01/07/2005

Philippe Gaumont (230605)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 23 juin 2005.

Philippe Gaumont : «Je me suis dopé pendant des années»

 

Ex-médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone et ex-vainqueur de Gand-Wevelgem, Philippe Gaumont a été classé en ordre utile dans de nombreuses classiques au cours de ses dix années de cyclisme professionnel. A une époque, les journalistes français voyaient en ce rouleur le successeur probable de Bernard Hinault… C’était avant que la justice ne le rattrape pour utilisation de produits dopants. Aujourd’hui, le vélo remisé définitivement, il débale tout dans un livre explosif (*). 

 

(*) : Prisonnier du dopage, Editions Bernard Grasset, Paris.

 

Montdidier, près de Amiens dans le nord de la France. Philippe Gaumont m’attend au Café de la Gare. «Du temps où je gagnais beaucoup d’argent, j’ai investi dans cet établissement. Désormais, c’est ici que je travaille», m’explique-t-il en m’accueillant. Du haut de son mètre 90, le gaillard est plutôt impressionnant. Il ne semble pas avoir pris un gramme de graisse, comme beaucoup de ces ex-sportifs de haut niveau lorsqu’ils ont raccroché. Teint halé, sourire peps, ce gars-là pète la forme! Et pourtant, il n’a pas ménagé son corps durant ses dix années de cyclisme pro, entre 1994 et 2003. EPO, hormones de croissance, pot belge (mélange de cocaïne, d’amphétamines et de caféine), corticoïdes, il a pris de tout pour garder sa place dans le peloton. «Rien d’extraordinaire à cela! Dans les équipes pour lesquelles j’ai couru, tout le monde ou presque passait par là. Ce qui me distingue des autres, c’est que j’ai décidé de l’avouer. Et tant pis, si le milieu du cyclisme me rejette ou si certains de mes anciens collègues me feront passer pour un affabulateur. De toute façon, ma vie n’est plus là. Il y a ma femme, mes deux gosses. C’est pour eux que je vis et pour continuer à vivre, j’avais besoin de me décharger de ce poids. Témoigner, c’est une forme de thérapie. Une manière de me réconcilier avec moi-même et avec ceux que j’aime», lance-t-il en guise d’introduction à une discussion qui va me laisser sur les genoux. C’est donc cela le cyclisme pro?  

 

- Au tout début de votre livre, vous écrivez ceci : «Quand j'ai tout raconté au juge, ces soirées de dérive où on se bourre de somnifères pour oublier la monotonie de l'hôtel, ces mélanges qu'on s'injecte, sans savoir d'où ils viennent ni ce qu'ils contiennent réellement, je me suis mis à culpabiliser.Je racontais notre façon de vivre, de fonctionner, et je réalisais à quel point ce que j'avais pu faire, en dix ans de carrière, était malsain, destructeur, imbécile.» Cela ressemble plus au témoignage d’un ex-toxicomane qu’à celui d’un ancien sportif de haut-niveau!

 

- J’étais un toxicomane! Au départ, il ne s’agissait que de dopage pour améliorer des performances sportives et puis, comme bien d’autres, j’ai connu l’engrenage. Je consommais aussi des produits illicites pour aller m’entraîner, pour faire la fête dans les discothèques et dans les clubs de supporters ou simplement pour garder le moral. Les injections et l’absorption de médicaments et de drogues diverses et variées, cela faisait presque partie de mon quotidien!

 

- Comment en êtes vous arrivé là ?

 

- Au début, on vous apprend à ingurgiter toute sortes de choses et cela crée déjà un rapport aux médocs plutôt malsain. Lors de ma première année professionnelle, en 1994, alors que je ne me dopais pas encore, j'avalais facilement en période de courses trois, quatre ou cinq produits différents. Il m’arrivait déjà de prendre quinze comprimés par jour! Des vitamines (Bécozyme, Indusil, Vitascorbol), des acides aminés (Arginine, Plurifactor), du magnésium, du fer, de la cortine naturelle (un premier pas vers la cortisone), du Duxil (pour enrichir mon sang en oxygène), de l'Atépadène (pour le métabolisme des muscles et des nerfs), du Légalon (pour nettoyer le foie). J'avais vingt et un ans, je faisais ce qu'on me disait. De toute manière, des tas de gens était là, qu’ils soient médecins, soigneurs ou même mécano, pour dédramatiser : «ne t’inquiètes pas, ce n’est pas dangereux». Et puis vous constatez que les aînés de l’équipe ont recours à des produits illicites mais, au début, ils vous en parlent peu. Vous êtes un bleu. Vous ne faites pas encore partie de la famille… Cela crée une tentation. Pourquoi pas moi aussi ? Pour être un vrai pro, ne dois-je pas faire comme eux? A tel point que quand j’ai été dopé pour la première fois, avec du Kenakort (ndlr : cortisone), j’avais le sentiment d’être devenu un homme! Bien sûr, c’était de la connerie mais je ne savais pas grand-chose de la vie…

 

- A côté de cela, il y a la pression des sponsors et des directeurs sportifs : je suppose qu’il faut faire des résultats ?

 

- Bien évidemment. Et en étant dopé, cela marche mieux. Vous constatez rapidement que personne ne vous le reproche. Au contraire, on vous félicite pour «avoir bien travaillé»… Quand j’ai commencé dans le cyclisme, en 1994, ne pas se doper équivalait à passer pour un connard! Vous n’aviez pas vraiment le choix… Je me souviens de Gilles Delion de l’équipe Castorama. En 1995, il était le seul de cette équipe à refuser tout dopage. Tout le monde se foutait un peu de sa gueule. Il n’a pas fait carrière, mais c’est lui qui avait raison. Moi j’étais trop jeune et trop influençable pour éviter le piège. 

 

- Le piège ?

- En jouant le jeu du dopage, vous gagnez votre place dans l’équipe… Et de plus en plus d’argent. Vous vous installez dans la vie : mariage, achat d’une maison, enfants… Vous obtenez aussi un statut dans le peloton et vous n’avez pas envie de le perdre. Mais dans le même temps, votre avenir n’est jamais assuré. Les contrats se renouvellent tous les deux ans et il ne faut surtout pas décevoir. Bref, vous êtes tout le temps stressé! En plus, une carrière ne dure quelques années et quand on se lance dans une telle profession, en ayant abandonné l’école beaucoup trop tôt, on vit avec le couteau sous la gorge; On n’a pas de métier en main et on sait qu’il faut gagner un maximum parce qu’à trente ou trente cinq ans, la reconversion risque de ne pas être évidente. C’est comme cela que le piège se referme. Il arrive un moment où toutes les illusions s’envolent. On ne sait plus comment s’arrêter de tricher. On est toujours à la recherche du nouveau «matos». Tout se met à tourner autour de l’argent, de la volonté de sauver sa peau pour le prochain contrat.

 

- Dans de telles conditions, les victoires procurent-elle encore vrai plaisir ?

- Pas vraiment. Et j’ai des points de comparaison pour parler de cela. J’ai commencé la compétition chez les jeunes à l’âge de 14 ans et j’ai accumulé les victoires jusqu’à mon plus beau titre, une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Je connais donc parfaitement ce sanglot qui monte dans la poitrine quand on franchit une ligne d'arrivée en vainqueur, le bonheur d'avoir repoussé ses limites, d'avoir été plus loin que soi-même. Pour moi, ces moments-là sont inoubliables. A cette époque, j’étais vraiment heureux, calme et très discipliné. J’étais aussi plein d’espoir car les tests de résistances et mes bons résultats démontraient que j’avais un très bon «moteur»…  Tout cela, c’était avant le dopage. Quand sont venues les années de la triche, tout était gâché. L'émotion, la fierté, le dépassement de soi avait disparu.

 

- Même quand vous avez gagné la classique belge Gand-Wevelghem, en 1996 ?

- Dans un palmarès c’est sûrement une victoire qui compte, mais je n’ai pas ressenti de joie particulièrement forte! J’étais déjà devenu un boulier compteur. Je ne voyais plus que l’augmentation de salaire qui allait en résulter. J’étais obsédé par l’idée de continuer à survivre dans ce milieu où la solidarité est aussi rare que l’eau dans le désert… Bien sûr, par moment, cela me faisait gamberger. Où était l’idéal qui m’avait conduit à faire ce sport? Si je faisais de bonnes courses, était-ce parce que j’étais un bon athlète ou était-ce parce que j’étais bien dopé? Alors je me disais que c'était le prix à payer pour être sportif professionnel. Et puis je me répétais sans cesse que tous mes collègues étaient comme moi.

 

- Justement, étaient-ils tous comme vous ?

- C’est un point sur lequel je veux être extrêmement précis. Je parle uniquement de ce que j’ai connu dans les trois équipes pour lesquelles j’ai couru entre 1994 et 2003. J’y ai côtoyé une centaine de cyclistes professionnels. Sur ce nombre, pendant ces dix ans de carrière, je n’en ai connu que trois qui ne se dopaient pas… Quand je suis arrivé, c’était la génération «cortisone», ensuite il y a eu l’EPO, les hormones de croissance… Et mille et un autre produits pour être bien excité au moment d’un chrono, pour récupérer, pour être bien dans sa tête, pour dormir... Je donne tous les détails dans mon livre.

 

- Il est possible de mener une carrière en étant dopé… et sans jamais se faire prendre ?

- Mais bien entendu! Le vélo, c’est comparable à deux cent personnes qui roulent à 200 kilomètres sur l’autoroute. De temps en temps, il y a un contrôle radar et trois ou quatre contrevenants qui sont pris. A ce moment-là, il convient de fermer sa gueule et de trinquer pour tout le monde : on vous montre du doigt comme un cas isolé. C’est ce que j’ai vécu en 1999 lors d’un contrôle positif et déjà à ce moment j’avais eu envie de tout dénoncer. Le principe de base dans ce sport se résume à ceci : «Pas vu, pas pris». C’est l’hypocrisie totale.

 

- Mais peut-on être dopé et avoir des contrôles négatifs ?

- Oui. Ce n’est pas la faute des contrôleurs mais dans le dopage on a toujours une longueur d’avance. Le plus souvent, c’est le moment de la prise de produit qui est essentielle. Par exemple, si on prend de l’EPO quatre jours avant un jour où l’on risque d’être contrôlé, il n’y a pas de problème, ce ne sera pas détecté. De même, on peut repérer des transfusions de sang, mais pas les autotransfusions… Enfin, les hormones de croissances sont indétectables et d’autres produits, tels les corticoïdes peuvent être pris sous certains prétextes médicaux, comme une prétendue allergie aux acariens… Et dans le futur, il n’y a pas de raison que cela s’arrête. On se dirige à grand pas vers un dopage génétique. Plutôt que d’accabler ceux qui témoignent, de le traiter de cas isolés ou d’affabulateurs, les gens de l’UCI devraient écouter attentivement les témoignages de gens comme moi. Cela permettrait de marquer des points dans la lutte contre le dopage.

 

- Est-il possible de gagner un tout de France sans être dopé ?

­- Je n’ai pas envie de polémiquer là-dessus…

 

- Dans votre livre, vous écrivez : «on ne peut pas gagner un Tour de France sans être chargé» ?

­- Et bien, je renvoie à mon livre. Dans cette interview, je ne veux pas m’attaquer à une épreuve en particulier. C’est un système généralisé que je décris…

 

- Un système qui, à vous lire, implique aussi des courses qui sont parfois «arrangées»?

- Je témoigne de mon vécu au sein du peloton, sans rien inventer. Il y a des échanges de bon procédé. Tu me rends service aujourd’hui en me laissant prendre les bonifications dont j’ai besoin au classement, demain je te rends un autre service. Mais il y a aussi des services qui sont monnayés et qui faussent les résultats. Par exemple, dans l’édition 2003 de Paris-Nice, mon équipe a reçu plusieurs milliers d’euro des Telekom pour laisser gagner Alexandre Vinokourov.

 

- Si vous n’aviez pas été arrêté par la justice française, en 2004, auriez-vous parlé ?

- Peut-être qu’alors j’aurais respecté l’omerta… Cela dit, au bout du compte, je suis très content d’avoir été interpellé. C’est en me retrouvant devant un juge d’instruction que je me suis mis à tout raconter pour la première fois. Et en faisant cet exercice, j’ai pris conscience de la situation dans laquelle je m’étais mis. Encore une fois, parler a été une véritable thérapie. Cela a été une sorte d’exutoire. Je suis heureux d’avoir arrêté le vélo comme cela. Dans la franchise et avec un certain panache. Je me dis qu’un gars comme Marco Pantani (ndlr : il s’est suicidé en 2004) est peut-être mort de n’avoir pas parler. Aujourd’hui, je continue à témoigner publiquement pour que les parents qui enverraient leurs enfants dans le milieu du vélo sachent qu’il convient d’être vigilants. On vit en effet une époque où la tentation du dopage est déjà présente dans les courses de quartier. Il faut encadrer les jeunes, leur donner la force de ne pas tomber dans ce piège.

 

- Je suppose que votre témoignage n’a pas été bien reçu dans le milieu du cyclisme ?

- Dans ce milieu, si tu parles, on te banni. Je suis donc devenu un paria.

 

- Quel est votre principal regret ?

- Je ne saurai jamais quel sportif j’étais vraiment. Le dopage a tout gâché.

 

Extraits

Son premier «pot belge»

«Je suis assis sur un lit, dans une chambre d'hôtel, à Cahors. Autour de moi, trois coureurs s'agitent. Dans une petite fiole en verre, ils aspirent un liquide transparent, à l'aide d'une seringue. Je m'inquiète : « Vous n'en mettez pas trop, hein ? » « Mais non ! », répondent-ils en riant. Nous sommes le 22 octobre 1994 et, pendant que les invités, dans une des salles du rez-de-chaussée, célèbrent le mariage de Laurent Roux, je vais être baptisé aux amphétamines. C'est le passage obligatoire pour intégrer totalement le monde des cyclistes professionnels. Tout, dans ce rite, fait penser aux pratiques de la mafia. On appelle la cérémonie « le baptême » et les trois coureurs – deux de mes coéquipiers chez Castorama et un de l'équipe Gan – sont mes parrains. Ils m'ont choisi car ils estiment que je suis digne d'entrer dans la famille. J'ai passé ma première année chez les pros et, désormais, je vais avoir accès à tous les petits secrets du milieu. Je ne serai plus tenu à l'écart de certaines conversations, les moments où je sentais que je gênais n'existeront plus.

 

L'un après l'autre, mes copains appuient doucement sur le piston de la seringue enfoncée dans mon épaule ; tous doivent participer à ce rituel sacré. C'est une façon d'être unis, une manière de dire que nous sommes tous complices et que s'il se passe un truc, pas un ne pourra se défiler. Je suis en train de rentrer dans un monde d'où je ne suis plus censé sortir. Jamais.Discrètement, j'ai regagné ma place parmi les convives, aux côtés de mon amie. Elle ne se doute de rien. Le pot belge circule dans mon corps et, du coin de l'œil, mes trois copains me surveillent sans arrêt, impatients d'assister aux premiers effets du produit. Eux sont déjà bien partis. Ils se sont piqués avant moi et ils chantent et dansent devant tout le monde. D'un seul coup, je sens la transformation. Une vive chaleur m'envahit, mes yeux s'ouvrent et j'ai envie de bouger, de parler, de rire. Je suis plein d'énergie, toute ma timidité a disparu et j'extériorise mes sentiments sans aucune retenue. C'est comme si tout, autour de moi, devenait rose. Sous amphétamines, je suis sûr qu'on peut se réconcilier avec son pire ennemi.

 

(…) J'ai recommencé les deux samedis suivants, à des mariages. Puis, avec quelques coureurs, nous sommes partis pour la Martinique, disputer des critériums, et ça a continué tout l'hiver. De week-ends en week-ends, de fêtes en fêtes, je m'allumais au pot belge. Ensuite, toute ma carrière s'est déroulée à ce rythme. La première année, j'ai demandé aux anciens si ça n'allait pas me griller pour la saison suivante mais ils me rassuraient, me disaient qu'il suffisait de s'entraîner. C'était vrai alors, deux ans après, j'ai commencé à prendre des amphétamines pour disputer la tournée des critériums qui ont traditionnellement lieu après le Tour de France. Plus tard, je me suis aussi piqué pour aller aux entraînements. L'engrenage était terrible». (Philippe Gaumont, «Prisonnier du dopage», Grasset) 

 

 

«Les rois du monde»

«Dans mon équipe, j'en vois se défoncer tous les jours. Ils ressemblent de plus en plus à des zombies. Le monde du vélo voit surgir un véritable trafic. Les flacons de pot belge coûtent entre 600 et 800 francs. Les fournisseurs sont tous, plus ou moins, issus du cyclisme : anciens coureurs, anciens soigneurs, anciens mécanos. Avec un pot, on peut se faire environ vingt-cinq injections et, pour peu qu'on partage avec des copains, il ne mettra que deux jours à disparaître.

Le vélo français est devenu un monde de toxicos. Les douaniers, la police, pour nous, cela n'existe pas. Nous sommes les rois de notre milieu, donc les rois du monde. Un monde fermé où tout ce qui est dit, fait ou vu reste secret. Un monde où il suffit de donner un maillot ou une casquette quand on commet un excès de vitesse ; un monde où plus personne n'a conscience des risques. Dans ce monde-là, un scandale du dopage ne peut pas arriver, nous ne sommes pas soumis aux mêmes lois que les autres». ((Philippe Gaumont, «Prisonnier du dopage», Grasset) 

 

 

«Il suffit de demander»

«Dans le monde du cyclisme, ce n'est pas compliqué de se procurer des produits. Jusqu'en 1998, c'était même très facile. Pour l'EPO, qui est le dopant le plus efficace que je connaisse, certains médecins me fournissaient. Il y a d'abord eu Patrick Nédélec, pour mes premières prises, en 1996. Puis, en 1998, Vezzani. Entre-temps, en 1997, j'ai aussi rendu visite à Georges Mouton, en Belgique. J'ai tout de suite senti qu'il n'avait peur de rien et je me doutais qu'un jour, il aurait des ennuis. C'est lui qui m'a vendu ma centrifugeuse qui coûtait entre 3.000 et 4.000 francs à l'époque.

 

Beaucoup de cyclistes allaient chez lui, surtout des Belges. Quand je me rendais à son cabinet, près de Liège, je repartais toujours avec un carton plein de produits, pour un mois de traitement. Il fournissait tout, même la créatine et les acides aminés, qui sont des produits de récupération. Il conseillait de se faire une piqûre par jour, ne serait-ce que pour s'injecter des vitamines, du fer ou du magnésium après une simple sortie de cinquante bornes. Plusieurs fois, j'ai passé la douane avec ces produits et ça ne me plaisait pas trop. Un jour, j'ai décidé de me débrouiller seul. De toute façon, pour prendre un peu d'EPO, des hormones de croissance ou des corticoïdes, on n'a pas besoin de médecin. Une fois qu'on connaît le mode d'emploi, on gère son affaire sans problème. On apprend aussi très vite à se piquer tout seul. Tous les coureurs dopés savent se faire une intraveineuse et se font facilement 150 piqûres par an.

 

En général, j'achetais mon EPO et mes hormones en Espagne. Là-bas, jusqu'en 2000, il suffisait d'entrer dans une pharmacie et de dire : « Bonjour, je voudrais de l'Eprex s'il vous plaît. » Le jour suivant, on payait en liquide et il n'y avait aucun souci. Pareil en Belgique pour le Diprostène. On allait dans une pharmacie, on en demandait trois, on en avait trois. En France, la loi est beaucoup plus stricte. Mais il suffit d'aller en vacances à l'île Maurice, en Nouvelle-Calédonie ou au Mexique pour pouvoir acheter ce qu'on veut. On ramène du liquide pour un médicament X et, là-bas, peu leur importe ce qu'on va en faire. Ils ont juste besoin du pognon.

Sinon, il y a toujours un soigneur, un coureur étranger ou même un mécanicien qui peut nous procurer un produit. Chaque coureur qui veut se doper connaît les différentes appellations d'un même médicament selon les pays et, dans le peloton, on trouve de tout au marché noir, il suffit de savoir « faire ses courses ». En 1997, chez Cofidis, un soigneur espagnol pouvait nous procurer ce qu'on voulait, à n'importe quel moment. Il faisait ça pour nous aider, pour que l'équipe ait des résultats. C'était un passionné de vélo et personne, ni lui, ni nous, ni nos dirigeants, ne voyait de mal à ça.» (Philippe Gaumont, «Prisonnier du dopage», Grasset) 

 

 «Si Lance en prend… »

« En 2000, quand un journaliste a retrouvé des boîtes d'Actovegin dans les poubelles de l'US Postal , aussitôt, tout le monde s'est mis à chercher de l'Actovegin. Si Lance Armstrong, le meilleur coureur du monde, avait pris du « duchmol », on aurait tous voulu du « duchmol ». C'est comme ça que ça marche : les coureurs sont toujours à l'affût de nouveaux produits et de nouvelles méthodes. Début 2004, quand je me suis fait arrêter, l'Actovegin était encore très à la mode. Mais j'en consommais sans en connaître les effets. Je ne sais même pas ce qui me poussait à en prendre. Disons que c'est comme ça dans le cyclisme. (Philippe Gaumont, «Prisonnier du dopage», Grasset) 

 

Top chrono !

Autour des années 2000, avant les chronos importants, il (ndlr : le médecin de l’équipe) me donnait souvent deux billes de trinitrine, un vasodilatateur destiné à soigner en urgence les angines de poitrine. Il fallait voir tout ce qu'on ingurgitait avant un contre-la-montre. Ces jours-là, notre bus ressemblait à un laboratoire pharmaceutique, il y avait des seringues partout.La préparation type, pour un chrono, c'est un mélange de Nootropyl ou de Cervoxan (ce sont des médicaments qui améliorent le fonctionnement du cerveau, en oxygénant les cellules, et qui sont normalement utilisés pour les personnes âgées), de Théostat (un bronchodilatateur qui stimule la respiration), de caféine (pour l'excitation, tout en veillant à rester en dessous de 400 mg pour éviter un contrôle positif), d'antalgique (type Di-Antalvic) ; de Fonzylane (un vasodilatateur) et de bicarbonate (qui sert à absorber l'acide lactique que les muscles produisent pendant l'effort).» (Philippe Gaumont, «Prisonnier du dopage», Grasset) 

 

 

 





16:07 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Cynisme dans le monde du Cyclisme La tricherie a toujours eu une longueur d’avance.
Je salue le courage, parce qu’il en faut. Dire la vérité, afin de pouvoir faire son examen de conscience, c’est fortiche.
Tricher pour qui ?
Tricher pour quoi ?
J’ai le sentiment « amère » que le tour 2005 n’est pas plus propre, malgré ce que nous entendons, cela dit qui en profite ?
Les sponsors ou les pharmaciens ?
Je n’ai plus qu’une chose à ajouter.
Tricher pour un moment de gloire n’a rien de fameux, mais avoué que l’on est un tricheur est tous de même quelque part « valeureux ».

Écrit par : Lawrence | 07/07/2005

Des nouvelles de la grandes boucles...premier dérapage ! Premier dérapage ! On glisse sur les jeux de mots un peu trop faciles !
La Dernière heure, fait mention de l’aventure d’un sportif hors du commun.
Celui-ci à la particularité de faire équipe avec sa femme (je sais c’est trop facile).
Mais là où ça devient intéressant, c’est que la Dernière heure joue sur les mots !
Je lis en titre (Cyclisme/Dopage - Tour de France)
Mais dans l’article de presse, nous pouvons lire ceci (interpellée lundi en possession de produits susceptibles d'être dopants)

Non seulement, ils sont susceptibles d’être dopant, mais on n’est pas sûr qu’ils dopent vraiment, « ils dopent peut-être à moitié », mais pourquoi mettons en garde à vue le couple ? Si on ne peut pas en avoir la certitude ?
Ah peut-être pour me dire que, l’année 2005 sera l’année claire du tour ! Alors quand on est susceptible d’avoir... hop on vole au frigo.

Entre tricher et faire semblant de tricher, il y a désormais le côté susceptible ! De la tricherie.
Bon ben, selon la source une dizaine d’ampoules. Ce n’est pas grand-chose, pour se sentir heureux, le long des routes de France, quel mal y a-t-il après tout ? Pour moi, c’est simple. Une sanction qui doit marquer les esprits, surtout celui des tricheurs.


J’avais des appréhensions sur la propreté du tour, je confirme. Ça n’est vraiment pas clair.
Comme l’a très bien souligné monsieur Gaumont Ph. Reportage du Skyblog.
‘Ne pas se doper équivalait à passer pour un connard’...

P.-S. : Le coureur Frigo n’aura pas volé son nom,...et il y est aux frais...

Lawrence



Écrit par : Lawrence | 13/07/2005

La question Je suis désolé si je me fais insistant ! Eh puis non tien… pourquoi être désolé quant on à une question qui turlupine.
Gagner sept fois le tour de France ! Être le patron des patrons. Après Georges voici Lance L’incontestable, l’irrésistible texan ! Décidément, les Américains sont Hachement fort. Tous deux chevauchant l’un ayant la planète comme monture, le second un vélo.
J’ai beau me remémorer le tour 2005. Celui que j’ai vu comme beaucoup à la télévision, avec l’excellent Rodrigo Beenkens, pour compagnie, mais je n’arrive pas à m’y faire ! Comment à t’il fait ? Voilà ma question ! Mais attention, je ne cherche pas à connaître le côté extravagant de l’Athlète… Entraînement hyper technique à la N.A.S.A et autres. Non, non, non, je cherche à percer le cœur du pan obscur, je veux connaître le secret du dieu Armstrong.

Parce que de vous à moi… il y a tout de même un côté atypique dans tout cela ! Lequel me direz-vous ?
Ceux qui auront eu l’idée saugrenue de tricher, « en admettant que », n’auront gagné qu’un gros trou dans leurs quinzaines, parce que moi, j’en connais un qui a gagné sept fois l’épreuve, la plus populaire du monde ! Sans tricher…
Morale de l’histoire ; que tu triches ou que tu ne triches pas, il y aura toujours un Armstrong devant toi.

En attendant, je me console, je me dis que les vérités sont comme des fleurs de printemps, il y aura toujours une main innocente pour les accueillir.

Écrit par : Lawrence | 25/07/2005

Désormais en 2012 on sait que Gaumont était un sacré cas ! Un type bête et méchant qui tyrannisait les jeunes équipiers (il pissait sur leur lit etc ...un vrai bourrin décervelé ) Bref Gaumont c'est un junkies qui raconte son monde en généralisant. Et évidemment c'est savoureux donc on (les médias etc ...)récupère sa vision du monde... de SON monde !!!

Écrit par : John | 06/03/2012

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