28/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (260404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts.

Chasse au témoin (38 - Le 26 avril 2004)

 

Cela va faire bientôt neuf ans que j’ai écrit mon premier article sur l’enlèvement de Julie et Melissa. Bientôt neuf ans aussi que je vois se reproduire les mêmes dysfonctionnements dans la justice et dans les médias. Ce qui me choque particulièrement, c’est cette incrédulité bête et méchante qui est parfois présentée comme de la rationalité. Elle se manifeste particulièrement, en ce moment, par la reprise d’un sport médiatique national que l’on avait déjà connu précédemment : la chasse au témoin. Actuellement, on met généralement en cause ceux qui ont vu Nihoul quelque part dans les Ardennes à une date proche de l’enlèvement de Laetitia Delhez mais je suis certain que d’autres feront l’objet d’un traitement identique dans les jours à venir.

 

Je ne doute pas que cela parte, dans le chef de certains confrères, d’une bonne intention. Il faut être critique par rapport à toutes les sources d’informations. C’est d’ailleurs la base du métier de journaliste. Mais cette critique doit s’exercer à propos de toutes les sources et de tous les acteurs de l’affaire que l’on couvre. Et c’est bien-là que le bas blesse dans ce dossier Dutroux. Car d’analyse critique des innombrables mensonges de Michel Nihoul, que ce soit à propos de son emploi du temps ou de sa livraison de drogue à Lelièvre –au lendemain de l’enlèvement de Laetitia, notamment- on en trouve peu.

 

Certes, le juge Langlois ne croyait pas à la culpabilité de Nihoul dans les enlèvements. Certes, il n’a pas plus inculpé l’escroc bruxellois pour la livraison de l’ecstasy à Lelièvre alors que huit témoins en attestaient et qu’il y avait des preuves matérielles accablantes. Dans le même temps, je peux comprendre que certaines plumes qui ont encensé l’instruction du juge Langlois, pendant si longtemps, aient du mal à brûler ce qui a été adoré par le passé. Notez que l’instruction de Mme Doutrèwe et le travail de l’ex-gendarmerie avaient été médiatiquement honorés de la même manière en 1995. C’était, bien sûr, avant que l’on ne puisse plus nier le pot au rose; Avant la découverte des corps de Julie et Melissa et avant la commission d’enquête parlementaire…

 

Je veux donc bien imaginer qu’on n’ait pas envie d’écrire que l’on s’est encore trompé. Que oui, on a reproduit deux fois la même erreur, en accordant trop peu de crédit à la parole de témoins capitaux de la bonne marche de l’instruction : les parents des enfants. Il ne me semble pas plus inexplicable que certains aient fait mine, pendant ce procès, d’avoir découvert la lune lorsqu’il a été établi que Julie et Melissa n’auraient pas pu survivre dans la cache de Marcinelle comme l’avaient prétendu Martin et Dutroux pendant toute l’instruction Langlois. Il ne me semble pas tout à fait illogique non plus d’avoir constaté que l’on n’ait pas signalé à l’opinion… que c’était là l’une des faiblesses magistrales de l’instruction qui était dénoncée par les parents des enfants depuis des années.

 

Ces mécanismes sont tellement humains… On cherche à être cohérent, n’est-ce pas? Et donc, si l’instruction Langlois a été bien faite, c’est que Nihoul doit être forcement blanc comme neige. C’est aussi en raison de ce syllogisme que certains n’ont pas apprécié les questions sur l’enquête posées dans les premières semaines du procès d’Arlon. Mais de là à en devenir aveugle, à ne pas souligner les contradictions multiples de l’accusé Nihoul pour s’en prendre uniquement aux témoins, il y a un pas que je ne croyais pas que l’on franchirait. On a reproché à ceux qui s’inquiétait des dysfonctionnement de l’instruction d’être les «alliés objectifs» de Marc Dutroux. On sait aussi, plus clairement que jamais, qui sont les «alliés objectifs» de Michel Nihoul.



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27/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (230404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

Des chics types (37 - Le 23 avril 2004)

 

Le commissaire Drisket aurait bien aimé partir en commission rogatoire internationale pour entendre un gros truand : le dénommé Michel Briat, connu de la justice française dans le cadre d’un triple assassinat… Cet ami de Nihoul, chez lequel il allait passer des vacances en Normandie avait enterré l’un de ses victimes… dans son jardin. Un goût de déjà vu! Comme le refus du juge Langlois de donner à son enquêteur le droit d’aller au bout de ses investigations sur cette relation particulière de l’un des accusés.

 

Décidemment ce «Monsieur» Nihoul, dont le juge Langlois soulignait la «prestance» a de drôles de relations. Car bien sûr, il n’y a pas que MM. Briat, Dutroux et Lelièvre… Après un avocat radié du barreau et condamné pour sa proximité avec la bande de Patrick Haemers – c’était mercredi- un autre vieux copain du bruxellois est venu hier à la barre. Ce monsieur-là portait beau également. Par contre son casier judiciaire est un peu moins joli que son costume. Casper Flier, c’est de lui qu’il s’agit, est connu de la justice pour trafic de cocaïne, blanchiment, trafic de véhicules… Et j’oublie certainement quelque chose.

 

C’est d’ailleurs en prison qu’il a rencontré Michel Lelièvre, dont il dira à la cour que «c’était un garçon très valable». Très téléphoné, ce témoignage du Hollandais aurait pu faire sourire si les faits jugés à Arlon n’étaient pas d’une extrême gravité. Ainsi, en moins d’un quart d’heure, M. Flier dira aux jurés que Michel Nihoul n’a jamais vendu d’ecstasy et… que le même Nihoul lui a proposé d’en écouler! Entre ces deux versions contradictoires, il est vrai que Me Beauthier lui avait rafraîchit la mémoire en relisant les déclarations faites pendant l’instruction. Adaptant aussitôt son témoignage, M. Flier a alors soutenu que Nihoul voulait lui vendre de la drogue, avec l’assentiment du gendarme Vanesse de Dinant, pour remonter une filière. Tiens? C’est la stratégie de défense de son ami de vingt ans qui se trouve dans le boxe…

 

En définitive, c’est dingue ce qu’il y a des gens bien à Arlon! Nihoul qui a accepté d’être accusé pendant six ans d’un trafic de drogue... alors qu’il ne faisait que rendre service à la gendarmerie. Dutroux, le protecteur des enfants. Lelièvre, «un type très valable» et Michelle Martin, cette pauvre femme soumise qui a tellement séduit Messieurs les chefs d’enquête Demoulin et Masson pour sa «collaboration» à l’enquête.   

 

D’ailleurs, M. Flier a insisté. Sachez qu’on est ici dans un milieu de chics types. Ainsi, il a aussi évoqué «un grand monsieur» qui fait partie de ses vrais amis. Qui cela ? L’ex-substitut du parquet de Bruxelles, Claude Leroy. Un homme condamné pour avoir naguère tuyauté le milieu sur les dossiers dont il avait la charge. Bah, tout le monde peut faire une erreur, a souligné M. Flier. Et ce dernier avait ainsi décidé de mettre Lelièvre en relation avec le magistrat déchu. Cela aurait été bien pour l’avenir du «petit», car «Monsieur Leroy a beaucoup de relations». Dommage, vraiment que quelques enlèvements d’enfants ait ralenti la marche professionnelle de son protégé.

 

Avant de quitter la salle, j’ai encore eu le temps d’entendre le témoignage de Jean-Claude C. Ce témoin-là nous a ramené à la réalité de cette affaire. Le 10 août 1996, il a assisté à la remise de 1000 pilules d’XTC par Nihoul à Lelièvre. C’était au lendemain de l’enlèvement de Laetitia. Sur le chemin du retour, qui passait par la maison des Dutroux-Martin à Sars, il lui a été conseillé par Lelièvre d’oublier ce qu’il avait vu. A moins de prendre le risque de se faire buter...

 

 

    


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26/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (220404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Une question de nuance - 36 -Le 22 avril 2004

 

Lors de leurs témoignages respectifs, le juge d’instruction Jacques Langlois et son chef d’enquête, Michel Demoulin avaient littéralement «cassés» tous les témoignages relatifs à la présence éventuelle de Michel Nihoul dans la région de Bertrix. L’un des arguments qui fondait la conviction des témoins officiels de ce dossier s’appuyait sur le témoignage d’un ex-avocat, Michel Vander Elst, naguère condamné à huit ans de prison dans le cadre de l’enlèvement de Paul Vanden Boeynants. Pour la journée du huit août 1996, jour précédent le rapt de Laetitia Delhez, MM. Langlois et Demoulin affirmaient que Nihoul devait être à Bruxelles où, en compagnie de Vander Elst, il faisait des travaux de rénovation dans un appartement. Cependant le témoin alibi de Nihoul a confirmé devant le jury populaire qu’en cours d’instruction, il était revenu sur son témoignage initial pour exclure la possibilité d’avoir passé cette journée avec l’escroc bruxellois. Ensuite, l’ex-compagne de Vander Elst, Annie Noël a eu beaucoup plus de mal à se souvenir qu’elle aussi avait démenti la possibilité que Nihoul ait passé la journée du 8 août avec Nihoul. Pour qu’elle l’admette, il aura été nécessaire que la défense de Laetitia Delhez invite le président à relire les déclarations qu’elle avait faites au dossier.

 

Ce présupposé de l’instruction levé, la Cour a entendu plus de dix témoins qui ont déclaré avoir vu Nihoul, tantôt seul, tantôt accompagné, à Bertrix et dans la région immédiate de cette ville. Et ce, en date du 8 août 1996. Bien sûr, certaines de ces personnes peuvent se tromper. De même, on trouve parfois des contradictions entre les différents récits entendus. Tous ces témoignages doivent donc être appréhendés avec l’esprit critique qui s’impose. Ainsi, deux ou trois témoins paraissaient plus faibles, voire pas très crédible. Par contre, j’ai aussi le sentiment d’avoir entendu beaucoup de personnes dignes de foi. C'est-à-dire sincères et équilibrées. N’ayant en outre aucun intérêt à venir raconter des salades aux jurés.

 

Au bout de cette journée, il est très perturbant de constater que l’instruction avait pourtant mis tous les témoins de Bertrix dans le même sac. En fonction de quel raisonnement? Une métaphore vaut mieux qu’un long discours. Elle nous a été donnée par Me Fermon : «Si deux personnes disent m’avoir vu à Arlon habillé d’une robe d’avocat de couleur noire, mais qu’un autre témoin déclare qu’il m’a vu avec une robe d’avocat rouge, peut-on en déduire que les deux premiers témoins avaient tort ?  Et qu’au bout du compte, personne n’est crédible ? Non. C’est pourtant ce qu’on a fait dans cette enquête».

 

Un autre présupposé de l’instruction a aussi été plusieurs fois évoqué. Il se fondait sur une interprétation audacieuse de la «téléphonie» des accusés. A plusieurs reprises, la défense de Laetitia a insisté sur le fait qu’un coup de fil passé depuis chez Nihoul ne signifiait pas nécessairement que cet accusé était derrière le cornet. Une évidence ? Sans doute, mais ce ne l’était pas pour M. Langlois qui s’est servi à plusieurs reprise de ce type de constat pour décréter l’impossibilité pour Nihoul de se trouver à tel ou tel endroit.

 

Alors, justement, Nihoul était-il présent à Bertrix et environ dans le cadre d’un repérage visant à enlever une fille? Ce sera aux jurés de se forger une conviction, mais cette question a pris beaucoup de pertinence hier. Elle ne devrait être tranchée, à mon sens, qu’après l’écoute attentive de multiples autres témoignages prévus dans la suite du volet «Laetitia», mais aussi dans celui relatif à l’association de malfaiteurs présumée qui est jugée à Arlon. Une question a toutefois déjà pu être tranchée de manière définitive hier : Dutroux raconte décidemment n’importe quoi; Changeant ses versions au gré de qu’il entend dans le prétoire pour charger son ex-copain bruxellois. Ce qui, somme toute, n’est pas une mauvaise affaire pour… Nihoul.

 

 

 

 

 


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25/02/2005

A propos du Tibet (170205)

Entretien publié dans l'hebdomadaire belge "Ciné-Télé Revue", le 17 février 2005

 

La Belgique oublie les droits de l’homme

 

Son séjour en Belgique était prévu de longue date. Homme de dialogue, il a reçu le prix Nobel de la paix en 1989, le Dalaï Lama devait rencontrer des milliers de citoyens belges entre le 3 et 11 juin 2005. Mais le chef spirituel et temporel des Tibétains est un symbole de résistance gênant pour les autorités chinoises qui occupent son pays depuis plus de cinquante ans. Pekin l’a donc fait savoir à Bruxelles et, le doigt sur la couture du pantalon, notre ministre des Affaires Etrangères a fait le nécessaire pour annuler la visite du sage. Il est vrai que le 3 juin, le Roi Albert II doit s’envoler pour la Chine, histoire de soigner les bonnes relations de notre pays avec un pays prometteur en termes de marchés. «La logique économique l’emporte une nouvelle fois sur les droits de l’homme», accuse Michel Van Herwegen. Cet administrateur de l’asbl «Les Amis du Tibet» nous explique aussi le «génocide culturel» en cours dans une région du monde trop souvent oubliée.

 

- Pour vous, le report sine die de la visite en Belgique du Dalaï Lama, ce doit être une immense déception ?

- C’est évidemment très décevant pour les «Amis du Tibet» mais aussi pour des milliers de citoyens belges qui s’apprêtaient à écouter le Dalaï Lama que ce soit à Charleroi ou Anvers où des conférences avaient été prévues. Il s’agissait d’événements que nous préparions de longue date afin de conscientiser l’opinion publique belge à la cause tibétaine. Certes, nous nous doutions que Pekin ferait pression sur le gouvernement belge; Les Chinois s’y emploient de manière systématique dans tous les pays qui reçoivent le leader tibétain. Toutefois, il est particulièrement regrettable que notre ministre des Affaires Etrangère y ait cédé, faisant passer des intérêts économiques et diplomatiques avant les droits de l’homme et le droit à l’autodétermination des Tibétains.

 

- Officiellement, il s’agissait de ne pas porter ombrage à la visite du Roi en Chine. Laquelle débutera le 3 juin 2005, soit le jour même où était prévu l’arrivée du Dalaï Lama en Belgique ?

- Il ne s’agit pas d’un hasard de calendrier! Le séjour du Dalaï Lama était prévu depuis plus d’un an et c’est bien après que ses dates furent programmées que le gouvernement chinois a proposé la visite du Roi Albert en juin 2005. Les autorités chinoises se sont ainsi construites un argument diplomatique pour embarrasser les Belges. Cela dit, il n’était pas obligatoire de céder au chantage! L’année dernière, le Dalaï Lama est venu en France alors que, pour sa part, le président Chirac a visité la Chine. En se montrant très courtois avec la République populaire de Chine (RPC), notre pays a bel et bien fait un choix politique. Et c’est d’autant plus choquant que, durant ces dernières années, la Belgique n’a eu de cesse de proclamer que les droits de l’homme étaient au centre de ses préoccupations en matière de politique étrangère. Il est vrai que d’après ce j’ai pu entendre et lire notre ministre des Affaires étrangères ne semble pas très bien informé de la réalité quotidienne vécue par les Tibétains…

 

- Quelle est cette réalité ?

- Depuis le 10 octobre 1949, cette population subit une occupation très dure. Grand comme cinq fois la France, ce pays a été divisé en trois parties par les Chinois. Il y a la Région Autonome du Tibet où vivent quelques 2 millions d’autochtones et deux autres provinces qui ont été purement et simplement intégrées à la Chine. Là, c’est quatre millions de tibétains qui sont devenus des étrangers sur leur propre territoire! On estime généralement que plus d’un million de tibétains sont morts des conséquences directes de l’occupation chinoises et que quelques 150.000 autres ont dû chercher asile à l’étranger. Ceux qui sont restés sont victimes d’un véritable «génocide culturel». Le Chinois est devenu la première langue. La seule qui permette de faire des études supérieures ou de trouver un travail. En parallèle, la RPC encourage d’énormes transferts de populations chinoises vers le Tibet. Près de huit millions de colons sont déjà venus s’installer dans cette région et chaque année les Chinois continuent à arriver en masse. Cela permet à la RPC de gérer sa démographie tout en noyant la population d’origine tibétaine. Dans ce Tibet occupé, la liberté d’expression est totalement inexistante. Le simple fait de se promener avec une photo du Dalaï Lama ou de crier «Tibet libre» peut valoir des années d’emprisonnement dans des conditions qui n’ont rien à envier au bagne de Cayenne. Les arrestations arbitraires et la torture sont monnaie courante. Quand quelques tibétains ont l’idée de se parler en rue, ils sont immédiatement dispersés par des militaires avec des mégaphones. Dès leur arrivée, les chinois ont bien évidemment détruit des milliers de temples et de monastères bouddhistes. A cet égard, depuis quelques années, la politique est en apparence moins radicale : sous un contrôle strict de l’Etat chinois, des moines ont pu reprendre leurs activités. Mais il s’agit surtout d’une belle façade à montrer aux touristes qui se rendent là-bas.  

 

- Ces violations des droits de l’homme et de la liberté du peuple tibétain ont été souvent dénoncées par la communauté internationale. Pourquoi la Chine s’accroche-t-elle à ce point au Tibet ? 

- La RPC a un discours officiel qui prétend que le Tibet est historiquement chinois. Tous les historiens sérieux vous démontreront que cet argument est faux. Par contre, depuis 1950, les diplomates chinois ont pu constater que cette occupation ne déclenche finalement que des réactions de principe des autres nations. On dénonce d’un côté mais on développe des relations commerciales et diplomatiques par ailleurs. C’est le cas notamment de tous les pays de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Ensuite, le crime profite énormément. Le Tibet, qui s'appelle en chinois le "Trésor de l'Occident", a un sous-sol très riche en minéraux, dont certains extrêmement rares. On y trouve, entre autres, d’abondants gisements d’or, d’uranium, de borax, de tungstène, de lithium, de cuivre, de chrome, de soufre. Les montagnes qui entourent la ville sainte de Lhassa, capitale du Tibet, contiendraient à elles seules la moitié des réserves mondiales d'uranium! Ces ressources sont abondamment exploitées. A l’instar du bois des forêts vierges, lesquelles disparaissent à vue d’œil avec des conséquences irréparables pour l’écosystème et l’environnement. Privés de leur habitat, les troupeaux de gazelles, d'antilopes, de chèvres pashmina, de daims musqués, de yacks et d'ânes sauvages, autrefois immenses, ont disparu. L’ours et le léopard des neiges sont eux aussi menacés d'extinction. Le déboisement massif se répercute aussi sur le régime des grands fleuves asiatiques qui prennent leur source dans l'Himalaya ou sur le haut plateau tibétain: le Brahmapoutre, l'Indus, le Gange, le Mékong, le Fleuve Bleu et le Fleuve Jaune. Des pays comme le Bangladesh ou l’Inde sont ainsi exposés à des risques accrus d’inondations. Dans le même ordre d’idées, des scientifiques ont établi que la destruction des forêts en altitude – des montagne ont été complètement rasées- influence les grands vents dominants (jet stream) qui régissent le climat planétaire.

Autre facteur de risque considérable, comme Greenpeace l’a dénoncé à plusieurs reprises : la RPC se sert du Tibet comme décharge nucléaire. Et cela dans des zones peu sûres où la probabilité de tremblements de terre est importante. Enfin, le haut plateau tibétain, qui domine à la fois l'Inde et l'ex-URSS, est incontestablement d’un intérêt stratégique exceptionnel pour les Chinois. La RPC y aurait installé au moins 5 bases de missiles équipés d'ogives nucléaires. Elle contrôle ainsi toute la région et notamment, l’Inde dont toutes les grandes villes sont à la portée de ses missiles. Bien entendu, un tel arsenal nécessite une forte présence militaire (entre 300.000 et 500.000 soldats, selon des estimations officieuses), et celle-ci ne fait qu'aggraver encore la dégradation et la pollution de l'environnement.

 

- Comment s’organise la résistance du peuple tibétain ?

- Sur place, les manifestations des Tibétains ont toujours été réprimées avec une violence inouïe. Il reste donc quelques tentatives de rebellions sur le plan local mais c’est principalement de l’extérieur que s’organise la résistance. Incarnée par le Dalaï Lama, elle s’est toujours voulue non violente. Il propose un dialogue et va même jusqu’à accepter un partenariat avec la Chine qui conserverait les compétence de défense et de politique étrangère du Tibet. Les Tibétains étant alors autonome en matière d’éducation, de culture, d’environnement… Mais la RPC ne négocie pas vraiment, elle pose sans cesse de nouvelles exigences. Rien n’évolue et le temps passe dans un Tibet chaque jour un peu plus sinisé. C’est bien sûr une politique délibérée des autorités chinoises. 

 

- Le combat tibétain est-il sans espoir?

- Pour ma part, cela fait près de dix ans que je me suis engagé pour défendre cette cause et je dois avouer que bien souvent le désespoir me guète. Je me dis que les Chinois ont commis le crime parfait. Dans le contexte actuel, penser que la communauté des nations va se réveiller et menacer la Chine de sanctions diplomatiques ou économiques est de l’ordre du rêve un peu fou. Mais le contact régulier avec les Tibétains me redonne régulièrement de l’espoir. Ils ont une autre vision des choses, ils voient beaucoup plus loin. Ils vivent cette occupation comme «un moment» de leur très longue histoire – il y avait déjà un Etat Tibétain unifié au septième siècle, lequel… a notamment occupé la Chine. A cette échelle, cinquante ans ce n’est pas grand-chose. Ils se rappellent ainsi que l’histoire a souvent connu des rebondissements étonnants et imprévus…

 

Pour en savoir plus

 

«Honneur au Tibet», exposition, diaporama, contes tibétains…

Les 10, 11 et 12 mars 2005 au Centre Culturel d’Auderghem, 182 Bd du Souverain à 1160 Bruxelles. Informations : 0478/24.90.11.

 

«Le Tibet nous parle… regardons-le !», Festival de films sur le Tibet

Les 8,9 et 10 avril 2005 à Espace Senghor, Chaussée de Wavre, 366 à 1040 Bruxelles. Contact : « Les Amis du Tibet», 02/544.08.03. Site : www.tibet-info.org

 

 

 

 






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23/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (210404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

«Slide n°284, s’il vous plait…» -35, le 21 avril 2004.

 

«Nous sommes frustrés. Et nous tenons à le dire après cette journée qui fut longue et difficile. Nous ne comprenons pas que des enquêteurs viennent nous redire, en tirant en longueur, ce que le juge d’instruction avait déjà exposé en long en large. Peut-être que l’on pense que nous ne comprenons pas très vite, mais tout de même ! Ce n’est pas parce que nous sommes un jury populaire que notre QI est insuffisant. Ce procès est mal parti parce que, dans le même temps, des témoins qui n’ont eu l’occasion de s’exprimer qu’une seule fois n’ont pas pu le faire complètement. Après ces exposés interminables, il faut terminer les journées d’audience à du 200 à l’heure. Nous pensons par exemple à Mme Cordier, cette assistante sociale qui a été coupée dans son récit alors qu’elle avait encore beaucoup de chose à dire qui auraient pu nous éclairer sur la manière de fonctionner du couple Dutroux-Martin»

 

C’est au nom de tout le jury que le 12ème juré a ainsi pris la parole, hier, au procès d’Arlon. Il exprimait ainsi un ras-le-bol que l’on sentait également partagé dans le public et dans la salle de presse. Quand, en effet, le chef d’enquête Michel Demoulin en finira-t-il avec ses exposés interminables débités sur le ton d’un robot et illustrés par une avalanche de slides dont personne n’a véritablement le temps de prendre connaissance? Je crois que, désormais, tout le monde redoute le prochain retour de ce porte-parole maladroit et très peu convaincant de la thèse Langlois… 

 

Que de détails en effet, que de contorsions… pour dire ce qui était la conviction du magistrat instructeur. A savoir que Nihoul est blanc comme neige dans ce dossier. Que sa livraison de drogue à Lelièvre et ses nombreux contacts avec les autres accusés n’ont rien à voir avec l’enlèvement de Laetitia. Et que, cela va de pair, bien évidemment, tous les témoins qui ont vu Nihoul à Bertrix dans la période du rapt de Laetitia – absolument tous et il y en a une grosse dizaine- se sont trompés.   

 

Les jurés ont bien compris la thèse officielle du dossier… Et il ressort régulièrement de leurs questions qu’ils en ont aussi identifié les nombreuses failles. Pour se faire une opinion, ils manifestent maintenant clairement le désir d’entendre les vrais témoins de ce procès. Ceux qui ont vu des faits. Ceux qui ont connu les accusés. Ils veulent se faire leur opinion à partir de ce matériel là. Ils ont en assez de ces représentants de la police fédérale qui tentent de leur imposer leur produit (soi-disant) fini. Espérant peut-être que les jurés allaient être impressionnés par ce show post-soviétique.

 

Les chefs d’enquête ne seront donc pas les directeurs de conscience du jury populaire. Voilà un esprit critique qui est tout à l’honneur de ce dernier. En prenant la parole, le 12ème juré a aussi donné un message clair au président de la Cour. Celui-ci devrait avoir d’autres préoccupations que celle d’éviter que les audiences ne se terminent trop tard ! Il doit présider. Hier, par exemple, il aurait été de bon ton d’écourter cette interminable «présentation» pour laisser, plus tôt, la parole à Laetitia Delhez. Jean-Denis Lejeune a aussi demandé à M. Goux d’être plus tranchant dans les questions qu’il pose aux accusés. On ne se trouve en effet pas dans une assemblée mondaine où l’on se gausse de quelques bons mots et où tout le monde cherche à bien s’entendre. On est dans une Cour d’assises qui doit juger de faits particulièrement horribles.


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22/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (200404)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consort

Sexe, mensonges (?) et vidéo (34 - Le 20 avril 2004)

 

Hier, deux policiers nous ont parlé d’une enquête impeccable. Celle qui a consisté, à partir d’une cassette vidéo saisie chez Marc Dutroux, à l’incriminer dans une affaire de viol. Celui d’Henrietta P., une jeune slovaque qui avait eu le malheur de croiser sa route, une nuit de juin 1995. N’exagérons rien, les investigations dont je vous parle ici ne nécessitaient pas le talent d’un Sherlock Holmes ou d’un Columbo. Mais bon : le travail a été fait consciencieusement et complètement. On ne saurait trop le souligner dans ce dossier qui a témoigné de tellement de lacunes.

 

Sur la cassette saisie, les images saisies montrent une jeune fille nue, allongée sur le dos, genoux relevés. Paraissant droguée, elle gémit et pleure. On voit la main d’un homme qui ausculte son corps. Filmée dans un véhicule, cette scène ne laisse pas de doute sur les sévices sexuels dont la victime a été l’objet. Cette dernière présente plusieurs particularités physiques et vestimentaires qui sont autant d’indices pour l’identifier. En plus, elle s’exprime dans une langue étrangère aux consonances slaves.

 

Fort de cette découverte, les enquêteurs de Neufchâteau n’auront aucun mal à faire le rapprochement avec des informations qui se trouvaient antérieurement dans leur dossier. A savoir la dénonciation par les autorités slovaques d’un viol commis le 4 juin 1995 dans les environs de Topolcany, une région souvent fréquentée par Marc Dutroux. Méthodiquement, ils recenseront tous les objets apparents sur les images. Ceux-ci apparaissent sur d’autres films de Dutroux et la même cassette recèle d’autres séquences qui montre la maison de Marcinelle. Bref, après ce travail, ce Dutroux est complètement confondu. Il a beau nier le viol d’Henrietta P. : les preuves rassemblées l’accablent.

 

Tout cela serait fort bien si cette enquête impeccable n’avait pas été faite avec près de quatre années de retard ! En effet, la cassette dont il est ici question avait été saisie… le 13 décembre 1995 lors des perquisitions de René Michaux et consorts à Marcinelle. Vous vous souvenez ? C’était l’époque de l’opération Othello, celle où l’ex-gendarmerie travaillait en secret sur Marc Dutroux et son implication éventuelle dans l’enlèvement de Julie et Melissa. Quoi ? Michaux a saisi une cassette avec des images de viol et il ne s’en est pas rendu compte? Et bien oui, puisque, dit-il, ses supérieurs lui ont intimé l’ordre de ne pas regarder les cassettes saisies chez Dutroux. Qui a alors regardé cette cassette en 1995? Des membres d’un service spécialisé de la gendarmerie à Bruxelles. Ah bon ? Et il n’on rien vu ? Et bien oui, diront les pandores de ce service. Cette cassette sera déposée le 23 mars 1996, au greffe du tribunal correctionnel de Charleroi. Le 28 août 1996, après l’arrestation de Dutroux, elle sera transférée au parquet de Neufchâteau mais plutôt que d’être déposée au greffe chestrolais, elle prendra illico la direction des locaux de la BSR de Bastogne.

 

On ne parlera plus de cette pièce à conviction jusqu’en janvier 1999. C’est à ce moment qu’elle est déposée officiellement au greffe de Neufchâteau. Un mois plus tard, le gendarme Barthelemy la regardera et, surprise, voilà donc que l’on découvrira –enfin!- le viol de Melle Palusova.

 

Je ne peux m’empêcher de terminer par une petite considération sur l’ex-BCR de la gendarmerie. Car lui aussi est intervenu dans le parcours chaotique des cassettes, dont celle contenant les images du viol. Le 15 décembre 1995, le sous-lieutenant Remue, de la «Cellule Disparition», avait donné l’ordre de copier tous les films saisis chez Dutroux, deux jours plus tôt. Mais, finalement, cela n’aurait pas été fait. Ah bon ?     



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21/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (190404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

Vous avez dit étrange ? (33- Le 19 avril 2004)

 

Il est difficile de contenir son émotion quand on repense à ces terribles lettres écrites par Sabine Dardenne lors de sa séquestration. A Arlon, ce lundi, ce sera encore plus bouleversant : la victime est invitée à témoigner oralement de son calvaire; Un moment extrêmement important du procès. Comme le sera, mardi, le récit de captivité de Laetitia Delhez.

 

Restée plus de quatre-vingt jours à la merci de Marc Dutroux, Sabine peut mieux que quiconque décrire l’horreur de ce personnage; Son absence totale d’humanité, son caractère pervers et les sévices qu’il est capable d’infliger à une enfant sans défense. Sabine devrait aussi évoquer la difficulté à survivre à cette violence inouïe et l’infinie solitude qui a été la sienne pendant la séquestration. Pour reprendre les propos que me tenait naguère un enquêteur, «avec le témoignage de Sabine, Dutroux est mort». Nul doute, là-dessus : Dutroux qui était déjà condamné dans l’esprit des jurés après sept semaines de procès, le sera encore plus après l’audition de la jeune femme.

 

Après l’examen de ce volet du dossier Dutroux, on aura donc découvert l’enfer vécu par Sabine. La question de savoir si cet enfant aurait pu -aurait du- être libérée plus tôt risque fort, par contre, de rester entière. Les conseils de la victime jugeant inopportun, dans le cadre du procès d’Arlon, d’interroger l’ex-gendarmerie sur la marche pour le moins chaotique de ses diverses enquêtes sur Marc Dutroux.  

 

Pourtant il ressort du dossier que le BCR de la gendarmerie a suivi de près les investigations de la cellule «Sabine Dardenne». De très près même et ce rapidement après l’enlèvement. Pour autant, et malgré le fait que la cellule d’enquête fut exclusivement composée de gendarmes, on doit déplorer des rétentions d’information similaires à celles constatées dans les dossiers Julie, Melissa, An et Eefje. Entre le 28 mai 1996 (jour de l’enlèvement) et le 20 juin 1996, le BCR ne fait aucune mention des informations collectées dans les mois précédents sur un potentiel kidnappeur d’enfants nommé Marc Dutroux. C’est plutôt étonnant alors que les enquêteurs de Neufchâteau expliquent aujourd’hui aux jurés que l’enlèvement de Sabine est le «calque» des rapts commis par Dutroux dans les années ’80… 

 

L’apport du BCR a consisté essentiellement à la production d’un rapport d’un analyste criminel en date du 6 juin 1996. Lequel orientait prioritairement les soupçons… sur un membre de la famille de la victime! Ce n’est que via un fax d’un policier de La Louvière, affecté à l’époque au Service général d’appui policier, que le nom de Dutroux est enfin apparu… au 23ème jour du calvaire de Sabine. 6 jours plus tard, soit le 26 juin 1996, M. Debled, un gendarme du BCR, venait commenter cette piste Dutroux dans les locaux de la cellule «Sabine». Il l’a déclarait «dépassée». Toutes les informations sur Dutroux «ayant déjà été vérifiées par le gendarme René Michaux de la BSR de Charleroi».

 

Comme l’a souligné la défunte commission d’enquête parlementaire «cette considération était totalement inexacte». Les commissaires ajoutaient qu’«il paraît très étrange d’écarter aussi catégoriquement une piste possible dans une enquête qui, à ce moment, était dans l’impasse».

Finalement, Sabine ne sera sauvée que grâce à un étudiant qui avait relevé un numéro de plaque et l’avait communiqué à des enquêteurs de terrain. C’était dans le cadre d’autres investigations. Celles relatives à l’enlèvement de Laetitia Delhez… 

 

 

 



08:59 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |