30/03/2005

Affaire Dutroux et consorts (130504)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Drôle de pèlerinage (50- Le 13 mai 2004))

 

Ce n’est pas un box d’accusé, c’est une chapelle! Lundi, on nous avait déjà parlé des lectures de la bible de Michelle Martin et de sa volonté de se retirer dans une congrégation religieuse. Mardi, le directeur de la prison de Jamioulx nous avait raconté le séjour de Marc Dutroux en cet endroit… où l’accusé principal du procès d’Arlon avait convaincu l’aumônier Toussaint de le prendre pour sacristain. Mercredi, alors que des enquêteurs de la cellule de Neufchâteau nous relataient la vie de Michel Lelièvre, ils concluaient sur l’excellent souvenir qu’avait laissé ce kidnappeur de gosses alors qu’il fréquentait les «Rencontres européennes chrétiennes», qu’il participait à des groupes de discussion, à des séminaires de rencontre et… à des pèlerinages.

 

En ces lieux de prière, on aurait retenu de ce brave Michel qu’il aurait pu faire partie de «l’élite de la jeunesse»… Je n’invente rien! Bien sûr, c’était il y a longtemps. Bien avant que les faits qui sont jugés à Arlon aient été commis. D’ailleurs, tous les témoignages qui se trouvent dans l’enquête de moralité sont ceux de personnes qui ont connu Lelièvre avant qu’il n’entre dans le milieu criminogène qui l’a conduit à devenir le complice de Marc Dutroux et consorts. En d’autre termes, cette «vie officielle» de cet accusé se limite à l’évocation de son enfance, de sa scolarité, de sa vie sociale (sports et loisirs), de ses problèmes avec sa famille d’accueil –présentée sous un mauvais jour-, et de sa vie professionnelle…

 

Ses condamnations précédentes –déjà 6 à ce jour-? L’enquête de moralité les évoque à peine les durées de peines encourues. Comment Lelièvre a-t-il entamé ses relations avec des trafiquants et truands divers? Comment fonctionnait-il dans ce milieu criminel ? Quelle place y occupait-il? Pas un mot. Qui était Lelièvre le toxicomane ? Quel était son comportement pendant la période des enlèvements d’enfants ? Nada. L’enquête de moralité s’arrêtant à une époque où l’accusé n’était encore qu’un jeune gars, certes un peu turbulent, sans doute à la dérive. Mais pas encore un criminel.

 

Résultat des courses : les jurés ont entendu un portrait du complice de Dutroux ressemblant presque à une plaidoirie. A titre d’exemple, les enquêteurs ont utilisé à plus de vingt reprises le qualificatif de «sympathique»! Pour le reste, Lelièvre a, certes, été présenté comme quelque peu «immature et suiveur»… Mais des termes comme «jovial», «agréable», «poli» avait hier bien plus la cote! Comment en est-on arrivé-là ? Air connu récité par les enquêteurs : «Les relations de Lelièvre dans le cadre du volet toxicomanie ont été mis hors champ de l’enquête de moralité sur ordre du juge d’instruction Langlois». Ah bon ?

 

Même Me Rivière qui, jusqu’à présent, avait toujours été compréhensif par rapport aux ratés de l’instruction n’y retrouve plus son latin : «Cela me gêne d’entendre une enquête de moralité partielle et tronquée» s’est-il énervé. Il est vrai que les oreilles de Sabine ont du teinté lorsque les enquêteurs terminaient sur les considérations d’un… aumônier d’Arlon : «Lelièvre a un raisonnement positif. S’il est soutenu, il peut retrouver une place dans la société et réussir sa vie. Il a un bon fond». Va-t-on bientôt reprocher à Sabine de ne pas l’avoir remarqué ? Ce ne serait pas très chrétien !

 


06:18 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.