23/02/2005

Affaire Dutroux et consorts (210404)

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

«Slide n°284, s’il vous plait…» -35, le 21 avril 2004.

 

«Nous sommes frustrés. Et nous tenons à le dire après cette journée qui fut longue et difficile. Nous ne comprenons pas que des enquêteurs viennent nous redire, en tirant en longueur, ce que le juge d’instruction avait déjà exposé en long en large. Peut-être que l’on pense que nous ne comprenons pas très vite, mais tout de même ! Ce n’est pas parce que nous sommes un jury populaire que notre QI est insuffisant. Ce procès est mal parti parce que, dans le même temps, des témoins qui n’ont eu l’occasion de s’exprimer qu’une seule fois n’ont pas pu le faire complètement. Après ces exposés interminables, il faut terminer les journées d’audience à du 200 à l’heure. Nous pensons par exemple à Mme Cordier, cette assistante sociale qui a été coupée dans son récit alors qu’elle avait encore beaucoup de chose à dire qui auraient pu nous éclairer sur la manière de fonctionner du couple Dutroux-Martin»

 

C’est au nom de tout le jury que le 12ème juré a ainsi pris la parole, hier, au procès d’Arlon. Il exprimait ainsi un ras-le-bol que l’on sentait également partagé dans le public et dans la salle de presse. Quand, en effet, le chef d’enquête Michel Demoulin en finira-t-il avec ses exposés interminables débités sur le ton d’un robot et illustrés par une avalanche de slides dont personne n’a véritablement le temps de prendre connaissance? Je crois que, désormais, tout le monde redoute le prochain retour de ce porte-parole maladroit et très peu convaincant de la thèse Langlois… 

 

Que de détails en effet, que de contorsions… pour dire ce qui était la conviction du magistrat instructeur. A savoir que Nihoul est blanc comme neige dans ce dossier. Que sa livraison de drogue à Lelièvre et ses nombreux contacts avec les autres accusés n’ont rien à voir avec l’enlèvement de Laetitia. Et que, cela va de pair, bien évidemment, tous les témoins qui ont vu Nihoul à Bertrix dans la période du rapt de Laetitia – absolument tous et il y en a une grosse dizaine- se sont trompés.   

 

Les jurés ont bien compris la thèse officielle du dossier… Et il ressort régulièrement de leurs questions qu’ils en ont aussi identifié les nombreuses failles. Pour se faire une opinion, ils manifestent maintenant clairement le désir d’entendre les vrais témoins de ce procès. Ceux qui ont vu des faits. Ceux qui ont connu les accusés. Ils veulent se faire leur opinion à partir de ce matériel là. Ils ont en assez de ces représentants de la police fédérale qui tentent de leur imposer leur produit (soi-disant) fini. Espérant peut-être que les jurés allaient être impressionnés par ce show post-soviétique.

 

Les chefs d’enquête ne seront donc pas les directeurs de conscience du jury populaire. Voilà un esprit critique qui est tout à l’honneur de ce dernier. En prenant la parole, le 12ème juré a aussi donné un message clair au président de la Cour. Celui-ci devrait avoir d’autres préoccupations que celle d’éviter que les audiences ne se terminent trop tard ! Il doit présider. Hier, par exemple, il aurait été de bon ton d’écourter cette interminable «présentation» pour laisser, plus tôt, la parole à Laetitia Delhez. Jean-Denis Lejeune a aussi demandé à M. Goux d’être plus tranchant dans les questions qu’il pose aux accusés. On ne se trouve en effet pas dans une assemblée mondaine où l’on se gausse de quelques bons mots et où tout le monde cherche à bien s’entendre. On est dans une Cour d’assises qui doit juger de faits particulièrement horribles.


08:41 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

SOS La justice n'a rien appris de l'affaire Dutroux. Une de mes connaissance cherche de l'aide parce que son mari aurait abusé de sa fille ainée (5ans) et que la position sociale du mari et de sa famille fait en sorte qu'elle resssent des blocages dans l'instruction. A tel point qu'on lui a retiré ses enfants pour les placer en institution et qu'on ne les lui rendra que si elle accepte la garde alternée. Paradoxal si l'abus est réel... Soit elle les perd toutes les deux, soit elle les jette dans la gueule du loup.... Je ne devrais surement pas m'en mèler, parce que ce ne sont pas mes affaires et je ne connais pas la vérité de l'histoire, mais j'estime que si deux enfants sont en danger, il faut faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi, et ma collègue non plus.

Écrit par : Laurence | 02/03/2005

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