19/09/2005

Pétrole (080905)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 8 septembre 2005.

 

«Bloquer les prix du pétrole, c’est possible ! »

 

Des travailleurs qui s’arrêtent de travailler pour protester contre l’augmentation constante du prix du mazout de chauffage, une association telle Touring  –1 million de membres- qui lance une pétition nationale sur le thème «conduire devient un privilège de riche» afin que l’essence et le diesel soient moins taxés. La population belge commence à être chauffée à blanc par la flambée des prix pétroliers. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral s’illustre pas son inaction et par ses disputes internes autour de mesurettes… Secrétaire général de la FGTB, Xavier Verboven dénonce : «Et pourtant, Verhofstadt et ses collègues disposent d’un réelle marge de manœuvre. Il y a en Belgique un contrat programme qui règle les prix des produits pétroliers. Dans ce cadre-là, si le gouvernement en avait la volonté politique, il pourrait imposer un prix maximum qui ne pourrait pas être dépassé, même en cas de forte hausse du cours du pétrole. Cela impliquerait évidemment des négociations, voire un bras de fer avec le lobbie pétrolier, mais c’est techniquement possible».

 

- Il y a quelques jours, des ouvriers de la Sonaca à Gosselies ont débrayé pendant deux heures pour protester contre la hausse constante des prix des produits pétroliers. Vous comprenez ce mouvement de colère ?

- Je comprends parfaitement le profond énervement de ces travailleurs. A 0,5929 euro le litre, le prix du mazout de chauffage a augmenté de 50% depuis le début de l’année. Cela devient intenable! Certains d’entre eux vont avoir des difficultés pour se chauffer cet hiver. Et là, il s’agit de personne qui ont un boulot. Pensez aussi aux allocataires sociaux, aux personnes isolées, aux familles monoparentales… A cela s’ajoute le prix devenu prohibitif de l’essence et du diesel. Or, pour beaucoup de travailleurs, se déplacer en voiture pour aller au boulot n’a rien d’un caprice. C’est une nécessité. Parce que certains horaires l’imposent, parce qu’il faut aussi déposer des enfants à l’école, parce qu’il faut encore faire des courses après le boulot ou plus fréquemment encore parce que leur lieux de travail n’est tout simplement pas desservi par les transports en commun ou un transport collectif organisé par l’entreprise. C’est bien de conscientiser les gens sur les problèmes d’environnement, et c’est d’ailleurs une préoccupation que je partage entièrement, encore faut-il qu’il y ait en parallèle une vraie politique de mobilité. Tant que ce ne sera pas le cas, les travailleurs seront pris au piège. Ils auront besoin de leur voiture comme de pain. C’est-à-dire comme un produit de première nécessité qui leur permet de se déplacer pour gagner leur vie. 

 

- La grogne semble monter dans la société. C’est aussi le retour que vous avez des contacts avec vos affiliés ?

- Certainement. Le gouvernement doit absolument prendre des mesures d’urgence pour alléger la facture pétrolière qui pèse sur les ménages. Ses tergiversations, ses conflits internes renforcent l’irritation. Et c’est bien compréhensible, dans la mesure où n’importe qui dans la rue est capable de comprendre que l’augmentation des prix du pétrole n’a rien à voir avec une surprise.

 

- Risque-t-on un mouvement de protestation générale ?

- Si l’inaction du gouvernement perdure ou s’il prend des mesures inéquitables sur le plan social, c’est une éventualité. Soyons très clair : dans un tel cas de figure, nous serons dans la rue au côté des travailleurs!

 

- Selon vous, comment le gouvernement fédéral doit-il réagir ?

- Prioritairement, il faut revoir le fonctionnement du fond mazout créé par ce gouvernement pour soulager la facture des ménages à bas revenus...

 

- Mais il y a eu des mesures récentes à cet égard : cette année, les bénéficiaires pourront y faire appel jusqu’à fin avril, plutôt que jusqu’à fin mars. Le seuil d’intervention fixé initialement à 0,45 euro le litre a été abaissé à 0,40 euro. Désormais, outre les allocataires sociaux, les personnes bénéficiant d’une médiation de dettes ou d’un règlement collectif de dettes pourront également y faire appel…

- C’est très bien, mais qui finance le fonds mazout ? Le consommateur. C’est cela qui est inacceptable. Les compagnies pétrolières font de plantureux bénéfices avec l’augmentation des prix et plutôt que de prendre une toute petite partie de ces bénéfices pour aider les plus faibles, le gouvernement encore augmenté le prix pour tous les consommateurs avec une taxe supplémentaire. Sur ce point, il doit absolument revoir sa copie.

 

- Pour l’instant, on parle surtout du chèque énergie ?

- Avec la hausse des prix, l’Etat qui taxe fortement les produits pétroliers (ndlr : les taxes et accises constituent 60% du prix de l’essence, 50% du prix du diesel et 20% du mazout de chauffage) a augmenté ses recettes de plus de 250 millions d’euros depuis le début de l’année. Il est donc tout à fait logique qu’il ne tire pas plus longtemps profit d’une crise qui réduit le pouvoir d’achat des citoyens. Pour autant, la redistribution envisagée des excédents de bénéfices doit se faire de manière équitable. Ce ne sera pas le cas si on en reste à cette idée du chèque de 75 euros pour tous les consommateurs. Il faut adapter la redistribution aux revenus des personnes. Les bas et moyens revenus devraient recevoir plus que les hauts revenus. 

 

- Cette mesure du chèque énergie, ça ressemble tout de même un peu à du bricolage?

- Si il est donné de manière équitable, ce sera tout de même bon à prendre pour les ménages. Mais c’est que dans le même temps, il faudrait enfin prendre des mesures plus structurelles. La flambée des prix est certainement causée par la conjoncture internationale et par des phénomènes de spéculation. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’Etat est tout à fait impuissant par rapport à cela. Il y a en Belgique un contrat programme qui règle les prix des produits pétroliers. Dans ce cadre-là, si le gouvernement en avait la volonté politique, il pourrait imposer un prix maximum qui ne pourrait pas être dépassé, même en cas de forte hausse du cours du pétrole. On devrait envisager cette piste, au minimum pour le mazout de chauffage, qui est un produit de première nécessité. Cela impliquerait évidemment des négociations, voire un bras de fer avec le lobbie pétrolier, mais c’est techniquement possible.

 

- C’est un acte politique fort que vous demandez là !

- A situation exceptionnelle, il faut des réactions exceptionnelles. Et je précise qu’une telle négociation serait aussi bien utile pour parler du prix du gaz qui risque aussi, dans les six mois, de connaître une hausse spectaculaire.

 

- Une autre mesure structurelle ?

- Que ce soit pour le gaz, pour le mazout de chauffage mais aussi pour l’électricité, il est aussi impératif que le gouvernement impose enfin aux opérateurs la création de tarifs sociaux pour aider les personnes les plus fragiles de notre société (allocataires sociaux, handicapés…). Il n’est pas acceptable que les sociétés du secteur de l’énergie ne soient pas contraintes de respecter un minimum d’obligations de service public alors que leurs activités concernent des besoins vitaux (se chauffer, s’éclairer…). 

 

- En 2004, la TVA et les accises sur le produits pétroliers représentaient respectivement 1.564 et 3,876 milliards d’euros. Le PS a notamment proposé de réduire la TVA sur le mazout de chauffage…

- Ce à quoi on lui a répondu que c’était impossible parce qu’il faut passer par un accord européen pour prendre une telle mesure. Or, dit-on, plusieurs partenaires de l’Union ne seraient pas d’accord avec une telle réduction de la TVA. A mon sens, il ne faut pas voir les choses d’une manière aussi fataliste. Les prix pétroliers ont fortement augmenté dans tous les pays européens et cela peut avoir changé la donne. Dans ce contexte, la Belgique pourrait être beaucoup plus persuasive si elle remettait ce dossier sur la table de la Commission. En plus, il y a aussi de la marge de manœuvre sur les accises. On peut les diminuer mais aussi revoir leur mécanisme actuel qui fait qu’à chaque diminution du prix des carburants, les accises augmentent d’un montant équivalent à la moitié de la baisse! Ce qui veut dire que quand les prix descendent le consommateur n’en bénéficie pas entièrement. Par contre, quand le prix monte, les accises, elles, ne baissent pas!

 

- Nous sommes tous touchés par la hausse des prix pétroliers. Bien sûr que l’on voudrait consommer moins cher. Mais on pourrait aussi consommer moins… D’ailleurs, ce serait bien nécessaire pour préserver la qualité de notre environnement ?

- Mais beaucoup de gens sont conscients de cela! Encore faut-il la possibilité de consommer moins. On a évoqué tout à l’heure des travailleurs actifs qui ne disposent pas d’alternative crédibles en termes de transports collectifs pour se rendre sur leur lieu de travail : ils sont encore très nombreux dans ce cas. Bien sûr, depuis des années, on parle beaucoup de «plans de mobilité». Malheureusement, parler ne suffit pas. Il manque encore une véritable impulsion du monde politique et de celui des entreprises dans ce domaine. C’est cela qui fait défaut en Belgique. Par exemple, en matière d’économie d’énergie, le gouvernement pourrait aussi s’inspirer de l’exemple allemand. Ils ont créé de manière tripartite (syndicats, employeurs, gouvernement) une alliance pour l’emploi et l’environnement. Cela a débouché sur la constitution d’un fonds financier très important visant à rendre possible la rénovation de 300.000 logements par an. Résultat : les Allemands vont consommer moins de gaz et moins de mazout de chauffage. C’est bien pour les particuliers – factures moins lourdes- mais cela correspond aussi à un intérêt collectif : l’Allemagne va réduire ses émissions de CO2 de manière spectaculaire. Cela lui a en plus permis de créer 200.000 emplois dans la construction mais aussi dans le secteur de la technologie contribuant à la protection de l’environnement.

 

- 200.000 emplois ? Il faudrait dire cela avec Verhoofstadt!

- Ouais, cela résoudrait son problème!(ndlr : rire). La FGTB lui a déjà écrit à cet égard…

 


08:50 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Le prix du pétrole ne fera que monter dans les prochaines années C'est le pic petrolier.Cela fait 30 ans que les scientifiques tirent la sonnette d'alarme pour la consomation de pétrole.La production stagne et diminuera bientot , la demande elle, continuera d'augmenter.A terme nous ne pouvons avoir qu'une hausse des prix.

Le pire ? La belgique est un des pays les moins bien préparé d'europe.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_p%C3%A9trolier

http://www.oleocene.org/

Écrit par : YapiYapo | 22/09/2005

Des Scientifiques de l'Université de Mons-Hainaut envoient une Résolution sur le Pic du Pétrole aux Bourgmestres Belges Francophones Ce 26 avril 2007, une Résolution sur le Pic du pétrole signée par 11 scientifiques de l’Université de Mons-Hainaut a été envoyée aux 262 bourgmestres wallons et 19 bourgmestres bruxellois. La Flandre suivra d’ici peu, ainsi que d’autres niveaux de pouvoir.
Cette Résolution reconnaît le défi posé par les Pics du Pétrole et du Gaz et l’urgence pour la Belgique à établir un plan de préparation et de réponse au déclin imminent de la disponibilité en pétrole et en gaz. Cette Résolution marque également le démarrage d’ASPO Belgique, la branche belge de l’Association pour l’Etude du Pic du Pétrole et du Gaz (ASPO). Cette association a deux buts principaux :
1) évaluer la disponibilité des ressources en énergie fossile
2) étudier les conséquences du Pic de production sur nos sociétés et proposer des solutions

La Résolution est disponible à partir du lien suivant :
www.aspo.be/doc/Resolution_Peak_Oil_26_avril_2007.pdf
La lettre accompagnatrice adressée aux bourgmestres est disponible à partir du lien suivant :
www.aspo.be/doc/Lettre_aux_Bourgmestres_Peak_Oil_26_avril_2007.pdf
Tout renseignement sur l’ASPO peut être obtenu à www.aspo.be
Notre dossier sur le Pic du Pétrole est également disponible à:
http://mail.materianova.be/pub/Pic_du_Petrole_BrocorensP_Fevrier_2007.pdf

Écrit par : Patrick Brocorens | 03/05/2007

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