29/06/2005

Delphine Boël (190504)

Article publié dans l'hebdomadaire belge Ciné-Télé Revue, le 19 mai 2005

 

Le cri de Delphine Boël à son père, le Roi Albert II

«S’il m’appelle, je lui ouvre les bras»

 

Invitée dimanche dernier sur le plateau de Marc Olivier Fogiel, Delphine Boël a parlé comme jamais du Roi Albert II, son père. Un moment d’intense émotion où la jeune femme a révélé sa souffrance de fille illégitime, voire niée. Contactée par Ciné-Télé Revue au lendemain de sa confession cathodique, Delphine  précise sa pensée : «J’ai dit ce que j’avais sur le cœur et je ne regrette rien. En Belgique, certains auront peut-être mal pris mon intervention. Moi, je tiens juste à préciser qu’il ne s’agissait nullement d’une déclaration de guerre. Mon père m’est devenu complètement inaccessible. Par cette voie, je voulais lui lancer un appel. Mon espoir qu’il l’entende est très limité mais s’il m’appelle, je lui ouvrirai les bras. J’ai parlé dans un esprit positif, celui d’une réconciliation. Je veux simplement que mon père reconnaisse vraiment mon existence. C’est fondamental pour mon identité»

 

Dimanche soir dans «On ne peut pas plaire à tout le monde». Après avoir évoqué la vie sexuelle débridée de Patrick Sébastien, Marc Olivier Fogiel annonce la venue sur son plateau de la «fille cachée du roi Belge». En marge du débat sur la paternité d’Albert de Monaco, la trajectoire de vie très particulière de Delphine Boël intéresse les Français. Vêtue d’une robe rouge vif, les cheveux blonds coupés en carré, la jeune femme prend place aux côtés d’Elodie Gossuin, de Julien Lepers, de Victoria Abril et d’un Patrick Sébastien à l’œil goguenard. On sursaute ! Qu’est-elle allée faire dans cette galère? Avec un animateur qui a tendance à mitrailler les questions sans toujours laisser le temps à ses invités de répondre, la petite Delphine ne va-t-elle pas se faire mangée toute crue? Ouf, cela commence plutôt bien. Illico, l’animateur de «Question pour un champion» lui fait presqu’une déclaration d’amour : «Je suis très flatté d’être à vos côtés». Elodie Gossuin rétorque «Il ne me regarde plus maintenant!» en accompagnant la parole d’un gras éclat de rire. Bon, on n’est pas chez Mireille Dumas!

 

Il est temps pour Fogiel de plonger un regard pénétrant dans ses fiches : «Delphine, on est ravi que vous soyez-là parce que vous parlez très peu dans les médias. Votre vie a été rendue publique en 1999. On va raconter tout cela!». On va vraiment tout raconter? Augmentons vite le son! Mais avant tout, le sujet qui passionne la France. A savoir le petit Alexandre, fils d’Albert Monaco.

 

- Fogiel : - Les photos du petit Alexandre qui sont parues dans la presse, cela vous renvoie à votre histoire ?

 

- Delphine : - C’est certain. Cela m’a tout de même un peu pincé le cœur pour le petit. Après toutes ces discussions pour savoir si Albert était bien le père, pour savoir si cet enfant allait être bien accepté dans sa famille…

 

- Fogiel (qui la coupe déjà) : - Cela vous renvoie à votre histoire ?

 

- Delphine : - Absolument !

 

- Fogiel : - On va la raconter votre histoire, mais partagez-vous le point de vue de la maman d’Alexandre lorsqu’elle explique qu’elle a fait ses révélations, non pas pour des histoires d’argent, mais uniquement pour que son fils ne doivent pas vivre dans le secret, qu’il n’y ait plus d’ambiguïté ?

 

- Delphine (elle acquiesce plusieurs fois de la tête) : - 100%, oui. 100%! Surtout pour une mère. Surtout pour l’enfant! Pour sa stabilité. C’est affreux d’être dénié par son père.

 

On sent d’emblée que Delphine n’est pas là pour pratiquer la langue de bois. Son ton est posé et déterminé, même si son sourire paraît parfois crispé. Victoria Abril croit bon d’intervenir. Regardant Sébastien, elle lance : - «Nous on s’en fout, on ne connaît pas notre père!». Sous le regard vide d’Elodie Gossuin, Sébastien renchérit : «L’absence d’un père, moi cela m’a construit. Ca m’a permis d’avoir une mère qui a fait la maman et le papa en même temps. Ce n’est pas forcément un drame de naître sans père…». Après avoir passé la moitié de sa vie à boire et à fréquenter les bordels, ce montreur d’ours n’est guère convaincant. Et de toute manière, Delphine ne se laisse pas démonter. Elle lui lance : «Mais moi, ce n’est pas la même histoire. Je ne suis pas née sans père! Je suis née avec un père que j’ai connu petite… » Enfin ! On va pouvoir en venir aux choses sérieuses.

 

Fogiel : - On va récapituler cela. Le grand public a connu votre existence quand vous aviez 31 ans. Vous, vous l’avez connu quand votre père ? On vous a dit tout de suite que c’était le Roi des Belges ?

 

Delphine : - Moi, j’ai su que c’était vraiment mon père à 18 ans. Je suis née deux ans après la rencontre d’Albert et ma mère. Ils étaient très amoureux. Ils étaient tous les deux dans des mariages terriblement malheureux. Donc, ils se sont mis ensemble et leur histoire s’est développée : ils m’on eu, moi. Albert était séparé de sa femme, il vivait presque tout le temps avec nous; Il passait ses week-ends avec nous etc… Tout cela a duré jusqu’à l’âge de mes 9 ans…

 

Fogiel : - Il était là, mais votre mère ne vous disait pas que c’était votre père ?

 

Delphine : - Non. C’était le «grand ami» de ma mère.

 

Guy Carlier : - Comment vous l’appeliez ?

 

Delphine : - Papillon, je l’appelais Papillon…

 

Fogiel : - Vous ne vous posiez pas des questions. Qui était cet homme ? Qui était votre père ?

 

Delphine : - Non, parce que vous savez, on vivait une vie assez différente… Une vie assez cachée. (…)Je sentais qu’il y avait une différence dans son attitude à mon égard par rapport aux autres enfants. Mais je ne me rendais pas vraiment compte. Dans mon esprit, tout cela était confus.

 

Fogiel : - Que s’est-il passé quand vous aviez 9 ans ?

 

Delphine : - Ma mère n’en pouvait plus. C’était extrêmement stressant. Ils devaient vivre tout le temps dans le secret. Vers les huit ans, quand je ramenais des amies à la maison, c’est sûr qu’à ce moment-là les autres enfants commençaient à reconnaître ce monsieur dont on voyait parfois la photo dans les journaux : «Tiens, mais c’est Albert!»

 

Fogiel : - Mais vous ne vous disiez pas cela aussi ?

 

Delphine : - Oui mais pour moi sa présence était normale. Cela ne me venait même pas à l’idée de faire ces rapprochements. Mais c’est vrai, la situation devenait de plus en plus délicate. Et comme ma mère l’aimait profondément et qu’elle voulait absolument le protéger et protéger la monarchie, elle s’est dit que, n’en pouvant plus, elle allait partir en Angleterre. Quand elle a annoncé cela à Albert, qu’elle ne pouvait subir ce genre de vie, il a voulu absolument divorcer de Paola : il a fait tous les papiers. D’ailleurs même le palais et le gouvernement étaient d’accord. Mais il y avait certains trucs qu’on a dit à ma mère. Par exemple : «vous n’aurez jamais le droit de voir les enfants d’Albert». On allait donc avoir une vie très compliquée. Cela aurait été une sorte d’exil. Il allait devoir démissionné, il aurait été rejeté de sa propre famille etc… 

 

Fogiel : - Elle n’a pas voulu endosser cette responsabilité-là ?

 

Delphine : - Non, elle ne pouvait pas! (Elle sert les mains comme si elle allait prier). Elle a décidé de partir… Il l’a terriblement mal vécu.

 

Patrick Sébastien revient dans le débat… En lisant un SMS qui vient de s’afficher à l’écran. – «Pas de problème, il vont blanchir le petit Alexandre à Monaco!» Rire gaulois. Mais Delphine poursuit. Imperturbablement. –«Nous sommes donc parti à Londres. Albert était désespéré. Il l’a très mal digéré, mais c’était comme cela. On a continué à le voir. Il venait nous rendre visite en Angleterre. Ma mère s’est remariée avec un Anglais. (…) Jusqu’à mes 16 ans, ils s’appelaient pratiquement tous les jours. Ils avaient une ligne téléphonique privée. Et puis après, ma mère n’a jamais compris pourquoi, il a arrêté de l’appeler du jour au lendemain.

 

Fogiel : - Elle vous a révélé que c’était votre père à ce moment-là ?

 

Delphine : - Non, elle ne pouvait rien me dire parce qu’elle avait encore trop peur que je parle à ce moment-là.

 

Guy Carlier : - Vous vous en doutiez ? Vous aviez un pressentiment ?

 

Delphine : - C’est sûr que je le sentais… A ce moment, il avait encore des rapports avec moi. Il m’envoyait des petites lettres et des trucs pour mon anniversaire etc…  Et puis ma mère, un beau jour elle n’en pouvait plus, elle me l’a dit. Elle avait tellement peur que j’allais l’apprendre par quelqu’un d’autre… C’était d’ailleurs un miracle que je ne le savais pas encore vu qu’il y avait tellement de gens dans notre entourage qui connaissaient l’histoire. J’ai été extrêmement soulagée. Parce que je l’aimais beaucoup. C’est quelqu’un qui a un grand sens de l’humour, qui est marrant et sympathique. Enfin, je m’entendais bien avec lui. J’étais ravie.

 

Fogiel : - Comment vos liens avec lui se sont-ils distendus ?

 

Delphine : - Et bien parce que… (Elle est hésitante, puis ne répond pas vraiment). J’acceptais la situation. C’était le prince. Il avait une autre vie, il avait une femme avec laquelle il avait fait trois enfants. Je devais me taire.

 

Fogiel : - A 31 ans, cela devient public. D’un coup votre vie change, il y a des paparazzis partout etc… C’est à ce moment-là qu’il s’est éloigné de vous ?

 

Delphine : - Non, pas entièrement… Mais vous savez pourquoi c’est arrivé : c’est un truc politique. Si il y a une famille royale en Belgique, le pays reste unis.

 

Fogiel : - On a tenté de le déstabiliser ?

 

Delphine : - Exactement, oui.

 

Fogiel : - Mais quand votre vie a été publiée dans les journaux, comment l’avez-vous vécu ?

 

Delphine : - C’était tout de même assez bizarre. Dans un sens, je me suis dit : «ouf, je ne devrai plus vivre dans le secret. Tout le monde le sait maintenant. Et je m’en fous!» Mais c’est certain que cela a changé ma vie. Par exemple, auprès des amis qui ne le savaient pas…

 

Fogiel : Et donc, vous avez pu venir au Palais, vous avez été officialisée ?

 

Delphine : Pas du tout ! Ma mère et moi, on été complètement laissée seules. Ma mère a essayé de lui dire : «fais quelque chose, donnes-moi un body guard et puis surtout dis ce que je dois dire! Il n’y avait aucun retour du palais. La seule chose qu’on lui a demandée c’est pourquoi on ne me faisait pas disparaître pendant un moment. C’est pas possible, cela! (Elle montre son incompréhension en levant ostensiblement la tête en l’air)

 

Fogiel : Quel genre de relation avez-vous aujourd’hui avec lui ?

 

Delphine : Après cela, il n’y a eu aucun contact, aucune aide. Rien. Et après, je l’ai contacté en lui disant que ma mère allait très mal. Je croyais d’ailleurs qu’elle allait crever (sic) parce qu’elle était dans un état de grande tristesse. Et puis, il m’a dit : «Ecoute, je ne veux plus entendre parler de cette histoire. Tu n’es pas ma fille». (Un blanc s’installe sur le plateau et elle reprend). Là, cela m’a complètement cassé. Et j’ai gardé cela pour moi pendant pas mal de temps. Et puis c’est quand j’ai eu ma fille, ma propre fille, que j’ai réalisé ce que c’était un enfant et que je me suis dit : «cela, c’est pas possible». Quand on a un enfant, on est responsable. Que l’on soit Roi ou n’importe qui. Après tout, il m’a fait. Je l’ai adoré. Je l’ai respecté…

 

Fogiel : Et là, vous avez encore des contacts avec lui ?

 

Delphine : Non, tout a été coupé. Alors, bonjour pour essayer de rendre visite au Roi. Parce que cela ne se passe pas tout à fait comme avec quelqu’un d’autre…

                                                                         

Guy Carlier : - Donc actuellement, il est dans le déni ?

 

Delphine : - Oui

 

Fogiel : - Qu’attendez-vous aujourd’hui de votre père ?

 

Delphine : - J’attend qu’il dise que j’existe, que je suis à lui, que je suis sa fille. Je ne demande pas d’argent, pas de titre. C’est tout simple. On ne peut pas enlever l’identité de quelqu’un comme cela!  

 

Applaudissements. On passe à autre chose et la séquence de la «fille cachée du roi Belge» se termine avec un caricature d’Albert II : «Je vais reconnaître la fille d’Yves Montand, cela va foutre le boxon».

 

Lundi de pentecôte. Au lendemain de sa prestation télévisée, Delphine est fatiguée mais satisfaite. Elle se trouve déjà dans son domicile ucclois, avec sa fille, lorsque nous parvenons à échanger quelques mots. Si c’était à refaire? «Je n’hésiterais pas» confie la "fille cachée du Roi". «J’ai dit ce que j’avais sur le cœur et je ne regrette rien. Ce que j’ai déclaré était nécessaire pour moi, mais c’était aussi important d’une manière plus générale. Je veux que mon discours ait valeur d’exemple. Il y a trop de papa qui abandonnent leurs enfants ou qui, à tous le moins n’assument pas leurs responsabilités». Pourquoi avoir fait cette sortie médiatique en France? «Simplement parce qu’on m’a invité et qu’on m’a laissé le temps de m’exprimer, avec en plus la garantie d’être en direct. Et puis, la France c’était sans doute plus facile parce qu’en Belgique, on aurait peut-être politisé ma prise de parole. Peut-être aussi qu’on aurait transformé mes propos. Or, je n’ai rien contre la famille royale. Je veux simplement que mon père assume. Ni plus, ni moins. Encore une fois, je ne demande pas d’argent, pas de titre. Une simple reconnaissance. Je parle avec mon cœur, c’est tout.» A-t-elle tout dit ? «Pour l’instant, oui, j’ai dit l’essentiel. Après cette émission, je me sens vidée. A force, cette situation me gonfle! J’ai parlé mais, pendant les prochains jours, je veux penser à autre chose. Même si j’avais l’air relax sur le plateau de télé, je dois vous avouer que ce fut tout de même une réelle épreuve pour moi!». Se voulait-elle agressive envers celui qui l’a reconnaît que du bout des lèvres ? «Pas du tout! En Belgique, certains auront peut-être mal pris mon intervention. Moi, je tiens juste à préciser qu’il ne s’agissait nullement d’une déclaration de guerre. Mon père m’est devenu complètement inaccessible. Par cette voie, je voulais lui lancer un appel. Mon espoir qu’il l’entende est très limité mais s’il m’appelle, je lui ouvrirai les bras. J’ai parlé dans un esprit positif, celui d’une réconciliation. Je veux simplement que mon père reconnaisse vraiment mon existence. C’est fondamental pour mon identité».

 

A priori, c’est mal parti. En réaction aux déclarations de Delphine, le palais a indiqué… qu’il ne réagirait pas ; Se contentant seulement de renvoyer à un discours royal prononcé le 24 décembre 1999. A l’époque, il y avait un peu plus d’un mois que l’existence de Delphine avait été révélée par le jeune journaliste Mario Daneels dans son livre «Paola, de la Dolce Vita à la reine». D’abord, le palais royal avait balayé ces «ragots» d’un revers de manche avant qu’Albert II fasse une petite marche arrière en des termes très choisis. Les voici : «(…) Cette fête de Noël est aussi l’occasion pour chacun d’entre nous de penser à sa propre famille, à ses périodes heureuses mais aussi à ses moments difficiles. (…) La Reine et moi nous nous sommes remémorés des périodes très heureuses mais aussi la crise que notre couple a traversée il y a plus de 30 ans. Ensemble nous avons pu, il y a très longtemps déjà, surmonter ces difficultés et retrouver une entente et un amour profonds. Cette période de crise nous a été rappelée il y a peu. Nous ne souhaitons pas nous appesantir sur ce sujet qui appartient à notre vie privée. Mais, si certains qui rencontrent aujourd’hui des problèmes analogues pouvaient retirer de notre expérience vécue quelque motif d’espérer, nous en serions si heureux.»

 

 




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24/06/2005

Affaire Schyvens (160605)

Entretien publié dans l'hebdomadaire Ciné-Télé Revue, le 16 juin 2005.

 

Raf Schyvens : «J’ai perdu trois ans de ma vie dans les prisons saoudiennes»

 

«Il vous mettent dans des conditions telles que n’importe qui avouerait n’importe quoi !». Arrêté en décembre 2000 par les services secrets de Riyad, le belge Raf Schyvens témoigne de près de trois ans de sa vie passés dans les geôles saoudiennes. Menacé, torturé psychologiquement, complètement isolé du monde et de ses proches, conduit à perdre tout espoir, il a avoué avoir participé à des attentats à l’explosif avec lesquels, pourtant, il n’avait rien à voir. Depuis sa libération, en août 2003, Raf se bat pour obtenir réparation. Mais, le soutien qu’il reçoit du ministère des Affaires étrangères belge est très relatif. 

 

- Quand êtes-vous arrivé en Arabie saoudite ?

- En août 1995, j’ai été engagé comme infirmier par le King Fahad National Guard Hospital, à Riyad. Le boulot était intéressant, bien payé et j’étais logé avec d’autres expatriés dans une maison confortable. Après deux ans, j’ai été promu chef du service de traumatologie. Tout allait très bien. Il n’y avait aucune difficulté avec les autorités locales et, le temps passant, je m’étais aussi fait quelques amis. Des britanniques, pour la plupart. Je les rencontrais dans un pub que je fréquentais régulièrement, le Celtic Corner. Le week-end, on se retrouvait pour discuter, boire un verre ou danser…   

 

- Un «pub» en Arabie Saoudite où l’alcool est strictement interdit ?

- Du moment qu’il n’y avait aucun trouble de l’ordre public, les autorités fermaient les yeux sur l’existence des pubs. En tous cas, jusqu’en octobre 2000, époque où les Mutawahs, la police religieuse, a commencé à nous chercher des ennuis; L’un de mes amis et un couple de britanniques ont été arrêtés pour consommation et possession d’alcool. En ce qui me concerne, dans un premier temps, il n’y a pas eu de suite mais le 22 novembre 2000, un évènement a tout déclenché. Je m’étais rendu au Celtic Corner et vers 23 heures, avec quelques amis britanniques, nous avions décidé d’aller dans un autre pub. Nous sommes partis à trois voitures, en convoi. A peine, avions-nous roulé cinq cent mètres que le premier véhicule explosait. Il y avait quatre personnes à bord. J’ai aidé deux passagères qui se trouvaient à l’arrière à sortir de la voiture. Elles étaient légèrement blessées, comme le conducteur. Par contre, un ami qui se trouvait sur le siège passager à l’avant, avait la jambe cassée et son artère fémorale était touchée. Mon intervention, en présence de la police et des services secrets saoudiens qui étaient arrivés rapidement sur place, lui a sauvé la vie. Après cela, je suis rentré chez moi et rien ne s’est passé jusqu’au 6 décembre, date à laquelle j’ai été invité à me rendre dans les locaux des services secrets saoudiens. J’y ai été reçu par un certain capitaine Ibrahim que j’avais déjà rencontré sur les lieux de l’attentat, le 22 novembre.

 

- Il voulait recueillir votre témoignage sur les circonstances de l’accident ?

- C’est aussi ce que je croyais!  En fait, je n’étais pas étonné d’être reçu par les services secrets : précédemment plusieurs attentats avaient déjà visé des occidentaux en Arabie saoudite. Ainsi, le 17 novembre 2000, la voiture de Christopher Rodway, un britannique qui travaillait au Riyad Military Hospital avait explosé et il y avait laissé la vie… Je m’apprêtais donc à décrire ce que j’avais vu mais, dès que l’interrogatoire a commencé, j’ai compris que cela puait. Pour créer une ambiance, le capitaine Ibrahim a pris mon portefeuille et il a regardé la photo de mes enfants : «Tu veux revoir tes enfants? Nous savons où ils se trouvent… Alors maintenant, tu nous dis tout ce que ce tu sais!». Je ne comprenais rien à ce qu’il me voulait. Cette discussion de sourd s’est terminée à quatre heures du matin. Relâché, j’ai encore été interrogé le lendemain et, le 9 décembre 2000, ils ont décidé de m’arrêter…  Là, ils m’ont gardé jusqu’au 8 août 2003 en tant que co-auteur de l’attentat du 22 novembre mais aussi en tant que membre d’une organisation responsable d’autres attentats et notamment celui qui avait tué Rodway!

 

- Etait-ce parce que vous aviez fait des aveux en ce sens?       

- Oui, j’ai avoué ces faits que je n’avais pas commis! Mais quand vous êtes entre les mains de ces gens, vous avoueriez n’importe quoi. S’ils l’avaient voulu, j’aurais aussi avoué mon implication dans l’assassinat de Kennedy! J’ai été victime de tortures psychologiques : menaces diverses, notamment à l’égard de mes enfants, détention en cellule d’isolement pendant 826 jours où j’étais filmé en permanence comme un animal dans un zoo, avec l’éclairage 24 heures sur 24… Complètement coupé du monde, les seules personnes que je voyais étaient mes interrogateurs et, sans doute s’agit-il d’une variante du syndrome de Stockholm, je suis devenu leur jouet. A trois reprises, j’ai bien tenté de revenir sur mes aveux mais à chaque fois ils m’ont conduit à faire marche arrière en me faisant miroiter des conditions de détention plus favorables ou en me faisant paniquer. Par exemple, on me conduisait dans une pièce sans éclairage, on m’y laissait quelques heures dans le noir le plus complet. Ensuite, Ibrahim venait avec une batte de baseball et il commençait à frapper partout avec une violence inouïe. A tout moment, il pouvait prendre ma jambe, ma tête… A plusieurs reprises, ils m’ont aussi fait entendre les cris et les pleurs d’autres personnes qui avaient été arrêtées dans cette affaire et qui, elles, ont été torturées physiquement.

 

- Qui étaient ces personnes ?

- Des amis britanniques et un canadien qui avaient eu le malheur de m’avoir fréquenté dans les pubs. L’un d’entre eux, Alexander Mitchell, a déclaré ceci au Guardian après sa libération : «On m’a gardé éveillé neuf jours durant, en m’attachant par une chaîne à la porte de ma cellule de façon à ce que je ne puisse ni dormir, ni m’asseoir. Le soir, on me recouvrait le visage d’une cagoule et on me faisait monter, enchaîné, jusqu’à une des salles d’interrogatoire. Là, les coups laissaient progressivement place à la torture. On commençait par me donner des coups de poing et de pied, on me crachait dessus, puis on me rouait de coups de bâton. Ils avaient aussi un manche de hache avec lequel ils me frappaient sur la plante des pieds». Un autre de mes amis, William Sampson a expliqué qu’on l’a pendu la tête en bas et frappé dans le dos, sur les pieds et sur les parties génitales. A la télé canadienne, il a notamment déclaré : «C’était incroyablement douloureux. J’avais l’impression que tout mon corps allait exploser. Certaines parties du corps sont tellement enflammées et sensibles qu’on a l’impression qu’elles ont pris feu. Pour s’assurer que je resterais docile, ils m’ont obligé à regarder Alexander Mitchell recevoir des coups. J’étais en proie à une terreur de tous les instants, craignant d’être battu à mort, redoutant la souffrance, permanente, à tel point qu’au bout d’un certain temps, je me réjouissais à l’idée d’être décapité.»

 

- Et donc ils ont avoué aussi ?  

- Bien sûr! On nous a même conduit à enregistrer une cassette vidéo où l’on «avouait tout». C’était soi-disant pour la transmettre au Roi Fadh afin d’obtenir sa clémence. En fait, ils l’ont diffusé à la télé pour nous accabler publiquement. On nous a fait dire que nous étions impliqués dans une sorte de stratégie de la tension commanditée par le gouvernement britannique! Une histoire de fou selon laquelle on avait déposé des bombes visant des occidentaux pour permettre aux britanniques de demander aux Saoudiens de leur acheter des armements afin d’accroître la sécurité dans ce pays. Sur le plan factuel, le dossier était complètement incohérent (ndlr : il nous donne de multiples exemples qui en témoignent. Ainsi, l’un des britanniques s’est vu accusé d’avoir participé à un attentat alors qu’il se trouvait à 400 kilomètres du lieu de l’explosion… De plus, la suite des évènements, soit d’autres attentats après les arrestation de Raf et de ses amis, démontrera que ces faits criminels étaient commis par des islamistes saoudiens en désaccord avec la politique de leur gouvernement) mais selon leur loi, il suffit d’avoir des aveux. En septembre 2001, on m’a amené devant trois juges et un procureur qui n’était autre que mon interrogateur, le capitaine Ibrahim. Cela a duré cinq minutes : - «Vous avez avoué?». Réponse : «Oui». Quelque mois plus tard, on m’a dit que j’avais pris huit ans de prison. Et ce n’est qu’ensuite que l’ambassade belge m’a fourni un avocat saoudien dont la principale préoccupation était que je ne revienne pas sur mes aveux.

 

- Le 8 août 2003, vous avez fini par être libéré…

- Oui, à la suite d’une visite commerciale du prince Philippe en Arabie Saoudite, ma peine a d’abord été réduite à quatre ans. Ensuite, j’ai bénéficié de la diplomatie développée par les britanniques et par les canadiens en faveur de leurs ressortissants arrêtés. Un échange a été organisé entre eux et des saoudiens qui étaient détenus à Guantanamo par les Américains. Un matin, l’ambassadeur de Belgique est venu me trouver avec un ticket d’avion pour Paris. Avant de partir, Ibrahim m’a dit que ma place de chef de service à l’hôpital de Riyad m’attendait. Je pouvais la retrouver quand je voulais! J’ai débarqué seul à l’aéroport Charles De Gaule et j’ai pris le TGV pour Bruxelles. Innocent, je venais de perdre trois ans de ma vie et personne n’était là pour m’accueillir. Les britanniques, eux, ont été pris en charge par une équipe de 22 personnes – militaires, psychiatres, infirmiers- lors de leur rapatriement. Immédiatement, ils ont été envoyés dans un institut spécialisé au Danemark où il a été objectivé qu’on les avait torturé. Leur ministre des Affaires étrangères a pris personnellement des nouvelles de chacun d’entre eux et la justice britannique les a innocenté. Moi, après une approche positive de mon dossier de Louis Michel – mais malheureusement, il a quitté les Affaires étrangères - j’en suis encore réduit à mendier un premier rendez-vous avec le ministre De Gucht! Mon avocat est donc obligé de mener une bataille juridique pour que le gouvernement belge m’accorde un minimum de soutien dans le combat que je mène pour obtenir des réparations de l’Arabie Saoudite…


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17/06/2005

Alain Courtois (090605)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Cine Télé Revue", le 9 juin 2005.

 

«Les politiques ne prennent pas le sport au sérieux»

 

Dans Ciné-Télé Revue, en janvier dernier, il poussait déjà une gueulante : «Je ne comprends pas très bien le manque d’intérêt du monde politique pour le sport. J’ai l’impression de prêcher dans le vide.» Six mois plus tard, le député Alain Courtois (MR) semble encore plus désabusé : «Ma fille me demande pourquoi je perds mon temps au parlement! Et je ne sais pas trop quoi lui répondre». Venu de la société civile avec l’espoir de faire passer plusieurs propositions de loi inspirées par sa longue expérience du monde sportif, l’ex-patron de l’Union Royale Belge de Football se demande de plus en plus s’il n’a pas raté son transfert…

 

- Dans le domaine social, sportif et culturel, on dénombre pas moins de 1,5 millions de bénévoles en Belgique. La chambre vient de voter une loi définissant mieux leur statut. En tant que co-auteur de ce texte, vous êtes satisfait ?

- Non, loin de là! Il est vrai que cette loi comporte des points très positifs. Elle donne un vrai statut aux bénévoles et elle règle définitivement un certain nombre de questions. Par exemple, la possibilité d’exercer du volontariat pour les allocataires sociaux ou encore la question des assurances et des responsabilités en cas d’accident. Il y a deux ans, j’avais donc cosigné le dépôt de cette proposition avec enthousiasme. Toutefois, j’espérais aussi pouvoir ouvrir un vrai débat sur les besoins spécifiques des volontaires qui oeuvrent dans le monde sportif. Ils sont 400.000 en Belgique! Cela n’a pas été possible et je dois dire que j’ai eu très souvent la désagréable impression d’être comme un chien au milieu d’un jeu de quille. Après deux ans de mandat, j’en arrive à la conclusion que le monde politique se moque du monde sportif. Il y a quelques jours, j’ai d’ailleurs claqué la porte de la commission des affaires sociales. J’en avais marre!

 

- Au point de renoncer à être encore député ?

- Je dois vous avouer que cela m’a traversé l’esprit. Ma fille me demande pourquoi je perds mon temps au parlement à prêcher dans le vide! Et il est vrai que je ne sais pas trop quoi lui répondre. Et puis, je me sens de plus en plus mal à l’aise par rapport au monde du sport. Beaucoup de personnes de ce milieu ont placé des espoirs dans le travail parlementaire que j’avais promis de réaliser. Que vais-je leur dire à la fin de la législature? Que j’avais de belles idées mais que rien, absolument rien, n’a pu être mis en œuvre? Que le sport n’intéresse le monde politique que quand Henin ou Clijsters font des miracles à Roland Garros… et que certains peuvent parader dans les tribunes parisiennes ? Que les responsables de ce pays n’en ont rien à cirer du sport amateur pratiqué par des centaines de milliers de nos compatriotes? Je suis profondément déçu. Mais bon, il reste encore quelques mois de travail. J’ai décidé de ne pas renoncer. En foot, on sait qu’il faut jouer jusqu’à la dernière minute. On verra…  

 

- Que manquait-il, selon vous, dans la loi qui vient d’être votée ?

- Du réalisme, au travers d’une mesure toute simple : augmenter l’exonération fiscale sur les indemnités accordées par les clubs sportifs aux volontaires. A l’heure actuelle, le montant immunisé est d’environ 1000 euros par an. Si vous comptez 10 mois d’activité, cela fait 100 euros par mois. Toute autre somme reçue doit être justifiée comme frais, sinon le bénévole sera taxé.  Mais 1000 euros, c’est trop peu! Au travers de mon expérience de terrain, il me semble indispensable de doubler cette somme. Cela aurait un aspect motivant pour les volontaires, sans lesquels, faut-il le rappeler, le sport ne pourrait pas survivre en Belgique. L’adaptation que je propose serait aussi très vertueuse : la situation actuelle favorisant l’utilisation d’argent noir ou gris par les clubs. En clair, des gens sont payés en dessous de la table ou de manière déguisée (faux frais) parce qu’il n’y a pas moyen de faire autrement. Cela crée de l’insécurité pour tout le monde : celui qui paye et celui qui reçoit. Il faudrait donc plus de transparence ou accepter l’idée qu’in fine, il y aura de moins en moins de volontaires dans les clubs. D’ailleurs, on en perd déjà des milliers chaque année. J’ai tenté d’expliquer cela en séance plénière de la chambre puisqu’on ne m’écoutait plus en commission. J’ai pu convaincre une quarantaine de députés mais cela n’a pas été suffisant. Pourtant, considérer qu’un accompagnateur, un entraîneur de jeunes ou le gars qui entretient les courts d’un club de tennis puisse recevoir 8000 anciens francs par mois, sans devoir justifier cette somme, et ce pour un investissement quasi quotidien, me semblait être une évidence. Souvent ces personnes ont en plus un rôle social : elles participent à l’éducation de nos enfants, quand elles ne jouent pas au baby sitter! Mais le parlement semble très loin du vécu de ces citoyens. Dans les analyses sur le «non» des Français à propos de la constitution européenne, on parle beaucoup en ce moment du fossé qui s’est créé entre les élites et le peuple. C’est exactement ce qui se passe dans ce dossier : le monde politique ne pèse pas du tout la nature de l’implication des volontaires dans le sport, leur dévouement, les contraintes qu’ils acceptent malgré le manque de reconnaissance dont ils ont à souffrir. On oublie un peu vite aussi qu’il n’y a pas une famille en Belgique qui ne soit concernée, de près ou de loin, par le sport. Si il n’y a plus personne pour encadrer les jeunes qui pratiquent une discipline sportive dans ce pays, que va-t-on faire?

 

- Ce n’est pas le seul débat sur lequel vous n’avez pas abouti. Quand vous avez été élu, vous proposiez aussi la tenue d’une grande conférence sur l’état du sport en Belgique mais on n’a rien vu venir ?

- L’idée est toujours sur la table mais apparemment ça n’intéresse guère. Il serait pourtant essentiel que tous les ministres concernés de près ou de loin par le sport se rencontrent pour dresser un bilan. Et éclaircir une fois pour toute un certain nombre de points : le statut du sportif professionnel, sa reconversion; Le statut du sportif amateur rémunéré et, croyez-moi, cela concerne beaucoup de personnes. La politique générale en matière de sport dans les écoles. Avec nos cinquante minutes de cours par semaine, souvent données dans des infrastructures inadaptées, nous sommes à la traîne des autres pays européens. En fait, nous sommes le seul pays du continent à ne pas avoir d’après-midi sportive et culturelle pour les étudiants du secondaire. Le seul, j’insiste ! Les professeurs d’éducation physique sont honteux des moyens qu’on leur donne! Que faire aussi pour détecter les talents belges et les faire rayonner sur la scène internationale ? On est l’un des rares pays au monde qui ne dispose pas d’un Institut National du Sport pour former les meilleurs à la haute compétition…. Même les îles Féroé, 48.000 habitants, en ont un! Ils l’ont inauguré, il y a un mois et demi. Mais chez nous, on préfère la politique de Lourdes et Fatima : on se gargarise de l’apparition régulière et miraculeuse de quelques sportifs fabuleux (Merckx, Henin, Clijsters…) qui ont pu se construire, le plus souvent, grâce au soutien de parents qui en avaient les moyens et non pas en raison de l’existence de structures de formation adéquates. Alors, tous les quatre ans, on fait un débat à la télé à l’occasion des Jeux Olympiques pour s’inquiéter du manque de médailles récoltées par les Belges. Ce n’est pas sérieux! Il faut se rendre à l’évidence : on peut-être six ministres du sport en Belgique mais il n’y a pas une seule politique globale, cohérente, transversale. Chacun travaille dans son coin. J’ai aussi lancé l’idée d’un Commissaire fédéral au sport qui aurait une vue d’ensemble. Elle s’est noyée comme le reste dans un océan d’indifférence… Et tout est à l’avenant. J’ai déposé une proposition de loi sur le chèque «sport et culture» qui seraient donnés par les employeurs au même titre que les chèques repas. Cela viendrait bien à point dans de nombreuses familles pour payer des cotisations de clubs etc… Le sénat a approuvé. Mais depuis que le texte est à la chambre, cela n’avance plus, alors que 1800 entreprises se sont déjà déclarées favorables au système. Un beau gâchis…

 

- Quel bilan tirez-vous de ces deux ans passé au parlement ?

- J’ai la très nette impression que le sport n’est pas pris au sérieux par beaucoup trop de mes chers collègues du parlement. Et je trouve cela vraiment consternant alors que les enjeux sont tellement évidents. Beaucoup de jeunes sont démoralisés, en rupture scolaire.  Dans notre société, il y a aussi un problème d’autorité et de respect de l’autre. Sans parler des impératifs de santé publique qui s’ils ne sont pas atteints, rejailliront finalement sur la sécurité sociale : nos jeunes n’ont généralement pas une forme olympique, l’obésité est de plus en plus présente. Il y a aussi le débat sur l’intégration… Par rapport à tous ces débats de société, le sport apporte des réponses positives dont la pertinence n’est plus à démontrer. Et on ne l’encourage pas? C’est irresponsable. Et je pèse mes mots! 



09:10 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/06/2005

Hervé Doyen (020605)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 2 juin 2005.

 

«Une certaine culture de l’impunité»

 

Dans la nuit de samedi 21 au dimanche 22 mai, plusieurs bureaux de la maison communale de Jette, dans l’agglomération bruxelloise, sont visités par des cambrioleurs. Butin : des écrans d’ordinateur et le portable du bourgmestre. Avisé des faits dès le dimanche matin, la police constate que des ordinateurs ont été «préparés» par les voleurs. Déduction logique : ceux-ci vont certainement revenir avant la fin du week-end pour les emporter. Une planque est organisée. On observe la plateforme qui avait été escaladée par les voleurs pour pénétré dans le bâtiment lors du premier vol. Bingo! Dans la nuit du dimanche au lundi, deux mineurs d’âges déjà connus de la police, notamment pour vols et extorsions de fonds, sont repérés sur la plateforme. C’est quasiment un flagrant délit. Arrêtés, les deux jeunes nient cependant l’évidence et quelques heures plus tard, ils sont libérés par un juge de la jeunesse… Coup de gueule du député-bourgmestre de Jette, Hervé Doyen (CDH) : «Je suis en colère! Peut-être que le juge de la jeunesse n’avait pas d’autre solution mais en attendant ces jeunes n’ont fait l’objet d’aucune prise en charge sérieuse sur le plan judiciaire. Ils s’en sortent très facilement et bien trop vite! Leur a-t-on seulement passé un savon ? Je crains que ce type d’affaire renforce une certaine culture de l’impunité qui renforce le sentiment d’insécurité.» 

 

- «Je suis vert de rage ! Fou furieux. Quel message la justice est-elle en train de donner sur le plan social et politique. Pris quasiment en flagrant délit, ils ont été relâchés après quelques heures. Ca insulte le bon sens et celui des valeurs !». Dans certains quotidiens bruxellois, après le «dénouement» provisoire de cette affaire, vous n’y êtes pas vraiment allé avec le dos de la cuiller!

 

C’est vrai mais cela traduisait une profonde inquiétude. Tous les observateurs sont d’accord de constater que le sentiment d’impunité renforce le sentiment d’insécurité. Or, j’ai trop souvent constaté ces dernières années que la justice semblait se trouver dans une impasse pour répondre efficacement à un certain nombre de faits que l’on dit être de «petite délinquance» mais qui pourrissent la vie des citoyens. Dans l’affaire de la maison communale, l’acte qui a été posé par ces deux mineurs d’âge est symboliquement grave parce qu’ils n’ont pas hésité à s’attaquer immédiatement à l’institution. Et que constate-t-on ? Pris quasiment sur le fait, lorsqu’ils sont revenus sur les lieux de leurs «exploits», il leur a suffit de nier pour être aussitôt relâché. A ma connaissance, il n’y a pas eu de devoirs d’enquête particuliers avant qu’on les renvoie à leur domicile. C’est trop facile! Je suis d’ailleurs certain que ces jeunes se le disent eux-mêmes! Dans ces conditions, pourquoi ne pas recommencer demain ou après demain ? Leur a-t-on seulement passé un savon ? Il y a là quelque chose de choquant pour les intérêts de la société, mais aussi au regard de l’intérêt de ces jeunes qui n’ont pas fait l’objet d’aucune prise en charge judiciaire. J’ai voulu le crier, le dénoncer, parce que cette affaire renvoie à bien d’autres dossiers où des victimes de faits parfois très traumatisants doivent déplorer la même chose. Vous voulez un exemple ? Pas plus tard, qu’il y a deux jours, dans notre zone de police (ndlr : la zone 53/40 qui couvre les communes de Molenbeek, Ganshoren, Jette, Berchem et Koeckelberg), un jeune a été arrêté parce qu’il menaçait de mort un épicier. Et que voit-on dans ce dossier ? Cet individu avait été déjà été arrêté au même endroit le jour précédent après des menaces au couteau. Comme mes deux voleurs, après cette première interpellation, il avait été très rapidement relaxé par le juge de la jeunesse… Se sentant animé d’un sentiment d’impunité, il s’était donc rendu chez sa victime, animé cette fois d’une volonté de représailles. Aux yeux de certains, il s’agira sans doute d’un petit fait divers mais moi je trouve cela dramatique. Dans ces conditions, certaines victimes pourraient en arriver à vouloir que des auteurs ne soient pas interpellés de peur d’être l’objet d’un retour de manivelle immédiat. C’est comme cela que s’installe l’omerta et que l’on entre dans un système mafieux que notre démocratie ne saurait tolérer.

 

- Ce thème de l’impunité était déjà au centre de la dernière campagne électorale. Le monde politique relayait avec abondance les témoignages de policiers qui se plaignaient d’interpeller des voyous qu’ils retrouvaient en rue, en train de les narguer, quelques heures plus tard…

 

- En tant que bourgmestre, j’ai naturellement de nombreux contacts avec les policiers de terrain. D’ailleurs, je participe à leurs patrouilles. Je peux vous confirmer que le sentiment d’impuissance que vous venez décrire existe encore. Toutefois, il ne faut pas caricaturer. L’idée qui prévaut surtout dans les milieux policiers, c’est d’être confronté à un petit groupe de récidivistes patentés. Des jeunes qui ont perdu tout repères entre le bien et le mal. C’est un noyau dur – peut-être une centaine de personnes sur Bruxelles- qui a pour effet de surdimenssionner la question de l’insécurité parce qu’on ne parvient pas à l’empêcher de nuire. Bien sûr, un centre de détention pour mineurs d’âge comme Everberg a apporté un semblant de solution. Je veux dire que cela les met hors circuit pendant un certain temps. Mais ce n’est pas la panacée. Pour certains de ces jeunes, il y a même un effet pervers : ils vivent ces incarcérations comme quelque chose de valorisant dans les yeux de leur copains! Il faut trouver des solutions par rapport à ce noyau dur au risque qu’il prenne finalement valeur d’exemple pour d’autres jeunes. A la longue, le sentiment d’impunité peut aussi avoir un effet de contagion.

 

- Trouver des solutions, mais lesquelles ? Etre plus répressif ?

- Je suis de ceux qui osent affirmer que la démocratie doit faire preuve de fermeté pour défendre ses valeurs. Si elle se montre faible, elle offre un terrain fertile pour les thèses simplistes de l’extrême droite. Il faut donc trouver des réponses judiciaires adéquates et proportionnées à un certain nombre de situations intolérables qui ont tendance à être banalisées. Se contenter de consigner des faits et de les juger par paquet… quelques années plus tard, ne me semble pas satisfaisant. La sanction administrative ou judiciaire doit être rappelée et appliquée plus rapidement. De plus, il ne faut pas se laisser déborder par la récurrence de certaines dérives qui, au départ, ont toujours été le fait d’une minorité. Il y a des valeurs sur lesquelles, on ne doit pas transiger; Que ce soit par faiblesse, pas démagogie ou par lassitude. Je pense par exemple à un phénomène grandissant : les insultes sexistes. Dans certains quartiers, des filles sont insultées et menacées par des bandes de garçons pour la seule raison qu’elles sont des filles! Laissé passer cela ouvrirait la voie à des délit encore plus graves.

 

- Cela dit, la logique répressive a ses limites ?

- Tout à fait d’accord. Je vous ai citer l’exemple d’Everberg : si l’enfermement répondait à tout, cela se saurait! Aux Etats-Unis, par exemple, les prisons poussent comme des champignons mais cela ne résout rien du tout. Il faut donc prendre le problème à bras le corps sous plusieurs angles et, en essayant d’être créatif. Dans ma commune, on investit énormément dans les infrastructures sportives et culturelles. Cela permet à beaucoup de jeunes de se forger une identité dans une communauté valorisante. Mais pour les «irrécupérables», ce n’est pas suffisant. Récemment, le bourgmestre d’une commune voisine a envoyé, quasiment de force, un groupe de voyous en Afrique centrale. Pendant un mois, ils ont été impliqués directement dans un projet humanitaire. Cela leur a ouvert les yeux sur le monde, sur le confort de vie dont ils disposaient en Belgique et sur leurs potentialités. Beaucoup d’entre eux sont ainsi revenus transformés de ce séjour. Je trouve que c’est une idée intéressante. On pourrait aussi imaginer des formules contractuelles avec ces jeunes impliquant un suivi très étroit de leur évolution. Personnellement, je crois aussi très fort à la pertinence de mesures réparatrices. Depuis peu et à condition que les parquets s’en dessaisissent, les communes sont habilitées à sanctionner elle-même les infractions qui tombent sur le coup des règlements généraux de polices : incivilités, menaces, insultes, vols simples, détérioration de matériel public. On pourrait se contenter de percevoir des amendes mais comme la répression, cette manière d’agir peut être insuffisante : lorsqu’un jeune sera condamné à payer 250 euros, ses parents payeront… ou ne payeront pas. Dans beaucoup de cas, il sera nettement plus profitable de bien faire comprendre à la personne concernée le dommage qu’elle a causé. Par exemple, d’adjoindre un jeune tageur à l’équipe d’ouvriers communaux qui doivent nettoyer les murs de la commune. Avec un juriste, ma commune adapte donc le règlement de police en ce sens.

 

Les pistes sont donc nombreuses…

Et dans le même temps, il n’y a sans doute pas de solution miracle. Il y aura toujours de la «petite» délinquance dans les cités urbaines. Je crois que cela tout le monde peut le comprendre. Par contre, une quelconque forme de renoncement de la justice ou de force publique est de nature à jeter le discrédit sur l’ensemble des institutions. C’est ce coup de gueule là que je voulais exprimer.    


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03/06/2005

Affaire Weyckmans (Témoins de Jéhovah) (260505)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 26 mai 2005

«Ils ont laissé mourir mon fils»

 

Le 17 janvier 2001, Guy Weyckmans, 35 ans est hospitalisé en région liégeoise. Témoin de Jéhovah, il refuse la transfusion sanguine qui aurait pu lui sauver la vie. Particularité du dossier, Guy était handicapé mental et, selon ses parents, il n’était pas en mesure de bien peser la gravité de sa décision. A tous le moins, ceux-ci auraient voulu que Guy puisse en discuter préalablement avec sa famille. N’ayant été contacté que le 22 janvier, soit plusieurs heures après le décès, Guillaume Weyckmans, le papa de Guy ne digère pas. Avec son épouse, cet ex-policier bruxellois a déposé plainte contre les médecins de l’hôpital. «Ils se sont contentés de la parole de mon fils lequel était sous influence, c’est à dire continuellement ‘veillé’ par des membres de sa congrégation religieuse. Non seulement, la déontologie médicale n’impose pas de suivre le désir suicidaire d’un patient, mais en plus, les médecins ont géré la situation avec les seuls Témoins de Jéhovah, comme si nous étions quantité négligeable!». D’abord inculpés par la justice liégeoise, les médecins ont – il y a peu- bénéficié d’un non lieu en première instance. Ne cherchant «aucune compensation financière» mais désirant «que cela ne puisse plus arriver à d’autres familles», les parents de Guy ont fait appel.

 

- Qui était Guy?

- C’était notre deuxième enfant. Il est né en août 1965, 13 mois après sa sœur. C’était un beau bébé. Il pesait quatre kilos. Nous l’avions fort désiré. En somme, c’est un peu comme si nous avions eu des jumeaux. Notre famille était heureuse… Très rapidement, on a dû se rendre à l’évidence, il y avait quelque chose qui n’allait pas avec Guy. Dans les premiers mois de sa vie, il ne parvenait pas à prendre du poids et sa croissance était très lente. A cinq ans, il ne marchait pas encore et son comportement était déjà difficile à gérer : il se perdait dans des colères indescriptibles qui nous dépassaient complètement. En janvier 1970, un médecin a estimé que la seule manière de faire progresser Guy était de le placer dans un institut pour handicapés mentaux à Tirlemont. Il y est resté pendant 16 mois et cela a été positif : quand il est rentré à la maison, il savait marcher. Malheureusement, sur le plan comportemental, l’évolution était beaucoup moins évidente. Les médecins nous ont confirmé que Guy était mentalement retardé et qu’il était «caractériel». On était prévenu : ce ne serait pas facile de le reprendre à la maison mais c’est ce que nous voulions. Guy est donc rentré et il a commencé l’école primaire dans l’enseignement spécial. Vaille que vaille, cela a tenu jusqu’à ses 11 ans. Au fil du temps, son éducation devenait de plus en plus difficile, les colères étaient toujours là. Subites. Violentes. Un psychologue nous a expliqué que Guy ne supportait pas d’être en contact avec des enfants normaux – par exemple, sa sœur, ses amies et amis qui lui rendaient visite- parce qu’il percevait sa différence et que cela le complexait. Confrontés à mille problèmes quotidiens - il ne voulait pas manger, il se braquait pour un oui ou pour un non…-, le petit paradis familial dont on avait rêvé prenait souvent des allures d’enfer. Ma femme était sur les genoux. Epuisée, culpabilisée, ne sachant plus comment s’y prendre, elle tombait en dépression. A l’école, on ne voulait plus de lui. Il perturbait sans cesse les cours, il lui arrivait de se coucher au milieu de la classe et de refuser de bouger… C’était un constat qui nous faisaient mal mais il fallait se rendre à l’évidence : on ne parvenait à répondre au besoins de cet enfant et si on continuait comme cela, il ne parviendrait jamais à trouver un équilibre dans la vie. Il a donc été placé en internat dans un autre établissement spécialisé, l’IMP provincial du Brabant, à Waterloo.

 

- Quels contacts avez-vous gardé avec lui ?

- Nous allions le voir chaque semaine. C’était très dur à encaisser. Bien sûr, Guy se sentait visiblement mieux dans cet univers où il était en compagnie d’adolescents rencontrant des difficultés similaires aux siennes. En plus, il était accompagné par un éducateur qui savait bien s’y prendre avec lui. Mais dans le même temps, nos liens se distendaient. Parfois quand nous arrivions, il nous était dit qu’il avait préféré participer à une activité avec des copains plutôt que de nous attendre. D’autres fois, il prenait le cadeau que nous lui avions apporté et il s’en allait. Dès cette époque, nous nous sommes dit que l’important c’était lui, que s’il arrivait à se sentir bien et à apprendre, nos émotions de parents devaient être mises au second plan. Progressivement, le fait de ne pas lui mettre la pression a d’ailleurs porté ses fruits. Il a commencé à vouloir revenir à la maison. Un jour d’abord, puis du vendredi au dimanche et ensuite du vendredi au lundi matin. Cela a duré jusqu’à ses dix-huit ans. En 1984, il a été pris en charge par une autre institution et il a vécu dans un petit flat à Hamoir. Le principe était de lui apprendre à devenir autonome et à savoir gérer un budget. Comme bagage, il avait une formation de soudeur et de peintre en bâtiment. Pour nous, il était prêt à prendre son envol. Malheureusement, les contacts sont alors devenus plus épisodiques. Je crois que Guy nous en voulait de l’avoir conçu tel qu’il était. En plus, malgré ses années de formation et de socialisation en institution spécialisée, il n’avait pas comblé tout son handicap. Il raisonnait comme un enfant, sur base d’idées toutes faites, confuses et parfois totalement fausses. Une anamnèse médico sociale rédigée par un médecin en 1986 résume ainsi : «M. Weyckmans s’avère limité dans ses potentialités intellectuelles (…). Il s’agit d’une personnalité difficile à cerner. L’entretien révèle une personnalité infantile, se situant toujours au niveau de l’anecdote, incapable de donner sur elle-même, un minimum d’informations abstraites pertinentes. (…) Le sujet est souvent embrouillé, peu clair, comprenant mal les questions, surtout quand il s’agit de parler de ses handicaps». En 1988, Guy est un jour venu trouver ma femme et il lui a demandé 80.000 francs. Elle était dans l’impossibilité de lui donner cette somme. Dans son esprit, c’était impossible : «Des parents ont de l’argent. C’est que tu ne veux pas me les donner. Je ne te verrai plus jamais». Et il resté sur cette position. Pour ma part, alors qu’il s’était installé en région liégeoise, j’ai continué à avoir des contacts peu fréquents mais réguliers avec lui. En bref, j’étais là quand il estimait avoir besoin de moi. Par exemple, je me suis porté aval quand il a acheté une petite maison ouvrière à Seraing et je lui donné l’argent pour les frais de notaire. Sans doute n’était-ce pas la relation que j’aurais pu espérer avoir avec un fils, mais c’était la seule voie possible avec Guy. Des pans entiers de son existence nous échappaient. Aussi, c’est après sa mort que l’on a appris qu’il s’était fortement impliqué dans la congrégation des Témoins de Jéhovah.

 

- Comment avez-vous appris son décès ?

- C’est un Témoin de Jéhovah qui m’a appelé le 22 janvier 2001 au soir. Mon fils était mort depuis midi. Disposant du carnet d’épargne de mon fils, il avait déjà pris contact avec les pompes funèbres mais celles-ci avaient refusé d’inhumer si nous, les parents de Guy n’étions pas prévenus…

 

- Que s’était-il passé ?

- Guy avait été hospitalisé le 17 janvier pour de graves problèmes gastriques. Son état nécessitait une transfusion sanguine. Accompagné en permanence de Témoins de Jéhovah qui l’on veillé jusqu’à sa mort, il avait manifesté le souhait de ne pas être transfusé. Les médecins de cet hôpital liégeois qui reçoit souvent les membres de cette congrégation religieuse ont donné suite à la volonté de Guy, sans autre forme de procès. Plus tard, ils diront qu’ils ont beaucoup discuté avec lui et qu’il avait même signé une décharge. Mais s’ils ont beaucoup discuté avec lui, ils ne pouvaient pas ne pas se rendre compte du handicap mental de notre fils et, partant, de son manque de discernement. Malgré cela, ils n’ont pas jugé nécessaire de contacter ses parents. Pas plus qu’ils n’ont estimé utile de faire examiner Guy par un psychiatre alors qu’il prenait plusieurs médicaments, tels du Xanax, du Norfex et du Lithium, dont on sait qu’ils ont tendance à altérer la volonté.

 

- Vous avez déposé plainte ?

- Oui, car on s’est rendu compte que la déontologie médicale n’imposait de suivre le désir suicidaire d’un patient. Et que, dans des cas comme celui de Guy, il était fortement conseillé de prendre contact avec la famille avant de prendre une décision aussi grave.

 

- D’après le dossier judiciaire, les Témoins de Jéhovah ont prétendu aux médecins que Guy n’avait pas de famille…

- J’ai été policier. Je sais pertinemment bien pour l’avoir vécu en tant qu’enquêteur que dans des cas pareils d’autres médecins demandent à la police de vérifier à l’état civil ! En fait, on a acquis le sentiment que les Témoins de Jéhovah faisaient partie du fond de commerce de l’hôpital où Guy a été «soigné»… L’enquête a commencé sur les chapeaux de roue. Deux médecins, une infirmière et un infirmier ont été inculpés pour «non assistance à personne en danger». Et puis tout semble s’être bloqué. Des devoirs importants demandés par la juge d’instruction n’ont pas été exécutés – par exemple entendre toutes les personnes qui avaient assistés à la «prise de décision» de notre fils. Quand on a insisté pour que ces actes d’enquête soient tout de même posés, la juge d’instruction ne le voulait plus elle-même. On a fait appel. Le parquet l’a suivie. Et puis, il a finalement requis le non-lieu en janvier 2005. Notre dossier dérange. On touche à des médecins et à leurs relations critiquables avec une congrégation religieuse. Y a t-il eu d’autres cas comme le nôtre? En tous cas, on ne lâchera pas. On a fait appel de cette décision. On ne veut pas d’argent mais si on pouvait empêcher que cela arrive à d’autres familles, ce serait une victoire.



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