04/11/2005

Christophe Tison (040705)

Article inédit, rédigé le 4 juillet 2005

 

«J’ai rompu mon pacte avec le diable»

 

Fric, cul, cocaïne mais aussi une drogue encore plus dangereuse : la vanité. Voici l’histoire d’un passionné de littérature qui a uni sa destinée au monde de l’audiovisuel… Pour le meilleur comme pour le pire. Après avoir fait ses premières armes télévisuelles aux côtés de pointures telles que Serge Moati et Claude Serillon - c’était dans l’émission «Edition spéciale» à la fin des années ’80 -, Chistophe Tison n’a pas résisté aux appels de la télé paillettes et de ses producteurs sans scrupule. Devenu un «rédacteur en chef» à la mode, notamment sur M6, il fréquentait les stars et il gagnait beaucoup de fric qu’il dépensait dans les restaurants chics et les boîtes pour VIP de la ville lumière : «J’étais prêt à tout. J’avais un sentiment de puissance infini. J’étais devenu le Roi du monde». Mais à force «d’inonder les tuyaux satellites avec de la merde», Christophe s’est mis à douter de tout et d’abord de lui-même. Ce n’est pas cette télé-là qu’il voulait faire. Il y a deux ans, il a donc décidé d’arrêter l’alcool, et la daube et il est revenu dans l’univers du «news» sur Canal et sa chaîne info «I-Télé». Il a aussi pris sa plume, l’a trempée dans du vitriol et il s’est mis à décrire les coulisses peu reluisantes d’une certaine télé française. Son livre vient de sortir (*). Rencontre avec l’auteur.

 

Temps de cerveau humain disponible, Grasset, Paris.

 

Autrefois journaliste à Libération, aujourd’hui producteur à la télé, Philippe Kieffer s’en confiait récemment à un confrère. «En France, le paysage audiovisuel est totalement chloroformé. Très peu de gens s’expriment, chacun se ménage une petite marge de manœuvre.» Il est vrai que dans cet univers impitoyable où beaucoup de réalisateurs, journalistes, preneurs de son et autres caméramans travaillent en contrats à durée déterminée, le silence sur certains us et coutumes de la grande famille est une forme d’assurance professionnelle. Et puis, il y a la fascination qu’inspire la boîte à image. Celle qu’elle exerce sur nous tous, ceux qui la regardent, mais aussi et peut-être plus encore, celle qui emprisonne les autres, ceux qui la font… Quitte à devenir une sorte de prostituée qui cherche l’audimat réclamé par son employeur comme d’autres font de l’abattage dans le bois de Boulogne ? Que voilà une vilaine question! Mais fait rare, c’est justement celle à laquelle répond Christophe Tison dans son dernier bouquin. Franchement. Sans épargner la télé. Mais aussi en osant se regarder dans le miroir aux alouettes qui lui a rançonné quelques années de talent.

 

Bien calé dans le fauteuil en cuir d’un hôtel parisien, cigarette au bec, il m’explique : «En 1989, j’ai commencé par faire du reportage de fond dans l’émission «Edition spéciale» de Serge Moati et Claude Serillon. Ce sont des gens que je respecte beaucoup. Des grands pros. Ils  m’ont donné la possibilité de débuter dans le métier en pratiquant du vrai journalisme. J’allais à la rencontre des gens, partout dans le monde. J’investiguais, je faisais du terrain. A 25 ans, je vivais un rêve éveillé. Tout me réussissait. Les portes des grandes agences parisiennes, celle de Canal aussi, se sont ouvertes à moi. J’avais un style, on me reconnaissait un certain talent éditorial. J’étais aussi un passionné de musique. Et voilà qu’un beau jour, un producteur de M6 m’appelle : «On monte une nouvelle émission musicale. Ne voudrais-tu pas en devenir le rédacteur en chef ?». Fasciné par les sunlights et les paillettes,  aussi par le salaire mirobolant qu’on me proposait, j’ai bien sûr dit oui. Un autre univers s’ouvrait à moi, celui des boîtes de nuits réservées au VIP, celui des stars généralement inaccessibles au commun des mortels.».

 

A l’orée de cette nouvelle carrière, Christophe n’est pas désireux de vendre son âme. Enfin, pas tout de suite. D’accord, il accepte ce nouveau boulot qui consistera à concevoir de A à Z la nouvelle émission musicale d’ «Adélie» (nom d’emprunt), la star d’alors de M6, laquelle était aussi courtisée par TF1. Bien sûr, il le sait, l’émission présentée par cette ‘bimbo’ ne va pas être diffusée sur Arte. Mais bon, Christophe croit tout de même qu’il pourrait «glisser un peu d’intelligence» dans ce programme destiné aux jeunes. Après avoir déjà allumé sa deuxième cigarette, il me raconte : «On leur montrait des clips de rap en anglais dont ils ne comprenaient pas les paroles. Mon idée était de leur expliquer, de les aider à décoder les messages, de leur dévoiler le monde difficile dans lequel cette musique est née. Réponse de la production : on ne demande pas aux artistes de raconter leurs galères, l’histoire de leur peuple qui a beaucoup souffert et tout ça ! C’est bullshit ! On leur demande seulement de dire «c’est cool’, ‘c’est cool le rap’, ‘c’est cool le skate’, ‘c’est cool le free ride’, ‘c’est cool cette émission’.».

 

Dans son livre, Christophe cite Thierry Vallet (nom d’emprunt), son producteur de l’époque : «Ici, y a pas de banlieues. Les mômes qui nous regardent, tu veux que je te dise ? Eh bien, ils vivent tranquilles dans leur pavillon. Ils ont un scooter, ils ont à bouffer, ils s’entendent bien avec leurs parents. Et en rentrant de l’école, ils veulent juste regarder la télé. Oui, REGARDER, dit-il, en insistant. VOIR des blacks en costard dans des belles bagnoles, VOIR des putes californiennes en string, en train de danser au bord de la piscine. Ça peut te paraître méprisant ce que je te dis, mais ça ne l’est pas. C’est pas un fantasme. C’est la réalité». Il s’est approché, et m’a mis la main sur l’épaule. Ce type me faisait peur, je me sentais coincé d’avoir accepté ce job. Mais j’étais rédacteur en chef et lui, directeur des programmes. Ça suffisait, avec en plus à la clé, un gros chèque chaque fin de mois.

— Faut pas que ça ait du “ poids ”, hein, Christophe ! reprit Vallet. Du “poids”! Non, les vingt-cinq mecs qui réfléchissent un peu… eh bien ils regardent pas la télé. En tout cas, ils regardent pas cette émission.”

J’ai répondu : “C’est vrai, t’as raison. ” Sans rire, j’ai juste répondu ça, “ t’as raison”. Pourquoi contredire ce type ? J’insistais et je perdais le job.

Là, mes tempes battaient et j’ai eu un doute terrible : et s’il avait raison ? Et si c’était ça la réalité ? Des millions de pavillons et de scooters bien rangés dans le garage. Des millions de canapés devant la télé où des adolescents se masturbent en regardant les clips de rap, des clips où les californiennes ont les seins refaits et dansent au bord d’une putain de piscine. Voilà ce que me proposait Vallet. Je trouvais ça sinistre, mais il venait de m’apprendre une partie du secret de cette chaîne. Fabriquer de la médiocrité pour les médiocres. Après tout, moi non plus j’en avais rien à foutre de l’esclavage, de Jesse Jackson ou des révoltes noires. Rien à foutre d’Isaac Hayes bardé de chaînes en or sur la scène du festival Stax, de l’ironie de gangster des Niggaz With Attitude ou du militantisme black de Public Enemy.» 

 

Renoncement. Et début d’une nouvelle vie. Par envie, par peur et puis, Christophe le concède les yeux dans les yeux, par cynisme (il allume sa troisième clope). «Je n’étais pas assez humble et j’étais hypnotisé par ce monde. J’ai eu le sentiment que j’allais conduire une machine surpuissante. C’est cela le truc : finalement, on se sent soit même surpuissant. En fabriquant les images que tant de personnes vont regarder, on a l’impression d’avoir un pouvoir. Et cela semble ensuite se confirmer dans le quotidien. On entre partout, on a du fric, on rencontre qui ont veut, on est courtisé par les attachés de presse qui se mettent à genoux devant vous. J’ai donc balancé le journalisme en me disant que c’était un métier d’esclave. Je me disais que désormais je travaillais pour la machine à hypnotiser les gens et je voulais la rendre encore plus performante. Je voulais devenir un Roi ! Divertir le monde, c’est aussi le diriger… En tous cas, c’est l’influencer. Et quand on est à la télé, on a l’impression d’être au centre de ce monde et d’ailleurs les gens que vous croisez vous le rendent bien : ‘Ah bon ? Tu travailles à la télé ? Alors, il est comment, en vrai Delarue ? Moi je l’aime bien…’ Tout n’est que vanité»

 

Cela durera plusieurs années. Christophe Tison va se faire un nom dans le milieu de la télé française et cela va encore lui ouvrir d’autres portes : «J’ai travaillé partout, pour tous les genres d’émissions ou presque.» Son boulot de rédacteur en chef le conduit à concevoir des «produits télé» dans leur intégralité. C’est lui qui cherche le concept, les idées de reportages pour meubler, les invités et c’est lui aussi qui écrit les textes. «Dans nombre d’émissions de divertissement, tout est écrit. Lancement, commentaires, répliques, traits d’humour… L’animateur apprend ses fiches. Pas de place pour l’improvisation.»  Et parfois, ce n’est pas encore suffisant, alors le rédacteur en chef joue aussi le rôle de souffleur de temps moderne via l’incontournable oreillette.

 

Las, dans certains cas ce n’est toujours pas suffisant; Moment vécu lors d’un tournage parmi d’autre, dans les rues de Paris, avec une présentatrice dont le «cerveau semblait être descendu dans les seins». La scène débute à bord d’une voiture où la ‘bimbo’ a pour mission d’annoncer un clip : «Adélie bloque sur son texte. Elle doit lancer un clip de NTM et ne se souvient plus duquel. Elle s’énerve. Elle a perdu son texte que j’avais pourtant imprimé gros, énorme. Je descends (ndlr : du car régie), je trouve un nouveau texte que je scotche au dos du siège avant de la grosse décapotable, juste sous ses yeux. Il fallait avancer coûte que coûte, jusqu’à ce que la caravane s’arrête dans un bar où nous allions faire l’interview d’un rappeur dont je ne me souviens plus le nom. Dehors, c’est vite l’émeute. Des grappes de mômes de huit ans frappent contre la vitre. Hurlent des gros mots et des mots d’amour. Ça devient intenable et le patron baisse le rideau de fer. Adélie s’assoit à ma table. Pour me calmer, je suis passé à la vodka-orange et elle commande un thé. Elle est livide. Je pense qu’elle va pleurer. Je lui serre la main jusqu’à ce qu’elle file aux toilettes. Le réalisateur règle les lumières. On y va dans cinq minutes. La productrice est au téléphone. Elle rassure Vallet. Oui, tout se passe bien. Adélie me regarde en souriant et me dit qu’elle n’en peut plus. Qu’elle arrête. Je panique. Pas maintenant. On en a encore pour deux heures. Cette interview, puis une autre, avec un groupe de rap qui doit être en train de nous maudire, un groupe qui nous attend depuis deux heures à cinq cents mètres de là, dans une salle de concert pour un play-back. Elle serre encore ma main. Elle demande. ‘Non, je n’ai pas de coke. Non. Pas un milligramme’. Au téléphone, elle réussit enfin à joindre son dealer. Tu ne dis rien, hein, Christophe ? Non, bien sûr. Il la rejoindra plus tard, dans l’autre salle. Elle raccroche, elle me sourit. Tout va mieux. Moi aussi : elle fera l’interview, elle fera ce qu’on lui dit de faire. Je reprends une vodka. Adélie un autre thé. Après avoir bâclé l’entretien, elle est sortie avec moi par la porte de derrière, escortée par son garde du corps, bousculée par les fans.(…)

 

Dans la salle de concert, tout était en place. Sauf Adélie, aux chiottes depuis un bon quart d’heure. (…) Je forçai la porte, en passant devant le garde du corps. Je la trouvai effondrée devant une petite tablette, les yeux révulsés. Elle avait dû s’enfiler un gramme entier. Je tentai d’être le plus doux possible. De la convaincre de faire cette putain d’interview. Après, ça serait fini, on serait tous débarrassés. On rentrerait à la maison. Mais il fallait y aller, maintenant. Oui, tout de suite. David, le garde du corps, la prit sous son bras pour l’aider à marcher. Et elle apparut dans la petite salle de concert où on lui avait réservé un fauteuil sous les projecteurs pour parler aux rappeurs. Soudain, tout le monde était silencieux. Adélie marchait comme un automate. Je tentai de la soutenir de l’autre côté. Mais sa bouche s’ouvrait de plus en plus. Sa mâchoire tombait. Puis elle a glissé, lentement, contre David qui ne pouvait retenir ce corps mort. Son pull s’est accroché à nous et il est remonté comme elle s’effondrait. Ses faux seins ont jailli. Adélie était pathétique. Juste une pauvre fille qui ne savait plus où elle était, totalement abandonnée, seins à l’air, triste et laide. Elle était maintenant allongée par terre, à moitié nue dans le silence. La productrice était tétanisée. L’émission était foutue. Il fallait surtout, surtout que personne ne parle de ça. En tentant de lui remettre son pull, je regardai autour de moi. Personne n’avait bougé. C’est finalement Véronique, une journaliste de Canal Plus qui faisait un reportage sur le nouveau show d’Adélie, qui a appelé les pompiers. Les pompiers ? hurlait la productrice dont la tignasse blonde avait miraculeusement frisé sous l’effet de la chaleur et du stress, mais tout le monde va être au courant !

 

Et c’est moi, pendant qu’on la ranimait et après une autre vodka dénichée au bar, qui ai dû faire l’interview de ce groupe sans rien savoir de la musique de daube qu’ils venaient de mimer en PBO, en play-back ouvert, “ ouvert ” parce que seul le micro du chanteur fonctionne. Le lendemain, j’avais un mal de tête épouvantable. Il fallait monter l’émission à l’aube. Adélie vint au montage. On avait gommé tous les événements, tous les ratages et les hésitations de la veille. On lui avait donné du rythme en collant de la musique partout, sous les questions et les réponses des rappeurs, en l’entrecoupant d’extraits de clips bien speed et d’images de types qui font du skate. Au final, c’était ce qu’on appelle un “ bon produit ”. Vallet était hystérique au téléphone. Enthousiaste. J’étais lessivé. J’étais une merde qui faisait de la merde. J’avais un bon salaire mais je n’étais plus personne. Si je m’étais vu comme ça à quinze ans, quand je rêvais d’être écrivain ou musicien, ou je ne sais quoi de grand fort et beau, je me serais craché à la gueule. Adélie me proposa une ligne de coke. Ses seins avaient repris leur forme. Comme deux vampires nazis. Elle était belle à couper le souffle. (Demain, grâce à cette merde que j’étais devenu, elle ferait à nouveau la une des magazines.)» (1)

 

A force de multiplier les tournages rock and roll et vides de sens, Christophe en arrive lui aussi à chercher l’inspiration et l’énergie dans la coke et le bloody mary. Rien d’extraordinaire. «Cela a un peu changé aujourd’hui. Enfin, disons que c’est plus discret, mais la came et l’alcool étaient omniprésents dans ce milieu. Pour se défoncer, mais aussi pour tenir le coup face au stress et à un rythme de travail très lourd, principalement dans les boîtes de production qui fournissent la matière première aux chaînes télés» (1). Devenu trentenaire, le rédacteur en chef meuble alors son temps libre en s’envoyant en l’air, en claquant son fric et en jouant au grand singe expérimenté et faussement amoureux avec l’une ou l’autre stagiaire ambitieuse. Un classique du genre. La «réussite» vécue comme un mirage. «C’était une période de pur délire libéral où aucun excès, aucun plaisir, aucune drogue n’était illégal ou banni. Pour un peu, retourné comme une chaussette par l’or et les paillettes, j’aurais lu et approuvé toute l’œuvre de Guy Sorman», dit-il aujourd’hui avec une sévérité sans doute excessive.  

 

Car durant toute cette époque, s’il joue le jeu, au point d’y perdre une partie de sa santé physique, il n’en garde pas moins un œil critique sur le monde et sur lui-même. De petits suppléments d’âme glanés dans des moments d’intense solitude et de déprime. Ils se matérialisent dans un petit carnet où il note ses observations quotidiennes sous forme d’un dictionnaire tout personnel. L’une de ses définitions –il y en a une quarantaine dans son bouquin- en dit long sur son état d’esprit d’alors. «Ami KO : sentiment de satisfaction honteuse, éprouvé au spectacle d’un ami qui échoue dans son entreprise amoureuse, familiale ou professionnelle, et qui, encore pour un temps, se retrouve au même niveau que vous. C’est-à-dire au niveau zéro de l’existence».

 

Cet esprit critique se retrouve aussi dans son livre au travers de quelques observations acides qui, aujourd’hui alors qu’il se trouve en librairie, lui font se demander s’il n’a tout de même pas un peu trop libéré sa plume :

- «Comme beaucoup d’entreprises, la télé est pleine de ces gens qui en général ne foutent rien mais qui ont des postes clés et surtout bien payés parce qu’ils sont le mari, la sœur, le fils d’une célébrité ou d’un dirigeant». Il cite notamment le cas du fils de Guy Bedos. «La chaîne voulait absolument le père pour animer un talk show alors le rejeton faisait partie du package. Il était payé pour avoir des idées, lesquelles ne débouchaient sur rien de concret. Un boulot confortable.»

- «Les chaînes ne produisent presque plus leurs émissions chez elles. C’est plus confortable. On sous-traite, on délègue, et c’est l’autre qui les a, les problèmes. C’est l’autre qui gère les hommes à coup de contrats à la journée, de piges sous-payées. C’est l’autre qui achète ou loue le matériel, l’autre qui presse ses employés comme des citrons. Les boîtes de production sont les “ swet shops ” des grandes chaînes. Des endroits où on transpire et où on dit “ oui monsieur ” et “ bien monsieur ”, où on travaille jusqu’à trois heures du matin (…) Des “ swet shops ” comme ceux de Nike qui fait fabriquer ses chaussures aux Philippines et se fout des conditions de travail. Rien à battre des salaires et des horaires tant que le produit fini arrive à l’heure et sans défaut.»

- « C’est toujours par omission que la télé ment. Parce qu’il faut aller vite, privilégier le spectacle et les larmes qui vendent mieux que la vérité. (…) Il faut accrocher dès le début sinon les gens changent de chaîne (…) Les journalistes, les rédacteurs en chef et les producteurs ont toujours peur  que les téléspectateurs s’ennuient. Alors, ils recouvrent les phrases d’images qui bougent, qui distraient. Elles font diversion et les discours, aussi fin soit-il, est réduit au strict minimum.»

 

Bien sûr, la télé française ce n’est pas que cela.  Dans ce bar du 6ème arrondissement, nous en sommes à notre deuxième café et à notre cinquième sèche. Le temps a passé vite. En finale, Christophe veut tempérer le discours : «J’ai écrit ce livre d’un jet quand j’ai entendu la fameuse phrase de Patrick Le Lay : «Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola à vendre son produit… Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible». Je n’ai même pas envie de critiquer le propos car au moins il a le mérite de la franchise…  Les chaînes commerciales ne sauraient exister sans pub. Cela dit, à mon niveau, je me suis rendu compte que le propos résumait parfaitement ce que j’avais fait pendant une partie de ma vie professionnelle. J’ai travaillé à rendre des cerveaux disponibles! Néanmoins, je continue à aimer l’univers de la télé et je ne crache pas sur tout et sur tout le monde : on ne m’a jamais forcé à faire ce boulot avec un revolver sur la tempe. Au cours de ces années, j’ai aussi travaillé avec des gens qui impressionnent par l’étendue de leurs compétences. Je pense par exemple à Philippe Gildas quand j’ai collaboré avec l’équipe de «Nulle part ailleurs» sur Canal. J’ai aussi participé à la création de Campus sur France 2 avec Guillaume Durant, un type qui a une vraie culture de l’information et qui sait de quoi il parle avec ses invités. Il y a aussi des tas de bonnes émissions comme « Envoyé spécial», «Complément d’enquête», «Sept à huit» … En ce qui me concerne, depuis deux ans, (ndlr : sur I-Télé et Canal où il est rédacteur en chef)  j’ai quitté la télé paillettes pour revenir vers le News. J’ai rompu mon pacte avec le diable. Fini l’alcool et la drogue. Moins de vanité aussi. Un vrai bain de jouvence : je m’intéresse de nouveau à la marche du monde, à la vraie vie des vrais gens, ceux qui n’ont rien à vendre, ni personne à séduire. Je refais du journalisme. Ouf!»  

 

(1) Dans son bouquin, Christophe Tison écrit à cet égard : «En sniffant, je pensais que si les stups ratissaient au pinceau les cuvettes de toutes les toilettes des boîtes de production télé, celles de TF1, de France 2, de M6 ou de Canal, ils ramasseraient assez de coke pour tenir toute une soirée, rien qu’avec les miettes.» 

 

 


17:14 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Si je pouvais rencontrer Christophe Tison,je lui dirais un grand merci pour son témoignage, et son livre.
Ce dernier m'a fait comprendre certaines attitudes que l'on peut avoir face lorsque l'on est soi-même placé dans une situation similaire que la sienne, la nôtre, bien que j'étais tout de même un peu plus jeune. Voilà.

Écrit par : Kiki | 28/08/2007

Je souhaiterai connaître l'adresse du chateau, mon compagnon connait les mêmes difficultées. Je laissé le livre de Christophe Tison sur une table, et là, le déclic. Il veut prendre contact...

Écrit par : chilla | 11/06/2008

comment peut-on se procurer l'adresse du centre dans lequel christophe tison est allé?

Écrit par : biche | 22/08/2008

nul;) salut je suis lili et je trouve que cest trop long a lire merecie bon soir

Écrit par : lilil | 27/10/2008

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