15/04/2005

Affaire Tiffany Warnotte (070405)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 7 avril 2005

Nathalie Warnotte : «Sandrine, dis-moi la vérité!»

 

Un témoin capital peut-il mentir ostensiblement et en toute impunité dans le cadre d’une enquête sur la disparition d’une adolescente? La réponse est affirmative dans le dossier Tiffany Warnotte. Il y a exactement huit mois que cette vedrinoise, alors âgée de 15 ans et demi, a disparu. C’était le 7 août 2004 et, depuis ce jour, son amie Sandrine, la dernière personne connue à l’avoir vue, a multiplié les mensonges. Que cache-t-elle? De qui, de quoi a-t-elle peur? Pourquoi l’enquête du parquet de Namur s’est-elle tout de même construite autour des innombrables versions contradictoires de ce témoin et de sa famille? Ce sont les questions que se pose Nathalie Warnotte, la maman de Tiffany. Elle lance cet appel : «Sandrine, viens me parler franchement. Dis-moi la vérité!»

 

- Huit mois après la disparition de votre fille, quel espoir gardez-vous ?  

- Je suis habitée par la peur. Dans la cité où nous habitons, les voitures de police circulent pratiquement tous les jours et à chaque fois que je vois une patrouille arriver, je crains qu’elle vienne nous annoncer une terrible nouvelle. Malgré cette angoisse permanente, je me raccroche à l’idée que Tiffany est encore en vie et qu’un jour nous revivrons ensemble (ndlr : Ses yeux se mouillent). Mon espoir, c’est de voir enfin certaines langues se délier. Et disant cela, je pense particulièrement à Sandrine, l’amie chez laquelle ma fille s’est rendue le jour de sa disparition.

 

- Elle n’a pas tout dit ?

- Au vu de ses innombrables versions contradictoires, j’en suis persuadée. Sandrine a beaucoup menti et je me demande pourquoi. De qui, de quoi a-t-elle peur ? Je suis prête à l’écouter. Sans la blâmer. Je veux qu’elle le sache que je suis prête à tout entendre. Je voudrais qu’elle vienne me parler. Entre quatre yeux, en toute franchise. Sandrine a maintenant 20 ans. C’est une femme. Je crois qu’elle peut imaginer ce que c’est pour une maman de ne pas savoir s’il est arrivé un malheur à son enfant.

 

- Quels sont ces contradictions que vous relevez dans le témoignage de Sandrine ?

- Tiffany a quitté notre maison le 7 août 2004  à 12 heures 30. Elle m’avait dit qu’elle se rendait chez Sandrine qui habite à une cinquantaine de mètres de chez nous. Il était convenu qu’elle rentre à 17 heures 30. Au moment où elle est partie, son père était chez le pharmacien. Vers 12 heures 35, quand il est revenu à la maison, mon mari a estimé qu’il serait préférable que Tiffany accompagne un de ses frères et une de ses soeurs qui devaient se rendre en bus à Namur. Il a donc envoyé l’un de nos garçons chez Sandrine : Ludovic a trouvé porte close. Vers 18 heures, ne voyant pas revenir Tiffany, Ludovic est retourné voir chez Sandrine. Elle lui a dit : «Tiffany n’est pas là. Je ne l’ai pas vu de toute la journée». C’était déjà son premier mensonge.

 

- Depuis lors, elle a reconnu avoir vu Tiffany dans l’après-midi du 7 août ?

­- Tout en multipliant des récits contradictoires! Sa 1ère version : A 12 heures 30, elle n’est pas là. Vers 17 heures 30, elle rentre de Namur où elle s’était rendue avec sa mère et elle découvre Tiffany qui l’attend devant sa porte. Elle la fait rentré. 2ème version : A 12 heures 30, elle est chez elle et Tiffany rentre dans sa maison. Ma fille y reste seule alors que Sandrine part à Namur avec sa mère. Les deux femmes reviennent vers 17 heures 30 et retrouvent Tiffany. 3ème version : Le départ de Sandrine et de sa mère vers Namur, «pour aller au marché» aurait lieu après un repas partagé avec Tiffany, soit vers 14 heures 30… Mais à notre connaissance, le marché était déjà terminé depuis une heure à ce moment là! Dans cette 3ème version, Rudy, le frère de Sandrine, rentre à la maison et voit Tiffany en train de surfer sur internet. Il s’en va immédiatement. Sandrine revient vers 17-18 heures et retrouve Tiffany. 4ème version : Un cousin de Sandrine apparaît dans le récit de l’après-midi. Il aurait été en compagnie de Rudy quand celui-ci est rentré chez lui…  Bref, Sandrine a dit que Tiffany n’était pas là, qu’elle était là mais seule, qu’elle était là avec son frère et qu’elle était là avec son frère et son cousin… Pour le reste, l’enquête ne détermine en rien ce qui a pu se passer entre 12 heures 30 et 18 heures. Elle a donc beaucoup menti sur cette tranche horaire. D’où mon questionnement : que voulait-elle cacher? Se serait-il déjà passé quelque chose à ce moment-là ? Ces questions semblent éludées dans l’enquête du parquet de Namur.     

 

- Selon Sandrine, vers 12 heures 30, c’est à la demande de Tiffany qu’elle n’ouvre pas la porte à Ludovic. En fait, votre fille lui aurait annoncé son intention de ne pas rentrer chez elle et de déposer plainte à la police, dès le lendemain, contre sa famille ?

- Je démens cette version : Tiffany n’était pas l’objet de mauvais traitements. En plus, ce récit ne colle pas avec la suite des évènements. Vers 22 heures 30, ne voyant toujours pas revenir Tiffany, mon mari s’est rendu à la police de Namur. Immédiatement, des policiers se sont rendus chez Sandrine pour s’enquérir de la présence de notre fille. Ils ne sont pas rentrés dans la maison mais il leur a été répondu que Tiffany n’était pas là! Si l’intention de notre fille était de déposer plainte et de demander une protection policière, pourquoi se serait-elle cachée quand la police venait à elle?

 

- En tous cas, selon Sandrine, elle était bien présente à ce moment-là ?

- Oui, bien que l’on nage encore en pleine confusion sur ce qui s’est passé pendant la soirée. D’abord, il a été déclaré que Tiffany a passé cette soirée en présence seulement de Sandrine et de sa mère. Ensuite, il a été précisé que le frère de Sandrine et son cousin avaient également été présents. Il est aussi question d’une autre personne qui n’a pas toujours pas été interrogée. En plus, quand on met ensemble les déclarations de tous les autres, rien ne colle dans les horaires et dans ce qui se serait passé ce soir-là! Une nouvelle fois, je m’interroge sur les raisons de tout ce brouillard…

 

- A ce jour, le parquet de Namur considère cependant qu’il est acquis que Tiffany a bien passé bien toute l’après-midi et la soirée chez Sandrine?

- Mais comme vous le constatez, il n’y a que des récits contradictoires pour étayer cette conviction! Le témoin principal modifie sans cesse sont récit et les policiers en arrivent à considérer que sa dernière version correspond à la vérité. Pourquoi l’enquête exclue-t-elle que quelque chose se soit déjà passé dans l’après-midi ou dans la soirée ? Quelque chose que Sandrine continuerait à cacher…

 

- Selon elle, Tiffany a quitté précipitamment sa maison au milieu de la nuit ?

- Oui et c’est aussi la thèse que le parquet épouse actuellement. Vers 3 heures 30 du matin, la police retourne chez Sandrine. Cette fois, les policiers rentrent dans la maison pour vérifier si Tiffany ne serait pas dans la chambre de sa copine. Malheureusement, ils ne visitent pas toutes les pièces et, selon Sandrine, Tiffany qui était bien là n’est pas trouvée. Après cette visite domiciliaire, Sandrine sort avec les policiers qu’elle accompagne en direction d’une caravane où ils vont également vérifier la présence de ma fille. C’est le moment que choisirait Tiffany pour s’enfuir par la fenêtre d’une chambre. Elle marcherait ensuite pendant trois-quatre kilomètres sans que personne ne l’aperçoive. Arrivée à Bouge, elle téléphonerait d’une cabine publique à deux reprises sur le GSM de Sandrine et sur celui d’une autre copine. Le lendemain vers 22 heures, elle tenterait encore d’appeler de la cabine de Bouge vers le portable de Sandrine et celui de mon mari. Mais il s’agit d’appels sans conversation. Ensuite, on perd définitivement sa trace.

 

- Que contestez-vous dans cette version des faits ?

- Encore une fois, pourquoi s’enfuirait-elle quand les policiers arrivent si, comme le dit Sandrine, l’intention de Tiffany était d’aller le lendemain au poste de police? Secundo, mon mari a guetté la maison de Sandrine entre 23 heures et 4 heures du matin. Si Tiffany était sortie par la fenêtre, il l’aurait vue.

 

- D’après la reconstitution, au moment précis où Tiffany s’enfuyait, votre mari aurait suivi le mouvement des policiers et de Sandrine vers la caravane. Il aurait donc eu l’attention détournée de la maison pendant quelques minutes…

- Elle serait passée juste à ce moment-là ? Je veux bien qu’on retienne cette hypothèse. Mais elle est contrebalancée par le fait que la fenêtre qu’elle a du ouvrir pour fuit fait énormément de bruit. Cela a été établi par la reconstitution! Je crois que mon mari aurait dû entendre ce bruit. En plus, pour éviter de rencontrer les policiers sur son chemin, Tifanny a dû emprunter la place de la Cité, laquelle était éclairée… Et personne ne l’a vu passer. Il y a aussi les coups de téléphone depuis la cabine de Bouge. Ce n’est pas parce que Sandrine et une copine disent que Tiffany était au bout de fil que c’est nécessairement vrai. Cela peut-être quelqu’un d’autre qui appelle Sandrine! Et à cet égard, la prudence est d’autant plus de mise que, trois semaines après la disparition de Tiffany, d’autres coups de téléphones sont partis d’une cabine de Saint-Servais vers la police. Une jeune fille prétendait qu’elle était Tiffany. Et il a été démontré que l’appelante était… la sœur de Sandrine.  

 

- Cela fait beaucoup d’éléments troublants!

- Auxquels s’ajoute l’attitude de Sandrine à notre égard. Elle nous ignore, elle baisse les yeux quand on la rencontre. Elle ne semble pas marquer la moindre inquiétude quand à la disparition de son amie. Dans un tel contexte, il m’apparaît très choquant de ne retenir que l’hypothèse de départ de Tiffany dans la nuit du 8 août. On n’a aucune preuve quand l’exactitude de ce qui a été rapporté sur l’après-midi et la soirée du 7 août. Se contenter de croire les récits contradictoires de Sandrine et de ses proches me semble très court! Il n’y a finalement qu’eux qui prétendent que ma fille était encore libre de ses mouvements dans ces tranches horaires. S’ils avaient quelque chose à se reprocher, peut-on imaginer qu’ils diraient autre chose? On n’a même jamais pensé à perquisitionner leur maison… Il ne faudrait peut-être pas en arriver là si Sandrine venait me parler franchement.




08:31 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

le ciné, la télé et la revue Comment peut on faire référence à ce magazine people & scandal (plus people que ça, ils ne sont pas nombreux), pour parler ou pour écrire à propos de sujet graves !
A quand un article dans entrevue, public, 7 extra ou sur plug tv !

Écrit par : nenalmond | 18/04/2005

Critique stérile Voici une critique bien peu argumentée. Et sur le fond de l'article, vous avez quelque chose à écrire, vous qui vous cachez derrière un pseudo?

Écrit par : Michel Bouffioux | 19/04/2005

encore des questions... pourquoi pas de perquisition chez l'amie Sandrine, pourquoi se focaliser ainsi sur elle alors qu'on ne parle guère de son frère dont la voiture a été saisie pour analyse adn, pourquoi pas de chiens pisteurs dès les premières heures de la disparition, pourquoi pas de réelle enquête de voisinage, pourquoi les avis de recherche de Child Focus s'entêtent-ils à porter la mention "fugue mettant en danger", pourquoi la majorité de nos concitoyens s'est-elle, à nouveau, assoupie depuis la Marche Blanche de 1996 ?

Écrit par : Marie Bréda | 26/04/2005

Tiffany Warnotte Et bien voilà je me lance! voilà bien longtemps que j'ai envie de m'exprimer sur cette affaire et sur d'autres aussi, notament l'affaire Dutroux.Mais une chose à la fois!
Je viens ,comme beaucoup de personnes, de voir la nouvelle photo de Tiffany.Je suis très étonnée car la petite fille innocente à soudain disparue(encore) pour faire place à une jeune fille espiègle qui apparement semble déjà avoir beaucoup vécu!Je pense qu'elle est vivante mais ou peut elle se cacher depuis si longtemps? de toute façon pourquoi ne pas croire à la vie! Il y a quelques années des petites filles ont vécues 14 mois et "ils" les croyaient mortes!
Pourtant malgré tout ce grand remue ménage de l'affaire Dutroux ..on en est au même point...disparue depuis 10 mois et rien!
Je ne suis évidement pas dans les petits papiers des enquèteurs( et Dieu sait que j'aimerais beaucoup y fourrer mon nez....)donc il me faut me contenter de lire les journaux et de regarder les reportages télé.
Et en parlant de reportage , le dernier en date sur RTL, a attiré mon attention sur Sandrine! Cette jeune fille qui se contredit continuellement ne regarde jamais son interlocuteur dans les yeux et son frère est perpètuellement dans son sillage comme pour lui éviter qu'elle fasse un faux pas!
Il y a dans l'air de cette affaire comme un relent de l'affaire Grégory...cela glace le sang!
Voilà cher Monsieur Bouffioux ou j'en suis de mes réflexions...et les parents dans tout cela....les parents..et toutes les questions qui vont avec???
Une pensée pour tous ces enfants au sourire évanoui...
Merci de me lire et bonne soirée
Nicole

Écrit par : Nicole Brunelle | 21/06/2005

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