28/11/2006

Politique d'asile (161106)

Enquête publiée dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 16 novembre 2006

 

Centre fermé de Vottem, des gardiens parlent :

plan-vottem«Il y a des violations des droits de l’homme! Ca ne peut plus continuer»

 

 «On vous parle parce que nous sommes les témoins de faits inacceptables. D’atteintes aux droits de l’homme et à la dignité humaine. Certains d’entre nous dépriment, ils rentrent chez eux en pleurant, en se posant de questions sur leur participation à ce système», nous disent plusieurs agents du Centre fermé pour «sans papiers» de Vottem (en région liégeoise). Jacques, Julien, Jean et Joseph qui s’expriment ici ont, en réalité, d’autres prénoms. En chœur, ils dénoncent la présence de plus en plus fréquente de «résidents» souffrant de lourdes pathologies psychiatriques dans les «cellules» de Vottem… «Ce n’est pas leur place. Ils n’y reçoivent aucune aide thérapeutique et quotidiennement, nous sommes confrontés à des drames humains qui nous révulsent», accusent-ils.

 

Le rendez-vous a été fixé dans un café de la Place Saint Lambert à Liège. Quatre agents du Centre fermé pour «sans papiers» de Vottem ont des choses à nous dire sur cette prison liégeoise qui ne porte pas son nom, ce lieu secret où séjournent des «illégaux» en attente d’expulsion du territoire belge. Avant d’entamer cette discussion qui va s’avérer saisissante à plus d’un titre, l’un de nos témoins, Jacques, a clairement précisé les règles du jeux : «Vous devrez garder le silence sur notre identité. Notre statut nous interdit tout contact avec la presse. On risque notre emploi». Il expose ensuite le malaise ressentis par lui-même et plusieurs de ses collègues : «Ce boulot, on a accepté de le faire. On est des agents de l’Etat et on obéit aux ordres qui nous sont donnés. Mais dans le même temps, on est quelques-uns à avoir des problèmes de conscience. Pour retrouver notre sérénité, on voudrait faire notre travail en respectant la dignité de tous les «résidents». Or, d’année en année, la situation se détériore. On nous demande de garder des gens qui n’ont pas leur place à Vottem !»    

 

- De quelles personnes parlez-vous ?

- Julien : Depuis plus d’un an, on nous transfère très régulièrement des personnes qui souffrent de très graves problèmes psychiatriques.

- Pardon ?

- Julien : Oui, des schizophrènes, des psychotiques, des paranoïaques avec délire mystique… J’en passe. Toutes sortes de personnes qui auraient bien plus besoin d’une aide thérapeutique que d’une détention en Centre fermé. C’est inhumain !

- Vos collègues confirment ?

- Jean : Bien sûr, nous confirmons tous les trois. Vous voulez des exemples ? Récemment, on a eu un jeune turc qui avait un problème mental… Il s’est retrouvé pendant quinze jours complètement nu dans un cachot. Il passait son temps à se masturber en insultant Allah. Une fois qu’il en avait fini, il culpabilisait d’avoir insulter son Dieu. La direction a mis trois longues semaines à se décider de le faire transférer dans un lieu psychiatrique.

- Vous avez bien dit «quinze jours complètement nu dans un cachot» ?

-Joseph : Oui et ce n’est pas un cas unique. Il y a eu aussi cet Africain dont on ne connaissait rien des antécédents. Il s’est d’abord retrouvé dans une aile avec d’autres personnes. Mais rapidement, on s’est aperçu que cela ne tournait pas très rond dans sa tête. Cet homme était tétanisé. Il mourrait littéralement de trouille et il restait immobile, emballé dans une couverture. Peut-être avait-il vu des choses horribles dans son pays… Décision de la direction : mise en isolement.

- Jacques : C’est la décision systématique qui est prise lorsque ces malades s’avèrent dérangeant pour la vie en groupe.

- Joseph : Celui-là, il a été mis au cachot parce qu’il ne se lavait pas et que ses codétenus en avaient assez de devoir le conduire à la douche. De toute évidence, cet homme n’était plus en état de contrôler ses actes. Au point qu’il déféquait et qu’il urinait sur lui. Il a été laissé nu dans sa cellule d’isolement pendant des semaines. De temps en temps, l’un ou l’autre agent qui en avait le courage désinfectait sa cellule…

- De temps en temps ?

-Jean : Oui, de temps en temps. Il est parfois resté plusieurs jours comme cela dans sa m… Finalement, cela a joué sur la corde sensible de certains agents qui ont dit : «Nous on va le faire, on va l’amener à la douche». Ce n’est pas notre rôle de faire cela…

- Julien : C’est vrai, il y a des gens qui ne veulent pas le faire. Des agents qui ne supportent pas l’odeur parce que cela refoule… Moi, c’est mon cas. En plus, je vous le dis honnêtement, j’estime que ce n’est pas mon boulot d’aller désinfecter une cellule d’isolement.

- Jean : Il y a en d’autres qui le font parce qu’ils sont bien contents d’avoir une place et qu’on ne doit pas laisser quelqu’un vivre dans ses excréments.

- Il y a donc des périodes où ces résidents restent sans soins…

- Julien : Ils reçoivent leur nourriture, leurs médicaments mais sur le plan de l’hygiène, on doit le reconnaître, ça ne va pas… Une personne qui défèque sur elle pourra rester de 24 heures à une semaine sans qu’il y ait de nettoyage… Se développe alors une odeur pestilentielle qui embête tout le monde… Et ce sont toujours les mêmes qui s’y collent avec des masques…

- Jacques : Ce n’est pas facile à vivre. Moi, il m’arrive souvent de rentrer chez moi et de chialer parce que j’ai vu des trucs qui ne pourraient pas exister. Ce type, ils l’ont rapatrié sans suivi, sans rien…

- Jean : Quand on demande pourquoi des cas psychiatriques arrivent chez nous, on me dit que pour savoir si ces gens doivent être rapatriés ou pas, il faut qu’ils passent d’abord par Vottem. Ils doivent être dans le système pour que l’Office des Etrangers puisse les «valider». Moi, si cela se faisait en quelques jours, je comprendrais. Mais là, cela dure beaucoup trop longtemps : pour eux, comme pour nous.

- Joseph : Il y a des établissements spécialisés pour aider et soigner ces personnes!  

 

- N’y sont-elles pas transférées lorsqu’on constate leur état psychiatrique à Vottem ?-

-Joseph : Après quelques trop longues semaines d’isolement, cela peut arriver mais c’est loin d’être systématique. Le plus souvent, l’état psychiatrique des ces personnes n’empêche pas leur rapatriement.

- Julien : Et puis, il y a aussi ceux qui sont tout simplement relâchés dans la nature.

- Comment cela ?

- Julien : Que ce soit pour faire de la place dans le Centre ou pour une autre raison, ils reçoivent un ordre de quitter le territoire (OQT) dans les cinq jours. Concrètement, cela veut dire qu’ils sortent, livrés à eux-mêmes et, à charge pour eux de quitter le pays. Je me souviens notamment du cas d’un obsédé sexuel qui ne savait pas s’empêcher de se masturber dès qu’il voyait passer une femme de ménage dans le couloir. Après quelques semaines passées chez nous, il a remis en liberté avec un OQT de 5 jours…

- C’est mettre la société en danger !

- Julien : Tout à fait, mais nous aussi nous nous sentons en danger. Par exemple, le mois dernier, on nous amené un type potentiellement très violent. Un schizophrène, nous a dit la direction. Il parle avec vous très calmement et puis il pète un câble… Avant de comprendre ce qui se passe, il est déjà en train de vous étrangler. On n’est pas formé pour s’occuper de gens comme cela ! Ce type est bien resté deux ou trois semaines en cellule d’isolement. De temps en temps, il y avait un volontaire pour lui faire prendre sa douche… Et puis, il a été transféré on ne sait où… Aux dernières nouvelles, il serait à Lantin.

-Jacques : Des gens à problèmes psychiatriques lourds, il y en a de plus en plus. Dès qu’il y en a un qui s’en va, il y en a un autre qui arrive. En ce moment, on a un Guinéen qui parle et chante tout seul pendant toute la journée. Il défèque dans son assiette et balance ce qu’il produit par l’oeilleton de sa cellule… C’est triste à voir. Il faudrait qu’un type comme cela reçoive une aide psychiatrique mais comme souvent la direction préfère décréter qu’il s’agit d’une simulation. Jouer la comédie pendant deux ou trois jours, je veux bien, mais pas pendant des semaines !

- Jean : Le dilemme pour cette direction qui dépend du ministère de l’Intérieur, c’est que si le type est reconnu malade par un psychiatre, il n’est plus rapatriable… Donc, elle fera éventuellement venir des kinés de l’extérieur, mais jamais un psychiatre. Les résidents n’ont aucune aide de ce point de vue. Sauf cas tout à fait exceptionnel. Je me souviens d’un type qui voyait déjà un psychiatre avant sa détention. Dans un moment de lucidité, il est arrivé à demander à revoir son thérapeute et finalement, il a pu quitter Vottem.

- Jacques : Pour comprendre le problème des cas psychiatriques, il faut savoir que Vottem est devenu un centre poubelle. Par exemple, il y a une personne qui se ballade en rue avec un comportement bizarre, elle est interpellée par la police et elle n’a pas de papiers. Le plus simple pour les flics, c’est de l’envoyer chez nous où elle ne sera pas enfermée en tant que cas psychiatrique mais uniquement sous le label de «personne étrangère et sans papiers». Officiellement, il n’y a donc pas de cas psychiatriques dans les centres. Dans la pratique, on improvise…

- Et la plupart des gens qui souffrent de problèmes psychiatriques se retrouvent donc en cellule d’isolement ?

- Julien : Voilà, c’est cela. Pas tous, mais la plupart. En tous cas, les cas difficiles qui posent problème pour la vie en groupe. Dans notre jargon, on appelle cela le régime «différentié».

- Jean : Et ils ne restent pas en isolement pour un jour, deux jours mais pour deux semaines, trois semaines, voire deux mois. Même pour une personne normale, rester dans ce type de cachot pendant si longtemps, c’est insupportable. Elle en ressort à l’état de zombie.

- Julien : Je me souviens d’un Polonais y est resté deux mois. Il en ressorti complètement cassé avant d’être renvoyé dans son pays.

- Jean : En fait, il est rare quelqu’un de normal reste une longue période en isolement. Après deux ou trois jours, l’intéressé comprend le message et il reprend la vie en groupe… Il n’y a donc que les personnes fragilisées par des problèmes psy qui y restent longtemps.

- Avec quels droits ?

- Jacques : Trois repas par jour comme les autres. En théorie, le différentié peut aussi avoir une promenade aux préau, deux heures par jour. En pratique, il y en a qui refusent, d’autres qui ne comprennent même pas qu’ils ont ce droit et puis ceux qui ont des troubles comportementaux qui empêchent cette sortie. On ne peut tout de même pas demander à trois agents de promener une seule personne.

- A quoi ressemble une cellule d’isolement ?

- Jacques : A un cachot de prison. Il n’y a pas de table, juste un matelas posé sur un bloc de béton. C’est une pièce vide.

- Vous dites à propos des cas psychiatriques qu’un cas chasse l’autre. Que faut-il comprendre par là ?

- Julien : Il y en a deux ou trois par mois!

- Jacques : Moi, je dirais qu’il y en permanence un cas très grave qui doit être isolé.

- Julien : Et puis, il y a aussi des toxicomanes, des personnes qui ont des troubles du comportement liés à ce qu’elles ont vu dans leur pays. Est-ce que ce sont des cas psychiatriques ou pas ? Il s’agit aussi de toute sorte de personnes qui peuvent avoir des crises d’angoisse, de colère. Des délires… On craint tous qu’un jour, il y ait un accident.

- Jean : Mais Julien, des accidents il y en a déjà eu ! Des nez cassés, un genou explosé… Des réfugiés qui se font du mal à eux-mêmes.

- Julien : C’est vrai. Il y aussi des tentatives de suicide et beaucoup d’automutilations. Nous, on n’est pas apte à juger si il s’agit de simulations pour obtenir un transfert en hôpital ou pour sortir. Il faudrait un véritable suivi de la population détenue sur le plan psychologique et psychiatrique, mais il est totalement inexistant. Nous, humainement, cela nous met en permanence dans une situation de malaise.

- Jean : Vous savez comment l’office réagit quand il y a un cas grave de tentative de suicide ou d’automutilation ? Ils transfèrent dans un autre centre ou à l’hôpital. Généralement, dans cette seconde hypothèse, la personne se casse parce qu’il n’y a pas de garde à l’hôpital. En un sens, on pourrait croire que c’est un mieux pour elle mais moi je me dis qu’elle se retrouve alors dans la nature, sans ressources, dans la clandestinité mais avec ses problèmes psychologiques ou psychiatriques qui restent entiers.

- Il n’y a donc aucune prise en charge des cas psychiatriques : soit on écarte le «problème», soit on le cache ?

- Jacques : Et c’est la même chose avec le tuberculeux…

- Comment cela ?

- Jacques : Là, je crois qu’on touche à un problème de santé publique. Des «résidents» qui souffrent de cette affection très contagieuse ont parfois été relâchés dans la nature plutôt que d’être soignés au centre ou d’être renvoyés vers un hôpital.

- Ce n’est pas vrai !

- Joseph : Vous voulez un exemple ? Il y a quelque temps, un type crachait ses poumons. La direction n’avait pas envie qu’il perde la vie au centre mais elle ne l’a pas envoyé à l’hôpital. L’homme a reçu un ordre de quitter le territoire dans les cinq jours. Sur le plan humanitaire, c’est tout à fait désastreux.

- Julien : Sans doute aussi que c’est illégal car la tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire. Or, moi je vois régulièrement des gens qui sortent alors qu’ils ont viré leur cuti. Est-ce que les centres les déclarent ? J’ai des doutes.

-Joseph : Plusieurs agents de Vottem ont aussi contracté cette maladie…

- Revenons à vos «résidents» qui souffrent de troubles mentaux. N’y a-t-il pas de psychiatre au centre ?

-Joseph : Non. On le demande régulièrement. On voudrait la présence d’un psychiatre mais aussi celle d’infirmières spécialisées.

- Jacques : Tu peux préciser que dans l’organigramme du centre, il y a un psychologue mais qu’il ne voit jamais les «résidents». Cela ne l’intéresse pas d’aller parler avec le gars qui vit dans ses excréments dans une cellule puante.

-Julien : De toute façon, n’étant pas psychiatre, il n’est pas qualifié pour soigner ces gens.

-Jacques : La question se situe simplement sur le plan de la dignité humaine, des droits de l’homme. En tant que membre de la direction, il devrait juger intolérable ces mises en isolement d’être aussi fragilisés.

- Il est membre de la direction?

- Julien : Voilà, le psy est aussi directeur adjoint du centre. Et il est cela avant tout. Ce qui compte c’est que la machine continue à tourner sans faire de vagues… Il pourrait aller visiter les résidents pour déceler ceux qui sont suicidaires. Il ne le fait même pas.

- Joseph : C’est vrai. Il est dans son bureau. Et ce sont les agents qui font de la psychologie comme ils le peuvent en parlant avec les résidents qui ont des problèmes.

- Jacques : Il lui arrive tout de même de parler à des résidents excités pour tenter de les calmer !

- Joseph : Sans doute mais de toute façon, il y a toujours confusion des rôles. Il parle à un type un jour et le lendemain, s’il est par exemple de garde, c’est lui qui décidera aussi mettre le même homme en cellule d’isolement. A qui parle les résidents lorsqu’ils ont des problèmes de détention : au directeur ou à un psy ?

 

- Les médecins qui visitent le centre, ils ne voient pas ces cas graves qui sont en isolement trop longtemps avec les problèmes d’hygiène que vous avez décrit ?

- Jacques : Si bien sûr… C’est peut-être pour cela qu’ils changent souvent… Quand ils se retrouvent face à un mur, ils s’en vont.

- Julien : Il paraît que prochainement un psychiatre va débarquer chez nous, un type qui fait des expertises pour le ministère. On verra bien…

- Jean : En attendant, cela va crescendo. Un groupe de travail vient de se former sur cette problématique des cas psychiatriques que la direction présente simplement comme des «cas difficiles». Ils pensent faire une aile spécialisée de 24 lits pour ces gens-là.

- Jacques : Il y a un autre aspect du travail dont on voudrait vous parler car il nous inquiète très fort : la distribution des médicaments aux résidents. Ce n’est pas notre job! Que se passera-t-il le jour où il y aura une erreur ? 

- Une erreur ?

- Jacques : Les médecins et les infirmières ne sont pas là en permanence. Il arrive donc, la nuit ou à d’autres moments, que des gardiens se retrouvent face à des «résidents» qui ont besoin de certains médicaments. Par exemple, un calmant pour dormir. Le système en place veut que l’on téléphone alors à l’infirmière de garde.

- Joseph : On reçoit donc une consigne verbale de donner tel ou tel médoc. Imaginons qu’il y ait une contre-indication ou que le résident ne supporte pas ce qu’on lui a donné pour tel ou telle raison. Qui va porter le chapeau ?

 

- Et quand les infirmières sont là, comment cela se passe ?

- Joseph : Ce n’est pas du tout satisfaisant non plus. Ce sont elles qui préparent des plaquettes à donner aux détenus…

- Jacques : Et il y a constamment des erreurs dans les plaquettes… Un jour, il y aura un problème. C’est couru d’avance.

- Joseph : Cette question des médicaments est aussi à l’origine de beaucoup de situations de violence. Certains gardiens hésitent à donner des calmants ou des antidouleurs pour les raisons que nous venons de vous expliquer. En retour, il y a des résidents qui vivent cela très mal et qui s’énervent… 

 

- Vous vous êtes plaints de cette situation à la direction ?

- Joseph : Bien entendu. On nous répond qu’il n’y a pas de budget pour assurer une présence permanente d’une infirmière dans le centre.

- Jacques : Les infirmières sont intérimaires ou contractuelles à mi-temps. Elles n’ont pas intérêt à ruer dans les brancards. La direction leur fait comprendre qu’il ne faut pas qu’elles soient trop proches des résidents.

- Joseph : En fait, on se contente de bourrer les gens de médicaments pour les garder calme. Les médocs à Vottem, c’est un budget de plusieurs milliers d’euros pas mois.

- Jean : Et dans le même temps, il y a des gens qui attendent 5 jours pour voir le médecin, parfois plus. Cela fait monter la colère et c’est nous qui avons les problèmes. Par exemple, si un «résident» a une rage de dent, il s’inscrit chez le médecin et cela peut durer un mois pour qu’il voie un dentiste.

 

- Vous vous sentez mal dans ce travail ?

-Jacques : Parfois, je me demande ce que je fait là. Mais je me dis que j’occupe la place d’un type qui aurait pourrait être pire que moi. Ces centres existent de toute façon. Et puis, il faut gagner sa vie.

- Joseph : La plupart d’entre nous font de leur mieux dans un contexte difficile. Certains pourraient croire que les agents des Centres fermés sont des brutes sans scrupules ou des racistes. Or, il n’y a rien de plus faux. Par exemple, quand il a été question de recevoir des familles à Votem et que rien n’était prévu à cet effet, on s’est démené sans compter pour rendre l’accueil acceptable parce que l’on savait qu’il y aurait aussi des enfants. Ce qui a été fait en un an dans d’autres centres, on l’a réalisé en deux mois parce qu’il y avait un enjeu humanitaire. Les familles qui sont venues pendant un temps chez nous étaient mieux accueillies que dans d’autres centres.

- Julien : Ce travail est pesant. Des gens font des crises parce qu’il n’imaginent pas devoir retourner dans leur pays. Je pense par exemple ce Chinois qui est resté pendant trois jours à l’infirmerie ou cet ado de 18 ans qui avait fait toutes ses études en Belgique et qui devait repartir… Si vous êtes gardien de prison, vous savez que le gars qui est en face de vous n’est pas là par hasard : il a tué, il a volé. Ici, beaucoup de gens n’ont jamais rien fait de mal !

- Jacques : Mais il y en a d’autres aussi. A la création du centre, les «résidents» étaient uniquement des illégaux mais depuis quelques années, il y a de plus en plus de ‘smex’ : ils représentent pas loin de 50% de la population du centre.

- De qui s’agit-il ?

- Jacques : Smex, cela veut dire «sans moyens d’existence». Ce sont des «sans-papiers» qui ont été condamnés à une peine de prison et qui viennent purger leurs dernières semaines de peine chez nous avant d’être rapatrié ou de recevoir un OQT de cinq jours. En quelque sorte, on sert aussi à désengorger les prisons.

-Jean : Parmi ces clients-là, il y a beaucoup de petites frappes qui se prennent pour des caïds, des gens violents… On n’est pas formé pour s’occuper de ce type de population. On craint qu’un jour il y ait un accident…

-Julien : D’ailleurs, c’est un «smex» qui a récemment donné un coup de ciseau à une gardienne du 127bis. Auparavant, il avait aussi fait un séjour chez nous!

-Joseph : En plus, cette population très particulière pose également problème aux autres résidents, ceux qui n’ont jamais eu de contact avec le milieu délinquant et criminel. Ils sont victimes de pressions, de rackets, de violence.

- Julien : Des africains qui fuient un régime politique dictatorial sont mélangés avec des albanais qui viennent ici pour faire du proxénétisme. Il faut savoir que le «résidents» sont logés dans des chambres qui ne sont pas fermées et regroupés dans des ailes qui peuvent contenir jusqu’à 40 personnes. Et très souvent, pour ne pas dire tout le temps, il n’y a qu’un seul agent pour surveiller tout le monde. Quand c’est calme cela va, mais lorsque cela commence à s’énerver, vaut mieux se tirer. On a déjà du évacuer une aile ou cela chauffait trop.  Il se crée des groupes dans le groupe. Des hiérarchies. Comme en prison.

- Jacques : Les «résidents» qui n’ont jamais eu de problème avec la justice n’ont vraiment pas besoin de ce stress supplémentaire alors qu’ils sont déjà déstabilisés par le fait de se trouver dans un milieu carcéral. On ne sait plus trop comment protéger et rassurer certain d’entre eux…

- Julien : Et puis, il y une autre injustice. Les ‘smex’, ils ont le plus souvent un OQT de 5 jours. En résumé, ce sont les «résidents» les plus difficiles, les gars dangereux mais qui savent se payer de bons avocats, qui échappent généralement à l’expulsion. Ils reçoivent cet OQT qui, bien entendu, reste lettre morte jusqu’à leur prochaine interpellation. Le gars perdu, sans relations, fragilisé par son exil, ce sera toujours plus facile de le taper dans un avion…

 

- Comment se passent les rapatriements ?

- Joseph : Moi, je me souviens d’un pakistanais qui avait refusé de monter dans l’avion à Zaventem. Ce gars est revenu tellement cassé qu’il ne savait plus marcher. Il a passé plus d’un mois à l’infirmerie. J’ai le sentiment que rien n’a changé depuis Sémira Adamu. Il n’y a plus de coussin mais c’est toujours aussi violent.

- Julien : Je voudrais dire que les gens qui se trouvent à Vottem ne sont pas tabassés, contrairement à ce que pensent certaines associations. Par contre, c’est vrai que quand elles reviennent de l’aéroport, on constate que certaines d’entre elles – pas toutes- ont été l’objet de violence sérieuses. Beaucoup de choses se passent à Zaventem. Il y a aussi des gens qui partent avec un GSM ou de l’argent dans une enveloppe qui devait leur être remises à leur montée dans l’avion et qui reviennent au centre sans rien.

- Jacques : D’après les témoignages de plusieurs résidents, les policiers utilisent des techniques assez incroyables qui ne laissent pas de traces. Par exemple, ils m’ont raconté comment ils appuient fortement sur un endroit du front qui provoque une douleur tellement intense que la personne perd tous ses moyens. Il y aussi beaucoup d’insultes verbales.

- Julien : Il est arrivé qu’un médecin vienne pour constater les dégâts mais la plupart du temps les résidents ont peur de déposer plainte. Ils croient que cela va avoir une influence sur leur dossier.

 

«De faits inacceptables»

Le juriste Pierre Arnaud Perrouty s’occupe des questions liées à l’enfermement et l’expulsion des sans-papiers à la Ligue des Droit de l’Homme. Récemment, il a participé à la rédaction d’un rapport alarmant qui fait l’état des lieux des six centres fermés où sont détenus des migrants en Belgique (on peut le consulter à l’adresse suivante : http://www.liguedh.be/). Avant sa publication, nous avons porté notre article à sa connaissance. Réaction ? «Les témoignages apportés par ces agents sont très graves», estime M. Perrouty. «D’une part, ce que disent ces fonctionnaires confirme en bien des points des informations que différentes ONG avaient pu recueillir au cours de ces dernières années en visitant des détenus des centres fermés. D’autre part, ces témoins de première main évoquent des pratiques qui sont totalement illégales. Certes, nous connaissons l’existence des cellules d’isolement, la problématique de leur usage excessif et les durées de détentions trop longues dans ces cachots. Normalement, un détenu ne peut y rester que cinq jours au grand maximum. Lors de visites des centres, nous avons même pu voir certaines de ces cellules d’isolement alors qu’elles étaient vides. Les gardiens que vous avez rencontrés expliquent ce qui s’y passerait vraiment. Notamment, des gens qui souffrent de problèmes psychiatriques s’y retrouveraient abandonnés, sans soins. Ces faits, s’ils devaient être avérés, sont tout à fait inacceptables. Il s’agit de graves atteintes aux droits de l’homme qui doivent impliquer une réaction forte et rapide des autorités compétentes. Il faut que cela cesse et que des responsabilités soient déterminées. Je souligne aussi dans ces témoignages les propos tenus sur la violence persistante lors de rapatriements. Cela confirme également des récits de sans-papiers».    

  

 

«Ces personnes font l’objet d’un régime différencié»

Nous avons pris contact avec la direction de l’Office des Etrangers (O.E.). Kareen Vandeweeghe, porte-parole de ce département nous a demandé lui envoyer nos questions par mail et elle nous a répondu par le même canal. Comme on le constatera la vérité officielle s’oppose à celle de nos témoins en ce qui concerne les durées des détentions en cellule d’isolement. Par ailleurs, l’O.E. reste muet sur la nature du «régime différencié» qu’il dit donner aux «résidents» souffrant de problèmes psychiatrique. A cet égard, rappelons que les gardiens nous ont expliqué que dans le jargon du Centre, le «régime différencié» équivaut… au placement en cellule d’isolement. A en croire, l’O.E., le nombre de «smex» est moins important que ce qui est affirmé par les gardiens. La question de savoir si cette population pose des problèmes pour la vie en groupe au sein du Centre est éludée par notre interlocutrice. Le 10 novembre, pour en savoir plus, nous avons également laissé un message au directeur de Vottem, M. Jacob, mais au moment de boucler cette édition, le 13 novembre au matin, il ne nous avait pas encore répondu.

 

- Selon nos informations, dans le flux des résidents qui arrivent à Vottem, il y a  régulièrement des étrangers qui souffrent de problèmes psychiatriques graves. Ces personnes font-elles l'objet d'un traitement différencié en termes d'hébergement et de soins ?

- Le nombre de personnes présentant des troubles psychiques ou psychiatriques peut varier d'un moment à l'autre. Nous constatons toutefois, depuis quelques mois, que le nombre de personnes présentant des troubles relevant de la psychiatrie est en légère augmentation. Ces personnes font l'objet d'un régime différencié, qui est déterminé au cas par cas et selon nos moyens en fonction du comportement spécifique de chacun. Autant que faire se peut, ces personnes sont orientées vers un service spécialisé.

 

- Quelle est la durée maximun d'un séjour  d'un résident en cellule d'isolement?

- La durée maximale de l'isolement est de 24h.  En cas de prolongement de plus 24h,  parce que le résident n'est pas intégrable dans le groupe, le Directeur générale doit donner son avis  et l'autorisation. Dès que le délai de 72h est atteint, seul le Ministre peut décider du maintien ou non du résident en isolement.

 

- Confirmez-vous la présence de plus en plus importante de «smex», soit des personnes en fin de peine d'emprisonnement, à Vottem ? - Cette population est-elle à l'origine de problèmes particuliers dans la vie de groupe des résidents de Vottem ?

- A la date du vendredi 10/11/2006, 09h10, il y a 18 résidents SMEX. Seules les personnes provenant directement d'un établissement pénitentiaire sont reprises dans cette catégorie de SMEX.   

08:43 Écrit par michelbouffioux dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Inacceptable ? Ce qui est inacceptable, c'est de permettre à tous ces gens, de venir se faire des illusions perdues chez nous. S'il existait une politique responsable, qui les empêche de venir, il n' y aurait pas besoins de centres fermés. Les gauchistes benêts, sont les seuls responsables de ces situations qu'ils dénoncent

Écrit par : GERARD | 03/12/2006

A QUI DEMANDER DE L'AIDE EN BELGIQUE J'AI 37ANS J'AI EFECTUE PRESQUE 10ANS DE PRISON JAI FAIT MA PEINE DANS L INTEGRALITE
DEPUIS JE VEUX ME REINSERER EN VAIN RIEN NES PREVUS MEME LE CPAS NE FAIT RIEN ON JOUE AVEC VOUS POUR QUE VOUS DERAPIEZ ON POUSSE LES GENTS A LA RESIDIVE JE FAIT DES DEMANDE AIDE DE REINSERTION DE TOUT COTE QUI POURAIS MAIDE CART JE NE ME VOIE PAS RETOURNE EN PRISON FAUTE DU SYSTEME QUI ES PAS ADAPTE CONTACTER MOI POUR EN SAVOIR PLUS CAR Y A QUOI DIRE SUR TOUT LES DEMARGE QUE J AI FAITE ET RIEN NE CHANGE ET SE EN 3ANS

Écrit par : SCOHY | 22/02/2008

MONSIEUR JE VIENS DE VOIRE SUR VOTRE BLOG UN DE MET APEL A L'AIDE ESPERONT QUE CELA MARCHERA ET QUE ENFIN JE VAIRAIS UNE LUEUR ESPOIRE BIEN A VOUS IL Y A TEMPS DE CHOSE A DIRE AU SUJET DE LA NON REINSERTION CART SE QUI EST FAIT SUR PAPIER COMME PROJET NE FONCTIONNE PAS ET VOILA LA RESIDIVE SCOHYDAVID@HOTMAIL.COM

Écrit par : SCOHY | 14/04/2008

encore un coups de geule a dire sur la reinsertion voila ses toujours moi scohy david je suis pas genre a vouloir parler de moi mes j ai de nouvel chose a dire merci le net ce jour la police de mons est venue chez moi pour une enquete sur les agisement de certain agent penitentiere vous saver je croiait vrement sortir et pouvoir me reinsere se netais que ilusion en prison je gagniait 25000franc belge part moi plus tout les avantage cadeaux privilege en faite on se servait de nous comme je vien daprendre
et depuis ma sortie rien ou je ne rentre pas dans les plan de reclacement ou trops vieu a 38ans ou trops tatouer ou pas certificat bonne vie et moeurs enfin tout pour pas se mouillier et moi la dedans je doit faire quoi ici je vis sur le compte de mon amie qui na que 19ans en article 60 je ne peus pas etre a sa charge mes comme nous somme sous le meme toit les huissier vienne pour moi comme il y a quelque temps ou l on relamais 10annee de taxe comunal alor que jetais en prison meme un sans abrit a droit au minimex de rue moi rien ou est mon plan de reclacement j ai pureger ma peine entiere donc je suis libre mais sens rien avoir droit

Écrit par : SCOHY | 15/04/2008

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