21/03/2005

Affaire Dutroux et consort (110504)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

 

C’est ma prière (48 - Le 11 mai 2005)

 

Sainte Michelle priez pour nous ! A entendre certains témoins de moralité de la deuxième accusée du procès Dutroux, on en arriverait à se demander ce qu’elle fait dans le boxe d’Arlon. Certes, Martin a annoncé son projet de rentrer dans les ordres, le jour venu de la libération qu’elle escompte… Mais pour l’heure, il me semble un peu prématuré de lui donner le bon Dieu alors que ses confessions diverses – et pas toujours constantes- laissent entières des zones d’ombres essentielles de cette affaire.

 

Je pense ici aux premières déclarations de Martin sur l’association de malfaiteurs présumée qui est jugée à Arlon. Elle était beaucoup plus limpide à cet égard en début d’enquête qu’aujourd’hui. Et je pense surtout au récit incohérent qu’elle et son mari ont construit sur la période de séquestration de Julie Lejeune et de Melissa Russo. Et quand je pense à cela, il m’importe peu de savoir que Martin mette plus de couleur dans les dessins qu’elle réalise en prison; Qu’elle se soit mise à suivre les cours d’un atelier de couture ou à lire la Bible.   

 

Certes, l’objectivité impose d’écrire ici que la vie de Martin n’a pas toujours été rose avec Dutroux. En regard de ce constat, on a aussi appris que cette accusée était parfaitement capable de discerner le bien du mal. Et notamment lorsque son psychopathe de mari enlevait des enfants aux quatre coins du Royaume. En 1986, déjà, Michelle Martin avait plaidé sa cause en arguant du fait qu’elle aurait été emportée, malgré elle, sur le chemin de la criminalité par l’homme de sa vie. On ne peut que constater que cette manière de se défendre, correspondant selon certains psychiatres à «un déni complet de responsabilité», n’a guère évolué quelques années (et quelques victimes) plus tard.

 

Mon propos n’est pas ici d’imposer une idée selon laquelle Michelle Martin n’a pas droit à la parole; Que, quoiqu’elle dise, cette femme devrait être suspectée de mensonge. Il y a une place pour l’expression de remords dans ce procès qui manque de vérité comme l’affamé manque de pain. Pourtant, il ne suffit pas de veiller à la forme. Il ne suffit pas de soigner les formules de politesse et le timbre de la voix. Il ne suffit pas, en somme, de pousser de grands cris de sincérité pour convaincre.  

 

On nous a appris hier qu’après deux ou trois mois de détention, Michelle Martin semblait déjà moins «déstructurée», qu’elle a ensuite entamé une période de «reconstruction» qui a pris deux ans et que depuis elle est plus «combative», qu’elle en est même arrivée à parler avec le «je» et  à «concevoir des projets d’avenir». Entendant cela, je n’ai pu m’empêcher de penser à deux autres femmes. Je les ai rencontré pour la première fois, il y a bien des années. Elles cherchaient à savoir ce qui ce qui était arrivé à leurs petites filles. Elles cherchent toujours. Portant des questions sans réponses comme la croix d’un calvaire sans fin. Sainte Michelle serait-elle disposée à nous offrir un miracle? Un miracle qui s’appellerait vérité? C’est ma prière. Amen.




12:45 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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