03/06/2005

Affaire Weyckmans (Témoins de Jéhovah) (260505)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 26 mai 2005

«Ils ont laissé mourir mon fils»

 

Le 17 janvier 2001, Guy Weyckmans, 35 ans est hospitalisé en région liégeoise. Témoin de Jéhovah, il refuse la transfusion sanguine qui aurait pu lui sauver la vie. Particularité du dossier, Guy était handicapé mental et, selon ses parents, il n’était pas en mesure de bien peser la gravité de sa décision. A tous le moins, ceux-ci auraient voulu que Guy puisse en discuter préalablement avec sa famille. N’ayant été contacté que le 22 janvier, soit plusieurs heures après le décès, Guillaume Weyckmans, le papa de Guy ne digère pas. Avec son épouse, cet ex-policier bruxellois a déposé plainte contre les médecins de l’hôpital. «Ils se sont contentés de la parole de mon fils lequel était sous influence, c’est à dire continuellement ‘veillé’ par des membres de sa congrégation religieuse. Non seulement, la déontologie médicale n’impose pas de suivre le désir suicidaire d’un patient, mais en plus, les médecins ont géré la situation avec les seuls Témoins de Jéhovah, comme si nous étions quantité négligeable!». D’abord inculpés par la justice liégeoise, les médecins ont – il y a peu- bénéficié d’un non lieu en première instance. Ne cherchant «aucune compensation financière» mais désirant «que cela ne puisse plus arriver à d’autres familles», les parents de Guy ont fait appel.

 

- Qui était Guy?

- C’était notre deuxième enfant. Il est né en août 1965, 13 mois après sa sœur. C’était un beau bébé. Il pesait quatre kilos. Nous l’avions fort désiré. En somme, c’est un peu comme si nous avions eu des jumeaux. Notre famille était heureuse… Très rapidement, on a dû se rendre à l’évidence, il y avait quelque chose qui n’allait pas avec Guy. Dans les premiers mois de sa vie, il ne parvenait pas à prendre du poids et sa croissance était très lente. A cinq ans, il ne marchait pas encore et son comportement était déjà difficile à gérer : il se perdait dans des colères indescriptibles qui nous dépassaient complètement. En janvier 1970, un médecin a estimé que la seule manière de faire progresser Guy était de le placer dans un institut pour handicapés mentaux à Tirlemont. Il y est resté pendant 16 mois et cela a été positif : quand il est rentré à la maison, il savait marcher. Malheureusement, sur le plan comportemental, l’évolution était beaucoup moins évidente. Les médecins nous ont confirmé que Guy était mentalement retardé et qu’il était «caractériel». On était prévenu : ce ne serait pas facile de le reprendre à la maison mais c’est ce que nous voulions. Guy est donc rentré et il a commencé l’école primaire dans l’enseignement spécial. Vaille que vaille, cela a tenu jusqu’à ses 11 ans. Au fil du temps, son éducation devenait de plus en plus difficile, les colères étaient toujours là. Subites. Violentes. Un psychologue nous a expliqué que Guy ne supportait pas d’être en contact avec des enfants normaux – par exemple, sa sœur, ses amies et amis qui lui rendaient visite- parce qu’il percevait sa différence et que cela le complexait. Confrontés à mille problèmes quotidiens - il ne voulait pas manger, il se braquait pour un oui ou pour un non…-, le petit paradis familial dont on avait rêvé prenait souvent des allures d’enfer. Ma femme était sur les genoux. Epuisée, culpabilisée, ne sachant plus comment s’y prendre, elle tombait en dépression. A l’école, on ne voulait plus de lui. Il perturbait sans cesse les cours, il lui arrivait de se coucher au milieu de la classe et de refuser de bouger… C’était un constat qui nous faisaient mal mais il fallait se rendre à l’évidence : on ne parvenait à répondre au besoins de cet enfant et si on continuait comme cela, il ne parviendrait jamais à trouver un équilibre dans la vie. Il a donc été placé en internat dans un autre établissement spécialisé, l’IMP provincial du Brabant, à Waterloo.

 

- Quels contacts avez-vous gardé avec lui ?

- Nous allions le voir chaque semaine. C’était très dur à encaisser. Bien sûr, Guy se sentait visiblement mieux dans cet univers où il était en compagnie d’adolescents rencontrant des difficultés similaires aux siennes. En plus, il était accompagné par un éducateur qui savait bien s’y prendre avec lui. Mais dans le même temps, nos liens se distendaient. Parfois quand nous arrivions, il nous était dit qu’il avait préféré participer à une activité avec des copains plutôt que de nous attendre. D’autres fois, il prenait le cadeau que nous lui avions apporté et il s’en allait. Dès cette époque, nous nous sommes dit que l’important c’était lui, que s’il arrivait à se sentir bien et à apprendre, nos émotions de parents devaient être mises au second plan. Progressivement, le fait de ne pas lui mettre la pression a d’ailleurs porté ses fruits. Il a commencé à vouloir revenir à la maison. Un jour d’abord, puis du vendredi au dimanche et ensuite du vendredi au lundi matin. Cela a duré jusqu’à ses dix-huit ans. En 1984, il a été pris en charge par une autre institution et il a vécu dans un petit flat à Hamoir. Le principe était de lui apprendre à devenir autonome et à savoir gérer un budget. Comme bagage, il avait une formation de soudeur et de peintre en bâtiment. Pour nous, il était prêt à prendre son envol. Malheureusement, les contacts sont alors devenus plus épisodiques. Je crois que Guy nous en voulait de l’avoir conçu tel qu’il était. En plus, malgré ses années de formation et de socialisation en institution spécialisée, il n’avait pas comblé tout son handicap. Il raisonnait comme un enfant, sur base d’idées toutes faites, confuses et parfois totalement fausses. Une anamnèse médico sociale rédigée par un médecin en 1986 résume ainsi : «M. Weyckmans s’avère limité dans ses potentialités intellectuelles (…). Il s’agit d’une personnalité difficile à cerner. L’entretien révèle une personnalité infantile, se situant toujours au niveau de l’anecdote, incapable de donner sur elle-même, un minimum d’informations abstraites pertinentes. (…) Le sujet est souvent embrouillé, peu clair, comprenant mal les questions, surtout quand il s’agit de parler de ses handicaps». En 1988, Guy est un jour venu trouver ma femme et il lui a demandé 80.000 francs. Elle était dans l’impossibilité de lui donner cette somme. Dans son esprit, c’était impossible : «Des parents ont de l’argent. C’est que tu ne veux pas me les donner. Je ne te verrai plus jamais». Et il resté sur cette position. Pour ma part, alors qu’il s’était installé en région liégeoise, j’ai continué à avoir des contacts peu fréquents mais réguliers avec lui. En bref, j’étais là quand il estimait avoir besoin de moi. Par exemple, je me suis porté aval quand il a acheté une petite maison ouvrière à Seraing et je lui donné l’argent pour les frais de notaire. Sans doute n’était-ce pas la relation que j’aurais pu espérer avoir avec un fils, mais c’était la seule voie possible avec Guy. Des pans entiers de son existence nous échappaient. Aussi, c’est après sa mort que l’on a appris qu’il s’était fortement impliqué dans la congrégation des Témoins de Jéhovah.

 

- Comment avez-vous appris son décès ?

- C’est un Témoin de Jéhovah qui m’a appelé le 22 janvier 2001 au soir. Mon fils était mort depuis midi. Disposant du carnet d’épargne de mon fils, il avait déjà pris contact avec les pompes funèbres mais celles-ci avaient refusé d’inhumer si nous, les parents de Guy n’étions pas prévenus…

 

- Que s’était-il passé ?

- Guy avait été hospitalisé le 17 janvier pour de graves problèmes gastriques. Son état nécessitait une transfusion sanguine. Accompagné en permanence de Témoins de Jéhovah qui l’on veillé jusqu’à sa mort, il avait manifesté le souhait de ne pas être transfusé. Les médecins de cet hôpital liégeois qui reçoit souvent les membres de cette congrégation religieuse ont donné suite à la volonté de Guy, sans autre forme de procès. Plus tard, ils diront qu’ils ont beaucoup discuté avec lui et qu’il avait même signé une décharge. Mais s’ils ont beaucoup discuté avec lui, ils ne pouvaient pas ne pas se rendre compte du handicap mental de notre fils et, partant, de son manque de discernement. Malgré cela, ils n’ont pas jugé nécessaire de contacter ses parents. Pas plus qu’ils n’ont estimé utile de faire examiner Guy par un psychiatre alors qu’il prenait plusieurs médicaments, tels du Xanax, du Norfex et du Lithium, dont on sait qu’ils ont tendance à altérer la volonté.

 

- Vous avez déposé plainte ?

- Oui, car on s’est rendu compte que la déontologie médicale n’imposait de suivre le désir suicidaire d’un patient. Et que, dans des cas comme celui de Guy, il était fortement conseillé de prendre contact avec la famille avant de prendre une décision aussi grave.

 

- D’après le dossier judiciaire, les Témoins de Jéhovah ont prétendu aux médecins que Guy n’avait pas de famille…

- J’ai été policier. Je sais pertinemment bien pour l’avoir vécu en tant qu’enquêteur que dans des cas pareils d’autres médecins demandent à la police de vérifier à l’état civil ! En fait, on a acquis le sentiment que les Témoins de Jéhovah faisaient partie du fond de commerce de l’hôpital où Guy a été «soigné»… L’enquête a commencé sur les chapeaux de roue. Deux médecins, une infirmière et un infirmier ont été inculpés pour «non assistance à personne en danger». Et puis tout semble s’être bloqué. Des devoirs importants demandés par la juge d’instruction n’ont pas été exécutés – par exemple entendre toutes les personnes qui avaient assistés à la «prise de décision» de notre fils. Quand on a insisté pour que ces actes d’enquête soient tout de même posés, la juge d’instruction ne le voulait plus elle-même. On a fait appel. Le parquet l’a suivie. Et puis, il a finalement requis le non-lieu en janvier 2005. Notre dossier dérange. On touche à des médecins et à leurs relations critiquables avec une congrégation religieuse. Y a t-il eu d’autres cas comme le nôtre? En tous cas, on ne lâchera pas. On a fait appel de cette décision. On ne veut pas d’argent mais si on pouvait empêcher que cela arrive à d’autres familles, ce serait une victoire.



08:19 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

la justice Toujours l´impuissance!

Écrit par : Geneviève | 03/06/2005

PARTIE DE BOUFFONNADE J’ai relevé sur le site du CICNS cette remarque qui me paraît pertinente pour bien résumer cette polémique qui provient d’anciens adeptes des Témoins de Jéhovah sur ce blog:

“Certains s’investissent dans un mouvement spirituel avec une attente affective et lui demandent de remplacer une famille absente, de combler une soif de pouvoir, de pallier une incapacité de s’adapter à un monde difficile.

Mais si le groupe ne comble pas leurs attentes, il peut arriver qu’une personne se retourne contre ce groupe et lui voue une haine durable et guerrière.

De nombreux apostats ont vécu cette expérience et on peut constater que les principales figures du mouvement anti-sectes d’aujourd’hui sont passées par des groupes spirituels qu’ils préfèrent combattre plutôt que de les quitter tout à fait. Ce dernier choix serait pourtant une attitude moins immature. Les croisades antisectes qui se présentent comme des actions altruistes seraient ainsi, le plus souvent, des tentatives de compenser des frustrations personnelles. ”

Cette partie de bouffonnade peut encore durer longtemps puisque l’immaturité de ces ex adeptes en mal de rupture est flagrante !

C’est comme si une femme qui veut rompre avec son mari, l’accuse de tous les maux puisqu’il l’a “manipulé” ou forçé a être avec elle et se plaint qu’il l’a fait souffrir !!! N’avait t’elle pas choisit d’être avec lui au départ ?

A bon entendeur…

Écrit par : Hocine | 29/12/2006

mon homme est atteind de leucemie il a besoin de poche de sang et de greffe de moelle, et il n'a jamais demandé à vivre ça, il n'a jamais rien fait de mal, et ce que je trouve scandaleux, c'est que les tdj ne font pas dons de leurs sang, ou est le mal dans cet acte??? des milliers de gens meurent faute de tranfusion, car pas assez de donneurs et eux ils s'en foutent!!!!! alors avec des gens pareil ou va le monde?

Écrit par : martine | 20/10/2007

bravo a vous bonsoir moi dit que qeul que parer il on raison .car vus comme dit la maladie tranmition de sans ou autre la il est prè de jeova

Écrit par : linda | 08/11/2007

je respecte les croyances de tous , par contre la connerie profonde de certaines sectes me révolte . je donne un message de soutien au parents n'abandonnés pas votre combat il est plus que nécessaire !!!

Écrit par : christophe | 11/11/2007

Aggelia Je connais les parents de Guy. Ce sont des personnes dignes de confiance et leur douleur est profonde.
Ce qui est malheureux dans toute cette affaire, c'est que les Témoins de Jéhovah ont, à une certaine époque, interdit les vaccins, puis les ont permis, ont interdit les transplantations d'organe, puis les ont permises, ont interdits certains composants du sang, puis les ont permis.
La transfusion de sang complet ou de composants majeurs du sang sont toujours prohibés par la secte.
Jusqu'à quand ?
En attendant, au cours des années d'interdictions qui ensuite ont été levées par les gourous de la Watch Tower, il y a eu de nombreux morts, d'innocentes victimes.
Voyez www.aggelia.be/sang.html
Merci beaucoup de m'avoir lu.
Jacques LUC

Écrit par : Jacques LUC | 06/01/2008

VERITE Je suis de tout coeur avec les parents et on fera en sorte de les temoins de Jehovah soient punis car sans plus de commentaires je suis née d une maman témoin de jéhovah et un papa polonais Je pense que vous m avez compris Courage à vous
Mich

Écrit par : mich | 03/11/2008

j'ai tres bien connu guy et se que son pere raconte sur lui est faut c'etais un garcon tres sympas qui travaillais pour payer sa maison il etait au chomage mais travaillais en ale pour celui ci il ne voyai plus ces parent depuis plus de vingt ans car ceu ci l'avait rejetee pour lui il n'existai plus c'est trite de voir des parent parler de leur fils comme arriere mentale FAUT IL SAVAIT TRES BIEN RESONNER IL C4EST MEME MARIER sa c'est parent n'en parle pas peut importe la religion qu'il avait mais se que vous devez savoir c'est que son pere a interdit formellement a ses dernier amis de suivre je convoi mortuere et devinez en plus seul son pere et sa mere etait la .comme c'est triste de voir un cerceuil suivi d'une seul voiture avec seulement 2 personne a bord ,seul pour son dernier voyage .moi son amie j'etait la et meme moi je n'ai pu le suivre deguelase pour des parent reflechisee bien sur les ecrit de se pere et soyer intilligent pour discener son manque d'affection pour se fils rejetee une amie de guy

Écrit par : moicic | 16/11/2008

L'actualité, avec l'affaire Jaycee Dugard, jeune fille américaine séquestrée pendant 18 ans par un déséquilibré, nous a montré qu'un individu pouvait exercer sur un groupe humain une emprise psychologue très profonde.
Phillip Garrido, le ravisseur n'avait de cesse de présenter à ses victimes un tableau foncièrement désastreux du monde extérieur pour pouvoir les soumettre radicalement à ses volontés.

Il existe une similitude entre le comportement individuel et celui collectif d'un groupe religieux tel que celui de la Tour de Garde.
Pour conserver ses adeptes sous sa coupe idéologique, la Tour de Garde présente à ses ouailles le tableau d'un monde exclusivement calamiteux et explosif.
Ainsi les adeptes se replient en se réfugiant naturellement à l'intérieur de la carapace de la secte US présentée comme un havre spirituel protecteur face à un "monde méchant" caricatural.

CQFD

Écrit par : ced | 30/08/2009

C EST UN FAUX TEMOIGNAGE LA VERITE ELLES ONT LAISSER MOURIR LEUR FILS ET FRERE

Écrit par : belgefolle | 18/09/2011

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