06/01/2006

Assurances (291205)

Alain Benis : «J’ai pu survivre à l’accident mais c’est la lenteur de la justice qui me tue!»

 

Lundi 20 novembre 1995. Entre 9 et 10 heures du matin, cinquante-cinq véhicules, dont cinq camions sont impliqués dans plusieurs collisions en chaîne sur le tronçon d’autoroute reliant Nivelles à Bruxelles (E19). En cause, un épais brouillard et la vitesse excessive de certains conducteurs. Le soir, les journaux télévisés montrent des images du carambolage et annoncent son triste bilan : 1 mort et 17 personnes hospitalisés parmi lesquelles 1 blessé grave… 11 ans passent. Il y a quelques jours, un homme désespéré nous appelle : «Je suis au bout du rouleau. Je n’ai jamais fait appel aux médias mais maintenant c’en est trop…». C’est le blessé grave dont parlaient les JT en 1995. Il s’appelle Alain Benis, 40 ans, marié et père de trois enfants. Souffrant encore aujourd’hui de séquelles physiques et psychologiques, il n’a toujours pas reçu le moindre centime d’euro d’indemnisation. Au contraire, après avoir vu sa carrière professionnelle compromise, après avoir aussi subi de lourds traitements médicaux, c’est lui qui vient d’être condamné à indemniser des compagnies d’assurances! Précision essentielle : sur l’E19, en ce funeste matin du 20 novembre 1995 où le brouillard s’est posé sur sa vie, M. Benis n’avait commis aucune faute de conduite…

 

- On imagine sans peine que la journée du 20 novembre 1995 est restée gravée dans votre mémoire ?

- Oui… D’autant plus que pour moi elle a été très courte. Le matin vers 9 heures, je suis monté à bord de ma Citroën BX pour aller à Gand en compagnie de ma femme et de mon fils, Florian. C’était encore un bébé, il n’avait que quelques mois. Mon épouse avait rendez-vous chez un ophtalmologue pour une petite intervention chirurgicale. Bref, c’était une journée banale à une époque où notre vie suivait le cours d’un long fleuve tranquille. Ce matin-là, il y avait beaucoup de brouillard. Dès l’entrée de l’E19, à Feluy, j’ai roulé prudemment. En moyenne, je faisais du 70 km/h. Arrivé à hauteur de Nivelles nord, près de la station service, le camion remorque qui me précédait a zigzagué et, très rapidement, il s’est retrouvé immobilisé en travers de l’autoroute. Disposant d’une distance de freinage suffisante, j’ai pu éviter l’impact. Dès que ma voiture fut à l’arrêt, j’ai eu pour réflexe de retirer ma ceinture et d’ouvrir ma portière. J’avais l’intention d’aller voir ce qui se passait, d’éventuellement apporter de l’aide. J’aurais mieux fait de m’abstenir ou en tous cas d’attendre un peu plus longtemps. Je me souviens d’avoir mis le pied à terre et puis, c’est le trou noir…

 

- Que s’était-il passé?

- 19 voitures s’étaient encastrées derrière moi. Leurs traces de freinage témoigneront de ce qu’elles roulaient trop vite. Certainement à du 100 km/heure, malgré l’épais brouillard. Ma voiture a été percutée violemment et elle a été traînée sur plusieurs dizaines de mètres. On l’a retrouvé devant le camion qui m’avait barré la route! Malgré la violence du choc, ma femme n’avait que des blessures superficielles et mon fils avait été épargné. Un miracle!

 

- Et vous ?

- Moi ? Mon corps gisait à une centaine de mètres du point d’impact. Apparemment j’ai été projeté dans l’air par le premier choc, ensuite on m’a roulé dessus plusieurs fois. D’ailleurs, on voit encore aujourd’hui des marques significatives de l’accident sur mon torse (ndrl : Il soulève son pull-over, voire aussi notre photo) : les traces du macadam ont été imprimées de manière définitive dans ma peau! Quelques minutes après l’accident, on a vu mes jambes qui dépassaient lorsqu’une voiture a été soulevée par des dépanneurs et on m’a réanimé in extremis car je venais de faire un arrêt cardiaque. Quand je suis arrivé à l’hôpital, on ne m’a pas soigné immédiatement parce que mon cas semblait désespéré. Vu le choc musculaire que mon corps avait subit, il avait doublé de volume… Finalement, ils m’ont opéré. J’avais de multiples fractures, on a du aussi me faire une greffe de peau. Peu de temps après, j’ai fait un deuxième arrêt cardiaque. En plus, lors de l’opération mon corps a été infecté par un virus, ce qui a m’a causé d’énormes poussées de fièvres et une détresse respiratoire. On m’a donc mis dans un comas artificiel jusqu’au début du mois de janvier. Quand je me suis réveillé, j’avais des tuyaux partout. Ensuite, j’ai encore fait une nouvelle surinfection pulmonaire qui a conduit à un troisième arrêt cardiaque. A plusieurs reprises, je suis donc passé à deux doigts de la mort. Je ne vais pas plus m’étendre sur ce calvaire, sur la douleur… Notamment lorsqu’à l’occasion d’une intervention d’urgence, un médecin a été amené à devoir m’enfoncer un tuyau, à vif, dans les poumons… Après l’hôpital, j’ai encore passé plusieurs mois en centre de revalidation.      

 

- Pour redevenir l’homme que vous étiez avant l’accident ?

- J’ai vite compris que je ne serais plus jamais cet homme-là. Cependant, je me suis accroché à l’idée que cela aurait pu être pire encore : je suis une sorte de survivant; En plus, j’ai gardé l’usage de mes membres. Mais même en positivant, ce n’est pas aisé de sentir diminué : je n’ai plus la même capacité respiratoire, je souffre de problèmes de mémoire et de concentration, par moment mes muscles se raidissent et m’empêchent de faire tout mouvement. Professionnellement, cela a eu aussi des conséquences : mon employeur m’a gardé mais il a dû me trouver un poste adapté. En clair, mes espoirs de progression salariale ont été définitivement bloqués. Et je dois prendre régulièrement des congés pour divers examens médicaux. Autrefois, je jouais de la guitare, c’était ma passion. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Après dix minutes, mes doigts se bloquent. Avant, j’étais un gars plein de vie, jovial, enthousiaste… Maintenant, je suis pris de crise d’angoisse, de désespoir et de colère. J’ai l’impression qu’on m’a volé mon existence. Cela m’a conduit dans une profonde dépression. Durant l’été dernier, je suis parti de chez moi. J’avais pété les plombs. J’étais prêt à en finir. Avec patience et amour – je lui dois tellement- ma femme m’a remis sur les rails…

 

- Il y avait eu un évènement déclencheur ?

- Oui, je venais d’apprendre que la justice ne me donnerait pas réparation de mon préjudice avant encore plusieurs années…

 

- Comment cela ?

- Après l’accident, le parquet de Nivelles a ouvert une enquête pénale. Laquelle a été conclue par un non-lieu en 1998. En fait, le jour du carambolage, les services de police avaient été complètement débordés. Il y avait eu la collision en chaîne dont j’avais été victime (19 véhicules) mais aussi 2 autres à quelques kilomètres d’intervalle. Au total, ce jour-là, 55 véhicules avaient été accidentés. La priorité avait donc été de secourir les gens, ce que je comprends fort bien.Toutefois, la conséquence en a été des constats des faits sommaires, sans prises de photos notamment… Par après, il n’a plus été possible de reconstituer les circonstances exactes du crash. Les témoignages étaient tellement contradictoires que la justice ne savait même plus déterminer où chaque véhicule impliqué se trouvait avant et après la collision. Pour ce qui est des responsabilités des conducteurs, certes certains roulaient sans doute trop vite, mais chacun d’entre eux expliquait avoir freiné et avoir été ensuite projeté vers l’avant par un véhicule qui venait de l’arrière… Un expert qui avait été désigné par la justice a dû renoncer à établir une chronologie des faits…

 

- En bref, si faute il y a eu, elle était très difficile à déterminer ?

- C’est cela. N’empêche qu’en ce qui me concerne j’étais en droit et j’avais subi un important préjudice. Mon avocat a donc porté l’affaire au civil estimant que je pouvais prétendre à une indemnisation de quelques 125.000 euros. On partait du principe qu’il y avait tout de même des gens qui avaient emboutis mon véhicule et qui m’avaient écrasé et que les compagnies d’assurance de ces conducteurs pourraient intervenir. Ou alors, qu’à défaut de l’établissement de responsabilités par les experts, le «Fonds commun de garantie automobile» (FCGA) devait intervenir… (ndlr : Selon la loi, ce Fonds constitué par les compagnies d’assurance répare les «dommages résultant de lésions corporelles causées par un véhicule automobile lorsque ce véhicule n'est pas identifié»). Il a fallu attendre le 10 mai 2005 pour qu’un tribunal tranche enfin.   

 

- Dans quel sens ?

- Il estimait que «dans la mesure où aucune faute en relation avec le dommage subi n’est établie dans le chef de l’un ou l’autre conducteur et qu’il n’est donc pas possible d’identifier l’auteur responsable du sinistre», j’avais droit à l’intervention du FCGA. Le juge m’allouait une somme provisionnelle de 5.000 euros avant évaluation par un expert de mon préjudice global. Par ailleurs, j’étais moi-même condamné à payer quelques 3000 euros aux compagnies d’assurances des conducteurs dont la responsabilité n’avait pu être établies! Ce n’était pas tout à fait satisfaisant, mais je croyais quand même avoir atteint le bout du tunnel… Mais, en juillet dernier, j’ai reçu un vrai coup de massue quand j’ai appris la décision du FCGA de faire appel! Cette organisation a sans doute des avocats très compétents qui ont de bonnes raisons juridiques d’agir ainsi…  Bien que l’un de leurs arguments me reste en travers de la gorge : Ils estiment que les 5.000 euros de provision sont «disproportionnés» par rapport au dommage corporel que je «prétend» avoir subi! Résultat : on est reparti pour plusieurs années de procédure. C’est inhumain. J’ai pu survivre à l’accident mais c’est la lenteur injustice qui me tue! Je suis au bout…

 


16:11 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Un petit bonjour et bonne année.
Et continue.

Écrit par : | 06/01/2006

Liberté de la presse Il serait en effet plus aisé de ne pas se préoccuper de sujets polémiques.Est-ce utile?oui,cela a une influence.(voir la carolo).
Pourquoi tant de journalistes,dans leurs écrits,insinuent beaucoup de choses sans approfondir?Quelles sont leurs craintes?Ont-ils peur de se faire exclure du milieu de la presse...qui appartient à de grands groupes et ainsi se retrouver sans travail?
En fin de compte,la liberté de la presse existe-t-elle?

Écrit par : Jean-Pol | 09/01/2006

Vous croyez encore au père Noël ??? La justice belge n'a jamais été clémente vis-à-vis des victimes. JAMAIS !!! Même pas pour l'incendie de l'Innovation, c'est dire le triste constat en un demi siècle. Par contre si vous êtes coupable de quoi que ce soit, la justice belge vous manifestera plus d'égard. Vous serez son hôte !

Écrit par : Pol Silentblock | 19/02/2007

assurance revenir a un prix resonable j ai ete mis dans le pol je n ai plus de voiture depuis 5 ans est t il possible de se reassure a un prix democratique.
bien a vous georges collignon 17 08 1952

Écrit par : collignon georges | 29/03/2007

Coup du lapin whiplash Victime défends toi Si a un accident de la route, les manipulations des assureurs et de leus médecins sont nombreuses pour ne pas indemniser la victime. Faux en écritures, mofication de protocole, les combines les assureurs sont larrgement décrite sur mon site.
www.coupdulapin.net

Écrit par : Finné Edouard | 30/05/2007

assurances 291205 Pourriez-vous me communiquer votre article paru dans le Paris Match du début janvier, en effet, j'ai fait état de celui de ce site dans une discussion astrologique.

De : André Dekoster
Date : 23/01/2008 23:31:35
A : Cedre La CLE
Sujet : Tr : Va t-il être indemnisé?



Bonsoir,
Suite à un article dans le Paris Match belge (début 2008), j'ai lu son parcours du combattant physique et psychique.
Alain Benis a eu le 20 novembre 1995 vers 9.30h un grave accident automobile. Il s'est retrouvé le premier d'une file de 19 voitures qui ont percuté directement ou indirectement son véhicule. Il a été retrouvé a plus de 100m sous une voiture après qu'on lui ait roulé dessus à plusieurs reprises. Des traces du macadam sont encore visibles sur son torse. Après 12 ans, plusieurs arrêts cardiaques, des opérations multiples il n'a été à ce jour indemnisé.
L'ayant eu au téléphone il m'a répondu que son père avait noté d'un façon précise son heure de naissance : 00h56
Né le 18 décembre 1965 à La Hestre (50N28 et 4E13) Belgique à 00h56.(-1h) Asc 29°43' Vierge et Lune à 28°28' Balance

Article du même journaliste en début 2006, ci-joint : http://michelbouffioux.skynetblogs.be/post/2980424/assurances-291205

Cordialement
André

0496 23 68 40
---------------------------------------------------------------------------------------------------Texte inséré par Platinum 2007:S'il s'agit d'un mail indésirable (SPAM), cliquez sur le lien suivant pour le reclasser :
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Écrit par : Dekoster | 24/01/2008

J'ai vécu avec cette maladie mortelle pour plus d'un an, mon mari, j'ai découvert que nous étions tous les deux séropositifs. Nous avions essayer par tous les moyens de vivre nos vies en dépit de cette chose dans notre corps n'est que lorsque nous sommes tombés sur ce herboriste puissante qui dépeint qu'il avait le cure.At début, nous étions plus sceptique, mais mon mari a insisté sur lui donner un essai et nous avons commandé pour certains de ses herbes et quelques semaines après avoir suivi le processus en raison de cette herboristerie, nous sommes allés pour un test comme il nous l'a dit aussi, nous avons été submergés de bonheur quand j'ai reçu le résultat à la clinique. Le taux de virus dans notre corps est tombé et dans quelques semaines nous ont été totalement guéris. Nous avons également demandé pourquoi il n'est pas venu sur le monde qu'il avait le remède et il a dit qu'il a fait en 2011, mais a été rejetée par l'équipe de recherche internationale. La chose la plus importante est pour vous d'être guérie si vous voulez savoir à propos de cet herboriste appeler sur +2349032913215 ou e-mail: ODINCURAHIV@GMAIL.COM. Dieu vous bénisse.
Contactez-le maintenant sur ​​ODINCURAHIV@GMAIL.COM

Écrit par : Argenis | 13/07/2014

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