15/07/2005

Jean-Pierre Coffe (230605)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 23 juin 2005.

«Il n’y a pas de fatalité à manger mal et cher!»

 

«Quand on congèle de la merde, on décongèle de la merde». Le mot, bien entendu, est de Jean-Pierre Coffe. Inlassable pourfendeur de la malbouffe – depuis vingt ans déjà !- cet épicurien est aussi un bourreau de travail. On l’écoute chaque samedi sur France Inter («Ca se bouffe pas, ça se mange !»), on le regarde chaque dimanche sur France 2 («Vivement dimanche») et il vient de se lancer dans une série d’émissions pour M6 («Panique en cuisine»). C’est tout ? Non. Il s’occupe aussi d’une ligne de vêtements de jardinage portant son nom et, via son site internet (www.jeanpierrecoffe.com), il commercialise des produits alimentaires de qualité. Quoi encore ? Il vient de publier son 25ème livre où il dispense mille et un conseil pratiques pour «manger sain et bien acheter en toute saison». Coffe nous fait-il un coup de gueule de plus contre notre manière de nous alimenter ? Pas seulement. Son discours porte bien plus loin : il nous invite surtout à repenser nos rapports avec les autres. Avec un maître mot, la convivialité.

 

- Cela fait vingt ans que vous poussez des gueulantes contre la médiocrité de ce que l’industrie alimentaire cherche à nous faire ingurgiter. A la longue, vous ne fatiguez pas ?

- Non et pour une simple et bonne raison : mes coups de gueules ont toujours été spontanés et sincères. Si je jouais un rôle, en d’autres termes si je m’étais construit un personnage pour le vendre aux médias, il est probable que je serais déjà fort fatigué. Mais voilà, à 67 ans, j’ai le sentiment d’avoir toujours pu dire ce que je pense et je vous assure que comme remède que contre cette aigreur et ce renoncement qui vient parfois avec l’âge, il n’y a pas mieux. Cela dit, j’aimerais bien avoir une raison objective d’arrêter ces gueulantes. Cela voudrait dire qu’il y aurait des jeunes journalistes qui auraient envie de prendre le relais. Malheureusement, je n’en vois pas. C’est d’ailleurs un débat qui déborde largement de la question de la malbouffe : les gens qui ont la capacité de s’indigner sont devenus une espèce en voie en de disparition dans cette société très individualiste.

 

- Jean-Pierre Coffe ou le «Che» de la malbouffe ?

- Faut pas caricaturer ! Quand je suis chez Drucker, je ne dénonce rien. Je me contente de faire de la pédagogie pratique pour un large public. Et quand je m’énerve dans mon émission du samedi, c’est aussi une manière de pousser mes interlocuteurs à ne pas pratiquer la langue de bois. Je ne veux pas être prisonnier d’une image parce que, trois fois dans ma vie, j’ai crié «C’est de la merde !» sur des plateaux de télévision. De toute façon, si l’on me trouve parfois excessif, tant pis! N’est-ce pas la situation alimentaire qui est excessivement grave ? Sous des allures qui peuvent parfois semblées bouffonnes, ce que je dis est extrêmement sérieux. Par exemple, j’aurais aimé être plus écouté lorsqu’en 1985, je prévoyais une «épidémie» d’obésité si les gosses continuaient à aller s’enfiler des hamburgers dans des «fast food». On y est : désormais 23% de la population adolescente de France est obèse.

 

- Manger des produits de qualité, cela coûte cher ?

- Mais non ! Et vous n’allez tout de même pas me sortir le discours habituel! Vous travaillez pour la télé, vous publiez des livres et donc vous en avez plein les poches. Sachez que j’ai connu de fameux revers de fortune dans mon existence et que je sais ce que c’est de calculer au franc près pour arriver au bout du mois. Ce qui compte, c’est d’avoir l’organisation, de la motivation et un minimum de connaissance des produits. Manger bien et économique sans effort, cela relève de l’utopie!

 

- Alors, quelles sont-elles ces recettes du bonheur alimentaire ?

- D’abord, il faut manger moins! 150 grammes de viande par jour sont suffisants pour un adulte ou un adolescent. Un enfant, selon son âge, n’a besoin que de 50 à 100 grammes. C’est un problème de société : on remplit trop les caddie et les assiettes. Et on en arrive à jeter énormément... Ensuite, il faut respecter les saisons et acheter les produits qui sont fabriqués dans votre région ou votre pays. Un certain marketing nous pousse à vouloir consommer des fraises ou des cerises à Noël ou des pommes en mai et juin. Cela peut peser extrêmement fort sur le portefeuille et, en termes de qualité, il est permis se poser pas mal de questions. Ces produits viennent souvent de loin et donc il faut donc à la fois payer des frais de transport et les produits utilisés pour prolonger leur délai de conservation. Parfois, il faut aussi leur donner du goût, rajouter les vitamines qu’ils ont perdues… Libre à chacun évidemment de consommer une pomme qui a été congelée, parfois pendant 18 mois. Pour ma part, je préfère dépenser moins, en saison, quand la surproduction du moment permet d’avoir des prix abordables. Tertio : lisez les étiquettes. Des tas de produits manufacturés contiennent des additifs dont il convient de se méfier. Par exemple, il est préférable d’éviter certains «conservateurs de synthèse», quelques «antioxigènes» (ndlr : produits destinés à ralentir le processus d’altération des aliments) et certains «stabilisants».

 

- Parce qu’ils sont dangereux ?  

- Les industriels disposent de pas moins de 357 substances pour «améliorer» leur production alimentaire. Dans le tas, il y a des produits tout à fait inoffensifs mais il y en a d’autres dont on ne sait s’ils le sont ou pas - en attendant, ils sont utilisés-  et d’autres additifs encore qu’il faut absolument proscrire comme le E320 et E321 parce qu’ils présentent des risques cancérigènes… Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

 

- Justement, comment s’y retrouver dans la jungle des produits alimentaires et des additifs?

- Ce n’est pas toujours facile, j’en conviens. C’est de là qu’est née l’idée du petit bouquin que je viens de publier (ndlr : Le Coffe malin, Editions Stock) où je liste tous les produits alimentaires. La saison où ils sont les meilleurs, l’aspect qu’ils doivent avoir, les quantités à acheter… J’énumère aussi les additifs à éviter. La règle d’or reste encore une fois d’acheter des produits frais et si possible chez un détaillant que vous connaissez, avec lequel vous entretenez une relation de confiance.

 

- Je l’ai lu votre livre et j’ai notamment expliqué à ma femme qu’on ferait mieux d’arrêter des salades préemballées et…

- Bien vu ! Chaque fois que vous achèterez un scarole ou une laitue à l’étal, vous ferez une énorme économie. La salade préemballée coûte 500% à 600% plus cher! En plus, elle pleine de chlore. Vaut mieux la passer à l’eau, même si elle dite «prête à l’emploi». Où alors abstenez-vous d’aller au bassin de natation dans la foulée de votre repas!

 

- D’accord, mais ma femme n’était pas contente par qu’on allait perdre du temps…

- Perdre du temps ? Quel temps perd-t-on à laver et trier une salade ? Cinq minutes ? Le marketing ne nous dit pas ce que l’on fait de ces cinq minutes «gagnées». Est-ce pour regarder un peu plus de télé réalité le soir? Moi, je tente de faire comprendre le contraire. Cuisiner et manger en famille, c’est plutôt du temps gagné sur l’individualisme. Pendant que vous couper la salade, vous parlez à votre femme. A table, tout le monde se retrouve, c’est un moment d’échange unique qu’il faut préserver. C’est aussi un élément d’éducation essentiel pour les enfants. Bon Dieu, la famille est plus importante que le feuilleton débile qui passe à la télé! Quand plus personne ne parle dans une famille, il ne faut pas s’étonner par la suite quand le petit, à 15 ans, en arrive à fumer cinq joints par jour… Heureusement, je crois que les choses sont en train d’évoluer. Il y a eu génération sacrifiée. Celle des années ’70 qui a découvert la grande distribution, les pizzas et les surgelés. Celle pour laquelle il semblait «branché» que les différents membres d’une famille mangent à des heures différentes, chacun dans son coin, en réchauffant des plats préparés. Aujourd’hui, cela fait un peu ringard. Vive le retour de la convivialité!

 

- Ringard, mais aussi très cher !

- Evidemment. Pour revenir au début de notre conversation : c’est manger mal qui coûte très cher! Chaque fois que vous achetez « tout prêt», le revendeur – à l’exception de quelques artisans qui font figure de dinosaures- se contente de prendre sa marge sur qu’il a lui-même acquit «tout prêt». Avec un peu de temps et de patience, vous pouvez souvent réaliser le même plat pour beaucoup moins d’argent et ce sera bien meilleur. Un petit exemple : quand vous allez achetez des carottes râpées chez un commerçant ou un charcutier, ne croyez pas qu’il les a faites lui-même. Il les a achetées lui-même à un fournisseur en gros, une usine qui lui a livré dans un sac en plastique et là-dessus il rajoute une vinaigrette industrielle. Acheter plutôt, deux carottes, passez-les dans un robot ménager, pressez un citron et ajoutez un trait d’huile d’olive. C’est tout. Ce que vous venez de faire vous-même coûte 400% de moins. En plus, vous découvrez un goût, une fraîcheur et une qualité vitaminique que vous ne trouverez jamais chez un revendeur.

 

- J’essaye, dès que je rentre à Bruxelles.

- Faites-moi confiance, Madame sera ravie!


09:50 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Comment Jean pierre COFFE peut il faire de la pub pour Giovanni RANA c'est aussi de la merde industrielle ,seul le profit l'intéresse aussi

Écrit par : LE PLENIER | 08/11/2007

infirmière pendant trente ans,me retrouvant au Paraguay pour diverses raisons, j'aurais besoin des conseils de Monsieur Coffe afin de donner aux gens d'ici des raisons de bien produire,bien manger,sans se laisser aller au facile mais au simple cad sans s'inspirer des plus mauvaises séries tv AM . Je suis moi-même assez bonne cuisinière mais me retrouve un peu coicée par l'inertie. Peut-être que si quelqu'un me donnait un coup de main je pourrais faire reculer cet état de non bouffe. La sortie du samedi est pour une pizza ou un hamburger. J'ai essayé de parler de nourriture correcte et délicieuse,la preuve en est que les amis me demandent certaines recettes!le problème est qu'ils s'en foutent car ils n'ont pas envie de changer et pourtant ils meurrent jeunes de cancers digestifs et je sais que je peux les aider. Je suis volontaire et travailleuse mais je sais que sans un coup de pouce quelque chose de spectaculaire ils ne m'écouteront pas. Peut-être monsieur Coffe pourrait-il m'aider?Je dispose d'un petit paradis en croissance une des plus vielles maisons du lieu et je pourrais sans problèmes m'occuper de l'intandance(là j'ai l'impression de faire partie de l'armée ) ce qui n'est pas le cas car notre paradis est magnifique.Je vous saurais gré de bien vouloir faire parvenir à Monsieur Coffe mon message mais si ce n'était pas le cas aimeriez-vous venir vous-même. Je vous remercie de m'avoir écouté et vous souhaite une bonne journée. Joëlle.

Écrit par : raoux | 10/09/2008

Je trouve indécent que J.P. COFFE fasse de la publicité pour des conserves en boîte de chez Leader Price. Il faut n'avoir pas mangé pendant une semaine pour avaler cela.

Écrit par : GUILLON | 03/04/2012

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