29/01/2007

Institutions belges (040107)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 4 janvier 2007

 

Olivier Maingain, président du FDF, rencontre La Libre Match à l’entame de l’année de tous les dangers sur le plan institutionnel

 

«La fin de la Belgique en 2007 ? Cela restera une fiction !»

 

031_7129bbaffed7c60dddd3e208109d9624_jpg_150_150Il y a quelques semaines, une émission de télévision nous racontait l’indépendance flamande et la disparition de l’Etat Belge. Cela n’était qu’une fiction… Qui risque d’être rejointe par la réalité alors que se profilent des négociations communautaires extrêmement chaude en 2007 ?  Au Nord, seul le Vlaams Belang milite ouvertement pour que «la Belgique crève», mais tous les autres partis qui pèsent réclament plus d’autonomie et de nouveaux transferts de compétences du fédéral vers la Région flamande. S’ils s’en tiennent à leur ligne de conduite et qu’ils restent unis, comme en 2006 lors du débat sur Bruxelles-Hal-Vilvorde, les francophones devraient opposés un «Nee» à ces nouvelles revendications flamandes. Et après ? Une crise sans précédent ? Un blocage irrémédiable de l’Etat belge, voire sa disparition ? «Je n’irais pas jusqu’à prévoir un tel scénario catastrophe mais l’année qui commence sera évidemment très chaude sur le plan institutionnel», confirme le président du FDF, Olivier Maingain. Pour ce vieux routard des débats linguistiques et communautaires, «la crise qui se profile sera très importante. Peut-être même qu’il n’y aura pas de possibilité de former un gouvernement fédéral pendant plusieurs semaines après les prochaines élections. Il y aura du bluff, des menaces, mais il ne faudra pas y céder naïvement. Si les francophones gardent la tête froide, les exercices de musculation flamands ne déboucheront pas sur grand-chose. Pas plus que nous, nos partenaires du nord ne peuvent faire une croix sur la Belgique. Ce pays continuera à exister parce que c’est autant leur intérêt que le notre!»     

 

- Dans un contexte politique où les élus du nord du pays réclament toujours plus d’autonomie pour leur Région, auriez-vous envie de dire que la récente fiction de la RTBF ne fait qu’anticiper une évolution inéluctable vers la fin de la Belgique ?

­- Je n’irais pas jusque là ! Je n’ai pas le sentiment que la disparition totale de la Belgique corresponde à la volonté des partis flamands, exception faite des membres du Vlaams Belang ou, peut-être, de l’aile la plus radicale du CD&V-NVA.

 

- Sans doute mais, avec force et quasiment à l’unisson, les hommes politiques flamands revendiquent une réforme institutionnelle qui transformerait la Belgique en état «confédéral». N’est-ce pas là le dernier pas avant le séparatisme ?

- De fait, c’est bien là que se trouve le danger institutionnel pour 2007! Cette idée flamande de «confédéralisme» se résume ainsi : comment obtenir les avantages du séparatisme, sans en subir les inconvénients.

 

- C’est donc un séparatisme qui ne dit pas son nom ?

- Exactement. Pour eux, il s’agit d’aller le plus loin possible dans l’autonomie et dans la remise en question de mécanismes de solidarité entre les Régions et communautés… Tout en se préservant des ennuis qu’impliquerait une rupture nette et brutale du pays.

 

­- Est-ce à dire que les hommes politiques flamands ont bien conscience que leur Région auraient beaucoup à perdre d’une telle «rupture nette et brutale» ?

- Mais bien entendu ! Ils perdraient Bruxelles et croyez-moi ce serait un terrible manque à gagner pour la Flandres. Il y aurait aussi une débat sur les frontières et il clair que dans un tel cas les Bruxellois se liguerait avec la Wallonie pour former une nouvelle Belgique sans la Flandres. Et puis le président de la république de Flandres aurait aussi beaucoup de mal à expliquer son projet auprès de l’Union européenne… Par conséquent, j’ai la conviction que les hommes politiques flamands savent où sont les limites de leurs revendications.

Malgré le fait qu’il n’en font pas état publiquement. Malgré également certains exercices de musculation qui sont de nature à vouloir imposer une nouvelle négociation aux francophones.

 

- Si vous deviez utiliser la métaphore d’un ménage en instance de divorce pour illustrer le projet «confédéraliste flamand», cela donnerait quoi ?

- On ne se sépare pas parce qu’on aurait trop à perdre. On garde la maison «Belgique», mais les flamands, comme ils gagnent plus d’argent, veulent vivre dans le salon et les francophones n’ont qu’à se  contenter de la buanderie… Dans un tel projet politique, il n’y a presque plus de solidarité, pratiquement plus d’échange. On se croise de temps en temps dans le couloir… Le «confédéralisme», c’est une coquille vide; Du «façadisme institutionnel» destiné à faire croire qu’il y aurait encore une Belgique alors que dans les faits elle résumerait à rien ou presque. Dans les négociations qui se profilent pour 2007, ce sera bien le piège à éviter !

 

- Lors de ces négociations, il y aura plusieurs dossiers sur la table. D’abord celui relatif à l’éventuel transferts de compétences. Les flamands voudraient gérer eux mêmes tout ce qui touche au socio-économique, à l’emploi ; Ils veulent l’autonomie fiscale. Faut-il lâcher du lest ne pas approfondir le gouffre communautaire ?

- Dans le passé, cela a toujours été le raisonnement des francophones : pour éviter ce qu’ils croyaient être le pire, c'est-à-dire le risque de lâchage de la Flandres, ils ont toujours ouvert la porte à des concessions. Pour ma part, je suis d’avis qu’il faut cesser de vivre avec cette hantise de la rupture soudaine. Je le répète, la majorité des hommes politiques flamands n’en veulent pas eux-mêmes. Se dire qu’on va calmer le jeu en lâchant encore du lest, ce n’est qu’entretenir un système qui, dès après de nouvelles concessions francophones, verra naître de nouvelles revendications flamandes. Pour une large part, l’histoire des réformes institutionnelles dans ce pays correspond à celle d’un affaiblissement de la position des francophones dans l’Etat Belge. Il faut oser mettre le mot «fin»!

 

- Inévitablement, après les élections de juin prochain, les Flamands nous reparlerons de la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ce sera peut-être même un pré requis avant toute formation d’une majorité au fédéral…

- Et bien, les francophones maintiendront leur point de vue exprimé lors de la première crise communautaire sur cette question. Les flamands veulent BHV ? Nous demandons alors l’élargissement de la région bruxelloise. Ce dossier illustre parfaitement mon propos : il y a quelques mois, on nous disait que si nous étions fermes sur BHV, les francophones prenaient le risque de provoquer l’implosion du pays où à tous le moins la chute du gouvernement fédéral. Or, il n’y a rien eu de tout cela. Le parti (flamand) du premier ministre a compris que son intérêt, mais aussi celui de ses concitoyens, était de ne pas approfondir cette crise et de garder sa position de force au fédéral pour travailler sur les dossiers socio-économique.

 

- Vous n’avez pas tout à fait répondu. Les francophones doivent-ils lâcher du lest en termes de transferts de compétence ?

- Il y a peut-être des choses à la marge, comme la sécurité routière. Et encore, je dis cela sans enthousiasme. Je ne vois vraiment pas ce qu’on peut leur offrir d’autre…

 

- A vous entendre, les négociations institutionnelles, c’est un peu comme une partie de poker menteur ?

- Cela ressemble en effet à une partie de cache-cache. Il y a du bluff et particulièrement du côté flamand, il y a une grande capacité à faire peur aux francophones. Il ne faut pas, comme par le passé, tomber dans ce piège. C'est-à-dire leur donner une partie de ce qu’ils demandent en se disant «ouf, on a évité une catastrophe»…

 

- Les flamands négocieraient-ils mieux que les francophones ?

- Ils ont pu jouer sur le fait que pendant de longues années, les partis francophones se disaient que le prix pour rester au pouvoir était de satisfaire les revendications institutionnelles de leurs partenaires flamands. Aujourd’hui, la donne est très différente. L’affaire de BHV l’a montré : tant qu’il y aura une unité de point de vue des francophones, on sera à l’abri de nouveaux affaiblissements.

 

- Les sondages annoncent une possibilité de retour en force du CD&V-NVA au fédéral après les prochaines législatives. Vous avez récemment déclaré que «sur le plan institutionnel, ce parti est aussi dangereux que le Vlaams Belang». C’est assez terrible comme comparaison !

- Ecoutez, je crois que je traduis un sentiment assez général dans le monde politique francophone. Personne n’a vraiment envie de se retrouver avec ce parti à la table des négociations institutionnelles en juin. On sait que si tel devait être le cas, on aurait à rencontrer des gens extrêmement revanchards, poussés dans le dos par une branche «NVA» qui est tout de même l’héritière de la tendance la plus dure de l’ex-Volksunie… Et qui est historiquement proche du Vlaams Belang!

 

- Evidement, le FDF faisait partie du MR, vous préféreriez négocier avec des libéraux…

- Si ce devait être le cas, ce ne serait pas aisé pour autant. Mais au moins Verhoofstadt a compris que son image sera plus forte en Flandres s’il joue la carte de l’apaisement institutionnel. Il sait d’ores et déjà qu’une campagne électorale basée sur le communautaire ne bénéficiera qu’au CD&V-NVA. Voilà un homme politique flamand qui peut jouer d’autres atouts comme son bilan favorable en termes socio-économique.

 

- L’électeur tranchera. Mais beaucoup d’observateurs estiment déjà qu’après les élections de 2007, Yves Leterme sera en position de devenir premier ministre. Après toutes ses déclarations tapageuses, notamment sur le fait que «la Belgique n’a pas de valeur ajoutée», le président flamand ne s’est-il pas disqualifié ?

- En tous cas, je suis certain qu’il n’a vraiment pas la cote dans l’opinion francophone du pays… Et ce ne sera certainement du côté de mon parti qu’il trouvera un appui pour occuper la fonction de premier ministre! Verhoofstadt reste pour nous le meilleur choix. Je retiens notamment qu’au moment de BHV, il a fait le choix de faire primer le socio-économique sur l’institutionnel. On parviendra plus facilement à former un gouvernement fédéral si les libéraux restent, tant au nord qu’au sud du pays en position de participer à la nouvelle majorité. Il faut tout de même rappeler que Leterme et le CD&V font un chantage à la formation du prochain gouvernement fédéral : pas de réformes institutionnelles, pas de gouvernement. Pour un candidat premier ministre, c’est un discours tout à fait inacceptable qui témoigne d’un faible sens de l’Etat.

 

- Le fait que Leterme puisse envisager un destin fédéral pourrait peut-être l’amener à plus de sagesse ?

- D’accord, la fonction fait parfois l’homme… En l’espèce, j’ai des doutes. Depuis 2000, le CD&V a fait le choix de se repositionner dans le monde politique flamand en allant chercher les voix des courants les plus nationalistes. Leterme a des gages à donner à ses nouveaux amis. Dans le temps, le CD&V était le parti du trône et du premier ministre, celui qui est chargé d’assurer une certaine pérennité de l’Etat belge, aujourd’hui c’est un parti qui fait primer les intérêts de la Flandres sur ceux de la Belgique.

 

- Si tout le monde, tant au Sud qu’au Nord et à Bruxelles reste sur ses positions, il sera peut-être difficile de former un nouveau gouvernement après les élections de 2007. N’est-ce pas là le danger suprême qui nous guète pour cette année qui commence : la Belgique ne disparaîtrait pas mais elle deviendrait ingouvernable ?

- Encore une fois, tout dépendra de qui sera à la manœuvre du côté flamand. Quoiqu’il en soit, même si c’est Leterme qui négocie et qu’il bloque la formation d’une majorité au niveau fédéral, il ne faudra certainement pas céder à son chantage. Il faudra avoir la capacité de dire non pour tester une fois pour toute la capacité des partis flamands à aller au bout de leur logique.

 

- Vous ne craignez pas que cela nous mène trop loin ? 

- Ma conviction profonde est qu’in fine les partis flamands céderont et qu’ils formeront le gouvernement fédéral. Je le répète, malgré les menaces et les petites phrases assassines, Leterme et tous les autres hommes politiques flamands savent très bien que la Flandres tire encore énormément d’avantages de l’existence de la Belgique!

 

- Vous imaginez une longue crise communautaire après les élections de juin ? 

- Leterme veut créer une sorte de psychose institutionnelle. Le piège qu’il tend aux francophones, c’est de les conduire à de nouvelles concessions en les persuadant qu’il pourrait empêcher indéfiniment la formation d’une majorité fédérale. Pour moi, c’est du bluff. Si Leterme devait s’enfoncer dans cette attitude de blocage, je suis persuadé qu’il serait remis en cause par une bonne partie de l’opinion flamande qui refuserait que l’on laisse le pays non gouverné pendant une trop longue période. En d’autres termes, cette crise annoncée sera importante mais je suis aussi persuadé qu’elle ne sera que l’affaire d’un été. En septembre ou octobre, il y aura un nouveau gouvernement!

 

- Ce sera donc une sorte de guerre psychologique ?

- On peut dire cela. Les Flamands vont nous faire craindre le pire pour obtenir quelque chose mais ils ne peuvent se permettre eux-mêmes que le pire arrive. Le principal danger pour les francophones, ce serait que leurs négociateurs n’aient pas un mental suffisamment fort dans cette guerre psychologique.

 

- Pas moins de deux manifestes signés par de nombreuses personnalités flamandes ont vu le jour en 2006 Leitmotiv : plus d’indépendance pour la Flandres. Vous qui êtes présent sur le terrain des affrontements linguistiques depuis longtemps, comment décodez-vous cette obsession communautaire flamande ?

- Il y a eu une évolution très nette dans l’affirmation autonomiste de la Flandres. D’abord, c’était un rejet de la domination francophone. C’était un combat culturel et linguistique qui, d’ailleurs, avait sa part de légitimité. Mais aujourd’hui, on a basculé dans tout autre chose. Les élus flamands ont une telle fierté de leur force économique – qui est d’ailleurs plus relative qu’ils le croient- qu’ils en sont arrivés à considérer que le sud du pays est un boulet trop lourd à tirer. Leur conviction est donc qu’en rompant un certain nombre de mécanisme de solidarité, ils seront encore plus forts. Ce qui, dans leur analyse, veut surtout dire plus riches. On est donc passé d’une démarche d’émancipation avec une dimension culturelle à une sorte d’égoïsme économico-régional.

 

- Où se trouve l’humanisme dans ce nouveau combat flamand ?

- Il est totalement absent. Ce n’est plus que du matérialisme. Autrefois, les hommes politiques flamands défendait la cause d’un peuple qui avait été trop longtemps méconnu, aujourd’hui le discours se limite à vouloir vivre plus confortablement et avec plus d’argent. C’est l’avènement d’un nationalisme matérialiste.

 

- Outre les citoyens qui restent majoritairement attachés à la Belgique,  le Roi doit aussi se poser beaucoup de questions sur les éventuels dangers de l’année nouvelle. Au travers de membres de sa famille, Albert II a fait l’objet de nombreuses attaques en 2006…

- Et bien, je trouve que ces attaques n’ont pas porté ! Cela ne l’a pas fragilisé. Au contraire, il a été conduit à communiquer de manière plus forte et plus claire. Le Roi n’a pas fléchi. Je crois que ceux qui ont porté ces assauts du côté flamand doivent bien réfléchir car finalement, le Roi va commencer cette nouvelle année en étant renforcé!

 

- Le séparatisme comme conséquence de la prochaine crise communautaire, vous n’y croyez donc pas trop ?

- La fin de la Belgique en 2007 ?  Cela restera une fiction !

17:39 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/01/2007

Nouvelle culture politique? (281206)

Enquête publiée dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 28 décembre 2006

 

Administration du Parlement wallon

Une affaire de (quelques) familles

 

stgille2«Entre Wallons, toujours on fraternise. On fait le bien sans que jamais on le dise», clame l’hymne de la Région wallonne. Force est de constater que certains mandataires politiques, au sud du pays, applique le «Chant des wallons» un peu trop à la lettre… Enquête sur les conditions de recrutement du

personnel administratif statutaire du parlement wallon. Où il apparaît que de nombreux choix d’engagement sont dictés par des critères politiques et familiaux (fils, fille, frère de…) plutôt que par la recherche de compétence.

Un audit au greffe du parlement wallon ? Ce serait bien souhaitable alors que plusieurs membres de cette administration témoignent de leur «démotivation face des pratiques népotiques d’une autre âge qui minent l’efficacité du travail et créent des injustices flagrantes en termes de promotion des agents». Encore faudrait-t-il que les partis de la majorité (PS,CDH) mais aussi de l’opposition (MR) décident de remettre en cause un système dont ils profitent allégrement. On peut toujours rêver…

 

«Pourquoi je ne travaille plus au greffe du parlement wallon ? J’espérais rester là plus longtemps mais je n’avais pas la bonne carte. En clair, je n’étais pas «la mère, la fille ou la sœur de…»… Bon, cela ne sert à rien de mettre mon nom dans votre magazine. Je n’ai pas envie d’avoir d’ennuis».

 

«A la longue, c’est démotivant. Ici, normalement, les fonctionnaires ont une carrière plane : ils montent automatiquement en grade tous les cinq ans ou tous les six ans, selon leur rang dans la hiérarchie. Mais certains d’entre nous, ceux qui ont de la famille, des amis ou des relations au parlement connaissent des carrières éclair. J’en connais qui ont gagné jusqu’à 10 ans dans leur avancement. C’est cela la Wallonie du plan Marshall ? Moi ce que je vois, c’est plutôt des pratiques népotiques d’un autre âge!».  

 

«De toute manière, on a intérêt à adopter un profil bas. Il n’y a pas de syndicat au greffe. Le secrétaire général, le bureau et le président du parlement sont tout puissants. Tant en termes de nominations que de promotions. On ne sursaute même plus quand on voit arriver un «fils de… » dans le personnel. Et cela même si on lui crée une fonction sur mesure où si cette personne – ce n’est pas toujours le cas- s’avère totalement incompétente. Du style, une secrétaire qui n’a aucune notion de traitement de texte, vous voyez ce que je veux dire…».

 

Bienvenue au greffe du parlement wallon, le centre névralgique de la démocratie «made in Wallonie» où, en toute discrétion au cours de ces dernières semaines, nous avons rencontré plusieurs «agents statutaires». Comme en témoignent les quelques citations qui ouvrent cet article, le moral de ces fonctionnaires est au plus bas : «On balance entre ras-le-bol et résignation. De toute manière, quand on a des gosses, une maison à rembourser, mais aussi un bon salaire et divers avantages, on apprend vite à ne pas trop ruer dans les brancards», résume laconiquement l’un d’entre eux.

 

«Cela leur fait des obligés qui, évidemment, ne vont jamais cracher dans la soupe»

 

Quelques petits rappels d’histoire et d’architecture institutionnelles ne sont pas inutiles pour évaluer de l’importance du lieu dont nous parlons. Institué, il y a 26 ans (Art.1er de la loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980), le parlement wallon est composé de 75 députés élus directement au suffrage universel. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer un certain poujadisme ambiant, ceux-ci ne manquent pas de travail : exercice du pouvoir législatif au travers de propositions et d’adoptions de décrets, vote du budget du gouvernement, contrôle permanent de l’exécutif via des interpellations ainsi que des questions écrites et orales, réunions en séance plénière et de multiples commissions…

 

Une grosse machinerie qui, pour fonctionner correctement, a bien besoin de l’appui d’une centaine de fonctionnaires : ce sont les «agents statutaires» du greffe. Essentielles à la bonne marche de la vie parlementaire, leurs missions sont aussi très diverses : les fonctionnaires du greffe dressent acte des délibérations de l'Assemblée et tiennent le procès-verbal de séance. Ils prennent note de tout ce qui se dit dans les diverses commissions. Ils assistent le Président du parlement en toutes circonstances. Ils assurent la convocation et l’organisation pratique de toutes les réunions, l'impression et la diffusion des documents, ils gèrent les archives… Bref, sans eux, rien ne pourrait se faire !

 

A la tête de cette armada de scribes, de secrétaires, de huissiers, d’informaticiens et autres comptables se trouve le «greffier». C’est le big boss, un personnage réputé être aussi puissant que le président du parlement. Il a vue sur tout ce qui se passe dans le saint des saint de la démocratie wallonne et, contrairement aux élus, son mandat n’est pas mis en balance tous les cinq ans. Actuellement, c’est un membre du PS qui assume cette haute fonction. L’homme s’appelle Jean-Claude Damseaux et il a été nommé par le parlement en séance plénière… Contrairement à tous ses subordonnés qui, eux, ont été engagés par un autre organe, nettement plus restreint, composé de 9 personnes seulement. A savoir ? Le «bureau» du parlement…

 

«C’est explicitement prévu par l’article 46 alinéa 2 de la loi spéciale du 8 août 1980 : ‘le bureau nomme les membres du personnel du parlement wallon à l'exception du greffier’», décode un agent du greffe. Précisant, quelque peu désabusé : «En d’autres termes, 9 personnes sont souveraines en matière de recrutement. N’ayant de comptes à rendre à quiconque, elles en profitent allègrement pour placer des relations amicales, politiques ou autres au greffe. Cela leur fait des obligés qui, évidemment, ne vont jamais cracher dans la soupe. Ce système qui incite au clientélisme et au népotisme est aussi ancien que le parlement wallon lui-même… Seul les Ecolos, durant les législatures où ils ont été présents au bureau, ont procédé d’une autre manière. Lorsqu’une personne pouvait être engagée sur leur quota politique, ils mettaient une annonce dans le journal et ils organisaient un concours. Pour tous les autres, CDH, MR, PS, l’engagement s’est toujours fait à la tête du client, la compétence n’étant qu’un atout subsidiaire». 

 

Qui sont les membres de ce bureau «tout puissant» en matière de recrutement ? Il s’agit de députés wallons désignés par l’assemblée parlementaire. A savoir un président, trois vice-présidents et des secrétaires. Et, cela va de soi, la composition de cet organe est le reflet immédiat des rapports de force politiques au sein de l’assemblée. Actuellement, cela donne ceci : José Happart (PS), président; Véronique Cornet (MR), 1ère vice présidente ; Michel Lebrun (CDH); vice président, Charles Janssens (PS), vice président; Et 5 «secrétaires» : Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS), Jean-Pierre Dardenne (MR), Paul Ficheroulle (PS), René Thissen (CDH), Paul Furlan (PS). Ce groupe accueille aussi en son sein le secrétaire général ou greffier, Jean-Claude Damseaux (PS).

 

Des cas concrets ? En voici…

 

Le décor étant planté, qu’en est-il de la crédibilité des accusations de favoritisme et de népotisme formulées par les quelques agents statutaires du greffe que nous avons pu rencontrés ? Plusieurs semaines d’enquête nous permettent  -malheureusement pour une institution qui devrait se montrer exemplaire en termes d’éthique- de répondre qu’elle est totale ! Des exemples? En voici quelques-uns seulement car le cas du patient est si préoccupant qu’il en devient impossible de décrire ici tous les symptômes de la maladie… Bien que nous disposions d’informations très précises, nous ne citerons que des prénoms car le propos de cet article n’est pas d’attaquer des gens à titre personnel, mais de démonter un système qui est contraire aux principes élémentaires de bonne gouvernance.

 

- Chantal, mère de… : Il y a quelques semaines, son engagement en temps que huissier réceptionniste a été entériné par le «bureau». Pas d’examen, bien sûr, mais une belle carte de visite : Chantal est la maman de Jean-Charles Luperto (PS), député au parlement wallon où, cela ne s’invente pas, il préside la Commission relative à l’Emploi… Cet homme qui monte dans les rangs socialistes est depuis peu le nouveau bourgmestre de Sambreville. Patricia, une autre personne qui travaillait au greffe depuis un certain temps avec un contrat de remplacement lorgnait sur la place. Il est vrai que Patricia avait été recrutée du temps où son soutien à elle, l’ex-bourgmestre de La Louvière Willy Taminiaux (PS), était encore membre du «bureau». Mais, après la démission de Jean-Claude Van Cauwenberghe de la ministre-présidence de la Région wallonne, il y a quelques mois, Taminiaux a quitté le «bureau» pour faire place à son camarade carolo (ndlr : Il est vrai que la fonction de «membre de bureau» confère certains avantages, comme une voiture avec chauffeur que Van Cau avait perdu en quittant l’Elysette). Patricia est donc, en quelque sorte, une victime collatérale des «affaires» mais ne comptez pas sur elle pour s’en plaindre d’une quelconque manière à un journaliste. C’est vrai qu’il y a toujours une solution pour ceux qui savent se taire : elle a été replacée depuis lors dans une autre administration.

 

- Bénédicte, fille de… : Avec le rang d’attaché, elle a travaillé notamment pour la commission du budget du Parlement wallon. On lui prête une belle carrière en devenir, d’autant qu’elle est proche du directeur général, Jean Kalkmann (CDH) dont elle est désormais une collaboratrice directe. Surtout, Bénédicte est la fille de Michel Lebrun, ancien ministre, député wallon et… membre du «bureau» du parlement wallon. Au minimum, papa ferait bien de se retirer si un jour il devait être question de l’avancement de la petite lors d’un prochain «bureau».

 

- Sibylle et Lionel, fille et fils de… : L’une travaille au service informatique, l’autre est rédacteur et il est occupé dans le service du CRI (Compte rendu intégral). Tous deux sont les enfants de Jean-Marie Séverin (MR), député wallon, ex-vice président du Parlement wallon, ex-ministre des Affaires intérieures et… de la fonction publique, échevin à Eghezée. Sur le site du MR, on renseigne utilement que l’une des matières de prédilection de Jean-Marie Severin est… l’emploi.

 

- Sonia, amie de… : Particularité de cette secrétaire : son mari –aujourd’hui décédé- entretenait autrefois une relation amicale de longue date avec le député wallon et bourgmestre d’Incourt, Léon Walry (PS). Son arrivée au greffe, comme celle d’autres personnes, a fait un peu de casse, parce qu’il a fallu mettre quelqu’un d’autre à la porte pour lui faire de la place… La victime de ce jeu de chaise amicale, une certaine Chantal, ne se plaint pas : tant qu’elle peut faire encore quelques intérims…

 

- Sandrine, épouse de… : Au sein du greffe, des mauvaises langues prétendent que sa place était déjà réservée plus d’un an avant qu’elle n’effectue ses débuts dans cette administration.  Par qui ? Par l’ancien président du parlement Robert Collignon (PS). Faut dire que Sandrine est l’épouse du fils de Robert, à savoir Christophe Collignon, l’homme qui aux dernières communales est passé à côté de la succession de papa dans la bonne ville d’Amay. Avec le rang de conseiller, Sandrine rempli une tâche de secrétaire de commission.

 

- Isabelle, amie de…: Nommée 1er conseiller, le 18 mai 1998. Promue au grade de directeur d’administration, le 17 janvier 2002. Nommée directeur général adjoint le 23 mars 2006, Isabelle n’a pas connu la carrière «plane», avancement automatique tous les cinq ans, de la plupart de ses collègues du greffe. Est-ce, comme nous le dit un membre du personnel, parce qu’elle est particulièrement fidèle au MR où elle est amie de très longue date avec un ponte du MR ? 

 

- Jean-Luc, fils de… : Passionné d’informatique, ce fils de l’ancien sénateur et président honoraire des questeurs du Sénat, Jean Bock (MR) s’est fait aussi recommander au greffe du parlement wallon.

- Katia, belle fille de… : la belle fille du député de l’arrondissement de Dinant-Philippeville, Guy Saulmont (MR) occupe quant à elle une place de rédacteur au compte-rendu intégral.  

 

- Xavier, fils de… : Cet agent qui travaille à la commission du budget a bénéficié en son temps du soutien d’un ministre des Affaires étrangères du temps où son père, Guy Pierrard était député wallon. «Il a cependant craint pour sa place quand son papa a quitté le MR pour rejoindre le Rassemblement Wallonie-France mais les choses se sont ensuite calmées», nous raconte l’un de ses collègues.

 

Eric, Jean-Claude et un autre Jean-Claude ont tous les trois des points communs. Ces huissiers étaient chauffeur de personnalités politiques de premier plan avant d’être recasés au greffe. Le premier de Joëlle Milquet (CDH), le second de Philippe Busquin (PS), le troisième de Charles-Ferdinand Nothomb (CDH)

 

Et ça continue encore et encore…

 

La carte amicale ou politique n’est pas la seule que l’on peut jouer pour rentrer au greffe du parlement wallon. Avoir quelqu’un de la famille dans la place est aussi un sésame intéressant pour y trouver un emploi. Ainsi, Jean-François, le fils de Jean-Claude Damseaux, le greffier himself, travaille au service informatique de cette administration dont il a d’ailleurs créé le site internet. L’agent statutaire Virginie, quand à elle, est la belle fille du directeur général du greffe, Jean Kalkmann (CDH). S’entend-t-elle bien avec Jeannine ? Cette secrétaire de première classe travaille aussi au greffe, mais elle est aussi la belle-mère de Virginie et la femme du directeur général précité. «Ce qui met Jeannine à l’abri au point de vue horaires», note perfidement un membre du personnel du greffe.

 

Autre exemple, dans le rayon «famille», celui de Murielle, un agent étiqueté PS, qui occupe une fonction dirigeante au greffe : non seulement elle y a connu une ascension fulgurante en sautant plusieurs étapes de la carrière dite «plane», mais en plus, sa sœur Sophie et son mari Albert ont pu y également trouver de l’embauche.

 

Nous aurons enfin la pudeur de ne donner aucun détail qui permettrait de reconnaître –même en interne- deux cas de promotions canapés (pas étonnantes dans ce contexte d’arbitraire total en termes de recrutement) qui nous ont été détaillés. L’ex maîtresse de… ou la sœur de la maîtresse de… se reconnaîtront.

 

«C’est un mauvais procès. Tout fonctionne bien…»

 

Dans un tel contexte, le greffe est-il, malgré tout, un outil efficace ? «Mais tout à fait! Par rapport à toutes les administrations que j’ai connues durant ma carrière politique, je trouve même que le greffe est une administration extrêmement bien rodée», assure le président du Parlement wallon, José Happart (PS). Le fait que des «fils, frère, amis de…» trouvent plus aisément à se faire embaucher dans cette administration que d’autres ne le choque pas particulièrement : «Ce qui m’importe, c’est que les personnes recrutées soient compétentes. Or, pour l’heure, je n’ai aucun reproche à faire à qui que soit dans cette administration en termes de qualité du travail fourni. Il faut arrêter ce mauvais procès. Ce n’est pas parce qu’on est le fils ou la fille de que l’on devrait être nécessairement écarté ! On recrute ici comme ailleurs.»

 

« Bien sûr», argumente encore M. Happart, on pourrait mettre en place des procédures d’examen pour faire semblant de… Cela rassurerait peut-être certains esprits chagrins mais en fait, ce serait lourd, cela coûterait cher et ce serait même hypocrite parce qu’in fine, il y aurait de toute façon un choix du politique. En plus, il faut regarder autour de soi. Des engagements qui sont favorisés par des liens familiaux, cela existe aussi dans d’autres secteurs : combien de gens travaillent à la FN ou au chemin de fer de père en fils ? Quand une famille est connue et qu’elle donne entière satisfaction, cela favorise ce genre de choses. Pour nous qui engageons, tout partis confondus, c’est important d’avoir des gens proches dans lesquels on peut avoir confiance. Et puis, ici, il n’y a pas de hauts salaires ou des gens qui puisent dans la caisse. Tout fonctionne très bien.»

 

Qu’en est-il des carrières éclaires de certains agents ? «C’est vrai qu’il y a des membres de ce personnel qui ont bénéficié d’avancements plus rapides», reconnaît le président du parlement wallon. «Mais cela s’est toujours fait sur base d’évaluations très poussées et d’un satisfecit de leurs chefs et de leurs cadres. C’est bien simple, je ne connais pas une personne dans cette administration pour laquelle je pourrais dire que le choix d’une nomination ou d’un avancement n’ait pas été judicieux. Oui, il y a des ‘fils de’, ‘des amis de’ et ‘des proches de’ dans ce service, mais ils sont aussi compétents que les autres !».

 

«Le bureau peut choisir n’importe qui. C’est le règne de l’arbitraire»

 

Pour le chef de file Ecolo au parlement wallon, Bernard Wesphael, certes «le greffe fonctionne bien et il y a une bonne dynamique». Mais, dit-il, «il faut regretter que ses moyens pour couvrir l’ensemble des travaux du parlement restent trop limités. Le cadre devrait être complété». A la différence du président du parlement, le député vert ne cautionne pas le népotisme qui se manifeste dans les recrutements : «Comme tout le monde ici, je sais que ce problème existe. Mais actuellement les Verts ne sont pas membres du bureau et lorsque nous y étions, sous la législature précédente, nous n’avons jamais participé à ce genre de pratique. Lorsqu’il s’agissait d’engager des gens dans le quota qui nous était attribué, nous avons toujours fait des appels publics suivis d’examens sanctionnés par un jury indépendant. Résultat : pas mal de personnes que nous avons choisies n’étaient pas du tout Ecolo! Il serait souhaitable qu’une telle sélection rigoureuse, basée uniquement sur des critères de compétence, soit généralisée à tous les partis.» La démotivation du personnel ? «J’ai aussi entendu ce genre de plainte», confirme le parlementaire avant de préciser, un peu dépité : «Je suis intervenu régulièrement en conférence des présidents pour que l’on mette à plat le fonctionnement du greffe. Mes collègues des autres partis me répondent gentiment qu’il y a là un vrai problème… Mais rien ne bouge ! J’y reviendrai donc encore…»  

 

Le député wallon et bourgmestre de Namur, Jacques Etienne (CDH) est nettement plus offensif : «Le travail du greffe?  Cela manque un peu de rigueur et de discipline. J’ai un peu le sentiment que tout le monde y fait ce qu’il veut… Vous avez parfaitement raison de vous interroger sur les méthodes de recrutement mises en œuvre par le bureau du parlement. Je vous confirme que dans cette administration, cela pullule de ‘fils de’, de ‘sœurs de’, de ‘tantes de’, etc…! Qu’il s’agisse de branquignoles ou de personnes qualifiées… C’est le règne de l’arbitraire : le bureau peut choisir n’importe qui, n’importe comment et sans garantie en termes de compétences. Il en va de même pour certaines promotions qui sont accordées à la tête du client. Ce système pour le moins archaïque n’existe pas dans les autres assemblées du pays. Pour moi, c’est une évidence: il faudrait dégager un accord politique pour que l’on en vienne à des procédures d’examens qui objectivent les nominations et les promotions!».

 

Voilà une sortie qui fera certainement plaisir aux collègues CDH de Jacques Etienne qui siègent au bureau du parlement wallon… Afin d’être complet, nous aurions aimé également alimenter ce débat par l’opinion d’un membre MR de ce «bureau», mais c’est en vain que nous avons contacté à plusieurs reprises le secrétariat de la députée Véronique Cornet.   

 

Egalité des chances?

Charles et Mathieu Michel, Freya Van den Bosche, Melchior Wathelet jr, Frédéric Daerden, Alisson De Clercq, Chantal Bertouille, Denis et Lucas Ducarme, Olivier Langendries, Benoît Lutgen, Vincent Despiegheleer, Gilles Foret, Alain Mathot, Laurette et Alain Onkelinx, Christine Defraigne, Benoît Bayenet, Véronique Cornet, Rik Daems, Jacques Simonet, Bernard Clerfayt, Caroline Désir, Alex Tromont, Philippe Van Cauwenberghe, Pascal Lafosse, Renaud Duquesne, Frédéric Nimal, Bruno Toback, Olivier Harmegnies, Sophie Pecriaux… Loin d’être exhaustive, cette liste de noms confirme que, depuis quelques années et tous partis confondus, les filles et fils de ténors de la politique belge sont de plus en plus nombreux à avoir pris la relève de leur papa (où, beaucoup plus rarement, de leur maman). Vivons-nous désormais dans une «démocratie représentative héréditaire» ? Soyons très clair : ce n’est pas parce qu’une personne est une «fille de» ou un «fils de» qu’elle doit être suspectée d’incompétence. De plus, la transmission de savoirs et de carnets d’adresse de père en fils, cela se fait légitiment dans tous les secteurs professionnels. On connaît aussi des dynasties d’architectes, de bouchers, d’entrepreneurs, de plombiers, de footballeurs, de journalistes… On voit mal au nom de quel principe éthique, il devrait être interdit que de telles «successions» se produisent également dans la vie politique. S’il est évident que ces «filles et fils de» ont un parcours politique facilité par leur position familiale, on peut estimer qu’ils respectent les règles du jeu démocratique puisqu’ils briguent des mandats électifs. En d’autres termes, si nos concitoyens estiment opportun de voter pour les enfants d’hommes et de femmes politiques célèbres, il n’y a pas de quoi s’offusquer. Par contre, ce qui choque dans le cas du greffe du parlement wallon, outre l’ampleur du système népotique qui y est mis en oeuvre, c’est que les «nominations familiales» et les promotions s’y exercent allègrement en dehors de toute transparence. Rappelons si nécessaire que les 9 membres du «bureau» ne sont pas les actionnaires d’une boîte privée ou d’une entreprise… familiale mais des représentants du peuple qui doivent garantir le bon fonctionnement d’une administration publique financée par les deniers du contribuable. Cela implique notamment le respect  d’une valeur démocratique essentielle : l’égalité de chances… 

 

 

13:56 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

02/01/2007

Faux JT de la RTBF (211206)

Entretien publié dans l'hebdomadaire "La Libre Match", le 21 décembre 2006

 

imagesCAE3ABGXFrançois De Brigode reçoit «La Libre Match» au lendemain de l’émission qui a fait paniquer les Belges

 

«Aux gens qui ont été choqués, je présente mes excuses… On ne le refera plus comme cela!»

 

Mercredi 13 décembre 2006, 20 heures 21 : la télévision publique belge interrompt brutalement ses programmes. Une mire apparaît brièvement à l’écran avant de laisser place au présentateur vedette du journal télévisé de la RTBF. Installé dans le studio habituel du JT, François De Brigode a la mine grave et il annonce une nouvelle stupéfiante : «Le Parlement flamand vient de voter la sécession de la Flandre. Le Royaume de Belgique n’existe plus!». Des journalistes présents qui devant le palais royal, qui devant les différents parlements du pays confirment «en direct». Le Roi aurait fui à l’étranger, les ministres sont en réunions de crise. D’autres reportages recensent les premières réactions politiques et témoignent des premiers signes de désorganisation et de panique dans le pays. Ils sont ponctués par les commentaires du directeur de la télévision qui a rejoint François De Brigode sur le plateau du journal pour analyser l’évènement à chaud…

 

Tout ceci n’est bien sûr qu’une fiction… Mais 80 à 90% des téléspectateurs, parmi lesquels des hommes politiques de premier plan, des ambassadeurs et des correspondants de presse étrangers tombent dans le panneau. Une demi-heure après le début de cette émission très spéciale, la RTBF lève enfin toute ambiguïté sur la nature du son programme en insérant un sous-titre dans l’image : «Ceci est une fiction». Le choc est immense dans toute la Belgique, comme la polémique qui s’en suit. Certains crient au génie en estimant que la chaîne publique a réveillé les citoyens à propos d’une thématique institutionnelle qu’ils ont tendance à bouder. D’autres n’ont pas de mots assez fort pour condamner une faute déontologique inacceptable.

 

Nulle part ailleurs dans le monde un journal télévisé n’avait osé cela. Qu’en dit l’un des acteurs principaux de ce moment qui marquera l’histoire de la télé ? François De Brigode a reçu longuement « Match» à son domicile bruxellois. «Je suis sous pression mais je reste serein», confie-t-il avant de démarrer cet entretien vérité.  

 

- La Libre Match : Pour commencer, une question à choix multiple. Au surlendemain de la présentation de ce «faux journal», vous nous diriez : A) que vous êtes fier; B) que vous avez des regrets C) que vous avez du mal à définir ce que vous ressentez ?

- Je choisis la réponse «c». J’ai du mal à mettre des mots sur mon état d’esprit actuel. D’une part, j’ai la conviction d’avoir fait œuvre utile en participant à cette émission spéciale… Dans le même temps il est évident que je ne reste pas insensible au constat qu’un certain nombre de téléspectateurs aient été quelque peu choqués. Je ne veux pas éluder ce problème. L’émotion suscitée par ce programme doit être à l’origine d’un questionnement. Vous ne m’entendrez jamais dire que nous sommes des génies qui ont réinventé la télé. Qu’on a eu raison à 110% de faire ce qu’on a fait. Je reste ouvert à une discussion qui sera, à mon avis, encore longtemps débattue à la RTBF… Et dans les écoles de journalisme.    

 

- Faut-il comprendre que vous craigniez d’avoir dérapé ?

- Réfléchir avec modestie sur le travail que l’on a réalisé, cela ne veut pas dire qu’on veut tout jeter à la poubelle! Le but de l’émission était de faire comprendre aux Belges que le débat sur l’avenir de leur pays ne devait pas être réservé à un cénacle fermé. En leur annonçant que la Belgique n’existait plus, ils ont été mis en situation. Ils ont pu appréhender toute la dimension concrète d’une question qui leur semble parfois barbante, voire même irréaliste. On voulait produire un électrochoc ! De ce point de vue là, personne ne pourra dire que nous avons raté la cible ! Par conséquent, si c’était à refaire, je le referais… Mais autrement.

 

- «Le refaire, mais autrement.», c’est un peu alambiqué comme formule ! 

- Je veux dire qu’on ne le refera plus comme cela !

 

- Cette émission, c’était donc un «one shot». Une expérience qu’on ne reproduira plus jamais à la RTBF ?

- On peut dire cela comme cela. En tous cas, à l’avenir, un recours éventuel à la fiction devra être mieux balisé.

 

- En clair, si c’était à refaire ?

- Si c’était à refaire, je m’assurerais que les indications données aux téléspectateurs pour leur faire comprendre qu’il s’agit d’une fiction inspirée de la réalité viendraient plus vite et plus clairement. Les sous titre - «Ceci est une fiction» -  apparaîtrait après moins de dix minutes. Des artifices de décors seraient ajoutés pour que le studio ne soit plus la copie conforme de celui du vrai JT… Pour autant, je ne regrette rien, sauf d’avoir blessé certaines personnes. J’assume en soulignant que c’est aussi l’aspect provocateur et déstabilisant du programme de mercredi dernier qui a permis de redonner toute son importance à un débat essentiel. Si on avait choisi une forme d’émission classique pour parler de la possible disparition de la Belgique, je ne suis pas certain qu’on serait parvenu à intéresser autant les gens.   

 

- Un journalisme politique pratiqué dans les règles de l’art serait-il devenu inaudible pour une bonne partie de la population ?

- J’entends souvent dire dans des réunions de rédaction que la politique, l’institutionnel, c’est quelque chose d’embêtant; Que les gens ne suivent plus… Moi, je trouve que ce sont des matières essentielles. A partir d’un certain moment, il faut se poser la question de savoir par quel moyen on va réinterresser les citoyens. C’est ce qu’on a fait avec une démarche, il est vrai, quelque peu provocatrice. Une forme accrocheuse certes, mais dans le but d’alimenter une réflexion de fond. N’est-ce pas ce que vous faites aussi dans la presse écrite en cherchant des titres interpellant qui donneront envie de vous lire ? Je ne suis pas en train d’affirmer qu’on a été génial et qu’on a eu tout juste. Sincèrement, je continue à me poser des questions.

 

- Il semble que les personnes qui ont construit cette fiction n’aient pas pesé l’ampleur de l’émotion qu’elle susciterait dans la population. C’est aussi votre cas ?

-Je dois bien reconnaître que oui. Certes, je m’attendais à ce que cette émission fasse du bruit, à ce qu’elle suscite une réflexion, des réactions, voire même une polémique. Mais là, cela a pris des proportions inimaginables! Tout le monde en parle en Belgique mais aussi à l’étranger. Cela dit, il faut tout de même insister sur le fait que l’émotion n’a pas été pas que négative. Le soir même de la diffusion, le standard de la RTBF a reçu trois types d’appels. Dans un premier temps, c’est vrai, il y avait surtout eu des gens très en colère. Certains s’étaient sentis piégés et cela les avait vexés.  D’autres avait vraiment cru que la Belgique avait disparue et cela les avait causé une sorte de traumatisme. Dans une seconde vague d’appels, les choses se sont nettement calmées. Il y avait plus de personnes qui se disaient interpellées et qui nous posaient des questions mais aussi des téléspectateurs qui avaient décodé notre intention et qui nous félicitaient de notre audace. Il semble, en définitive, que c’est plutôt ce courant de sympathie qui est en train de l’emporter.  

 

- Comment est né le concept de cette émission très spéciale ?

- C’est une idée déjà vieille de deux ans ! Elle a germé dans l’imagination de Philippe Dutilleul, un réalisateur de la RTBF qui vient d’ailleurs de publier un livre sur ce même thème de l’explosion du pays (1). Avant d’arriver à la diffusion du 13 décembre, il y a donc eu une très longue réflexion qui a été accompagnée d’un travail de recherche journalistique approfondi.

 

- L’intention était bien que les gens croient être dans la réalité pendant quelques minutes ?

- Oui, c’est exact. C’est une responsabilité que l’on doit assumer totalement. Je n’aime pas tellement le côté prétentieux de l’expression mais disons que, de la sorte, on voulait «réveiller les consciences»…  

 

- Mercredi dernier, devant leur poste de télévision, des gens ont pleuré… Et pas uniquement des anciens combattants. D’autres, dit-on ont eu des malaises. Beaucoup ont paniqué. Cela vous met-il mal à l’aise ?

- Si des gens ont eu à souffrir de cette émission, je ne peux que leur présenter mes excuses. Et je leur assure qu’elles sont sincères. Mais attention aux rumeurs! On a parlé de malaises, de gens qui se seraient retrouvés à l’hôpital… A ma connaissance, il y a eu de l’exagération. Personne n’est mort d’une crise cardiaque en regardant la RTBF mercredi soir.

 

­- Encore heureux !

- Je vous assure que si on avait provoqué un décès, j’aurais plaidé coupable! Cela étant, il faut aussi souligné ce qui est positif. Désormais, la majorité des appels de téléspectateurs visent à nous féliciter : « Merci de nous avoir fait réfléchir !».

 

- Si on va dans ce sens-là, peut-être qu’un certain nombre d’entre eux déduit que les présentateurs de JT et la télé en général ne racontent pas que des «vérités» ?

- C’est un acquis de plus ! Si après cette expérience, des gens regardent la télé et consomment leur info avec plus de distance critique, on aura parfaitement rempli notre rôle de service public. La presse n’est pas infaillible, il faut multiplier ses sources d’informations, recouper… C’est un réflexe démocratique.

 

- Dans cette histoire, vous n’êtes que «l’homme-tronc» qui a lu des textes sur un prompteur?

- Pas du tout ! En plus d’une importante contribution éditoriale, j’ai aussi pris part à la réflexion sur les conditions de diffusion. Par exemple, je me suis opposé à ce que la fausse interruption de programme ait lieu en plein milieu du journal télévisé de 19 heures 30 ! Tant qu’à parler des circonstances qui ont présidées à la réalisation de cette émission, je voudrais être tout à fait honnête en ajoutant que des journalistes de la RTBF n’étaient pas d’accord avec sa mise sur antenne. Certains d’entre eux ont aussi décliné l’offre qui leur avait été faite d’y participer. Ils estimaient qu’en tant que professionnels de l’information ce n’étaient pas leur rôle de s’insérer dans un programme qui pouvait entraîner une confusion entre fiction et réalité. Mon avis à moi, c’est que si le but recherché est noble, il peut être utile de faire exceptionnellement appel à des formes de communication provocatrices. Créer un débat conforme à l’intérêt général, c’est bel et bien une mission de service public. Et puis, j’entends souvent dire de la RTBF qu’elle est un peu aseptisée, prévisible, professorale, voire même sclérosée. Ici, on a été innovants, didactiques et très concrets !

 

- Tout le monde n’est pas de cet avis. Par exemple, le ministre-président de la Région bruxelloise, Charles Picqué estime que «l'objectif de réflexion de la population n’a pas été atteint dans la mesure où les gens ont été soit émus, soit bouleversés et en tout cas distraits par l'hypothèse que l'on n'était dans le réel»…

- C’est un avis que je ne partage pas du tout. Le 13 décembre, il y a eu plus de deux heures d’émission et l’ambiguïté sur la fiction a été totalement levée après une demi-heure. Ce qui a encore laissé le temps aux téléspectateurs qui auraient été troublés par la première partie de découvrir de nombreux reportages fouillés suivis d’un débat en direct qui recadrait le tout. Les relevés d’audience confirment que la plupart des gens ont fait ce choix-là. Ils regardaient encore la RTBF bien après que la mention «ceci est une fiction» est apparue à l’antenne.

 

- Le jeudi soir, c’est vous qu’on retrouve aux commandes du JT de 19 heures 30 consacré en grande partie à la polémique créée par l’émission du jour précédent. Etait-ce bien votre place ?

- Je ne vois pas où se situe le problème dans la mesure où avec la plus grande rigueur, toutes les opinions et peut-être plus encore celles de nos plus grands détracteurs ont pu se faire entendre dans ce JT.

 

- Et si le vrai but de la RTBF n’avait été que de faire de l’audience ?

- Non, c’est totalement faux! Si on avait voulu attirer le spectateur sur ce concept de docu-fiction, on aurait pu faire appel à des techniques de marketing pour en renforcer l’impact. Là, on n’a fait que débarquer subitement dans un programme.

 

- Mais en faisant de la pub, vous perdiez l’effet de surprise. Autrement dit l’arme fatale de votre édition spéciale…

- Il y a des techniques publicitaires qui aurait pu contourner cet obstacle… Mais peu importe parce que la RTBF n’a utilisé aucun instrument de ce type.

 

- Connaissez-vous la déclaration internationale des droits et devoirs des journalistes ?

- Oui, bien entendu.

 

- L’article 1er de cette déclaration dit que «le journaliste s’engage respecter la vérité, quelle qu'en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce en raison du droit que le public a de connaître la vérité»… En diffusant sciemment de fausses infos, n’avez-vous pas commis un grand écart déontologique ?  

- Mais mon métier, c’est de dire la vérité ! On était dans un scénario du possible!

 

- Vous avez seulement levé le masque après trente minutes!

- Sur une émission qui fait deux heures, je le rappelle. Et puis, le journaliste a un autre devoir, c’est celui de décoder, d’expliquer. Et c’est que l’on a fait en disant au gens : «Voilà ce qui pourrait se passer».

 

- Vous avez plutôt dit : «Voilà ce qui se passe»…

- Bon, je peux comprendre que l’on nous reproche l’utilisation de la fiction. Mais ce que nous montrons est plus que de l’ordre du possible. Les revendications séparatistes de la Flandre, ce n’est tout de même pas de l’imagination pure! Dans quelques mois, après les élections législatives, on sait qu’il y aura de nouvelles négociations institutionnelles qui seront particulièrement dures.

 

- De là à ce que le parlement flamand proclame son indépendance…

- J’en conviens. Si on arrive au séparatisme, cela ne se fera sans doute pas de manière aussi brutale. Mais peu importe ! Le scénario que nous avons imaginé permettait d’attirer l’attention dans un premier temps. Et dans un second temps de proposer des reportages qui expriment nombre de vérités. Sur les fantasmes d’une certaine Flandre, sur les conséquences politiques, sociales et économiques qu’auraient la disparition du pays. De telle sorte que je reste convaincu que nous avons rempli notre mission de service public.

 

- De nombreuses personnalités belges ont été interviewées dans le cadre de ce faux JT. Savaient-elles dans quelle pièce elles jouaient ?

- Le secret a été bien gardé. A ma connaissance, ces personnalités n’étaient toutes pas au courant du contexte précis de notre projet.

 

- Parmi les hommes politiques qui sont apparus dans les reportages, il y avait notamment le sinistre Filip Dewinter, leader du Vlaams Belang. Aujourd’hui, il se vante d’avoir été dans la confidence… La RTBF a-t-elle pactisé avec le diable ?

- Mais non ! On n’a rien négocié avec ce type. Il en rajoute une couche pour faire du tort avec la RTBF parce qu’il sait que les journalistes de la chaîne publique francophone dénoncent régulièrement ses discours de facho haineux et raciste.

 

- N’avez-vous pas rompu le cordon sanitaire en lui donnant la parole ?

- Ceux qui nous accusent de cela se trompent lourdement. Il y a une règle à la RTBF, c’est de ne jamais faire intervenir l’extrême droite dans les émissions de débat télévisé, dans les flashs spéciaux et dans les JT. Ici, on était dans le cadre d’une fiction et certainement pas en direct. On n’a donc pas violé nos règles internes. L’intervention cadrée de Dewinter s’imposait dans la mesure où, côté flamand, cet homme est l’un des chantres du séparatisme.

 

- Et aujourd’hui, il vous félicite…

- Cela relève aussi d’une logique de déstabilisation de la RTBF. Ses félicitations, je le jette à la poubelle tout autant que son projet politique.

 

- Tout de même, ne craignez-vous pas d’avoir mis en péril la crédibilité de l’information de service public. La prochaine fois que vous ferez un «flash spécial», on s’interrogera…

- Mais, encore plus après ce qui vient de se passer, les gens seront encore plus à même de faire la distinction entre fiction et réalité. Je vous l’ai dit : de toute manière, il est exclut de recommencer une telle expérience. En tous cas, à l’identique. Je soulignerai aussi que depuis cette émission, les téléspectateurs ne se sont pas pour autant écarté du JT de la RTBF. L’audience, et donc la confiance, sont toujours là.

 

- Au moins pendant quelques minutes, 80 à 90% des téléspectateurs, parmi lesquels des hommes politiques, des correspondants de presse étranger et mêmes des ambassadeurs en poste à Bruxelles sont tombés dans le panneau. Cela fait de vous un homme extrêmement puissant !

- Personnellement, je fais ce métier avec beaucoup de recul. Mais c’est vrai que cette expérience invite aussi à une réflexion sur la puissance des médias… Il y a aussi une vertu pédagogique dans ce qu’on a fait. En tous les cas, je me dis que si les gens y ont cru parce que le sujet était bien choisi. Si on avait annoncé une fonte brutale des glaces à cause du réchauffement climatique, je ne suis pas sûr que cela aurait produit le même effet.

 

- «Irresponsable», «inadmissible», «détestable», «canular de mauvais goût », « sensationnalisme», «indignation», les réactions du monde politique ont été féroces… Comment recevez-vous cela ?

- Je ne peux pas dire que cela me fait plaisir. Ayant beaucoup de considération pour le personnel politique qui est composé de personnes responsables et intelligentes, j’estime que de telles remarques pertinentes invitent à une remise en question.

 

- Vous avez bien dit «pertinentes» ?

- Oui puisqu’elles viennent de personnes intelligentes. Cela dit, il y a des contre arguments que je veux défendre. J’en ai évoqué certains durant cette interview mais pour le reste, je ne vais pas dialoguer avec ces personnes par média interposé.

 

- Mais vous avez bien votre petite idée sur la virulence des réactions politiques ?

- C’est le droit des hommes politiques de réagir comme cela puisque la RTBF n’hésite pas à les mettre sur la sellette quand ses journalistes constatent les dérapages de certains d’entre eux. Je crois que tout cela va se dépassionner dans les prochains jours et que l’on parlera plus du débat de fond : quel avenir pour ce pays ?

 

- Elio Di Rupo, le président du PS vient d’ailleurs d’appeler à une rencontre de tous les présidents de parti francophones sur ce thème. Quelque part, vous provoquez donc le débat de fond que vous souhaitiez. Mais dans le même temps, cela pourrait donner crédit à certains hommes politiques flamands qui accuse la RTBF d’avoir participé à une manœuvre orchestrée par le PS pour caricaturer les aspirations du nord du pays à une nouvelle réforme de l’Etat ?

- Ca c’est de la théorie du complot ! Le PS ou n’importe quel autre parti n’a rien à dire dans notre rédaction. On a travaillé en toute indépendance sur cette émission. Tout le monde a bien pu constater les réactions indignées de certains ministres PS après sa diffusion !

 

- Peu avant notre rencontre, une dépêche de l’agence Belga vient d’annoncer que vous êtes viré de la RTBF. Votre réaction ?

- Je suppose que c’est une fiction!

 

- Bien entendu. En fait, la dépêche annonce que le conseil d’administration de la RTBF déplore que des «erreurs» ait été commises mais qu’il ne prendra aucune sanction. Soulagé ?

- Soulagé, oui. Mais ce qui me réjouit le plus, c’est que ce communiqué incite aussi au débat interne sur l’info. C’est une bonne chose pour l’avenir de la RTBF.

 

 

 

14:38 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |