28/04/2005

Affaire Fred Nerac (210405)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 21 avril 2005.

 

Disparu en Irak

A la recherche de Fred, désespérément

 

Depuis plus de deux ans, Fabienne Nerac cherche à retrouver la trace de son mari. Avec un collègue de la chaîne britannique ITN, ce cameraman était parti en Irak le 8 mars 2003. Quinze jours plus tard, son équipe était prise sous les feux de marines américains. Depuis lors, Fabienne n’a plus reçu aucun signe de vie de Fred. Une histoire qui pourrait faire penser au très émouvant film d’Elie Chouraqui, «Harrisson Flowers» : souvenez-vous d’Andie Mc Dowell recherchant désespérément son mari, un photographe de Newsweek disparu lors d’un reportage dans l’ex-Yougoslavie en guerre. Elle finit par le retrouver alors que tout le monde le croyait mort… «Tant que je n’aurai pas la preuve du contraire, je considérerai que Fred est en vie. C’est formidable de parler des otages comme Florence Aubenas et son interprète.  Il faut les sauver. Mais on n’a pas le droit pour autant d’oublier mon mari! Tous les journalistes ont le droit à la même solidarité», crie Fabienne Nerac.   

 

- Quand avez-vous votre mari pour la dernière fois ?

- C’était le 8 mars 2003. Soit le jour où il s’en est allé en Irak, via le Koweït. Ce départ, pour cinq semaines avec une équipe de la chaîne de télévision britannique ITN, n’avait rien d’extraordinaire. En tant que cameraman, Fred avait déjà couvert plusieurs conflits. Au Kosovo, au Pakistan, en Afghanistan… Peut-être semblait-il un peu plus prévoyant que d’habitude. A posteriori, c’est ce que je me suis dit en me rappelant qu’il avait repeint toute la maison juste avant de partir. Est-ce un signe, je n’en sais rien ? Car dans le même temps, il se montrait assez confiant. Je crois que, comme la plupart des journalistes, il a mal jugé du caractère extrêmement dangereux de cette guerre… Quoiqu’il en soit, il n’y avait pas de raison d’être particulièrement inquiet parce que Fred n’est pas quelqu’un qui prend des risques inconsidérés. Lors de précédents reportages de guerre, il avait certes déjà connu des situations délicates mais cela s’était toujours bien terminé. Mon mari est quelqu’un qui sait garder son sang-froid. Il aime aussi communiquer avec les gens, ce qui peut être essentiel dans certains moments de tension extrême.

 

- Fred a-t-il pu tout de suite pénétrer en Irak ?

- Non, son équipe est restée en stand by au Koweït jusqu’au 21 mars car les Américains distribuaient les accréditations au compte-goutte. Il est vrai que Terry Lloyd, le journaliste avec lequel il travaillait, refusait de faire partie des «embarqués», ces reporters qui étaient intégrés aux troupes américaines et anglaises. Leur idée était de faire, autant que faire se pouvait, du journalisme indépendant et du vrai reportage de terrain. Ils étaient équipés pour dormir dans le désert et leur projet était d’avancer derrière les troupes américaines. Le 21 mars, vers 22 heures, Fred m’a téléphoné. Ils étaient dans la campagne irakienne. Le lendemain, à la demande d’ITN, ils devaient allés vers Bassora. Les marines leur avaient dit : «vous pouvez y aller, mais c’est à vos risques et périls.» Ils sont allés dans cette direction en sachant très bien qu’ils pouvaient tomber sur des Irakiens. Cependant, mon mari n’était pas très inquiet. Il me disait que tout était calme et que, de toute manière, l’équipe resterait derrières les positions américaines. Ils se sont mis en route à bord de deux véhicules 4 X 4. Terry Lloyd roulait dans la première avec Daniel Demoustier, un caméraman belge. Fred suivait dans le second, accompagné de son chauffeur interprète, le Libanais Hussein Hosmann. Normalement, je devais recevoir un appel dès le lendemain, mais c’est quelqu’un de la chaîne qui m’a appelé le 22 mars en fin d’après-midi.

 

- Pour vous dire ?

- On m’a expliqué qu’au matin les voitures de l’équipe de reportage avaient été visées par des tirs américains. Terry, Fred et Hussein avait disparu, Daniel Demoustier, lui, avait pu s’échapper in extremis. Et selon lui, mon mari et son interprète avaient également pu fuir. Malheureusement, il s’est ensuite avéré que le témoignage du caméraman était peu fiable.

 

- Comment avez-vous réagit ?

- Je me suis immédiatement accrochée à l’information principale qui m’était donnée : on ne savait pas où se trouvait Fred et il était donc possible qu’il ait, lui aussi, échappé à la mort. Cet espoir, mes enfants et moi, nous continuons à le garder. Pour nous, Fred a disparu. A défaut d’obtenir la preuve du contraire, il est en vie! J’ai donc tout de suite remué ciel et terre pour que la lumière soit faite sur ce qui est arrivé. Je suis allée voir l’ambassadeur d’Irak à Bruxelles. Il m’a reçu cordialement mais il ne pouvait rien faire vu que les communications avec Bagdad étaient déjà coupées. Avec le soutien d’ITN, une équipe d’anciens membres des SAS (ndlr : troupes d’élites) britanniques a été envoyée sur place. J’ai aussi interpellé Colin Powell lors de son passage à Bruxelles, le 3 avril 2003. Ayant pu me faire passer pour une journaliste, je me suis introduite dans les locaux de l’Otan où il tenait une conférence à presse. J’ai pu l’accrocher pour lui faire promettre solennellement que l’armée américaine dirait la vérité sur ce qui s’était passé. Car, il faut le savoir, dans un premier temps, les Etats-Unis ont tenté de nier toute responsabilité, prétendant qu’il n’y avait pas de troupes américaines présentes ce jour-là sur le lieu de l’attaque! Ce mensonge était cependant indéfendable car, de son côté, ITN avait reçu des photos prises par un photographe du Wall Street Journal, quelques minutes seulement après l’attaque. On y voyait distinctement les véhicules des journalistes… à proximité de chars américains. Plus tard, j’ai pu obtenir aussi de rencontrer les ministres britanniques de la Défense et des Affaires étrangères. Cela a débouché sur une enquête menée par 11 personnes pendant plusieurs mois en Irak. J’ai eu aussi plusieurs entretiens avec Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères français (ndlr : bien que la famille Nerac est domiciliée en Belgique, elle est de nationalité française) et j’ai obtenu qu’il en soit fait autant pour retrouver le disparu Fred Nerac que pour libérer les otages.   

 

- Ce n’était pas le cas ?

- En mars 2003, la France ne faisait pas partie de la coalition qui a attaqué l’Irak. Malgré les nombreux contacts de sa diplomatie dans ce pays, sa marge de manœuvre était donc singulièrement réduite. L’année suivante, quand les journalistes Malbruno et Chesnot ont été enlevés, beaucoup de choses ont été faites – et c’est heureux- pour obtenir leur libération. Mais dans le même temps, Fred a été oublié. Pas seulement par les autorités françaises. Aussi par Reporters sans Frontières et par les médias. Mes enfants ont été très choqués par le fait que l’on ne parlait jamais plus de la disparition de leur père. Après la disparition de Florence Aubenas et de son interprète, la même chose a eu tendance à se reproduire. Je me suis donc invitée au grand rassemblement de soutien aux otages et à leurs familles, le 14 février dernier à Paris. Simplement, pour rappeler que mes enfants et moi, nous ne savons toujours pas où se trouve mon mari. Le 22 mars dernier, les photos de Fred et d’un autre journaliste français disparu en Côte d’Ivoire ont finalement été affichée à Paris, mais pas a côté des autres otages et je me demande pourquoi… Cette initiative a été suivie par plusieurs villes françaises – grâce notamment au soutien du Club de la presse de Lyon- mais dans beaucoup d’endroits encore, il n’est question que des journalistes otages. C’est le cas également en Belgique. A titre d’exemple, de grandes photos de Florence et de son interprète viennent d’être disposées sur le fronton du bâtiment de la Communauté française à Bruxelles. Que l’on me comprenne bien, je trouve cela formidable. Par contre, je ne comprends pas que Fred ait une nouvelle fois été oublié. Sa cause a pourtant aussi un besoin impérieux de médiatisation et de soutien pour maintenir la pression à l’égard des autorités françaises qui doivent travailler pour le retrouver. Qui sait? Le fait de montrer qu’on n’a pas oublié Fred, ici en Belgique et en France, pourrait faire réagir quelqu’un, là-bas en Irak...

 

- Après toute vos démarches, que savez-vous aujourd’hui de ce qui est arrivé à Fred ?

- Dans un rapport fait après la visite de Colin Powell à Bruxelles, les américains ont reconnu qu’ils était bien sur la route de Basorah à l’heure du crime et même qu’ils ont tiré sur des véhicules parce qu’ils s’étaient sentis «menacés». En fait, ce jour-là, les deux voitures d’ITN se sont retrouvées nez à nez avec des Irakiens. Les reporters ont fait l’erreur de vouloir faire demi-tour et ils ont été pourchassés. La voiture qu’occupait Terry Lloyd, suivie par un pick-up irakien s’est retrouvée, dans l’autre sens, arrivant à grande vitesse, face à des chars américains. Ils ont tirés… Quand à la voiture de Fred et de Hussein, elle a été immobilisée à plusieurs centaines de mètre de là par des Irakiens. Des témoins les ont vu sortir de la voiture. Qu’arrive-t-il ensuite? On ne le sait pas. L’enquête britannique a permis de retrouver une femme qui était allée sur les lieux du drame pour retrouver la dépouille de son fils. Elle a enterré des restes humains – un corps déchiqueté par une explosion- qui, après un test ADN, se sont avérés appartenir à Hussein. Par contre, on n’a identifié aucune trace biologique de mon mari… Tandis qu’on a retrouvé sa carte de presse et son gilet pare-balle dans un local du parti Baas à quelques kilomètres de là! A-t-il été tué en même temps qu’Hussein ? A-t-il été blessé ? A-t-il été emmené quelque part ? Est-il encore en vie mais dans l’impossibilité de se manifester? Toutes ces questions restent encore ouvertes et je ne veux pas renoncer à obtenir une réponse. Dans l’état d’insécurité actuelle, mes enfants refusent que je me rende à Bassora. Ils ne veulent pas prendre le risque de perdre aussi leur maman. Mais dès que ce sera plus sûr, il est possible que je m’y rende et la première chose que je ferai ce sera de visiter les hôpitaux. Il y en 17 dans la région…

 

- Avec Fred, aviez-vous vu le film «Harrison Flowers » ?

- Oui, nous l’avions vu. Je me souviens très bien de l’histoire de cette femme qui finit par retrouver son compagnon que tout le monde donnait pour mort. Amnésique et incapable de s’exprimer, il zonait dans un hôpital… Finalement, il se remet. Bien sûr, je ne veux pas rêver. Je garde la tête sur les épaules. Mais c’est aussi en étant très rationnelle que je considère qu’à ce jour, rien ne prouve de manière définitive que Fred aurait perdu la vie. D’ailleurs, un Irakien qui avait été impliqué dans les faits du 22 mars sur la route de Bassora a été retrouvé. Vivant, mais dans un tel état de choc qu’il n’est plus capable de s’exprimer…


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21/04/2005

Affaire Eric Zaman (140405)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 14 avril 2005

 

Black micmac à la police fédérale

 

L’affaire Dutroux et consorts a révélé que l’ex-gendarmerie «oubliait» parfois de transmettre des informations cruciales à des magistrats. Rassurez-vous, ce n’est plus le cas avec la nouvelle police fédérale! Sa «Direction de la collaboration policière opérationnelle» (DGS/DSO), elle, communique bien ses infos. Toutes ses infos! Même celles qu’il lui arrive d’inventer! Eric Zaman, un habitant de Seraing en a fait les frais. Il voulait développer un projet commercial en France. Avant de l’y autoriser, l’administration française s’était renseignée sur sa moralité. Réponse de la police belge : il est connu comme preneur d’otage et auteur d’un attentat à l’explosif… Pourtant le casier judiciaire de M. Zaman a toujours été parfaitement vierge! 

 

- Qu’est ce que cela fait de découvrir un beau jour que l’on est connu de la police comme preneur d’otage et auteur d’attentats à l’explosif ?

- C’est plutôt surprenant! C’est tellement gros que cela pourrait même prêter à sourire… S’il n’y avait les conséquences. Pour moi, elles ont été extrêmement importantes. En me présentant comme un criminel, la police fédérale belge a fait s’envoler un très beau projet commercial.

 

- De quel projet s’agissait-il ?

- J’ai exercé diverses professions mais ma véritable passion, c’est le jeu. Ce n’est pas que je serais un joueur impénitent, le style de gars qui devrait se faire interdire dans les casinos! Ce qui m’intéresse plutôt c’est la mécanique du jeu : j’aime concevoir des systèmes originaux qui fonctionnent. C’est ainsi que j’ai mis au point un nouveau jeu qui, à mon sens, pouvait connaître un beau succès dans les casinos. Cela se joue avec 32 cartes, il y a des mises, des gains, des combinaisons. Pour que les gens comprennent, je dirais qu’on pourrait comparer au Black jack bien qu’il y ait aussi de grosses différences. Mon jeu à moi, je l’ai baptisé Black Micmac.   

 

­- Et donc, vous vouliez le commercialiser ?

- Oui. Fin 2000, après avoir protégé mes droits d’auteurs en procédant à un enregistrement à la Sabam, j’ai exposé le concept du jeu à la Commission des jeux de hasard. Cet organisme qui dépend du Service fédéral de la Justice donne des avis autorisés au gouvernement, lequel décide ensuite par arrêté royal des jeux qui sont autorisés dans les casinos du pays. C’était donc une étape indispensable si je voulais avoir une chance que le Black Micmac puisse un jour être joué dans un casino belge. Un responsable de la de la Commission m’a indiqué que mon jeu était intéressant mais qu’il me faudrait être patient : la reconnaissance légale de nouveaux jeu est lente dans notre pays. Il m’a laissé entendre que je ne risquais rien de tenter aussi ma chance à l’étranger. Grâce au soutien de l’AWEX (Agence wallonne pour l’Exportation), j’ai pu envoyer un dossier à plusieurs casinos français. Il y avait un réel intérêt mais tous les clients potentiels me répondaient qu’avant d’envisager l’achat d’une licence d’exploitation, il fallait que mon jeu soit agréé par la «Sous-direction des Courses et des Jeux» du ministère de l’intérieur français. Début avril 2003, j’y ai donc introduit mon dossier lequel a été traité par un certain M. Le Mere, responsable de la section «formation et recherche».

 

- Votre création était-elle jugée intéressante ?

- Oui, ce monsieur m’a dit rapidement qu’il trouvait mon jeu très attrayant et qu’il pourrait certainement trouver sa place dans des casinos. Mais pour aller plus avant, ce haut fonctionnaire devait recevoir des renseignements policiers sur ma personne. La loi française l’impose : il faut être d’une moralité irréprochable pour mener des activités commerciales dans le milieu des casinos. Je me suis dit que s’il ne fallait que cela pour aboutir, ce ne serait qu’une formalité! J’approchais du but! En plus, il m’avait fixé une échéance à deux mois tout au plus…

 

- Et deux mois plus tard ?

- Rien! J’ai  retéléphone à M. Le Mere qui, cette fois, me répondait sur un ton relativement sec : «Vous n’aurez pas l’agrément!» Je lui ai demandé pourquoi : «Parce que la police belge ne vous aime pas beaucoup». Je tombais des nues mais il ne voulait pas m’en dire plus. Après plusieurs semaines, au bout de multiples appels téléphoniques, j’ai obtenu qu’il me faxe un document sur lequel figuraient des renseignements collectés auprès de la police fédérale belge (ndlr : il nous montre ce document). Et j’ai pu lire ceci : «Eric Zaman (…) est défavorablement connu des autorités belges depuis 1986, notamment pour des affaires des stupéfiants, de prise d’otages et d’attentat à l’explosif». J’étais sur les genoux!

 

- Comment avez-vous réagit ?

- J’ai écrit au parquet de Liège en expliquant mon histoire et en annonçant mon intention de déposer plainte contre X. Le procureur du Roi a confié le dossier à l’inspection générale de la police qui m’a convoqué une première fois en février 2004. Les policiers m’ont dit que si des renseignements erronés avaient été donnés, il serait difficile certainement difficile d’établir des responsabilités. Un mois et demi plus tard, j’ai téléphoné pour prendre des nouvelles et le policier m’a répondu que l’affaire était classée! Là, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai à nouveau pris contact avec le parquet de Liège, lequel à redemander à cette inspection générale d’éclaircir ce qui s’était passé. Ce qu’elle a finalement fait en septembre 2004.

 

- Alors que s’était-il passé ?

- L’enquête a établi que j’étais bien fiché pour plusieurs faits dans la banque de donnée de la police fédérale et qu’en plus ces renseignements avaient été «complétés» par un policier très créatif de la «Direction de la collaboration policière opérationnelle» (DGS/DSO). Il s’agit du service qui avait été consulté par les français, via l’agent de liaison de la police belge installé à Lyon.

 

-  Pour quelles «affaires de stupéfiants» étiez-vous fiché ?

- Le fichier renseigne deux faits de «drogue» en 1986… Présenté comme cela, cela permet beaucoup d’interprétations! On pourrait comprendre que j’aurais été un trafiquant ou un consommateur de drogues dures… En fait, à 20 ans, il m’est arrivé de fumer un pétard avec des copains. Et d’avoir été contrôlé par la police. Je n’ai jamais été arrêté, poursuivi et a fortiori condamné pour ces péripéties de jeunesse que j’avais oubliée depuis longtemps… Mais la banque de donnée, elle, m’a condamné 19 ans plus tard!

 

- Il y avait aussi «prise d’otage» et «attentat à l’explosif»?

- En retrouvant le document original qui avait été faxé en France par un de leur collègue, les policiers de l’inspection générale ont découvert avec stupéfaction que leur banque de donnée était quelque peu défaillante : il était indiqué sur ma fiche «1992. Prise d’otage et attentat à … » Et donc leur collègue a cru bon de compléter le blanc de manière manuscrite par… «à l’explosion?». Ensuite,  lors du passage de l’info chez l’officier de liaison belge à Lyon, le point d’interrogation a disparu…

 

- En 1992, vous aviez commis un fait répréhensible ?

- Sur base de dénonciations tout à fait calomnieuse d’une femme déséquilibrée et alcoolique, j’ai en effet été accusé d’avoir commis un attentat… à la pudeur. Comme cette femme était venue chez un ami à moi et qu’elle disait avoir été retenue de force, on m’avait aussi poursuivi pour séquestration (ndlr : Ce qui a été qualifié erronément de «prise d’otage» dans le fichier policier). En 1993, ce dossier s’est terminé par un jugement établissant que je n’avais absolument rien à me reprocher et d’ailleurs l’Etat a dû me payer des dommages et intérêts en réparation du préjudice que j’avais subi dans cette affaire. A savoir, 18 jours pour rien à Lantin! (Ndlr : il nous montre la copie des jugements qui prouvent ses dires). Même réflexion que tout à l’heure : vous êtes innocent, la justice l’établit mais, plus de dix ans après, la banque de donnée de la police vous condamne. Pire, elle transforme même les préventions!

 

- Depuis qu’elles ont été mises en évidence, ces erreurs ont-elles été corrigées ?

- Oui, le ministre de l’Intérieur m’a écrit pour m’indiquer que les encodages me concernant avaient été supprimés de la banque de donnée et qu’il avait même poussé la politesse jusqu’à écrire aux autorités françaises pour leur dire que je n’avais rien à me reprocher. C’est très gentil de sa part mais le mal est fait! Dans sa lettre, il me présente les choses comme une fatalité : «Le maintien de ces informations en banque de donnée aussi longtemps après leur enregistrement résulte d’une part, du fait que la police n’est pas tenue informée des décisions judiciaires et d’autre part, de l’absence d’une procédure automatique de ventilation, aujourd’hui en cours de développement».

 

- Et la mention manuscrite ajoutée par son fonctionnaire, il n’en parle pas?

-Il fait l’impasse. En plus, il considère que, vu les accords de Schengen sur la coopération policière internationale, il était légal de transmettre de telles informations aux autorités françaises. C’est peut-être légal mais c’est aussi particulièrement immoral et dommageable.

 

- Quelle conclusion tirez-vous de ce qui vous est arrivé ?

- Cela démontre qu’un simple rapport de police, même s’il est fondé sur des inexactitudes ou des faux témoignages, laisse des traces indélébiles pour la personne qui en est l’objet. C’est d’ailleurs ce que confirme l’inspection générale dans l’un de ses procès-verbaux (ndlr : il nous le lit) : «Il s’agit d’une banque de donnée propre à la police, qui ne dépend, en aucune manière, de la condamnation ou de l’acquittement d’une personne par un tribunal. Un officier nous a précisé qu’une fois que l’on était repris dans celle-ci, on n’en sortait plus et qu’il n’était pas rare que de constater que des personnes décédées y étaient encore reprises! L’officier a ajouté qu’il s’agissait d’une lacune du système, mais personne à ce jour n’avait jamais rien tenté pour le faire changer, ce qui entraîne des inconvénients comme celui de M. Zaman.» Inconvénient ? Je trouve le mot un peu léger! J’ai chargé mon avocat d’obtenir réparation en dommages et intérêts.

    


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19/04/2005

Affaire Dutroux et consorts (260504)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

Pronostic (55 - Le 26 mai 2004)

 

Et si j’osais une prévision, un pronostic : dans quelques jours, lors des plaidoiries de ses avocats, Michel Nihoul pourrait changer de stratégie de défense. Bien sûr, je n’imagine pas que le quatrième accusé déclare subitement aux jurés qu’il est impliqué dans l’enlèvement de Laetitia Delhez! Par contre, il me semble envisageable que son argumentation devenue intenable sur le volet «drogue» sera remisée aux oubliettes. Elle y rejoindra les nombreuses autres fadaises que l’escroc bruxellois a déjà racontées sur ce pan du dossier. Nihoul pourrait avouer le trafic de drogue!

 

De manière magistrale, hier, les avocats de Laetitia ont fait le tour de la question. Nihoul livre 1.000 pilules d’ecstasy au lendemain de l’enlèvement de Laetitia. Et depuis 1996, il n’a fait que mentir à cet égard. D’abord sur l’existence même de la transaction. Ensuite, ne pouvant plus nier sous l’accumulation des preuves, en lui donnant un sens qu’elle n’a évidement pas : une prétendue opération secrète qui aurait été pilotée par la gendarmerie de Dinant pour infiltrer le milieu des stupéfiants à Dinant.

 

Comme l’ont rappelé hier Me Fermon et Beauthier, aucun des gendarmes cités par la défense de Nihoul n’a confirmé les explications surréalistes de l’escroc bruxellois. L’accusé est incapable de donner l’identité et la qualité du policier qu’il aurait soit disant contacté le jour de la livraison des 1000 pilules. Cette opération n’a aucun sens sur le plan policier : démanteler une filière à Dinant en donnant de la drogue à quelqu’un qui va la vendre… à Tournai ? Et pour arrêter qui ? Des petits toxico qui achètent 10 pilules dans des dancings ? La logique policière – et c’est élémentaire- consisterait plutôt à remonter une filière – pour arrêter les gros fournisseurs- plutôt qu’à la descendre!

 

Nihoul a pourtant voulu défendre l’idée de cette improbable opération. C’était gros évidemment. Mais pas insensé. Sa «prestance» en ayant déjà convaincu d’autres, il savait aussi que s’il parvenait à faire avaler cette histoire, il pourrait demander à être blanchi de la prévention «drogue» en tant que victime d’une provocation policière… Cela n’a pas marché devant la cour d’appel de Liège en 2003. Il semble déjà évident que cela ne passera sans doute pas la rampe à Arlon.

 

Nihoul a misé trop gros. Car outre les démentis de gendarmes qui auraient pu être concernés, le dossier ne recèle aucune trace de l’existence de la fameuse opération secrète. Il prouve par contre que le quatrième accusé n’a jamais informé les services de police de sa prise de possession, en 1996, d’un stock de 5000 pilules d’ecstasy. Ce n’est pas un petit bout de papier trouvé chez le gendarme Vanesse avec la mention «ecstasy» et l’adresse de l’escroc à Jette qui change quoique ce soit à l’affaire. L’enquête a en effet démontré qu’en avril 1996, Nihoul balance un copain trafiquant de drogue, le dénommé David Walsch. Certes, il donne une première information concernant de l’XTC à son contact à la gendarmerie mais il la corrige deux jours plus tard lorsqu’il se rend compte que sa proie est non seulement en possession des 5000 pilules, mais aussi de 10 kg de poudre d’amphétamine. Dès lors, il gardera l’XTC pour lui. Il n’en parlera plus au gendarme et il balancera Walsch pour les amphétamines.

 

Les vraies questions sont donc les suivantes : comment Nihoul a rentabilisé les 5.000 pilules ? Il est établi qu’environ 1500 d’entres elles ont été écoulées via Lelièvre (principalement) et Dutroux. Les 3500 autres aussi ? Pourquoi 1.000 pilules ont été données sans contrepartie à Lelièvre le 10 août? Pour payer l’enlèvement de Laetitia ? Après des années de mensonges, il ne reste que quelques jours à Nihoul pour donner des explications raisonnables. Elles devraient inévitablement commencer par des aveux sur le trafic de drogue…

 


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18/04/2005

Affaire Dutroux et consorts (250404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Les vautours et les pigeons (55 - Le 25 mai 2004)

 

Les plaidoiries ont commencé au procès d’Arlon. En de telles circonstances, la formule consacrée est la suivante : «Nous sommes dans la dernière ligne droite». C’est sans doute vrai en termes de calendrier, mais il n’est pas certain que les jurés ressentent les choses comme cela. Au bout de cette marche, pourtant très longue, voilà qu’ils arrivent non pas dans un havre qu’il leur permettrait de juger en toute sérénité mais dans une véritable jungle. Après avoir entendu 569 témoins, les voilà donc confrontés à un nouvel exercice. Peut-être, le plus difficile : décoder les messages nourris et surtout très contradictoires de ces prix d’éloquence qui se succèdent à la barre.

 

On ne plaindra pas qu’il y ait opposition entre des thèses au cours d’un procès. Bien au contraire. C’est là, justement, le privilège de notre système démocratique. Il va de soi, par exemple, que les avocats des accusés et des victimes tiennent des discours qui se confrontent. Toutefois, dans ce procès d’Arlon, la donne s’avère assez particulière alors que l’on constate, d’une manière plus aigue que jamais, les divergences radicales qui séparent les parties civiles.    

A tel point que les jurés pourraient en arriver à douter : tout le monde parle du même dossier, des mêmes faits, des mêmes témoignages? Pour l’avocat de la famille Marchal, ce procès ne peut se terminer que par les condamnations des quatre accusés et il ne fait aucun doute qu’ils font partie de la même association de malfaiteurs. Les avocats de la famille Lambrecks, eux, sortent carrément de l’acte d’accusation en donnant leur bénédiction à Michel Nihoul dont ils ne se disent pas «convaincu» de la culpabilité. Me Rivière et Parisse leur ont emboîté le pas sans le dire : pas un mot de l’accusé bruxellois dans leurs plaidoiries : il n’y a que Dutroux-le-pervers-isolé et ses deux acolytes.

 

Il y a tout de même –ouf !- un point sur lequel toutes les parties s’accordent : Dutroux, Martin et Lelièvre devraient prendre le maximum. Pour ces deux derniers accusés, la stratégie de la «femme soumise» et du «toxicomane manipulé ayant commis des erreurs de jeunesse» n’a impressionné aucune partie civile. Au contraire. Elle a même irrité les victimes et leurs familles qui y ont surtout vu une manière de diminuer leurs responsabilités –pourtant accablantes- dans le chef de Martin et de Lelièvre.  

 

Cette journée s’est terminée sur une plaidoirie enflammée de Me Rivière qui s’est pêle-mêle attaqué aux «vautours» du barreau, du monde politique, etc. De qui parlait l’avocat tournaisien? De tous ceux qui, ces dernières années, ont posé des questions sur les dysfonctionnements dans l’affaire Dutroux! Il y a ces méchants commissaires du parlement et «ces avocats» qui se seraient rendus sur des plateaux de télévision, après août 1996. Il y a aussi ceux qui ont dit que le procès d’Arlon risquait d’être un «cirque». Un blasphème semble-t-il inacceptable pour cet avocat. Parlait-il des parents de Julie et Melissa (!?). Félicitant par contre Jean Lambreckx de s’être tu pendant l’instruction, Me Rivière s’en est également pris à ces «vautours» de la presse qui ont émis des doutes sur la qualité de l’instruction Langlois. Au travers de ce réquisitoire qui aurait pu se terminer par une morale fort peu démocratique –«si tout le monde fermait sa g…, cela irait mieux»- j’ai cru comprendre que l’avocat me verrait bien avec des ailes. Celles d’un vautour, bien entendu. Sans doute préfère-t-il les pigeons?  



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15/04/2005

Affaire Tiffany Warnotte (070405)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 7 avril 2005

Nathalie Warnotte : «Sandrine, dis-moi la vérité!»

 

Un témoin capital peut-il mentir ostensiblement et en toute impunité dans le cadre d’une enquête sur la disparition d’une adolescente? La réponse est affirmative dans le dossier Tiffany Warnotte. Il y a exactement huit mois que cette vedrinoise, alors âgée de 15 ans et demi, a disparu. C’était le 7 août 2004 et, depuis ce jour, son amie Sandrine, la dernière personne connue à l’avoir vue, a multiplié les mensonges. Que cache-t-elle? De qui, de quoi a-t-elle peur? Pourquoi l’enquête du parquet de Namur s’est-elle tout de même construite autour des innombrables versions contradictoires de ce témoin et de sa famille? Ce sont les questions que se pose Nathalie Warnotte, la maman de Tiffany. Elle lance cet appel : «Sandrine, viens me parler franchement. Dis-moi la vérité!»

 

- Huit mois après la disparition de votre fille, quel espoir gardez-vous ?  

- Je suis habitée par la peur. Dans la cité où nous habitons, les voitures de police circulent pratiquement tous les jours et à chaque fois que je vois une patrouille arriver, je crains qu’elle vienne nous annoncer une terrible nouvelle. Malgré cette angoisse permanente, je me raccroche à l’idée que Tiffany est encore en vie et qu’un jour nous revivrons ensemble (ndlr : Ses yeux se mouillent). Mon espoir, c’est de voir enfin certaines langues se délier. Et disant cela, je pense particulièrement à Sandrine, l’amie chez laquelle ma fille s’est rendue le jour de sa disparition.

 

- Elle n’a pas tout dit ?

- Au vu de ses innombrables versions contradictoires, j’en suis persuadée. Sandrine a beaucoup menti et je me demande pourquoi. De qui, de quoi a-t-elle peur ? Je suis prête à l’écouter. Sans la blâmer. Je veux qu’elle le sache que je suis prête à tout entendre. Je voudrais qu’elle vienne me parler. Entre quatre yeux, en toute franchise. Sandrine a maintenant 20 ans. C’est une femme. Je crois qu’elle peut imaginer ce que c’est pour une maman de ne pas savoir s’il est arrivé un malheur à son enfant.

 

- Quels sont ces contradictions que vous relevez dans le témoignage de Sandrine ?

- Tiffany a quitté notre maison le 7 août 2004  à 12 heures 30. Elle m’avait dit qu’elle se rendait chez Sandrine qui habite à une cinquantaine de mètres de chez nous. Il était convenu qu’elle rentre à 17 heures 30. Au moment où elle est partie, son père était chez le pharmacien. Vers 12 heures 35, quand il est revenu à la maison, mon mari a estimé qu’il serait préférable que Tiffany accompagne un de ses frères et une de ses soeurs qui devaient se rendre en bus à Namur. Il a donc envoyé l’un de nos garçons chez Sandrine : Ludovic a trouvé porte close. Vers 18 heures, ne voyant pas revenir Tiffany, Ludovic est retourné voir chez Sandrine. Elle lui a dit : «Tiffany n’est pas là. Je ne l’ai pas vu de toute la journée». C’était déjà son premier mensonge.

 

- Depuis lors, elle a reconnu avoir vu Tiffany dans l’après-midi du 7 août ?

­- Tout en multipliant des récits contradictoires! Sa 1ère version : A 12 heures 30, elle n’est pas là. Vers 17 heures 30, elle rentre de Namur où elle s’était rendue avec sa mère et elle découvre Tiffany qui l’attend devant sa porte. Elle la fait rentré. 2ème version : A 12 heures 30, elle est chez elle et Tiffany rentre dans sa maison. Ma fille y reste seule alors que Sandrine part à Namur avec sa mère. Les deux femmes reviennent vers 17 heures 30 et retrouvent Tiffany. 3ème version : Le départ de Sandrine et de sa mère vers Namur, «pour aller au marché» aurait lieu après un repas partagé avec Tiffany, soit vers 14 heures 30… Mais à notre connaissance, le marché était déjà terminé depuis une heure à ce moment là! Dans cette 3ème version, Rudy, le frère de Sandrine, rentre à la maison et voit Tiffany en train de surfer sur internet. Il s’en va immédiatement. Sandrine revient vers 17-18 heures et retrouve Tiffany. 4ème version : Un cousin de Sandrine apparaît dans le récit de l’après-midi. Il aurait été en compagnie de Rudy quand celui-ci est rentré chez lui…  Bref, Sandrine a dit que Tiffany n’était pas là, qu’elle était là mais seule, qu’elle était là avec son frère et qu’elle était là avec son frère et son cousin… Pour le reste, l’enquête ne détermine en rien ce qui a pu se passer entre 12 heures 30 et 18 heures. Elle a donc beaucoup menti sur cette tranche horaire. D’où mon questionnement : que voulait-elle cacher? Se serait-il déjà passé quelque chose à ce moment-là ? Ces questions semblent éludées dans l’enquête du parquet de Namur.     

 

- Selon Sandrine, vers 12 heures 30, c’est à la demande de Tiffany qu’elle n’ouvre pas la porte à Ludovic. En fait, votre fille lui aurait annoncé son intention de ne pas rentrer chez elle et de déposer plainte à la police, dès le lendemain, contre sa famille ?

- Je démens cette version : Tiffany n’était pas l’objet de mauvais traitements. En plus, ce récit ne colle pas avec la suite des évènements. Vers 22 heures 30, ne voyant toujours pas revenir Tiffany, mon mari s’est rendu à la police de Namur. Immédiatement, des policiers se sont rendus chez Sandrine pour s’enquérir de la présence de notre fille. Ils ne sont pas rentrés dans la maison mais il leur a été répondu que Tiffany n’était pas là! Si l’intention de notre fille était de déposer plainte et de demander une protection policière, pourquoi se serait-elle cachée quand la police venait à elle?

 

- En tous cas, selon Sandrine, elle était bien présente à ce moment-là ?

- Oui, bien que l’on nage encore en pleine confusion sur ce qui s’est passé pendant la soirée. D’abord, il a été déclaré que Tiffany a passé cette soirée en présence seulement de Sandrine et de sa mère. Ensuite, il a été précisé que le frère de Sandrine et son cousin avaient également été présents. Il est aussi question d’une autre personne qui n’a pas toujours pas été interrogée. En plus, quand on met ensemble les déclarations de tous les autres, rien ne colle dans les horaires et dans ce qui se serait passé ce soir-là! Une nouvelle fois, je m’interroge sur les raisons de tout ce brouillard…

 

- A ce jour, le parquet de Namur considère cependant qu’il est acquis que Tiffany a bien passé bien toute l’après-midi et la soirée chez Sandrine?

- Mais comme vous le constatez, il n’y a que des récits contradictoires pour étayer cette conviction! Le témoin principal modifie sans cesse sont récit et les policiers en arrivent à considérer que sa dernière version correspond à la vérité. Pourquoi l’enquête exclue-t-elle que quelque chose se soit déjà passé dans l’après-midi ou dans la soirée ? Quelque chose que Sandrine continuerait à cacher…

 

- Selon elle, Tiffany a quitté précipitamment sa maison au milieu de la nuit ?

- Oui et c’est aussi la thèse que le parquet épouse actuellement. Vers 3 heures 30 du matin, la police retourne chez Sandrine. Cette fois, les policiers rentrent dans la maison pour vérifier si Tiffany ne serait pas dans la chambre de sa copine. Malheureusement, ils ne visitent pas toutes les pièces et, selon Sandrine, Tiffany qui était bien là n’est pas trouvée. Après cette visite domiciliaire, Sandrine sort avec les policiers qu’elle accompagne en direction d’une caravane où ils vont également vérifier la présence de ma fille. C’est le moment que choisirait Tiffany pour s’enfuir par la fenêtre d’une chambre. Elle marcherait ensuite pendant trois-quatre kilomètres sans que personne ne l’aperçoive. Arrivée à Bouge, elle téléphonerait d’une cabine publique à deux reprises sur le GSM de Sandrine et sur celui d’une autre copine. Le lendemain vers 22 heures, elle tenterait encore d’appeler de la cabine de Bouge vers le portable de Sandrine et celui de mon mari. Mais il s’agit d’appels sans conversation. Ensuite, on perd définitivement sa trace.

 

- Que contestez-vous dans cette version des faits ?

- Encore une fois, pourquoi s’enfuirait-elle quand les policiers arrivent si, comme le dit Sandrine, l’intention de Tiffany était d’aller le lendemain au poste de police? Secundo, mon mari a guetté la maison de Sandrine entre 23 heures et 4 heures du matin. Si Tiffany était sortie par la fenêtre, il l’aurait vue.

 

- D’après la reconstitution, au moment précis où Tiffany s’enfuyait, votre mari aurait suivi le mouvement des policiers et de Sandrine vers la caravane. Il aurait donc eu l’attention détournée de la maison pendant quelques minutes…

- Elle serait passée juste à ce moment-là ? Je veux bien qu’on retienne cette hypothèse. Mais elle est contrebalancée par le fait que la fenêtre qu’elle a du ouvrir pour fuit fait énormément de bruit. Cela a été établi par la reconstitution! Je crois que mon mari aurait dû entendre ce bruit. En plus, pour éviter de rencontrer les policiers sur son chemin, Tifanny a dû emprunter la place de la Cité, laquelle était éclairée… Et personne ne l’a vu passer. Il y a aussi les coups de téléphone depuis la cabine de Bouge. Ce n’est pas parce que Sandrine et une copine disent que Tiffany était au bout de fil que c’est nécessairement vrai. Cela peut-être quelqu’un d’autre qui appelle Sandrine! Et à cet égard, la prudence est d’autant plus de mise que, trois semaines après la disparition de Tiffany, d’autres coups de téléphones sont partis d’une cabine de Saint-Servais vers la police. Une jeune fille prétendait qu’elle était Tiffany. Et il a été démontré que l’appelante était… la sœur de Sandrine.  

 

- Cela fait beaucoup d’éléments troublants!

- Auxquels s’ajoute l’attitude de Sandrine à notre égard. Elle nous ignore, elle baisse les yeux quand on la rencontre. Elle ne semble pas marquer la moindre inquiétude quand à la disparition de son amie. Dans un tel contexte, il m’apparaît très choquant de ne retenir que l’hypothèse de départ de Tiffany dans la nuit du 8 août. On n’a aucune preuve quand l’exactitude de ce qui a été rapporté sur l’après-midi et la soirée du 7 août. Se contenter de croire les récits contradictoires de Sandrine et de ses proches me semble très court! Il n’y a finalement qu’eux qui prétendent que ma fille était encore libre de ses mouvements dans ces tranches horaires. S’ils avaient quelque chose à se reprocher, peut-on imaginer qu’ils diraient autre chose? On n’a même jamais pensé à perquisitionner leur maison… Il ne faudrait peut-être pas en arriver là si Sandrine venait me parler franchement.




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12/04/2005

Affaire Dutroux et consorts (240504)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

Que sait-on de plus ? (54 - Le 24 mai 2004)

 

569 témoins auront donc défilé devant les jurés de la Cour d’assises d’Arlon. Pour autant en sait-on plus aujourd’hui qu’il y a douze semaines ? La réponse à cette question ne peut malheureusement être que très mitigée. Ceux qui, au cours des dernières années, avaient suivi l’affaire Dutroux d’un regard distrait auront sans doute trouvé surprenant de constater tellement de lacunes dans l’instruction des faits par le juge chestrolais Jacques Langlois.

 

A cet égard, des exemples marqueront durablement les esprits : la non prise en compte du témoignage du maître-chien dans le cadre du volet d’enquête relatif aux circonstances de l’enlèvement de Julie Lejeune et Melissa Russo; La mise hors-jeu du mythe fondateur de l’instruction selon lequel la connaissance du vécu de captivité des victimes vivantes de Dutroux – Sabine Dardenne et Laetitia Delhez- suffisait pour expliquer ce qu’ont dû subir les quatre victimes décédées; La mise en évidence du caractère aberrant de cette croyance du magistrat – fondée sur les déclarations de Dutroux et Martin- selon laquelle Julie et Melissa auraient pu survivre seules et pendant plus de 100 jours dans la minuscule et sordide cache de Marcinelle; Les dérives corollaires à cet incroyable présupposé, comme des refus de perquisitions et de divers actes d’enquête qui ne correspondait par à «l’hypothèse» du chef de l’enquête…

 

Pêle-mêle, certains auront encore été soufflé de voir des enquêteurs se plaindre de n’avoir pas pu «aller jusqu’au bout» de leur investigations. On pense notamment à ces pistes dites «périphériques» et trop peu explorées. Ainsi en va-t-il de celle des «Fiesta rouge» et de l’«Hôtel Brazil» qui sont apparues tellement complémentaires lors du débat public. Les mêmes se seront sans doute étonnés en découvrant que le personnage d’un Michel Nihoul n’a décidément rien de la «prestance» que lui avait attribuée le magistrat instructeur en début de procès. Malgré leur indubitable talent, les avocats du quatrième accusé n’ont pas plus réussi à imposer cette image de petit escroc et du partouzeur sympathique qui aurait été embarqué dans une affaire qui ne le concerne en rien. Les thèses évolutives de Michel Nihoul sont ainsi apparues au grand jour, notamment en ce qui concerne la problématique des pilules d’ecstasy livrées à Michel Lelièvre au lendemain de l’enlèvement de Laetitia Delhez.

 

Ce procès aura aussi été celui d’une remise en perspective lacunaire des mystères entourant certaines enquêtes policières sur Marc Dutroux et consorts. Certes, la Cour d’assises n’était sans doute pas le lieu idéal pour reposer des questions sur le rôle incompréhensible de l’ex-gendarmerie dans le cadre de l’opération Othello… Mais c’était aussi la dernière occasion de s’y employer pour certaines parties civiles. Résultat : néant. Pire, on sortira de ce procès avec l’idée que les longs travaux de la commission d’enquête parlementaire n’avaient débouchés que sur des explications très incomplètes des actions secrètes de l’ex-gendarmerie en 1995. De manière symbolique, lors de la dernière journée d’audition des témoins, un ancien du BCR de la gendarmerie est venu répéter les mensonges qui étaient ceux de son ancien corps de police aux premiers jours de la commission d’enquête en 1996. Comme si le parlement n’était que quantité négligeable.  

 

De cela comme de toutes les incohérences et zones d’ombre apparues lors de ces douze semaines, certains auront donc été étonnés, surpris, soufflés… Mais pas les parents de Julie, Melissa, An et Eefje : tout cela, ils le savaient déjà. Ce qu’ils ne savent pas, par contre, n’a pas avancé d’un pouce : qu’est-il arrivé à leurs enfants après qu’ils furent kidnappé durant l’été 1995?

 

 


10:58 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/04/2005

Affaire Dutroux et consorts (190504)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Enigme canine (53 - Le 19 mai 2004)

 

Même le mystère du chien Bamberg restera entier. Je vous parle du clebs de l’ex-gendarmerie qui est descendu dans la maison de Marc Dutroux, le 13 août 1996. Ce jour-là, le criminel venait d’être arrêté et il n’était encore que le suspect principal de l’enlèvement de Laetitia Delhez commis quatre jours plus tôt à Bertrix. La victime avait séjourné trois jours dans une chambre à l’étage. Elle avait été attachée à l’étage inférieur d’un lit superposé. En outre, elle s’était rendue dans plusieurs pièces (salle de bain, cuisine) avant d’être descendue dans la sinistre cache par Marc Dutroux. Vers 16 heures, selon son maître-chien Pascal Lardinois, Bamberg entrait donc dans la maison de l’horreur. Pour marquer la présence de la petite disparue, il avait reniflé son drap de lit.

 

Vous vous dites certainement que Bamberg ne pouvait que déceler la présence de Laetitia ? Ce serait oublier que l’on se trouve ici dans le cadre de cette affaire Dutroux, ce dossier maudit où rien n’a jamais fonctionné tout à fait correctement. Depuis tant d’années… Donc, comme de bien entendu, Bamberg ne sentira rien. «C’est une énigme. J’ai fait toutes les pièces ! Pas de réaction», témoigne l’ex-gendarme Lardinois. Le mystère est d’autant plus grand que, deux heures plus tard, le même Bamberg, imprégné de l’odeur du même drap de lit, va marquer le passage de Laetitia Delhez dans la Renault Trafic qui avait servi à son enlèvement.

 

Avec beaucoup de passion, on s’est perdu en conjecture à la Cour d’assises d’Arlon sur le mystère du chien. N’a-t-il pas senti parce qu’il aurait été précédé par d’autres intervenants policiers ? L’ineffable René Michaux, réentendu hier, l’avait laissé entendre lorsqu’il affirmait que des membres du Posa et des laborantins furent les premiers à rentrer dans la maison de Dutroux. M. Lardinois a démenti. Selon son souvenir, il fut bien le premier à se rendre dans la cave et dans les chambres. In fine, l’odeur pestilentielle qui régnait dans le bâtiment, voire le passage en ce lieu d’autres chiens, pourrait être la clé de cette énigme canine. En tous cas, c’est ce que suppose, mais visiblement trop y croire lui-même, le maître chien.

 

Voilà pour la polémique du jour à Arlon. C’est dire où l’en est. On ne saura donc jamais pourquoi Bamberg est passé, comme le gendarme René Michaux, à côté des victimes de Dutroux. On a tout de même appris quelque chose hier. Figurez-vous que Bamberg n’est pas un chien! C’est une chienne de trois ans… Aucune importance ? En effet. Mais cela symbolise bien l’ensemble de ce procès où, finalement, on aura appris bien peu de choses. Si ce n’est ce constat renforcé qu’après sept ans d’instruction, on aurait pu espérer en savoir plus…

 

Les vraies questions, celles que les parents de Julie, de Melissa, d’An et d’Eefje posent depuis près de neuf ans restent donc tragiquement sans réponse. Qu’ont vécu ces enfants? Quand et comment sont-ils morts? Pourquoi ont-ils été enlevés? Pour qui? Mais il y a  plus tragique encore. Je veux parler de ce sentiment de lassitude qui semble définitivement s’être installé chez les acteurs du procès d’Arlon. Cette très perceptible résignation collective qui se manifeste chaque jour un peu plus… Tout passe, tout casse, tout lasse. Tant pis pour les gosses martyres. Tant pis pour leur parents. Le dossier Dutroux va bientôt quitter l’actualité pour rejoindre les livres d’histoire.    



14:17 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |