26/03/2006

Marie-Noëlle Bouzet (160306)

Article publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 16 mars 2006

La ministre de la Justice : «Il n’y a jamais eu de précédent… »

 

Comme elle nous l’expliquait la semaine dernière, Marie-Noëlle Bouzet, la maman de la petite Elisabeth Brichet enlevée, séquestrée, violée et tuée par Michel Fourniret en décembre 1989, n’a bénéficié à ce jour qu’une d’une très pingre intervention de la «Commission d’indemnisation des victimes d’actes intentionnels de violence» (ndlr : soit 2000 euros d’ «aide d’urgence» octroyé pendant l’été 2004 et pour couvrir une partie des frais funéraires). Théoriquement, si l’on se base sur des décisions prises dans des affaires comparables, Mme Bouzet pourrait espérer obtenir une aide de 62.000 euros, soit le montant légal maximum pouvant être attribué par cette commission qui dépend du service public fédéral Justice.

 

Sur le fond, ce dossier ne pose pas question. Perte d’un enfant, perte de son travail, ennuis de santé, angoisse permanente pendant plus de 15 ans… Marie-Noëlle Bouzet n’a pas, en effet, à démontrer qu’elle entre dans les critères légaux pour recevoir une indemnisation. C’est ce que reconnaît d’ailleurs la ministre Laurette Onkelinx dans une lettre qu’elle vient d’écrire à l’avocat de la maman d’Elisabeth, Jean-Maurice Arnould et dont Ciné-Télé Revue a pu prendre connaissance : «Je comprends évidemment la situation exceptionnelle de votre cliente, Madame Bouzet, confrontée à de nombreuses années de doutes et de souffrances au sujet de la disparition d’Elisabeth avant de prendre connaissance des aveux de Fourniret en juillet 2004. Vous avez également raison quand vous dites que dans ce cas, comme dans d’autres d’ailleurs, le plafond légal d’indemnisation prévu par la législation ne peut pas et se ne sera jamais à la mesure de cette souffrance passée et présente».

 

Sur la forme, ce même dossier confine à l’absurde. Légitimement, la maman d’Elisabeth estime que, plus de 16 ans après l’enlèvement de sa fille, elle peut prétendre à une indemnisation effective. Cependant, la législation sur l’aide aux victimes crée une situation pour la moins paradoxale : Marie-Noëlle aurait déjà été indemnisée si l’auteur de l’enlèvement de sa fille était demeuré inconnu, mais en juillet 2004, l’arrestation de Fourniret a pour effet de postposer toute aide de l’Etat! On a reparlera après la (les) procès du tueur en série. Soit en 2007, voir en 2008 ou en 2009, vu que le très procédurier assassin utilisera certainement toutes ses possibilités d’appel.

 

Dans la lettre qu’elle écrit à Me Arnould, Laurette Onkelinx confirme toute l’absurdité de cette situation. «La situation était différente avant juillet 2004 puisque jusqu’à ce moment là, Madame Bouzet faisait partie de la «catégorie» de «parents de victimes d’un auteur inconnu» (dans ce cas, un délai d’un an peut suffire entre la constitution de partie civile et la demande d’aide) mais depuis les aveux de Fourniret en juillet 2004 (…), la situation a changé et les conditions définie dans l’article 31, paragraphe 3 de la loi sur le fonds d’indemnisation s’appliquent donc de manière intégrale». Et la ministre, bien entendu, de souligner le contenu de cet article 31, paragraphe 3 qui «prévoit clairement qu’une décision définitive sur l’action publique doit être intervenue, (ndlr : Traduction : Fourniret doit avoir été jugé) cela n’est évidemment pas le cas dans cette affaire (…).»

 

Dans Ciné-Télé Revue, la semaine dernière, l’avocat de Marie-Noëlle contestait une interprétation trop formaliste et inhumaine de la législation : «Il y a cependant la lettre et l’esprit de la loi. Dans des dossiers particulièrement long – Elisabeth a été enlevée en 1989 !-, il ne serait que légitime que l’aide principale soit octroyée au bout d’un délai raisonnable. En tous les cas, pas après 20 ans d’enfer! C’est d’ailleurs ce qu’indique explicitement l’une des brochures publiée par le ministère de la Justice à l’usage du public. On peut notamment y lire que «l’aide peut être accordée même si il n’y a pas eu de jugement (…) dans les cas où le délai pour obtenir un dédommagement effectif et suffisant serait exagérément long. La commission a donc la possibilité de faire preuve d’humanité et de ne pas ajouter ainsi au calvaire auquel est confrontée la maman d'Elizabeth depuis bientôt 17 ans».

 

A ce stade, tant la commission que la ministre de la Justice qui avait pourtant assuré Marie-Noëlle de son soutien lors de l’enterrement d’Elisabeth, ne semblent vouloir prendre en compte cette argumentation. Mme Onkelinx se contente en effet de constater dans la lettre envoyée à Mme Arnould que : «Selon la Commission, il n’y a jamais eu de précédent, ni de jurisprudence en la matière permettant d’octroyer une aide principale aux victimes d’un auteur connu qui va être prochainement jugé. Il s’agit de l’application d’un des principes de base de ce fonds, à savoir que l’autorité publique intervient de manière subsidiaire si l’auteur est incapable d’indemniser lui-même la victime.» En d’autres termes, à situation exceptionnelle, pas de réponse exceptionnelle.

 

On soulignera une fois encore le caractère très formaliste de cette position alors qu’il est connu par ailleurs de la justice que Fourniret a organisé son insolvabilité : sa maison a été achetée au nom de son fils et les seuls biens saisis par la justice dinantaise dans ce dossier se limitent à : 800 euros – argent liquide retrouvé à son domicile-, à 39 pièces d’or de «50 pesos Mexicains» et à 158 pièces d’or portant l’inscription «20FR Napoléon III». Autant dire que le débat sur l’insolvabilité de Fourniret qui aura lieu après son procès pénal est déjà entendu (d’ailleurs l’Etat ne se pose autant de question pour financer le travail des avocats prodeo du tueur en série).

 

L’indemnisation sera donc accordée avec certitude… mais quelque 20 ans après l’enlèvement. Ne serait-il pas plus humain que l’Etat belge prenne les devants, quitte à récupérer sa mise auprès du tueur si, par extraordinaire on devait découvrir une fortune cachée de celui-ci dans les mois qui précèderont encore son procès ? Poser, la question c’est y répondre mais… A ce jour, la seule promesse qui est faite par la ministre de la Justice dans sa récente lettre à Me Arnould est que l’un de ses collaborateurs le rencontrera pour l’aider à trouver des solutions concrètes à son hébergement pendant le procès qui se déroulera en France. C’est peu, presque rien. C’est surtout très moche.

 

 

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17/03/2006

Marie-Noëlle Bouzet (090306)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 9 mars 2006

 

«Savez-vous ce que c'est, Madame Onkelinx, que de chercher sa fille pendant plus de 15 ans ?»

 

Pendant plus de 15 ans, Marie-Noëlle Bouzet s’est battue pour l’on n’oublie pas  Elisabeth Brichet, sa fille enlevée le 20 décembre 1989 par le tueur en série Michel Fourniret. D’un point de vue juridique, cette mère courage qui, un jour d’octobre 1996, eut l’idée d’organiser une marche blanche à Bruxelles pour soutenir les parents d’enfants disparus est ce que l’on appelle une «victime d’acte intentionnel de violence». Elle a perdu un enfant. Elle a souffert pendant une éternité de ne pas savoir ce qui lui était arrivé. Elle a dû renoncer à son travail d’enseignante. Elle a subit l’agressivité de certains policiers qui l’avaient pris en grippe parce qu’elle était trop remuante. Elle s’est exilée au Canada pour retrouver la force de vivre encore. Et puis, pendant l’été 2004, elle a pleuré toutes les larmes de son corps au moment de découvrir l’horrible destin qui fut celui d’Elisabeth lorsqu’elle croisa la route du forestier français. Une commission existe en Belgique pour indemniser les personnes «victimes d’actes intentionnels de violence», mais plus de 16 ans après le début de son calvaire, elle n’a toujours rien accordé –ou presque- à Marie-Noëlle. La maman d’Elisabeth crie de sa colère et de son désespoir à l’attention de la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx. «Vous étiez présente à la levée du corps d'Elizabeth, sous les flash des photographes de presse, là même où elle a été enlevée. A ce moment, aucune promesse n'était trop belle! L'empathie semblait totale : j'allais être indemnisée! Vous avez surfé sur l’émotion du moment… Avant de m’oublier»

 

- Marie-Noëlle, vous nous parlez depuis le Canada où vous vivez maintenant depuis plusieurs années. Cet éloignement de la Belgique vous aide-t-il à faire le deuil d’Elisabeth ?

- On ne fait jamais le deuil de son enfant! On apprend seulement à vivre avec la douleur.Je me sens en exil. Un exil que j’ai choisi  pour échapper à une certaine pression mais qui n’a pas fait disparaître un profond sentiment de solitude; Ces questions qui reviennent sans cesse «Pourquoi ma fille a-t-elle dû croiser la route de ce tueur en série à quelque mètres de notre maison? Quel sentiment d’épouvante et panique a-t-elle du ressentir ? Ai-je été à la hauteur de la situation, notamment à l’égard du frère d’Elisabeth qui n’avait que 15 ans quand l’enfer a commencé ?), je les emportés dans mes bagages… Très sincèrement, je vais très mal en ce moment. Ma souffrance est plus aiguë que jamais. Avant l’arrestation de Fourniret, je conservais un espoir. Je m’en rends compte aujourd’hui, il m’était encore possible, malgré tout, d’imaginer qu’Elisabeth pouvait être en vie. Je lisais les récits des petites prostituées enlevées, ayant vécu l’enfer, mais qui s’en sortaient… C’était un espoir fou, mais un espoir tout de même. Aujourd’hui, c’est le deuil de cette espérance que je dois faire. Ma fille est toujours là, mais c’est à son âme, à son esprit, que je pense pour rechercher un peu de réconfort. Pour ne pas perdre la raison, je suis obligée de gommer de ma mémoire les images d’Elisabeth encore en vie. Les souvenirs de la vie de famille heureuse qui était la notre, il y a si longtemps déjà, me sont devenus insupportables. Aujourd’hui, je fais le bilan : j’ai perdu mon enfant, j’ai perdu mon travail, je suis loin de la Belgique, j’ai perdu des amis qui ne pouvaient plus supporter l’image de souffrance que je leur renvoyait ou que j’ai soupçonné à tort, ma famille est disloquée, ma vie affective a été complètement anéantie, j’ai eu des ennuis graves de santé que mon psy met en lien avec le stress que j’ai accumulé…

 

- Et comme si cela ne suffisait pas, vous voilà empêtrée dans une nouvelle situation kafkaïenne du fait de l’administration belge…

- Tout à fait. En avril 2004, après plus de quinze années de combat, mon avocat Jean-Maurice Arnould m’a conseillé d’introduire une demande d’intervention auprès la «Commission pour l’aide aux victimes d’actes intentionnels de violence». Il venait de prendre connaissance d’une brochure éditée cet organisme qui dépend du SPF Justice dans laquelle il était indiqué que si «l’auteur des faits demeurait inconnu» et «dans les cas où le délai légal pour un dédommagement effectif et suffisant serait exagérément long», il pouvait y avoir une intervention anticipée de ce fond. En d’autres termes, une victime pouvait être indemnisée avant que le dossier trouve son épilogue judiciaire par la condamnation d’un coupable. A l’époque, j’étais donc parfaitement dans les critères : je ne crois pas que je doive faire la preuve du fait que j’ai été victime dans cette affaire, Fourniret et Olivier n’avaient pas encore été trouvés et beaucoup de temps s’était écoulé depuis la disparition d’Elisabeth.

 

- Et vous n’avez rien reçu ?

- Pratiquement rien.  En juillet 2004, lors de la levée du corps d’Elisabeth, la ministre de la Justice m’a affirmé qu’il était évident que j’aurais droit à une indemnisation. Elle ne m’a cependant pas précisé que la loi n’était pas adaptée à des cas comme le mien et finalement je n’ai reçu que 2.000 euros, une «aide urgente» qui n’était même pas suffisante à couvrir l’entièreté des frais funéraires.

 

- L’explication ?

- Fourniret a été arrêté. Appliquant la loi à la lettre, la commission estime désormais qu’il faut attendre une «décision de justice définitive» sur sa culpabilité et la «preuve de l’insolvabilité du présumé assassin». Ce qui veut donc dire que les 16 ans d’enfer que j’ai vécu ne sont plus considérés comme un délai exagérément long pour être indemnisé et que je suis à la merci des nombreux procédés dilatoires utilisés par Fourniret pour sans cesse reporter la date de son procès. J’ai vraiment le sentiment d’être prise en otage par le tueur de ma fille et cela avec la complicité de l’Etat belge!

 

- Que revendiquez-vous ?

- Un peu d’humanité, ni plus ni moins. C’est le sens d’une lettre que je viens d’écrire à la ministre de la Justice (ndlr : lire encadré) Dans des dossiers plus simples, quand l’auteur des faits est identifié et arrêté relativement rapidement, on peut comprendre que la victime ou ses proches soient indemnisés après le procès pénal. Par contre dans des affaires comme celle que j’ai vécue, alors même que l’auteur est en aveux et que 16 ans se sont écoulés depuis la commission des faits criminels, l’Etat a le devoir d’indemniser. Quitte à ce qu’il se retourne ensuite contre le criminel. Il faut s’inspirer du modèle créé au travers du Fonds des créances alimentaires où c’est l’Etat qui avance les pensions non payées et qui se charge ensuite de récupérer ces sommes auprès des mauvais payeurs. Une telle manière de faire éviterait aussi que des personnes comme moi soient finalement contrainte de demander l’argent au meurtrier de leur enfant. Je n’ai pas à débattre de cela avec Fourniret ou ses avocats! S’imagine-t-on ce que cette démarche implique sur le plan psychologique!  J’ajouterai qu’un élément me choque par-dessus tout dans ce qui est train de se passer. Le meurtrier de ma fille quant à lui, a pu bénéficié de la défense de plusieurs avocats prodéo, c’est-à-dire payés par les contribuables. Or, s’il a pu bénéficier de ces «commis d’office», c’est que son indigence, donc son insolvabilité, a été reconnue par l’Etat belge… Mais, dans l’autre sens, cela ne marche pas! Vis-à-vis des proches d’Elisabeth, il n’est pas encore reconnu comme insolvable. Soyons très clair : dans mon esprit, il n’est nullement question de remettre en cause le droit démocratique de tout criminel, fût-il le plus horrible, fût-il celui de mon enfant, à bénéficier d’une défense. L’Etat a prévu des budgets pour cela et ce n’est que normal. Dans le même temps, il ne serait que tout aussi «normal» que ceux qui ont eu à souffrir de ces crimes ne doivent attendre près de vingt ans pour être indemnisés. Le procès en France d’abord annoncé en 2006 a déjà été reporté en 2007 et il se peut que le sieur Fourniret trouve encore des moyens de reporter cette échéance; C’est d’ailleurs une crainte dont nous on fait part les autorités Françaises lors d’une réunion du mois de février. Sans compter qu’après la prochaine cour d’Assises, il pourra encore aller en appel… J’ai eu beaucoup d’ennui de santé ces dernières années. Et parmi mes cauchemars, il en est un qui revient de plus en plus souvent : celui de ne pas vivre assez longtemps pour pouvoir pour assister à la condamnation de l’assassin de ma fille…

 

Lettre à la ministre

Depuis le Canada, Marie-Noëlle Bouzet a écrit une lettre au vitriol à l’attention de la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx. En voici quelques extraits : «Savez-vous ce que c'est, Madame Onkelinx, que de chercher sa fille pendant plus de 15 ans, de l'imaginer dans chaque jardin, chaque sous-bois, chaque sous sol, chaque dalle de béton ou réseau de traite des être humains, dans la rue, dans la nuit n'ayant que la drogue pour seul réconfort ... avec en prime la suspicion qui pèse sur vous et sur chacun de vos proches, et la haine de certains enquêteurs. Savez-vous ce que c'est que de faire un terrible cauchemar et de vous réveiller en sachant que la réalité est pire ou d'être réveillée au milieu de la nuit par la violence de vos propres sanglots? Probablement pas. (…)Ne trouvez-vous pas cela indécent, Madame Onkelinx, de devoir demander de l'argent en compensation de la mort de votre enfant ? Un état démocratique, dont vous vous revendiquez constamment, se doit de protéger les plus faibles et de veiller au bon fonctionnement de ses institutions. En l'occurrence celle de la justice, et elle a failli. C'est elle qui doit d'abord indemniser la victime puis gérer ensuite les biens du coupable, tout comme elle gère la sentence.Quant au procès, j'ai accepté à contre coeur qu'il se tienne en France pour sauver des dossiers de la prescription (en France on peut encore tuer des enfants et être libre de toute poursuite après 10 ans!). La date promise a déjà été reportée 2 fois, le dernier prétexte étant les infinis  recours même clairement dilatoires, que pourraient avoir Fourniret et ses très nombreux avocats, 6 jusqu'à présent, aux frais de l’Etat...» La maman d’Elisabeth n’a pas encore reçu de réponse. Une question de temps, certainement…

20:26 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

13/03/2006

Affaire Gattesco (020306)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 2 mars 2006. En marge de ce texte (voir plus bas), on lira aussi l'article que mon confrère Olivier Mukuna a publié dans le même numéro de Ciné-Télé Revue. Nous le reproduisons ici avec son aimable autorisation.

 

Mery Gattesco : «Au nom de tous les miens»

 

Disparu depuis le 23 avril 1988, Adriano Gattesco connaissait très bien les Allatta avec lesquels il avait été en relation d’affaire dans une entreprise de construction. D’ailleurs Pietro Allatta, le manager à la licence togolaise dont on parle tant aujourd’hui dans le cadre de l’affaire des matchs de foot truqués est le parrain de l’une de ses filles. Ex-gardien de but de Tilleur, de Mons et du RUS Binche, Gattesco était aussi en relation avec Carmelo Bongiorno. Tout porte à croire qu’il a été éliminé parce qu’il en savait trop sur les négriers de la construction qui sévissaient autrefois dans la région du Centre… Mais on n’a jamais retrouvé la moindre trace de son cadavre, d’aucun laissant entendre à sa famille qu’il aurait été «dissous dans l’acide dans le cadre d’un règlement de compte de type mafieux». Très peu de temps avant la disparition d’Adriano, Lauriana D., sa femme, s’est littéralement volatilisée en affirmant à des proches qu’elle avait «trop peur». Peur de qui, peur de quoi ? 18 ans plus tard, elle refuse toujours de parler. En 1988, perdant père et mère du jour au lendemain, Alicia et Selena, les filles du couple Gattesco, ont été accueillies et élevées avec amour par Angelo et Mery. Angelo ? C’est le beau-frère d’Adriano et, si longtemps après la dispariton d’Adrien, il s’interroge sur la nécessité de rompre le silence médiatique : «Est-ce que cela va nous apporter la vérité ou des ennuis ?» Mery, elle, est d’un autre avis : «Je ne sais pas qui a tué mon frère. Mais il est certain que ceux qui savent, ceux qui l’on fait aussi, vivent près nous. Je ne peux plus rester silencieuse, j’aurais l’impression de trahir Adrien. De trahir aussi ses filles dont l’enfance a été brisée, de trahir notre maman qui est morte de chagrin en attendant tous les jours son hypothétique retour, assise devant la fenêtre de sa maison». Après en avoir longuement débattu avec Angelo, avec Alicia et Selena mais aussi avec d’autres membres de sa famille, Mery a donc décidé de parler pour la première fois à un journaliste. Avec émotion, elle nous raconte Angelo et elle nous révèle des détails troublants sur les circonstances de sa disparition. Mais aussi, elle nous décrit un climat, une ambiance pesante teintée d’intimidations et de menaces voilées.«Dans le milieu qu’a fréquenté mon frère, il n’y a aucun respect pour les gens», explique Mery. «Ils ne vivent que pour le fric. Personne n’est correct. C’est vrai qu’Adrien connaissait beaucoup de monde. Pourtant, je ne pourrais pas vous inviter à aller vous renseigner sur ce qui est arrivé à mon frère auprès d’untel ou d’untel qui aurait été un de ses bons amis. Les loups ne se mangent pas entre eux et quand des comptes sont réglés, il ne reste que le silence, les rumeurs et l’intimidation. C’est l’omerta, exactement comme en Sicile». Un témoignage fort, courageux et très éclairant. Précision utile : tout cela ne s’est pas passé à Palerme ou à Agrigento mais, dans les envions de Binche et de La Louvière…

 

- Quel souvenir conservez-vous d’Adriano ?

- Mon petit frère était un garçon jovial et plein d’énergie. Il parlait beaucoup. Très vite. Parfois, pour ne rien dire. C’était quelqu’un de très entreprenant. Durant sa courte vie (ndlr : il a disparu à l’âge de 35 ans), il s’est lancé dans de très nombreuses activités commerciales. Il a exploité un magasin de sport à La Louvière et plusieurs magasins de vêtements dont l’un se trouvait à Liège. Il a aussi tenu un café à Binche, «L’Actuel» et même un dancing dans les Flandres, tout près du Pop Corn. Sa force, c’était de lancer sans cesse de nouvelles affaires. Il connaissait énormément de monde et il avait un sens inné des relations publiques; Cela l’aidait à se faire rapidement une clientèle. Sa faiblesse, c’est qu’il ne tenait pas en place. Après quelques mois, les commerces qu’il lançait avec succès ne l’intéressaient plus. Il ne les gérait pas rigoureusement parce qu’il pensait déjà à de nouveaux défis. Parfois avec beaucoup de naïveté. Un chien avec chapeau aurait pu facilement lui faire miroiter la perspective d’une belle affaire… Et il fonçait la tête en avant. Il se croyait invincible… Pour moi, ce manque de repères était lié à son enfance. Venant du nord de l’Italie, mon père s’était installé en Belgique juste après la guerre. Il a travaillé au charbonnage pendant vingt ans et il en est mort en 1967, juste après sa pension. Adriano n’avait que 13 ans. Ma mère a été dépassée par cette situation. Elle lui passait tout ou presque. Dans ce contexte, il a rapidement arrêté l’école et il a fait quelques bêtises de jeunesse. Rien de très grave : à ma connaissance, il n’a jamais eu de casier judiciaire. Mais je crois que c’est à cette époque qu’il s’est lié à des personnes appartenant milieu qui, plus tard, sera impliqué dans sa disparition. En tous cas, c’est ma conviction…  

 

- Adriano a aussi connu sa période de gloire sur les terrains de foot ?

- Oui, c’était un vrai fanatique de sport. Il a fait une très belle carrière de gardien de but en division II et en division III (Tilleur, Mons, RUS Binche…). Sur le terrain, Adriano avait énormément de classe et pendant longtemps, il a rêvé de devenir pro. Il en avait les capacités… Si mon père avait pu encadrer sa vie plus longtemps, il y serait certainement arrivé. Grande gueule, il rouspétait beaucoup ce qui lui a valu quelques exclusions, mais ce n’était pas bien méchant. Dans les vestiaires, c’était aussi un bout en train, un vrai coéquipier qui ne cessait de renforcer le moral de son équipe. Il s’était fait de solides amitiés dans le milieu du foot. Il y avait notamment Pino Scifo, le frère d’Enzo avec lequel il a joué à Binche. D’ailleurs, à un certain moment, il avait lancé une ligne de vêtements «Scifo»…

 

- Un hebdomadaire a récemment laissé entendre que Pietro Allatta était le manager de votre frère quand il jouait au foot?

- Pietro? Il le connaissait très bien, c’est vrai. Mais mon frère n’a jamais eu de manager pendant sa carrière de footballeur!   

 

- Cela dit, Pietro était aussi le parrain de l’une de ses filles ?

- C’est exact et je ne conteste pas qu’il ait beaucoup fréquenté cet homme, de même d’ailleurs que son frère Salvatore. Il a connu les Allatta mais aussi les Bongiorno alors qu’il était encore très jeune. Ils se rendaient dans les mêmes cafés, les mêmes discothèques…

 

- Les Allatta, les Bongiorno, ce sont deux familles qui ont joué un rôle central dans le système des négriers de la construction. C’est de ce côté-là qu’il faut chercher les raisons de la disparition d’Adriano ?

- Je ne sais pas qui a tué mon frère. Par conséquent, je ne veux lancer aucune accusation contre une personne bien précise. Dans le même temps, il est évident que c’est dans ce milieu-là qu’il faut chercher la solution de cette affaire. Tout le monde sait qu’à la fin des années ’80, plusieurs personnes qui avaient fréquenté ce milieu ont été l’objet de règlements de compte. Il y a eu d’autres disparitions, d’autres corps qu’on n’a jamais retrouvés… Et puis, en termes d’indices, il y aussi ce que mon frère m’avait raconté à propos de ses ennuis et tout ce que j’ai appris après sa disparition.

 

- Ces derniers jours, les feux de l’actualité se sont brièvement réorientés vers la disparition d’Adriano, c’est peut-être le moment ou jamais de dire publiquement ce que vous avez vécu et appris au cours de toutes ces années ?

- Je suis d’accord… Je traîne cela depuis trop longtemps. Et puis, si il y a un espoir que cela puisse délier certaines langues... Qui sait ?

 

- Prenons les choses par le début. A votre sens, quand apparaissent les «ennuis» de votre frère ?

- Vers 1986, soit deux ans avant sa disparition. Il a du quitter la maison de Saint-Vaast où il vivait parce qu’il avait des dettes. A l’époque, je ne comprenais pas très bien comment il en était arrivé là, vu qu’il gagnait bien sa vie. Où avait-il dépensé tout son argent ? C’est toujours resté un mystère. Toujours est-il qu’il est parti s’installer à Binche où il a ouvert son café. Et puis, un jour, il est venu nous dire qu’il allait devenir patron dans le secteur de la construction. Comme le montrent des documents que nous retrouverons plus tard dans son appartement, il est devenu gérant d’une société dénommé «Ent-Tra», fin mai 1986. Cette société a fait plusieurs chantiers, notamment au stade du Heysel à Bruxelles mais elle est rapidement tombée en faillite. Et mon frère qui y jouait sans doute le rôle de poulet (homme de paille) a commencé à avoir des problèmes avec la police et l’inspection sociale.

 

- Avec qui était-il en affaire dans la société «Ent-Tra»?

- Les documents que nous avons récupérés dans son appartement établissent qu’il était associé à Salvatore Allata (ndlr : Le petit frère de Pietro. Il a été condamné dans des affaires de négriers de la construction). Un autre nom apparaît également, c’est celui de Guiseppe Dell’Aera (ndlr : Il s’agit d’un ami de Carmelo Bongiorno qui a été assassiné, lire l’encadré intitulé «Gattesco allait-il parler?»). A l’époque où nous avons trouvé ces papiers, nous avons voulu les donner à des enquêteurs de l’ex-BSR de La Louvière, mais ils n’étaient pas intéressés. Nous, on ne peut en tirer aucune conclusion.  

 

- Dans quelles circonstances, votre frère a-t-il disparu ?

- A Binche, mon frère et sa femme habitaient dans un appartement au dessus de leur café. Le mercredi 20 avril 1988, en début d’après-midi, j’ai reçu un appel de la serveuse m’avertissant qu’il n’y avait personne pour s’occuper des filles d’Adriano. Leur mère était partie dans la nuit et elle ne savait pas où se trouvait mon frère. Je suis allée chercher Alicia et Selena et depuis ce jour-là, elles ont toujours vécu chez moi.

 

- Pourquoi leur mère était-elle partie ?

- Dans un premier temps, elle a prétexté une dispute violente avec mon frère. Mais plus tard, elle s’est contentée de dire qu’elle avait «peur». De qui ? De quoi ? Elle n’a jamais voulu le dire. Même pas à ses filles.

 

- Où s’était-elle rendue ?

- D’abord en région liégeoise, puis en Italie et ensuite elle est revenue s’installer dans le Hainaut. Elle a beaucoup bougé. Pendant six mois, on n’a eu aucune nouvelle. Plus tard, j’ai appris, notamment par Lauriana, que son voyage en Italie aurait été payé par Pietro Allatta.

 

- Ce fameux mercredi où vous avez récupéré vos nièces au café de Binche, avez-vous eu des nouvelles de votre frère ? 

- Oui, il est venu chez moi vers 19 heures. Il m’a dit qu’il ne savait pas que sa femme était partie. Il semblait très nerveux et il m’a demandé de m’occuper de ses filles pendant quelques jours. J’étais d’accord mais j’ai exigé que nous ayons une bonne discussion sur ce qui était en train de se passer. A ce moment-là, il n’avait pas le temps parce qu’il devait repartir «pour affaires». Finalement, la discussion a été reportée au vendredi. Il est venu à la maison et je lui ai fait un peu la morale, notamment sur le fait qu’il mettait ses filles en situation d’insécurité. Et il s’est mis à pleurer. Cela m’a surprise. Mon frère était un grand gaillard, un dur. Jamais, je ne l’avais vu dans un tel état. D’abord il s’est contenté de m’expliquer qu’il avait des ennuis d’argent. J’ai insisté et il m’a précisé que c’était à cause de ses affaires dans le domaine de la construction. Il m’a dit : «Je pensais gagner beaucoup mais au bout du compte j’ai d’énormes dettes sociales à payer à l’Etat. Je suis très mal mis. On me doit du fric. Ce week-end, j’arrange mes affaires où je suis foutu».  Ensuite il est parti et je ne l’ai plus jamais revu.

 

­- Où allait-il ?

- La seule chose que je sache, c’est qu’il devait notamment voir Carmelo Bongiorno. Bien sûr, cela n’est pas une preuve qu’il ait quelque chose à voir dans sa disparition. Il a connu tellement de gens dans ce milieu. Par contre, j’ai eu confirmation par la suite que mon frère avait des raisons de paniquer. C’est ma mère qui m’a expliqué avoir assisté à une dispute entre Adriano et sa femme dans les semaines qui ont précédé sa disparition. En colère, elle lui a lancé : «Tu n’a pas encore compris l’avertissement avec la voiture ?». Quelque temps auparavant, on lui avait volé sa Golf pour la jeter aussitôt dans le canal du Centre.

 

- A partir du vendredi 22 avril, vous n’avez plus revu Adrianno mais peut-être lui avez-vous encore parlé ?

- C’est exact, je l’ai encore eu au téléphone le samedi. Le matin, il était venu chez nous, en compagnie de L.P.,l’un de ses amis, pour porter des vêtements aux filles. Malheureusement, mon mari et moi, nous étions au marché. Vers midi, quand j’ai appris qu’il était passé en coup de vent, je lui ai téléphoné pour lui proposer de manger avec nous. Il a refusé parce qu’il devait aller à un rendez-vous important en compagnie d’un certain S.Sp. Adriano n’avait plus de véhicule. S. Sp devait donc faire la route de Thuin, où il habitait, pour le dépanner. Ensuite, je n’ai plus aucune nouvelle. Le surlendemain, j’ai commencé à m’inquiéter. J’ai pris contact avec S.Sp. Il m’a dit qu’il avait bien pris mon frère – ce que la serveuse du café pouvait confirmer- mais qu’il s’était contenter de le déposer quelque part…

 

- Où cela?

- Cet «ami» de mon frère a eu des versions différentes. Dans un premier temps, il m’a dit qu’il avait laissé Adriano au palais de Justice de Binche, soit à seulement 200 mètres du café. Si c’était le cas, il aurait bien pu aller à pied! Trois jours plus tard, je l’ai rappelé et il a changé de version. Cette fois, il prétendait avoir déposé mon frère sur la chaussée de Mons (à Binche) près d’une cabine téléphonique. Il ne pouvait soi-disant en dire plus parce qu’il avait «le couteau sous la gorge». A l’époque, j’ai confié cela aux enquêteurs mais je ne sais pas ce qu’ils en ont fait. A-t-il été seulement été inquiété ou interrogé ? Environ un an plus tard, j’ai revu S.Sp au marché des grossistes à Marcinelle. Je lui ai demandé s’il cela ne lui faisait rien que les filles d’Adrien n’avait plus de père. Il était très mal à l’aise… Ce qui n’était pas le cas de Bongiorno.

 

- Comment cela ?

- Dès le mardi matin je lui ai téléphoné. Il était en train de manger. Il m’a répondu la bouche pleine comme s’il voulait marquer son profond dédain pour ma personne : «Non, je ne l’ai pas vu. Mais je dois le voir dans 15 jours». J’ai téléphoné à plusieurs personnes : tout le monde devait le voir dans les 15 jours… J’ai donc alerté la police. Mais à l’époque, cela n’intéressait personne. Tout au plus, le cas d’Adriano a-t-il valu deux petites colonnes dans la presse locale… Du côté de l’ex-BSR de La Louvière, on nous a vite fait comprendre que - cette «disparition inquiétante» n’était pas une priorité. Bien sûr, les gendarmes de l’époque ont recueilli ma déposition et ils m’ont promis qu’ils feraient tout leur possible pour élucider cette affaire… Mais, après quelques mois, quand on demandait des nouvelles, on nous faisait comprendre que l’on dérangeait : «On vous préviendra si on a quelque chose, cela sert à rien de nous appeler tout le temps». Mon frère m’avait prévenu : quoiqu’il arrive, je devais me méfier de certains flics locaux, certains d’entre eux étaient corrompus. Il m’avait d’ailleurs cité deux noms de gendarmes qui ont été interpellé plus tard dans le cadre de l’affaire Steinier… L’un de ces deux-là était d’ailleurs présent dans le local de la BSR quand j’ai fait ma première déposition. Cela me fait encore froid dans le dos… Quelque temps plus tard, le  bruit a couru un peu partout que mon frère avait des papiers compromettants. Quoi exactement ? Je ne sais pas, mais il y a beaucoup de personnes qui se sont intéressés à cela…

 

- Des gens sont venus sonner à votre porte afin de vous demander si vous aviez des papiers que vous aurait confiés votre frère ?

- Oui, bien sûr… Il y a en a même un qui est venu avec une sorte de garde du corps. Je ne connaissais pas ce monsieur. C’était un week-end et j’avais les enfants à la maison. Je leur ai dit d’aller dans leur chambre et de ne descendre sous aucun prétexte. Même s’ils devaient entendre un énorme bruit. Je vous assure que je n’étais pas à l’aise… Ils voulaient savoir si mon frère avait laissé des papiers ou si cela se trouvait chez un avocat. J’ai téléphoné l’avocat  de mon frère, un certain P.V.: «Il paraît que mon frère vous a donné des papiers». Il m’a répondu : «Oui mais je lui ai rendu. C’était des documents sans importance». Quelques années plus tard, j’ai appris que cet avocat avait été rayé de l’Ordre pour des malversations et qu’il avait des connaissances dans le milieu des négriers de la construction… Quand à cette histoire de documents compromettants, je ne saurais trop dire si elle correspondait à quelque chose ou s’il ne s’agissait pas d’entretenir un climat de pression et d’intimidation autour notre famille. Parce qu’il y a bien d’autres choses du genre…

 

- Par exemple ?

- Très peu de temps après la disparition de mon frère, une voiture venait régulièrement se garer dans notre rue. Un homme restait à bord et regardait ce qui se passait. D’abord, je me suis dit que ce type attendait sa copine. Et puis, je me suis demandée s’il ne nous surveillait pas. Je ne me suis pas plus interrogée mais quand l’affaire Steinier a éclaté, j’ai tout de même été surprise en reconnaissant l’homme dans les journaux : c’était le turc qui a été condamné pour l’assassinat du journaliste de la «Nouvelle Gazette» (ndrl : il s’agirait donc de Necdet Demirkaya). Et puis, combien de fois Bongiorno est-il passé devant la maison dans son Audi bleue, au ralenti, carreau grand ouvert et en me fixant des yeux si j’étais sur le pas de ma porte… Ce n’est pas de l’intimidation?  Dans la période de l’affaire Steinier, j’ai été un jour convoquée par un service de police de Charleroi. Quand je suis arrivée dans le hall d’entrée, Pietro Allatta était là. Sans doute était-ce un hasard… Il m’a dit : «Qu’est-ce que tu viens faire ici ? Tu viens souvent ?» Pour crâner, je lui ai lancé : «C’est déjà la troisième fois». Il m’a dit : «Moi aussi j’ai été convoqué.» J’ai demandé aux policiers si c’était vrai. Ils étaient surpris. Non, Pietro ne devait pas être là. Et quand ils sont descendus pour aller l’interpeller, il était parti… Des gens, et pas du clan Bongiorno, sont aussi venus à la maison pour me dire que je ne devrais jamais citer leur nom dans mes dépositions à la police… C’est vraiment difficile de vivre dans un tel climat. Comment témoigner de cela ? Il y aura toujours des personnes bien pensantes pour affirmer que vous vous faites un film. D’ailleurs, c’est qu’un policier m’a dit une dizaine de jours après la disparition de mon frère. Je venais de recevoir un coup de fil d’un anonyme, la voix un peu cachée : «Votre frère a disparu. Envoyez la police chez untel. Son corps a été dissous dans l’acide mais il reste des traces. Ils ont fait la même chose avec un prénommé Jean-Claude» (ndlr : Cet entrepreneur proche du milieu des négriers a disparu en mars 1988. Comme Gattesco, des «amis» étaient venus le chercher à son domicile pour le conduire à un rendez-vous). Je l’ai déclaré au policier! A l’époque, il ne m’a pas pris au sérieux. Plus tard, quand l’affaire des négriers a éclaté, c’est pourtant bien de corps dissous dans l’acide dont on a parlé… Et on a commencé à avoir peur. Rien ne bougeait dans l’enquête sur la disparition de mon frère et, en plus, tout ce que je déclarais à la police, des gens venaient ensuite me le répéter à la maison. Alors mon mari et moi, nous nous sommes dit que le meilleur des choix, c’était de préserver ce qu’il restait de notre famille. Alicia et Selena avaient déjà perdu leurs parents. Notre devoir était de les élever, de leur donner la part de bonheur à laquelle elles avaient droit. Je crois que nous y avons réussi. Comme nos deux autres enfants, Alicia et Selena ont été au bout de leurs études. Ce sont des filles équilibrées mais, comme moi, elles restent avec trop de questions qui empêchent le deuil de se faire tout à fait. C’est pour cela qu’il fallait que je parle. Au nom de tous les miens.  

 

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Gattesco allait-il parler ?

 

Très peu de temps après la disparition d’Adriano, et avant même que la police n’en soit avisée, Mery Gattesco et son mari se sont rendu dans l’appartement du gardien de but à Binche. «On a constaté que tout avait été fouillé. Toutefois, on pu récupérer quelques documents. Notamment une convocation de la BSR de La Louvière, datée du 22 avril 1988, soit le jour précédent sa disparition. On n’a jamais voulu nous dire pourquoi il avait été convoqué. Devait-il faire des révélations ? Il y avait aussi des procès-verbaux de l’Onem datés de mai 1986. Adrianno devait se justifier auprès d’inspecteur pour ses activités au sein de la société Ent-Tra. Mon frère y explique qu’il était associé à Salvatore Allata. Dans d’autres PV, les inspecteurs se plaignent de ne pouvoir interrogé Adriano en dehors de la présence de Salvatore, lequel lui indique ce qu’il doit répondre. Cette enquête administrative révèle aussi la présence de Giuseppe Dell’Aréa dans la société. Je sais que mon frère le connaissait.» 

Dit «’Pépé le gaucher’, Dell’ Aera a été assassiné à Morlanwez le 8 novembre 1989, deux jours après une sortie de prison. Il a été présenté dans la presse de l’époque comme un proche de Carmelo Bongiorno. Plus tard, l’épouse de Dell’Area, une certaine Pascale Hector, a joué un rôle crucial dans le procès d’assises à charge de Bongiorno pour les assassinats du journaliste Stéphane Steinier (janvier 1989) et de l’entrepreneur Jean-Claude Boitiaux (mars 1988). Deux personnes disparues dont on n’a jamais retrouvé les corps… Selon Pascale Hector, leurs cadavres avaient été dissous dans l’acide. Pascale Hector disait aussi soupçonner le clan Bongiorno d'être responsable de l'assassinat de son mari et de celui d'Adrien Gattesco. Cette dame qui a bénéficié à plusieurs reprises d’une protection policière à la suite d’intimidations vit désormais à l’étranger sous une nouvelle identité. Pour sa part, Carmelo Bongiorno a toujours protesté de son innocence dans le cadre des disparitions de Steinier, Boitiaux, Dell’Area et Gattesco. Il affirme qu’Hector a été instrumentalisée dans un dossier fabriqué de toutes pièces contre lui par certains adversaires en cheville avec des gendarmes. Plusieurs éléments objectifs peuvent être relevés par rapport à cette thèse : avant l’éclatement de ces affaires, les Bongiorno et les Allata se partageaient le ‘marché’ des négriers de la construction, c’est l’époque il étaient les «pires amis» L’éviction des Bongiorno a libéré de la place pour les Allata qui, quelques années plus tard, ont été pris à leur tour dans les mailles de la justice. Depuis lors, les Allata et les Bongiorno sont devenus les «pires ennemis». On signalera aussi qu’en octobre 2002, Pascale Hector a été condamnée par la Cour d’appel de Bruxelles pour faux témoignage à la suite d’une action intentée par Carmelo Bongiorno. Il a été établi qu’elle a menti sur la nature de la relation qu’elle avait entretenue avec Bongiorno et avec un gendarme qui travaillait dans de ce dossier. Cela invalide-t-il tout son témoignage ? Le débat est en cours en ce moment au niveau judiciaire suite à la demande de Bongiorno d’une révision de son procès en assises. Décision, début mars prochain…

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Fins de non recevoir

Nous avons pris contact avec Pietro Allata pour qu’il puisse nous donner son point de vue. Désirant monnayer ses réponses, nous avons décliné l’offre. Via son avocat, Bruno Dayez, Carmelo Bongiorno dément avoir quoi que ce soit à se reprocher dans l’affaire Gattesco et il insiste sur le fait qu’aucune charge n’a jamais été retenue contre lui dans ce dossier. Dans le contexte actuel – demande de révision de son procès- il ne préfère pas s’exprimer. Nous avons aussi approché Lauriana, l’ex-femme d’Adriano Gatesco. Fin de non recevoir également : «Je n’ai rien à vous dire».

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Matches de foot truqués

Allatta : plaque tournante de la corruption ? Par Olivier Mukuna

 

Dans le scandale des matches truqués, le nom de Pietro Allatta apparaît comme une clé de voûte d’un système de corruption visant à s’enrichir grâce à des paris sur des rencontres dont le résultat était fixé à l’avance. Manager de plusieurs joueurs, Allatta nie fermement toute implication dans la tornade en train de noircir le foot belge. Mais son passé judiciaire, plusieurs témoignages et ses connections avec le principal corrupteur en fuite - l’homme d’affaires chinois Ye Zheyun - ne plaident guère en sa faveur. Qui est Pietro Allatta ? Portrait d’un homme sulfureux qui risque à nouveau le carton rouge…  

 

Pour quelqu’un qui a toujours aimé faire parler de lui, Pietro Allatta peut s’estimer servi. A condition de croire dans les vertus de la publicité négative. A 51 ans, malgré une apparence affable et souriante, le manager de Silvio Proto n’a jamais pu se défaire d’une image de malfrat. Elle lui colle à la peau depuis le début des années 90. A cette époque, Pietro Allatta tombe pour la faillite frauduleuse de la société de textile Miratex. Chargé de l’interroger, un commissaire de Charleroi se souvient d’un homme « très sympa qui n’a pas posé de difficultés » devant les preuves qui l’accablaient. Cette première condamnation n’est qu’un hors d’œuvre. 

 

Deux ans plus tard, Pietro et son frère cadet Salvatore sont épinglés par la justice dans le fameux dossier des négriers de la construction. Parvenus à évincer Carmelo Bongiorno, les frères Allatta ont repris à leur compte ses activités frauduleuses dans la Région du Centre. Entre 1987 et 1994, Salvatore et Pietro se feront les pourvoyeurs de main-d’oeuvre au noir à destination des entreprises de construction. En mettant sur pied des sociétés écrans et en utilisant des gérants de paille chargés de signer des documents vierges contre rémunération, ils exploiteront des centaines de clandestins. Au bout d’une longue chaîne de faux et usages de faux, contrats de travail bidons, infractions comptables, détournements, escroqueries et autres abus de confiance, l’association de malfaiteurs Allatta écope de 9 ans de prison avec sursis, dont deux et demi ferme pour Salvatore, cerveau du réseau négrier. Au final, l’estimation du préjudice subit par les services de l’Etat (Fisc, Onss, Onem, etc.) avoisine les 40 millions d’euros…

 

Curateur des faillites des SPRL des frères Allata, Me Xavier Dehombreux se souvient des audiences qui ont mené à leur condamnation, le 17 février 2000 : « Pietro Allatta a été condamné à 21,8 millions de francs belges (540.000 €) qui, à ce jour, ne sont toujours pas récupérés.  En audience, malgré son côté folklorique, je me rappelle qu’il était très calme. Il n’a pour ainsi dire jamais ouvert la bouche ». Faut-il s’étonner, six ans plus tard, de voir ressurgir le nom d’Allatta au centre d’une affaire de corruption touchant le football belge ? « J’ai lu dans la presse qu’il avait exercé toutes sortes de métier, ça ne m’a donc pas étonné de le retrouver dans le football », estime Me Dehombreux.  « C’est un passionné de foot et un amateur de belles choses pour lesquelles il faut de l’argent. Il a dû se reconvertir après la chute de son réseau négrier, mais pour l’instant, je le rappelle, il n’est pas inculpé ».

 

Si l’homme n’est pas encore inquiété par la justice, sa réputation l’avait bel et bien précédé dans sa nouvelle activité. Exemple : en juillet 2005, lors du transfert de son poulain Sylvio Proto passant du club de La Louvière à Anderlecht, Pietro Allatta se voit refuser à la table des négociations par les dirigeants mauve et blancs. Plusieurs cadres du Sporting se méfient de l’ex-négrier et craignent qu’il ne s’invite à chaque entraînement ou qu’il se mêle du fonctionnement interne du club. Mais Allatta résiste, joue la montre et finit par gagner la partie en forçant l’acceptation de sa présence pour faire aboutir les négociations. Le jeune gardien des Diables Rouges jouera pour Anderlecht. Pendant l’officialisation médiatique de la nouvelle recrue, Allatta parade et remercie « Roger Vanden Stock et Luciano D’Onofrio de [lui] avoir fait confiance ». Balayant les mois d’ostracisme anderlechtois sur sa personne, il ajoute : « Des complications ? Dans un transfert, il y a beaucoup de bluff, comme au poker. Et puisque je suis un grand joueur de poker, Anderlecht vient de réaliser un très gros transfert. Après la naissance de ma fille, c'est le plus beau jour de ma vie.»

 

Le lendemain, le président du club de la Louvière, Filippo Gaone, égratigne le négociateur du transfert de Proto. En résumé, le dirigeant louviérois s’estime heureux d’être « débarrassé de la mafia » et déplore que l’opération ait occasionné un « détournement d’argent ». Réponse immédiate du principal intéressé : « Si Gaone continue, je vais l’attaquer en justice pour diffamation. Pendant toutes ces années, il a été bien content de m’avoir. Qu’il n’oublie pas que c’est grâce à moi que le transfert s’est réalisé ! »

 

Il y a ceux qui s’en méfient et ceux qui veulent le voir disparaître… définitivement. Le matin de 24 décembre 2004, Pietro Allata échappe miraculeusement à une tentative d’assassinat. A peine installé au volant de sa voiture, le manager aperçoit une BMW surgir en sens inverse. Par la vitre, une rafale de coups de feu atteint la Berline du manager. Dans un réflexe de survie, l’homme se couche à la vitesse de l’éclair et parvient à s’extraire du véhicule. Les agresseurs prennent la fuite. Deux impacts de balles provenant d’un fusil-mitrailleur seront retrouvés dans la carrosserie… Sans plus de précisions, Allatta évoque un « règlement de comptes » et prévient : « J’ai demandé à la police de me couvrir. Si elle ne le fait pas, je prendrai mes dispositions. Je n’hésiterai pas à m’armer pour me protéger.»

 

Novembre 2005. Dévoilée depuis peu, l’affaire des matches truqués s’accélère avec le dépôt de plainte du Lierse. Les dirigeants du club flamand estime qu’un match (GBA - Lierse : 4 - 0) « pose problème » et s’étonne que, la saison précédente, le Lierse ait aligné son équipe B contre les clubs de Charleroi et du Racing Genk. Par crainte d’être accusé de complicité, les dirigeants du Lierse prennent les devants et interpelle la justice. Précédemment, le 30 octobre 2005, l’homme d’affaires chinois Ye Zheyun est interpellé par la police à l’hôtel Hilton de Bruxelles, en compagnie de … Pietro Allatta et d’Olivier Suray, ancien joueur professionnel de D1 et ex-poulain d’Allatta. L’intervention de la police est motivée par la plainte d’une jeune femme qui accuse le Chinois de coups et blessures mais également d’avoir contribuer à truquer des matchs en Finlande et Belgique. Allatta refuse de se laisser emmener par les policiers. Ye Zheyun et Suray sont, eux, embarqués pour interrogatoires puis relâchés. Depuis, le Chinois reste introuvable…

 

Autant d’éléments qui ne déstabilisent pas Pietro Allata. Que faisait-il en compagnie du premier suspect impliqué dans le plus vaste dossier de corruption ayant atteint le foot belge ? Il servait d’intermédiaire pour « lui acheter des fourrures » avant d’ajouter sans rire : « C’est impossible de régler des matches ». Dernière affirmation pour le moins contredite par les révélations en cascade qui rendront le dossier aussi explosif qu’incontournable. A cette époque, au sujet du Chinois, Pietro Allata croit bon d’ajouter : « Je l’ai rencontré deux fois. Une fois en tant qu’intermédiaire entre lui et Geel, mais le deal ne s’est pas fait. Et une seconde fois lorsqu'un ami bruxellois a voulu lui acheter un stock de fourrures. Il est à Shangai ? Qu’il y reste. Je ne pourrais pas me permettre de faire des choses pareilles. J’ai une image de marque à défendre, j'ai une famille. Ma gueule est dans tous les journaux. Qu’on arrête ! ».

 

Mais cela ne s’arrêtera pas. Chaque semaine qui passe résonne du nom de l’ex-négrier ou de ses connections. Fin novembre 2005, les premiers footballeurs évoluant en Division 1 - deux joueurs du Germinal Beerschot - avouent à la police fédérale que l’homme d’affaires Ye Zheyun avait tenté de les acheter. Une tentative de corruption qui remonte à la saison 2004-2005 et où la somme de 25.000 euros par joueur avait été proposée.

 

Le 5 février 2006, la VRT sort le feu d’artifice via son magazine Panorama. Titre du missile : « De tackel van de maffia ». Une enquête au long cours menée jusqu’à Shanghai et qui postule que la maffia chinoise truque des matches belges pour permettre à des parieurs chinois de décrocher d’énormes gains par l’entremise de paris sur Internet. L’émission sera rediffusée par la RTBF, trois jours plus tard. Au cours du reportage, sont martelés les noms de Ye Zheyun et de Pietro Allatta. Egalement dans le collimateur des journalistes flamands : le club de La Louvière, repris dans six des sept matches truqués (contre le Lierse, FC Bruges, Saint-Trond, Westerloo, Genk et La Gantoise). Enfin, une quinzaine de personnes sont citées nommément et présentées comme « au courant » ou ayant « joué un rôle » dans le système de manipulation et de corruption.

 

Cerise voyante sur la gâteau : un policier de Chapelle-lez-Herlaimont - commune qui abrite le domicile de Pietro Allatta - est filmé en caméra cachée tandis qu’il téléphone à Allatta pour lui demander s’il désire s’entretenir avec les journalistes de la VRT. A l’image, on voit que l’agent connaît par cœur le numéro de son correspondant et surtout, lui parle de façon très amicale. L’interview du manager n’aura finalement pas lieu. «Il demandait d’être rémunéré, il a aussi exigé 20.000 euros à un journaliste finlandais », confie un journaliste de Panorama. Réflexe vénal que nous confirmons pour l’avoir vécu à notre tour (lire encadré 2 : « Fins de non recevoir »).

 

Après la diffusion de l’émission explosive, Allatta remise ses velléités pécuniaires et se confie gratuitement à la Dernière Heure : « Et qui dit que ce reportage n’a pas été monté et que les témoins n'ont pas été payés? Donnez un peu d'argent à un Chinois et il dit n’importe quoi. Non, je suis un type correct, je travaille pour des clubs italiens. Je ne touche pas à ce qui est malhonnête. J’ai l’impression qu’on me cherche. C’est toujours quelqu'un qui doit payer pour les autres.» Après ses dénégations, l’homme ose en remettre une couche sur « l’impossibilité » de corrompre certains acteurs du foot belge  : « Tous les buts tombent après des erreurs de défense. Donc si Butina passe deux fois à côté d'un ballon, il a truqué le match ? Allez, allez. Où va-t-on? Qu’on arrête le foot, alors. Entre-temps, les joueurs perdent beaucoup d’argent à cause de ces bêtises. » 

 

Sans mauvais jeu de mot, le terme « bêtises » devient carrément impropre avec l’annonce de Paul Cremers du club de Lommel. Le 14 février, celui-ci révèle qu’en début de saison 2005-2006, il a reçu la visite de… Pietro Allatta accompagné d’un Asiatique. Le manager aurait présenté son acolyte comme un sponsor désireux d’investir dans Lommel à une hauteur maximale de 500.000 euros. Et à une condition : Lommel se devait engager des joueurs... proposés par Allatta. Désarçonné, les dirigeants de Lommel metttent fin aux négociations. A cela s’ajoute les révélations de Patrick De Man, ex-entraîneur-adjoint et ex-gardien du Lierse, qui reconnaît des comportements de corruption au sein de son ancien club.  

 

Alors que Pietro Allatta a déposé plainte contre l’équipe de la VRT auteur du reportage l’incriminant, l’enquête menée par le juge d’instruction, Sylvania Verstreken, progresse à grands pas. Désormais, parmi au moins sept joueurs ou ex-joueurs du Lierse, une majorité avoue avoir accepté jusqu’à 10.000 euros par match pour lever le pied lors de certaines rencontres durant la saison 2004-2005.

 

Enfin, le 21 février dernier, la chaîne de télévision VTM annonçait que les enquêteurs travaillant sur le dossier des matches truqués avaient répertorié cinquante noms de joueurs de Division 1 et 2 suspectés de corruption. Sur cette liste figurerait des noms de joueurs du Sporting d’Anderlecht et de l’équipe des Diables rouges. VTM affirmait aussi que l’ancien entraîneur du Lierse, Paul Put, aurait empoché une somme avoisinant le million d’euros à l'occasion de divers matches truqués.

 

Et Pietro Allatta ? Selon VTM, le relevé des conversations téléphoniques et de la messagerie  internet démontrerait qu’Allatta et le Chinois Ye Zheyun entretenaient en réalité des contacts quotidiens. En clair : l’habitant de Chapelle-lez-Herlaimont pourrait jouer un rôle de « plaque tournante dans le blanchiment d’argent de la mafia chinoise en Belgique ». Si cette information devait se confirmer, celui qui «ne touche pas à ce qui est malhonnête» se rapproche furieusement du carton rouge… judiciaire. 

 

 

 

 

14:43 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

06/03/2006

Santé (230206)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 23 février 2006

 

«1.000 euros par semaine pour se soigner… C’est inacceptable!»

 

Son visage souriant dans la souffrance avait ému beaucoup de Belges lorsqu’il était apparu à la télévision à la veille du dernier réveillon de Noël. Frédérique L’Hoest, 34 ans, mère de deux enfants de 7 et de 11 ans, décrivait la tragique situation dans laquelle la maladie l’avait placée. Atteinte d’un cancer généralisé, les derniers espoirs de survie de cette jeune infirmière indépendante reposaient sur la prise d’un nouveau médicament, le Cetuximab, non remboursé par la sécurité sociale. Dont coût : 1.000 euros par semaine! A l’époque, la famille de Fred, les Fonds Mère Idalie, des amis, mais aussi beaucoup d’autres se sont mobilisés pour trouver les moyens de lui payer ce traitement hors de prix. «Nos appels ont été magnifiquement entendus. Fred a pu recevoir ses médicaments. Malheureusement, le miracle espéré ne s’est pas produit et elle nous a quitté le 28 janvier. Pourtant ce n’est pas la fin du combat! D’autres personnes vivent aujourd’hui des drames similaires en Belgique. C’est inacceptable et conformément aux vœux de Frédérique, une structure va être créée pour leur venir en aide,  pour faire pression sur les pratiques trop mercantiles de certains laboratoires pharmaceutiques et pour faire évoluer la législation belge sur le remboursement de médicaments», annonce Muriel Desclée, la meilleure amie de Frédérique L’Hoest et aussi la cheville ouvrière des «Crampons de Fred».

 

- Quels souvenirs garderez-vous de Frédérique ?

- Frédérique, c’était un courage, une volonté hors du commun. Malgré toutes les épreuves qu’elle a eu à surmonter, jusqu’au dernier moment et même dans les moments d’immense douleur, c’était surtout un sourire.

- Vous la connaissiez depuis longtemps ?

- Depuis quatre ans. Un vrai coup de foudre. C’est comme si nous avions été des sœurs dans une autre vie. En janvier 2002, c’est la découverte d’un premier cancer du colon. Elle le traînait depuis 10 ans. Ce fût une période difficile mais elle avait un moral d’acier. Elle croyait qu’elle pouvait s’en sortir malgré les pronostics très pessimistes de ses médecins. Opération, chimio… Et puis, le jour du printemps, le 21 mars 2003, la bonne nouvelle est tombée. Elle avait vaincu la maladie. C’était un don du ciel, un vrai miracle. A cette époque, j’ai connu quelques-uns de plus beaux jours de ma vie… Ensuite, elle a eu deux ans de tranquillité et au mois de juin 2005, alors qu’elle se sentait pourtant bien, qu’elle rayonnait, un contrôle de routine a révéler que le crabe était de retour. Cette fois, c’était les poumons et, fait extrêmement rare, le cœur était aussi touché.

- Comment a-t-elle réagit ?

- Bien sûr, c’était la douche froide. Mais fidèle à elle-même, elle n’a jamais perdu courage. Elle gardait une énergie incroyable. Regardez cette photo… (Ndlr : Muriel nous montre un cliché où l’on voit Frédérique L’Hoest parlant à un public attentif).

- Elle n’a pas l’air du tout malade !

- Non et pourtant cette photo a été prise le 21 janvier… Soit une semaine seulement avant qu’elle nous quitte. C’est ce jour-là qu’elle a tenu des propos qui nous invitent à poursuivre l’action via son comité de soutien, «Les crampons de Fred» : «J’attends une sorte d’électrochoc au niveau du gouvernement. Je pense non seulement à moi, mais aussi à toutes les personnes qui sont dans mon cas et qui n’ont pas le courage ou la force d’en parler». Elle voulait que son combat soit utile à d’autres aussi, qu’il se prolonge au-delà de sa mort.

- C’est ce que vous allez faire ?

- Oui, une fondation ou une asbl sera bientôt mise sur pied car les épreuves traversées par Fred ont été à l’origine d’une prise de conscience : il y a des personnes dans ce pays qui sont en danger de mort, dont le seul espoir est la prise de médicaments dont le prix est inabordable. Il faut les aider et faire pression tant sur le politique que sur les fabricants de médicaments pour ces situations intolérables disparaissent.

- Cela concerne combien de personnes?

- Impossible à dire ce jour. Mais le ministre fédéral de la Santé, Rudy Demotte a reconnu récemment au parlement qu’il était régulièrement confronté à des demandes d’aide désespérées de patients qui vivent ce genre de drame. De toute manière, il s’agit d’un nombre de personnes qui fluctue beaucoup, au grè de l’apparition de nouveaux médicaments sur le marché, de leur reconnaissance et enfin de l’acceptation de leur remboursement par la sécurité sociale.

- Les nouveaux médicaments ne sont pas assez vite remboursés en Belgique ?

- On peut en tous cas constater que le Cetuximab dont Frédéric avait besoin est déjà pris en charge par la sécurité sociale dans plusieurs autres pays européens. Cependant, résumer le problème à une lenteur excessive de la Commission de Remboursement des Médicaments (CRM) et de l’administration de la Santé publique serait une caricature. Ce n’est qu’un élément d’une problématique très complexe et les gens qui lancent aujourd’hui que «Rudy Demotte a tué Frédérique» en n’acceptant pas le remboursement du médicament dont elle avait besoin sont très excessifs. D’une part, Frédérique a bien eu son Cetuximab grâce à l’élan de solidarité qu’elle a suscité et d’autre part, le ministre était tenu de suivre l’avis de la CRM. Or celle-ci, composée notamment de scientifiques et de médecins s’était opposée au remboursement de ce médicament. 

- Mais pourquoi cette commission a-t-elle refusé le remboursement d’un produit qui peut sauver ou prolonger des vies ?

- Le budget des soins de santé n’étant pas extensible à l’infini, cette commission juge, au cas par cas, en fonction de critère «coût-efficacité». Elle doit tenir compte des intérêts particuliers des patients et des intérêts de la communauté (ne pas faire exploser le budget disponible) Dans le cas du Cetuximab, il est apparu que le prix demandé par le fabriquant était trop élevé. En d’autres termes, c’est un médicament qui est d’abord paru impayable pour l’Etat lui-même (ndlr : un nouvel examen du dossier ‘Cetuximab’ est en cours et la CRM se prononcera le 4 avril prochain).

- La solution ?

- Il n’y a pas une mais plusieurs solutions qui, toutes, se résument en un mot : il faut «humaniser» le système actuel.  Ainsi, il faudrait déjà en finir avec des comportements froids et choquants du type de celui auquel la maman de Frédérique a été confrontée alors qu’elle a demandait de l’aide au cabinet du ministre Demotte. Là quelqu’un lui a répondu, texto : «Ecoutez madame, au stade où en est votre fille est-ce que cela en vaut vraiment la peine ?». Bien sûr, c’était avant la médiatisation de son cas. Et je préfère retenir la considération émise par le ministre lors de son interpellation au parlement après la mort de Fred : «si nous partons du principe que la santé n’a pas de coût mais un prix, un vie n’a jamais de prix». Si la vie n’a pas prix, le pouvoir politique a donc le devoir de contrer le jeu pervers de certains laboratoires qui gonflent le prix de médicaments vitaux pour certains patients. Il est logique qu’ils financent leurs recherches et qu’ils fassent du profit, la question n’est pas là. Mais dans des cas comme celui de Fred, quand il y a urgence, ils devraient être contraints de délivrer le médicament à titre compassionnel ou à tous le moins à un prix raisonnable. Pour l’heure, les firmes pharmaceutiques décident encore à la tête du client. Parfois, elles acceptent la délivrance à titre compassionnel, parfois pas. Fred, par exemple, a d’abord essuyé un refus. Pas de place pour elle. Mais après sa médiatisation, cela a changé. On lui dit alors qu’elle était la bienvenue, pour autant qu’elle change d’Hôpital et qu’elle recommence tous les examens …

 

- N’existe-t-il pas aussi un «Fonds de solidarité» géré par l’Etat qui prévoit une intervention pour les patients qui ont un besoin vital d’un médicament non remboursé par la sécurité sociale ?

- Oui, mais il n’intervient que pour des «maladies rares» et le cancer, même quand il est très particulier comme celui de Fred, n’est pas considéré comme une maladie rare. En plus, le fonds n’intervient pas dans le coût des médicaments en cours d’admission au remboursement. Et c’était le cas du Cetuximab. C’est là que je reviens avec mon idée de contrainte : si une firme médicale était obligée de livrer son médicament à titre compassionnel dans le période où sa demande de remboursement est examinée par la CRM, cela aurait deux conséquences très positives. Des patients qui comptent les jours, voire les heures, auraient ce dont ils ont besoin. Mais en plus, cela conduirait les fabricants à ne plus soumettre des prix prohibitifs à la CRM -difficilement acceptables par l’Etat- car ils auraient intérêt à ce que leur dossier passe au plus vite. Pour l’heure, ces sociétés médicales sont dans une situation beaucoup trop confortables face à des patients qui n’ont plus d’autre choix que de payer, quelque soit le prix. C’est quasiment du chantage. Ce ne sont là que des pistes. La structure qui se créera bientôt pour prolonger le combat de Frédérique tentera de les approfondir, de faire des propositions au monde politique et si nécessaire, elle organisera des manifestations pour que ce qui est arrivé à mon amie, ne puisse plus jamais arriver à d’autres personnes.

 

Pour en savoir plus

Muriel Desclée organise une conférence-débat, le samedi 25 février à 18 heures dans la salle du domaine de Mozet, rue du Tronquoy, 2 à 5340 Mozet. Les parents et les frères de Frédérique L’Hoest témoigneront de son combat et de leur volonté de prendre son relai. Le Dr Christian Focan, oncologue à l’Hôpital St Joseph à Liège, Dr Gauthier Demolin, gastro-entérologue à l’Hôpital St Joseph à Liège (les médecins proches de Frédérique) et par le Dr André Bosly, hématologue à Mont-Godinne et professeur à l’U.C.L.; Fabienne Manandise, présidente de l’A.S.B.L. «Jour après jour» seront également parmi les orateurs de ce débat. Renseignements : 0473/46.42.46.    

http://les-crampons.skyblog.com/                  

http://www.neweb.be/fred/

 

 

 

 

 

09:50 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

03/03/2006

Mecca-Cola

Article publié dans l’hebdomadaire belge «Le Journal du Mardi», le 8 avril 2003

Le goût du Cola mais …

Près de 4,5 millions de bouteilles de Mecca-Cola ont déjà été vendues dans plusieurs pays d'Europe et du Moyen-Orient. Histoire d'une alternative - très engagée politiquement - à l'une des marques phares de l'industrie nord-américaine.

 

Agé de 47 ans, Matlouthi Tawfik garde l'enthousiasme et l'énergie d'un jeune contestataire plein d'idéal. Juriste de formation, conseiller de plusieurs sociétés françaises, ce Français d'origine tunisienne aurait pu faire ce qu'on appelle une belle carrière. Soft. Bien payée. Peinarde. Mais l'homme a décidé de mettre ses compétences au service de ses convictions sociales et politiques. Première initiative, il y a près de quinze ans déjà, la création de Radio Méditerranée, une radio communautaire maghrébine. «J'en ai fait une radio d'opinion et d'expression politique», explique M. Tawfik. Afin de défendre quelle cause ? «Je suis un militant des droits de l'homme», résume-t-il avant d'évoquer le cheminement personnel qui lui a forgé ses convictions : «Lorsque je suis arrivé en France, j'ai été confronté au racisme, aux dures réalités de la ségrégation. Plutôt que d'en nourrir de la frustration, je me suis dit qu'il fallait être actif. Pendant un certain temps, j'ai donc milité dans le cadre associatif. C'était et cela reste utile mais, pour ma part, j’estimais que les résultats étaient insuffisants. Il fallait passer à une vitesse supérieure avec une implication politique et économique».

Egalité des chances

 

Et pour ce monsieur 100.000 volts, le passage de la parole aux actes ne semble poser aucun problème. Après avoir bien installé sa radio dans le paysage médiatique français, le voilà, depuis deux ans, aux commandes d'un nouveau mouvement politique. Rien de moins. Très disert sur le programme du Parti de la France Plurielle (PFP), M. Tawfik précise qu'il s'agit de «défendre l'égalité des citoyens quelle que soit leur origine ou leur religion. Cela passe par un combat pour la reconnaissance des droits de toutes les minorités ethniques. Nous réclamons l'égalité des chances (‘pas de fraternité sans égalité’) et une ségrégation positive. Par exemple, il nous semblerait juste qu'il y ait une réelle représentativité de toute la société française, avec sa diversité, dans tous les champs de la vie publique : l'administration, les services de police, la télévision... Et à cet égard, on est encore loin du compte ! Y en marre aussi de ne voir évoquer une partie des Français qu'au travers de faits divers et au moyen d'expressions telles que les `troublions', les sauvageons des banlieues etc...».

 

Une vision politique exclusivement communautariste ? M. Tawfik s'en défend : «Dans le PFP, il y a des noirs, des blancs, des musulmans, des chrétiens, des juifs... Toute personne qui estime que le caractère multiculturel de la France est une richesse à développer est la bienvenue. Je défends d'ailleurs la même optique dans ma radio qui, bien que maghrébine, emploie quatre chroniqueurs de confession juive, en ce compris le principal éditorialiste politique !».

 

II y a un an, après l'horreur indescriptible du massacre perpétré par l'armée israëlienne dans le village palestinien de Jenine, Matlouthi Tawfik décide de lancer un nouveau projet ambitieux, un de plus : le Mecca-Cola mis en vente dès novembre 2002, soit quelques mois plus tard à peine. Ou comment faire d'une pierre deux coups, car il s'agit, dans le même temps, de «trouver un moyen de soutenir financièrement la cause palestinienne» et de «faire un pied de nez à l'impérialisme américain qui soutient la politique d'occupation menée par le gouvernement Sharon». Et voici donc que le Mecca-Cola se lance à l'assaut de l'un des symboles les plus prégnants de la domination économique des Etats-Unis sur le monde libre !

 

En apparence, le combat semble aussi déséquilibré que celui mené par la résistance irakienne face à l'agresseur anglo-américain. Mais M. Tawfik croit en son projet : «Certes, il est trop tôt pour parler de parts de marché, mais en termes de quantités vendues, on en est déjà à 4,5 millions de bouteilles dont la moitié ont été écoulées en Europe (France, Suisse et Allemagne, principalement) et l'autre au Moyen-Orient et au Sénégal. In fine, l'objectif est de conquérir 5% de part de marché».

 

Fondation

 

En Belgique aussi ? Le boss de Mecca-Cola est affirmatif, même s'il est encore difficile de trouver ce produit alternatif à la grande marque américaine dans nos magasins. «Ce n'est qu'une question de jours», relativise M. Tawfik. «Nous avons déjà exporté vers votre pays et cela avait très bien démarré. Par tête d'habitant, la Belgique était d'ailleurs un marché plus important que celui de la France... Cependant, nous avons rencontré quelques difficultés avec notre distributeur belge et il y a eu rupture d'approvisionnement pendant trois semaines. C'est en passe d'être réglé»(1).

 

L'argument de vente de Mecca-Cola ? «Ne buvez plus idiot, buvez engagé». C'est que M. Tawfik refuse avec force les étiquettes de commerçant ou de businessman. Sa démarche, affirme-t-il, s'inspire du «charity business». «Dans un monde qui favorise de plus en plus une certaine forme de pensée unique, il n'y a pas d'autre alternative pour des militants en mal de financements que de créer des activités lucratives leur permettant d'atteindre leurs objectifs». Et le patron de Mecca-Cola promet encore de joindre l'action à la parole. Le site de sa société (1) indique qu'au travers d'une Fondation, Mecca-Cola cédera «20 % de ses bénéfices nets pour des oeuvres caritatives».

 

Plus précisément, «10 % seront reversés à des œuvres palestiniennes strictement humanitaires, privilégiant l'enfance et le savoir. La fondation Mecca-Cola usera de tous les moyens à sa disposition pour que les aides qu'elle accordera ne soient pas détournées de leurs objectifs; qu'elles ne soient pas renvoyées à des factions combattantes (2). Les 10 % restant seront, en ce qui concerne l'Europe, reversés à des associations qui oeuvrent pour la paix dans le monde et qui soutiennent le peuple palestinien dans sa lutte légitime pour son indépendance».

Transparence

 

Les noms des organisations bénéficiaires et les montants attribués ? «Ils seront communiqués à la fin de l'année, en fonction des résultats de la société. A ce stade, la Fondation est prête à recevoir toutes les demandes», affirme le patron de Mecca-Cola. Lequel promet, en outre, que des «comptes clairs et précis seront publiés relativement à l'octroi des aides. lls seront disponibles pour le public et la presse».

 

Ne dites pas à M. Tawfik qu'il pourrait être un opportuniste qui surfe sur une cause juste pour faire des profits financiers. «S'il était question d'opportunisme, alors je serais un petit élève par rapport aux multinationales dont le seul but est le profit... Et qui vont même jusqu'à orienter la conjoncture de certains pays dans le but de maximaliser leurs rentrées ! Le consommateur demande-t-il des comptes sur les investissements de Coca-Cola ? Moi je veux simplement démontrer que l'économie peut fonctionner autrement. Il y a moyen de devenir riche en donnant 1/5ème de ses bénéfices à des causes humanitaires. Je mets au défi les multinationales d'en faire de même. Peut-être que le monde serait déjà un peu différent. Il faut arrêter d'être égoïste, c'est là l'un des messages principaux de Mecca-Cola», rétorque le créateur de la nouvelle boisson gazeuse.

 

Question subsidiaire : ça a quel goût le Mecca-Cola ? Réponse : légèrement différent de celui de la boisson américaine. Meilleur ? Oui, selon l'avis prévisible de Matlouthi Tawfik, lequel prétend que la «fameuse formule secrète de Coca-Cola, c'est de la vaste blague. Un concept de marketing tout au plus... Le grand secret de Coca-Cola, c'est qu'il n'y a jamais eu de secret». Décidément offensif... et pétillant, ce M. Tawfik. D'ailleurs, sa prochaine idée est déjà à l'étude; il s'attaquera bientôt à un autre marché monopolisé par quelques multinationales en lançant... une nouvelle marque de lessive ! Puisse-t-elle rendre ce monde un peu moins sale...

 

(1) Des renseignements utiles pourront également être obtenus via www.mecca-cola.com

(2) Afin de lever toute ambiguïté, M. Tawfik précise que les organisations palestiniennes actives dans le domaine de l'enfance ou du savoir recevront des dons matériels tels des livres ou des articles scolaires. En Europe, selon M. Tawfik, Mecca-Cola pourrait notamment soutenir des associations altermondialistes.

 

 

11:31 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

01/03/2006

Violence scolaire (160206)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 16 février 2006

«La violence dans les écoles, ça suffit !»

 

Ces dernières semaines, plusieurs affaires graves ont une nouvelle fois attiré l’attention des médias et du monde politique sur la question très polémique des violences scolaires. Dans un athénée de la Région bruxelloise, un élève âgé de 15 ans n’a pas hésité à utiliser un pistolet d’alarme pour prendre un professeur et sa classe en otage. Motif de son courroux : il était renvoyé à la suite d’une multiplicité d’indisciplines notoires. Dans un autre établissement scolaire, un gosse de 13 ans, a débarqué en pleine récréation, armé d'une fausse mitraillette, provoquant la panique générale en hurlant qu'il allait tuer tous les professeurs et le proviseur. Quelques jours plus tôt, il avait eu une altercation avec une enseignante qui l'accusait du vol d'un portefeuille. Précision utile : la mitraillette était une arme à billes qui aurait pu blesser des personnes… La même semaine, un enseignant d’un centre de formation s’est fait tabassé en classe par un ou plusieurs élèves – une instruction en cours tente de déterminer le nombre d’agresseurs- parce qu’il avait osé réprimander un jeune. «C’en est trop !», s’énerve la présidente du groupe MR au parlement de la Communauté française, Françoise Bertieaux. «La violence scolaire ne fait visiblement pas partie des priorités du gouvernement de Marie Arena. Dans trop d’établissements, profs et élèves n’en peuvent plus. D’urgence, les centres de rescolarisation (ndlr : autrement appelés «Ecole des caïds»), doivent entrer en action! Cela avait d’ailleurs fait l’objet d’un décret en mai 2004. Légalement, la ministre-présidente de la Communauté française est tenue de mettre en œuvre cette décision démocratique. Mais elle s’y refuse obstinément alors même que son parti avait voté pour!»

 

- Comment réagissez-vous à la multiplicité des agressions que l’ont vient de déplorer dans plusieurs écoles?

-  Ca suffit! Ce sont les deux premiers mots qui me viennent à l’esprit. Il est intolérable que de plus en plus de d’enseignants doivent se rendre sur leur lieu de travail avec la peur au ventre. Mais cette violence est aussi inacceptable pour les élèves sérieux – et ils sont les plus nombreux- qui ne peuvent suivre une scolarité sereine à cause de quelques fauteurs de trouble. Les agressions dont on parle actuellement et qui nourrissent les rubriques «faits divers» des journaux ne sont que la face apparente de l’iceberg. Il serait temps de prendre des dispositions claires et précises pour en finir avec ce climat de terreur et cela passe par la restauration de valeurs comme le respect, le travail et l’autorité. Soyons clair, je ne parle pas d’autoritarisme, d’écoles prison ou du retour de la cravache! Je préfère préciser cela, vu la tendance qu’ont certains partis politiques à caricaturer tout discours un peu ferme sur cette question de la violence scolaire.

 

­- Si trois agressions graves se sont succédées dans des écoles bruxelloises, cela témoigne-t-il nécessairement d’une augmentation générale de la violence dans les établissements de la Communauté française ?

- Très bonne question. Au travers des échos que je reçois du personnel enseignant, il est clair que la situation est très préoccupante. Ce n’est pas pour rien que, sur leur propres deniers, de plus en plus de professeurs en arrivent à devoir contracter des assurances pour se protéger des conséquences d’éventuelles agressions sur leur lieu de travail. Mais, bien sûr, comme d’autres parlementaires, j’aimerais disposer de chiffres précis. Malheureusement, ces données, le gouvernement actuel ne cherche même pas à se les procurer! Où alors, il les cache! Sous la précédente législature, le ministre Pierre Hazette (MR) avait créé un baromètre de la violence scolaire. Il s’agissait d’enquêtes de terrain qui recueillaient les témoignages des professeurs et des élèves. Cela permettait d’évaluer objectivement l’évolution du problème. Mais depuis la prise de fonction de Marie Arena, cela ne se fait plus. 

 

- Pourquoi ?

- Si on a pour politique de minimiser ou de dissimuler une situation préoccupante, mieux vaut ne pas la mesurer! Je suppose que le gouvernement Arena estime qu’il y avait trop de données dérangeantes dans le baromètre. Par exemple, le fait que les professeurs font quelques 200 déclarations d’accident de travail par an pour faits de violence… 

 

- Vous n’y allez pas avec le dos de la cuiller...

- Mais il y a de quoi ! Car, il y a plus grave encore : la première décision importante qui a été prise par Marie Arena après son entrée en fonction a été de mettre au frigo le décret mettant en place les «centres de rescolarisation»!

 

- Ce qu’on a appelé l’«école des caïds» ?

- C’est cela oui. Avant les dernières élections, un accord politique incluant le PS avait vu le jour sur cette question et un décret avait été adopté par le Parlement de la Communauté française. Marie Arena avait donc l’obligation légale de mettre ce décret en application. Mais visiblement, la ministre-présidente n’a cure de respecter la loi.

 

- C’est que, pour elle, «l’action contre la violence passe d’abord par la prévention et non par des sanctions. Et quand la prévention est un échec, les actes violents relèvent de la justice» ?

- J’ai lu ces propos tenus par Marie Arena dans un quotidien et je les trouve parfaitement révoltants. Je constate qu’elle admet que sa politique de prévention a ses limites et qu’au-delà de celle-ci elle ne veut rien tenter pour remettre ces jeunes en difficulté sur les bons rails. Jouant à Ponce Pilate, elle préfère donc que ces élèves à problèmes passent d’une école à une autre jusqu’à ce qu’ils se retrouvent pris dans un engrenage judiciaire qui condamnera définitivement leur scolarité. C’est un déni de responsabilité. C’est aussi de la démagogie parce que dans le même temps – et après l’avoir voté !- les socialistes laissent entendre que l’«école des caïds» serait la matérialisation d’une «politique répressive» dont il ne veulent pas. Pourtant, on le voit, ils n’ont pas d’objections à ce que ces mêmes jeunes soient l’objet d’une répression judiciaire qui risque de compliquer leur avenir.

 

­- C’est qu’on dit aussi que les «centres de rescolarisation» ne seraient rien d’autre que des «écoles-prison»…

- Mais pas du tout! L’idée de base est d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Il s’agit de garder ces jeunes dans le parcours scolaire le plus longtemps possible et de leur donner une dernière chance d’en sortir par le haut. Comment ? En leur donnant un encadrement spécifique : 1 professeur pour cinq élèves, des éducateurs, des psychologues.  Il ne s’agit en rien d’écoles prison ou de maison de redressement. D’ailleurs, les élèves rentreraient dans ces centres ouverts sur base volontaire; En passant un contrat clair et précis avec l’équipe éducative. Ils n’y resteraient que pendant une période transitoire, avant de pouvoir rejoindre leur école d’origine. A la limite, c’est l’école dont on pourrait rêver pour tout le monde : des petites unités où les élèves disposent presque de professeurs particuliers… Au travers de son discours confus qui confond des notions de base comme l’autorité et la sanction, les socialistes en arrivent à priver ces jeunes d’une dernière chance, les condamnant à être plus vite et plus certainement broyés par la machine judiciaire. Le pire, ce qui m’énerve le plus dans cette histoire, c’est qu’en plus ils ne sont pas dupes. J’insiste encore une fois sur le fait qu’Arena et ses sbires qui critiquent copieusement les «centres de rescolarisation» connaissent parfaitement le tenants et aboutissants de ce projet qui ne s’inscrit absolument pas dans une logique simpliste de répression à tout crin. Ils l’ont voté et ensuite ils ont mangé leur engagement. C’est une insulte pour le parlement mais aussi pour leurs électeurs. Qu’ils ouvrent enfin les yeux! La prévention dispersée qu’ils préconisent comme seul arme contre la violence montre clairement ses limites. Une réaction juste et équilibrée est aussi nécessaire pour aider ces jeunes violents ou en grave décrochage : ils doivent être aidés à prendre conscience de la portée de leur acte et réapprendre le respect de l’autorité. Pour l’intérêt général. C’est évident. Mais aussi pour eux, afin qu’ils bénéficient d’une chance supplémentaire de réussir leur vie d’adulte.

 

 « Il faut en finir avec une certaine omerta !»

«Certaines directions ont tendance à relativiser à l’extrême, voire même à cacher ce qui se passe réellement derrière les murs de leur établissement scolaire», regrette Françoise Bertieaux. Mais dans le même temps, la parlementaire estime que «ce n’est guère surprenant». «Les intérêts en jeux sont importants; Il en va de la réputation de l’école, des inscriptions de l’année suivante… Ensuite, et c’est très grave, certaines directions d’écoles de la Communauté française craignent les réactions du gouvernement dans le cas où ces problèmes de violence connaîtraient une trop grande publicité. On a vu l’année dernière que des directions ou des préfets pouvaient être déplacés très rapidement… Enfin, il faut aussi se rendre à l’évidence que beaucoup de choses se règlent en interne au travers d’exclusions; Tous les jours des élèves sont renvoyés et cela ne fait pas de bruits dans les médias… Déplacer les auteurs de faits violents d’une école à l’autre, ce n’est pas la solution. On ne fait qu’exporter la violence. Il faut donc en finir avec une certaine omerta et oser poser clairement le problème de la violence scolaire». 

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