31/05/2005

Michel Doriez (190505)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 19 mai 2005 

 

«Je ne sais plus me sentir!»

 

«Ca sent le brûlé ? Ca sent mauvais ? On sonne à ma porte, est-ce que ça ne sent pas le renfermé chez moi ? La bouffe de midi ? La clope ? Le pipi ? Le caca ? Et si il y avait un pigeon mort sous mon canapé ? J’emmène des amis dans ma voiture, ça sent quoi ? Je suis devenu un obsédé du nettoyage, un chasseur d’odeur névropathe, un maboul de l’eau de Javel». Dans un livre plein d’humour (*), Michel Doriez raconte une histoire qui l’a fait pleurer. La sienne, celle d’un homme qui se lève un matin en ayant perdu le sens de l’odorat. Comme cela, sans avertissement. Sans cause identifiée. Du jour au lendemain. Voici, un coup de gueule, pardon un coup de nez, contre les mystères du corps humain. Mais pas seulement : auteur de télé à succès pendant plusieurs années, Michel Doriez nous parle aussi de ce monde où l’on travaille les cerveaux humains pour les rendre disponible à la pub; Un univers impitoyable qu’il ne savait plus sentir…

(*) : Michel Doriez, «Je ne peux plus me sentir», Flammarion, Paris.

 

 

- En fait, votre histoire, elle commence très banalement ?

- De manière très ordinaire, en effet. Par un bête rhume. Le 19 décembre 2001, je me réveille avec le nez bouché. Cela dure quelques jours et puis cela passe. RAS. Je prépare les fêtes de fin d’année sans me rendre compte que, comme le train qui passe et emporte les voyageurs, ce petit rhume s’en est allé avec une partie de mes sens. Le jour de l’an, un ami restaurateur qui connaît ma passion pour les saveurs décide de me faire un magnifique cadeau. Son établissement est fermé. Nous sommes à deux pour déguster d’énormes truffes et des Saint Jacques, le tout accompagné d’un exquis meursault. Lorsque les assiettes sont prêtes et nous font de l’oeil, je me demande si je dois me pincer : suis-je dans un rêve? Suis-je déjà au paradis? Trêve de métaphysique, j’attaque! Et bien sûr, je me surprends à susurrer des «Mmmm», suivi de «Ouiii» sensés témoigner de mon orgasme gustatif. En fait, comme une femme frigide qui simule, je n’ose pas dire à mon copain que je ne ressens rien. Les truffes, les Saint Jacques, le meursault… Tout me semble fade, muet, sans saveur particulière. C’est ce jour là que j’ai compris. J’étais devenu sourd du nez, aveugle du goût. En emportant avec lui mon odorat, le petit rhume m’avait aussi privé de la faculté de distinguer les saveurs, parce que ces deux fonctions sont étroitement liées. Si vous ne sentez plus, vous ne goûtez plus, cela va de paire!

 

- C’est si grave que cela ?

- Grave? Je réserverais ce terme à d’autres types d’handicaps ou à d’autres situations de vie. Dans l’absolu, mon «anosmie» et mon «agueusie» sont peut de choses comparées à ce qu’endurent ceux qui sont aveugles, paralytiques ou en totale détresse sociale ou psychologique. Je sais donc relativiser! D’ailleurs, je suis un garçon assez jovial et plutôt curieux. Dans un premier temps, j’ai donc pris le parti d’en rire. Je trouvais plutôt rigolo de vivre une aventure sensorielle inédite. Avec mes enfants, on a fait des tests. Tiens, combien de cuillers de moutarde, je pouvais avaler sans broncher. On prenait la chose très positivement. Mon petit Raphaël, qui avait trois ou quatre ans à ce moment, résumait l’esprit positif du moment lorsqu’il vantait mes mérites à ses condisciple de maternelle : «Mon papa, quand ça sent le caca, il n’est pas dérangé!». Où comment transformer un handicap en atout… Mais, après trois mois, je n’avais plus envie de rire : j’ai découvert l’insécurité et un sentiment d’inquiétude permanent.

 

- Comment cela s’est-il installé ?

- Très progressivement, au fil d’expériences vécues. Jusqu’au point de me dire que le fait de ne pouvoir distinguer le bœuf du porc ou du veau n’était qu’un avatar de ma nouvelle condition. La première prise de conscience tient au rapport aux autres. Quand on a un odorat qui fonctionne, on ne se demande pas trop si l’on pue parce que, tout de même, au-delà d’un certain seuil, on peut se rendre compte par soi-même que l’on a un petit problème. Mais dans mon cas, ça change tout : si je suis dans un établissement public et que l’on me regarde avec un peu d’insistance, est-ce parce que je schmoute? Prise de tête garantie, car comme chacun le sait, dans notre société, quand quelqu’un pue on ne lui dit pas! Je peux décliner ce thème à l’envi : quand je reçois à la maison, est-ce que cela sent le renfermé? Y-a-t-il une odeur de clope dans ma bagnole? Un jour, j’ai tapissé le tapis d’une amie qui m’avait invitée avec la merde dans laquelle j’avais marchée. Avec le sens de l’odorat, j’aurais arrêté pu éviter cet attentat malodorant! Bref, ne pas sentir, cela vous met dans un état de malaise qui, à la longue et sans un moral d’acier, pourrait vous couper de la société. Et puis, la vie devient plus fade : comment est-ce encore l’odeur des croissants chauds du matin ? Comment retrouvez les émotions subtiles du Channel n°5 portée par une femme ? C’est quand on les perd que l’on se rend compte que les odeurs mettent du sel dans la vie. Qu’elles sont partout et qu’elles font partie de votre identité.

 

- Mais vous parliez d’inquiétude, d’insécurité ?

- J’y viens. Un jour, il y a eu un incendie dans l’immeuble où j’habitais. On pouvait sentir la fumée à des centaines de mètres à la ronde. Moi, quand un voisin est venu me demander pourquoi je ne sortais pas de chez moi, j’ai eu l’air d’un abruti. – «Vous êtes fou, vous ne sentez pas l’odeur du feu ?» - «Heu, non, je n’ai rien senti». Passons. Une autre fois, le plus grand de mes fils, me rend visite : «Il y a une odeur de gaz chez toi !». -«Ah bon !?». Et là, vous vous mettez à gamberger. Vous comprenez à quel point vous êtes diminué. Vous n’avez plus le total contrôle de votre environnement. C’est cela le sentiment d’insécurité et d’inquiétude. L’homme sans nez est beaucoup plus diminué qu’on pourrait le croire!

 

- Dans votre livre, vous évoquez aussi une influence de votre handicap sur la sexualité ?

- Je pourrais résumer cet aspect en une phrase : «Si ton nez est en panne, tu ne baiseras plus». Je ne veux pas nécessairement généraliser mais en tous les cas, c’est ma vérité à moi. Etant concerné, j’ai longuement étudié la question : la perte de libido serait liée au fait que je ne perçois plus les éléments olfactifs non conscients qui interviennent dans le processus amoureux. Je parle ici des phéromones qui agissent sur le comportement sexuel. Devenu insensibles à celles-ci, même avec une femme que je désire intellectuellement et sentimentalement, je ne bande plus.

 

- L’anosmie et l’agueusie, ça se soigne ?

- Etant un type plutôt rationnel, pas le genre à m’enfermer six mois dans une pièce noire pour faire un voyage astral, j’ai d’abord cheminé sur la voie de la médecine traditionnelle. Certaines analyses de mon sang ont été poussée si loin qu’il fallait trois mois pour obtenir les résultats ! J’ai fait des scan, des IRM… Tous les examens possible, je les ai faits et d’ailleurs cela m’a coûté les yeux de la tête. Etant donné que je picole un peu et que je ne pratique pas de sport, je me disais que j’allais prendre une petite fessée… Mais rien! Tout est parfait! Un médecin a pensé à une lésion de l’hypophyse. Et bien, je l’ai vu ce petit truc de deux millimètres qui ressemble à un alien. Mon organe central de contrôle de mes glandes se porte bien, merci pour lui! Sur les conseils d’amis, je me suis finalement dirigé vers divers représentants des médecines parallèles. Des étiopathes, allopathes, acupuncteurs et autre spécialiste de l’analyse transgénérationnelle. N’étant pas contrariant, j’ai inventé à ce dernier que j’avais un grand-père qui avait eu le nez amoché par une explosion dans les tranchées, le 19 septembre 1917. Je pense qu’il a dû avoir un orgasme. En résumé, tous les médecins, les traditionnels et les autres, étaient d’accord sur un point : cela ne durerait quelques semaines tout au plus! Permettez-moi de douter : cela fera bientôt quatre ans…

 

- S’il n’y a pas de cause physique, c’est peut-être psychologique ?

- J’en arrive à cette conclusion. Quand cela m’est arrivé, j’étais auteur de télé. Pendant des années, j’ai considéré que c’était un super boulot très bien payé. Je me suis d’ailleurs très bien amusé lorsqu’avec deux amis, j’écrivais les pièges de l’émission «Surprise sur Prise». Et puis, j’ai été amené à écrire des émissions de plus en plus crades et stupides. Je ne fonctionnais plus que pour le fric, prêt à pondre en fonction de la demande. Dans cet univers où il n’y avait que l’audimat qui comptait, je faisais partie de ces gens qui cherchent à rendre disponible des temps de cerveau humain pour la consommation de Coca-Cola. Cela a finit par me dégoûter et surtout par me dégoûter de moi-même. Je ne savais plus me sentir. J’ai donc arrêté de sentir.   

 

- Dans la foulée, cela vous a donné le bon goût de rompre définitivement avec ce monde où seul l’argent n’a pas d’odeur… 

- Oui, ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis devenu Rmiste. Mais, si j’ose dire, je ne m’en sens pas plus mal. Finalement, cette absence de nez a provoqué une sorte de psychothérapie forcée. Sur internet, un endroit où les phéromones n’interviennent pas, j’ai rencontré une femme qui vend des fromages à Deauville. Je me suis mis à l’aimer. Même si je suis privé de l’odeur des 37 fromages de chèvres qu’elle dispose sur son étale. Ne sentant plus, j’écoute plus et mieux. Je me suis relancé dans une activité d’accordeur de piano. Bref, j’ai repris goût à la vie. Et c’est sans doute cela le chemin de la guérison.                   



Pour en savoir plus : www.jenepeuxplusmesentir.com/ -

08:59 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

23/05/2005

Freya Van den Bossche (120505)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue"

 

Freya Van den Bossche

«Je voulais devenir reporter de guerre»

 

Elle est jeune. Très jeune! Mais son CV pourrait déjà faire pâlir quelques vieux routiers de la politique belge. Bardée de diplômes universitaires, elle a été échevin de la ville de Gand. Ensuite, elle est devenue députée. Tant en voix de préférence qu’en termes de sondages de popularité, ce petit bout de femme aux yeux bleu gris est confortablement installée dans le top 10 des personnalités préférées des flamands. Depuis presque deux ans, elle est aussi ministre dans le gouvernement fédéral. Ses compétences : l’emploi, le bien-être au travail et la protection des consommateurs. Après une séance de photo, accordée à Ciné-Télé Revue, elle m’avait fixé rendez-vous dans un café branché de la région bruxelloise. Je l’y ai attendu avec une rose. Simple galanterie : deux jours auparavant Freya Van den Bossche venait de fêter ses trente printemps…

 

- Vous devriez peut-être vous méfier d’un journaliste qui commence par vous offrir une fleur!

- On verra! En tous cas, c’est très gentil d’avoir pensé à mon anniversaire.

 

- Justement, parlons de votre âge. A trente ans, avoir autant de responsabilités, ce n’est pas un peu trop lourd ?

­- Moi, ça va très bien! Mon âge, c’est surtout dans le regard des autres que cela pose problème. Je l’ai ressenti, en tant que ministre de l’Emploi, lorsqu’il s’est agit de négocier avec les partenaires sociaux (ndlr : représentants des organisations syndicales et patronale) Il a fallu que je leur prouve qu’ils pouvaient avoir confiance en moi. Je ne m’en offusque pas car il est évident qu’en entrant en fonction je n’avais pas l’expérience d’un Frank Vandenbroucke ou d’une Laurette Onkelinx. Mais j’ai pu leur montrer que je maîtrisais mes dossiers. L’essentiel est là : on doit juger les gens sur leurs actes et sur rien d’autre.

 

- Mais pour vous personnellement, cela ne va pas un peu trop vite ?

- Oui, cela va très vite! Et pourtant ce n’était pas mon but. Pendant très longtemps, il m’apparaissait exclu de mener une carrière politique! J’avais trop bien vu ce que c’était chez moi. Mon père (ndlr : Luc Van den Bossche, ex-ministre de l’Intérieur, notamment…) n’était jamais à la maison! En plus, déjà pendant l’enfance, j’étais quelqu’un de très intuitif. Et j’avais le sentiment que mon père était entouré d’un tas de gens très hypocrites; De toutes sortes de courtisans, de personnes qui ne l’aimaient pas vraiment et qui visiblement étaient intéressés. J’en avais retiré une image très négative de la politique.

 

- Pourquoi avez-vous changé d’avis ?

- Après mes études en communication, j’ai obtenu un poste à la ville de Gand. J’étais chargée des relations externes de Frank Beke, le bourgmestre. Cet homme a pour habitude de se rendre tous les samedi à la rencontre de ses administrés. Il n’hésite pas à sonner à la porte des gens! J’ai été amenée à l’accompagner et c’est ainsi que j’ai pu me rendre compte d’un certain nombre de réalités sociales et des aspirations de la population. Ce côté pragmatique et proche des gens de M. Beke m’a vraiment donné envie de m’engager. J’ai compris que la politique pouvait aussi être une activité très chaleureuse. 

 

- A ce moment, quel conseil votre père vous a-t-il donné ?

- Il m’a dit de ne pas le faire! C’était cela son conseil principal (Elle a un éclat de rire).

 

- Ce n’était pas très encourageant!

-Je comprends sa réaction : c’est un monde très dur! Comme n’importe quel parent, il voulait protéger son enfant. A partir du moment où il a été convaincu que mon choix était définitif, il m’a tout de même donné ce conseil : «fais toujours ce que tu crois être juste, tu dois te retrouver dans la politique que tu mènes, avoir ta personnalité et la défendre». Il m’a aussi appris de toujours dire la vérité, de ne pas cacher qui je suis, de ne pas essayer de jouer un rôle.  

 

- Alors dites-moi la vérité : faut-il être une tueuse pour réussir en politique ?

- Non, ça je ne le pense pas! Mais il faut être prêt à taper sur la table pour défendre ses idées. Et ne jamais montrer que l’on a peur.

 

- Des études universitaires brillantes, la présidence du parlement des jeunes européens et puis très rapidement des responsabilités politiques importantes. C’est à 28 ans que vous devenez ministre…

­- (Elle interrompt en rigolant) Quoi ? Vous vous demandez ce que je vais faire dans cinq ans! Je ne vais pas devenir Roi, ça c’est déjà certain…

 

- En lisant votre cv, je me disais plutôt que votre trajectoire de vie est parfaite. Presque trop parfaite?

- Oups! Trop parfaite?

 

- Oui, le parcours d’une petite fille très sage qui ne se serait jamais rebellée ?

- Détrompez-vous. D’abord, j’ai toujours recherché une certaine autonomie. Dès l’âge de 15 ans, j’ai commencé à travailler un hôtel à Oostduinkerke, chaque week-end et pendant toutes les vacances. Cela a duré sept ans et j’ai tout fait : éplucher les patates, le nettoyage, les chambres, le service jusqu’à devenir l’assistante de la patronne. Je voulais connaître l’expérience du travail, gagner mon propre argent. Comme tous les jeunes, j’ai eu aussi des périodes d’intenses débats avec ma famille. Par exemple, quand j’ai décidé de devenir maman à 23 ans alors que j’étais encore aux études et que le papa de ce premier enfant, lui, n’était pas en mesure d’assumer. Ce choix de devenir mère célibataire, j’ai du le défendre. Cela dit, il est vrai que de telles périodes de confrontations n’ont jamais débouché sur des drames. Il y a toujours eu un espace pour la discussion dans ma famille. J’ai été élevée dans l’idée que l’on a le droit de revendiquer des choix, pour autant que l’on soit en mesure d’argumenter et surtout que, par la suite, on assume! Ce contexte éducatif m’a sans doute épargné des crises d’adolescence stériles. Non seulement je savais où se trouvaient les frontières à ne pas dépasser mais en plus je comprenais pourquoi elles existaient. C’est ainsi que j’ai vite compris l’intérêt qu’il y avait à m’investir sérieusement dans mes études et dans des activités culturelles et autres qui pourraient me donner une vision plus large du monde.

 

­- On m’a d’ailleurs dit que vous seriez bien devenue journaliste ? 

- Exact. Après deux ans en faculté de droit à l’Université de Gand, je me suis rendu compte que cela ne m’intéressait absolument pas de retenir par cœur des articles de loi. Ce n’était pas du tout créatif! J’ai bifurqué vers la communication : je voulais devenir reporter de guerre! J’ai même obtenu une bourse pour aller étudier le journalisme aux Etats-Unis mais finalement j’ai choisi d’avoir mon premier enfant.

 

- En juillet, vous allez mettre au monde un deuxième enfant. Vous ne craignez pas d’être une mère aussi absente que votre père le fût?

- J’ai conscience qu’un papa ou une maman ne doivent pas être là uniquement pour aller à Disneyland le samedi! Il faut une vraie présence dans le quotidien. Prendre le temps de parler, de raconter des histoires. Donc, je fais tout et je continuerai tout à faire pour ne pas être une mère absente. C’est un choix de vie. En tant que ministre, on est invité partout. Si l’on veut, on pourrait être sorti tous les soirs. Moi, j’installe des limites : pas de mondanités inutiles! Les week-ends sont pour ma famille. En semaine, j’organise mes horaires pour garder une disponibilité familiale. Par exemple, j’abas un maximum de travail certains jours, en commençant très tôt et en finissant très tard, afin de trouver des plages de temps pour aller chercher ma fille à l’école et m’occuper d’elle. Une fois qu’elle est au lit, je recommence à travailler. Certes, la vie de ministre est très envahissante mais je me dis qu’il y a bien d’autres métiers où des femmes et des hommes doivent composer. Si j’étais infirmière de nuit, ce serait encore plus difficile!

 

- Etre la fille de votre père, cela a contribué à votre ascension politique ?

- Bien sûr que c’est beaucoup plus facile d’entrer dans le monde politique quand on a déjà un pied dedans. De l’autre côté, cela me met en situation de devoir plus justifier ma propre place. Certains continueront pendant longtemps à me voir comme la «fille de Luc Van den Bossche». Cela n’est pas nécessairement un avantage mais je m’en suis fait une raison.  A vrai dire, ce qui me fâche plus c’est qu’on oublie que je suis aussi la fille de ma mère. Sans elle, je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui! De plus, mon père est pour moi l’homme qui m’a appris mille choses de la vie quotidienne, ce n’est pas le ministre Van den Bossche. Je lui suis reconnaissante de m’avoir appris à rouler en bicyclette mais il ne m’a jamais appris à faire de la politique!

 

- Puis-je me permettre de vous dire que vous avez de très beaux yeux ?

- (Elle est surprise) C’est toujours agréable à entendre pour autant que l’on retienne pas uniquement cela de ma personne. Je suis une femme politique et je voudrais surtout marquer les esprits par mes réalisations. A ce stade, je voudrais plutôt qu’on retienne que j’ai pu conclure l’accord sur Kyoto en Belgique, qu’on a aboutit à un accord interprofessionnel ou que j’ai pu imposer les 24 retraits gratuits par an aux banques…

 

- Je suis tout à fait d’accord avec vous. Pourtant, quand on se rend sur le site officiel de la ministre Van den Bossche, on tombe d’abord sur une photo en gros plan de vos yeux et il est proposé à l’internaute de consulter une galerie de photos de votre personne. Disons que c’est un peu juste en termes d’argumentation politique… 

- (Sur le ton d’un aveu). Ok, c’est vrai! Mais on est en train de reconstruire le site. Et puis tout de même, on y trouve aussi des textes politiques! (Elle réfléchit un instant) De toute façon, je suis convaincue qu’on ne vote pas seulement pour des personnes qui ont des idées mais aussi pour l’image qu’elles dégagent, la façon de vivre qu’elles présentent aux gens. Il doit donc y avoir des éléments personnels dans la communication. Mon physique, c’est aussi une partie de moi-même. Je ne veux pas en jouer : une poupée en politique, cela ne dure pas! Dans le même temps, je ne vais pas dissimuler mon physique pour paraître plus sérieuse!

 

- Venons-en à quelques sujets d’actualité. Par exemple, à ce sondage récent qui indiquait que 59% des flamands ne seraient pas opposés à une participation du Vlaams Belang à votre gouvernement régional. Qu’en dites-vous ?

- Cela me choque profondément et cela me rend triste. Jamais de ma vie, je ne pourrais siéger dans une telle majorité! Je ne suis pas du tout d’accord avec ceux qui disent qu’une telle participation au pouvoir des extrémistes serait peut-être de nature à les décrédibiliser. D’une part, l’histoire nous enseigne qu’il ne faut pas jouer ainsi aux apprentis sorciers avec l’extrême droite. D’autre part, il y a tous les dégâts qu’ils auraient le temps de faire pendant qu’ils seraient au pouvoir. Cinq ans, c’est long! Je suis donc favorable au maintien du cordon sanitaire mais, en ce qui me concerne, je n’en ai pas besoin pour savoir que  je ne ferai jamais faire alliance avec le Vlaams Belang. C’est une question d’éthique, tout simplement.

 

- A votre avis, pourquoi 25 % des flamands votent-ils pour des fachos ?

- On cherche la réponse depuis des années! On ne le sait pas. Chaque semaine, chaque mois, il y a d’autres analyses. En tous cas, je pense que le monde politique traditionnel doit renouer avec une politique de proximité. Je l’ai vu avec le bourgmestre de Gand : il faut aller sur le terrain, s’intéresser de plus près à leur vécu. Il y a une partie des gens qui votent pour le Vlaams Belang parce qu’ils ont eu peur. Peur de l’avenir, peur de perdre leur emploi, peur pour leur sécurité. En tant que politique, j’estime que ma mission est de rétablir un dialogue avec ces personnes. De leur démontrer que le Vlaams Belang instrumentalise leurs peurs en ne donnant aucune bonne solution. Il faut redonner de l’espoir et ne pas se contenter des grandes idées : il y a des petits problèmes du quotidien que les élus doivent prendre en compte. Je veux dire par-là qu’à partir d’une question de voirie laissée en plan pendant des années, des extrémistes arrivent à faire des généralisations abusives qui peuvent causer beaucoup de dégâts dans l’esprit des gens. Il ne faut pas leur laisser cette opportunité. En étant plus à l’écoute de tous les citoyens.

 

- Quand l’enfant que vous allez mettre au monde aura 20 ans sera-t-il de nationalité belge ou de nationalité flamande?

- Il sera Belge!

 

- Vous vous sentez plutôt belge, flamande ou européenne ?

- Je suis un mélange de tout cela. En fait, je me sens très gantoise! J’aime beaucoup cette ville. Cela dit, en tant que ministre fédéral, je suis au service de tous les Belges.

 

- Etes-vous d’accord avec Steve Stevaert lorsqu’il dit : «Bruxelles-Halle-Vilvorde, c’est le 177ème problème à régler». Avant cela, les Belges attendent le monde politique sur des enjeux économiques, sociaux, environnementaux…

­- Je suis d’accord. C’est le 177ème problème et il n’est pas le plus crucial. Mais on ne pourra pas trouver de solution aux 176 problèmes plus importants si le 177ème, la scission de BHV, reste en rade.

 

- Ca, c’est une manière très flamande de voir l’ordre des priorités !

- Ce n’est pas une manière de voir, c’est une réalité qui s’impose à nous puisque la scission de BHV est inscrite dans l’accord de gouvernement de l’exécutif de la Région flamande.

 

- C’est justement la bêtise que les partis flamands n’auraient pas du commettre?

- (Elle rit, visiblement gênée) Disons qu’il n’est pas facile de réformer l’Etat d’un seul côté du pays. Au moins, le président de l’exécutif flamand a compris que la solution viendra du fédéral et il s'est montré assez patient!

 

- N’est-il pas choquant que tant de temps soit consacré par le monde politique belge à BHV, alors qu’il y a tellement d’autres problèmes plus importants à résoudre, notamment sur le plan économique et social ?

- Je suis tout à fait d’accord : il y a des problèmes plus important à régler et il vrai qu’avec la pression exercée par le débat sur BHV, il est de plus en plus difficile pour chaque ministre de ce gouvernement de fonctionner comme il le faut. Pour autant, cela n’empêche pas non plus d’avancer : je viens d’augmenter la durée des congés parentaux, de concevoir tout un plan d’aide pour les jeunes chômeurs peu qualifiés qui leur permettra d’aller étudier sans perdre leur allocation, il y a aussi des mesures qui ont été conçues pour venir en aide aux familles monoparentales…

 

- Mais toutes ces mesures n’aboutiront pas si le gouvernement tombe ?

- En effet puisqu’il faut encore prendre des arrêtés royaux, voter des lois. Pour moi, c’est donc très important que je puisse encore travailler dans les mois à venir. Ce ne sera peut-être pas possible de l’éviter, mais je trouverais vraiment dommage que le gouvernement tombe maintenant.

 

- Donc, pour vous, BHV peut valoir une éventuelle chute du gouvernement ?

- (Elle esquive) Je garde confiance dans la concertation en cours. Selon moi, cela doit aboutir à une solution dans laquelle tout le monde pourrait se retrouver.

 

- Les Flamands se montrent obstinés sur BHV, au risque de créer beaucoup de casse. Et, sans cesse, ils sont aussi demandeurs de nouvelles régionalisations de compétences fédérales. Les francophones en arrivent à se demander si le Nord du pays a encore envie d’être Belge…   

- L’impression que j’ai en discutant avec des citoyens flamands, c’est qu’ils veulent que la question de BHV soit résolue…

 

- Ne serait-ce pas plutôt le monde politique flamand qui veut absolument cette «solution» ?

- Je ne crois pas. Au-delà de son contenu, le dossier BHV a valeur de symbole. Mon sentiment est que si les Flamands constatent qu’on ne peut aboutir à un accord, beaucoup d’entre eux en tireront comme enseignement qu’il n’est plus possible de s’entendre sur les enjeux communautaires. Ils auront l’impression que les femmes et hommes politiques des différentes communautés ne parviennent plus à travailler ensemble et ils se demanderont s’il y a encore un avenir possible pour ce pays. Il faut donc absolument aboutir.

 

- Les chiffres parlent : en Belgique, ces dernières années, les bénéfices de la plupart des grandes entreprises ont fortement augmenté. Globalement, ce pays produit toujours plus de richesses mais, parallèlement, les salaires et l’emploi ne suivent pas. Ennuyant, non, pour une ministre socialiste de l’Emploi ?

- (Après quelques secondes de réflexion). Je veux bien être à l’écoute de tous les partenaires sociaux mais il faudrait, en effet, que tout le monde joue le jeu correctement. En d’autres termes, je veux bien soutenir les patrons quand ils demandent à des travailleurs de faire un effort parce que la situation d’une entreprise est périlleuse. Mais les chiffres que vous évoquez montre malheureusement que l’inverse n’est pas nécessairement vrai : quand cela va bien, ce sont surtout les actionnaires qui en bénéficient. Ce n’est pas normal. C’est même très dommage parce que la concertation sociale serait grandement favorisée si l’emploi et les salaires bénéficiaient plus des bons résultats de l’économie. D’ailleurs, il n’y a pas qu’en termes de créations d’emplois que ce problème se pose. On pourrait aussi parler des consommateurs qui ne bénéficient pas assez de la croissance. Un exemple très concret : j’ai dû batailler ferme avec une grande banque belge pour qu’elle n’impose pas le paiement des retraits d’argent aux distributeurs automatiques. En soi, c’était une mesure injuste mais quand on constate par ailleurs les bénéfices colossaux que fait cette banque, cela avait aussi quelque chose d’écœurant!

 

- Dans le contexte de mondialisation de l’économie, le pouvoir d’un ministre belge n’est-il pas devenu très relatif. Une entreprise qui sera trop contrainte sur le plan social ou environnemental pourra toujours agiter le spectre d’une délocalisation. Un professeur de l’Université catholique de Louvain, Ricardo Petrella, estime d’ailleurs que les politiciens ne sont plus désormais que «les greffiers du pouvoir économique»?

- Je refuse de croire que le politique n’aurait plus qu’un rôle marginal. On peut encore prendre des décisions qui changent la vie de gens. Cela dit, le contexte de mondialisation que vous évoquez est bien présent. Quand une entreprise fait un gros bénéfice en Belgique, il peut arriver qu’elle reçoive des instructions de sa maison mère aux Etats-Unis ou ailleurs, lui enjoignant de faire encore plus l’année suivante en poursuivant des restructurations. Déplorer cela ne sert à rien. Il faut agir. C’est ce que nous avons fait dans le cadre du récent accord interprofessionnel. On a réduit les charges sur le travail en équipe. Les secteurs où l’on travaille en équipe sont sous pression et il y aura inévitablement des fermetures en Europe de l’Ouest d’ici les cinq prochaines années. L’idée était donc de mettre les entreprises belges en situation de meilleure compétitivité pour leur permettre de survivre. C’est aussi une manière de préserver des emplois.

 

- Selon vos amis des Mutualités socialistes, «il faudra probablement redéfinir la place que l’on donne au travail dans notre société. Puisqu’il n’y a pas, qu’il n’y a plus et qu’il n’y aura peut-être plus de travail pour tous, le travail ne devrait plus être une obligation. Au lieu de se plaindre du «manque d’emploi» on en viendra peut-être enfin à se réjouir du temps retrouvé»…

- Pour moi, ce sont les carrières qui doivent être repensées. Aujourd’hui, on fait des études et puis le but est travailler un maximum. Une fois la cinquantaine arrivée, on commence à fatiguer et on se rend compte que l’on est un peu passer à côté des enfants qui viennent de quitter la maison. Le «temps retrouvé», on pourrait le chercher durant toute la carrière. Celle-ci devrait être plus souple. Il faut favoriser des pauses, pour s’occuper des enfants, pour étudier ou simplement parce qu’on en ressent le besoin. Et dans le même temps, il faut favoriser des carrières plus longues.

 

- Encore promettre le plein emploi aux Belges, ce serait de la démagogie ?

- En tant que politique, la seule chose que je puisse promettre c’est les emplois que le gouvernement créé lui-même. Après le mouvement social dans les hôpitaux, nous avons dégagé l’argent nécessaire pour créer 10.000 postes supplémentaires. De même, les titres-services qui donnent la possibilité à des particuliers d’employer des personnes aux chômage pour des tâches domestiques ont d’ores et déjà débouché sur l’équivalent de 11.000 emplois. On peut donc avoir une influence sur le marché du travail. Par sa politique d’accompagnement des entreprises, le gouvernement tend à les inciter à créer de l’emploi mais il est vrai que nous sommes aussi relativement dépendants de leur volonté de suivre ce mouvement, ainsi d’ailleurs que de la croissance économique. 

 

- La croissance n’est pas celle que Verhofstadt attendait. Quand aux 200.000 emplois qu’il a promis, ils ne sont pas là non plus…

- Moi, je ne donne pas de chiffre. Il faut faire de son mieux en ayant conscience que dans tous les pays européens on rencontre les mêmes difficultés : la courbe de croissance économique et celle de l’emploi ont tendance à s’éloigner. Si autrefois il fallait 1 point de croissance pour créer x milliers d’emplois, il faut aujourd’hui 2 points pour obtenir le même résultat. 

 

- Il y aura bientôt un grand débat sur les fins de carrière et vous êtes plutôt mal prise : les patrons veulent totalement réformer les prépensions et les syndicats ne veulent pas qu’on y touche…

- En tous cas, on ne touchera pas à l’âge de la pension. De même, je trouve très important qu’en cas de restructuration d’une entreprise, on puisse toujours bénéficier d’une prépension. Toutefois, il faudrait d’abord que l’entreprise fasse tout – en termes de formation, notamment- pour que son travailleur puisse retrouver un autre emploi. C’est un premier axe de réflexion. Il faudra aussi revoir les prépensions de type «canada dry». Des entreprises virent des gens parce que, soi-disant, ils sont trop vieux. On leur dit : «Tu vas au chômage et tu reçois un extra tant que tu y restes». Premier problème, cet «extra» n’est pas connu de la sécurité sociale. Second problème : si le travailleur trouve un autre emploi, il perd l’extra et bien souvent, chez son nouvel employeur, il ne retrouve pas le salaire qu’il avait auparavant. L’ «extra» devrait dont être acquis définitivement, comme un petit sac à dos qui accompagne le travailleur. J’espère qu’une telle mesure pourrait convaincre les gens d’avoir une carrière plus longue. D’un autre côté, il faudra aussi convaincre les patrons que les gens plus âgés sont aussi plus expérimentés et que cela a un sens de les garder en place.

 

- A vrai dire, les patrons ne contestent pas ce fait mais ils voudraient, si on s’en réfère à certains documents de travail de la FEB, que les travailleurs âgés soit moins payés puisqu’ils deviendraient moins productifs ?

- Oh là ! Ca ne marche pas cela. On ne peut pas payer moins les jeunes qui sont très productifs parce qu’ils manquent d’expérience et dans le même temps payer moins les plus âgés parce qu’une fois qu’il ont l’expérience, on les considérerait moins productifs. Cela revient à payer moins tout le monde! Maintenant, s’ils veulent baisser les salaires des travailleurs âgés mais payer d’avantage les jeunes, moi je veux bien discuter. Cela dit, j’accepte d’entendre les patrons sur un autre thème : il faut réduire les charges sur le travail et donc, trouver des manières alternatives de financer la sécurité sociale.

 

- Celle-ci pourrait-elle être scindée ?

- Non, je suis opposée à la scission de la solidarité entre les communautés qui forment ce pays.

 

- Il y a une vieille rumeur qui a court en Flandre : s’il y a plus de chômage dans le sud du pays, c’est que les Wallons seraient plus fainéants?  - Je ne fais pas partie de celles et de ceux qui relayent cette idée fausse. C’est le contexte socio-économique de ces dernières années qui a été différent. En plus, la Wallonie bouge et cela se traduira dans les statistiques de l’emploi dans les années à venir. Cela dit, un débat a lieu dans le nord du pays à propos de la procédure d’accompagnement et de suivi des chômeurs. Même si chaque région a traduit l’acoord d’accompagnement des chômeurs de manière loyale, il y a eu des différences dans leur approche.Étant donné que l’ONEM ne recevait pas les mêmes données de chaque région, je ne pouvais pas garantir cette approche d’égalité. Alors, on s’est réuni et tout le monde s’est déclaré d’accord pour travailler selon une norme fédérale.

 

- Contrôler «la disponibilité de chômeurs», ce n’est pas un peu les culpabiliser?

- Non, il s’agit des les accompagner, de faciliter la recherche de formations qui peuvent réellement déboucher sur des emplois. Je suis d’ailleurs convaincue que l’immense majorité des chômeurs cherchent un emploi. D’ailleurs, c’est aussi ce que montrent les chiffres des premiers contrôles qui ont eu lieu sur quelques 9000 jeunes chômeurs de 20 à 25 ans. Les deux-tiers ont pu démontrer facilement qu’il faisait le nécessaire pour trouver un job. Mais il faut aussi comprendre qu’actuellement il y a des pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs et que l’on peut accompagner les chômeurs sur le chemin qui conduit à ces emplois. Cela ne veut pas dire que tout le monde trouvera un emploi mais, en tous cas que, si une offre existe, il y aura quelqu’un pour y répondre! (ndlr : L’attaché de presse de Freya Van den Bossche lui signale à ce moment qu’elle a déjà parlé trop longtemps. Son emploi du temps chargé l’oblige à partir précipitamment…)

 

- N’oubliez pas votre rose!

- Merci encore, je ne l’oublie pas. Ni ses épines!

 

 


09:31 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/05/2005

Génocide des Arméniens (050505)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 5 mai 2005.

 

Silences coupables en Belgique

 

A l'occasion du 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration nazis et du 10ème anniversaire du génocide rwandais, les leaders politiques belges ont réaffirmé fort opportunément la nécessité pour l'Europe de se construire sur le rejet absolu de ces crimes contre l’humanité et d'entretenir leur mémoire pour les générations présentes et à venir. En cette année 2005, est commémoré également le 90ème anniversaire du génocide des Arméniens, le premier du siècle,  perpétré entre par l'Empire ottoman. Entre 1915 et 1922, plus d’un million d’Arméniens qui vivaient en Anatolie furent froidement et méthodiquement exécutés… Mais ce génocide-là mobilise peu les partis politiques belges. Pire : certains de ses mandataires d’origine turque flirtent avec le négationnisme! Journaliste, militant des droits de l’homme depuis des nombreuses années et président de la fondation Info-Turk, Dogan Özgüden dénonce l’«attitude bassement électoraliste du monde politique belge qui craint de déplaire à la communauté turque de Belgique à l’aube du prochain scrutin communal»

 

- Le 13 avril dernier, lors d’un voyage officiel en Norvège, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan déclarait ceci : "Il appartient aux Arméniens de faire des excuses à la Turquie suite à leurs allégations erronées de génocide durant la première guerre mondiale (…) Nous ouvrons toutes nos archives d'Etat. Tout le monde peut venir en Turquie pour les étudier, nous sommes prêts à régler nos comptes avec l'histoire". Vous-même vous êtes Turc, partagez-vous cette vision de l’histoire?

- Certainement pas ! Ces propos du premier ministre turc s’inscrivent dans une longue tradition négationniste. Pendant des décennies, les gouvernements turcs successifs ont tenté de faire oublier la tragédie des Arméniens. D’ailleurs, cela a failli marcher mais après la seconde guerre mondiale, les descendants de la diaspora arménienne se sont mobilisés et, en 1987, ils ont obtenu du parlement européen qu’il reconnaisse le génocide dont leurs aïeux ont été victimes. Depuis lors, l’Etat turc nie obstinément alors que les faits sont historiquement établis.

 

- Dès lors, quand M.Erdogan demande aux Arméniens de «faire des excuses à la Turquie», c’est…

- C’est parfaitement indécent! C’est comme si l’Allemagne demandait aujourd’hui aux Juifs de s’excuser du génocide dont leur peuple a été victime. Si quelque chose de tel devait un jour se passer, cela provoquerait bien évidemment un tollé général. En ce qui concerne la Turquie, ce négationnisme du génocide des Arméniens n’a malheureusement pas été une cause de rupture dans le cadre des négociations pour l’accession de ce pays à l’Union Européenne. Mais les choses bougent. A l’occasion du 90ème anniversaire, le 24 avril dernier, le président Chirac a déclaré que la France bloquerait le dossier turc si ce pays ne faisait pas face à son passé. 

 

- Quel est-il ce passé ?

- Depuis des siècles, l'Arménie se trouvait sous l'occupation de l'Empire ottoman.  Au 19e siècle, à l'instar des autres minorités de l'empire, les Arméniens ont réclamé l'instauration d'un régime reconnaissant les droits de tous les peuples. En riposte, entre 1894 et 1896, le sultan turc Abdulhamit II a organisé de premières tueries. Plus tard, le gouvernement nationaliste des Jeunes-Turcs a mené une véritable politique d’extermination. Elle durera de 1915 à 1918 mais précédemment ce régime – qui continue à être glorifié dans la Turquie d’aujourd’hui- avait déjà été responsable d’un immense massacre à Adana (1909). L'extermination s'est poursuivie même après la chute de ce régime jusqu’en 1922. Les Arméniens estiment que 1, 500.000 personnes ont été assassinées par les Turcs. Ces derniers contestent les chiffres et reconnaissent 300.000 à 400.000 victimes tout en prétendant qu’autant de turcs auraient été tués… par des Arméniens. L’idée sous-jacente des Turcs est d’ainsi nier le génocide en prétendant que si des massacres ont bien eu lieu, ils ont été pratiqués par les deux camps dans un contexte de guerre. Cette vision de choses est clairement erronée. Au début du siècle, le peuple arménien a bel et bien été exterminé sur base de critères ethniques dictés par une politique ultranationaliste et islamiste. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’au début du génocide, près de 2 millions d'Arméniens vivaient en Anatolie. Aujourd’hui, ils sont peut-être encore 40.000…  

 

- Quel a été le mode opératoire de ce crime contre l’humanité ?

- Dans un premier temps, le 24 avril 1915, à Istanbul, les intellectuels, cadres et notables arméniens ont été arrêtés. Rapidement, ils ont exécutés lors de pendaisons publiques par groupes de 50 à 100. Privés de leurs chefs, les Arméniens ont ensuite été massacrés, beaucoup même, brûlés vifs. La règle était d’exécuter systématiquement les personnes de sexe masculin âgée de plus de douze ans et d’enlever les jeunes filles – il y eu d’innombrables viols- et d’assimiler les plus jeunes, notamment en les convertissant à la religion musulmane. Environ 500000 arméniens ont été égorgés, fusillés ou éventrés au cours des sept derniers mois de l'année 1915. La majorité des survivants fut déportée vers les régions désertiques de Syrie où ils sont morts de faim ou de maladie.

 

- Est-il vrai que le génocide arménien a inspiré les nazis ?

- Il est vrai qu’Hitler a évoqué ce génocide en relevant qu’il était possible d’exterminer un peuple sans que l’histoire ne le retienne…

 

- Quel est le point de vue de la communauté turque de Belgique sur la question arménienne ?

- Dans sa grande majorité, elle partage le point de vue d’Ankara. Cette population, après le lavage de cerveau qu’elle a connu dans sa terre natale, entretient son endoctrinement en lisant des journaux turcs et en regardant des programmes de télé turcs. On y honore régulièrement la mémoire des auteurs du génocide dans le cadre d’une lecture ultranationaliste de l’histoire. Et, malheureusement, cela n’est pas sans influence sur les partis politiques belges…   

 

- Que voulez-vous dire par là ?

- Les partis démocratiques belges ne désirent pas se brouiller avec cet électorat en puissance à l’aube du prochain scrutin communal : le lobby turc orchestré par l'Ambassade de Turquie s'est déjà montrée capable d'orienter les votes des électeurs d'origine turque. Dès lors, ils se montrent très prudents, pour ne pas dire complices d’un assourdissant silence, sur la question du génocide arménien. Ainsi plusieurs associations qui avaient appelé le monde politique belge à se mobiliser le 90ème anniversaire du génocide, au même titre qu’il y avait une mobilisation sur la Shoa ou le génocide rwandais, n’ont pratiquement rencontré que de polies fins de non recevoir. Le 24 avril dernier, lors de la cérémonie du souvenir devant le mémorial à Ixelles, il n’y avait pas une présence significative des dirigeants de partis politiques. Jusque l’un ou l’autre mandataire du CDH et du MR… A titre de comparaison, on soulignera que lors d’une cérémonie comparable, le même jour en France, le président de l’Etat et tous les personnes importantes du monde politique français s’étaient déplacées… Ce qui se passe en Belgique est moralement indéfendable : on courtise un électorat potentiel en évitant soigneusement de mettre en cause son négationnisme. Et d’ailleurs, cela va même plus loin puisque des élus d’origines turque appartenant aux différents partis traditionnels belges n’hésitent pas à tenir eux-mêmes des propos révisionnistes, sans qu’ils soient le moins du monde, rappelés à l’ordre.

 

-  Vous dites que des élus de partis démocratiques belges osent nier le génocide arménien, pourtant reconnu par le parlement européen ?

- Mais bien entendu! Bien sûr, il y a un double langage. Dans les médias belges, les élus d’origine turque sont très attentifs à ne pas choquer l’opinion par des propos ostensiblement négationnistes. Mais il en va différemment lorsqu’ils s’expriment en Turc à destination de leurs électeurs. Que ce soit lors de réunion de proximité ou dans les télévisions locales et les médias turcs. Ces derniers reviennent systématiquement avec cette question : «Que ferez-vous lorsque vous serez élu pour contrecarrer les arguments arméniens?». Et bien entendu, ils répondent en allant dans le sens du poil…  

 

- En France, la loi condamne les propos révisionnistes sur le génocide arménien, au même titre qu’est réprimé le négationnisme relatif à la Shoa. Est-ce le cas aussi en Belgique ?

- Non. Bien qu’une évolution en ce sens soit à l’étude au Sénat. Mais pour concrétiser, il faudra suffisamment de voix au sein de la commission du Sénat qui planche sur la question… Dans le contexte actuel, j’ai peur qu’on n’y arrive pas.

 

- Au même titre que plusieurs autres pays européens, la Belgique a tout de même exprimé le souhait que la Turquie reconnaisse le génocide des Arméniens…

- Vous le dites : elle en a exprimé le «souhait». A ce jour, la diplomatie belge n’a pas fait de ce point une exigence ou une condition préalable à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. A mon sens, c’est pourtant une exigence minimale dans le cadre d’une Europe qui veut défendre la démocratie et qui cultive à juste titre le souvenir des atrocités commises par les régimes dictatoriaux. Je défends aussi ce point de vue : personne n’a le droit d’oublier ce qu’on a fait aux Juifs, les générations d’aujourd’hui et celle de demain doivent garder en mémoire les leçons de l’histoire. Et pour cette même raison, je ne vois pas pourquoi on ferait une exception turque!



20:25 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/05/2005

Affaire Penning (280405)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 28 avril 2005.

 

«Une compagnie d’assurance bousille ma vie»

 

Entrepreneur en électricité en région liégeoise, Alain Penning est à deux doigts de péter les plombs! Faut dire que cet homme a des raisons de se sentir passablement énervé. En décembre 2000, un employé d’un magasin sur lequel il terminait un chantier renverse son échelle avec un transpalette électrique. Conséquences : des fractures multiples et 1 an et demi d’interruption d’activité. Pour ne pas indemniser, un inspecteur de la compagnie qui assure le supermarché fabrique un faux témoignage de nature à innocenter l’employé du magasin! Cet inspecteur est d’ailleurs reconnu coupable du fait par le tribunal correctionnel de Liège. Dans la foulée, un jugement au civil donne également raison à l’électricien. Mais l’assureur s’obstine à ne pas vouloir payer et fait appel. Près de cinq ans que cela dure! Entre-temps, Alain Penning a tout perdu : son entreprise a fait faillite, sa maison a été hypothéquée et il est endetté jusqu’au coup. «A un moment, j’ai hésité entre le suicide ou le meurtre. Heureusement, j’ai pu me raisonner. Mais la colère est encore là. Je ne passe pas une nuit sans me réveiller en sursaut à l’idée que les gens de cette compagnie d’assurance bousillent ma vie», confie M. Penning.

 

- Comment commencent vos ennuis ?

- Le 6 décembre 2000, je mettais la dernière main à un chantier dans un nouveau supermarché à Barchon. Il s’agissait d’un travail de repérage et de bouclage de câbles vidéo qui se trouvaient dans le faux plafond de la réserve du magasin. Pour remplir ma mission, je me trouvais en haut d’une échelle, à environ 4 mètres du sol. C’était un travail urgent : le magasin venait d’ouvrir ses portes et il y avait pas mal d’effervescence. Simultanément, Claude L., un employé du supermarché, débarquait des marchandises d’un camion avec un transpalette électrique. Comme la réserve n’était pas très grande, à plusieurs reprises, j’ai dû interrompre mon travail et déplacer mon échelle pour le laisser passer avec son engin. Et puis, je me remettais à la tâche. Plus tard, Claude L. est repassé avec son transpalette sans rien me demander. Je n’ai pas vu venir le danger vu que toute la moitié supérieure de mon corps se trouvait dans le faux plafond et que je m’afférais à retrouver un câble; J’ai ressentis une violente secousse. L’échelle s’est écroulée et je me suis retrouvé par terre. J’étais étourdi et je souffrais énormément mais j’étais parfaitement conscient. Le transpalette se trouvait à proximité immédiate de l’échelle, ainsi que Claude L. Une ambulance a été appelée et je me suis retrouvé hospitalisé pendant plus d’un mois avec 18 fractures et une impossibilité de reprendre toute activité pour une durée d’un an et demi. Pour l’indépendant que j’étais, c’était une situation catastrophique. Comment allais-je honorer mes engagements auprès des banques et de mes fournisseurs si j’étais dans l’impossibilité de travailler? Mais trois jours plus tard, j’ai été quelque peu rassuré : Christophe H., le responsable technique du supermarché est venu me trouver à l’hôpital et il m’a expliqué que l’affaire était très claire : il avait parlé avec Claude L. et de cet entretien il ressortait que le conducteur du transpalette était clairement responsable de l’accident; Christophe H. me promettait donc qu’une déclaration en ce sens allait être faite à la compagnie d’assurance et que je serais rapidement indemnisé tant pour les frais d’hôpitaux que pour mon indisponibilité professionnelle.

 

- Jusque là, les choses se passaient donc normalement ?

- Tout à fait! C’était un accident stupide et évitable, mais bon, tout le monde semblait prêt à assumer ses responsabilités. Malheureusement, je me suis vite aperçu que quelque chose clochait. Dans les premiers jours qui ont suivi mon hospitalisation, je me suis enquis de l’avancement du dossier. J’ai d’abord constaté que le supermarché tardait à communiquer les informations nécessaires à sa compagnie d’assurance. A ma sortie d’hôpital, le dossier avait un peu avancé… mais à reculons. J’ai appris que Claude L. avait fait une déclaration démentant toute responsabilité dans l’accident! Il prétendait qu’au moment de l’accident, il n’avait pas encore utilisé son transpalette! Selon lui, il n’avait commencé son déchargement qu’après mon évacuation par l’ambulance! C’était un mensonge énorme mais il suffisait à la compagnie d’assurance pour estimer qu’elle ne devait pas m’indemniser. Il ne me restait donc plus qu’à porter l’affaire devant le tribunal civil.

 

- Mais avant de prendre position, une compagnie d’assurance envoie généralement l’un de ses inspecteurs sur les lieux de l’accident. Si elle l’avait fait, n’aurait-elle pas trouvé des témoins de votre accident ?

- Mais elle l’a fait! Un certain Claude B. est venu investiguer à Barchon. Malheureusement, cet «enquêteur» de la compagnie d’assurance n’a pas tenu compte des témoins qui pouvaient lui certifier que Claude L. avait bien commencer son déchargement avant l’accident, que l’échelle était parfaitement visible et qu’il avait pris des risques inconsidérés en passant à plusieurs reprises à sa proximité immédiate sans me demander de la déplacer. Pire, je me suis rendu compte, juste avant les débats au civil que cet inspecteur avait carrément fabriqué un faux pour accréditer la nouvelle version des faits de Claude L. Désormais, il y avait une attestation dans le dossier signé par Bernard B., un magasinier du supermarché qui affirmait que Claude L. venait seulement d’arriver au moment de mon accident et qu’il n’avait pas encore commencé son déchargement avec le transpalette. Il en ressortait qu’il ne pouvait être considéré comme le responsable des faits et que j’avais désormais à prouver que je n’étais pas tomber tout seul! J’ai appris l’existence de ce document le jour précédant l’audience du tribunal civil et mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai eu la bonne idée de prendre contact avec Bernard B., lequel est tombé des nues quand je lui ai demandé s’il avait bien fait un témoignage accréditant la nouvelle version de Claude L. «Je n’ai jamais signé d’attestation. En plus, Claude L. ment quand il dit qu’il n’avait pas commencé le déchargement !», m’a-t-il dit en substance. A mes frais, j’ai demandé une expertise graphologique du document fourni par l’assurance. Elle a confirmé que la personne qui était le scripteur de l’attestation était aussi… son signataire. C’était bien un faux!

 

- Je suppose que vous avez demandé des comptes à la compagnie d’assurance !

- Dans la procédure civile et dans des échanges de courriers avec la compagnie d’assurance, mes avocats ont bien entendu souligné l’existence de ce faux qui tendait à confirmer le faux témoignage du conducteur du transpalette… Faux témoignage qui était également démenti par différents témoins qui travaillaient ce jour-là dans le supermarché…

 

- L’affaire redevenait limpide…

- Pour le commun des mortels, sans doute. Mais pas pour la compagnie d’assurance. Elle a pris deux postures. D’une part, elle retirait la fausse attestation du dossier. D’autre part, elle me proposait désormais de payer 50% du sinistre! Je ne vois pas pourquoi j’aurais dû assumer 50% des frais liés à un accident dont je n’étais pas responsable et j’ai refusé. L’affaire restait donc pendante au civil et mes avocats m’ont conseillé d’également déposer plainte au pénal pour faux et usage de faux à charge de l’inspecteur Claude B. A ce moment, nous étions déjà en mars 2002 et il fallut attendre jusqu’en mai 2004 pour que cette enquête fort bien menée par la police fédérale, aboutisse à la condamnation de l’inspecteur par le tribunal correctionnel de Liège. 

 

- Cette condamnation a-t-elle modifié l’attitude de la compagnie d’assurance ?

- Nullement. Elle a maintenu son point de vue. Pas question de payer tant que la procédure civile ne l’y forcerait pas! Celle-ci a donc repris et, en octobre 2004, les juges ont tranché. D’une part, ils confirmaient que l’attestation de la compagnie d’assurance relatant le témoignage de Bernard B. était entachée de faux et d’autre part que la seconde version des faits de Claude L. était fausse. On me donnait enfin raison sur toute la ligne et le jugement intimait à la compagnie d’assurance de me verser une somme de 20.000 euros à titre provisionnelle en attendant l’estimation rapide par un expert de l’ensemble du préjudice financier et moral que j’avais subis.  

 

- Point final ?

- Et bien non ! La compagnie d’assurance a décidé de prolonger le supplice en faisant appel! Ce n’est pas vraiment une surprise puisqu’un jour dans une discussion téléphonique, Etienne P. responsable de cette compagnie m’avait «aimablement» averti que j’avais bien tort de ne pas accepter la proposition d’un règlement 50/50. Il m’avait dit : «Un jour, vous aurez peut-être gain de cause devant le tribunal mais cela prendra beaucoup de temps et d’ici là, vous serez complètement sur la paille!».

 

- C’est ce qui se passe ?

- Bien sûr. Près de cinq ans après l’accident, je n’ai toujours pas reçu un euro d’indemnité. A cause de mon incapacité, mon entreprise a périclité. Je n’ai plus su payer mes investissements et mes fournisseurs. Ma maison a été saisie. Je me suis retrouvé sans rien et ma femme m’a quitté. Dès que les médecins me l’ont permis, je me suis battu pour retravailler comme salarié dans une autre entreprise. J’ai décroché un emploi en juin 2002. Depuis début mars 2005, je suis en incapacité de travail suite aux douleurs qui reviennent dans les jambes et l’épaule qui avaient été touchées par l’accident. Je dois bientôt être réopéré pour la quatrième fois! En bref, mon compte en banque est à 0 et je me trouve aujourd’hui avec plusieurs milliers d’euros de dettes! A un moment, j’ai hésité entre le suicide ou le meurtre. Un soir, je me suis retrouvé avec une arme devant le domicile d’un responsable de la compagnie d’assurance… J’étais à deux doigts de péter les plombs! Heureusement, j’ai pu me raisonner. Mais la colère est encore là. Je ne passe pas une nuit sans me réveiller en sursaut à l’idée que les gens de cette compagnie d’assurance ont bousillé ma vie (ndlr : dans cette l’affaire, le jugement en appel du tribunal civil est prévu pour juin prochain…).

  

 

 


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