17/02/2006

Caricatures du prophète Mahomet (090206)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé-Revue", le 9 février 2006

 

"La surenchère actuelle n'est pas conforme à l'Islam"

 

Manifestations de rue, boycott commercial, drapeaux brûlés, attaques contre des ambassades, appels répétés à la vengeance, voire même au meurtre… Mais jusqu’où ira l’affaire des caricatures du prophète Mahomet publiées dans la presse danoise ? En contrepoint de cette énorme colère qui se répand comme une traînée de poudre dans le monde musulman, Soheib Bencheikh, ex-mufti de Marseille et directeur de l’Institut Supérieur des Sciences Islamiques (ISSI) à Marseille, plaide pour un «retour à la raison» et une «plus grande ouverture d’esprit des musulmans dans un monde qui tend de plus en plus vers l’universel» Ce docteur en théologie, fin connaisseur de la doctrine musulmane, pousse aussi un vrai coup de gueule à l’attention de ses coreligionnaires : «Beaucoup d’entre eux connaissent très mal le Coran. Face aux provocations, telles que celle proposée par les caricatures, le Coran ne recommande qu’une attitude : rester pacifique. La surenchère à laquelle on assiste en ce moment, au nom de l’Islam n’a donc absolument rien de Coranique !»  

 

- En tant que musulman, on peut supposer que vous n’approuvez pas la représentation qui a été donnée du Prophète Mahomet dans les caricatures publiées par la presse danoise ?

- Bien sûr que je n’apprécie pas. Je trouve que ce sont des dessins injustes, blessants et provocateurs. Je les trouve aussi très maladroits dans les messages qu’ils véhiculent à l’égard des non musulmans. Ces caricatures sont de nature à renforcer des préjugés insensés qui sont déjà cultivés par certains occidentaux à l’endroit de l’Islam. Ils lient, de manière très choquante, les fondements même de cette religion au terrorisme et ils tendent à conforter des a priori haineux et stupides selon lesquels tous les musulmans seraient des fanatiques sanguinaires. Ma réaction est donc très claire : je désapprouve totalement le contenu de ces dessins; Je déplore aussi qu’un grand journal d’un pays démocratique ait cru utile de publier cela. Mais dans le même temps, comme musulman, je demande aussi à mes coreligionnaires d’être prêts à subir ce genre de choc. Cela fait partie du «vivre ensemble», dans un monde où les idées circulent et s’affrontent. Il faut respecter la liberté d’expression. Et discuter de l’opportunité de cette publication danoise, comme ne le faisons en ce moment, fait aussi partie de cette liberté d’expression. Mais un tel débat doit se tenir de manière sereine et constructive, dans le respect des convictions et des droits de chacun.

 

- Outre leurs allusions au terrorisme, ces dessins ne sont-ils pas aussi difficiles à accepter pour les musulmans dans la mesure où ils «représentent» le Prophète, ce qui est interdit dans le cadre de votre religion ?

- Sur ce point aussi, il convient d’avoir un discours d’apaisement : le Coran n’en parle pas. Certes, on attribue au Prophète certaines paroles où il conseille à ses compagnons d’éviter toute représentation sculptée… Un prescrit correspondait aux besoins d’une époque où les musulmans étaient des polythéistes fraîchement convertis. Des exégètes et des théologiens musulmans ont ensuite, il y a plusieurs siècles déjà, autorisé les représentations. C’est d’ailleurs pour cela que l’on voit des statues d’art et des effigies qui trônent encore aujourd’hui dans beaucoup de pays musulmans. Il y a plusieurs siècles, les persans ont déjà représenté le Prophète dans de superbes miniatures et cela n’a pas suscité de controverse.

 

- Un peu partout dans le monde, des musulmans appellent aux représailles dans un climat proche de l’hystérie collective. Comment expliquez-vous l’ampleur de cette réaction ?

- Le monde musulman, malheureusement, ne s’est pas encore éveillé à l’universel, à cette globalisation des idées et des philosophies les plus contradictoires qui désormais sont appelées à se multiplier et à vivre côte à côte. Au travers de cette polémique sur les caricatures, apparaît aussi clairement une double ignorance. Il y a d’abord celle des musulmans eux-mêmes qui ne connaissent pas bien l’Islam. En effet, le Coran, d’une manière explicite dans un verset pourtant appris par cœur par les fidèles, décrit clairement la manière de réagir aux provocations contre leur religion : «Et lorsqu’ils sont apostrophés par des ignorants, il disent: paix». Si on suit le Coran à la lettre, la bonne réaction serait donc de ne pas polémiquer du tout à propos de ces dessins. Cela ne devrait, en tous cas, pas dépasser une réprobation dite ou écrite. La surenchère actuelle n’est donc pas du tout conforme à ce que recommande le Coran. Je voudrais aussi rappeler à mes coreligionnaires que le Prophète lui-même, fondateur de l’Islam, n’a pas été à l’abri des injures et des provocations formulées par les polythéistes de son époque. On l’a traité d’imposteur, de fabulateur, de menteur. Mais il n’a jamais voulu tordre le cou à ceux qui le raillaient. Il leur a simplement répondu : «Dieu sera juge entre nous le jour de la rétribution». 

 

­- Et l’autre «ignorance» ?

- Elle concerne la liberté d’expression. Dans tous les pays arabes où l’on voit se tenir des manifestations en ce moment, cette liberté est quasi-inexistante. Les gens qui sont dans la rue ne se rendent pas compte de l’importance de la critique publique, de la dérision et de l’esprit de contradiction qui se manifestent dans nos journaux. Ils n’ont pas l’expérience d’une presse dans laquelle tout et tout le monde peut être passé au crible de la contestation ou de l’humour… De par cette ignorance, ils sont aussi plus facilement instrumentalisés par les pouvoirs en place qui se présentent abusivement en protecteurs de l’Islam et manipulent le sacré afin d’orienter le mécontentement social vers l’étranger. Ces pouvoirs leur font aussi croire, de manière démagogique, que le premier ministre danois ou le président de la république française n’ont qu’un doigt à lever pour dicter la ligne éditoriale des journaux. Cela correspond, il est vrai, au fonctionnement de ces Etats musulmans… Dans la foulée, je voudrais aussi insister sur le fait qu’en occident la liberté de la presse bénéficie aussi à l’Islam! C’est grâce à cette liberté d’expression, qu’à tout moment, les musulmans peuvent se faire entendre dans tous les débats où ils pensent utile de prendre la parole. C’est grâce à elle, aussi, qu’ils peuvent faire partager leurs valeurs et cela, sans entraves.

 

- Vous dites que le Coran invite de répondre à la provocation par la paix, mais on entend aussi des propos d’imams qui préconisent plutôt de répondre par l’affrontement et la surenchère…

- Je ne sais pas où les imams qui prennent cette attitude ont été formés. Mais je sais que beaucoup d’entre eux compensent leur manque de connaissance de l’Islam par un rigorisme non justifié.

 

- Etes-vous d’accord avec cette formulation : «La liberté religieuse, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer un culte en toute quiétude. Mais jamais elle ne saurait se transformer en liberté d’imposer à toute la société les règles relevant d’une seule conviction » ?

- Je m’inscris tout à fait dans cette ligne. Moi, je veux pratiquer l’Islam et l’exercer en temps que conviction librement choisie. Je n’accepterais pas que l’on m’impose de croire dans une autre religion ou d’être athée. Dès lors je ne vois pas selon quels principes mes convictions et les interdits qui en découlent devraient s’imposer à ceux qui ne les partagent pas. Envisager les choses autrement, c’est plaider pour le retour des guerres de religions!

 

- Vous tenez les discours d’un islam modéré et ouvert sur la modernité. Mais ces derniers temps, on entend plu souvent l’expression d’un islam radical, refermé sur ses seules croyances ?

­- À cet égard, c’est les occidentaux qui ne doivent pas tomber dans le piège d’une simplification abusive. L’Islam éclairé reste largement majoritaire chez les musulmans. Mais il est vrai aussi que des facteurs sociaux dans nos pays (discrimination, racisme…), des éléments liés à la politique internationale ailleurs dans le monde (conflit israélo-palestinien, doctrine interventionniste de l’administration Bush…) poussent un certain nombre de musulmans vers un repli identitaire et une radicalisation.

 

- Ce mouvement de radicalisation est-il inéluctable ? La polémique actuelle sur les caricatures ne rassure pas vraiment…

- En apparence, ce n’est guère rassurant. Pourtant, je veux rester optimiste. Je reste convaincu que le monde évolue vers l’universel, vers cette société humaine unifiée et plurielle à la fois. Mais pour y arriver, on ne pourra éviter de se heurter, de se bousculer un peu, comme cela se passe maintenant. A une certaine époque, le catholicisme a lui aussi condamné le progrès, les droits de l’homme, la séparation de l’Etat et de la religion. Et puis, lors de Vatican II, il n’a fait que confirmer les idées de ses adversaires d’antan. L’Islam devra aussi se réviser s’il veut avoir la place qui est la sienne en tant que partenaire de plein droit dans cet universel qui se dessine. Nous allons vivre très bientôt une société humaine unifiée où aucune religion ne sera majoritaire ou souveraine. Même chez lui, l’Islam doit se préparer à être une minorité parmi les minorités. Il doit briller par la force de ses propositions, par les valeurs qu’il est capable de diffuser, et non pas par l’intimidation et la menace. 

 

Et Dieu que penserait-il de tout cela ?

«Je pense qu’il est train de mesurer le ridicule dans lequel est tombé une partie de ses fidèles. C’est pourquoi je dirais à mes coreligionnaires de retourner à l’enseignement coranique afin de mener le seul Djihad juste d’aujourd’hui : qu’ils utilisent la liberté d’expression pour faire circuler leur convictions, pour faire partager et proposer leurs valeurs. Pas plus. Une religion solide, sûre d’elle-même et convaincante ne peut vaciller devant une provocation. Je voudrais aussi leur rappeler que l’Islam n’est pas la propriété exclusive des musulmans. C’est un message adressé à l’humanité entière. Libre à cette humanité de l’ignorer, de s’y intéresser, de le critiquer. Celui qui fuit le débat, c’est que sa foi est très fragile"

16:47 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

le coran. il serait peutêtre uttile de vous plonger dans la lecture du texte (disponible sur internet islam.be ou coranix) et notamment la sourante 2 à partir du v 192, 3 à partir du v 150 et la sourate 9, laquelle selon le principe almansik-walmanshuk ( ou des abrégés abrogeants) elle efface toutes les précédentes, en sachant qu'elle est l'avant-dernière publiée dans la révélation et qu'elle abroge tous les versets des sourates antérieures depuis la précédente dans la publication (un site des mosquées donne l'ordre historique des publications des sourates dans la vie du prohète). il ne s'agit pas de faire une fixation, mais de savoir certaines choses. par ailleurs, repérez tous les versets sur les juifs, par exemple avec un traitement de texte (attention il y a près de 400 pp.!) bon courage. euro

Écrit par : euro | 03/07/2006

Caricatures inutiles et indispensables ...et de plus un journal n’est pas responsable d’une maladie.

Ni Dieu, ni Diable, seulement et totalement une maladie psychiatrique.

Psychose hallucinatoire, délires mystiques, croyances, religions.
Après les primates, il y a eu des hommes dont certains souffrent d'une maladie nommée «schizophrénie»; lesquels dans leurs perceptions hallucinatoires croient entendre le Divin - et voient ses envoyés - leur donnant des ordres. Ils sont alors en certitude d’être désignés pour une mission divine.

D’un autre âge, ceux qui se disaient en communication avec Dieu étaient et sont encore appelés «prophètes» avec leurs écrits indiscutables.
De nos jours, ceux qui entendent des voix et qui ont la certitude que Dieu leur parle ; nos jeunes en psychose hallucinatoire paranoïde (schizophrénie) sont traités en psychiatrie.

La psychose hallucinatoire, cette « maladie universelle » que l’on vous a appris à ne pas comprendre.
Ce qui est inscrit sur la notice pharmaceutique d’un antipsychotique de dernière génération : «... est utilisé pour traiter une maladie qui s’accompagne de symptômes tels que entendre, voir et sentir des choses qui n’existent pas, avoir des croyances erronées...».

Cette relation vous semble inadmissible, alors je vous mets au défi de citer une seule autre manifestation qui soit à la fois l’œuvre présumée de l’Au-delà et également les symptômes d’une maladie.

- Peut-on croire que Dieu parle toutes les langues ; NON, c’est votre psychose qui se manifeste de jour à la manière de vos rêves et cauchemars de nuit.
- Peut-on aussi remettre en cause la médication antipsychotique bien claire sur ce sujet.

Pas convaincu, c’est normal la manipulation mentale fonctionne de cette manière ; un psychiatre connu a écrit : « On doute de la réalité, on ne doute jamais de son délire ».

Il est temps de ne plus vénérer cette maladie extrémiste et en terminer avec la schizo. Que diriez-vous si l’on vénérait le cancer, le sida... toutes ces maladies qui rongent le malade, la famille et la société.

Un père en prise avec cette « maladie de la croyance totalement mystique».
Maurice Champion - http://monsite.orange.fr/champion20

Écrit par : champion maurice | 10/02/2007

Injure à l'Islam Je trouve profondément injurieux d'avoir caricaturé le prophète Mahomet ! Islam veut dire paix et puisqu'ils sont synonimes de la paix, rendons-la leur avec tout le respect que nous devons à cette religion proche des désirs de Dieu

Écrit par : Pol Silentblock | 19/02/2007

vraiment je ne sais pas quoi dire je suis en colére comment avez vous osé insulté le prohpéte mohamed ? vous avez pas honte

Écrit par : simoua | 13/03/2008

moi,je moi je trouve honteux de voir des islamiste brule des drapeaux,américain et israélien
mes la pas un mots
donc pour moi voir c'est image de mahomet,c'est pareil
je trouve ca normal

Écrit par : jedittous | 29/04/2010

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