositif est de réduire considérablement le nombre de crimes et délits, de pouvoir intervenir instantanément en cas d’accident ou d’incident en fournissant aux services sociaux, médicaux et légaux toutes les données pour réagir sur le champ. L’amusant (si l’on peut dire dans cette parodie de « 1984 »), c’est que ce chantier n’a pas été confié à une firme chinoise (elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans le secteur de la R.f.i.d.), mais à une société américaine... L’histoire ne dit pas si l’accès aux informations et à leur rectification est garanti par la loi de la République du Milieu»...  Au travers de cet exemple, on voit bien que nos parlementaires prendraient une excellente initiative en s’emparant de ce débat qui aura une importance de plus en plus vitale pour nos libertés démocratiques. Las ! Alors qu’au cours de ces cinq dernières années, la technologie du «puçage» s’est spectaculairement développée, on constate que, sur le même laps de temps, celle-ci n’a fait l’objet que d’une seule question au parlement fédéral. Dix lignes d’interpellation, dix lignes d’une réponse d’un ministre qui dit que le gouvernement belge ne compte pas favoriser l’utilisation des implants électroniques pour les citoyens en Belgique. 60 secondes de débat pour une technologie qui risque de bouleverser les rapports entre les hommes sur toute la planète, c’est évidemment très peu. Fin juillet 2007, le Conseil d’éthique et de santé mentale de l’U.c.l. constatait lui aussi cette inertie. Dans Le Soir, son président Francis Martens évoquait les «graves dangers que les technologies R.f.i.d. peuvent représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale», alors que les «choses se mettent en place sans sensibilisation de l’opinion», sans «débat sociétaire», dans un «vide politique». Ceux qui ne sont pas sourds ou aveugles peuvent pourtant parfaitement entrevoir la société qui pourrait bientôt éclore. Par exemple, il suffit de lire le dernier ouvrage fort bien documenté de Jacques Attali : « Une brève histoire de l’avenir »(3). L’essayiste français y décrit l’avènement d’une société de l’hyper contrôle dont on entrevoit déjà les prémisses. Un nouveau monde plus dépendant que jamais de son rapport à la machine et qui s’appuiera notamment sur les implants R.f.i.d. – des biocapteurs – pour vérifier à tout moment la disponibilité, l’employabilité, la santé, la civilité... de tout un chacun. «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing des fabricants de puces» Voulons-nous de ce «progrès»-là? Un petit peu ou pas du tout ? Nos élus pourraient aussi prendre comme base de réflexion ce que Giorgio Agamben, professeur de philosophie à l’Université de Venise, écrivait dans Le Monde en janvier 2004... La carte blanche était intitulée : «Non au tatouage biopolitique» et elle résumait fort bien quelques craintes justifiées à propos de la société de l’hyper contrôle qui, insidieusement, prend ses marques : «On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables. On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. (...) L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens. (...) Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.» «Si le politique n’occupe pas le terrain, le vide sera rempli par la pub et le marketing», redoute Marie-Rose Cavalier. Et, de fait, les fabricants de puces abordent déjà un marché jugé très prometteur au travers du public jeune en vantant «le confort» d’utilisation et le côté «ludique» de leur technologie. Par exemple, pour entrer dans certains endroits branchés, comme des boîtes de nuit, être «pucé» pourrait bientôt servir de sésame. Plus besoin de carte de membre, de carte d’identité, ni même de portefeuille pour payer ses consommations...  Anticipation ? Si peu : le système existe déjà. Dans les discothèques Baja Beach Club en Espagne et aux Pays-Bas, la puce « VeriChip » est implantée dans le bras de clients qui l’acceptent afin d’accélérer les commandes de boissons et leur paiement. Fièrement, le site Internet de cette discothèque affiche les photos de plusieurs de ses clients en train de se faire injecter leur puce électronique au moyen d’une seringue (http://www.baja.nl).  Un mouvement encore ultra-minoritaire ? Oui, mais pour combien de temps ? On notera par exemple ce sondage d’un think tank de l’industrie agro-alimentaire relayé et commenté par le Times en octobre 2006 : d’ores et déjà 8% des Britanniques de 13 à 19 ans et 5% des 25-40 ans se déclarent totalement disposés à payer leur achats au moyen d’une puce sous-cutanée!  «Des implications majeures sur le plan éthique» Alors qu’elle ne semble guère tracasser le monde politique belge, la question des implants électroniques a fait l’objet d’une étude fouillée de Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (G.e.e.). Sous le titre «Aspects éthiques des implants T.i.c. dans le corps humain» (N.d.l.r. : T.i.c., pour technologies de l’information et de la communication), les scientifiques faisaient état de leur perplexité : «L’idée de se laisser implanter ces dispositifs sous la peau en vue non seulement de restaurer, mais aussi d’améliorer certaines capacités fonctionnelles éveille des visions de science-fiction effrayantes et/ou prometteuses. L’implantation de micropuces se pratique pourtant déjà, avec le risque corrélatif de formes de contrôle de l’individu et de la société. (...) Ces implants dans le corps humain, qu’ils existent déjà ou ne soient encore qu’envisagés, ont des implications majeures sur le plan éthique».  A propos des «dispositifs d’identification et de localisation», les experts du G.e.e. recensent trois formes de puces.  Celle qui est «à lecture seule» : «Similaire à celle aujourd’hui utilisée pour l’identification des animaux (cette puce) a de nombreuses applications potentielles, par exemple le repérage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mineures ou inconscientes. Plus largement, elle pourrait être utilisée comme une sorte de carte nationale d’identité, fonctionnant avec un numéro d’identification intégré».  Celle «à lecture/écriture» qui «contient une série d’informations pouvant êtres complétées (...) à distance. A supposer qu’elle contienne le dossier médical d’une personne et que celui-ci évolue, les informations correspondantes pourraient être ajoutées sans qu’il soit pour cela nécessaire de retirer l’implant. Les puces à lecture/écriture pourraient également faciliter et permettre l’enregistrement des transactions financières et/ou le casier judiciaire». Celles qui ont, de surcroît, «une fonction de localisation» : «Outre les fonctions de lecture/écriture, certains dispositifs peuvent également émettre un signal radio localisable. (...) . Avec un tel implant, un suivi constant deviendrait possible (...) par simple appel du bon signal. Le récepteur étant mobile, cette localisation serait partout possible.»  Les scientifiques du G.e.e. notent encore que «des millions de R.f.i.d. se sont vendues depuis le début des années 1980 (...) pour l’identification du bétail, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire et des espèces menacées». Et que cet implant «ne contient ni produit chimique, ni batterie. La puce ne se décharge jamais et a une espérance de vie de 20 ans». Ils qualifient la « VeriChip », déjà évoquée plus haut, de « code barre humain » et soulignent, eux aussi, que cette « R.f.i.d. sous-cutanée qui s’implante dans le tissu adipeux en dessous du triceps » a un bel avenir devant elle. « Ses applications pourraient s’étendre à la sécurité des transports publics, à l’accès aux bâtiments ou installations sensibles et au suivi des personnes en liberté conditionnelle. Actuellement, le porteur doit se tenir à une courte distance d’un scanner pour que la puce soit «réveillée». Par conséquent, celle-ci ne permet de suivre ses déplacements qu’à proximité du scanner. Pour le moment », soulignent prudemment les experts du G.e.e., «la puce VeriChip n’est donc pas un système implantable de positionnement par satellites». Toutefois, «la société américaine Applied Digital Solutions (A.d.s.) a déclaré qu’un implant prototype de localisation par satellites avait été testé avec succès.» Une avancée technique, précisons-le, dont A.d.s. se vantait déjà en 2003. On n’arrête pas le progrès… Le G.e.e. a aussi fait le point sur quelques recherches en cours à propos des implants électroniques pour humain : «La société bavaroise Ident Technology (http://www.ident-technology.com/) propose des dispositifs utilisant le corps humain (en particulier la peau) comme transmetteur de données numériques ; (...) le brevet d’un implant télécommandé déclenchant un orgasme féminin par simple pression sur un bouton a été déposé aux Etats-Unis en janvier 2004». Il y a aussi les «biocapteurs» : «implantés dans le corps humain pour un suivi précis de certaines parties inaccessibles. Organisés en réseau, ils contrôlent de manière collective l’état de santé de leur hôte. Cela va de la collecte de données sur des paramètres physiologiques comme la pression sanguine ou le taux de glucose à la prise de décisions fondées sur ces données (par exemple, le corps médical sera averti d’un éventuel risque pour la santé)». Tout profit, notamment, pour les compagnies d’assurance qui pourraient ainsi disposer d’une «boîte noire» retraçant les dysfonctionnements comportementaux de ses clients.  Les experts du G.e.e. évoquent aussi «l’hippocampe artificiel». Soit «l’implantation dans le cerveau d’une puce capable de restaurer ou d’améliorer la mémoire : les informaticiens ont annoncé que, dans les vingt prochaines années, des interfaces neuronales seraient conçues qui, non seulement, augmenteraient la gamme dynamique des sens, mais amélioreraient aussi la mémoire et permettraient la «cyber-pensée» – c’est-à-dire la communication invisible avec les autres». Dans cette gamme, on verra notamment apparaître «l’implant prothétique cortical», que ces scientifiques présentent comme un «amplificateur sensoriel ou d’intelligence». Un article extrêmement fouillé publié par la revue française Quasimodo explore ces «modifications corporelles» que pourrait subir l’homme du futur (4). Parmi d’innombrables recherches scientifiques, ses auteurs évoquent celles du cybernéticien britannique Kevin Warwick, qui fait des «tentatives d’intégration homme-machine» : «Il a projeté d’échanger des signaux et des émotions avec son épouse par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans son bras devrait reconnaître les messages nerveux transitant dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquerait alors ce message par Internet à une seconde puce implantée dans le bras de sa dulcinée (...). La télépathie par Internet.» D’autres recherches visent à l’implantation dans le cerveau d’un émetteur-récepteur miniature pouvant relier directement l’individu au Web et au réseau téléphonique afin de communiquer des messages par la seule force de la pensée. Il y a aussi des recherches vivant à robotiser... des rats en leur plaçant une puce agissant sur le centre du plaisir. L’animal «implanté» se montre capable d’ignorer une femelle pour aller au bout d’une mission télécommandée par ses maîtres en blouses blanches...  A vrai dire, toutes sortes de puces sont à l’étude qui, c’est évident, n’ont pas que des aspects négatifs : elles permettront à l’aveugle de voir, au paralysé de marcher, au parkinsonnien de ne plus trembler, au sourd d’entendre et au muet d’exprimer enfin ses pensées... «La question est bien entendu de savoir jusqu’où ira l’interdépendance de plus en plus grande de l’humanité avec les machines », s’interroge Marie- Rose Cavalier. « Conçue pour aider l’homme, cette technologie ne va-t-elle pas finalement le contraindre, l’enfermer dans un monde infernal qu’il ne maîtrisera plus ? Des chercheurs, des philosophes nous invitent dès aujourd’hui à réfléchir au point de non-retour que l’on risque un jour d’atteindre. L’armée américaine, par exemple, finance des recherches sur des implants qui sont de nature à influencer la volonté de ses soldats pour les rendre plus combatifs. Jusqu’où iront de telles applications ? Sera-t-il un jour question de contrôler les émotions, les pensées de populations entières ? »  Dans «The Age of Spiritual Machines» (5), l’informaticien américain Ray Kurzweil a tenté d’imaginer cette avenir des implants neuronaux. Pronostic ? «Dès le milieu du 21ème siècle, des neuro-implants biocompatibles permettront d’augmenter à volonté les capacités de calcul et de mémoire du cerveau. Des liaisons directes entre le cerveau humain et l’ordinateur permettront en outre de scanner le contenu de chaque cerveau et de transférer les souvenirs et la personnalité de l’individu dans une banque de données». Notre cerveau serait donc appelé à devenir de plus en plus performant grâce aux puces électroniques. Toutefois, nous ne devrions pas être les seuls bénéficiaires de ce «progrès».   Ces dernières années des parties d’échec hyper médiatisées ont régulièrement opposé des grands maîtres de ce jeu de stratégie à l’ordinateur. Il ne s’agissait là que de la représentation cathodique de l’un des grands axes des recherche actuelle : donner à la machine, les aptitudes nécessaires qui in fine devrait lui permettre d’accéder à un niveau d’intelligence… humain; Ce qui inclut bien évidemment la capacité de réagir à un stimulus émotionnel. Selon les estimations prospectives de Ray Kurzweil - relayée par le New York Times et le Courrier International- la machine pourrait bien être cet égal de l’homme -et donc son concurrent- dès avant la moitié de ce 21ème siècle… Avant de le dépasser ?   Les recherches de Ray Kurzweil ont aussi été vulgarisées dans la revue Quasimodo. On y lit qu’à terme, «la puissance brute de traitement d’informations de l’ordinateur devrait s’avérer incommensurablement supérieure à celle du cerveau humain, notamment avec le remplacement de puces de silicium par des nanotubes de carbone. La partie logicielle de l’intelligence, quant à elle, serait obtenue en copiant les plans du cerveau, afin de le rétroconcevoir. (…) Le cerveau serait scanné de l’intérieur par des milliards de nanorobots, envoyés explorer le moindre capillaire cervical et étudier en gros plan tous les détails nerveux. (…) Il serait alors possible de ‘recréer ces assemblages dans des ordinateurs neuronaux suffisamment avancés qui, dès cet instant, dépasseront à une vitesse fulgurante le niveau d’intelligence humain’.»  «De son côté, l’humain, en fusionnant avec ‘ses propres avancées technologiques’ pourra, lui aussi, étendre le champ de sa réflexion et de son expérience. Des nanorobots intelligents implantés dans nos cerveaux permettront d’en gonfler les capacités, augmentant ‘de manière prodigieuse notre mémoire et en améliorant de façon insoupçonnable l’ensemble de nos capacités sensitives, logiques et cognitives’. Ils nous donneront surtout la possibilité de nous immerger complètement dans ‘une réalité virtuelle aussi détaillée que la “vrai” réalité’, en remplaçant les données communiquées par nos sens réels par des ‘flux artificiels de données sensorielles (…)».  Ce n’est pas tout : «Comme tous ces implants pourront communiquer entre eux, grâce à un réseau sans fil, s’interconnecter ou se déconnecter à volonté, ils créeront de nouveaux réseaux hybrides (à la fois biologiques et non biologiques). À partir de 2030, il ne sera même plus besoin d’une intervention chirurgicale pour implanter ces nanorobots qui pourront être «injectés dans l’organisme ou même tout simplement ingurgités. La distinction deviendra alors de plus en plus floue, entre des ‘cerveaux entièrement artificiels qui seront des copies hautement améliorées de cerveaux humains’ et des cerveaux humains massivement implantés de nanorobots différemment programmés. La question de savoir qui, de l’ordinateur ou de l’être humain, est le plus intelligent n’aura plus de sens, puisque les deux auront fusionnés. Pour Ray Kurzweil ‘le terme logique de tout ça, c’est un cerveau maintenu en survie artificielle sous perfusion qui contrôlerait des batteries d’ordinateurs surpuissants. Quel cauchemar!’ A la fin du siècle dernier, dans les colonnes du quotidien «Le Monde», un chercheur en intelligence artificielle, Hugo de Garis décrivait ce qui pourrait être la fin de cette histoire : l’apparition de clivages nouveaux dans une société divisée entre partisans et opposants des robots. La question pourrait être alors de savoir si nous voulons tous devenir des cyborgs (6). Esméralda et Maxence Grugier dans la revue Quasimodo partageait cette même conclusion : «Selon différents auteurs, au siècle prochain, l’humain et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition.»       Elucubrations ? Fantasme ? Peut-être. Mais en 1940, qui aurait cru que l’on marcherait sur la lune moins de 30 ans plus tard ? Qui aurait imaginé que nous ayons tous notre petit téléphone portatif ? Peut-être sommes-nous encore éloignés des cauchemars évoqués par des spécialistes de la prospective. Si éloignés ? Ne faudrait-il pas accorder plus d’intérêt aux conclusions des experts du GEE lorsqu’ils relevaient, il y a deux ans déjà, que «notre société contemporaine est confrontée à des changements qui touchent à l’essence anthropologique des individus. Un changement progressif est à l’oeuvre: après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité.Parallèlement à cette érosion toujours plus grande des prérogatives individuelles (qui va jusqu’àla transformation du corps humain), une attention croissante doit être portée à cette question (…) Un vaste débat social et politique s'impose sur le type d’applications qui devrait être accepté et légalement approuvé, notamment pour ce qui concerne la surveillance et l'amélioration des capacités fonctionnelles.».  Puissent-ils être entendus ! Dans son roman d’anticipation intitulé «1984», Georges Orwell faisait à dire à l’un des ses personnages que «dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment». A n’y prendre garde, la réalité pourrait-elle un jour dépasser largement cette fiction ? Il n’y aura plus besoin de policiers, si la technologie permet un jour de contrôler les pensées. Il n’y aura plus de liberté non plus. Juste l’uniformité des esprits, ce qui équivaut à la prison à vie pour tous... (1) : Voir aussi le site www.stoppuce.be(2) Le Vif/L’express, 28 juillet 2006.(3) Jacques Attali, «Une brève histoire de l’avenir», Fayard, Paris, 2006.(4) http://www.revue-quasimodo.org. N° 7 de cette revue intitulé « Modifications corporelles » 384 pages, illustré, couleur. Épuisé dans sa version papier, mais intégralement consultable en ligne.(5) Voir la revue «Quasimodo» mais aussi «Le Courrier International», n°513 du 9 novembre 2000.(6) Hugo de Garis, «Le siècle des robots», 9 novembre 1999, in Le Monde, Paris.   Elle est déjà partout... et bientôt elle vous suivra à la trace !

Comme son homonyme du monde vivant, les puces R.f.i.d. se multiplient de manière exponentielle. Un site spécialisé (www.pcinpact.com) estime qu’«en 2008, les ventes de puces électroniques dans les domaines de l’identification des médicaments, bagages, animaux, livres, billets... représenteront 6,8 milliards d’étiquettes R.f.i.d.». Cette petite étiquette «intelligente» se compose d’une puce et d’une antenne. Elle se distingue aussi par un identifiant unique. Ce qui permet à l’objet ou à la personne qui la porte d’être «tracé». L’année dernière, Hitachi a présenté la plus petite puce R.f.i.d. au monde : 0,15 mm de côté et 7,5 µm d’épaisseur. Comme l’explique un site Internet spécialisé (www.piecesetmaindoeuvre.com ), « invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui pilotent la machine ». De plus en plus d’objets sont tagués et de plus en plus d’entreprises, dont les supermarchés, les collectivités locales, les bibliothèques s’équipent de lecteurs R.f.i.d.. Les polices vont inévitablement suivre le mouvement. Couplée à une carte d’identité biométrique, comme celle que les Français porteront très bientôt, la puce R.f.i.d. permettra d’innombrables recoupements entre les informations sur les déplacements et les habitudes de vie, voire les opinions de tout un chacun.

Les Grenoblois du site Internet «Pièces et main d’œuvre» décrivent de manière éloquente le type de données qui pourront être recueillies dans un proche avenir sur les individus «tagués». Par exemple, lors d’une manifestation : « Grenoble place de la gare le 12/03/08 à 14 h 11. Manifestation des étudiants. Présence des individus X (carte d’identité n°98729872), Z (carte d’identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en tête de cortège. Attention, détection de l’individu G (carte d’identité n°816539837) fiché pour participation au fauchage d’un champ d’O.g.m. dans la Drôme le 27/07/07. » Ou en fonction de leurs achats : « Le manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de la Grand-Place aujourd’hui à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre « 30 recettes pour maigrir en famille » emprunté à la bibliothèque du centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan’Tag de Sonia Chabert ».

15:12 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : libertes individuelles |  Facebook |