29/04/2006

Extrême droite (200406)

Entretien publié dans l'hebdomadaire Ciné-Télé Revue, le 20 avril 2006

«A propos du Vlaams Belang, les chaînes de télé flamandes font l’autruche!»

 

Fin 2004, Marc Spruyt et ses amis du site internet «Blokwatch» avaient déjà créé l’évènement en lançant une pétition sur la toile qui avait recueilli plus de 60.000 signatures en quelques jours. A l’époque, il s’agissait de faire pression sur le monde politique afin que la loi privant les partis liberticides et racistes de financement public soit enfin mise en application… Ce fut chose faite quelques semaines plus tard. Aujourd’hui, les antifascistes flamands lancent une autre pétition et, cette fois, ce sont les chaînes de télé du nord du pays qui se trouvent dans leur viseur. Ils voudraient que le public du nord du pays, et les jeunes plus particulièrement, puissent découvrir un documentaire fouillé de la RTBF sur la «Face caché du Vlaams Blok (Belang)» mais tous les programmateurs des médias audiovisuels flamands refusent sa diffusion… «Ils prétendent que le document n’apporte pas d’élément neuf. Mais quand on le montre à de jeunes flamands, ceux-ci sont vraiment étonnés de découvrir les antécédents de militants d’extrême droite qui se promènent aujourd’hui en complet costume dans les travées des parlements et sur les plateaux de télés…», affirme Marc Spruyt.  

 

- Le film «La Face caché du Vlaams Blok» a été diffusé sur la RTBF il y a plus d’un an. Depuis lors, mais sans succès, votre association demande à ce que ce reportage puisse également être vu par les téléspectateurs flamands. Pourquoi passez-vous aujourd’hui à la vitesse supérieure en lançant une pétition ?

- Vous l’avez dit, cela fait longtemps maintenant que l’on se trouve face à un mur. Après les discussions que nous avons eu en coulisse avec les médias audiovisuels flamands, nous nous interrogions déjà depuis un certain temps sur un changement de stratégie. Et puis un récent sondage publié par le quotidien populaire «Het Laatste Nieuws» (ndlr : le 3 avril dernier) a fait véritablement office de déclic. Cette enquête d’opinion portait sur les intentions de vote pour les prochaines élections communales et il en ressortait certains chiffres qui faisaient froid dans le dos… 

 

- A savoir ?

- 26,7% des jeunes flamands âgés de 18 à 20 ans déclarent avoir l’intention de voter pour l’extrême droite au prochain scrutin! En réponse à cela, nous avons immédiatement décidé de lancer la seconde pétition parce que nous sommes persuadés que si cette tranche de l’électorat potentiel du Vlaams Belang (VB) tombe dans les pièges tendus par ces extrémistes, c’est essentiellement par manque d’information. Ils ne connaissent rien ou presque des antécédents du VB. Pour ces jeunes électeurs, ce parti a toujours fait partie du paysage médiatique et politique. Depuis qu’ils sont gosses, ils ont vu Dewinter et compagnie déambulant dans les travées des parlements régionaux et fédéraux et sur les plateaux télé. En temps que téléspectateur – et la télé est leur principale source d’information-, ils ont toujours vu que ces gens étaient traités par les journalistes flamands comme des élus parmi d’autres. Dès lors, pourquoi s’inquiéteraient-ils du projet politique d’un parti aussi «banal»? On paye aujourd’hui le prix de la politique de l’autruche pratiquée par trop de médias flamands et par une partie du monde politique… On paye cette volonté stupide de ne pas «diaboliser» le Vlaams Blok, cette peur de le boycotter, ces scrupules à dire ce qu’il est vraiment, c'est-à-dire une grave menace pour la démocratie. Cette stratégie a conduit certains de nos démocrates à «débattre» avec ces extrémistes que ce soit à la télé ou ailleurs. Elle leur a fait oublier qu’il ne faut jamais pactiser avec le diable! On voit le résultat aujourd’hui : aux yeux d’une partie de l’opinion et surtout chez les plus jeunes, le VB est ainsi devenu un parti tout aussi respectable que le SPa, le CD&V ou le VLD…

 

- Ne pas pactiser avec le diable… Quand on entend cette formule, on pense à Chamberlain et à Daladier, ces démocrates qui en septembre 1938 avaient cru possible de négocier les «accords de Munich» avec Adolph Hitler pour éviter la seconde guerre mondiale…

- Si cela vous fait penser à cela, ce n’est certainement pas le cas pour l’immense majorité de ces jeunes qui sont courtisés par l’extrême droite flamande : l’Histoire, ils ne la connaissent pas ou très mal! Une partie d’entre eux n’a même pas conscience de l’ampleur de l’horreur nazie et encore moins de la filiation qui existe entre les mouvements extrémistes d’aujourd’hui et ceux du passé. Pour eux, Dewinter c’est un type souriant, en complet costume, qui passe à la télé au même titre de Freya Van den Bosche. Ce n’est pas l’héritier des collabos flamands de la seconde guerre mondiale ou de mouvements du type VMO (Vlaams Militant Orde) ou Voorpost. C’est pour cela qu’il est essentiel que ce public puisse voir le reportage de Jean-Claude Defossé. Par un montage d’images d’archives datant des trente dernières années, ce journaliste rappelle le passé trouble de nombreux acteurs importants du VB (ndlr : le VMO était un mouvement ultraviolent. Ses membres ont connu de nombreux ennuis avec la justice pour voies de faits, agressions, constitution de milice privée…) Il révèle aussi le cadre de référence plus que contestable de certains d’entre eux qui sont allés jusqu’à glorifier la collaboration avec l’occupant nazi. C’est en regardant dans le passé de ces gens qu’on peut déceler l’avenir qu’ils nous prépareront si, par malheur, ils devaient un jour accéder à des leviers de pouvoir.

 

­- La démarche d’information que vous proposez semble assez évidente. Sur base de quel argument est-elle bloquée par les programmateurs de la télé flamande ?

- Peu de temps après la première diffusion du reportage sur la RTBF, Siegfried Bracke un journaliste connu de la VRT a décrété que ce document n’apportait rien de neuf. Pour lui, tout avait déjà montré à l’opinion flamande au cours des dix ou vingt dernières années. Depuis lors, le débat sur l’opportunité de diffuser ou pas n’est pas allé plus loin. Nous trouvons cela vraiment consternant et on arrive à se demander si ce ne sont pas de simples raisons mercantiles qui justifient l’attitude des médias flamands. Le Vlaams Blok, c’est désormais un million d’électeurs en Flandres. Cela fait autant de téléspectateurs potentiels avec lesquels les télés qu’elles soient publiques ou privées ne veulent peut-être pas prendre le risque de se brouiller!

 

- Mais si un jour le VB devait avoir 2 millions d’électeurs, il n’auront peut-être plus le choix de diffuser ou pas! 

- Ce type de raisonnement n’est vraiment pas à l’ordre du jour dans la plupart des médias flamands…

 

- Pour l’heure, il ne vous reste donc qu’à organiser des projections privées ?

- C’est ce que Blokwatch a fait récemment. Et nous en avons profité pour demander l’opinion d’une septantaine de jeunes Flamands. Tous, absolument tous, ils étaient sciés en découvrant le fumier dans lequel le VB a pris racine. En voici deux exemples (ndlr : il sort un document sur lequel ces jeunes spectateurs ont détaillé leurs impressions après la vision du documentaire). Sven, 17 ans, écrit ceci : «Ce documentaire doit certainement être diffusé à la télévision. Peut-être les gens ouvriront-ils enfin les yeux et verront-ils que le Vlaams Belang n’est pas aussi innocent qu’il voudrait le faire paraître depuis ces dernières années. Il informera aussi les gens qui étaient encore trop jeunes pour être au courant de ces scandales, et cela aidera à ce que ceux qui les ont oubliés s’en rappellent. J’ai trouvé que cela valait certainement la peine de regarder ce documentaire (...)».   

Yasmine, 17 ans aussi, explique quand à elle : «Ce documentaire m’a fait réfléchir. Je l’admets, j’ai pensé voter pour le VB. Je suis heureuse d’avoir changé d’avis. Le documentaire devrait certainement être diffusé à la télévision flamande pour faire voir aux gens ce que le VB signifie réellement. Le documentaire est vraiment bien fait avec tous les détails qui doivent être vus. Je sais maintenant de quoi il en retourne avec le VB! Aujourd’hui, je comprends combien c’est grave!».  

 

 

Pour en savoir plus

La pétition évoquée par Marc Spruyt peut être trouvée sur le site de son association, soit www.blokwatch.be ou sur le site www.vlaams-burgerinitiatief.be.

Hasard de l’actualité, on signalera aussi que depuis ce 12 avril et jusqu’au 13 mai prochain, le Théâtre de Poche à Bruxelles à ouvert ses planches à une création belge sur les dangers de la banalisation du discours d’extrême droite. Intitulée «M L’intrépide», cette pièce raconte l’histoire d’un homme désabusé et fragilisé par une vie difficile sur le plan privé et professionnel en arrive à être séduit par les slogans racoleurs de «Liberté nouvelle», un parti fascisant. L’auteur, Olivier Coyette explique qu’il a «voulu montrer comment les discours extrémistes et haineux se répandent dans notre société. Presque de manière incolore et inodore. Quand on parle aux gens raisonnables et cultivés, on constate leur sérénité, voire leur indifférence face à la montée de ce mouvement politique anti-démocratique. Ils vous répondent souvent que les fachos n’arriveront jamais au pouvoir, que pour l’instant, cela n’empêche pas la terre de tourner…» Cette pièce, parfois avec des accents de vérité impressionnants renforcé par une mise en scène de grande qualité (dialogues, chants, vidéos), mais parfois aussi de manière un peu caricaturale et violente, invite le spectateur à prolonger sa réflexion : «Que se passerait-il si l’extrême droite venait à gagner les élections?» Renseignements et réservations : 02/647.27.26 ou www.poche.be

 

 

09:55 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/04/2006

Affaire Schoonejans (130406)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 13 avril 2006

«Handicapé pour la vie, mon fils n’a reçu que 1.000 euros d’indemnités !»

 

Depuis près de huit ans, Jacques Schoonejans espère que son fils, victime d’une sauvage agression, sera enfin indemnisé à hauteur du préjudice qu’il a subit. Et pour cause. Pascal, seize ans au moment des faits, en paye encore les séquelles à l’heure actuelle : «Mon garçon a perdu des facultés essentielles. Il n’a plus d’odorat et plus de goût. Et c’est vraiment handicapant pour sa vie de tous les jours», explique Jacques. Il y a deux ans, ce papa dont la colère commence à atteindre des sommets recevait une note manuscrite de l’avocat auquel il avait confié ses intérêts. «Sans que je lui donné un quelconque mandat pour accepter une transaction, il m’annonçait avoir négocié un royal dédommagement avec la compagnie d’assurance de la partie adverse : 1000 euros pour solde de tout compte! Depuis lors, on a entamé des poursuites contre cet escroc du barreau, mais rien ne bouge…».

 

-  Quand commencent vos ennuis et ceux de votre fils?

- Vers la fin du mois de juillet 1998. Agé de 16 ans, Pascal venait de décrocher un job d’étudiant dans un parc d’activité qui se trouvait à quelques kilomètres de notre maison. Vu que ce lieu était mal desservi par les transports en commun, j’ai décidé de lui acheter un vélo. A cette fin, je me suis rendu sur un marché à Anderlecht où j’ai rapidement déniché ce qui me semblait être une magnifique affaire : un vélo qui devait valoir dans les 500 euros et que le vendeur voulait bien laisser partir pour le cinquième de ce prix! Le lendemain, je l’ai offert à mon fils et il est monté dessus pour aller faire une course avec un copain à une centaine de mètres de notre domicile. C’est là qu’intervient un hasard aussi extraordinaire que malheureux.

 

- A savoir ?

- Ils sont arrivés devant un magasin. Pascal a attendu dehors pendant que son ami réglait un achat. C’est alors qu’un homme a surgit face à lui. Il était en colère et il lui a crié : «C’est mon vélo!». Pascal a tenté de lui expliquer qu’il venait de le recevoir en cadeau mais l’homme ne lui en pas laissé le temps : «Tu n’es qu’un menteur!». Il lui a arrache le vélo et lui a donné une volée de coups de poings dans le visage. Pascal a fini par pouvoir s’enfuir et à revenir jusqu’à la maison. Quand il est arrivé, son visage et son t-shirt étaient pleins de sang. Il m’a raconté ce qui s’était passé. Je l’ai pris avec moi. On a plongé dans ma voiture et nous nous sommes mis à la recherche de son agresseur. Par chance, on est parvenu à l’intercepter. Il marchait dans une rue, pas loin de chez nous, avec le vélo à ses côtés. Il a avoué tout de suite l’agression sur mon fils en la «justifiant» par le fait qu’il avait reconnu son vélo volé quelques jours plus tôt à la côte belge.

 

- C’était bien son vélo ? 

- Oui, l’enquête le confirmera plus tard. Comme elle démontrera aussi que je n’avais rien à me reprocher puisque je l’avais acheté légalement sur le marché. Mais même si cela n’avait pas été le cas, ce n’aurait tout de même pas été une raison pour s’en prendre avec une telle sauvagerie à un gosse! On s’est rendu au commissariat et l’agresseur y a confirmé ses aveux et sa «justification»…

 

- Dans quel état était Pascal ?

- Il avait une double fracture du nez et son visage était presque entièrement noirci par un énorme hématome. Son job, il n’a pu le commencer que deux semaines plus tard. Choqué par la violence inouïe de l’agression, Pascal n’a en plus dormi pendant plusieurs semaines. La nuit, il n’arrêtait pas de faire des cauchemars, ma femme et moi, on l’entendait pleurer et crier dans sa chambre. Mes relations avec lui en ont également pâti. Ne trouvant d’autre moyen d’extérioriser sa colère, il a commencé à m’en vouloir à de lui avoir acheté ce vélo. Avec le temps, cela s’est tassé mais une séquelle physique très handicapante est restée et les médecins estime qu’elle sera permanente : mon fils a perdu l’odorat et le goût (lire encadré).

 

- 8 ans après les faits, quelle réparation a-t-il obtenu ?

- En tout et pour tout, 1000 euro d’indemnités! Ce n’est pas très cher payé pour un handicap à vie. L’assurance de son agresseur s’en est très bien tirée!

 

- Comment en est-on arrivé à une telle injustice ?

- Par l’insoutenable légèreté d’un escroc d’avocat. C’est pour cela que je témoigne. Je voudrais que les gens prennent conscience qu’il ne faut jamais faire une confiance aveugle à un avocat. Il faut suivre son travail, lui demander régulièrement des comptes car si vous tombez sur un mauvais conseil, les dégâts peuvent s’avérer irréparables… Au tout début de l’affaire, c’est Me H. qui s’est d’abord occupé de l’affaire. Cette avocate était désignée par notre compagnie d’assurance qui payait ses honoraires. A la suite de diverses expertises, elle a estimé que Pascal pouvait réclamer une première indemnisation provisoire qui tournait autour de 15.000 euros. Je crois que le dossier suivait une bonne voie jusqu’au moment où j’ai été moi-même victime d’un grave accident de la route.

 

- Quel rapport avec le dossier de votre fils ?

- Le 27 juin 2001, alors que je roulais à vélo, je suis renversé par une voiture à Koksijde et j’échappe de justesse à la mort après trois jours de coma. Je vous passe les détails de ce dossier mais je n’étais pas d’accord avec la manière dont Me H. voulait l’aborder. J’estimais qu’elle laissait trop facilement passer certains arguments de la partie adverse. Elle s’est donc retirée de cette affaire, mais aussi de celle de mon fils. N’ayant aucune connaissance du monde judiciaire, je me suis retrouvé complètement désorienté. A la commune d’Anderlecht, on m’a conseillé de me rendre dans une association qui organisait une permanence juridique. C’est là que je suis tombé sur un certain Me S. Déontologiquement, ce juriste ne pouvait que me donner un conseil et il n’avait pas le droit de me prendre comme client. Je ne le savais pas et il a pris les deux dossiers. Mon assurance était d’accord de payer ses honoraires. J’étais rassuré. Il me garantissait qu’il s’occupait de tout…

 

- Mais en fait…

- Il ne s’est occupé de rien sauf de ses honoraires! Pendant près un peu plus d’un an et demi, ma femme et moi, on a passé notre temps chercher à savoir comment évoluaient le dossier mais l’homme était difficile a rencontrer et lorsqu’on parvenait à le voir, il nous racontait des salades. Bien sûr, on sentait qu’on n’était pas entre de bonnes mains mais on ne savait pas quels recours utiliser et ce d’autant plus que j’avais déjà changé une fois d’avocat. Ce n’est qu’en 2003 qu’on a compris que Me S nous avait complètement roulé dans la farine. D’abord, il y a eu l’affaire de mon accident qui est passée au tribunal de Furnes en février : je me suis retrouvé dans la salle d’audience sans Me S. qui brillait par son absence! L’affaire a été jugée à mon désavantage. J’ai pris contact avec lui, il m’a dit qu’il interjetterait appel et, bien sûr, il ne l’a pas fait. Quelques jours plus tard, Me S. m’envoie une note manuscrite par laquelle il m’annonce qu’il a conclu une transaction en mon nom dans le dossier de mon fils. Qu’il a accepté 1000 euro de la compagnie d’assurance adverse pour solde de tout compte! C’est totalement illégal, pour conclure cela, il devait avoir mon accord préalable et écrit, ce qu’il n’a jamais eu. En avril, enfin, j’apprends que l’affaire de mon fils est passée au tribunal de première instance de Bruxelles. Le jugement qui accorde la suspension du prononcé pour l’agresseur révèle que Me S. n’était pas présent à l’audience, qu’il n’a jamais entamé de démarches pour nous constituer partie civile dans cette affaire et que la transaction qu’il avait conclue dans mon dos avait été jugée par le tribunal comme un élément favorable pour le prévenu! Là, encore, bien sûr, aucun appel n’a été interjeté dans les délais.  

 

- Où en êtes-vous aujourd’hui ?

- Depuis la mi-2003, deux autres avocats se sont occupés de mon cas mais ils sont arrivés trop tard. Ils sont formels : par l’inaction caractérisée de Me S dans les deux dossiers que je lui avais confié, mon fils et moi avons obtenu de très mauvaises décisions mais elles ne peuvent plus être remises en question. La seule voie qui reste, c’est un recours en responsabilité contre Me S. Cette action a été introduite depuis 3 ans! C’est long. Trop long! Etant pensionné, je ne roule pas sur l’or et suite à mon accident, j’ai encore d’énormes frais médicaux aujourd’hui. Un huissier est déjà venu chez moi parce que je ne savais plus payer certaines factures… Me S., lui, il continue son petit bonhomme de chemin. Tranquillement. Avec son cabinet près de l’avenue Louise à Bruxelles et sa villa à la mer. Moi, je dois vivre avec l’espoir qu’in fine, l’assurance professionnelle de cet escroc qui est toujours en activité, finira par nous indemniser du préjudice qu’il nous a infligé. Avec l’espoir aussi que cette fois, cela ne se limitera pas à 1000 euros!  

 

Pour en savoir plus

«Ca sent le brûlé ? Ca sent mauvais ? On sonne à ma porte, est-ce que ça ne sent pas le renfermé chez moi ? La bouffe de midi ? La clope ? Le pipi ? Le caca ? Et si il y avait un pigeon mort sous mon canapé ? J’emmène des amis dans ma voiture, ça sent quoi ? Je suis devenu un obsédé du nettoyage, un chasseur d’odeur névropathe, un maboul de l’eau de Javel». Dans un précédent coup de gueule, le 19 mai de l’année dernière, nous donnions la parole à Michel Doriez. Ce français racontait avec beaucoup d’humour (noir) ce qu’est la vie d’un homme qui n’a plus de goût et d’odorat. Cette maladie grave a un nom : l’agueusie/anosmie. Très handicapante au quotidien, elle finit inévitablement par jouer sur le moral. Michel Doriez raconte son histoire avec beaucoup de talent dans un livre : «Je ne peux plus me sentir», Flammarion, Paris.

09:08 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

26/04/2006

Droits de l'Enfant (060406)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue, le 6 avril 2006

Claude Lelièvre et Jean-Denis Lejeune

«Il y a encore tellement à faire pour les droits des enfants !»

 

Il y a six mois, Jean-Denis Lejeune quittait Child Focus pour rejoindre les services de Claude Lelièvre, le Délégué Général aux Droits de l’Enfant. Derrière les grosses moustaches du célèbre défenseur de l’enfance en danger, le papa de Julie dit avoir découvert un «homme qui vit son métier avec passion et qui a un contact exceptionnel avec les victimes». Il ne faut pas forcer Claude Lelièvre pour qu’il rende le compliment à son nouveau chargé de projets et de communication : «Jean-Denis a vitaminé notre action. Cet homme a une énergie incroyable!». Cette entente cordiale se matérialise par d’innombrables projets en Communauté française de Belgique qui reste bien sûr le terrain d’action du Délégué général. Mais aussi au Bénin où, lors d’un récent déplacement, le duo a été particulièrement touché par une terrible et encore mystérieuse maladie, l’ulcère de Buruli : «C’est une forme de lèpre moderne. La majorité des victimes sont des enfants. Ce que nous avons vu est tout à fait insoutenable. Il faut faire quelque chose pour les aider, explique Jean-Denis Lejeune.

 

- Voilà six mois que vous travaillez ensemble. Mais en fait, vous vous connaissez depuis bien plus longtemps?

- Jean-Denis Lejeune : Cela fait plus de 10 ans que l’on se connaît. Les circonstances qui ont provoqué nos premières rencontres étaient bien sûr extrêmement tragiques. C’était durant l’été 1995, peu de temps après l’enlèvement de Julie et Melissa. Claude a fait ce qu’il a pu pour nous aider. Dans les années qui ont suivi, on s’est revu à quelques reprises à titre amical, mais aussi pour des raisons professionnelles quand je m’occupais de Child Focus. Cependant, c’est maintenant, alors que nous travaillons ensemble au quotidien, que je découvre vraiment l’homme qui se dissimule derrière cette énorme moustache! Et cet homme, c’est un vrai, un pur. C’est vraiment quelqu’un qui vit son métier. Claude a un contact tout à fait exceptionnel avec les enfants qui viennent lui demander de l’aide. Il est vraiment à l’écoute, complètement dévoué aux causes qu’il défend. Pour moi, sachant trop bien ce que c’est que d’être confronté à des institutions froides et insensibles, cet aspect humain et disponible du Délégué général est un élément capital.

 

- Que d’éloges! Claude Lelièvre, cela doit vous remplir de bonheur quand vous entendez un portrait pareil ? 

- Claude Lelièvre : Ca me va droit au cœur, bien sûr. D’abord parce que j’ai consacré toute ma vie au secteur de l’aide à la Jeunesse. Vous savez, mon premier poste dans ce secteur d’activité, je l’ai décroché en 1968! Ce qui me réjouit ensuite, c’est d’entendre ces mots de la bouche de Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie. Comme tous les Belges, j’ai été profondément affecté par ce qu’on vécu les parents des enfants disparus. Et d’ailleurs, pourquoi parler à l’imparfait. Je suis aussi troublé par ce qu’ils vivent encore aujourd’hui avec des évènements très choquants comme les éventuels congés pénitentiaires de Michelle Martin, deux ans à peine la fin du procès d’Arlon. Que l’on pèse bien, cette fois, tous les risques en termes de récidive… En 1996 et plus tard, je suis intervenu dans les limites de mes moyens, à savoir ceux d’un médiateur, dans le combat mené par les Lejeune et les Russo. J’ai notamment cherché à faire le lien avec un détenu de la prison de Louvain qui disait avoir des révélations à faire sur la présence d’une des deux enfants à… Charleroi. A l’époque, les déclarations de cet individu étaient tout à fait crédibles et elles demandaient à être vérifiées dans les plus brefs délais. Il était prêt à me parler mais un magistrat m’a mis des bâtons dans les roues. Il est inutile de revenir sur tous les détails de cette affaire, mais j’en garde tout de même un souvenir amer. Cela fait 15 ans que j’occupe la fonction de Délégué Général. Souvent, je me suis senti utile, j’ai pu contribuer à des avancées tant sur le plan de la législation que dans des cas individuels.  Mais l’affaire des Russo et des Lejeune fait partie de ces quelques dossiers pour lesquels j’ai éprouvé un sentiment d’impuissance. Dès lors, la relation de travail et d’amitié que j’ai pu développer avec Jean-Denis, c’est aussi un peu de baume sur le cœur. Il y a enfin quelque chose de très symbolique au fait que nos trajectoires se soient rejointes. Lui, le parent en colère, révolté et adepte des coups de gueule et moi qui suit plus modéré, plus institutionnel aussi par la nature même de ma fonction, on a trouvé une véritable unité d’action. C’est le signe d’une ouverture mutuelle, d’une forme de maturation de chacun d’entre nous.

 

- Il n’y a évidemment pas que cet aspect symbolique…

- C.L : Bien sûr que non. L’apport professionnel de Jean-Denis est inestimable. Je vais vous dire : ce gars-là, c’est un vrai tourbillon. Tous les jours, il est déjà présent dans nos locaux à 7 heures 30 et il ne tient pas en place. Un projet suit l’autre. Je crois qu’il doit déjà compter plus de 250 heures supplémentaires! Il faut parfois que je le calme. Qu’il comprenne qu’il doit y avoir une vie à côté du travail, ne fut-ce que pour recharger les batteries. Dans le même temps, cette attitude de Jean-Denis est un apport en vitamine pour nos services. En travail aussi parce que depuis qu’il est là, mes services reçoivent plus d’appels que jamais. Auprès d’une importante partie du public qui a besoin de notre aide, la présence du papa de Julie est un gage de confiance et de crédibilité.

 

- Jean-Denis, quel est l’enseignement principal que vous tirez de ces six premiers mois de collaboration avec Claude Lelièvre?

- JD.L : Il y a encore tellement à faire pour les droits des enfants! A Child Focus, j’étais centré sur une seule problématique et elle reste d’ailleurs essentielle : les disparitions d’enfants. Ici, j’ai découvert qu’en plus de ce premier combat légitime qui est lié à mon drame personnel, il y en a mille autres à mener pour faire respecter les droits des enfants dans notre communauté.

 

- C.L. : C’est vrai. Jean-Denis n’imaginait pas à quel point sont multiples les fronts sur lesquels nous sommes amenés à intervenir. Bien sûr que nous existons comme service de dernier recours pour les affaires d’enlèvements, de disparition, d’abus sexuel ou de maltraitance. Mais nous sommes là aussi pour faire avancer des dossiers qui touchent à des injustices dont les enfants sont victimes en milieu scolaire ou en milieu hospitalier. Nous sommes encore là pour défendre la cause de ces enfants confrontés à l’extrême pauvreté, pour ces enfants mendiants de plus en plus présents dans nos rues. Nous sommes là également pour nous indigner de l’enfermement de gosses de réfugiés dans des centres fermés. Pour crier haut et fort que ces pratiques ne sont pas dignes d’un Etat démocratique! A Vottem, (Liège), il y a notamment une famille avec deux enfants de 2 et 1 an qui est actuellement emprisonnée. C’est intolérable… Nous sommes là aussi pour tirer la sonnette d’alarme quand à l’augmentation constante du nombre de rapts parentaux transfrontaliers. Pour stigmatiser certains errements en matière d’aide à la jeunesse. Qu’il s’agisse de gosses retirés de manière injuste de leur milieu familial ou, l’inverse, d’enfants qu’on laisse trop longtemps dans des familles très dangereuses. Qu’il s’agisse de mineurs souffrant de troubles psychiatriques qui se retrouvent enfermés dans un centre pour délinquants juvéniles tel celui d’Everberg… Ou d’enfants autistes qui sont orientés dans des services psychiatriques qui ne sont pas du tout adaptés à leur situation spécifique…

 

- JD.L : Claude a raison. Il pourrait continuer ainsi pendant des heures. Les situations révoltantes sont légions et cela se passe ici et maintenant. Près de nos yeux. Mais on ne le voit pas. Dernièrement, nous avons visité un service spécialisé qui s’occupe d’enfants souffrant de graves problèmes rénaux. Ces gosses doivent être dialysés plusieurs fois par semaine. Et ils attendent une transplantation, avec patience et courage, car le don d’organe n’est pas encore assez pratiqué en Belgique. Si je m’écoutais, je pousserais un coup de gueule chaque semaine! Mais dans ce cas, qui l’entendrait encore? Ici, j’apprends à travailler sur le moyen et le long terme. Si je garde l’espoir d’un monde meilleur pour les enfants, je me rends compte que la tâche est tellement complexe et diversifiée qu’il faut s’armer de patience. Accumuler les avancées, couche par couche. Avec détermination.

 

- Claude Lelièvre, au cours de vos 15 ans de mandat comme Délégué général, vous les avez vues ces avancées ? 

- C.L : Vous ne me ferez pas dire que tout est parfait pour les enfants en difficulté dans notre pays. Le rapport d’activité que je publie chaque année (1) fait largement état de tous les chantiers qui restent ouverts. Cela dit, il y a eu des progrès que l’on nous envie souvent sur le plan international. Que l’on pense par exemple à la plus grande valeur qui est désormais donnée à la parole de l’enfant dans le processus judiciaire ou aux nouvelles techniques d’interrogatoire des enfants victimes d’abus sexuels dans des locaux spécialisés, à la création d’un téléphone vert unique ou encore à la meilleure formation des policiers pour ces matières extrêmement délicates.

 

- Durant ces 15 ans, un regard d’enfant vous a-t-il particulièrement marqué ?

- Aucun regard d’enfant en détresse ne peut s’oublier. Mais si je devais raconter une histoire qui m’a particulièrement émue, ce serait celle d’Abdelhak et Soukaïna, deux petits brûlés d’Agadir au Maroc. Il y a trois ans, leur mère m’avait écrit depuis son pays pour me raconter comment ce qui leur servait de maison dans un bidonville avait disparu dans les flammes. Elle s’adressait à moi en désespoir de cause. Là-bas, ses enfants qui étaient gravement blessés ne pouvaient être soignés correctement. Normalement, je n’étais tenu d’intervenir, mes compétences se limitant aux enfants de la Communauté française. Mais là, je me suis dis qu’après toutes ces souffrances, cette maman avait bien le droit d’avoir touché le lotto en s’adressant à moi. Avec le soutien du ministre de la Défense André Flahaut et du ministre des affaires étrangères Louis Michel, j’ai fait venir cette famille en Belgique afin que les enfants puissent être soignés au centre des grands brûlés de l’armée belge. J’ai vu le sourire revenir sur le visage de ces petits. Et j’en suis fier. Depuis trois ans maintenant, ils ont commencé une nouvelle vie dans notre pays. Il faudra encore se battre pour qu’ils ne soient pas finalement expulsés car ce serait catastrophique pour ces enfants de revivre dans le bidonville qu’ils ont quitté. Leur épiderme encore fragile ne supporterait pas de mauvaises conditions sanitaire et trop de soleil.  

 

- Même question pour vous Jean-Denis?

- Dans mon bureau, il y a une photo sur laquelle mon regard se détourne souvent. J’y suis représenté à côté de Claude Lelièvre avec une enfant noire entre les bras. J’ai oublié le prénom de cette petite mais je pense souvent à elle. Je l’ai rencontrée lors de notre récent voyage au Bénin où nous allions inaugurer un orphelinat (ndlr : le bâtiment a été construit par l’Armée belge et les finitions ont été assurée par de jeunes délinquants belges provenant de l’IPPJ de Wauthier-Braîne). Durant toute la visite, elle est restée dans mes bras. Je n’oublierai jamais le sourire qu’elle me tendait alors qu’elle n’a plus de parents ; Selon une croyance locale, cette petite a été écartée de sa famille simplement parce qu’elle est née en siège… Avant que je parte, elle m’a demandé si je la reverrais. Oui, je la reverrai! Au mois de mai, nous retournons au Bénin pour offrir des lits d’hôpitaux à un médecin local; Un homme formidable qui a été formé à l’Université Libre de Bruxelles et qui tente de soulager des patients qui souffrent d’une terrible maladie : l’ulcère de Buruli.

 

- De quoi s’agit-il ?

- C’est une forme de lèpre moderne. La peau est littéralement mangée par une bactérie qui sévit dans les eaux marécageuses. Elle s’introduit dans le corps humain dès qu’on a la moindre petite blessure et que l’on va dans l’eau. La majorité des victimes sont des enfants. Ce que nous avons vu au Bénin est tout à fait insoutenable. Des gosses qui n’ont plus de peau sur tout le torse, d’autres qui sont atteint aux yeux, d’autres dont la peau pourrit jusqu’à l’os et d’autres encore dont les membres sont complètement atrophiés. Il faut faire quelque chose pour les aider! Le 15 avril, nous organisons un spectacle à Andenne (ndlr : lire encadré) dont une partie des recettes servira à soutenir le combat du médecin qui aide ces enfants au Bénin.

 

(1) : Le Délégué général aux droits de l’enfant a récemment publié son rapport annuel 2004-2005 sous le titre «Che bella storia». On peut se le procurer en téléphonant au 02/209.04.26. ou en se rendant sur le site du Délégué général aux droits de l’enfant (www.cfwb.be/dgde).

 

 

 «Michelle Martin ne devrait plus jamais sortir de prison»

 

- Jean-Denis, comment réagissez-vous à la demande de congés pénitentiaires de Michelle Martin ?

 

- Je suis extrêmement choqué même s’il faut constater que cette personne ne fait qu’utiliser un droit de demande de congé qui lui est accordé par la loi. Ce qui ne passe évidemment pas du tout, c’est de devoir constater qu’on en soit déjà là, deux ans à peine après un procès qui l’a vue condamner à trente ans d’emprisonnement. Si Martin devait déjà obtenir gain de cause (ndlr : la ministre de la Justice prendra une décision dans quelques semaines sur bases de divers avis qui lui seront remis), je serais vraiment horrifié. Il faut tout de même rappeler que Martin a joué un rôle capital dans le processus qui a conduit à la mort de quatre enfants. Elle est co-auteur des enlèvements et des séquestrations. En ce qui concerne Julie et Melissa, elle a eu plusieurs occasions de les sauver, d’alerter la justice et notamment alors que Dutroux était emprisonné. En plus, tout le monde a compris pendant le procès qu’elle n’a pas tout dit, laissant des questions essentielles sans réponses… Tout cela me fait dire qu’elle ne devrait pas bénéficier des congés qu’elle demande. Pour moi, elle ne devrait plus sortir du tout. C’est une récidiviste et je reste persuadé qu’elle constituera toujours un danger pour la société. Pour d’autres enfants. Ce n’est pas parce qu’elle nourrit un canari dans sa cellule qu’il faut se faire des illusions à cet égard.   

 

- Vous vous opposez aussi à la destruction de la maison de Marcinelle annoncée par les autorités communale de Charleroi ?                                       

 

- Je n’ai pas aimé la manière dont cette nouvelle a été annoncée par l’administration locale. C’est à dire sans même nous en avertir préalablement. A terme, l’idée de remplacer ce lieu d’horreur par quelque chose comme un espace vert avec une stèle rappelant ce qui s’est passé ne me choquerait pas. Mais je trouve que ce n’est pas encore le bon moment pour procéder de la sorte. Qu’ils attendent au moins la fin de l’instruction du dossier bis à Neufchâteau. On ne sait jamais, la justice aura peut-être besoin de retourner sur ces lieux. Je souhaiterais aussi que cette maison puisse être vue par des citoyens. Je voudrais que tous ceux qui le voudraient puissent constater de visu que le gendarme Michaux et ses collègues avaient toute latitude pour trouver la cache qui se trouvait dans la cave… derrière le seul mur plafonné de ce lieu. Je voudrais aussi que les gens expérimentent comment la plus grande fable judiciaire de l’histoire du pays a été racontée lors du procès d’Arlon. A savoir le fait que Julie et Melissa auraient pu survivre plusieurs mois dans ce sinistre réduit. Ce qui excluait bien entendu de se poser la question d’autres endroits qu’on aurait pu leur faire visiter pendant leur détention… 

 

- Pas de regret d’avoir quitté «Child focus» ?

 

- Aucun, si ce n’est d’avoir laissé des collègues derrière moi. Cette institution est désormais si éloignée du but de sa création qu’elle devrait changer de nom et de logo!

 

Vous pouvez soutenir leur action

Au cours de notre entretien, Jean-Denis sort un listing de plusieurs pages de son ordinateur. Qu’est-ce ? «Ce sont tous les projets qui sont en chantier pour les mois à venir. Il n’arrête jamais !», commente Claude Lelièvre. Parmi ceux-ci, il y aura une relance au mois de mai d’une «carte prudence» qui sera distribuée dans les écoles primaires. «Le principe est très simple», explique Jean-Denis Lejeune. «Sur cette carte, il y aura trois questions que l’enfant devra se poser avant d’accompagner un adulte. S’il ne répond pas «oui» trois fois, il doit dire non et demander conseil à un parent ou à un professeur». Ce type d’outil pédagogique, les services du Délégué en fabrique régulièrement et cela a évidemment un coût. «C’est pour financer cela que nous organisons régulièrement des activités comme le spectacle de mon ami Pierre Theunis qui se produira gracieusement le 15 avril prochain à Andenne où il nous offrira sa fameuse «Potée du rire», (ndlr : Renseignements et réservations au numéro de téléphone 085/84.36.40). Une partie des bénéfices de ce spectacle servira aussi à venir en aide à des enfants béninois qui souffrent de l’ulcère de Buruli», explique Jean-Denis. Claude Lelièvre annonce pour sa part une autre activité originale : «Le 11 septembre prochain, avec la complicité du «Golf de Pierpont», nous offrons la possibilité à des amateurs de golf de participer à une compétition en équipe avec des pro du circuit national.» Principe de l’opération : trois amateurs s’associent à un pro et ils payent un droit d’entrée de l’ordre de 450 euros (prix pour les trois participants) afin de s’offrir cette expérience unique (ndlr : Les renseignements utiles peuvent être obtenus auprès d’Alain Depleuvrez, 0486/919555).     

                

                

              

     

    

          

                

                     

                         

                                  

                                       

 

        

    

      

                

                 

              

     

    

          

                

                     

                         

                                  

                                       

 

        

       

  

11:47 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

24/04/2006

Ecoles de devoirs (060406)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 6 avril 2006

«Tant qu’ils y sont, qu’ils suppriment aussi les écoles !»

 

Le ministre-président de la Région wallonne le clame très régulièrement : «La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit être prioritaire». Dans le même temps, la ministre de l’Action sociale de son gouvernement coupe à la hache dans les subventions wallonnes à l’intégration sociale. Parmi les premières victimes de ce serrage de vis budgétaire se trouvent les associations qui donnent des cours d’alphabétisation et qui organisent des écoles de devoir. Bénéficiaires de ces services désormais menacés? Un public belge fait de personnes qui se trouvent souvent en situation de précarité ou de pauvreté et les enfants de ces familles. Mais aussi des immigrés et leurs enfants, en difficulté d’intégration pour des raisons liées à une mauvaise connaissance du français tant écrit que parlé. Attention, il n’est pas question de 30, 40, 50 millions de subventions publiques, comme dans le dossier de Francorchamps… Le débat porte sur une enveloppe de 1 million d’euro autrefois destinée à quelques 150 associations actives sur le terrain en Wallonie. Unilatéralement, sans débat aucun, le «gouvernement-wallon-qui-lutte-contre-l’exclusion-sociale», vient de l’amputer de 600.000 euros… Avec ses 1300 euros par mois pour un boulot de bien plus de huit heures par jour, Violenda Russo n’aura ni le temps, ni les moyens de s’offrir une place pour le prochain Grand Prix… A Charleroi, sans paillettes ni champagne, elle se bat pour la survie de «Contre-Poing», l’une des écoles de devoir menacées : «On est un outil contre l’exclusion sociale en même temps qu’un antidote efficace contre les idées d’extrême droite. Il n’y aucun parti politique, aucun syndicat, aucune église, bref aucun pouvoir derrière nous. Notre projet a été pensé et mis en œuvre par des citoyens pour des citoyens. Est-ce pour cela qu’on nous met des bâtons dans les roues ?».

 

- C’est quoi «Contre Poing» ?

- C’est un projet complètement citoyen qui a vu le jour en 1985. Au départ, étant photographe de formation, j’avais pour seule ambition de donner un accès à cet art aux gens de mon quartier. Rapidement, j’ai compris que les besoins de beaucoup de familles étaient nettement plus basiques et tellement plus essentiels. A Charleroi, il y avait tout un travail à faire pour aider sur le plan extrascolaire pour venir à des enfants en difficulté. Des gosses issus de milieux pauvres ou vivant dans familles immigrées connaissant des problèmes d’intégration. On a donc lancé une école de devoir et, en parallèle, des cours d’alphabétisation pour les adultes et les adolescents.

 

- Quel est la philosophie qui sous-tend votre action ?

- L’égalité des chances. C’est cela qui est le plus important à mes yeux. Il y a bien trop d’enfants qui ont toutes les capacités intellectuelles pour réussir leur scolarité mais qui se trouvent pourtant en situation d’échec dès le début du primaire. Si on les prend en mains correctement, qu’on leur donne un petit coup de pouce en leur faisant prendre pleine conscience de leur potentiel, la plupart du temps, ils s’engagent dans les bonnes rails pour réussir leur études.

 

­- Avant que vous n’interveniez, qu’est-ce qui ne va pas chez ces gosses ?

- Mais eux ils n’ont rien de différent des autres enfants! Ce qui est en cause, c’est leur environnement. Non pas qu’ils aient des mauvais parents, mais ceux-ci peuvent être débordés ou carrément dépassés par tout ce qui touche à l’école. Parfois, les parents n’ont pas eux-mêmes les bases d’instruction nécessaires pour suivre et encadrer correctement le travail de leur enfant (ndlr : analphabétisme, immigrants qui viennent de débarquer en Belgique et qui ne parlent pas ou peu le français). Parfois aussi, interviennent des problèmes sociaux très divers; Une mère ou un père seul avec plusieurs enfants qui ne parvient plus à tout assumer, une famille trop pauvre que pour avoir des conditions de logement décentes (ndlr : trop de bruit, trop peu de place, manque de confort pour que l’enfant travaille sereinement à la maison, sentiment d’échec pesant et handicapant)…

 

- Dans l’école de devoir, vous vous limitez à expliquer des matières scolaires ?

- Non, on développe aussi un état d’esprit. Lorsqu’un enfant est en situation d’échec et qu’en plus il est issu d’un milieu défavorisé, il aura tendance à voir cela comme une fatalité. Et certains non-dits en milieu scolaire peuvent renforcer cette perception. On travaille donc beaucoup l’estime de soi qui va d’ailleurs de paire avec le respect de l’autre. L’enfant qui passe chez nous comprend que c’est possible d’y arriver, pour lui comme pour les autres. Que cela sert à quelque chose de s’accrocher, de faire des efforts. Que tout n’est pas joué d’avance! Avec notre expérience de plusieurs années, on peut affirmer avec force, que cela à tout son sens de remédier aux problèmes scolaires et comportementaux le plus tôt possible;    

La spirale infernale que connaissent certaines familles – échec scolaire conduisant à l’exclusion sociale- est tout à fait évitable. On en a d’innombrables preuves vivantes : des gosses qui étaient pourtant mal embarqués et qui sont passés chez nous sont aujourd’hui devenus des adultes qui s’en sont sortis. Ils n’ont pas raté le seul ascenseur social qui s’offrait à eux, c’est-à-dire leurs études.

 

- Malgré ces beaux résultats, vous risquez de devoir mettre bientôt la clé sous le paillasson ?

- On n’est pas les seuls dans le cas. D’autres écoles de devoir mais aussi des centres d’expression et créativité, des services de santé mentale, de centres d’alphabétisation actifs en Région wallonne sont victimes de la politique drastique de réduction des subventions menée par Christiane Vienne (PS), la ministre de l’Action sociale et de l’Egalité des chances. Sans le moindre débat, ni même un quelconque préavis, les subventions wallonnes à l’intégration sociale sont passées en 2005 de près d’1 million à un peu moins de 400.000 euros. La nouvelle est tombée comme cela, fin 2005, alors que les associations avaient déjà engagées de dépenses pour cette année-là sur base des subsides reçus les années précédentes. Certaines n’ont plus rien reçu. D’autres, les plus «chanceuses» ont eu un subside amputé. C’est notre cas : on est passé d’une subvention de 19.500 euros à 12.500 euro, soit -35%. Et pour 2006, c’est l’inconnue. Qui recevra encore ? Combien ? Mystère. Il faut remettre un projet à la ministre. Mais celle-ci nous a déjà fait savoir qu’elle ne donnera de l’argent que pour soutenir des actions en faveur d’un seul public : les étrangers illégaux et les primoarrivants (ndlr : ceux qui viennent d’arriver sur le territoire). Mais nous on s’occupe aussi de Belges et d’immigrés qui sont présents depuis longtemps dans notre pays (ndlr :voir encadré). Autant fermer tout de suite notre école de devoir! 

 

- Quelle est la logique de cette politique ?

- Nous avons clairement le sentiment que la ministre connaît très mal la réalité du terrain. Elle ne se rend pas compte des besoins de la population fragilisée dont nous nous occupons et sans doute pas non plus des résultats que nous obtenons. Certains de nos anciens qui sont devenus pharmaciens, infirmiers, ingénieurs pourraient lui expliquer ce qu’a représenté pour eux notre petit coup de pouce pendant leur enfance. Qu’elle vienne aussi rencontrer les 30 gosses qui viennent quotidiennement passer quelques heures ici après l’école. Par ailleurs, on se demande si il n’y a pas une volonté de favoriser la seule existence de structures publiques ou parapubliques en Wallonie. Ainsi à Charleroi, le CPAS complètement dominé par les socialistes, s’est investit lui aussi dans le domaine de l’aide extrascolaire : il a sa propre école de devoir! Peut-être que, désormais, on fait tâche… Il est vrai qu’il n’y aucun parti politique, aucun syndicat, aucune église, aucun pouvoir derrière nous. Notre projet a été pensé et mis en œuvre par des citoyens pour des citoyens. Est-ce pour cela qu’on nous met des bâtons dans les roues ? Ce qui se passe est vraiment déplorable alors que tous les observateurs qu’ils soient actifs dans le domaine social ou politique dans la région de Charleroi reconnaissent qu’on est un outil efficace contre l’exclusion sociale en même temps qu’un antidote contre les idées d’extrême droite (ndlr :lire encadré)… Tant qu’ils y sont qu’ils suppriment aussi les écoles! Cela fera des économies supplémentaires et on aura peut-être trois Grand prix de Formule 1 chaque année!

 

Encadré

Un antidote aux extrémismes

A Contre-Poing, il n’y a pas que des cours de rattrapage pour les enfants. C’est aussi un lieu d’échange et de mixité culturelle fréquenté par beaucoup d’adultes. Certains y suivent des cours d’informatique, d’autres des cours de «Français (2ème langue», d’autres encore y apprennent tout simplement à lire et à écrire. Le public est composé de Belges et d’immigrés. «La précarité et l’exclusion ne connaissent pas de couleur de peau», confirme Violenda Russo. C’est aussi ce qui donne une grande richesse à notre travail. Dans un ville du pays où le Front national drague avec un certain succès les exclus belges pour leur vendre des chimères et de la haine et où les islamistes tentent de communautariser au maximum les immigrés en difficulté, nous faisons se rencontrer les gens. Et je vous assure que les préjugés tombent et que des liens se tissent. Au fil des ans, des milliers de personnes sont passées par ici et cela a créé beaucoup de solidarités, de relations entre des gens qui sans cela ne se seraient peut-être jamais parlésRenseignements : Contre-Poing, 119, Grand’Rue, 6000 Charleroi. Tél/fax : 071/42.23.61. E-mail : Contrepoing.asbl@yucom.be

18:39 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

22/04/2006

Droits de l'enfant (300306)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné Télé Revue", le 30 mars 2006.

 

«Des enfants maltraités sont laissés entre les mains de leurs bourreaux»

 

Dans un précédent article, en décembre dernier (voir «Droits de l’enfants 221205 dans la colonne «archives par post»), Jean-Denis Lejeune avait déjà tiré la sonnette d’alarme : «En Communauté française, beaucoup d’enfants maltraités ne trouvent pas de places dans des familles d’accueils ou dans des centres spécialisés. Les plus mal lotis sont contraints de survivre avec des parents clairement identifiés comme des personnages immatures, pervers ou violents. C’est de la non assistance à enfants en danger». Ex-directeur de l’Aide à la Jeunesse dans l’arrondissement judiciaire de Namur et sociologue, Jacques Rihoux vient d’étayer ce constat préoccupant dans une étude fouillée qui lui a pris trois années de travail (lire encadré) : «Si des enfants qui en ont un impérieux besoin ne sont pas mis à l’abri de leur famille maltraitante, c’est le fruit de choix politiques contestables. La Communauté française fait des économies sur le dos d’enfants en danger!», dénonce-t-il.

 

- A-t-on une idée plus ou moins précise du nombre d’enfants qui sont victimes de maltraitances au sein de leur famille en Communauté française ?

- Bonne question… Mais les outils statistiques pour y répondre manquent cruellement. La seule donnée chiffrée que j’ai pu trouver au cours de mes recherches date de 1995. Cette année-là, les équipes SOS-Enfants de la Communauté française avaient reçu 3499 signalement d’enfants apparemment maltraités, soit un total de 4665 enfants en tenant compte des fratries. Si l’on devait refaire le même exercice aujourd’hui, il y a fort à parier que les chiffres obtenus seraient encore plus impressionnants. Les acteurs de terrains constatent une augmentation constante du nombre de signalements; De l’ordre de 10% par an. Certains y voient une amélioration de la détection des cas mais ce n’est certainement pas la seule explication. Des phénomènes comme la déstructuration des liens familiaux ou l’inflation des familles monoparentales, l’augmentation du nombre de séparations accompagnées de tentatives d’aliénation parentale (ndlr : manipulations psychologiques de l’enfant pour l’avoir sous sa coupe au détriment de l’autre parent) contribuent aussi à un accroissement de la maltraitance. Pour alimenter la réflexion sur l’ampleur du mal, on peut aussi se référer aux données plus fournies dont disposent nos voisins français. Dans ce pays comparable au notre sur le plan socioculturel, on a dénombré en 2003, 11.173 crimes et délits de maltraitance sur des enfants (pour 9590 en 2000…). Parmi ceux-ci, il y avait notamment cent assassinats d’enfants dont la plupart n’étaient encore que des nourrissons. En France, il y a aussi 270.000 enfants qui sont pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance.

 

- Pendant trois ans, vous avez étudié la manière dont les différents services d’aide à la jeunesse présents en Communauté française répondent à ses différentes formes de maltraitance. Votre diagnostic ?

- Le tableau est très noir. Il faut oser le dire, peut-être même faut-il le crier pour que l’opinion publique se saisisse du problème : de nombreux enfants maltraités ne sont pas pris en charge comme il le faudrait, des enfants qui restent prisonniers de milieux familiaux dangereux et destructeurs avec la bénédiction de l’autorité publique! Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut se placer d’un point de vue historique. Au début du siècle dernier, les enfants maltraités ou supposés être «contaminés» par un mauvais entourage familial étaient systématiquement placés. Les dossiers «familles» étaient rapidement «judiciarisés» et les parents jugés maltraitant étaient disqualifiés sans qu’on leur laisse la moindre chance d’évoluer via un accompagnement thérapeutique. La législation de l’époque ouvrait la porte à trop d’abus. Par exemple, une infraction tout à fait mineure commise par un jeune pouvait constituer une raison suffisante pour soustraire l’influence jugée néfaste de sa famille. Et bien sûr, c’est les milieux populaires qui étaient les plus atteints par des décisions de placement expéditives. En 1965, la loi sur la protection de la jeunesse a tenté de corriger le tir en instaurant une action sociale préventive visant à enrayer les déficiences familiales. Malgré tout, les décisions de placements restaient trop nombreuses. En 1991, lorsque la Communauté française est devenue compétente en matière de protection sociale et judiciaire des mineurs en danger, elle a voté un décret qui voulait répondre aux excès de placements dénoncés dans le passé. Depuis lors, sauf dans des situations d’extrême gravité, les différents intervenants du secteur de l’aide à la jeunesse sont invités à favoriser à tout prix le maintien des enfants dans leur milieu d’origine tandis que les familles maltraitantes doivent être l’objet d’un suivi social et thérapeutique visant à faire évoluer leur comportement. C’est sous ce régime du «tout à la famille» qu’on vit depuis quinze ans.

 

- Résultats ?

- Ils peuvent être bons dans les familles qui sont ouvertes à un processus de changement. Des parents peuvent être maltraitant par négligence, par maladresse, par détresse sociale, par manque de repères. Ce sont des gens qui «aiment mal» leurs enfants mais qui les aiment tout de même. Dans ce type de cas, ne pas briser l’attachement de l’enfant à son environnement familial par un placement en institution semble tout à fait sensé. Encore faudrait-il qu’en parallèle, on résolve la question du déficit chronique des effectifs au sein des services d’aide à la jeunesse (SAJ) et de protection de la jeunesse (SPJ). Par exemple, notre étude démontre qu’à Bruxelles 40% des missions de surveillances de familles en difficultés ne sont pas exécutées par les délégués de la Communauté française, faute de moyens humains! Mais le plus gros problème est ailleurs…

 

A savoir ?

Depuis la mise en application du décret de 1991, la logique du «tout à la famille» a été poussée jusqu’à l’absurde : des enfants sont maintenus dans des familles où les liens sont irrémédiablement trop négatifs et destructeurs. En connaissance de cause des intervenants sociaux, de nombreux enfants restent donc exposés à des parents trop perturbés, irresponsables, dangereux, violents et/ou incapables de leur manifester une quelconque forme d’attachement. Alors qu’il serait vital pour ces gosses de pouvoir échapper à ces enfers familiaux. Durablement, voire dans certains cas, jusqu’à la majorité… Mais en Communauté française, ce n’est pratiquement plus possible de leur trouver un hébergement et une prise en charge sur un long terme dans une institution spécialisée.

 

- Pourquoi ?

- C’est que le séduisant discours consensuel du début des années ‘90 sur la réhabilitation de la famille s’est parfaitement emboîté dans une logique bassement budgétaire de la Communauté française. A l’époque,  cette entité connaissait déjà d’importantes difficultés financières et le «tout à la famille» a été une aubaine pour désinvestir dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Cela a ouvert la voie à une politique volontariste de raccourcissement des périodes d’accueil pour les mineurs en danger et de suppression nombreuses places résidentielles en institution. En d’autres termes, la communauté française a fait de solides économies au détriment d’enfants en péril grave! Il est urgent de revoir la philosophie du «tout à la famille» et de réinvestir dans des possibilités d’accueil et de placement. Pour paraphraser ce que vous disait Jean-Denis Lejeune, la non prise en compte par le politique de cette situation désormais objectivée par plusieurs études équivaudrait à de la non-assistance à enfants en danger!

 

«Un cas représentatif»

Avec le psychologue, Christophe Jonard, Jacques Rihoux est le co-auteur d’un rapport volumineux (350 pages) (375 !) intitulé «L’intervention de l’autorité publique au sein des familles : quelle légitimité pour quels résultats». Réalisée sous le contrôle d’un comité scientifique, cette étude financée par le Groupe de Recherche Education et Jeunesse (GREJ) détaille les histoires de plusieurs gosses en danger et notamment celle de Sébastien, «représentative de ce que peut être ce que peut être l’itinéraire d’une enfant pris dans le maquis de l’Aide sociale à l’enfance (…). Jacques Rihoux raconte : «Sébastien voit le jour dans une maison maternelle où sa mère a trouvé refuge avec son aînée. Elle fuit les coups du père de Sébastien, un alcoolique invétéré qui se suicidera bientôt. Le père d’Inès, la sœur aînée ne valait pas mieux, lui aussi était buveur et violent, il s’est suicidé quand sa fille avait 5 ans. La mère qui s’est également mise à la boisson aura encore un fils, Diego, d’un autre compagnon tout aussi alcoolique et violent que les précédents. Vivant un véritable enfer familial, il a été battu et sa mère ne voulait pas de lui, Sébastien va connaître 12 placements provisoires dans différentes institutions en quinze ans! Jamais, il n’aura d’endroit pour déposer durablement ses valises car dans la logique du «tout à la famille», les services d’aides vont s’obstiner à empêcher son placement définitif et il programmera des retours successifs sous le toit familial. Il y en aura 4 au total et ce sera autant d’échecs, autant de situations de souffrance où l’enfant était à chaque fois confronté au rejet de sa mère. Au bout de ce parcours, un centre d’observation a finalement mis en lumière que Sébastien souffrait d’«abandonisme», un trouble d’attachement consécutif à l’incertitude affective permanente dont il a été victime. Trop tard : à force d’être sans cesse ballotté, sans pouvoir jamais s’attacher durablement à un adulte, Sébastien est devenu caractériel. Et, à l’approche de sa majorité, il a commencé à alterner les séjours en IPPJ et en institutions psychiatriquesS’il en avait les moyens, Sébastien devrait demander réparation à l’Etat qui a contribué à accroître son sentiment de solitude et d’insécurité durant toute son enfance!» Adresse du Grej : Rue de Percke, 116 – 1180 Bruxelles. Courriel : grej@belgacom.net

 

 

22:29 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

15/04/2006

 Quitter le tabac

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 23 mars 2006

 

«La cigarette devrait être purement et simplement interdite!»

 

Cadre dans une société multinationale basée en France, Raphaël Lecroart (56 ans) a très bien réussi sa vie professionnelle. Ses missions de haut niveau le conduisent à beaucoup voyager. «J’ai arpenté le monde entier», dit-il, l’œil pétillant, en nous montrant la carte du monde qui décore son bureau. Sa vie affective, Raphaël l’a réussit aussi et tous ses enfants ont accompli de beaux parcours scolaires. «Je suis fier d’eux», commente-il en jetant un coup d’œil sur la photo de famille qui trône sur son bureau. L’homme nous reçoit dans une très belle et grande demeure sise dans les environs de Mouscron. Car, en plus, Raphaël gagne très bien sa vie. «Nous avons une certaine aisance financière», résume-t-il sobrement. Voici donc un quinqua aux tempes grisonnantes qui a tout pour être heureux… Pourtant, il y a un peu plus deux ans, le même homme était dans le trente-sixième dessous. Raphaël était triste, paniqué, en colère aussi… D’abord contre lui-même. Il venait d’apprendre qu’il risquait de tout perdre. Très vite. En quelques semaines peut-être… Plus question de penser aux années de retraite dorée et aux petits-enfants à dorloter. Le temps était plutôt à une visite d’urgence chez le notaire pour rédiger son testament. Toute une vie s’envolait en fumée. Comme les volutes de ces cigarettes qu’il avait consommé pendant une trentaine d’années. «J’avais pourtant arrêté depuis trois ans quand la mauvaise nouvelle est tombée. J’avais le cancer du fumeur.». Récit d’un combat contre la maladie et coup de gueule contre un poison en vente libre qui tue des centaines de milliers de personnes dans le monde chaque année. 

 

- Quand avez-vous commencé à fumer ?

- J’appartiens à la génération d’après-guerre pour laquelle le fait de fumer était encore un vice valorisé. On avait encore en tête l’image des GI’s qui nous avaient libérés avec la clope au bec. Et pour nos parents, le tabac était plus associé à la notion de détente qu’à celle de danger de mort. J’ai commencé à fumer vers vingt ans. J’étais étudiant et la cigarette était partout sur le campus universitaire. Cela ne m’empêchait d’être très sportif. Je ne ressentais pas une d’influence du tabac sur mon état de forme. Au début de cette amitié malsaine avec la nicotine, je me suis dit quelque chose de très bête : «De toute façon, j’arrête quand je veux». Je me suis arrêté, c’est vrai… Mais plus de trente ans après. Presque trop tard.

 

- A un moment où vous sentiez que votre corps commençait à ne plus supporter ce poison ?

- Pas du tout! Quand j’ai arrêté, je me sentais en parfaite santé. Je n’avais pas de problème de souffle. Je ne toussais pas. D’abord, je m’étais fixé pour objectif d’arrêter à cinquante ans pile, ce qui dans mon cas correspondait aussi au passage à l’an 2000. Et puis, je me suis dis que cette symbolique des chiffres était un peu ridicule et j’ai postposé. Un an plus tard, je me suis tapé une grosse grippe. Pas question de fumer pendant trois jours. Cela ne m’a pas causé trop de difficulté. Et j’ai poursuivi l’effort. Et j’ai réussi. D’un seul coup, sans prendre de substitut à la nicotine. J’ai compris que c’était seulement une question de volonté. C’est une décision ferme et définitive que l’on prend en osant se regarder en face.

 

- Ce n’est pas facile pour autant…

- Non, ce n’est pas facile. La dépendance est très forte. Pendant les premiers jours, le manque vous fait clairement comprendre que vous êtes un drogué. Après cette période de sevrage physique, il faut encore être vigilant sur le terrain psychologique. En ce qui me concerne, des envies de fumer, fortes mais de plus en plus passagères, sont encore revenues pendant deux ans. C’est donc une épreuve mais les fumeurs qui rechignent à la tenter devraient se dire qu’elle est vraiment dérisoire par rapport au combat qu’il faut mener quand on a le cancer. 

 

- C’est ce que vous est arrivé ?

- Oui, j’ai eu le cancer du fumeur. On l’a découvert à un moment où je ne m’y attendais plus. J’avais arrêté de fumer depuis trois ans et je croyais pouvoir être relativement serein. De plus, je me sentais toujours en pleine forme… Et pourtant, l’un de mes poumons était atteint par une tumeur.

 

- Comment l’a-t-on découvert ?

- Je dois beaucoup à l’un de mes amis. Il s’appelle Edmond. Nous avons le même âge et nous avons arrêté de fumer en même temps. En mars 2003, six mois avant que j’apprenne la mauvaise nouvelle, on lui avait aussi trouvé un cancer du poumon. Ayant débuté sa maladie plusieurs années après l’arrêt du tabac, Edmond a insisté pour que je fasse un check-up. Quelques semaines ont passé et en juillet, je suis parti en vacance sur l’île d’Oléron. De temps en temps, j’avais une très légère toux. Comme il faisait très chaud cette année-là, j’ai mis cela sur le compte de la clim de la voiture. Mais au mois d’août, la toux était toujours là. Cela semblait bénin et si il n’y avait eu la petite voix d’Edmond qui me rappelait d’être prudent, j’aurais très bien pu continuer à vivre avec, en attendant que cela passe. Je me suis donc rendu chez un généraliste.

 

- Il a vu que quelque chose n’allait pas ?

- Absolument pas. Il s’est contenté de me prescrire des antibiotiques qui n’ont eu aucun effet. J’ai arrêté la boîte à sa moitié et la toux a disparu d’elle-même. En septembre, elle est revenue et je suis retourné chez le toubib. Il voulait me prescrire d’autres antibiotiques mais je m’y suis opposé. J’ai exigé que l’on me fasse une radio de mes poumons comme me l’avait conseillé Edmond. Le médecin m’a dit que ce n’était pas la peine. Pour lui, j’étais en parfaite santé… J’ai tenu bon. Et la radio suivie d’un scanner a décelé la présence de la tumeur.

 

- Comment avez-vous réagit?

- Le ciel m’est tombé sur la tête. D’abord, je me suis dit que c’était foutu. Et puis, j’ai décidé de me battre. Cela commençait par la recherche du meilleur hôpital pour le traitement du cancer du poumon. J’étais prêt à aller à New-York ou à Singapour mais en fait il suffisait de se rendre à Bruxelles, à l’Institut Bordet. J’ai pu y être pris en rendez-vous très rapidement. Après différentes investigations, on m’a confirmé la gravité de la situation. Il fallait entamer un traitement très vite car sans cela, il ne me restait que quelques mois à vivre. On m’a proposé de signer un protocole basé sur une thérapie très innovante dont seulement une quinzaine de personnes avaient déjà pu bénéficier.    

 

- Avec quel espoir de guérison ?

- Il était très faible. En plus, c’était un traitement très lourd à supporter. Mais c’était ma dernière chance… J’ai mobilisé toute mon énergie comme je le fais dans mon boulot quand j’entame la conquête d’un nouveau marché. Le protocole a commencé début octobre 2003 pour une durée de trois mois et demi. Tous les jours, je faisais l’aller-retour Mouscron - Bruxelles. C’était très éprouvant. Physiquement, bien sûr, parce que le traitement affaibli énormément. Mais moralement aussi. Pendant cette période, je suis allé trouver mon notaire pour que tout soit en ordre en cas d’issue fatale. A Bruxelles, je regardais les gens qui étaient serrés comme des sardines dans les transports en commun, je regardais ceux qui enlevaient les poubelles et ceux qui mendiaient. Je les enviais, j’aurais voulu être à leur place. Eux, ils avaient la santé, l’espoir de vivre encore longtemps. Moi, j’étais entré dans un monde à part, un monde que les non-malades ignorent… Et puis, j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance parce que c’était loin d’être gagné d’avance! Mon corps a bien réagit au traitement. Après un mois et demi, la tumeur était réduite de 75% et ensuite elle a totalement disparu. J’ai perdu un peu de souffle mais je revis normalement. Dans deux ans, je saurai enfin si je suis définitivement guéri.

 

- Votre ami Edmond s’en est-il aussi bien sorti?

- Lui, il a été opéré dans la région. On lui a retiré un poumon. En matière de cancer, chaque cas est différent. Du point de vue de cette maladie, il peut espérer être hors de danger mais il souffre encore énormément de douleurs costales et il a perdu énormément de capacité respiratoire. Edmond est encore en vie, mais ce n’est plus la même vie…  

 

- Quel est aujourd’hui votre regard sur la cigarette ?

- Il est évident que mon parcours a fait de moi un farouche adversaire de cette drogue. J’ajouterais quelques considérations glanées dans mes lectures. La cigarette a tué près de 900.000 personnes en Belgique au cours des cinquante dernières années et des milliers d’autres sont appelés à rejoindre ce train de la mort dans les années à venir. Les fumeurs vivent en moyenne 14 ans de moins que les non- fumeurs. Les frais de santé occasionnés par le tabac représentent 12 à 15% de l’assurance-maladie. En chiffre absolu, c’est bien plus que ce que ce poison rapporte à l’Etat via les taxes sur sa vente. Un jour, je l’espère, il se trouvera des hommes politiques pour prendre la seule et unique mesure qui s’impose pour éradiquer ce fléau : il faudrait purement et simplement interdire la vente des cigarettes. Comme on a interdit la peinture au plomb ou l’amiante…

 

"Ne vous rassurez pas avec des fausses vérités"

- Qu’avez-vous envie de dire aux fumeurs qui vous liront ?

 

- «Un seul mot : «Arrêtez». Et tout de suite! (Ndlr : pour ceux qui ont envie de suivre ce conseil avisé et qui chercherait un soutien et des informations deux adresses internet peuvent être recommandées www.cancer.be et www.stopsmoking.be. Il y a également la «Ligne Tabac-Stop» : 070 227 227 joignable chaque jour ouvrable de 8h à 19h et l’adresse e-mail tabacstop@cancer.be). Ne faites pas comme moi et tant d’autres : ne risquez pas de tout gâcher pour des cigarettes. Ne vous rassurez plus avec ces fausses vérités. Par exemple, ce n’est pas vrai que certains fumeurs échappent au cancer. Certains l’ont plus tard que d’autres mais cette maladie est de toute façon au bout du chemin de la tabagie… Lorsque je suis passé par Bordet, j’ai croisé beaucoup de cancéreux qui était trop jeunes pour mourir. Comme moi, ils étaient des victime du tabac. Je n’oublierai jamais le profond regard de cette jolie femme que j’ai un jour croisé dans l’hôpital. Pas besoin de nous parler. Nous avions la même détresse dans les yeux. Je ne sais pas si elle est encore en vie… »

11:12 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

11/04/2006

Fibromyalgie

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 2 mars 2006

«Entre 200.000 et 500.000 belges vivent dans la douleur… Souvent dans le silence et l’incompréhension !»

 

Fibromyalgie. Ce mot compliqué décrit une forme de rhumatisme qui touche entre 2 et 5% de la population, mais il dissimule aussi un vrai problème de société. Les personnes atteintes par ce mal étrange vous résumeront facilement ce qu’est leur quotidien : «J’ai mal partout, tout le temps ou presque». Une douleur physique à laquelle s’ajoute souvent une insupportable souffrance morale: difficultés relationnelles avec un entourage souvent dubitatif, perte de la libido, fatigue paralysante, incrédulité fréquente des médecins-conseils, perte du travail, mobilité et vie sociale réduite… «Les fibromyalgiques doivent avoir une bonne dose d’optimisme pour tenir sur le long terme car il n’existe pas encore de médicament spécifique pour éradiquer les causes de la maladie», complète Myriam Hoët, la présidente d’une association de patients. «Si on milite pour que la recherche médicale soit intensifiée», témoigne-t-elle, «on survivrait déjà plus facilement par une meilleure reconnaissance de notre handicap par les autorités, mais aussi dans biens des cas… par nos proches. Nous ne sommes pas des malades imaginaires! Cinq de nos membres, minés par la douleur, se sont suicidés au cours des quatre derniers mois!...»   

 

- Depuis quand souffrez-vous de fibromyalgie ?

- Cela s’est déclaré subitement, il y aura bientôt 9 ans : Un 28 octobre à 20 heures 10. J’avais 36 ans…

- C’est précis !

- C’est que je m’en souviens comme si cela s’était passé hier. J’étais tranquillement assise dans mon fauteuil et, en très peu de temps, j’ai commencé à avoir mal partout. Je me sentais aussi extrêmement fatiguée; Complètement usée, vidée. Sans énergie… C’est comme si j’avais vieillis de 30 ans en quelques instants. Quand ce genre de symptômes apparaît, je vous assure que c’est plutôt flippant! Dès le lendemain, je me suis rendue chez mon médecin. Il m’a dit que cela devait être la grippe. Mais trois semaines plus tard, j’étais toujours dans le même état. J’ai repris contact avec mon médecin et là, disons que j’ai eu de la chance dans mon malheur.

-De la chance?

- Oui, parce qu’il m’a aussitôt conseillé d’aller voir un rhumatologue qui était apte à repérer les symptômes de la fibromyalgie. Or, à cette époque, beaucoup de généralistes passaient à côté de cette hypothèse. Aujourd’hui, les jeunes médecins sont mieux informés à propos de cette maladie mais il n’empêche qu’énormément de chemin reste encore à parcourir pour que tous les «fibromyalgiques» soient reconnus comme tels. Beaucoup de gens souffrent encore pendant des années avant qu’on mette un nom sur leur mal, lequel est erronément attribué à des causes nerveuses (dépression, anxiété) ou psychosomatiques, voire dans les pires des cas, à des troubles de comportement (mauvais caractère, fainéantise…).

- Quand on ne les accuse pas d’être carrément des malades imaginaires ?

- Cela arrive fréquemment, c’est vrai. L’entourage a souvent du mal à comprendre qu’une personne encore relativement jeune puisse décliner ainsi du jour au lendemain. Le fait qu’il y ait des jours avec (où l’on a moins mal) et des jours sans (où on n’aurait même la force d’éplucher une pomme de terre) entretient l’idée qu’on en rajoute un peu. En plus, ceux qui vont bien ont souvent difficile à se rendre compte de ce que c’est d’avoir mal tout le temps ou presque; D’être littéralement habité par cette douleur qui vous ronge le corps et vous mine le moral. Imaginez un couple d’une quarantaine d’années avec l’un des partenaires qui est encore en pleine forme et l’autre qui ne sait plus suivre, qui ne parvient plus à passer une soirée avec des amis, qui est épuisé après avoir être allé au cinéma, qui perd finalement son travail ou qui est incapable de faire encore régulièrement des tâches ménagères… Et malheureusement aussi, qui a perdu toute libido car c’est l’une des conséquences fréquentes de la fibro… Cela débouche souvent sur des incompréhensions, des divorces. Et encore plus souvent sur des dépressions nerveuses. Rien que depuis septembre dernier, cinq personnes qui étaient membres de l’ «Association belge de lutte contre la fibromyalgie» se sont suicidées! Il faut savoir aussi que pour beaucoup d’entre nous, ces difficultés existentielles sont renforcées par l’idée qu’on ne voit pas la sortie du tunnel…

­- Parce qu’il n’y a pas de traitement ?

- A ce stade, la médecine ne propose en effet que des traitements symptomatiques de la douleur (analgésiques, kiné, sophrologie…) et de ses conséquences sur le moral (antidépresseurs) mais elle est incapable d’identifier les causes réelles de la maladie et encore moins de proposer une thérapie qui permettrait de l’éradiquer. Tout ce que les observations renseignent en ce moment, c’est que souvent – mais pas systématiquement- la fibro apparaît après une expérience traumatique (chute, accident de la route, infection virale…) et qu’elle se déclare généralement entre 20 et 40 ans. En bref, la médecine n’est nulle part. C’est pourquoi notre association lance un vrai cri d’alarme : de 2 à 5% de la population est affectée des formes plus ou moins graves de ce mal; Rien que pour la Belgique, cela fait au bas mot de 200.000 à 500.000 personnes! Il faut absolument que la recherche s’accentue et soit coordonnée au niveau européen afin de leur redonner espoir. Et en attendant, il ne serait pas inutile non plus que les autorités belges reconnaissent clairement le statut d’invalidité des fibromyalgiques.   

- Ce n’est pas le cas ?

- Loin s’en faut! Pour ceux qui se rendent chez les médecins-conseils des mutuelles et du ministère des Affaires sociales (vierge noire), même avec un diagnostic clair de leur rhumatologue, c’est un peu comme jouer à la loterie. On reconnaît une invalidité ou pas. On vous la reconnaît pour un temps et puis on vous la supprime… On voit de tout. La difficulté vient du fait que cette maladie n’est pas liée à des anomalies anatomiques clairement identifiables.

- La crainte qu’il y ait des simulateurs, sans doute ?

- C’est évident que ce manque de considération des médecins-conseils vient de là. Mais objectivement, leur attitude est tout à fait insupportable car les rhumatologues sont tout à fait à même aujourd’hui de détecter clairement l’existence réelle de cette maladie en localisant des points de douleurs très précis à différents endroits du corps. C’est pourquoi nous avons récemment lancé un véritable S.O.S. en direction de la ministre wallonne de la Santé, Christiane Vienne. Elle nous a promis de le relayer auprès de son homologue au fédéral, Rudy Demotte. Notre association qui regroupe déjà 1200 patients exige une meilleure prise en charge des traitements (remboursement de médicaments) et des malades (reconnaissance de leur véritable taux d’invalidité). Une approche plus humaine de notre souffrance passe aussi par la création de plus nombreux centres spécialisés dans la douleur chronique. Dans certaines régions, comme à Charleroi ou à Tournai ou à Mons, ils sont tout simplement inexistants, ce qui implique des déplacements très lourds pour certaines personnes qui n’ont pas de moyen de locomotion. Le monde politique doit prendre conscience que nous en avons plus qu’assez de souffrir en silence!       

Pour en savoir plus

La fibromyalgie est une forme de rhumatisme qui se caractérise par une douleur générale diffuse et un sentiment de fatigue profonde. Les patients atteints par ce mal souffrent le plus souvent de maux associés qui sont très divers (maux de tête, troubles digestifs, troubles génito-urinaire, états dépressifs, spasme, picotements de la peau…). Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’Association belge de lutte contre la fibromyalgie (ABLF) (http://membres.lycos.fr/ablfasbl). On peut y trouver de nombreuses informations utiles et des témoignages interpellant. Comme celui de cette jeune femme de 28 ans, Valérie, libraire. «J'ai bien un petit ami que je ne vois pas souvent, travail oblige. Lui seul est mon médicament quand il me soutient! Mais il ne comprend pas toujours ma souffrance de certains jours et il se sent  surtout impuissant face à ce mal qui me ronge. A ce moment, je me sens vraiment seule. J'ai toujours été très active, travail, sport et sorties, mais maintenant je n'y arrive plus. Le moindre mouvement me fait mal, le poids de mes vêtements est parfois si insupportable que je dois me changer, même le kiné qui devrait me soulager, arrive à peine à me toucher car j'ai vraiment trop mal. Quant au sport et sorties, il me faut un temps fou pour récupérer. Et le travail? J'ai passé des nuits blanches dans ma librairie à me donner à fond: changer les rayonnages, faire mes vitrines et la journée nettoyer et ranger et encore ranger et en même temps servir mes clients. Bref, j’ai fait un maximum pour que tout soit nickel! Et puis la douleur a empiré de plus en plus. Maintenant, j'arrive en retard car je ne dors pas bien et même si je passe une bonne nuit, je me réveille le matin avec cette sensation de fatigue et de l’avoir passée à boxer, tellement j'ai mal que j'ose à peine me toucher. "Mal aux os", comme je disais avant de savoir. Il m'est déjà arrivé le matin au réveil de ne plus savoir bouger, comme si j'étais scotchée au lit, même pas un bras ou un doigt. Et ça fout les boules!!! Certains de mes clients comprennent, d'autres pas. Car un jour ils me voient bien et le lendemain, je les sers en pleurant parce que le moindre mouvement me fait très mal, mon corps devient trop lourd pour mes jambes, j'ai l'impression que ma tête va tomber car elle, elle est aussi trop lourde pour mon cou. J'ai parfois aussi la sensation que je vais perdre un bras, comme à cet instant par exemple à force d'écrire (…). » Pour joindre l’A.B.L.F. : Tél-Fax: 071/72 53 34. E-mail: asblablf@belgacom.net. Compte BBL 360-1051903-41

17:13 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (109) |  Facebook |