17/11/2005

Carolorégienne (101105)

Enquête publiée dans l'hebdomadaire belge Ciné-Télé Revue, le 10 novembre 2005.

 

Une maison de campagne de Jean-Claude Van Cauwenberghe rénovée par des ouvriers du logement social

 

Une enquête fouillée nous a permis de recueillir plusieurs témoignages établissant de manière incontestable que des ouvriers de la société de logement social «Maison pour tous» - l’ancien nom de la «Carolorégienne»- ont participé activement à la rénovation, en France, d’une maison de campagne appartenant à Jean-Claude Van Cauwenberghe. Confronté aux résultats de nos recherches, ce dernier admet les faits mais il leur dénie tout caractère délictueux : «C’était des amis. C’est à ce titre qu’ils ont mis la main à la pâte. Et uniquement pendant des week-ends ou des périodes de vacance.Jamais pendant leurs heures de travail rémunérées par la société de logement». La femme de l’électricien qui a travaillé sur place dit exactement l’inverse : «Je suis formelle. Mon mari et d’autres ouvriers sont allés sur ce chantier pendant de nombreux jours. Et cela se passait pendant les heures de services. A l’époque, M. Van Cauwenberghe dirigeait la société de logement. Qui pourrait croire que les ouvriers auraient pris sur leur week-ends et sur leur jours congés pour aller travailler bénévolement chez leur patron!».

 

Quoiqu’il en soit, sur le plan pénal, ces faits sont frappés par la prescription. Il datent d’il y a plus de 20 ans. Sur le plan politique et moral, c’est évidemment autre chose…  Pour rappel, dans son édition du 6 octobre, Ciné-Télé Revue révélait déjà de nombreux détails relatifs à des travaux réalisés par des ouvriers de la «Carolo», pendant leurs heures rémunérées, aux domiciles d’administrateurs de cette société publique de logement mais aussi chez certains de leurs amis et membres de leur famille. La suite de notre enquête ouvre l’hypothèse que ces abus de biens sociaux s’inscrivaient dans un «système» de fonctionnement déjà fort ancien. Du temps où la «Carolo» s’appelait encore «La Maison pour tous», le patron de l’époque, Jean-Claude Van Cauwenberghe avait-il déjà montré le mauvais exemple à suivre à ses vassaux Claude Despiegeleer et consorts? Ce qui donnerait tout son sens à cette phrase de dépit parfois prononcée par certains des inculpés dans le scandale des logements sociaux : «On a toujours fait comme cela!»…

     

C’est de notoriété publique. Depuis plusieurs années, Jean-Claude Van Cauwenberghe possède une villa portant son nom aux Issambres, sur la Côte d’Azur. C’est dans cette localité ensoleillée, entre Cannes et Saint-Tropez, que le leader du socialisme carolo aime à se détendre. La «villa Van Cau» y voisine notamment celle de la richissime famille carolorégienne Wagner, autrefois active dans le domaine du transport et aujourd’hui totalement reconvertie dans le secteur plus rentable de l’immobilier. Aux Issambres, décidemment le monde est petit, Jean-Claude Van Cauwenberghe est aussi le voisin de l’avocat d’affaires Louis Krack. C’est ce dernier qui, très récemment, plaidait pour la Carolorégienne, lorsque cette société s’était attaquée au député Olivier Chastel (MR) : il lui était reproché d’avoir publié sur son site internet l’audit de la Société wallonne du Logement qui a déclenché la saga médiatico judiciaire de la Carolo.

 

Toutefois, Jean-Claude Van Cauwenberghe n’a pas toujours passé ses vacances en si bonne société. Quand il n’était encore qu’un député parmi les autres, dans les années ’80, l’homme politique disposait, certes, d’une maison de campagne. Mais celle-ci, de taille modeste, se situait bien plus au nord et bien loin aussi de l’ambiance paillettes et sunlight de Saint Trop’. A cette époque, il se rendait à Eppe-Sauvage, un petit village français de quelques 300 âmes sommeillant à proximité de l’imposant massif forestier de l’Avesnois, à quelques centaines de mètres à peine de la frontière belge (environs de Beaumont et de Sivry Rance). Certes, ce n’était pas là une région aussi courue que celle de la côte d’Azur mais, pour nous y être promené, on peut estimer que le futur ministre-président de la Région wallonne avait certainement eu très bon goût en choisissant d’y acheter sa maison de villégiature.

 

Situé à 45 kilomètres à peine de Charleroi, Eppe-Sauvage hume cette quiétude un peu surannée des villages du temps jadis. Faisant de l’ombre au monument aux morts pour la patrie, une imposante église trône, comme de bien entendu, sur la place principale. Lorsque nous y arrivons, un enfant y roule tranquillement sur son vélo, tandis que quelques villageois se partagent dans les deux cafés du coin. «Ici, c’est le genre d’endroit où tout le monde se connaît et où l’on prend encore la peine de causer à son voisin», témoigne l’un d’entre eux. Pendant que nous terminons notre café filtre au bistrot de la place, deux jeunes rentrent dans l’établissement. Ils serrent la main à tout le monde. Nous, y compris. Ambiance chaleureuse, tellement décalée par rapport à l’anonymat des grandes villes… Mais nous n’avons pas le temps d’y goûter plus avant. C’est que la dame qui nous accompagne est pressée de nous montrer «la fermette de Van Cau».

 

Un excellent électricien pour un bon repas

 

Cette dame, c’est Gilberte Dewandre-Shultz. Nous avons fait sa connaissance quelques jours avant cette petite excursion à Eppe-Sauvage en lui rendant visite dans son petit appartement situé dans une rue de Charleroi-Nord. Un informateur nous avait donné ce tuyau : «Gilberte a la mémoire vive. Autrefois, elle travaillait pour la Carolo, comme son époux, un certain Freddy Schultz. Elle sait beaucoup de choses sur les prestations de travail  illégales que les ouvriers de la société de logement devaient effectués chez leurs patrons». Une bonne info. Lors de notre première rencontre, Gilberte venait de recevoir la visite de policiers suivant apparemment la même piste que nous et, après une courte hésitation, elle acceptait d’également tout nous raconter.  

 

- Du temps où il travaillait pour la Carolo, votre mari Freddy Schultz (ndlr : il est décédé) aurait fait des prestations, durant ses heures de travail, chez différents administrateurs de la société de logement et notamment chez Jean-Claude Van Cauwenberghe?  

- C’est tout à fait exact. Freddy était un excellent électricien et il était fort demandé! A l’époque, ce genre d’ordre ne se discutait pas. Cela faisait partie des mœurs de la société de logement. Je le sais bien : j’y ai moi-même travaillé pendant plusieurs années. Il a fait, en effet, des travaux aux domiciles privés de plusieurs responsables de la société.

 

- Et chez Van Cau?

(Elle marque une hésitation). Autant que je vous raconte puisque, de toute manière, j’ai déjà tout dit à la police… C’est vrai qu’il a fait du boulot pour lui pendant ses heures de travail. Mais cela remonte aux années ’80, à une époque où la société de logement s’appelait encore «La Maison pour tous» et qu’elle était dirigée par Jean-Claude Van Cauwenberghe.

 

- Cela s’est passé dans une maison de Charleroi ?

- Non, je n’ai pas connaissance de travaux que Freddy aurait fait chez Van Cau à Charleroi. Cela dit, je ne le suivais pas mon mari à la trace… Par contre, ce qui est certain c’est qu’il a travaillé pendant plusieurs jours dans une fermette à Eppe-Sauvage.

 

- Eppe-Sauvage ?

- C’est un petit village près de Sivry. Jean-Claude Van Cauwenberghe et son épouse y possédaient une maison de campagne qui n’était pas en très bon état. Je ne peux pas donner de date exacte mais je suis formelle : Freddy y est allé travailler pendant de nombreux jours. Il y a refait toute l’électricité.    

 

- Comment se fait-il que vous ayez conservé un souvenir précis de cet évènement ?

- Oh, il y a plusieurs raisons. D’abord, quand cela s’est passé, Van Cauwenberghe était déjà une personnalité connue. Il était déjà député. Mais surtout, ce qui était marquant, c’est l’ampleur des travaux qui avaient été réalisés. Il arrivait souvent à Freddy d’être appelé pour un petit truc à faire à droite ou à gauche, mais dans ce cas, je le répète, ce chantier s’est étalé sur de nombreux jours. Le matin, ils partaient à plusieurs…

 

- A plusieurs ?

- Oui. Plusieurs ouvriers de la société de logement sont allés travailler là-bas. D’après ce que Freddy m’a raconté, cette maison a été refaite de fond en comble. Je sais que Jacques Colin s’est occupé d’installer la plomberie et que Fernand Rousez a refait tous les châssis et d’autres travaux de menuiserie. Il y avait aussi une autre personne qui faisait les travaux de peinture, mais je ne sais plus qui c’était.

 

- Vous-même, êtes-vous allée sur place ?

- Oui. Je suis même rentrée dans cette maison. A la fin des travaux, en guise de remerciement, Jean-Claude Van Cauwenberghe a invité les ouvriers et leurs épouses. Nous avons d’abord pris l’apéritif dans la fermette d’Eppe-Sauvage. Ce soir-là, je me souviens que Jean-Marie Cuvelier était également présent. (ndlr : Ex-collaborateur de la Carolo, Cuvelier a été aussi le chauffeur de Jean-Claude Van Cauwenberghe). C’est le député qui servait les boissons. Sa femme était là aussi et, à l’étage, les enfants faisaient du bruit. Ensuite, Van Cau nous a emmené à «La Goyère», un petit restaurant situé tout près de l’Eglise du village et qui était tenu par un Belge. La soirée a durée jusqu’à 2 heures du matin et puis, on est rentré à Charleroi. Je me souviens très bien de cet épisode parce que Freddy a été malade pendant une bonne partie du repas. Il est allé se reposer dans sa voiture et, de temps en temps, j’allais voir comment il se sentait. Il ne supportait pas l’alcool et il avait bu un apéritif de trop lors du passage dans la maison de Van Cauwenberghe.

 

- A votre connaissance, votre mari a-t-il été payé pour les travaux faits à Eppe-Sauvage ?

- Non, il n’a pas reçu d’argent pour cela. Tout ce que je sais, c’est que les ouvriers sont allés manger quelques fois sur le compte de Van Cau à «La Goyère».

 

- Ces prestations avaient-t-elles lieu pendant les heures de travail rémunérées par la société de logement ?  

- Oui, je suis formelle. Freddy est allé là pendant ses heures de travail.

 

Retour à Eppe-Sauvage

 

Quelques jours après cet entretien, nous voici donc à Eppe-Sauvage avec Gilberte. Elle accepte de nous montrer les deux lieux dont elle parle dans son témoignage. Sur la place du village, en face du bistrot où nous avons bu notre café-filtre, elle nous désigne un petit resto : «La Goyère, c’était là» (Ndlr : Aujourd’hui, l’établissement porte l’enseigne «Au vieilles caves». Renseignement pris auprès de la tenancière actuelle : dans les années ’80, ce resto s’appelait bien «La Goyère» et il était tenu par un Belge nommé Balesse). Ensuite, notre témoin nous emmène sur une route en pente dénommée joliment «Rue La Haut». Après quelques centaines de mètres, elle nous montre une maison blanche avec des volets bleus : «C’est la ! A l’époque, il y avait une balançoire dans le jardin. Je constate qu’elle a disparu». La maison n’a rien d’un palace mais elle est bien située avec une vue imprenable sur la nature environnante (voir photos).

 

Après avoir ramené Gilberte à Charleroi, nous revenons à Eppe. Les faits dont elle parle sont anciens. Ne se pourrait-elle pas qu’elle se soit trompée de maison ? Non. Un peu plus haut dans la rue, un voisin se souvient très bien que naguère Jean-Claude Van Cauwenberghe venait passer des week-ends dans la maison blanche aux volets bleu. Au numéro 9 de la Rue La Haut, Paul Legros a un souvenir encore plus précis : «Je vends du miel. Des gens de sa famille venaient régulièrement m’en acheter». M. Legros nous désigne la même maison. Il se confirme donc que Gilberte a une très bonne mémoire.

 

«On a fait cela juste par camaraderie »

 

Mais qu’en est-il de son témoignage sur les travaux réalisés dans la maison d’Eppe-Sauvage. Afin de le vérifier, nous avons d’abord retrouvé, dans la région de Charleroi, l’un des personnages dont elle parlait : Jean Marie Cuvelier, l’ex-chauffeur de Van Cau.

 

- Eppe-Sauvage, cela vous dit quelque chose ?

- Oh là, cela remonte à quelques années ! Jean-Claude Van Cauwenberghe avait une maison là-bas mais je crois qu’il l’a revendue.

 

- Il paraît qu’on a fait beaucoup de travaux dans cette maison ?

- C’est vrai. Elle n’était pas en très bon état…

 

- Le problème, c’est que ces travaux auraient été fait par des ouvriers de «La Maison pour tous» pendant leurs heures rémunérées par la société de logement. Freddy Shultz, par exemple, vous ne vous souvenez pas de ce nom. Il y a refait toute l’électricité ?  

 

- Freddy ? Bien sûr que je me souviens. C’était un brave gars et un très bon ouvrier. Je l’ai bien connu. Avant de devenir le chauffeur de Van Cau, j’ai travaillé pour la «Maison pour tous» qui s’est ensuite appelée «La Carolorégienne»… Nous, on a toujours appelé la boîte «La Casa del populo»… (Ndlr : Il reprend son souffle) Bon, c’est vrai qu’on a travaillé là-bas. J’ai moi-même participé au chantier. En ce qui me concerne, j’ai du faucher les hautes herbes d’une très grande pelouse. Ensuite, on a abattu des murs à l’intérieur et on en a reconstruit d’autres pour réaménager l’espace. Je me souviens aussi qu’il y avait une très belle cheminée de château dans cette maison et qu’on a dû la rafistoler. Etant décorateur de formation, j’ai également fait des travaux de peinture.

 

- Qui travaillait avec vous ?

- Freddy a fait l’électricité. Il y avait aussi Jacques Colin qui s’est occupé de la plomberie et Paul Rousez qui faisait la menuiserie. Françoise, la femme de Jean-Claude, supervisait les travaux… Vous allez écrire tout cela ?

 

- Je crois bien, oui.

- Ecoutez, on a fait cela juste par camaraderie pour Jean-Claude! On n’a pas été payé. Pour nous remercier, on est allé mangé quelque fois dans un restaurant qui s’appelait «La Goyère». Vous pouvez aller demander au patron… En plus, on prenait des heures de congé pour aller travailler là-bas.

 

- Prendre sur vos jours de congé pour aller rénover bénévolement un maison, ça c’est vraiment de l’amitié !

- C’est pourtant ce qu’on a fait. Jean-Claude était un ami. On a toujours pu compter sur lui. Je n’ai rien d’autre à dire…

 

«On va peut-être encore se revoir…»    

 

Le nom de Jacques Colin étant cité à plusieurs reprises, nous avons aussi essayé de parler d’Eppe-Sauvage avec cet ouvrier qui travaille encore actuellement pour la Carolo. Avant nos rencontres avec Mme Dewandre et M. Cuvelier, ce nom ne nous était d’ailleurs déjà pas inconnu. Il y a quelques semaines, nous avions déjà eu brièvement M. Colin au téléphone. C’était début octobre, alors qu’il nous avait été rapporté que ce plombier, comme d’autres ouvriers, avait reçu l’ordre de travailler chez plusieurs administrateurs de la société de logement, voire même chez Jean-Claude Van Cauwenberghe. Il nous avait déclaré ceci : «Je viens d’être interrogé par les policiers. Je leur ai dit tout ce que je savais. Les travaux chez Van Cau? On ne va du tout de même pas me chercher parce que j’ai porté une armoire à la Mer du Nord…». Fin de l’entretien. Depuis, le portable de M. Colin sonne dans le vide.

 

A ce stade, il nous restait encore à recueillir le témoignage du menuisier Paul Rousez. Nous l’avons retrouvé dans une maison de repos, près du centre de Charleroi.

 

- Avez-vous le souvenir de travaux que vous auriez réalisé avec des ouvriers de «La Maison pour tous» dans une maison appartenant à Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

­­- Oui, c’était dans une fermette qui se situait près de la frontière française. Il y a eu beaucoup de travaux là-bas.

 

- Pour être certain que nous parlions des mêmes évènements, pouvez m’indiquer dans quelle localité se trouvait cette maison ?    

- C’était à Eppe-Sauvage, près de Sivry-Rance. C’est un très beau coin par là…

 

- Il paraît que Jean-Claude Van Cauwenberghe remerciait les ouvriers en les invitant dans un restaurant de la localité ?    

- Il est vrai qu’il nous mettait dans l’embarras parce qu’il était impossible de facturer ces travaux… De toute façon, nous nous y sommes rendus que quelques week-ends et après nos heures de travail.

 

- Selon d’autres témoins, ces travaux ne se passaient pas que le week-end…

- Disons que dans le boulot qu’on faisait, on avait beaucoup de récupérations à prendre. Donc, on en profitait. Il m’est même arrivé de loger sur place parce que ce n’était pas encore habité à ce moment-là.

 

- Et vous n’avez pas été payé ?

- C’était une convenance entre nous. On faisait cela pour rendre service. Je me souviens d’ailleurs d’en avoir discuté à l’époque avec lui. Je ne voulais pas d’histoires. Je dois avouer qu’un certain jour, j’ai été très inquiet : des douaniers sont venus nous poser des questions sur le travail qu’on faisait dans cette maison. Mais il n’y a pas eu de suites.

 

- Quel était l’intérêt pour vous de faire ces travaux ?

- Il n’y avait aucun intérêt là-dedans. Il était même touché que je ne lui demande pas d’argent.

 

- Pour lui, c’était une bonne affaire alors ?

- Oui, c’est vrai. Je me souviens qu’on a eu une discussion après du fait que j’utilisais du bois réemploi. Il aurait préféré autre chose…

 

- Et il l’a eu ?

- Ah, ça oui. Bien sûr.

 

- Mais d’où venaient les matériaux ?

- Ah cela ! Je ne veux pas chercher les ennuis. Il a toujours été chouette et gentil. On va peut-être encore se revoir, bien que ce soit de plus en plus espacé… »

 

Au travers de ces différents témoignages, il apparaît donc incontestable que plusieurs ouvriers de la société de logement public ont bel et bien rénové l’ancienne maison de campagne de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Toutefois, selon MM. Cuvelier et Rosez, ils auraient pris sur leurs congés pour travailler bénévolement chez leur patron… Un scénario de belle camaraderie qui fait sourire Gilberte Dewandre : «Ils vous ont dit cela ? C’est ridicule. J’ai travaillé pour la même société qu’eux. On avait 24 jours de congés par an comme tous les ouvriers. Jamais Freddy ou moi-même, nous n’aurions accepté d’y renoncer. On n’était pas fou tout de même! Et eux non plus! Je vous confirme : cela était pris sur le temps de travail.» Un ouvrier de la Carolo qui connaît bien Paul Rousez nous fera aussi ce commentaire : «Quand il travaillait ici, il nous est arrivé de parler de cette ‘grande époque’. Dans ces discussions entre collègues, il était entendu que ces travaux très particuliers avaient été effectués pendant les heures de service»…

 

 

Jean-Claude Van Cauwenberghe

«C’était des amis. Ils venaient aider le week-end»

 

- Nous avons recueilli des témoignages faisant étant de travaux réalisés par des ouvriers de la société de logement «Maison pour tous» dans une maison de campagne qui vous appartenait à Eppe-Sauvage. Est-ce que cela vous inspire un commentaire ?

- J’ai acheté cette petite fermette en 1977 (Ndlr : C’est l’année où Jean-Claude Van Cauwenberghe est devenu député). On a fait des travaux en ’78 et ‘79. De mémoire, on a fait cela le week-end avec quelques amis et avec ma femme qui était une grande bricoleuse. C’est vrai qu’il y avait l’un ou l’autre ami de la «Maison pour tous». Mais c’était tout de même une autre époque : il n’y avait que quatre ou cinq ouvriers qui travaillaient dans cette société de logement, pas 80 comme dans la Carolo d’aujourd’hui… Donc, on a retapé un peu la maison mais j’insiste, cela se faisait le week-end. De toute façon, cela s’est passé il y a vingt-six ans et je ne compte pas m’exprimer plus là-dessus.

 

- Des témoignages indiquent cependant que ces travaux se faisaient pendant la semaine et durant les heures de service des travailleurs concernés ?

- C’est faux! Je le nie le plus formellement possible. Les amis venaient aider le week-end mais pour les travaux pendant la semaine, cela a été fait par des entrepreneurs. Bonne chance à celui qui voudrait prétendre, si longtemps après, que cela a été fait pendant les heures de travail des ouvriers de la «Maison pour tous». Encore une fois, je le nie formellement.

 

- Quels travaux ont été fait dans cette maison ?

- C’était une petite fermette. On a remis deux ou trois plaques de Gyproc, un socle d’électricité et j’ai revendu cette maison en 1990… Tant qu’on y est, on pourrait aussi chercher à éclaircir ce qui a pu se passer en 1946 dans la maison de mes parents! Je suis un peu lassé de tout cela.

 

- Mais on nous dit que tout a été refait dans cette maison. Les murs, l’électricité, la plomberie…

- Cela a été fait. Mais pas par la «Maison pour tous». Il y avait tout de même des entreprises que j’ai fait travaillées… (Ndlr : Il s’interrompt) Je ne compte pas m’étendre plus sur le sujet. Que voulez-vous déduire du fait qu’il y a vingt-six ans, avec quelques amis, on a retapé cette fermette? Je pense d’ailleurs encore me souvenir de l’électricien et du menuisier qui sont venus avec moi quelques week-ends là-bas…

 

- Vous voulez parler de M.Schultz et de M.Rousez ?   

- Oui, c’est ces personnes là. C’est moi qui achetait les matériaux. Ils sont venus quelques week-ends avec moi et je les ai payés.

 

- Pourtant, dans tous les témoignages que nous avons recueillis, on nous dit que vous n’avez les avez pas payés…

- Je trouve que le climat est vraiment délétère. Cela s’est passé il y a plus de 25 ans. A l’époque, c’était une autre ambiance. C’était des amis.

 

- Oui mais dans ces amis, il y avait le plombier, l’électricien, le menuisier et encore un autre membre du personnel de la société de logement pour faire les peinture…

- Non, ce n’est pas cela. Ils étaient là à titre amical. Tout le monde venait le week-end pour aider. Et c’est ma femme, qui est malheureusement décédée, qui a fait l’essentiel du travail. Cela se faisait dans une très bonne ambiance. On prenait les repas ensemble, on buvait un verre.

 

- Donc, cela s’est fait dans le cadre d’une relation d’amitié ?

- Oui. Et jamais pendant la semaine! Le directeur-gérant de l’époque était quelqu’un de très rigoureux. Il n’aurait jamais permis que des hommes s’en aillent pendant la journée. On a fait cela aussi pendant les vacances… On pourrait enquêter autant que l’on veut sur cet épisode : cela n’a rien à voir avec la Carolo. Il n’y a eu aucun ordre donné aux ouvriers pour faire ces travaux, il n’y a pas eu de matériau détourné. J’ai même eu un problème avec la douane avec des matériaux que j’ai transportés parce que je ne pensais pas qu’il fallait les déclarer. Quand aux gens de la «Maison pour tous», je leur ai donné une dringuelle, mais c’est si loin, je ne pourrais plus vraiment me souvenir combien, quand et comment.

 

- Ils disent que pour les remercier, vous les invitiez au restaurant «La Goyère» ?

- Oui à Eppe-Sauvage, près du la place, il y avait ce restaurant où nous allions tous ensemble. On s’y est rendus plusieurs fois, c’est vrai. Dire que c’était des liens d’amitié, c’est peut-être un peu excessif, mais il y avait une vraie camaraderie. Tout le monde donnait un coup de main. Il y en avait qui peignaient, d’autres qui tondaient la pelouse, d’autres qui rafistolaient… Et moi, j’invitais au restaurant, le soir ou à midi.

 

- A la fin des travaux, vous avez offert l’apéritif à tous les ouvriers et à leurs épouses pour les remercier ?

- Ah non, l’apéritif on le prenait tous les jours! On faisait des barbecues... Il y avait une vraie relation avec ces personnes et elle a encore continuée après cela. Ces gens se sont encore mobilisés pour beaucoup d’actions que j’ai menées par la suite. A cette époque, on ne vivait pas dans le climat de délation actuel. Le contexte était très différent. On était une bande d’amis, une bande de jeunes.

 

- Dans un précédent article (CTR du 6 octobre), nous avions évoqué un petit travail qui avait été réalisé à votre domicile de Charleroi par deux ouvriers de la Carolo…

- L’histoire des travaux de la Carolo à mon domicile ? Je sais qu’on cherche mais on ne trouvera jamais rien! J’ai lu l’article où vous en parliez et j’ai été très étonné d’apprendre que deux ouvriers de la Carolo étaient venus chez moi. Voici ce qui s’est passé. A l’époque des faits, j’étais ministre à la Communauté et à la Région. Il y avait des manifestations d’enseignants et, tant ma personne que ma maison, étaient sous la protection de la police; Des barrières nadar avaient été mises devant mon domicile. Cela n’empêchait pas certains manifestants de l’arroser de billes remplies de peinture et d’œufs. Le vitrail au dessus de la porte d’entrée étant plus menacé que les fenêtres -protégées par des volets-, j’ai demandé au bourgmestre ff, M. Van Gompel, que l’on vienne m’installer une planche de bois de protection. Si on m’avait cassé le vitrail, la ville qui était responsable de la protection de mon bien aurait du me rembourser quelques 200.000 francs. Ma demande était donc tout à fait justifiée. Une plaque de plexi a été placée. C’est en lisant votre hebdo que j’ai appris que le travail avait été fait par des gens de la Carolo. Honnêtement, je ne sais pas pourquoi ce ne sont pas des ouvriers de la ville qui ont fait ce travail. J’ai demandé à Van Gompel et à Despi, mais ils ne se souvenaient plus des détails de cet épisode.

 


20:55 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Merci Bonjour en tant que citoyenne, je vous suit, depuis longtemps à travers vos écrits, vos réactions, votre personne, où l'on sent réellement l'humanisme qui respire en vous.
Alors merci pour tout, super que vous ayez un blog, je me suis permise de vous mettre un lien et une photo, sur le mien.
ps, ici dans la région, je cotoie bcp de personnes, et c'est le mécontentement général, le lifting régional continue, aux détriments de tous, alors que par exemple, à Spa , nous n'avons plus de pleines de jeux depuis 5 ans, nos enfants ne sont pas privilégiés, mais le porte-monnaie de nos gouvernants si. Bref tout pour faire plaisir.
Bonne continuation Monsieur Bouffioux
Cordialement Bettina

Écrit par : Bettina | 20/11/2005

Merci également Parfois je me demande si le parcours journalistique qui est le mien, depuis bientôt vingt ans, a un sens. En d'autres termes, ne serait-il pas plus aisé de ne pas se préoccuper de tant de sujets polémiques? Est-ce utile? Cela a-t-il une quelconque influence sur le cours de choses? C'est grâce à des messages comme le votre que je garde l'énergie de continuer. Merci à vous.

Écrit par : Michel Bouffioux | 20/11/2005

Merci à vous Non, il n'est pas plus aisé de laisser faire, non il n'est pas plus aisé de laisser taire, oui ça influence le cours des choses, bien sûr que oui, déjà de le dire, de ne plus laisser les gens dans l'ignorance, sans pour cela crier à la révolution, non je ne suis pas anarchiste du tout, mais vraiment y en a marre.
Monsieur Bouffioux,
Aujourd'hui encore une enfant disparue!!!!!!, "Aurélia", pas un mot sur les site nantais journal ou autres est-ce normal??? Alors que c'est maintenant dans les premières heures qu'il faut la rechercher!!!
Child Focus, je n'ai rien trouvé sur le site à cette heure...
bref, j'ai mis un avis sur mon blog.
A suivre en espérant de tout coeur un heureux dénouement, et vous ne vous arrêtez jamais, ah non.
Merci encore, beaucoup de gens vous apprécient, pour toutes vos qualités de journaliste et d'être humain avant tout.
Veuillez revevoir, Monsieur Bouffioux, l'expression de mes meilleurs sentiments.
Bettina

Écrit par : Bettina | 21/11/2005

Pourquoi ce découragement? Il faut justement un journaliste comme vous pour nous donner l'espoir qu'un jour les choses bougeront.Nous devons nous battre pour un monde plus juste pour nos enfants.
L'hebdo Ciné Télé Revue est lu par un large public.Vos articles sont d'un language simple,compris par tous.
Pourquoi ne mentionnez-vous pas une adresse postale ou mail à la fin de vos articles?Cela permettrait plus facilement aux lecteurs de réagir et par la meme occasion soutenir votre combat.
Surtout continuez!

Écrit par : Jean-Pol | 23/11/2005

Encore merci Un petit moment de doute, mais pas encore de résignation!

Écrit par : Michel Bouffioux | 23/11/2005

Demande de précision Merci pour votre travail Monsieur. Ce texte date et je ne tiens pas à soulever la polémique cependant, dans vos questions, VAN CAU a précisé : Dans un précédent article (CTR du 6 octobre), nous avions évoqué un petit travail qui avait été réalisé à votre domicile de Charleroi par deux ouvriers de la Carolo…

- ... M. Van Gompel, que l’on vienne m’installer une planche de bois de protection. Si on m’avait cassé le vitrail, la ville qui était responsable de la protection de mon bien aurait du me rembourser quelques 200.000 francs. Ma demande était donc tout à fait justifiée. ..

Comment cela se fait-il que la ville soit responsable des dégâts occasionnés à l'habitation de VAN CAU ?
Ne sont-ce pas les assurances privées auxquelles les citoyens souscrivent qui remboursent les dégâts occasionnés par des manifestations publiques selon les clauses prévues par les assurances et les montants y afférants ?

Je suis étonnée que vous n'ayez pas relevé cette phrase chez VAN CAU, c'est pourquoi j'aurais besoin de ces précisions.
Merci

Écrit par : JUJU | 27/04/2006

Un grand coup de Vizir. Je suis heureux de constater qu'il y a encore des personnes qui dévoilent toutes ces magouilles.
Dommage que notre justice de type Variomatic ne s'applique pas à condamner sévèrement tous ces disfonctionnements. Mais y a-t-il assez de casernes désaffectées recyclables en prison pour recevoir ces Hommes Politiques?
Et surtout, il faudrait saisir leurs biens pour rembourser les préjudices causés.
Des fois, j'imagine bien un justicier du peuple qui agirait énergiquement en lieu et place de notre Justice complaisante et partant, complice. Ce qui inciterait peut-être leurs remplaçants à un peu plus de civisme.
Bien à vous,

Écrit par : claude | 22/07/2006

Le socialisme dans le sens le plus large du terme Ce qui s'est passé à Charleroi en lieu et place d'un hypothétique plan Marshall est ce que je nomme "Le socialisme dans le sens le plus large du terme". C'est la plus pûre exécution du plan Marshall socialiste dans le sens le plus littéral du terme.
Les faits sont à la hauteur de ce que le peuple pouvait attendre de ses élus. Regardez comme ils sont gros et bien nourris !!!

Écrit par : Pol Silentblock | 19/02/2007

fauteuil roulant électique pouur handicaper Mme-Mrs Bonjour je n'arrive pas a trouver de la documentations sur les fauteuil rou élect..Si il est possible de m'aiguiller sur ce materiel.Je vous remercie de bien vouloir tenir conte de cet émail.Bien à vous.B.WAUTERS

Écrit par : wauters | 18/06/2008

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