28/10/2005

Habitations sociales de Binches (201005)

Reportage publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 20 octobre 2005

 

Des conditions de vie moyenageuses pour certains locataires alors que la direction des «Habitations sociales de Binche» jetaient l’argent par les fenêtres.

 

Les «taudis sociaux» de Bray

 

Alors que le directeur-gérant et le président des «Habitations sociales de Binche et environs» menaient grand train de vie –ils sont désormais en prison-, certains locataires de cette société de logement vivent dans une misère indescriptible. A Bray, notamment, où nous avons découvert avec horreur la «Cité du Levant de Mons». On connaissait déjà le phénomène des «marchands de sommeil», ces propriétaires privés sans scrupules qui louent des garnis infâmes à des personnes défavorisées. Notre reportage révèle qu’il faut aussi dénoncer une autre forme d’exploitation de la pauvreté : le «taudis social» géré par les pouvoirs publics. Cela se passe à moins de dix kilomètres du domicile du ministre-président wallon, Elio Di Rupo. Ne devrait-il pas y aller jeter un coup d’œil avec son ministre du logement ?

 

Déjà réputée pour son carnaval, la bonne ville de Binche connaîtra bientôt une nouvelle attraction touristique. En exclusivité, nous sommes fier de pouvoir vous faire découvrir le bateau «Gaillard». Vous pourrez l’admirer à proximité immédiate du centre ville, dans le fond d’une cour, au numéro 52 de l’avenue Wanderpepen. C’est très facile à trouver : l’adresse est celle de la société «Habitations sociales de Binche et environs» comme l’indique un grand panneau au dessus du porche d’entrée.

 

Pourquoi cet esquif de 12 mètres de long, alliant métal et boiseries, fait-il cale sèche sur le terrain d’une société de logements publics ? «Parce que c’est le bateau de Philippe Gaillard, notre directeur gérant», explique un membre du personnel des «Habitations sociales», tout en nous implorant de ne pas révéler son identité. Après avoir déployé des trésors de diplomatie, nous parvenons à en savoir un peu plus : «Philippe Gaillard a le pied marin. Il rêvait de faire le tour de monde à bord de ce bateau qu’il a entièrement construit lui-même après en avoir fait les plans. Pendant des années, il a pris sur ses heures pour mener à bien son projet. Le matin, il ouvrait son courrier et puis on ne le voyait plus. Tout le monde le savait : cela voulait dire qu’il était dans la cour où il construisait son bateau avec, notamment, de l’outillage et des matériaux appartenant la société».

 

Une autre source, tout aussi revendicative quand à son anonymat, nous confirme : «La construction du bateau s’est étalée sur plusieurs années. Pendant leurs heures, c’est-à-dire sur le compte de la société de logement, deux ouvriers ont aussi travaillé dessus : Christian N. pour les soudures et Alain G. pour les boiseries. Toutefois, Il y a deux ans environ, Gaillard s’est désintéressé du bateau. Cela correspond à l’époque où il venait de s’acheter une maison en Bretagne. Par la suite, des ouvriers de la société ont du travailler pendant plus de deux mois et demi à souder une charpente métallique pour la nouvelle maison du patron. C’est Etienne M. et Michel A. qui l’ont transportée à bord d’un camion loué par Gaillard jusqu’en Bretagne».

 

Pourquoi certains membres du personnel d’ «Habitations sociales de Binche» acceptaient-ils de telles prestations illégales? «Parce qu’on n’avait pas le choix», témoigne l’un d’entre eux. «C’était un vrai système.Gaillard nous disait qu’il fallait avoir ‘l’esprit d’équipe’. Si on participait et que l’on fermait sa gueule, on pouvait espérer quelques petites récompenses : pouvoir utiliser l’atelier de menuiserie à des fins personnelles, utiliser les véhicules de la société, bénéficier de complaisance sur les horaires lors de prestations extérieures… Par contre, celui qui n’entrait pas dans ce système était montré du doigt et il risquait de perdre sa place. C’est d’ailleurs arrivé à un menuisier de la société. Il refusait de travailler pour le compte personnel de Gaillard et, finalement, la direction a trouvé un motif pour le licencier.»

 

 On n’est jamais mieux servi que par soi-même

 

Ce «système» binchois impliquait aussi des traitements de faveurs pour certains locataires. Leur particularité? Généralement, il s’agissait de membres du conseil d’administration d’ «Habitation sociales de Binche» ou de personnes ayant des liens de famille avec ces administrateurs. A cet égard, l’un des nombreux cas épinglés dans un audit de la Société Wallonne du Logement (SWL) rédigé en juillet 2004 est particulièrement édifiant. Il concerne Michel Van Bastelaere.

 

Primo, ce monsieur est locataire d’une maison sociale à Bray (entre Mons et Binche). Secundo, Michel Van Bastelaere est membre du conseil d’administration de la société publique qui lui loue son logement, à savoir «Habitation sociales de Binche». Tertio : le même homme est aussi le frère du président d’ «Habitation sociales de Binche», à savoir l’échevin Albert Van Bastelaere.

 

Les présentations étant faites, on peut maintenant lire un extrait du rapport d’audit de la SWL : «Aucun dossier n’est constitué à son nom… Il n’a donc pas été possible de vérifier si le loyer réclamé à Michel Van Bastelaere, soit 128 euros par mois (seulement), était correct. Par ailleurs, aucune charge locative n’est réclamée par la société à ce locataire, alors que les autres locataires de Bray en font l’objet… Enfin, des travaux ont été réalisés dans le logement de Mr Michel Van Bastelaere par lui-même, et lui remboursés par la société en avril 2003 sur la base d’une estimation établie par le responsable technique de la société, soit 5.950 euros, dont 2500 euros de main d’œuvre (garnitures des plafonds, travaux électricité, ébrasements châssis, fausse cheminée, montage d’une douche et d’un wc, porte accordéon, coffrets électriques, chambres de visite, égouttage sous terre…). Si le remboursement de certains frais peut s’envisager, le remboursement de frais de main d’œuvre à un particulier est exclus (point de vue social : source de revenus pour le bénéficiaire ? – point de vue fiscal : pas de facture établie par un entrepreneur de travaux ?). D’autres travaux ont également été réalisés (facture Travimmo de février 2004 – réparation des murs de coin) pour la somme de 7.395 euros (décision du conseil d’administration de juin 2003, «vu l’urgence et le danger pour les locataires »).Des sommes importantes ont donc été consacrées à ce logement, bien que la société nous ait dit avoir pris la position de vendre les logements (de la cité ou se trouve Michel Van Bastelaere) ; ceci est d’ailleurs confirmé par décision du conseil d’administration de mai 2004»

 

Invité à justifier ces travaux très particuliers, le directeur-gérant d’«Habitations sociales de Binche», Philippe Gaillard argumente ainsi dans une lettre envoyée le 29 juillet 2004 à la SWL : «Doit-on, parce qu’on est le frère du président, vivre dans une maison qui s’écroule ? Il est à noter que nous avons hérité de ce logement, venant du «Foyer Louvièrois», dans cet état déplorable et dangereux. La décision a été prise en l’absence de l’intéressé en conseil d’administration du 5 juin 2003. Cette habitation est reprise dans un programme de vente de logement. Si le logement est vendu, la valeur de ces travaux sera ajoutée à l’estimation de monsieur le receveur de l’enregistrement».

 

La cité de l’horreur

 

Poursuivant notre enquête, nous prenons la nationale 90 en direction de Bray. Il s’avère que la maison de Michel Van Bastelaere se trouve dans la Cité du «Levant du Mons», un ensemble de vieilles maisons ouvrières qui appartenaient jusqu’il y a trois ans au «Foyer Louvièrois» et qui ont été transférées dans le patrimoine d’ «Habitations sociales de Binche». Au n°9 de la rue César De Paepe, nous frappons à la porte du frère du président, mais personne n’ouvre. C’est alors qu’une voisine nous interpelle :

 

-         «Vous pourriez attendre longtemps : Van Bastelaer n’habite pas ici. Il vit chez sa copine qui a un logement privé sur la route de Mons. De temps en temps, il passe pour entretenir son potager».

 

-         Pourtant, il paraît que Michel Van Bastelaer y a fait beaucoup de travaux ?

 

-         « Van Bastelaere y a fait beaucoup de travaux ? Il serait plus juste de dire que des ouvriers ont beaucoup travaillé dans cette maison. A plusieurs reprises, j’y ai vu des gens de la société de logement. D’ailleurs, cela nous choquait parce que le reste de la Cité est laissé dans un abandon quasi-total par les «Habitations sociales de Binche». Mais vous savez, c’est le frère du président alors…  

 

-         A votre avis, pourquoi fait-on des travaux dans une maison inoccupée ?

 

-         Sans doute que son locataire avait  pour projet de racheter sa maison à bon prix quand tout serait terminé. C’est la politique de notre société de logement : elle ne veut plus de cette cité et elle vend les maisons. Un vrai cauchemar pour certains locataires sociaux qui habitent ici. S’ils n’ont pas les moyens d’acheter, la société de logement les laisse vivre dans de vrais taudis qu’elle n’entretient plus. Vous devriez aller visiter les maisons de la Cité. Certaines personnes vivent ici dans des conditions moyenâgeuses. Il s’agit surtout de femmes seules, âgée et pauvres, et qui n’ont plus un homme à la maison pour effectuer les réparations que les «Habitations sociales» refuse de faire. C’est un vrai scandale de les laisser vivre comme cela!»   

 

A priori, les propos de cette dame sont étonnants. L’aspect extérieur de la Cité ne trahissant pas la quasi insalubrité qui s’est installée à l’intérieur de nombreuses maisons. Suivant ses conseils, nous toquons à la porte de Liliane, une femme de 53 ans qui vit seule au 22 de la rue des Sorbiers. C’est à moins de 100 mètres de la maison de Michel Van Bastelaere. Il y a cinq ans, Liliane vivait dans un logement social de la rue des Arquebusiers à Binche. Elle raconte : «On m’a mis dehors parce qu’il fallait faire des rénovations et j’ai abouti ici… Dans ce trou à rat. Quand mon ancien logement a été réparé, il ne m’était plus accessible. Il aurait fallu que je paye 400 euros par mois alors que je dispose d’un revenu mensuel de 600 euros. Donc, je reste ici. Pour 125 euros par mois. Je n’ai pas le choix. C’est ça ou la rue.»   

 

Officiellement, Liliane occupe un logement comportant deux chambres. Mais la réalité est bien différente : «Les chambres ? Elles se trouvent à l’étage mais on ne saurait pas y monter parce que le plafond est passé outre. Que se soit du Foyer louvièrois ou des Habitations sociales de Binche, personne n’est jamais venu réparer malgré mes demandes répétées. Alors, je dors dans le divan de la pièce du bas». Cette «pièce du bas», fait tout au plus 20 m2 et elle est prolongée par une «cuisine» de 12 m2 en comptant large. Il y a bien une sorte de véranda qui pourrait théoriquement prolonger l’espace à vivre mais elle est dans un tel état qu’un rat hésiterait à s’y installer. Naïvement, nous demandons à Liliane où se trouve la salle de bain : «Il n’en y en a pas!». Une cabine de douche au moins ? «Non, le seul point d’eau, c’est l’évier de la cuisine. Et, il n’y pas d’eau chaude». Mur défraîchis, raccords électriques dangereux, carrelage endommagé… Tout est à l’avenant. «Ce n’est pas facile de vivre ici», conclut Liliane alors que nous sortons de sa maison.       

 

A peine somme-nous sorti la maison de Liliane que plusieurs personnes de la Cité nous font des grands signes. «Venez voir chez moi! Venez voir chez moi aussi !». Ils semblent stupéfaits que quelqu’un s’intéresse à leur misère. Partout, c’est le même topo. Avec certaines spécificités. Chez Françoise, le WC n’est même pas raccordé à l’égout. «On m’a dit que si je le voulais, je pouvais faire les travaux moi-même. Mais ce n’est pas aisé pour une femme seule. Normalement, je devrais faire vidanger tous les trois ou quatre mois. Mais avec 600 euros par mois, ce n’est pas évident de payer à chaque fois une société privée pour faire cela. Alors, je me suis achetée une pompe, j’utilise du sulfate de fer pour éliminer un maximum et quand on ne me voit pas, je vide au fond du jardin».     

 

Le phénomène est connu. Lorsqu’une personne vit trop longtemps dans des conditions incompatible avec la dignité humaine, elle peut avoir tendance à renoncer, à s’avilir, à tomber toujours plus bas. Chez Françoise, comme chez Jeanne, quelques maisons plus loin, c’est donc devenu le bordel intégral. A quoi sert-il de ranger encore si c’est tout de même pour vivre dans l’inconfort total et dans cette humidité permanente qui ronge les murs de la plupart des maisons de la cité. (1) «Ici, aussi le plafond est passé outre mais la société nous a dit qu’elle ne refaisait plus rien. Alors, on l’a réparé nous-même. Vaille que vaille. En espérant qu’on ne va pas passer au travers», explique Jeanne. Pour elle, de toute manière, pas question de se priver de ses deux chambres. «Provisoirement, j’héberge ma fille et ses deux enfants. Ils étaient à la rue. Aux ‘Habitations sociales’, on a dit à ma fille : ‘Il n’y a pas que vous qui êtes à la porte’». Peut-être que la maison inoccupée par le frère du président Van Bastelaere pourrait convenir… Grand privilège : Jeanne dispose d’une petite douche et d’un boiler électrique. «J’ai fait mettre cela sur mon compte», précise-t-elle.

 

Luigi, quand à lui, refuse de se laisser aller. Il est arrivé dans cette Cité à l’âge de 8 ans et aujourd’hui, il en a 63. Durant toutes ces années, la maison qu’il occupe a connu deux interventions : la société de logement lui a refait l’électricité parce que cela devenait trop dangereux et on lui a aussi changé les châssis. «Seulement, c’était il y a bien longtemps», précise Luigi. Cet homme célibataire fait tout ce qu’il peut pour rafistoler sa maison. Il s’est construit une toute petite salle de bain, il a mis du crépis partout – le simple tapis ne tient pas sur les murs humides- et il a recouvert le sol de dalles autocollantes. Mais comme il le dit «Je ne peux pas faire des miracles. Il y a tellement d’humidité que tout à tendance à se décoller.» Il nous fait monter dans sa chambre pour nous montrer les châssis de la fenêtre. «Si au moins, on pouvait me changer cela. J’ai beau mettre du mastique, quand il pleut l’eau rentre à l’intérieur de la maison».

 

Juste en face, c’est maintenant Maria qui nous parle sur le pas de sa porte. 50 ans aussi qu’elle vit ici. Et des propos déjà entendus : pas de salle de bain («j’utilise une bassine), pas d’eau chaude, un wc rudimentaire («il faut évacuer à l’aide d’un sceau d’eau»), le plafonnage qui ne tient pas («quand on essaye de tapisser, il vient avec»), le plafond qui craque («moi, je sais encore aller dans la chambre mais ce n’est pas rassurant, le plancher est en train de rendre l’âme»), de l’eau qui rentre par le grenier… «Je vis encore comme à l’ancien temps», commente Maria avec un gentil sourire empreint de résignation. Non, madame. Une personne âgée de 75 ans qui a toujours payé son loyer à temps et à heure, ne devrait pas vivre comme cela!

 

Une femme seule avec un enfant non plus. C’est le cas de Muriel qui vit dans cette cité avec sa petite Romalia âgée de trois ans. «Quand je suis rentrée ici, j’en ai pleuré. Un copain m’a alors aidé à réparer ce qui pouvait l’être. Comme d’autres, je me suis construit une petite douche et j’ai acheté un boiler électrique. J’ai voulu aussi tapisser, mais rien ne tient sur ces murs pourris. Là on l’on peint, cela redevient jaune quelque temps après. Quand je nettoie le carrelage, il y a du sable qui ressort. Des tuiles du toit risque de tomber à tout moment mais la société de logement n’en a rien à faire. Le mur extérieur tombe en lambeau, mais cela ne les préoccupe pas plus. A cause de l’humidité, ma petite est toujours malade. Mon frère est gérant d’une ferme. Je trouve que son bétail est mieux traité que nous!»

 

Cela se passe au 21ème siècle. Dans du logement géré par le secteur public. A moins de 10 kilomètres à peine du domicile du ministre-président socialiste de la Région Wallonne… A quand un plan Marschall pour le logement ?

 

(1) : Dans cet article, il est question des maisons gérées par «Habitations sociales de Binche». D’autres maisons de la Cité du Levant de Mons ont été revendues à des particuliers. Celle-là ne connaissent bien évidemment pas un tel état de délabrement. 

 

Maman, si tu savais

Encore cette humidité qui tue à petit feu chez Marta qui occupe la dernière maison de rangée, rue des Sorbiers. «Je n’oserais plus aller au grenier, dit-elle. On y voit le jour à travers le toit. A la cave, non plus d’ailleurs. Il y fait tellement humide qu’on n’oserait plus y allumer une lumière de peur d’être électrocuté. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? J’ai 68 ans et je vis ici depuis si longtemps. Si je déménage, mes meubles pourris par l’humidité vont tomber en ruine». Chez Marta, la société de logement a concédé de faire deux améliorations : «Dans le hall, il ont remis un nouveau morceau de plancher pour éviter un accident. Ils m’ont aussi changé mes châssis de fenêtre». A force de ne rien avoir, on se contente de très peu. Marta est presque gênée d’avoir eu droit à des améliorations minimales de son très vétuste logement. «N’allez surtout pas croire que c’est parce que ma fille est à la commune. D’ailleurs, je ne peux rien lui demander. On dit qu’elle a fait faire des travaux chez elle sur le compte du logement social, mais ce n’est vrai». A voir le logement de Marta, on la croit volontiers. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que sa fille qui «est à la commune» préfère veiller à son confort personnel. Il s’agit d’Anne-Marie Calluwaert. Conseillère communale de la majorité et administrateur de la société «Habitations sociales». Le cas de cette personne qui occupe un logement social à Ressaix est évoqué dans l’audit de la SWL : «Son loyer mensuel a été fixé à 10 euros pour les mois d’avril à septembre 2003, période où elle aurait joué le rôle de «concierge». Ensuite, un loyer maximum (soit 327 euros par mois) lui a été réclamé. Ses arriérés de loyer s’élèvent actuellement à 3.265 euros (…) malgré cela aucun courrier de rappel ne lui a été adressé, et aucun plan d’apurement n’est apparemment prévu. Par ailleurs, la société a pris en charge, au bénéfice de cette locataire : en  2003, l’achat d’une cuisinière (279 euros) et des travaux pour un coût total, matériel et main d’œuvre compris de 5.728 euros. Cette administratrice ne se retire pas, en séance du conseil d’administration, lorsqu’il s’agit d’approuver les décomptes de charges et loyers de base.» 

 

 

Mieux vaut être en prison, c’est plus confortable…

 

Face à une telle misère, certains constats relevés dans le rapport d’audit des «Habitations sociales de Binche» réalisé par la SWL prennent toute leur scandaleuse dimension. En 2003, cette société à remboursé 18.045 euros de frais de restaurant à trois de ses dirigeants (Gaillard, Van Bastelaere et Jaupart). Philippe Gaillard s’est fait remboursé à lui seul un montant de 8.110 euros pour cette même année 2003, ce qui correspond à une moyenne mensuelle de 675 euros. L’audit relève qu’il rentre parfois deux notes de restaurant pour le même jour et que «sur la période du 8 septembre 2003 au 9 octobre 2003, soit un mois, Mr Gaillard s’est fait remboursé des frais de restaurant pour 1.778 euros». Les dépenses de restaurant d’Albert Van Bastelaere s’élèvent quant à elles à 8.456 euros en 2003, soit une moyenne mensuelle de 705 euros. Commentaire de la SWL : «Nous estimons qu’il n’y a aucune retenue de la part de Messieurs Gaillard et Van Bastelaere au niveau des frais de restaurant». Dans la comptabilité des «Habitations sociales de Binche», on trouve aussi nombre de factures surprenantes. Celle d’un fleuriste pour un montant de 1194 euros… Il s’agissait-là d’un cadeau pour le mariage de la fille du président Van Bastelaere. Une note de restaurant de janvier 2003 pour un montant de 2.438 euros. Elle est libellée : «repas administrateurs». On en passe et des meilleures : coût de l’important charroi de véhicules, frais de gsm, achat de vins fins, de champagne…  Au moment de conclure cet article, Albert Van Baestelaere et Philippe Gaillard, tout deux inculpés de faux et usage de faux et d’abus de bien sociaux, étaient encore prison. Pour eux, c’est certainement moins agréable que la vie de château qu’ils menaient auparavant. Pour autant, on ne les plaindra pas car il nous est évident que leurs cellules sont nettement plus confortables que les «taudis sociaux» de la cité du Levant de Mons!

 

 






16:01 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

25/10/2005

Violences conjugales (131005)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 13 octobre 2005

Encore trop d’impunité pour les beaufs !

 

Cela s’est passé près de chez vous ! Début août, en pleine rue, un habitant de Charleroi asperge son épouse avec de l’essence et la transforme en torche humaine. Le corps de cette jeune femme de 32 ans est brûlé à plus de 50%. Son «tort» ? Elle voulait quitter sa brute d’homme contre lequel, elle avait d’ailleurs déjà déposé plusieurs plaintes pour coups et blessures. Un horrible fait divers qui nous rappelle l’existence de cette inquiétante statistique : en Belgique, la violence conjugale est la première cause de décès et d’invalidité des femmes âgées de 15 à 44 ans. Un vrai fléau que Josiane Corruzi tente de combattre depuis près de 20 ans. Directrice du refuge pour femmes battues de La Louvière, elle dénonce : «Depuis quelques années, il y a eu une prise de conscience de nombreux acteurs du monde politique et judiciaire mais au-delà des beaux discours, le Belgique a encore beaucoup de chemin à faire pour apporter des réponses concrètes, crédibles et constantes à cette forme de criminalité. Trop de beaufs qui violentent leurs compagnes bénéficient encore d’une impunité de fait. Et trop de femmes se résignent encore à leur triste sort. On dit souvent qu’une victime sur vingt dépose en justice mais mon expérience m’enseigne qu’elles sont bien plus nombreuses à rester prisonnières d’un silence qui les détruit».

 

- L’adresse du lieu où vous me recevez ne peut être divulguée. C’est une mesure de sécurité indispensable ?

- Bien entendu! Certaines femmes que nous accueillons dans ce refuge courent un grand danger. Surtout dans les premiers jours qui suivent la séparation d’avec leur compagnon violent. Certains hommes sont tellement habitués à se comporter comme des brutes qu’ils ne comprennent pas la décision de leur compagne de rompre le cercle de la violence. Ils pourraient être tentés de venir la récupérer par la force, voire de la «punir».

 

- Vous m’avez fait visiter ce refuge et on ne peut pas dire que les femmes battues vivent dans le luxe… Meubles usés par le temps, trous dans les murs, exiguïté des chambres, c’est vraiment le confort minimum. Certaines prisons sont plus modernes !

- Sauf qu’ici on accueille des victimes… Je passe beaucoup de temps à chercher de l’argent pour financer le refuge. Le bâtiment dans lequel nous nous trouvons nous a été prêté gracieusement par un CPAS et s’il ne s’agit certainement pas d’un taudis, il est ancien et sa rénovation ne se fait que très lentement. Par ailleurs, on dispose de quelques subsides pour payer le personnel d’encadrement mais ils sont loin d’être suffisants. Il faut donc demander une participation aux victimes, lesquelles, pourtant, sont souvent dans un état de dénuement total. On a aussi sollicité des subsides européens et récemment, c’est un fabriquant de cigarettes qui nous a fait un don… Bref, c’est la débrouille.

 

- Ce manque de soutien n’est-il pas étonnant alors qu’il y cinq ans déjà, la Belgique s’est engagée devant l’assemblée de l’ONU à rendre prioritaire la lutte contre les violences infligées aux femmes ?

- C’est vrai que depuis quelques années, il y a eu une prise de conscience de nombreux acteurs du monde politique et judiciaire mais au-delà des beaux discours, le Belgique a encore beaucoup de chemin à faire pour apporter des réponses concrètes, crédibles et constantes à cette forme de criminalité. Les conditions dans lesquelles nous travaillons ne sont qu’un symptôme qui illustre ce constat. Cela dit, il ne faut jeter le bébé avec l’eau du bain : on progresse. Quand je me suis impliquée dans la lutte contre la violence conjugale, il y a près de vingt ans, cette question était encore complètement taboue; On ne travaillait qu’avec des bénévoles et nous étions perçues comme des féministes un peu exaltées. Il y avait plein de préjugés comme celui qui voulait qu’on exagérait l’ampleur d’un phénomène qui, pensait-on, ne touchait qu’une minorité de femmes… Et, bien sûr, dans des milieux défavorisés.

 

- Or, c’est loin d’être le cas ?

- Malheureusement, oui. Des études ont permis d’estimer qu’une femme sur cinq est l’objet de violences conjugales et qu’en outre, tous les milieux sociaux sont touchés. D’une recherche réalisée par l’université du Limbourg, il est aussi ressorti que 13,4% des femmes interrogées se plaignaient d’avoir été victimes de graves violences physiques ou sexuelles au sein de leur couple. En France, un pays culturellement comparable au notre, on a dénombré 400 décès de femmes sous les coups de leur compagnon en 1999. Depuis peu, on dispose aussi de chiffres interpellant au niveau de l’arrondissement judiciaire de Liège. En septembre 2004, sous l’impulsion de Mme le Procureur du Roi Bourguignont, le Parquet de la Cité ardente a décidé de mener une politique de «tolérance zéro» à l’égard de la violence conjugale. Cela a renforcé la détermination d’un certain nombre de victimes à ne plus se laisser faire. Alors qu’il y avait environ 400 plaintes par an auparavant, le parquet en a enregistré 869, rien qu’entre septembre 2004 et février 2005. Mais surtout, ce qui a changé au parquet de Liège, c’est que ces plaintes sont l’objet d’un véritable suivi. Les policiers sont tenus d’en aviser le parquet dans la huitaine et au sein de ce celui-ci des magistrats de référence les traitent comme il se doit. Résultat : avant cette nouvelle politique, 90% des plaintes n’aboutissaient à rien. Aujourd’hui, il n’y a plus que 10% de classement sans suite.

 

- 869 plaintes en moins d’un an, c’est beaucoup…

- Et l’on parle ici d’un arrondissement qui compte 600.000 habitants. Si on extrapole à l’ensemble de la population belge, on peut avoir une idée de l’ampleur du fléau auquel on est confronté.

 

- Liège, c’est l’exemple à suive ?

- Tout à fait. Conçue dans un réel dialogue avec le milieu associatif, cette nouvelle politique répressive est de nature à donner le sentiment aux victimes d’être enfin reconnues comme telles. Elles constatent qu’en prenant le risque de témoigner, il y a quelque chose qui se passe. Les auteurs sont ainsi systématiquement convoqués devant les magistrats et ils sentent le vent du boulet. Il y a un véritable rappel à l’ordre alors qu’auparavant les hommes violents pouvaient éprouver un sentiment d’impunité qui renforçait leur brutalité. Leur femme allait déposer à la police et rien ne se passait. De cette manière, l’affaire restait strictement privée et la victime se retrouvait isolée. C’était une situation tout à fait intolérable : l’auteur se sentait le droit de recommencer et la femme n’osait plus aller porter plainte car cela l’exposait à des violences supplémentaires – représailles-, pour n’obtenir aucun résultat.

 

- Le cercle vicieux que vous décrivez perdure-t-il encore dans certains arrondissements judiciaires du pays ?

- En dehors de Liège, disons qu’il s’agit plutôt d’une loterie. Dans tous les parquets et au sein de la police fédérale, il y a plus de personnes ouvertes à cette problématique qu’auparavant. Mais il reste aussi des personnes qui entretiennent les préjugés et qui semblent avoir plus de compassion pour les maris violent que pour les femmes battues. En bref, il faut bien tomber… Un exemple : l’une des victimes que nous avons accueillie ici nous est arrivée complètement défigurée et avec deux doigts paralysés de suite de coups infligés par son ancien compagnon. C’était il y a deux ans. Il n’y a toujours eu aucune suite et elle est toujours harcelée par son ex. Il est impératif qu’il y ait enfin une uniformisation des réactions judiciaires par rapport à ce type de criminalité en Belgique. Trop de beaufs qui violentent leurs compagnes bénéficient encore d’une impunité de fait.

 

- Et trop de femmes se taisent encore ?

- Sans doute, mais il ne faut pas les culpabiliser. Même dans le milieu associatif, certains professionnels sont parfois trop sévères avec ces femmes qui continuent à vivre dans des situations objectivement intenables. D’abord, il faut faire preuve d’un peu d’humilité plutôt que de juger ces «victimes consentantes» car personne n’est véritablement à l’abri d’être embarqué dans une relation de couple perverse. Il y a souvent mille mauvaises raison de rester : le qu’en dira-t-on, les problèmes matériels et financiers, la symbolique de la vie de famille, les enfants… Et puis, quand une personne est continuellement maltraitée, elle a tendance à se dévaloriser, à culpabiliser et à sous-estimer ses capacités de se reconstruire une nouvelle vie.

 

- Qu’auriez-vous envie de dire à une lectrice de Ciné-Télé Revue qui serait en train de vivre cette situation ?

- Surtout qu’elle ne s’isole pas. C’est très important de pouvoir se confier à des amis ou à de membres de la famille. Encore une fois, pas à des gens qui la jugeraient mais à des personnes simplement attentives et aimantes. Il faut aussi qu’elle ait conscience que lorsqu’on en est au stade de la violence physique et sexuelle, il ne sert pas à grand-chose de miser sur un changement du partenaire. En tous cas, certainement pas sans intervention extérieure au couple. La violence conjugale fonctionne par cycle. Il y a parfois de période d’apaisement mais elles précèdent généralement de nouvelles explosions de violence. Il faut qu’elle sache aussi que ce centre, mais il y en a deux également à Bruxelles et à Liège, a une ligne téléphonique ouverte 24 heures sur 24. On peut recevoir en toute confidentialité, donner des conseils, conserver des documents importants…

 

- Et les hommes violents qui auraient de remords, que peuvent-ils faire ?

- Il existe aussi un centre spécialisé dénommé «Praxis» à Bruxelles. Ils peuvent y être pris en charge aux fins de décoder le caractère inacceptable de leurs actes. C’est la première étape pour ne plus les reproduire.

 

Adresses utiles

Centre de prévention des violences conjugales et familiales : 29, rue Blanche, 1060 Bruxelles • Tél 02/539 27 44.

Solidarité femme et Refuge pour femmes battues (24h/24h) : 9, rue de Bouvy, 7100 La Louvière Tél 064/21 33 03.

Le Collectif pour Femmes battues  (24h/24) : 9, rue des Sœurs de Hasques, 4000 Liège  Tél 04/223 45 67.

. Praxis (pour les auteurs de violence qui veulent s’en sortir) : 19, rue du Marteau à Bruxelles •

Tél 02/217 98 70 et 170a, rue St Laurent, 4000 Liège  Tél 04/228 12 28 • praxis@swing.be    


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21/10/2005

Tueries du Brabant (061005)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 6 octobre 2005

Tueries du Brabant : «On n’a pas voulu mettre à jour certaines vérités»

 

Entre septembre 1982 et décembre 1983, ils avaient déjà tués 12 personnes. Et puis, leurs riot guns s’étaient tus. Jusqu’au soir du 27 septembre 1985. Un vendredi noir. Celui du retour des «tueurs du Brabant» : Deux attaques commando menées à vingt minutes d’intervalle répandent la terreur dans les magasins Delhaize de Braîne l’Alleud et d’Overijse. Butin : à peine trois millions de francs. Bilan humain : huit morts. Deux mois plus tard, au Delhaize d’Alost, huit autres personnes seront encore sauvagement abattues. Vingt huit morts, en trois ans. Vingt-huit morts restées inexpliquées… Et, vingt ans après, les «tueurs fous» courent toujours. Si, toutefois, ils sont encore en vie. Les enquêteurs de la «Cellule Brabant Wallon» continuent la traque et les familles espèrent toujours une improbable vérité. A l’image de Patricia Finné, dont le papa - Léon Finné- commis l’erreur d’aller faire ses courses à Overijse, un soir de septembre 1985…

 

- Quels souvenirs avez-vous gardé de ce 27 septembre 1985 ?

- Ce soir-là, j’étais au restaurant avec ma mère et mon fils. On est rentré chez moi vers 21 heures et peu de temps après, il y a eu un flash spécial à la télé. Je me souviens d’avoir été très impressionnée. Huit personnes tuées comme cela, pour rien, alors qu’elles faisaient simplement leurs courses du week-end, cela ne pouvait laisser indifférent. Je me souviens d’avoir téléphoné à ma mère pour lui demander si elle avait des nouvelles de mon père. Mes parents étaient séparés et lui il habitait à Overijse. A priori, j’étais très étonnée qu’il n’ait pas réagit en nous appelant à propos de cette tuerie qui avait eu lieu à proximité de chez lui. On a donc essayé de l’appeler mais cela ne répondait pas. Cependant, on était à mille lieues d’imaginer qu’il aurait pu être parmi les victimes du Delhaize d’Overijse. Enfin, vous connaissez la phrase : ça n’arrive qu’aux autres... Je suis donc allée dormir en me disant que mon père était certainement parti voir l’un de ses clients. Peut-être est-ce une coïncidence, mais cette nuit-là, j’ai fait d’épouvantables cauchemars. Le lendemain matin, je ne me sentais pas bien et je me suis rendue chez ma mère. Les policiers venaient de l’aviser de l’exécution de mon père sur le parking du Delhaize d’Overijse. 

 

- Vous employez le terme «exécution» à dessein?

- Certainement! Mon père venait de quitter le magasin quand les tueurs sont arrivés. Il a voulu se diriger vers sa voiture où il disposait d’un téléphone. Je suis persuadée qu’il a eu la volonté d’alerter les secours. Il n’en a pas eu le temps. Ils lui ont tiré dessus et il tombé par terre. A ce moment, papa était touché aux deux bras et il ne représentait plus aucun danger pour les tueurs. Pourtant, celui qu’on a surnommé le «géant» s’est approché de lui… Et alors qu’il se trouvait à environ 1 mètre 20 de mon père, il lui a envoyé une nouvelle décharge de riot gun. Ils ne lui ont laissé aucune chance.

 

- Le fait que Léon Finné ait été «achevé» par les tueurs a interpellé les enquêteurs. Pendant un temps, ils se sont demandés si certaines tueries ne camouflaient pas certains assassinats ciblés… 

- Dans les années ’80, on a raconté beaucoup de choses autour des tueries du Brabant. Certains ont aussi parlé de rackets organisés par la mafia américaine et visant le groupe Delhaize, d’autres ont même vu la main de la CIA dans une entreprise de déstabilisation de l’Etat belge, visant à le faire se renforcer… La thèse des assassinats ciblés puise sans doute à la même veine. Relayée parfois par des personnages douteux liés à l’extrême droite, comme l’ex-directeur de la prison de Saint Gilles Jean Bultot, elle mettait notamment l’accent sur le meurtre du couple Fourez-Dewit au Colruyt de Nivelles, le 17 septembre 1983. Le notaire Jacques Fourez qui a été tué de plusieurs balles dans la tête aurait possédé des informations compromettantes à propos de certains «ballets roses»…  Moi, je veux bien mais, vingt ans après, on attend toujours une preuve tangible. Quand à mon père, les mêmes ont fait un raisonnement similaire. Ils ont souligné que Léon Finné travaillait dans un domaine délicat – il était conseiller financier pour une grande banque au Luxembourg- et qu’en marge de ses activités officielles, il aurait eu connaissance de certains flux financiers liés à des trafics d’armes. A mon sens, c’est un peu tiré par les cheveux. La seule chose que je puisse confirmer, c’est que mon père avait des contacts étroits avec certains magistrats et policiers. Quand à savoir s’il détenait des informations sensibles, c’est une autre histoire…  Ce que je peux dire aussi, c’est que l’un de ses amis est venu me confier que, deux jours avant sa mort, mon père s’était dit menacé. Vrai ou faux, je n’en sais rien. De toute manière, la thèse de l’assassinat ciblé ne semble pas tenir la route au regard des faits : le soir du 27 septembre 1985, les tueurs ont d’abord attaqué un autre Delhaize à Braine l’Alleud et ils ne pouvaient savoir que, vingt minutes plus tard, mon père aurait l’idée d’aller faire des courses au Delhaize d’Overijse. Je crois donc que la vérité est plus simple et cela la rend d’autant plus insupportable : il n’a pas eu de chance. Il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, comme les autres clients qui faisaient leurs courses, ce soir-là.

 

- Quelle est votre thèse à vous sur les tueries du Brabant ?

- Elle s’articule autour de deux idées. La première relève du constat : pendant les premières années, l’enquête judiciaire a été menée en dépit du bon sens. Plusieurs juges d’instructions se sont succédés. Des pièces à convictions se sont égarées, puis elles ont réapparues. Des gens qui n’avaient pas la carrure pour mener de telles opérations de commandos ont été injustement mises en cause… 20 ans après, je reste très interpellée par tous ces errements du début de l’enquête. A cette époque, on n’a pas voulu mettre à jour certaines vérités. Le deuxième axe de ma réflexion se résume à une question que l’on doit se poser dans toute affaire criminelle : à qui ces crimes ont profité? Et là, il faut bien constater que l’ex-gendarmerie est sortie fortement renforcée des années de plomb. Que ce soit en termes d’influence ou de nouveaux matériels qu’elle se fait payer par l’Etat belge. Avec en plus, le fait incontestable que plusieurs noms d’ex-gendarmes sont apparus en marge de l’enquête sur les tueries du Brabant et d’autres dossiers criminels des années ’80…

 

- Ce n’est pourtant pas la piste que privilégie actuellement la Cellule Brabant Wallon ?

- Mais la piste politique n’a jamais été privilégiée! Des gendarmes qui s’y étaient intéressés au début de l’affaire ont eu les pires ennuis avec leur hiérarchie… Pour autant, je n’ai pas envie de me porter en faux contre le travail des enquêteurs de la Cellule Brabant Wallon. Certains d’entre eux s’y arrachent les cheveux depuis plus de 15 ans et je me rends bien compte qu’il s’agit, pour eux aussi, du dossier de leur vie. Pour l’heure, ils estiment que l’affaire se résumerait à une bande de trois à cinq personnes à la tête de laquelle se trouvait un personnage ayant le profil d’un «tueur en série». Si c’est la bonne voie pour élucider l’affaire des tueurs, je ne demande qu’à la suivre. Toutefois, je remarque que dans les présupposés de l’enquête actuelle, le chef présumé de la bande serait mort et qu’il n’y aurait plus que la folie meurtrière et gratuite de quelques dérangés du bocal pour seul mobile à toutes ces tueries. Encore une fois, je veux bien croire à cela, mais je constate aussi que, 20 ans après la mort de mon père, cette piste du «tueur en série» n’a pas plus aboutie que les autres…

 

«Je n’y crois plus trop, mais… »

 

Vingt ans après, cela vaut-il encore la peine de s’accrocher à un espoir de vérité ? «Très honnêtement, je n’y crois plus trop mais psychologiquement, il m’est impossible de tourner la page en ne disposant d’aucune explication définitive sur les raisons de l’assassinat de mon père», explique Patricia Finné. «Bien que je comprenne que la tâche des enquêteurs est très difficile, je ne peux empêcher un sentiment de colère de grandir en moi alors qu’à ce jour pas l’ombre d’un procès ne se profile à l’horizon… Pas de coupable, pas de procès. Pas de procès, pas de réparation pour les victimes et donc pas de possibilité de faire vraiment son deuil. J’ai beaucoup de mal à accepter l’idée qu’après autant d’années de recherches, la Cellule d’enquête n’ai pas le moindre indice. Les six cents milles pages du dossier n’auraient-elles pas parlé ? Ne fusse qu’une seule fois. Je reste aussi persuadée que des personnes n’ont pas encore témoigné. En 2002 et en 2003, lorsque la CBW a fait des appels à témoins, elle a encore reçu des informations tout à fait exploitables, plus de vingt ans après les premières tueries! Peut-être qu’aujourd’hui encore des citoyens détiennent une pièce du puzzle dont ils minimisent l’importance. Pour les 28 familles, je les en implore : qu’ils aillent témoigner, qu’ils nous permettent ainsi, de peut-être en finir avec ces 20 années d’enfer… »  Rappelons ici qu’une prime de € 247.894 (10.000.000 de francs belges) sera offerte à toute personne qui fournira des informations conduisant à l’identification et l’arrestation des auteurs des tueries du Brabant.

 

C.B.W.

Rue Docteur Pircard, n° 64

6040 CHARLEROI (JUMET)

Tel: +32(0)71 - 258.300

Fax: +32(0)71 - 375.091

E-MAIL : cbw@killersbrabant.be

  



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17/10/2005

 Carolorégienne (061005)

Enquête publiée dans l'hebdomadaire belge Ciné-Télé Revue, le 6 octobre 2005.

 

Un ouvrier de la Carolo

«Oui, j’ai travaillé au domicile de Van Cau !»

 

Au travers de cinq témoignages concordants d’ouvriers de «La Carolorégienne», Ciné-Télé Revue révèle tous les détails de l’un des aspects très peu reluisant du scandale qui a causé la démission du ministre-président du gouvernement wallon, Jean-Claude Van Cauwenberghe. A savoir, les heures de travail illégales que les membres du personnel de la société de logement étaient obligés de prester chez leurs patrons socialistes. «On n’avait que le droit de se taire et d’exécuter les ordres sinon c’était le C4.», expliquent-ils. Qui a bénéficié de ces prestations gratuites? Six noms sont cités. Ceux des trois (ex) échevins Claude Despiegeleer, Serge Van Bergen et André Liesse. Mais aussi celui non encore évoqué publiquement dans ce dossier de Gilbert Lamoline, un ex-administrateur de la Carolo. Et puis, last but not least, ceux d’un ex-sénateur socialiste, Francis Poty et de Jean-Claude Van Cauwenberghe himself…

 

1. «Ils m’ont envoyé travailler dans le kot du fils Despi à Bruxelles»

Avec ses 23 ans d’ancienneté au sein de la Carolo, Jacqueline Geeraaerts (49 ans) connaît très bien l’histoire et les petites histoires de cette société de logement social. Quelques heures après avoir confié son témoignage à la justice – c’était vendredi dernier-, elle a accepté de répondre à toutes nos questions. C’est une première : jamais jusqu’à ce jour un membre du personnel de la Carolo n’avait osé dire tout ce qu’il savait sans se dissimuler derrière un nom d’emprunt. «Je n’ai rien à me reprocher. Si j’ai dû travailler chez certains administrateurs de la Carolo pendant mes heures, c’était sur ordre. Alors je ne vois vraiment pas pourquoi je me cacherais», explique-t-elle.

 

- Depuis quand êtes-vous employée par la Carolo ?

- J’y suis rentrée en 1982, en temps que peintre. A l’époque, cela s’appelait encore «Maison pour tous» et Jean-Claude Van Cauwenberghe en était l’administrateur-délégué. C’est lui qui a signé mon contrat. Au fil du temps, j’ai été amenée à remplir aussi d’autres fonctions. Cette société m’emploie aussi comme vitrier et, c’est moins amusant, pour la désinfection quand il y a des cafards dans un logement. Je fais un peu de tout, quoi!

- Pour quelle rémunération ?

- Quand je suis rentrée, je gagnais 26.000 francs par mois. Aujourd’hui, cela tourne autour des 1.150 euros, plus environ 100 euros de chèques repas. Quand je découvre que des gens comme Despi pouvaient déjà dépenser plus que mon salaire en deux notes de restaurant, cela me reste évidemment en travers de la gorge.

- Comme d’autres ouvriers de la Carolo, avez-vous été amenée à devoir travailler pour le compte d’administrateurs pendant vos heures de travail ?

- Oui. La première chose du genre que l’on m’a demandée est venu très rapidement après mon engagement : il s’agissait, avec cinq ou six autres membres du personnel de la Carolo, de préparer des enveloppes pour une campagne électorale. On a fait cela dans l’appartement de Jeanine G. à Lodelinsart, pendant les heures de travail. Les enveloppes contenaient des tracts du PS carolo à distribuer dans les boîtes aux lettres. Je me souviens qu’à cette époque, on m’a bien fait comprendre qu’il ne fallait pas rechigner face à ce genre de tâche. Et surtout qu’il fallait faire allégeance au PS tout puissant. Je me souviens d’ailleurs d’une anecdote éclairante. Lors de ces mêmes élections, ma sœur s’était présentée aux élections sur la liste d’un autre parti que le PS. Francis Poty, l’un des dirigeants, m’a convoquée pour me demander des comptes : «Si tu es du même parti que ta sœur, on te vires!». C’est le genre de phrase qui marque.

- Avez-vous été l’objet d’autres demandes un peu spéciales ?

- Oui, il y a quelques années, on m’a ordonné d’aller travailler à Bruxelles. Il s’agissait de faire de la rénovation intérieure dans un kot d’étudiant qui se trouvait près de l’Université Libre de Bruxelles. Ce logement privé était destiné à l’un des fils de Claude Despiegeleer. Ne connaissant pas la capitale, je m’y rendais en compagnie de Fernand D., un magasinier de la Carolo qui, depuis lors, a quitté la société. Deux autres membres du personnel m’avaient précédée en cet endroit mais Despi et Jean-Claude Tison (Ndlr : l’ex-directeur des travaux de la société de logement, lequel a quitté la Carolo avec quelques 450.000 euros d’indemnité) n’étaient pas contents de leur travail. Or, il fallait que tout soit impeccable pour accueillir le petit de Despi.

- Donc, il y a quatre personnes qui ont travaillé dans ce «kot» ?

- Quatre personnes en peinture. Mais il y en a eu d’autres, parce qu’il y avait aussi des choses à faire en menuiserie et en plomberie…

- D’autres administrateurs ont-ils bénéficié de vos services pendant vos heures de travail ?

- En 2000 ou 2001, avec mon collègue Christophe P., nous avons reçu l’ordre d’aller installer des doubles vitrages dans une maison qui se situait rue de Villers à Couillet. Cette maison appartenait à l’administrateur André Liesse et à cette époque, il y logeait un joueur de foot de l’Olympic de Charleroi. Je me souviens que Liesse était tout de même un peu mal à l’aise. Il m’a dit quelque chose du genre : «Madame, ne vous inquiétez pas, je vais les payer les carreaux». Quelque temps plus tard, Claude P., un autre ouvrier de la carolo a été invité à faire des travaux de charpente au domicile de Liesse. Toujours, pendant ses heures de travail… Par ailleurs, il y a trois ans, j’ai dû aussi aller changer des vitres au domicile de l’échevin Van Bergen. C’était dans son arrière-cuisine.

- Avez-vous connaissance d’autres «travaux spéciaux» auxquels vous n’avez pas participé ? 

- Beaucoup d’informations circulent en ce moment dans le personnel. Il est question de travaux qui auraient été fait dans un appartement à la mer du nord et dans une maison en France, du côté de Carcassonne.

- Avez-vous le sentiment que la justice va aboutir dans ce dossier ?

- Les enquêteurs qui m’ont interrogé m’ont donné l’impression d’être très compétents. J’ai juste un regret : ils ne s’intéressent qu’aux cinq dernières années de la vie de la société, en raison de la prescription sur le plan pénal.

 

2. «Il était très exigeant sur la qualité de la décoration»

Olivier (prénom d’emprunt) est un autre ancien de la société de logement social. 25 ans de bons et loyaux services en temps que peintre. Avec un brun d’humour, il nous a fixé rendez-vous au «Carolo», un café situé juste en face de l’Hôtel de ville de Charleroi. Un bâtiment que, du reste, il connaît bien. «En compagnie de deux collègues, Fernand D. et Eddy E., j’ai dû y aménager le cabinet de l’échevin Despiegeleer. J’y ai mis de la moquette rouge. Cela s’est fait pendant mes heures de travail pour la Carolo. Or, à ma connaissance, l’hôtel de ville n’est pas un logement social ! C’est le genre de truc qui me mettait mal à l’aise parce que je savais bien qu’il y avait du travail pour les locataires. Toutefois, on n’avait pas le choix. Tout le monde avait peur de perdre son emploi.»

- A quelle époque a-t-on commencé à vous imposer de travailler illégalement pour le compte d’administrateurs de la Carolo ?

- En ce qui me concerne, cela a commencé quand Despiegeleer est devenu président de la Carolo, au début des années ’90. La première chose du genre que l’on m’a demandé, c’était d’aller peindre et tapisser au domicile privé de Gilbert Lamoline, rue Tourette à Charleroi. C’était un mandataire du PS qui a été vice-président de la Carolo et qui a présidé aussi «L’Ecrin», une asbl liée à notre société de logement. Cet homme était un grand copain de notre ancien directeur des travaux : Jean-Claude Tison. Dans la foulée, Lamoline m’a aussi imposé d’aller rafraîchir la maison d’une amie à lui à Lodelinsart : un peu de peinture à l’intérieur et tout à l’extérieur. Par après, on m’a rappelé pour tapisser la cuisine de cette dame. 

- Avez-vous aussi travaillé chez l’échevin Despiegeleer à Lodelinsart ?

- Oui. Egalement, pour de la peinture et du tapissage. On appelait sa maison «La Cathédrale». Il était très exigeant sur la qualité de sa décoration. Sur les murs nus, on mettait du «Tasso», soit de la poudre de verre, et ensuite seulement on pouvait mettre en couleur selon les conseils de l’architecte d’intérieur de Despi qui venait nous rendre visite sur le chantier. Avant cela, j’ai également travaillé dans une autre maison que Despi possédait rue de la Tourette à Charleroi. J’y ai fait l’intérieur comme l’extérieur. J’y ai été rappelé plusieurs fois pour résoudre des problèmes d’humidité. Quand on travaillait chez lui, Despi venait souvent voir l’évolution des travaux. On avait le droit d’aller dans le frigo pour se servir à boire et à manger. Faut dire que, par ailleurs, ces travaux ne lui coûtaient rien puisque tout se faisait pendant nos heures sur le compte de la Carolo.

- Lamoline, Despi, chez qui d’autre encore ?

- Chez le sénateur Francis Poty. Chez lui, j’ai été mettre de la moquette dans la grande pièce de séjour d’une maison qui se situait à Charleroi-Nord. J’ai dû faire un travail similaire dans un bureau qu’il occupait à L’Apollo de Lodelinsart.

- Van Bergen ? 

- J’ai du aller mettre en couleur la corniche extérieure de sa maison, rue Motte. D’autres collègues sont aussi allés chez lui, à sa demande, pour tapisser et peindre l’intérieur.

- Van Cauwenberghe ?

- Je ne suis pas allé chez lui. Mais sur ordre de Despi, j’ai dû me rendre chez une avocate qui faisait partie de l’association Van Cauwenberghe-Lemal. Elle venait d’emménager dans de nouveaux locaux au centre-ville de Charleroi, près de l’endroit où se trouve le Consulat d’Italie et je devais y faire les travaux de peinture.

- Selon nos sources, certains de vos collègues sont allés au domicile de Van Cau ?

­- C’est vrai. Je les connais. Mais c’est à eux de vous le confirmer, s’ils en ont envie. (Ndlr : Nous lui citons deux noms donnés par l’un de nos informateurs. «Si vous avez pris note, c’est que c’est vrai», nous répond Olivier).

- D’autres endroits encore ou vous auriez travaillé pour le compte d’intérêt privé aux frais de la Carolo ?

- Il y a en plusieurs mais quand Despi m’envoyait faire des prestations extraordinaires de ce genre, je ne savais pas toujours chez qui je me trouvais. Je me souviens entre autres d’immeubles privés se situant à Ransart, à Jumet et à Marchienne. Si nécessaire, je suis prêt à les montrer aux enquêteurs.

- Par ailleurs, avez-vous dû travailler dans le cadre de campagnes électorales ?

- Oui, mais c’est très ancien. Du temps où Van Cau n’était pas encore bourgmestre et qu’il dirigeait «La Maison pour Tous», j’ai dû aider à la préparation de sa campagne électorale. Il s’agissait de plier des tracts et de les mettre dans des enveloppes. Cela se faisant dans un appartement de l’Appolo à Lodelinsart. Il y avait plusieurs membres du personnel de la société de logement qui se tapaient ce boulot. Ensuite, il fallait aller taper les tracts dans les boîtes aux lettres des logements sociaux. Je me souviens aussi d’avoir dû porter un grand panneau dans une école de Charleroi-Nord. Sur celui-ci, il y avait la tête de Van Cau.

 

3. «On a fait de tout. De la peinture, de la tapisserie, de la plomberie, de l’électricité»

 

«Moi, j’ai du faire des fournitures et des travaux de peinture dans des endroits qui n’avaient rien à voir avec la Carolo». Autre témoignage, mais contenu similaire. Gérard (prénom d’emprunt) est très attentif au respect de son anonymat. Nous ne dirons donc pas son ancienneté et sa fonction exacte au sein de la Carolo, mais nous savons que ce qu’il dit, il l’a également déclaré à la justice.

 

- Etes-vous de ceux qui ont reçu des ordres un peu spéciaux au cours de ces dernières années ?

- Oui. Par exemple, on m’a plusieurs fois demandé de faire des fournitures de matériel à des sociétés de logement qui n’avaient rien à voir avec la Carolorégienne. Par exemple, on m’a envoyé déposer des rouleaux de vynil à Châtelineau dans une maison qui ne dépendait pas la Carolo.

- En l’espèce, c’était pour qui ?

- Ah, cela Monsieur, je n’en sais rien. L’enquête va peut-être le révéler. Nous, on avait un ordre et on l’exécutait sans poser de question.

- D’autres exemples ?

- Chaque année, aux frais de la Carolo, on devait aller rafraîchir la salle de la Garenne parce que l’échevin Van Bergen faisait son souper là-bas.

- Etes-vous allé travailler aux domiciles privés de certains administrateurs ?

- Oui, chez Despi, Van Bergen et Poty.

- Quels types de travaux étaient réalisés chez ces gens ?

- On a fait de tout. De la peinture, de la tapisserie, de la plomberie, de l’électricité.

- Comment étiez-vous traités quand vous alliez chez eux ?

- On ne recevait même pas un verre d’eau. Et bien sûr, on n’avait pas de rémunération, c’était sur nos heures de la Carolo. Il y a eu une exception. Quand on est allé remplacer des vitres au cabinet d’avocat Van Cauwenberghe-Lemal, l’associé de Van Cau nous a donné une petite enveloppe qui contenait 25 euros…

- Et au domicile privé de Van Cau, vous y êtes allé ?

- Non, ce n’est pas moi. Il faut demander à d’autres personnes. Au sein du personnel, on ne parle pas que de son domicile à Charleroi. Il est aussi question d’un appartement à la mer mais je n’en sais pas plus.

- Pourquoi les ouvriers acceptaient de faire des prestations chez les administrateurs pendant leurs heures ? 

- Ils nous faisaient du chantage à l’emploi, de manière à peine déguisée. 

 

4. «Il y aurait aussi une maison en France»

Notre quatrième témoin se veut aussi discret que le précédent. Entendu à plusieurs reprises par la justice, il explique que, lui aussi, il a dû travailler chez l’un des administrateurs de la Carolo. Il nous donne le détail de ce qu’il a fait – c’est du même tonneau que les témoignages précédents- mais inquiet, il refuse que nous l’écrivions. «De toute façon, j’ai tout dit aux enquêteurs». La discussion s’engage.

 

- Il y a beaucoup de témoignages sur des travaux illégaux réalisés aux frais de la Carolo chez les administrateurs Despiegeleer, Liesse, Potty et Van Bergen. Par contre, en ce qui concerne d’éventuels travaux au domicile de Van, il est plus difficile d’objectiver les faits ?

- Ces travaux ont pourtant bien eu lieu. D’après ce que je sais, cela s’est passé dans les années ’90. Il y avait des grandes grèves à Charleroi. Van Cau avait peur que des œufs lancés en direction de son domicile n’endommagent une verrière. Alors des ouvriers de la Carolo ont été dépêchés chez lui pour installer un plexiglas afin de protéger le bien de cet homme politique. Ils ont fait cela pendant leurs heures de travail, aux frais de la société de logement.

 

- Certains parlent aussi de travaux dans un appartement à la mer ?

- Je l’ai entendu comme vous. Il serait aussi question d’une maison en France mais cela concernerait plutôt un ex-sénateur. A ma connaissance, les enquêteurs doivent encore entendre pas mal de témoins. Notamment des gens qui ont quitté la société.

 

5. «Comment savez-vous cela ?»

Dernière étape de notre enquête. Chercher à identifier, le ou les ouvriers qui auraient travaillé dans l’une ou l’autre propriété de Jean-Claude Van Cauwenberghe. De diverses sources, quatre noms sont cités. A ce stade, nous avons pu retrouver l’une des ces personnes. Elle était plutôt surprise de notre appel, mais finalement elle confirme.

 

- Est-il vrai que durant vos heures de travail prestées pour la Carolo, vous auriez travaillé au domicile privé de Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

- Je n’ai pas de commentaire à faire. Si j’ai des choses à dire, je le ferai face aux enquêteurs. A ce stade, ils ne m’ont pas encore interrogé.

- D’après ce que nous savons, il s’agissait d’installer un plexiglas pour protéger une verrière. Nous savons aussi que vous avez fait ce travail en compagnie d’un collège et que cela s’est fait pendant vos heures de travail aux frais de la Carolo (ndlr : Nous lui donnons le nom du collègue concerné) ?

- Comment savez-vous cela ?

- De plusieurs sources…

- Bon d’accord… Oui, j’ai travaillé au domicile de Van Cau. Ce que vous décrivez s’est bien passé. C’était tout près de la polyclinique de Charleroi. Je préciserais toutefois que ce travail date d’il y a plusieurs années et qu’il ne nous a pris qu’une heure ou deux, tout au plus. Nous, on faisait ce qu’on nous demandait. Sans poser de question. S’il y a d’autres choses du genre ont été faites, personnellement, je ne suis pas concerné.

 

Un petit travail d’une heure ou deux au domicile privé du bourgmestre de Charleroi, il y a plusieurs années. A priori, l’ex-ministre président de la Région Wallonne ne risque aucun ennui pénal pour cela. Même si, sur le plan des principes, il est contestable d’avoir utilisé les services d’ouvriers de la société de logement social à des fins strictement personnelles. L’avenir proche nous dira si d’autres témoignages viendront aggraver les aveux de cet ouvrier. Pour l’heure, nous n’avons pas pu recouper certaines allusions, comme celle concernant un appartement à la mer. Jusqu’à nouvel ordre, il convient donc de les considérer comme des rumeurs…  

 

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Du social trois étoiles pour les amis

 

Manque d’entretien des bâtiments, réparations renvoyées aux calendes grecques, charges illégales imposées par leur bailleur, argent détourné par certains dirigeants de leur société de logement… Beaucoup de locataires sociaux de la Carolorégienne ont de quoi se plaindre. Beaucoup, mais pas tous! A Marcinelle, la société de logement qui est au centre de toutes les polémiques gère aussi un petit paradis immobilier. Bienvenue à la «Cité de l’Enfance», 800 avenue Mascaux à Marcinelle. Un endroit plein de charme et de verdure où il fait bon vivre. Rien à voir avec les tours impersonnelles et décrépies de Lodelinsart! Mais pour habiter à la Cité de l’Enfance, vaut mieux montrer patte… rose. Quelques exemples édifiants.

 

Un grand porche sépare la «Cité de l’Enfance» du trafic automobile qui inonde l’avenue Eugène Mascaux à Marcinelle. Lorsque vous l’avez franchi, vous quittez les bruits de la circulation avec le sentiment immédiat de pénétrer dans un petit coin de paradis. Des pelouses immenses, des arbres, beaucoup d’espace, le calme… Qui plus est, ce havre de paix à l’avantage de se situer à quatre kilomètres à peine du centre de Charleroi.

 

Certes, la vingtaine de pavillons résidentiels qui sont noyés dans cet océan de verdure ont une allure un peu vieillotte – ils ont été construit en 1939-, mais ils semblent bien entretenus et le poids des ans ne leur donne que plus de cachet.

Bigre, cela doit coûter cher d’habiter dans un tel endroit! Mais non, pas du tout ! Ici c’est du logement social… géré par la désormais célèbre «Carolorégienne». Les loyers varient entre 335 euro pour un appartement deux chambres et 410 euros pour un «pavillon», 4 chambres d’une superficie avoisinant les 200 m2.

 

Mais bon dieu, comment fait-on pour obtenir les clés de ce paradis ? Nous aurions aimé le demander à Claude Despiegeleer, l’ex-administrateur délégué de la Carolo, lequel, jusqu’il y a peu, régnait en maître sur les attributions de logements dans cette cité. Malheureusement, pour cause de mandat d’arrêt, il n’était guère joignable ces jours-ci. C’est d’autant plus regrettable que le cas d’un certain nombre de «locataires sociaux» qui vivent dans ce petit paradis pose vraiment question.

 

1er exemple : Comment se fait-il que l’un de ces «logements sociaux» - 4 chambres pour 410 euros par mois depuis le mai 1993- soit occupé par Eric Van Sevenant qui n’est autre que le directeur général d’Aquasambre, l’Intercommunale de Production et de Distribution d'eau potable du Bassin de Charleroi ? Est-ce un hasard si cette personne est liée au PS de Charleroi et qu’elle connue comme faisant partie de la galaxie Van Cau ? Ce directeur général de la troisième société de production et distribution d’eau de Wallonie connaît-il des fins de mois de difficile ? A moins que l’homme qui a aussi été secrétaire de la Communauté du Pays de Charleroi, Val de Sambre et Sud Hainaut, directeur des services économiques de la Ville de Charleroi et membre du Comité de direction d’Aquawal, on en passe, n’ait disposé d’un petite faveur accordé par l’ami Despi ?   

 

2nd exemple : Il est lié au premier cas. Eric Van Sevenant est domicilié «Cité de l’Enfance» avec sa compagne Valérie Decoster. Et qui trouve-t-on dans le pavillon voisin ? Une certaine Dominique Decoster. C’est la sœur de Valérie. Egalement depuis mai 1993, elle dispose aussi de quatre chambres pour un logement habité avec un seul enfant pour un loyer de 410 euros. Que les deux sœurs aient obtenues en même temps les clés du paradis, ce n’est pas de la chance mais un vrai miracle! Faut-il aussi l’attribuer à Saint Despi ou à Saint Van Cau? Même question pour Dominique que pour son beau-frère Eric Van Sevenant : en tant que co-directrice de l’IGEAT (Institut de Gestion de l’Environnement  et de l’Aménagement du Territoire) de l’Université libre de Bruxelles n’a-t-elle pas les moyens de se payer autre chose qu’un «logement social» à 500 euros. Est-ce un hasard, si cette personne, qui a été également attachée au Département Santé et Famille de la Ville de Charleroi et directeur de l’aménagement urbain de la Ville de Charleroi dispose de quelques affinité avec le PS carolo ?

 

3ème exemple : Le dénommé Lucyan Papiernik ne loue pas un pavillon, mais il dispose d’un appartement deux chambre à la «Cité de l’Enfance» qu’il loue pour 335 euros – le prix d’un garnit dans le marché locatif privé- depuis février 1994.  Encore la même question que nous aurions bien aimé à Monsieur Despiegeleer : ce chef du département de développement économique de l’Intercommunale carolo «Igretec» ou il gère notamment les Fonds Objectif 1 et Région wallonne serait-il payé au minimex? Ce qui justifierait bien entendu son maintien dans un logement social. Faut-il voir encore une bien malheureuse coïncidence dans le fait que cet administrateur de la société Carolidaire qui vise à favoriser l'essor de l'économie sociale marchande dans le Pays de Charleroi, soit également proche du Parti socialiste ?

 

4ème exemple : Tiens? Depuis août 2002, Michel Barbier, l’attaché de presse de Claude Despiegeleer a aussi son quatre chambres… à la Cité de l’Enfance où il est déclaré en temps qu’isolé. 410 euros par mois. 10 mois d’arriérés de loyer à ce jour. Or, il faut savoir qu’il arrive régulièrement que la Carolo envoie le huissier de justice chez les locataires «normaux», lorsqu’ils ont un retard de payement de 50 ou 60 euros. Est-ce le cabinet d’avocats Van Cauwenberghe-Lemal qui s’occupera de la récupération de cette créance? Pas d’autre question.

 

5ème exemple : Pas de chance, un audit fort médiatisé de la Carolo a rendu public le salaire brut d’une autre locataire de la «Cité de l’Enfance», elle aussi déclarée «isolée» dans son quatre chambres de 300 m2. Loyer : 410 euros. Ex-femme de l’ex sénateur Francis Poty, lequel fut aussi jusqu’il y a peu vice-président de la Carolo, Mme Emilia Meurens gagne exactement 3545,44 euros bruts par mois. Il est vrai que cette dame, qui est secrétaire administrative au sein de la société de logement «La Carolorégienne», a aussi beaucoup milité pour le PS de Charleroi. Plus de questions…

 

PS : Il va de soi que les situations évoquées dans cet article n’impliquent pas que tous les locataires de la Cité de l’Enfance aient bénéficié de passe-droits pour y habiter. Lors de notre enquête sur place, nous avons d’ailleurs rencontré des personnes qui étaient outrées par certains abus en termes d’attribution de logements sociaux. Ce qui choque beaucoup de monde n’est pas prioritairement que les gens nommés dans cet article habitent cette cité mais plutôt le fait qu’ils ne payent pas un loyer adapté à leurs revenus tandis que, dans le même temps, leur société de logement creuse un gouffre financier depuis de nombreuses années. 

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Vive le Sport !

 

Avoir des relations au PS, cela aide pour obtenir un logement social à la Carolo. Mais il y aussi un autre moyen efficace de bénéficier de passe-droits. Faites du sport! Mais alors du sport du haut niveau. Par exemple à Action 21, un club de foot en salle dont plusieurs joueurs ont pu disposer ou dispose encore d’un logement social. Où au Sporting de Charleroi. Si votre rejeton rentre à l’ «Ecole des Jeunes du Sporting», il pourra aussi disposer d’un logement à la Cité de l’Enfance dans le grand pavillon qui réservé au club de foot – 400 mètres carrés, une dizaine de lits. Pour ce bâtiment, le Sporting paie un loyer mensuel très social : 1265 euros par mois. Mieux encore, faites du Volley-ball. Jusqu’à l’année dernière, plusieurs joueuses des Dauphines de Charleroi ont été logées au 47, rue du Gurgeat à Lodelinsart. Les mauvaises langues prétendent qu’elles sont parties avec un arriéré de 5.000 euros de loyer mais que le directeur-gérant de la Carolo, Luc Frère aurait fermé les yeux sur cette ardoise. Il faut dire que ce dernier, ancien dirigeant du Sporting de Charleroi, est  aussi commissaire vérificateur aux comptes de l’ASBL Charleroi Volley qui préside à la destinée des Dauphines… C’est aussi sa société Coreva qui fait la comptabilité du club de Volley. Charleroi est un si petit pays. 



08:38 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/10/2005

 Affaire Pêcheux (290905)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 29 septembre 2005

 

« On a laissé mourir mon frère comme un chien ! »

 

Lorsqu’un ressortissant belge se trouve en difficulté à l’étranger, il est sensé compter sur l’aide de nos ambassades et consulats. Mieux, dans des cas exceptionnels, lorsque par exemple un rapatriement d’urgence s’impose pour des raisons médicales, les ambassadeurs et consuls belges sont habilités à «avancer les fonds nécessaires». C’est ce qui est renseigné, noir sur blanc, par le site internet du ministère des Affaires étrangères. Lequel précise toutefois que «cette assistance n'est pas un droit mais une faveur»… Une «faveur» que la famille d’un Fleurusien de 33 ans a sollicitée au mois d’août et qu’elle n’a pas obtenue. Bloqué à Goa (Inde) dans un hôpital qui n’avait pas les moyens de le soigner correctement, Erwin Pêcheux n’a pas survécu. Sa sœur, Sylvie Pêcheux accuse : «On a laissé mourir mon frère comme un chien !».   

 

- Qui était votre frère ?

- Erwin avait 33 ans. Il voyageait depuis l’âge de 19 ans. Découvrir la terre, d’autres cultures, des gens différents, c’était sa passion. Un peu rebelle, il refusait de se fixer quelque part dans une petite vie bien rangée qu’il aurait trouvée trop conformiste. Début des années nonante, tout de suite après son service militaire, il est parti aux Etats-Unis. Los Angeles, San Francisco, Las Vegas… Pendant les douze ans qu’il a passés aux ‘States’, au gré des petits boulots qu’il trouvaient à droite et à gauche, Erwin a beaucoup bourlingué. C’était quelqu’un des très affable, il avait le don des langues et il s’était fait de nombreux amis, principalement dans la Cité des Anges. Ces derniers lui avaient parlé de l’Inde, du choc culturel qu’il éprouverait en se rendant là-bas. En 2003, il est donc revenu en Belgique afin d’économiser pour son périple suivant : six mois dans le pays des Maharadjas.

 

- Quand s’est-il envolé pour l’Inde?

- A la fin avril 2005. Comme il en avait l’habitude, il est parti seul. Pour unique bagage, il avait son sac à dos. Avec sa mentalité d’aventurier, il voulait vivre comme les gens de là-bas. Cela ne veut pas dire qu’il était déraisonnable. Erwin avait assuré ses arrières : il avait sa carte visa, il était équipé pour communiquer par mail avec la Belgique, il était en ordre de mutuelle s’il lui arrivait un pépin. Pendant les trois premiers mois de son voyage, il a séjourné dans le Cachemire, puis il est allé à Bombay et enfin à Goa. On avait des contacts par email et par téléphone toutes les semaines. Et puis, en juillet, ses ennuis ont commencé : il s’est blessé au pied droit.

 

- Cela semblait grave ?

- Non. Il avait une plaie mais il était soigné par un médecin et il ne s’inquiétait pas particulièrement. Dans les jours qui suivants, on voyait sur les photos qu’il envoyait que son pied semblait se rétablir... Toutefois, entre la dernière semaine de juillet et la première semaine d’août, il n’a plus envoyé le moindre mail. J’ai trouvé cela bizarre. Il fallu attendre le dimanche 7 août pour qu’il redonne de ses nouvelles. Il me téléphonait de l’Apollo Victor, un hôpital privé situé Goa. Il s’y était rendu parce qu’il ressentait à nouveau une douleur au pied. Il m’a laissé un numéro de téléphone où je pouvais le joindre. Le lendemain, j’ai donc essayé de l’appeler. Sans succès. Au bout de multiples tentatives, je suis tombée sur un médecin qui m’a dit qu’Erwin se trouvait dans un hôpital d’Etat, le GMC (Goa Medical College).

 

- Quelle raison était invoquée pour justifier ce transfert ?

- Le médecin m’a expliqué qu’Erwin souffrait d’une grave infection et que le GMC disposait d’une unité de microbiologie qui pouvait le soigner de manière plus efficace. Il évoquait aussi le risque d’une amputation. La situation était d’autant plus inquiétante que mes tentatives de contacts téléphoniques restaient vaines. J’ai alors demandé l’aide du ministère des Affaires Etrangères lequel m’a mis en rapport avec Oswald G., un membre de l’ambassade de Belgique à New Delhi.   

 

- Quand parvenez-vous à enfin recevoir des nouvelles d’Erwin ?

- Le jeudi 11 août, au petit matin, via un email d’Oswald G. : «L'état de santé de votre frère est alarmant: il souffre d'un 'deep vein thrombosis' avec un embolisme présumé, du fait d'une infection au pied droit. Cette situation s'est aggravée par des problèmes respiratoires. Il sera mis sur 'ventilateur'. Le danger est présent que l'infection se répande vers le cerveau, ce qui pourrait provoquer un coma. (…) Un rapatriement médical d’urgence est indiqué» L’ambassade me demandait donc de vérifier si Erwin était couvert par une assurance rapatriement. «Sinon», précisait-elle, «il sera nécessaire de trouver les fonds nécessaires à son rapatriement auprès de votre famille.»  Ma mère a immédiatement pris contact avec la mutuelle d’Erwin. Il était en ordre mais on lui a signifié sans ménagement que mon frère ne serait pas rapatrié! Bien que n’était précisé nulle part dans les documents reçus de la mutuelle, son assurance rapatriement n’était plus valable après plus de trois mois de séjour à l’étranger.

 

- Vous étiez donc dans une impasse ?

- C’était d’autant plus la panique que ce jeudi 11 août, Erwin m’a enfin appelé du GMC Hospital. Il m’a dit qu’il fallait absolument venir le chercher. Craignant d’être amputé, il était très angoissé. C’est la dernière fois que j’ai parlé à mon frère… (Ndlr : Elle s’arrête un instant) J’ai donc décidé de me rendre en Inde. Malheureusement, il y avait des grèves à l’aéroport de Londres et le premier vol ne partait que le dimanche. Entre temps, l’ambassade belge m’a signalé que ce serait désormais le consul belge à Bombay, Herman M. qui s’occuperait de mon cas. Le jeudi après-midi, il me confirmait par mail que : «Le meilleur serait que quelqu'un vienne chercher votre frère et le ramène en Belgique.» Mais, dès le vendredi, ayant appris que mon frère n’était plus couvert par son assurance rapatriement, il a changé son fusil d’épaule. Herman M. m’a envoyé un mail pour m’annoncer qu’Erwin était désormais sous respiration artificielle, précisant ceci : «en tout état de cause votre frère ne peut pas voyager dans les prochains jours. Le médecin nous dit qu'avec la machine de respiration artificielle et les médicaments antibiotiques, votre frère pourrait se rétablir suffisamment pour prendre l'avion dans deux semaines.»

 

- A en croire ce mail d’Herman M., votre frère était donc correctement pris en charge et il n’était plus en danger de mort ?

- Cela aurait été crédible, si ce même vendredi 12 août, je n’avais pas aussi reçu un autre mais de sont collègue de New Delhi, Oswald G. Lui, il m’informait que «l'hôpital n'a pas les moyens pour traiter votre frère et va le faire transférer vers une clinique privée»!

 

- Au ministère des affaires étrangères à Bruxelles, il n’y avait personne qui pouvait vous aider à sortir de cette confusion ?

- Là, j’étais en contact avec un certain Oliver K. Lui, il n’arrêtait pas de me dire : «Monter en Inde pour aller chercher votre frère». Je lui répondais : «Mais il n’est pas en état de prendre un vol normal, aidez-moi à organiser un rapatriement sanitaire» (Ndlr : Dans un cas exceptionnel comme celui-ci, cette demande n’avait rien d’abusif. Les Affaires étrangères peuvent libérer des fonds, à titre de prêt, pour financer un rapatriement. Lire l’encadre : «Pas de faveur pour Erwin»). A un certain moment, il m’a lâché : «Mais j’ai sept personnes décédées à rapatrier avant votre frère». Je lui ai fait remarquer qu’il ferait peut-être mieux de faire passer en priorité le cas d’un vivant. Il n’en démordait pas : «Non, votre frère viendra ensuite». J’étais sciée.

 

- Donc vous êtes partie le dimanche 14 août…

- Et je suis arrivé à Bombay le lundi 15, vers 1 heure du matin. Herman M. m’avait dit que quelqu’un m’attendrait mais personne n’est venu. Je me suis retrouvée seule sur un trottoir puant et j’ai attendu jusqu’à 2 heures du matin. Il fallait que je rejoigne un autre aéroport pour prendre un vol vers Goa. Finalement, j’ai fait confiance à un Indien qui ne me lâchait plus : je suis montée dans sa voiture et pendant une heure, il m’a trimballée dans les rues de Bombay en me montrant des distributeurs de billets. Ne parlant pas anglais, la seule chose que je pouvais lui dire, c’était «dollars-aéroport». Finalement, il a compris que s’il me déposait dans un aéroport, il aurait de l’argent. Malheureusement, il ne m’a pas conduit à la bonne adresse. A trois heures et demi du matin, j’ai du marcher pendant quelques kilomètres en direction du bon aéroport. J’ai eu finalement mon avion à 6 heures 30 et je suis arrivée à Goa deux heures plus tard. Là, il y avait tout de même un couple qui m’attendait. Il s’agissait de Fabienne, une femme flamande qui vit à Goa depuis un an et demi et de son mari indien. J’étais dans un tel état qu’ils n’ont pas eu le cœur de me déposer dans un hôtel comme cela été prévu. Ils m’ont conduit directement l’hôpital… Où j’ai du poireauter pendant trois heures avant que je puisse enfin voir Erwin.

 

- Dans quel état était-il ?

- Je l’ai trouvé entièrement nu sur un lit. Il avait son respirateur en bouche et il semblait inconscient. J’ai tout de suite demandé que l’on mette un drap sur lui, quitte à le payer. Je lui ai pris la main, je lui ai parlé. Il s’est alors un peu agité et j’ai vu des larmes qui coulaient sur son visage : il m’avait reconnu… Il comprenait très bien ce qui était en train de se jouer.

 

- Et son pied ? 

- Rien d’apparent. Absolument rien! Pas même une écorchure. Je lui ai caressé les deux pieds pour qu’il se rende compte qu’il n’avait pas été amputé. Erwin n’a pas su m’expliquer ce qui s’était passé dans cet hôpital. Il essayait de me parler mais avec le respirateur il n’y arrivait pas. Quand j’ai vu l’état dans lequel il était, je me suis dit : «S’il reste-là, il est foutu.» De toute évidence, cet hôpital était une sorte de mouroir pour personnes démunies. Tout était sale. Les gens y marchent pieds nus. Pour voir Erwin, on me faisait mettre un tablier tâché et à moitié déchiré. Soit disant, il était «stérile»… En réalité, cet hôpital d’Etat est une sorte d’école pour des étudiants en médecine qui se font la main sur des cobayes humains avant d’aller travailler dans des structures privés. Pour voir un médecin responsable, il m’a fallu attendre le mercredi 17 août… (ndlr : Elle marque une pause). Il y avait six autres patients dans le service des soins intensifs où se trouvait Erwin. Ils étaient tous dans le même état. Pendant les quatre jours où je suis restée sur place, outre mon frère, quatre d’entre eux sont décédés… Erwin n’a pas été vraiment soigné. Dans ce type hôpital, les familles jouent un rôle actif dans le traitement des patients. Elles sont dans les couloirs à attendre pendant des heures que les médecins leur délivrent des tickets. Ensuite, elles sortent en ville à la recherche des médicaments. Si il n’y a pas ce relais familial, il n’y a pas de médicaments pour le patient! En plus, ils avaient immobilisé Erwin depuis le vendredi. En cas de thrombose au pied, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Un caillot de sang, cela monte. Il aurait fallu le faire marcher toutes les deux heures au moins pendant la journée.

 

- Une fois sur place, qu’avez-vous tenté pour le sortir de là ?

- Dès le lundi 15, j’ai eu un nouveau contact téléphonique avec Herman M. Je me suis fâchée. Rien n’avait été fait pour le changer d’hôpital. J’ai exigé qu’il m’aide à organiser un rapatriement d’urgence. Herman M. m’a répondu : «Vous avez 50.000 euros ? Sinon, prenez l’avion et revenez dans deux semaines et vous retournerez avec lui en Belgique via un vol normal». Je ne disposais bien évidemment pas d’une telle somme mais je lui ai dit que j’étais prête à signer n’importe quelle reconnaissance de dette; Même si je devais payer jusqu’à la fin de ma vie… Là, il m’a raccroché au nez! J’ai donc cherché à faire transférer Erwin dans un hôpital privé. Dans un premier temps, on m’a dit qu’il m’en coûterait environ 12.000 roubles (25 euros). Tout était organisé pour le lendemain matin… Mais le mardi, l’hôpital m’a informé que, tous comptes fait, ce transfert m’en coûterait 6.250 euros. A payer cash. De toute évidence, on voulait me faire cracher un maximum d’argent. J’ai téléphoné au consulat pour me plaindre. Herman M. s’est contenté de me dire : «Je vais essayer de faire baisser cela à 2.500 euros». Je n’ai pas attendu le résultat de ces prétendues tractations. J’ai immédiatement cherché à organiser moi-même un rapatriement. Grâce à Fabienne, j’ai eu un bon contact avec Air India. Ils voulaient bien aménager une cellule stérile dans un avion commercial pour mon frère et moi. Ils pouvaient m’aider à trouver un médecin, un anesthésiste et une infirmière. Le médecin de l’hôpital était d’accord. Il m’a même fait un petit plan décrivant l’aménagement que devrait subir l’avion. En plus, Air India acceptait que je paye en arrivant en Belgique. Tout ce qui manquait, c’était les passeports pour le personnel médical indien qui devait nous accompagner. Il fallait donc passer par le consul. Je lui ai téléphoné.

 

- Et que vous a-t-il répondu ?

- Qu’il était hors de question que le rapatriement se fasse sur un vol commercial! Une nouvelle fois, il en faisait une question d’argent : «Il a besoin d’un vol sanitaire et cela coûte 100.000 euros». Non seulement, le prix augmentait mais il fallait que je paye cash. Désespérée, je l’ai traité de tous les noms. Ensuite, je suis restée toute la journée de mercredi à veiller mon frère. Pendant ce temps, en Belgique, ma mère donnait des coups de fils partout. Aux affaires étrangères, on lui disait de faire confiance au consul. A la Défense, on lui a dit qu’on n’avait pas les moyens de l’aider. A Médecins sans Frontières, on lui a répondu qu’on ne s’occupait pas d’un cas isolé. Anne-Marie Lizin, la présidente du Sénat, m’a même téléphoné en Inde : «Je prends tout en main. Vous allez revenir avec votre frère». Et puis, je n’ai plus jamais eu de nouvelles.

 

Quand votre frère est-il mort ?

Quand je suis revenue le voir, le jeudi 18 au matin, il ne réagissait plus tout. Il était en train de partir. On m’a annoncé sa mort à 21 heures 20. Son corps a été mis en attente dans un couloir. Pendant deux ou trois heures. Finalement, j’ai du aider à le transporter vers la morgue de l’hôpital. C’était un lieu à l’image du reste : les frigos ne fonctionnaient pas. Des cadavres étaient amoncelés en état de putréfaction. Cela puait horriblement. Au sol, il y avait de la terre. Erwin a été mis au dessus d’un autre corps. Je croyais que j’hallucinais. Il y a des images qui ne s’effaceront jamais. (Elle se tait pendant un instant) Quelques heures plus tard, dans la nuit du jeudi au vendredi, Herman M. m’a téléphoné. Je lui ai fait part de mon intention de ramener le corps de mon frère en Belgique. Il m’a répondu quelque chose du genre : «Vous ne feriez pas brûler votre frère, cela prend moins de place dans les bagages». Dans la journée du vendredi, sa secrétaire m’a rappelé : «Il n’y a plus de problèmes, le gouvernement belge avance une somme de 6.000 euros pour vous rapatrier avec votre frère». Le samedi, elle me dira cependant que je devais acheter mon billet d’avion, moi-mêmeEt, in fine, c’est les pompes funèbres de Fleurus qui ont avancé l’argent pour le retour du corps de mon frère. Là encore, les prix ont gonflé en cours de route. En Inde, les pompes funèbres étaient d’accord de préparer le cercueil de mon frère pour 400 euros. Finalement, leurs confrères de Fleurus ont reçu une facture de 2000 euros…  Quant aux 6000 euros initialement promis par le consul, on ne les a jamais vu! Le retour en Belgique nous a finalement coûté près de 10.000 euros.

 

- Quelle est la cause officielle du décès de votre frère?

- Contre ma volonté, les médecins indiens ont absolument voulu faire une autopsie. C’était cela où ils refusaient de me rendre le corps. Dans le rapport qu’ils ont rédigé, on peut lire qu’il était robuste, athlétique et en bonne santé. Qu’il n’avait aucune infection dans le sang. La cause de la mort ? Ils ont marqué «mort naturelle»! Lors de cette autopsie, il a été charcuté et son corps a été bourré de formol. Je crois que c’était pour effacer les traces des traitements qu’il avait subis.

 

- Avez-vous encore eu des nouvelles d’Herman M., le consul de Bombay ?

- Le dimanche 21 août, je suis partie de Goa vers Bombay. A l’aéroport, une voiture m’attendait. C’était la sienne. Il voulait me parler et il m’a invité à manger dans sa résidence. Il m’a dit : «Je ne pensais pas que c’était si grave». Il m’a promis qu’il irait voir ce qui se passe réellement dans les hôpitaux de Goa. En fait, je crois qu’il était surtout inquiet de ce que je pourrais raconter lors de mon retour en Belgique… Si Erwin avait été une personne socialement importante, je suis certaine qu’il aurait été rapatrié quand il était encore temps. Mais les diplomates qui pouvaient nous aider n’ont fait que parler d’argent, d’argent et encore d’argent. On a laissé mourir mon frère comme un chien.

 

 

Pas de «faveur» pour Erwin…

Quel type d'assistance les Affaires étrangères auraient-elles pu fournir à la famille d’Erwin? Le site du ministère (www.diplomatie.be) dans sa rubrique «Belges en voyage à l’étranger» renseigne notamment ceci : «Dans des cas exceptionnels, nous pouvons vous avancer les fonds nécessaires pour permettre votre rapatriement. Cette assistance n'est cependant pas un droit mais une faveur, et vous devrez signer une reconnaissance de dette.» La sœur d’Erwin ne demandait rien de plus. Morale de cette tragique histoire : si vous partez à l’étranger, vérifier plutôt deux fois qu’une si vous êtes couvert par une assurance rapatriement contractée auprès d’un assureur privé… Plutôt que de compter sur la solidarité de nos diplomates.




20:39 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

07/10/2005

Violence routière (290504)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 29 septembre 2005

«Il faut condamner plus sévèrement les criminels de la route!»

 

Stoumont, le 21 septembre 2005. Roulant à 100 km/h dans une zone 30, un chauffard perd le contrôle de sa voiture et percute violemment cinq ados de 12 à 15 ans qui attendaient leur bus pour aller à l’école. Circonstance aggravante, le criminel de la route est un récidiviste : depuis le 31 août, il était déchu du droit de conduire pour trois mois en raison d’une condamnation pour… excès de vitesse. Cette fois, les victimes s’en sortent avec de graves blessures, mais elles auront la vie sauve. Ce ne fut pas le cas pour Steve Léglise, 12 ans, fauché par un chauffard ivre, le 21 juin 2005 à Waulsort. Une autre affaire impliquant un récidiviste qui avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour conduite en état d’ivresse. Coup de gueule de Marie-Ange Offrois, la maman de Steve : «L’homme qui a tué mon fils n’a jamais manifesté le moindre regret. Il a fait 28 jours de prison et quinze jours plus tard, il avait de nouveau son permis de conduire. Dans un tel cas, je devrais plutôt parler d’un permis de tuer. Les récidivistes devraient être systématiquement interdit de conduire à vie et condamnés beaucoup plus sévèrement. La vie de Steve s’est arrêtée à 12 ans mais son assassin ne risque qu'une sanction maximum de cinq ans de prison. Avec les différentes remises de peines, dans le meilleur des cas, il ne passera pas plus d’un an et demi derrière les barreaux… »

 

 

- Que s’est-il passé le 21 juin 2005 ?

- C’était une journée ensoleillée. Steve venait de terminer ses examens et tout s’était très bien passé. L’année suivante, il aurait dû rentrer en deuxième humanité. En début d’après-midi, comme l’école était terminée, je lui avais donné l’autorisation de se rendre à la piscine avec un ami. Il devait revenir vers 16 heures. Dix minutes avec l’heure convenue, il était déjà là. Cela faisait partie de sa personnalité : il était très obéissant et prudent. Sur son vélo, il est donc arrivé à proximité de notre maison, laquelle se situe en bord de Meuse, sur une route secondaire, non loin du château de Freyr. Respectueux du code de la route, Steve a ralenti et il a tendu son bras gauche pour indiquer qu’il allait tourner. Trois voitures qui le suivaient ont ralenti. La voie était libre pour qu’il passe de l’autre côté de la chaussée. Alors qu’il traversait la ligne blanche, une quatrième voiture est arrivée à près de 140 kilomètres/heures. Son conducteur n’a pas tenu compte des trois voitures qui étaient à l’arrêt et il les a doublées. Avec une violence inouïe, il est rentré dans Steve. Cela a fait un terrible bruit que j’entends encore dans mes cauchemars. Le vélo de mon fils a été projeté à une dizaine de mètres et lui, il s’est retrouvé sur le corps sur le capot du véhicule et la tête enfoncée dans le pare-brise. La voiture a malgré tout continué à rouler pendant quelques mètres encore, comme si le conducteur ne freinait toujours pas. Steve a été alors projeté sur la rue. A quarante mètres du point d’impact initial. Je suis sortie en courant. Steve baignait dans son sang. Son corps était complètement désarticulé. Il avait les yeux fermés. Tous ses vêtements étaient déchirés, ils n’avaient plus de chaussures. J’ai cru que je devenais folle… Je lui ai parlé. Je ne sais pas s’il m’entendait. Je lui ai juré que ce qu’on lui avait fait ne resterait pas impuni. Les secours sont arrivés rapidement. Pendant près d’une heure, des médecins ont bien tenté tout ce qu’ils pouvaient pour le maintenir en vie, mais il n’y avait plus rien à faire. Steve est mort comme cela. A 12 ans. Il était en bonne santé, il avait plein de projets. En deux secondes, à cause d’un fou, tout s’est envolé.

 

- Immédiatement après l’«accident», comment se comportait le chauffard ?

- Je ne me souviens même plus de son visage tellement j’étais en état de choc. Anéantie. Lui, l’assassin de mon fils, il ne semblait pas plus préoccupé que cela. Il m’a dit un truc du genre : «C’est un bête accident» et puis il m’a posé une question : «Il était à pied ou il roulait en vélo?». Je ne l’ai pas vu pleurer. Il ne s’est pas excusé. De toute évidence, il ne semblait pas perdre le nord : je l’ai vu téléphoner à sa femme pour dire qu’il rentrerait en retard parce qu’il avait «écrasé un gosse». On aurait dit quelqu’un qui avait eu un contretemps anecdotique. C’est comme si il avait crevé un pneu… Les policiers l’ont immédiatement arrêté. Il leur a expliqué qu’il venait de participer à une fête. Et, de fait, les tests ont révélé qu’il possédait deux grammes d’alcool par litre de sang. Je me suis renseignée : cela équivaut à 24 bières ou à une bouteille d’un litre whisky.  

 

- A-t-il fait de la prison ?

- Après son inculpation pour homicide involontaire par défaut de prévoyance, un juge d’instruction de Dinant lui a décerné un mandat d’arrêt. L’enquête a aussi révélé qu’il n’en était pas à son coup d’essai. En 2002 et en 2003, il avait déjà été condamné pour conduite en état d’ivresse. Malgré cela, ils ne l’ont gardé que 28 jours derrière les barreaux. Et quinze jours après sa libération, il disposait de nouveau de son permis de conduire. D’ailleurs, il est venu nous narguer en passant à plusieurs reprises devant notre maison. J’ai du téléphoner à la police pour qu’il cesse son petit manège. D’après ce que je sais, ce monsieur a repris sa petite vie bien tranquille. Il travaille sur des brocantes et des marchés dans la région et il dit à qui veut l’entendre que «c’est moche d’avoir tué un gosse mais qu’il ne changera pas sa manière de vivre.» Autrement dit, il continuera à boire et à conduire. Mais dans le fond, pourquoi changerait-il de comportement si l’autorité lui redonne son permis… de tuer.

 

- Où en est l’instruction du dossier judiciaire ?

- Elle est presque terminée et on espère un procès avant la fin de l’année. D’après notre avocat, l’assassin de mon fils risque une sanction maximum de cinq ans de prison. Avec les différentes remises de peines, dans le meilleur des cas, il ne passera pas plus d’un an et demi derrière les barreaux… Pour moi, il y a beaucoup trop de laxisme dans la répression dans ce type de criminalité. En août dernier, une dame âgée de 49 ans a été arrêtée à Beveren. Elle roulait à bord d’une Porsche. Elle a avoué qu’elle conduisait sans permis depuis 25 ans! En 1979, on le lui avait retiré pour trois mois et elle n’avait jamais repassé l’examen. Résultat des courses ? Elle vient de se faire condamner à 1100 euros d’amende et à une interdiction de conduire d’un mois. Non seulement, je trouve qu’elle s’en sort très bien, mais en plus ce type de décision judiciaire banalise l’infraction commise. Il est vrai qu’en matière de violence routière, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que les mentalités évoluent. Plutôt que de râler à propos des contrôles de vitesse, je demande au gens d’avoir une pensée pour Steve et pour les quelques 80 enfants qui, chaque année, perdent la vie sur les routes de Belgique.  

 

 

Retrait à vie du permis

 

Les parents de Steve Léglise ont lancé une pétition demandant «le retrait à vie du permis de conduire à toute personne ayant tué en état d’ivresse». «Il est insupportable que de tels dangers publics soient encore autorisés à conduire un véhicule (1)», explique Marie-Ange Offrois. «Pour moi, ceux qui conduisent sous l’effet de l’alcool n’ont pas d’excuses à faire valoir. Tous les ans, des campagnes d’information rappellent les dangers de la conduite en état d’ivresse. Ceux qui passent outre font le choix conscient de mettre la vie d’autrui en danger. Sans relais médiatique, notre pétition a déjà pu recueillir quelques 6000 signatures. Lors des Fêtes de Wallonie, nous avions pour projet de remettre la pétition au Ministère de l’équipement et des Transport à Namur. Nous étions accompagnés de 200 personnes, mais il n’y avait personne pour nous recevoir. Peut-être qu’avec plus de signatures, on s’intéressera plus à nous. Nous irons alors voir le ministre fédéral de la Mobilité, Renaat Landuyt. Bien sûr, le retrait systématique du permis pour ceux qui tuent sous l’effet de l’alcool ne serait qu’une demi victoire. Car la récente affaire de Stoumont a  démontré qu’il reste encore beaucoup à faire pour réussir à empêcher ceux qui n’ont plus de permis de prendre encore la route…» Pour obtenir le texte de la pétition, vous pouvez écrire à l’adresse de Marie-Ange Offrois, Rue de Meuse, n°1 à 5540 Waulsort. Joignez un timbre afin que la maman de Steve puisse vous répondre.

 

 

Pour en savoir plus

L'association Parents d'Enfants Victimes de la Route (PEVR) regroupe plus de 450 familles. Elle a développé un site internet bilingue : www.pevr.be qui comporte notamment un forum de discussion. On peut aussi joindre PEVR par téléphone :  02/ 780 29 42.

 

      






13:48 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |