27/01/2005

Il y a soixante ans Auschwitz

Entretien publié dans l’hebdomadaire belge «Télémoustique», le 19 janvier 1995.

 

Maurice Goldstein : «Personne ne pouvait imaginer ce qui nous attendait» (2ième partie)

 

Point de vue hygiène, ce n’est pas plus enviable. « Pour toute commodité, il y avait un tonneau. Pour les besoins plus importants, on devait aller dans un fossé derrière le bâtiment. Il n’y avait évidemment ni papier, ni eau. On en était revenu à l’âge de la pierre.»

 

Dans un tel univers, mieux vaut toujours être sur ses gardes. Par exemple, «il faut être attentif à ne pas se faire voler ses galoches. Il faut aussi manger son pain quand on en dispose. Donc, on ne gardait surtout pas une partie de la ration du soir pour le matin suivant. C’était trop dangereux.»

 

Après quelques jours déjà, une faim profonde s’installe. «Ce n’est pas comme ce besoin que l’on ressent quand on saute un repas. Cela n’a rien à voir. Chaque cellule manque de l’essentiel. La faim occupe tout l’horizon. On en arrive à rêver de la ration de pain du soir.»

 

Au bout de quatre semaines de quarantaine, Max et Maurice Goldstein sont transférés à Fürstengrube. Un camp situé à 40 kilomètres d’Auschwitz où se trouve une exploitation minière. Affecté au fond avec un horaire de nuit, Maurice n’est pas d’abord pas trop mécontent de son sort. «On devait assister des mineurs polonais. Ceux-ci venaient travailler avec des grosses tartines recouvertes de graisse d’oie. Parfois, ils partageaient…». Malheureusement, Maurice n’a pas tiré le bon numéro : non seulement «son» Polonais ne partage pas mais en plus il le dénonce aux Allemands : «pas assez productif». Conséquence : bastonnade de 25 coups dans les reins et quelques jours sans pouvoir marcher.

 

Parmi d’autres souvenirs de  Fürstengrube, Maurice Goldstein rappelle aussi que «les prisonniers étaient obligés d’aller se mouiller le matin dans une salle d’eau qui se trouvait au milieu de la cour. Mais bien sûr, il n’y avait ni savon, ni essuie. En plein hiver, on était obligé de ressortir humide de la salle d’eau pour se présenter au kapo.» Autre activité de l’endroit, le «sport», comme disait les nazis : «C’était une sorte de drill. Notamment, on nous forçait à nous rouler dans la boue. Cela amusait le chef du camp…» De Fürstengrube, les prisonniers pouvaient envoyer une carte postale dans leur pays d’origine. Elle portait une mention stéréotypée en Allemand : «Tout va bien»…

 

Rapidement, pour Maurice, le régime de l’endroit devient insupportable. «Après une quinzaine de jours, je suis tombé malade. J’avais développé un œdème généralisé : mon corps était gonflé de partout et j’avais de la fièvre. Il n’y avait pas de médecin dans le camp, mais un infirmier qui m’a commandé un régime sans sel. Bien que, par ailleurs on exterminait des milliers de personnes tous les jours, il était possible d’obtenir un tel régime… Une semaine après, comme je n’allais pas mieux, on m’a transféré en ambulance cellulaire à Auschwitz 1. En toute logique, ce devait être ma fin. Comme tout entrant dans le camp, je devais en effet passer par la sélection et vu mon état, la décision n’aurait pas fait de doute. Mais, je ne sais pourquoi, ce jour-là, je n’ai pas été examiné par un médecin SS et je me suis retrouvé avec d’autres prisonniers malades à l’infirmerie du bloc 28.»

 

C’est là que Maurice Goldstein fait la connaissance d’un médecin tchèque. Un communiste d’une trentaine d’année, arrêté dès 1939, et qui avant Auschwitz avait déjà connu Buchenwald. «J’ai dit à cet homme que j’étais étudiant en médecine. C’était faux mais il m’a cru. Et comme il adorait la langue française, cela faisait deux bonnes bases pour entamer une relation d’amitié.» Deux semaines inespérées de report remettent Maurice Goldstein sur pied. Mais c’est alors que les SS réapparaissent. Tous les malades de l’infirmerie doivent se mettre en rang. Nus. En quelques minutes, une nouvelle sélection s’opère entre ceux qui iront à la chambre à gaz et ceux qui seront jugés «aptes au travail.»

 

La suite de ce récit sera postée demain.



09:18 Écrit par michelbouffioux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Des recherches.... Des recherches sur les membres de ma famille déportés m'ont conduit sur votre blog, je ne le regrette pas

Écrit par : Michelle Goldstein | 26/12/2007

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