07/03/2005

Affaire Dutroux et consorts (040504)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

Nihoul, l’expert (43 - Le 4 mai 2004)

 

J’avais déjà évoqué deux des mensonges de Nihoul sur sa livraison de pilules d’ecstasy à Lelièvre au lendemain de l’enlèvement de Laetitia Delhez. La négation totale du fait pendant plus de six ans. L’«explication» de cette livraison par une commande de l’ex-gendarmerie depuis ces deux dernières années. Toutefois, j’avais omis de préciser que ces versions s’accompagnaient évidemment de mises en cause de tiers. Ainsi, dans le cadre de la prétendue «opération undercover», le mauvais rôle est attribué à l’ancien membre de la BSR de Dinant Gérard Vanesse puisque ses collègues n’auraient pas été tenus au courant de qui se tramait. Un simple constat : comme Weinstein à l’égard des délires de Dutroux, Vanesse n’est plus là pour se défendre. Et Nihoul a bien pris garde de ne pas se lancer dans cette «explication» du trafic… alors que l’ex-gendarme était encore en vie !

 

M. Vanesse n’est pas la seule victime co-latérale de ce volet du dossier.Il a été rappelé hier que Nihoul avait aussi balancé son ex-compagne, Annie Bouty. L’accusant carrément d’avoir été l’organisatrice du trafic d’ecstasy ! Cette version date de la fin ‘96, lorsque l’escroc se disait étranger à cette drogue qui le «dégoûtait». Présente hier à la Cour d’assises, Annie Bouty a encaissé sans broncher. Il est vrai qu’elle avait déjà été interrogée par des policiers sur cette méchante mise en cause. 

 

Hier, elle a découvert qu’en plus le père de ses deux enfants avait aussi dénoncé son implication dans des filières de prostitution alors qu’il avait été invité par des enquêteurs à s’expliquer sur son prétendu rôle d’indic dans le domaine de la traite des êtres humains (TEH). On le sait, Nihoul parlait avec Dutroux et Lelièvre de «faire venir des filles de l’est» mais on ne trouve trace d’un rapport de police qui témoignerait d’informations données par l’escroc bruxellois sur Dutroux et Lelièvre en rapport avec ce type d’activité criminelle.

 

Pour faire montre de son «expertise» d’indic sur la TEH, Nihoul avait cru bon de déclarer en décembre 1997 : «Je suis parfaitement au courant de ce genre de choses et ce par le biais de deux canaux : d’une part le cabinet de Bouty et d’autre part Dutroux. (…) Une Africaine qui arrive dans notre pays pour se livrer à la prostitution est très vite pourrie (sic). Après un mois, elle est foutue. Elle a très vite compris le système. Tandis qu’une fille des pays de l’Est est beaucoup plus docile et reste plus longtemps soumise. (…) Il existe à Anvers (…) une organisation structurée de type mafieux. Bouty y est connue (…) Les intermédiaires sont souvent les mêmes. Il exécutent une double mission : amener la pute en le cabinet de Bouty. Briefer les putes quant aux futures questions qu’elles devront subir de la part de l’Office des Etrangers.»

 

Mme Bouty a totalement démenti les propos de son ex. Laissant aux jurés une question : d’où Nihoul tient-il alors son «expertise» ? Du pervers isolé Dutroux ? Sans préjuger de la fin des débats, on peut déjà avoir une conviction claire : menteur invétéré, Nihoul est aussi une redoutable balance. En août 1996, après son arrestation, beaucoup de ses amis ont du compter leurs doigts! Même ceux qui n’ont fait que le croiser dans un banquet mondain. Comme il est capable de tout inventer…



18:20 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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