28/01/2005

Il y a soixante ans Auschwitz

Entretien publié dans l’hebdomadaire belge «Télémoustique», le 19 janvier 1995

Maurice Goldstein : «Personne ne pouvait imaginer ce qui nous attendait» (Dernière partie)

 

«Les plaies, c’était mauvais. Etre maigre ou pâle également.» Maurice Goldstein sent bien qu’il vaut mieux retourner au travail et, cette fois, il est affecté dans un ‘kommando’ de construction. «Lever à quatre heures du matin. Travail : pousser des wagonnets, porter des briques et des sacs de ciment jusqu’à la tombée de la nuit.» Malgré l’épuisement, cette période est rendue un peu moins rude par une nouvelle amitié avec un jeune Slovaque. «En Allemand, nous parlions littérature, musique. C’était une véritable évasion qui rendait notre situation un tout petit peu plus supportable.»

 

Mais malgré l’amitié, la priorité est de survivre. Coûte que coûte. «Nous dormions tête-bêche sur le même châlit de 70 cm de large. Mon copain slovaque trouvait le moyen de se procurer un supplément de soupe froide, le soir. Jamais il ne m’en a donné une cuiller. Mais je ne lui en ai pas voulu. Il voulait absolument survivre… »

 

En mars 1944, Maurice Goldstein est contaminé par le virus de la grippe. Fiévreux, il est transféré dans une infirmerie du bloc 9 d’Auschwitz 1. Nouveau coup de chance : son ami, le médecin tchèque, travaille désormais dans ce bâtiment. «Il m’a pris sous sa protection. Dès que mon état s’est amélioré, il m’a désigné comme infirmier. Je le suis resté jusqu’à la libération du camp.» Prendre les températures, poser quelques actes médicaux simples, laver le sol, distribuer la soupe, l’endroit ressemble à une planque. Surtout Maurice Goldstein est à l’abri du froid et des appels : «Or, moins on avait de contact avec les SS, moins on avait de coups

 

Mais pour autant, l’infirmier Goldstein prend aussi d’énormes risques en restant au bloc 9. Car malgré sa fonction, il garde le statut de «malade» et par conséquent, à tout moment, il peut être envoyé à la chambre à gaz. Jusqu’à la libération d’Auschwitz, il passera encore au travers de quatre sélections. Une sorte de roulette russe.

 

A la fin avril 1944, Maurice Goldstein apprend que son frère, malade, est arrivé de Fürstengrube. «Je ne sais comment je l’ai appris mais Max était alité avec une affection pulmonaire dans un bâtiment voisin du mien. J’ai pu le voir avant qu’il soit mis du mauvais côté lors d’une sélection. Le jour de son départ vers la chambre à gaz, j’ai pu lui donner un papier et un crayon. Je lui ai dit : «Tu vas dans le même camp que Papa, tu trouveras bien un moyen de m’écrire’. Et ils l’ont emporté.»

 

Quelques jours plus tard, Maurice Goldstein est réquisitionné, avec dix autres prisonniers infirmiers, par les SS. Il s’agit de décharger un camion pour l’hôpital des nazis. Une fois le travail accomplis, les prisonniers sont conduits dans l’ancienne chambre à gaz et crématoire d’Auschwitz 1 –cette chambre à gaz-là ne fonctionnait plus à cette époque- où ils voient des milliers d’urnes remplies de cendres. «C’était une ‘idée originale’ d’un SS. Cela l’amusait beaucoup», commente laconiquement M. Goldstein.

 

En mai, Maurice Goldstein vit encore une expérience qui le fait méditer sur la nature des hommes. «Un infirmier me donne une belle veste, bien taillée avec des lignes bien droites et des poches. Du jour au lendemain, cela change totalement ma vie à Auschwitz. J’avais une belle veste! Donc, je devais avoir un certain pouvoir. Donc, je pouvais être dangereux…»

 

En août, le dernier convoi belge arrive à Auschwitz. «J’ai pu parler à quelqu’un que j’avais connu à Bruxelles. Cette personne m’a appris que Jacques, mon frère qui avait échappé aux rafles… était mort. Il était l’une des victimes du bombardement de la place Liedts en mai 1944. Tous mes espoirs s’effondraient. Je rêvais de sortir de cet enfer, je me voyais revenir en Belgique où mon frère qui était médecin m’aurait aidé… »

 

Il y a encore des sélection jusqu’en novembre. Puis les nazis commencent à faire disparaître les traces de leurs crimes. «Ils ont brûlé des tonnes de papier et à démantelé les chambres à gaz.». En janvier 1945, des centaines de prisonniers sont encore exécutés sommairement dans le camp. Les SS décident d’«évacuer» ceux qui restent vers d’autres camps à l’ouest. Ce sera la ‘marche de la mort’ qui, dans la neige et par des températures de -15 à -20° verra disparaître près de la moitié des 62.000 personnes transférées. «J’aurais dû être avec eux mais là encore la chance était de mon côté», témoigne Maurice Goldstein. «Le 18 janvier 1945, avant le départ, tout le monde devait se mettre en rang devant les blocs. Mais ce jour-là, il y eut de nombreuses alertes aériennes. Le soir tombait. Chaque fois qu’il y avait un risque de bombardement les SS coupaient le courant électrique dans les barbelés. Nous étions donc tenus de rentrer dans les blocs pour éviter les évasions. A quatre reprises, nous sommes rentrés et sortis du bloc 9. La cinquième fois, quand on a frappé à la porte, le chef du bloc n’a pas répondu à l’ordre de sortir. Et les 350 prisonniers de ce bloc se sont réveillé le lendemain matin dans un camp vide de SS ! Une chance extraordinaire : j’étais de nouveau grippé et je n’aurais pas survécu à la marche de la mort.»

 

Avant l’arrivée de l’Armée rouge, le 27 janvier 1945, les prisonniers s’organiseront pour survivre. «On se servit notamment dans ce qu’on appelait le ‘Canada’ : 35 baraques dans lesquelles les Allemands avaient stocké tout ce qui était récupéré à l’arrivée des prisonniers. Il y avait de tout! Par ailleurs, l’eau courante avait été coupée par les bombardements. On fit donc la cuisine avec l’eau de la piscine que les nazis avaient fait construire derrière les blocs 4 et 5. Je me souviens notamment qu’on a mangé des macaronis. On avait plus vu cela depuis des années… »

 

Après la libération du camp, Maurice Goldstein revient en Belgique via Cracovie, Lublin, Odessa, Marseille et Paris.

 

 



13:07 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Merci Merci pour ce témoignage émouvant

Écrit par : Michelle Goldstein | 11/02/2007

Bonjour, je m'appelle Paul CORMAN, comment pourrai-je faire reconnaître mes parents comme justes, Ils ont cachés dans leur maison rue des champs à Liège 2 familles que j'ai personnellement connues, et dont j'ai perdu la trace vers 1955, ils s'agissait des familles GRINGERG dont monsieur était bijoutier rue d'amercoeur à Liège et qui avait 2 enfants, une fille ELVIRE et un fils qui était architect et qui ont habités ESNEUX plus tard et la famille STEINBERG . j'ai 63 ans, celame ferais plaisir d'avoir de leur nouvelles
Merci
Paul CORMAN

Écrit par : Corman Paul | 08/05/2007

Bonjour. Il n'y officiellement aucune piscine dans le camp. Un panneau signale qu'il s'agit d'un réservoir en "forme de piscine".

http://blanrue.blogspot.fr/2012/07/auschwitz-ceci-nest-pas-une-piscine.html

Écrit par : boubourse | 26/07/2012

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